Jean-Jacques Birgé

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lundi 4 juillet 2016

Léo cœur d'indien


Lorsque j'ai terminé Léo cœur d'indien le bain était froid. Embarqué par ma lecture de ce roman jeunesse j'ai replongé dans mes 9-12 ans. Sa chaleur avait dissipé la température de l'eau. Je ne m'en suis aperçu qu'à la dernière page.
Anne-Gaëlle Balpe a quitté l'enseignement il y a quelques années pour se consacrer à la littérature pour enfants. Elle a une bonne quarantaine d'ouvrages à son actif et passe le reste de son temps à aller au devant de ses lecteurs et animer des ateliers d'écriture. Léo cœur de lion peut se lire à tout âge, comme toute œuvre initiatique. De Tom Sawyer à La nuit du chasseur, d'Alice aux Pays des Merveilles aux Contrebandiers de Moonfleet, il existe quantité de livres et de films qui nous font grandir parce qu'ils soulèvent de multiples questions. L'école primaire casse la créativité des enfants en imposant les réponses sans laisser aux interrogations le temps de se formuler. La suite est un long travail de formatage des esprits et des corps pour rentrer dans le moule social.
Anne-Gaëlle Balpe jongle avec les mots comme avec les émotions. Au fil des pages elle place des repères comme autant de panneaux indicateurs aux carrefours de la pensée. Libre à chacune et chacun de les emprunter ou pas. Des mots, des phrases, des paragraphes deviennent des portes vers un ailleurs susceptible de propulser ses lecteurs vers l'avenir. Pour grandir, l'espace doit se conjuguer avec le temps. Perdu dans la ville, Léo prend ses marques en donnant des noms aux odeurs. Il avance en jouant à saute-moutons avec les mots qui sonnent à ses oreilles. Son aventure pourrait être effrayante, mais la tendresse l'enrobe d'un voile merveilleux qui lui permettra de retrouver sa maman en laissant flotter derrière lui le parfum de l'inconnu. L'auteur évite pourtant la quadrature du cercle qui dessinerait une happy end simpliste. Pour permettre à chacun de trouver son chemin, les énigmes doivent offrir plusieurs réponses. C'est à leur nombre que l'on reconnaît souvent la qualité d'une œuvre.

→ Anne-Gaëlle Balpe, Léo cœur d'indien, illustration d'Iris de Moüy, Neuf de L'école des loisirs, 9,50€

mercredi 27 avril 2016

Martha Gellhorn, La guerre de face


J'ai enfin terminé le livre de Martha Gellhorn à raison d'un ou deux chapitres par bain. Risquant parfois de m'y endormir j'évite de prendre ma liseuse qui craint l'eau plus qu'un bouquin que l'on peut toujours faire sécher ; ainsi ai-je choisi La guerre de face qu'Anny m'avait offert pour Noël. Et jamais je n'ai piqué du nez !
Chaque chapitre pourrait être le synopsis d'un long métrage, mais ce recueil d'articles publiés de 1936 à 1992 est avant tout remarquablement écrit, une leçon pour tout journaliste qui se respecte, mais refuse le formatage imposé en général par la rédaction. De la Guerre d'Espagne à celle du Panama en 1990, Martha Gellhorn arpente la planète partout où les hommes s'entretuent et où les populations en font les frais. La correspondante de guerre saisit l'essence-même de chaque conflit au travers de sa propre expérience, aventure qu'elle partage en s'engageant corps et âme. Le récit de ce qu'elle découvre réfléchit les enjeux des belligérants. Si elle est extrêmement critique avec la politique impérialiste de son pays au Vietnam ou en Amérique du Sud, elle s'enthousiasme aveuglément pour Israël, comme nombreux intellectuels américains d'origine juive. Mais à part ce chapitre où ses critiques sont justes mais unilatérales, elle choisit son camp parmi les opprimés et les agressés. Car si Martha Gellhorn raconte la guerre, elle la déteste au plus haut point.
Elle a commencé sa carrière à Madrid en 1937 aux côtés d'Ernest Hemingway dont elle est la troisième épouse de 1940 à 1945. Parmi ses nombreuses publications, La guerre de face raconte aussi la Finlande attaquée par les Russes de 1937 à 1939, le Front de Canton entre Chinois et Japonais en 1941, la Seconde Guerre Mondiale depuis la Grande-Bretagne, à travers l'Italie, la Hollande, la Belgique, le Débarquement et Dachau, témoignage bouleversant qui s'attache aux hommes plutôt qu'aux faits d'armes, et puis Java, le Vietnam, la Guerre des Six Jours et l'Amérique Centrale. Gellhorn divorcera pour préserver son indépendance, car Hemingway est un macho qui supporte mal que sa femme soit autre part qu'au foyer !
Elle s'enorgueillira d'en avoir créé dix neuf en quarante ans, la globe-trotter refusant d'être une note en bas de page du célèbre écrivain. Femme libre dans sa vie professionnelle, elle entendait le rester dans sa vie privée. Il nous reste un style superbe, un agencement structurel chaque fois renouvelé en fonction du sujet et un témoignage exceptionnel sur la folie des hommes.

