Jean-Jacques Birgé

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mercredi 30 mars 2022

Le grand cirque magique


Le passage du Cirque de Navacelles à Sète fait ouverture à l'iris sur la grande bleue. Mais d'abord les canaux. Notre fenêtre donne sur trois senneurs qui reviennent de la pêche au thon. La demande japonaise vide la Méditerranée. Nous prenons le petit-déjeuner sur le balcon. Retour à la civilisation.


Pas tant que cela, car le MIAM, le Musée International des Arts Modestes, présente Fictions modestes & réalités augmentées, une exposition d'art brut et contemporain de La « S » Grand Atelier qui, en Belgique, accueille essentiellement des personnes dont le handicap participe à une transmutation des énergies créatives. On est forcément ailleurs, sur une autre planète, des mondes où les enjeux sont vitaux, où l'art n'est pas une pose, mais une nécessité. Les moyens actuels, tels que vidéo, photographie, musique, installation, informatique, sont convoqués. C'est la première fois que j'enfile un casque 3D et je ne suis pas déçu ! L'impression d'être dans un film des Residents. Je retrouve Jean-Marie Massou dont j'avais évoqué ici le disque La Citerne de Coulanges, guidé par Fantazio, et dont on aperçoit ici la collection de cassettes.


Intermède resto sétois. Gila nous a judicieusement indiqué la pizzeria Nossa et nous dînerons à la Fleur de sel. Arrivés à Montpellier, Anne et Luc ont une liste d'autres excellents endroits où nous irons la prochaine fois. En attendant de retrouver Pascale, nous allons au Musée Fabre. C'est chouette de découvrir des artistes locaux des siècles passés et présents, même si je ne suis pas un fan du mouvement Supports/Surfaces ou de Soulages. J'aime trop les histoires et les couleurs. Il faut remonter aux années 50 pour que Soulages me parle,peut-être parce qu'il me rappelle les tableaux de ma tante de l'époque. Intermède resto au Bar de Canourgues des frères Pourcel dont je photographie les magnifiques plafonds commandés à Jim Dine, Marlène Mocquet, Jan Fabre ou ici Le chant de la sybille d'Olympe Racana-Weiler.


Je ne dirai rien de Montignargues sauf que nous y sommes reçus comme coqs en pâte. L'accueil de Pascale est à la mesure de sa demeure, généreux, grandiose. Au milieu de la garrigue nous reprenons des forces pour affronter le retour. Aux puces de Sommières je dégotte une cythare allemande pour trois francs six sous qui remplacera celle que j'utilisais dès 1972, débuts que l'on retrouvera très bientôt sur un 45 tours publié sur le label allemand Psych.org. Un dernier tour à Sauve. La galerie de Robert Crumb est superbe jusqu'à ses caves voûtées, mais le proprio est à Paris pour le dernier jour de son expo. Nous nous replions sur la mer de rochers, un chemin de pierre magique au-dessus de cette charmante ville médiévale envahie par les galeries des artistes qui s'y sont récemment installés.


Dix jours après avoir quitté Paris, nous y revoilà. Je déballe l'ARP 2600 version Tsantzas arrivé en mon absence. Je suis devant comme un gamin pour en avoir conservé la virtuosité alors que j'avais vendu le mien il y a presque trente ans. J'y reviendrai évidemment.

mardi 29 mars 2022

A marché. A beaucoup marché.


"A marché, a beaucoup marché. S’impatiente d’arriver parce qu’il a beaucoup marché. S’arrête au bord d’un ruisseau." N'a pas marché tant que cela, mais je n'en ai pas l'habitude. C'est comme la gymnastique. S'y remettre après cinquante ans me semble un peu héroïque. Sauf que chaque fois que je rencontre une vieille dame de plus de quatre-vingt-dix ans en grande forme et que je lui demande son secret, elle me répond toujours qu'elle marche deux heures par jour. Il y a de l'espoir, mais il ne faut pas être flemmard. Ma mère et Bernard ont payé cher leur paresse sur leurs vieux jours. Alors j'ai repris, avec un coach qui évite que je me fasse mal. Là nous avions élu campement dans un gîte luxueux au-dessus de Saint-Étienne-Vallée-Française. Le parcours griffonné sur une feuille de papier nous a fait rater le sentier aux lapins. Au lieu de neuf kilomètres nous en avons dix-huit dans les pattes. Cinq heures de grimpette ! Le souper fin qui nous attend est promesse d'avenir. Le GPS nous a tout de même sauvés...


Nous étions déjà descendus à La Baume. Pascale connaît bien la région. Chaussures de marche pour éviter de se tordre une cheville et vêtements en oignon pour se couvrir ou dévêtir selon la chaleur que nous dégageons selon les pentes. Le gardon est magnifique. Peu d'oiseaux. Des poissons. Lors de la longue marche dans les Cévennes, pour moi c'est long, nous croiserons trois biches et un écureuil. Ils jouent l'effet carotte. Voir des animaux en liberté dans la nature me donne une pêche incroyable...