→ Martha Gellhorn, La guerre de face, 500 pages, Ed. Les Belles Lettres / Mémoires de guerre, 23€

jeudi 21 avril 2016

L'oracle DigDeep à La gaîté Lyrique pour Dizaïn


La semaine dernière, Sonia Cruchon présentait à la 27e séance de dizaïn, organisée à la Gaîté Lyrique par les Designers Interactifs, l'oracle qu'elle a imaginé pour iPad. Il suffit de penser une question qui nous préoccupe sérieusement, de l'enregistrer vocalement ou de l'écrire sur la tablette, pour que DigDeep nous susurre une suggestion. Les réponses apparaissent sous la forme d'un extrait cinématographique muet très court, issu des Archives Prelinger. Il ne s'agit nullement de divination, mais d'un système proposant un autre angle d'analyse, sollicitant l'interprétation quasi jungienne de celle ou celui qui y a recours. Toute proportion gardée, on se rapproche du Yi-King ou des Oblique Strategies. Les films muets étant bouclés, les réponses à nos interrogations sont souvent à chercher dans les détails que la répétition fait remonter au premier plan, comme nous l'avions constaté avec Antoine Schmitt pour Machiavel. L'application DigDeep, totalement gratuite, offre divers services comme l'archivage des tirages, l'envoi par mail, etc.


Les archives sont devenues pléthoriques. Dès que nous participons à un évènement public nous en accumulons les traces, graphiques (photo- ou vidéo-), sonores, écrites, etc. Les modes de recherche, qu'ils soient personnels ou publics, permettent de les retrouver alors même que certaines semblaient avoir disparu depuis des lustres. Cette force devient une faiblesse, dès lors que le système s'enraye. Le grand incendie nous menace. Un crash peut tout faire disparaître si l'on n'effectue pas des sauvegardes de sécurité. Leur multiplication, parfois au détriment de la légalité anti-piratage, devrait permettre de l'éviter. Du moins tant que l'on a accès au Web et que l'électricité fonctionne ! Ici nous est par exemple proposé le récit de la soirée en tweets et en images réalisé par Gayané Adourian pour l'Agence Ondine, le replay en vidéo de toute la soirée sur le site de la Gaîté Lyrique, les photos des invités prises par Arthur Enard... De notre côté nous avons extrait la présentation de DigDeep réalisée avec Sonia Cruchon, treize minutes en compagnie de Geoffrey Dorne qui jouait le meneur de jeu, Marina Wainer qui organisait l'évènement et toute l'équipe de dizaïn. Ce genre d'initiatives est formidable, offrant de présenter les idées et objets que génère l'avancée des nouvelles technologies...

jeudi 31 mars 2016

L'écran d'épingles de Michèle Lemieux


En 1972 le cinéaste Norman McLaren eut du nez de faire acheter par l’ONF (Office National du Film du Canada) l'écran d'épingles inventé en France par le couple Alexandre Alexeïeff et Claire Parker en 1930. Jacques Drouin passa récemment le flambeau à la Québécoise Michèle Lemieux, seule réalisatrice d'animation au monde à s'en servir actuellement. Le système fonctionne comme le gadget où il faut enfoncer des épingles pour créer un relief, sauf qu'ici les 240 000 épingles enserrées dans autant de fins cylindres sont de face et c'est leur ombre projetée qui crée le dessin. Pendant le tournage il est impossible de revenir en arrière si l'animatrice se trompe. Elle ne peut qu'être créative pour réparer ses erreurs en allant de l'avant, tout story-board étant impossible à suivre scrupuleusement. Comme dans toute improvisation ce travail long et solitaire où il faut être ambidextre exige de l'imagination, une maîtrise exceptionnelle et un doigté hors pair. Si l'illustratrice de livres renommée a été séduite par ce medium aux possibilités esthétiques extraordinaires, elle a su créer un monde que lui inspirent nos rêveries sur le nôtre et les interrogations métaphysiques qu'il génère, en particulier via la lecture d'Hubert Reeves.


Par une utilisation décalée et humoristique des bruitages, le recours à la valse, certains objets vivants rappelant le Codex de Serafini, les références à l'absurde, son dernier film, Le grand ailleurs et le petit ici, réalisé de 2010 à 2012, s'insère fidèlement dans l'histoire du film d'animation. Il n'en est pas moins original, le support poussant Michèle Lemieux à des extravagances d'une beauté rare.


Du 15 avril au 2 septembre 2016 le Centre Culturel Canadien expose à Paris le travail de Michèle Lemieux, Le tout et la partie, du dessin au film d'animation. J'imagine que l'écran d'épingles qui sera montré à cette occasion est celui du CNC qu'elle a aidé à rénover après avoir œuvré sur celui acquis par Montréal, puisqu'il ne semble rester que ces deux-là parmi les neuf prototypes créés par Alexeïeff et Parker. L'artiste soulève le paradoxe des possibilités de cet instrument archaïque face à celles des nouvelles technologies. Toutes possèdent leur part de mystère qu'il s'agit de maîtriser sans perdre la fragilité du vivant, l'erreur qu'on dit humaine, mais que l'art permet de sublimer.

→ Voir également Alexandre Alexeïeff, L'écran épinglé, DVD Cinedoc

lundi 15 février 2016

Modern Polaxis, fantastique BD en réalité augmentée


Si vous aimez la science-fiction, la bande dessinée ou les illusions d'optique et si vous possédez un iPhone ou iPad, alors n'hésitez pas une seule seconde, commandez The Secret Journal of Modern Polaxis via le site dédié à cet extraordinaire petit livre fonctionnant en réalité augmentée. Il suffit ensuite de télécharger l'application gratuite sur iTunes et de cadrer chacune des 50 pages du petit livre pour que les images prennent des couleurs, qu'elles s'animent, fassent apparaître des textes cachés et que la musique soit. C'est sympa avec un iPhone, mais avec un iPad on peut carrément tout lire car son format est même un peu plus grand que le bouquin.


L'histoire est parfaitement adaptée à la technologie utilisée. Un voyageur du temps plutôt paranoïaque décrit ses expériences dans le journal intime dont vous tenez une copie entre vos mains. Votre machine sert à décrypter les messages cachés. Polaxis pense que notre monde est une projection holographique d'un autre endroit de l'univers et qu'il est poursuivi par ses agents comme tous les fugitifs de son espèce. Trop défoncé à son dernier voyage, il ne peut rien prouver, mais il se demande ce qui se passerait si la lumière vacillante venait à s'éteindre !