Le lendemain nous visitons la Bambouseraie d'Anduze. Le parc est superbe. En dehors de toutes les variétés de bambous, des nains aux géants, des bleus aux noirs, il y a un merveilleux jardin japonais, des serres de plantes carnivores, des séquoias... Les magnolias ont commencé à sortir. Hors saison il n'y a pas un chat. C'est extrêmement reposant. Les nôtres me manquent.


Notre virée dans les Cévennes nous fait découvrir des paysages fantastiques que j'avais entrevus l'été dernier. La halte à Bez-Esparon est tout aussi magique. Depuis le salon perché tout en haut, nous avons une vue à 360 degrés. Florence et Gila, qui ont déménagé sur Mars, près du Vigan, m'avaient invité cet été, mais j'avais dépassé la région, me dirigeant vers la frontière espagnole. Alors cette fois on y va. Belle promenade parmi les torrents. Il y a beaucoup d'eau qui dévale. C'est un peu rassurant...


Nous rejoindrons Sète pour voir la mer en passant par le Cirque de Navacelles où Fred m'avait emmené. La France rassemble une variété de paysages incroyable, le Grand Canyon et la forêt vierge, le désert et les pics montagneux. Cela me rassure, ne prenant plus l'avion pour polluer le moins possible.

lundi 28 mars 2022

Jean-Jacques ?!


Jean-Jacques ? Hall 2 de la Gare de Lyon. Je réchauffe mon Akita Bento au micro-ondes du stand Ekiben quand Juliette Lemontey m'interpelle. Derrière son masque j'ai du mal à reconnaître l'artiste-peintre dont j'aime beaucoup les œuvres. Comme je lui dis que nous sommes en partance pour les Cévennes elle me demande si je vais voir Gila. J'en suis comme deux ronds de flan, car visiter notre ami sur Mars est à notre programme. Je n'avais pas eu le temps d'y atterrir lors de mon périple estival, or sa planète est à moins de dix minutes de Bez-Esparon, près du Vigan, où nous passerons dans une semaine...


Jean-Jacques ! Trois heures plus tard Gare de Nîmes. Nous cherchons à quelle sortie nous attend Pascale quand Françoise Degeorges apparaît, flanquée des musiciens qu'elle emmène Salle de l'Odéon. Je n'avais pas revu la productrice de Radio France depuis sa merveilleuse émission Ocora Couleurs du Monde qu'elle m'avait consacrée il y a exactement un an. Françoise nous invite le soir-même au concert organisé pour Norouz, fête du nouvel an persan. Les frères Jaberi venus d'Iran m'impressionnent, mais le chanteur ouzbek Ilyâs Arabov nous emporte littéralement.


Jean-Jacques ? Une semaine est passée. Centre d'art La Fenêtre à Montpellier. Un grand gars m'appelle à son tour. Celui que nous appelions le petit Martin au milieu des années 70 lorsqu'il était assistant à Radio France est devenu le réalisateur et compositeur Martin Meissonnier. Anne et Luc nous avaient proposé de les accompagner à l'exposition "Albert et sa fanfare poliorcétique" dans laquelle Martin avait joué de la guitare !


Les coïncidences se sont donc accumulées pendant ce voyage de dix jours où nous avons sillonné les Cévennes à la recherche de nature et d'air pur. Trois bonnes surprises qui m'ont ravi et auxquelles je ne m'attendais guère, en plus des autres amis que nous avions prévu de visiter cette fois. Nous avons donc commencé notre aventure en déjeunant chez Fred et Seb, la graphiste-rédactrice Fred Jarnot qui travaille avec ma compagne et l'artiste-illustrateur Seb Jarnot dont nous allons voir l'expo Synthética à la Galerie Negpos à Nîmes, puis à Montignargues où réside Pascale qui nous a guidé à La Baume et Anduze pour commencer. C'était absolument génial, mais j'y reviendrai, dans tous les sens du terme.
En attendant nous sommes sur le retour et je n'y comprends rien : je ne reconnais personne sur le quai, ni au départ, ni à l'arrivée...

jeudi 17 mars 2022

Pause cévenole


Il était temps. Temps de prendre des vacances. Je lève le pied jusqu'au 28 mars, prévoyant de ne rien publier pendant cette plongée dans la brousse. Mes notes me serviront plus tard, avec les images que j'enregistrerai. J'emporte aussi un magnétophone, on ne sait jamais. En notre absence, les chats tiendront la réception pour nos visiteurs parisiens. La livraison du CD Plumes et poils, une autre histoire naturelle, attendra mon retour. Ce matin, le merle s'est levé de bonne heure, il est quatre heures et des brouettes.