Écrite (en anglais), illustrée et animée par Sutu, programmée par Lukasz Karluk et intelligemment mise en musique par l'Anglais Lhasa Mencur, Modern Polaxis est une création australienne. Si vous voulez jeter un coup d'œil et une oreille avant d'y plonger les deux ou les quatre, vous pouvez télécharger l'application gratuite et braquer votre appareil vers les images illustrant cet article, vous aurez une sacrée surprise !

→ Sutu, The Secret Journal of Modern Polaxis, 28,37 € avec le port au cours du dernier change...

vendredi 15 janvier 2016

World of Yo-Ho, une nouvelle manière de jouer


N'attendez pas de moi que je vous explique comment ça marche, l'émission de TricTrac.tv s'en charge très bien sous les bons hospices du Capitaine Étienne Mineur. Ne pas être gamer ne m'a pas empêché d'imaginer le monde sonore et musical du nouveau jeu conçu et réalisé par l'équipe des Éditions Volumiques. World of Yo-Ho est un jeu de plateau innovant dont les pions sont des smartphones. Pour ce jeu de pirates les appareils sont transformés en bateaux à fond de verre évoluant de case en case, leur accéléromètre leur permettant de repérer exactement où ils voguent sur la carte de 80x80cm. Il se joue de 2 à 4 joueurs à partir de 14 ans, mais de jeunes moussaillons s'en sont très bien sortis, en tout cas mieux que moi, alliant le plaisir du jeu de société aux mécanismes interactifs du jeu vidéo.
L'enjeu pour moi fut d'imaginer une charte sonore à deux états, si l'on tient le smartphone dans sa main comme une interface secrète ou lorsqu'on le pose sur la carte et qu'il s'anime. En effet les combats permettent de voir les boulets de canon voler d'une embarcation à l'autre, et quantité d'aventures génèrent des animations liées aux missions qui nous sont assignées. Ambiance maritime et effets réalistes sur le plateau, musique symphonique et sons d'interface anonymes lors de la prise en main. Comme tous ceux et celles qui ont participé à l'élaboration du Monde de Yo-Ho j'ai donné mon nom à l'un des lieux stratégiques, diminutif cavalier qu'emploient les marins lorsque je suis à bord !


Franchement c'est complexe, garantissant des heures d'excitation aux a(r)mateurs. Je n'échappe pas à la règle (du jeu) puisque trop manche je reste un art-mateur. Jeu de mots, jeu de vilains, jeu de pirates où chacun doit choisir son capitaine, animal totem, et son navire. La grosse boîte de 2 kilos contient le plateau, des cartes, 8 figurines ventouses de navire et capitaine, 8 figurines en carton à emboîter utiles si l'on joue à plusieurs mais avec un seul téléphone, 16 pages de règles du jeu (pour l'instant en français et anglais, mais des versions italienne et allemande suivent prochainement), sachant que l'application elle-même est gratuite (iOS et Androïd). Il y a aussi un petit extra, un jeu de cartes Yo-Ho. Chaque personnage et chaque navire obéissent à des comportements qui leur sont propres. Il y a des objets à récupérer, des îles qui se découvrent soudainement, des évènements inattendus (bouteille à la mer, trésor caché, tempête...), des alliances peuvent se nouer... Les parties sont sauvées automatiquement permettant de reprendre. Yo-Ho possède une adresse FaceBook et la mise à l'eau est prévue pour aujourd'hui-même !



World of Yo-Ho (War of the Orchids), ed. Volumique, dist. Iello, entre 50 et 60 € selon les points de vente
→ en exclusivité, à l'occasion de sa sortie, vous pourrez tester World of Yo-Ho chez Jeux Descartes, 52 Rue des Écoles, 75005 Paris, demain samedi à partir de 15h, en présence d'Étienne Mineur !

jeudi 14 janvier 2016

Cacatelec, la crotte téléguidée


Certaines mamans disent que leur bébé leur a laissé un petit cadeau lorsque leur progéniture a fait caca dans ses couches. Loin de moi l'idée d'analyser les tenants et aboutissants freudiens de cette remarque charmante, mais je me demande tout de même à quoi pensent les artistes Ella & Pitr lorsqu'ils nous envoient pour les fêtes une superbe crotte téléguidée ? Est-ce une critique ou un hommage à l'art conceptuel de Piero Manzoni avec ses 90 boîtes de conserve, à l'étron gonflable de Paul McCarthy, à la machine à caca de Wim Delvoye, à l'auto-portrait de merde du photographe Andres Serrano, aux peintures de Jacques Liziène, à la Shit Fountain de Jerzy S. Kenar, à la Vénus de Milo en caca de panda de Zhu Cheng, aux toiles de Christopher Ofili en caca d'éléphant, à celles en béton de Kamiel Verschuren, à The Home-Coming of Navel Strings de Noritoshi Hirakawa, au collectif Sprinkle Brigade, au street artist Gold Poo et tous les anomymes à avoir recouvert l'étron de peinture dorée ? L'idée était tentante, il est vrai.
Comme je fais avancer, reculer, tourner Cacatelec pour le plus grand bonheur des scatologistes de mes amis je repense au gag du porte-feuilles attaché à un fil invisible que l'on tire lorsqu'un passant essaie de le ramasser. Mais qui irait ramasser une crotte qui ne lui appartient pas ? Déjà que la plupart des propriétaires de chiens de mon quartier laissent leurs bêtes chier sur le trottoir avant de filer à l'anglaise... Ella et Pitr ont l'habitude de fabriquer toutes sortes d'objets dérivés à partir de leurs affiches, et c'est probablement dans leurs carnets intimes où ils croquent leur vie quotidienne avec leurs deux enfants qu'il faut chercher la référence à leur amusante provocation. J'ai entendu dire qu'ils pourraient produire bientôt quelques unes de ces drôles de machines qui interrogent néanmoins fondamentalement nos objets de consommation, et notre consommation tout court. Pas question pour autant de marcher dessus du pied gauche sans la casser ! Mon père écrivait W6496 qu'il retournait dans le miroir, on jurait en commençant par M... que l'on terminait par "... ercredi prochain !", ma grand-mère avait coutume de me dire "merde !" avant chaque composition, mais il ne fallait surtout pas répondre "merci" pour que cela porte bonheur... Cette histoire me laisse perplexe, car je n'ai ni roulettes pour filer, ni télécommande qui oriente ma réflexion, ni rien, mais rien du tout, c'est juste la merde à l'image de l'année qui vient de se terminer !

N.B.: dans un tout autre esprit que Cacatelec (rue du faubourg Saint-Honoré oblige !), ce soir jeudi à la Galerie Lefeuvre a lieu le vernissage de l'exposition collective Paper ℗arty 3 avec Paul Insect, Mist, Pixel Pancho, Daniel Muñoz 'San') où Ella et Pitr signeront leur nouveau livre Baiser d'encre, recueil de dessins de leurs carnets intimes (attention, même titre que le film que Françoise Romand leur a consacré, DVD également disponible sur Superbalais).

P.S.: puisqu'on en est là je recommande très sérieusement la lecture passionnante du livre Le charme discret de l'intestin de Giulia Enders chez Actes Sud, somme fabuleuse d'informations sur notre second cerveau racontée avec humour et perspicacité !