jeudi 3 mars 2022

Le grand plein des Lilas


Au détour de la donation Dubuffet au Musée des Arts Décoratifs, je tombe nez à nez avec le 96. Le métro n'était donc pas seul à passer Porte des Lilas dans les années 50 ! En remontant à la surface, le poinçonneur immortalisé par Gainsbourg aurait pu rencontrer le peintre, du moins les jours où le jaja pouvait partager le zinc avec l'eau minérale grande source. À la même époque, René Clair tourne Porte des Lilas avec Pierre Brasseur, Georges Brassens dans le rôle de L'Artiste, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières. On peut y voir les fortifications qui encerclaient Paris avant que le Périphérique ne les remplace. C'était le paradis des mômes et des mauvais garçons.
Lorsque j'étais enfant, il n'y avait pas de portillon automatique dans le métro, mais un employé de la RATP qui faisait un petit trou rond dans chaque ticket. Ceux de l'autobus étaient tout allongés, pliés en accordéon. Le receveur les glissait dans une boîte à manivelle attachée à sa ceinture qui faisait krrrr krrrr pour les oblitérer. Lorsqu'il pensait que tout le monde était monté il tirait sur une poignée de bois accrochée en l'air à une chaîne qui faisait dling ! Comme la plate-forme arrière était en plein vent et n'était fermée que par une autre chaîne gainée de cuir nous montions et sautions souvent en marche pendant que le préposé avait le dos tourné. Comme c'était l'unique accès, on pouvait descendre sans avoir besoin de traverser tout le couloir. J'adorais l'impression d'être sur un balcon sur roues. Que l'on supporte de voyager debout et c'était vraiment la meilleure place de l'autobus.

"En 1967, Jean Dubuffet offre au Musée des Arts décoratifs une partie de sa collection personnelle composée avant tout d’œuvres graphiques, ainsi que de 21 tableaux et 7 sculptures réalisées entre 1942 et 1967. Cette exceptionnelle donation d’artiste vivant à un musée qui n’était, à priori, pas destiné à accueillir des peintures, est le fait d’une amitié entre Jean Dubuffet et le directeur du musée des Arts décoratifs d’alors, François Mathey." Boulevard Montparnasse est une encre de Chine sur papier de mars 1961 (50x67cm).
En relisant mon article du 11 juillet 2009, je constate que le 96 exécute toujours le même trajet. En sous-sol, la station Porte des Lilas accueille les tournages de film sur un quai dédié que les passagers peuvent seulement apercevoir lorsque le train entre en gare.

mercredi 2 mars 2022

Isolement


Se connecter n’est pas une mince affaire. Je suis à l’isolement, séparé du couloir par un sas où s’ouvrent trois portes plombées pour empêcher le rayonnement radioactif d’atteindre les infirmières qui s’occupent merveilleusement de moi. La troisième porte est celle de la salle d’eau avec les toilettes à double évacuation et un lavabo. Jusqu’à jeudi matin où je quitterai ma chambre je n’aurai d’autre contact qu’à travers le hublot creusé dans celle derrière laquelle je passe mon temps à boire de l’eau pour éliminer la radioactivité de l’iode 131. À l’heure des repas je vais chercher la nourriture qui se trouve sur un plateau dans le sas. La pièce est suffisamment spacieuse pour y faire de la gymnastique. Le lit, une table et deux chaises, un fauteuil, une autre roulante au-dessus du lit, deux poubelles, l’une pour le plastique, l’autre, plombée, pour les matières organiques. Contrairement à ce qui est annoncé dans les cinq pages très bien faites, il ne fait pas froid au dernier étage du bâtiment, c’est même un peu suffocant. Il ne me semble pas que la prise de la gélule ait produit sur moi d’effet secondaire, si ce n’est un léger mal de tête, mais c’est peut-être dû à ma position dans le lit lorsque je regarde les derniers épisodes de la saison 3 de L’amica geniale, ceux de la seconde de Raised by Wolves ou le premier de la saison 6 de Peaky Blinders. Sinon j’ai ma liseuse bourrée de bouquins, mon ordi, l’iPad et le smartphone. Sauf que rien ne fonctionne tout à fait normalement. Pas moyen de récupérer mes mails sur mon MacBook, la connexion wi-fi au réseau APHP public est très fragile, la 4G me semble encore plus capricieuse. Souvent j’attends que ça passe. [Ma fenêtre est en haut à droite près des ceminées en zinc]


L’enfermement est très supportable, d’autant que depuis le sixième étage j’ai vue sur la rue. Des fumeurs sortent devant leurs bureaux, des étudiants discutent devant ce qui ressemble à une école privée, des jeunes jouent au basket sur un terrain près du square où se retrouvent les enfants en fin de journée, un poids lourd provoque un embouteillage, un grand type bosse tout seul sur le chantier en bas de l'immeuble. Quand le réseau est rétabli, j’ignore par quelle magie, je réponds aux provocations qui suivent mon article sur la crise ukrainienne. La plupart du temps on essaie de me faire dire des choses que je ne pense pas et que je n’ai pas écrites, mais qui rassureraient ceux qui ont des idées toutes faites. J’aurais préféré discuter du rapport du GIEC, chaque fois plus alarmant, qui est tombé hier. C’est de ma faute, je n’en ai rien dit. Est-ce par incompétence ou parce que c’est si énorme que je ne sais pas par quel bout le prendre ?
En attendant je me demande quand j’aurai du réseau pour publier mon article quotidien dans la nuit silencieuse de Saint-Louis. Alors je retourne dormir, il n'y a que cela à faire.