mardi 8 décembre 2015

Prosopopées, quand les objets prennent vie au 104


L'exposition Prosopopées, quand les objets prennent vie au Centquatre mérite d'être vue, parce qu'elle pose quantité de questions. De plus, l'aspect ludique de nombreuses installations suggère d'y aller avec les enfants qui s'amuseront comme des petits fous ! Les lumières qui glissent et clignotent, les drones qui planent et les machines articulées tiennent souvent plus du Palais de la Découverte que d'un musée d'art contemporain ; c'est peut-être là que se situe la première interrogation. Les régisseurs techniques et bidouilleurs de la machinerie théâtrale traditionnelle, et ô combien merveilleuse, trouvent un débouché gratifiant dans l'exposition des nouvelles technologies rassemblées sous connotation artistique. Cela rappelle l'art vidéo enseigné dans les écoles de Beaux-Arts dans la totale ignorance de l'histoire du cinématographe. Mais là où le concept étouffe l'émotion, ici la démonstration technique occulte hélas trop souvent le propos, réduit à sa plus simple expression, sujet-même de l'exposition initiée par la Biennale Némo, soit la relation qu'entretiennent les machines avec notre humanité. Le côté décoratif prend alors le pas sur la révolte analytique et critique. Certaines des œuvres apparaissant superficielles ne figureraient-elles pas mieux dans la vitrine d'un grand magasin au moment de Noël ? La banalité d'une œuvre ne se transformerait-elle pas alors en idée géniale dans le cadre d'un art appliqué ? N'y aurait-il pas un débouché dans les fêtes foraines où les grandes attractions bénéficient de budgets colossaux ? Certaines installations présentées au Centquatre sortent néanmoins du lot et laissent entrevoir un futur dépoussiéré des méprises que le monde de l'art contemporain entretient consciencieusement par revanche des techniciens et des commerçants contre les poètes. La renommée des plus cotés montre un si mauvais exemple, fruit d'une surenchère mercantile savamment orchestrée par quelques collectionneurs ! Ma suggestion foraine est d'autant plus sérieuse que le marché de l'art numérique est loin de nourrir ses acteurs.


On peut donc être surpris de découvrir qu'il n'existe aucun grand écart entre la tornade Ascension d'Anish Kapoor et les œuvres de jeunes émergents, d'autant que l'on peut imaginer que l'apport de l'artiste a consisté dans l'idée du couloir en spirale aboutissant à une colonne de fumée ascendante, mais que ce sont des petites mains qui se sont coltinées le travail ! Il est probable que les bidouilleurs que j'évoquais plus haut ont par contre mis la main à la pâte, et que ces ingénieurs ont, eux, leur nom sur les cartels.
De la fumée il y en a. Des tubes de lumière encore plus. Des bras articulés, en veux-tu en voilà. J'ai aimé la délicatesse de temps!réel de Maxime Damecour ou le cluster d'harmonium de Wave Interference de Robyn Moody, l'humour de chaise longue de Jérémy Gobé dans A Day's Pleasure. Mais certains restent dans l'anecdotique de surface quand d'autres structurent un langage et jouent d'effets dramatiques qui nous permettent d'y plonger. Ainsi Timée de Guillaume Marmin sur une musique de Philippe Gordiani développe une composition dans le temps qui ne cesse de nous surprendre.


Chez ces petits-enfants qui s'ignorent du fameux Line Describing a Cone d'Anthony McCall (1973) le cercle projeté est remplacé par des points qui nous transpercent et le bruit du projecteur par des nappes mouvantes de synthétiseurs granulaires diffusées en 6.1, évitant ainsi soigneusement la redondance rythmique de boîte de nuit que nous inflige par exemple Inferno de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers.


L'idée est pourtant intéressante, cinq spectateurs sont arnachés dans un costume articulé par des machines qui ont pris le pouvoir. Pendant la représentation à laquelle nous assistions une fille commença à tourner sur elle-même et à courir, mettant en danger les autres participants et le dispositif lui-même, mettant en évidence les limites de la supposée suprématie mécanique. On avait compris que les machines ne sont pas sympathiques, alors pourquoi en rajouter en diffusant une rythmique répétitive tonitruante de fin du monde hollywoodienne ?
Le son, comme dans bien d'autres œuvres présentées, est le parent pauvre, peu réfléchi, redondant, illustratif ; le bruit de la machine empêcherait-il les auteurs d'y penser de manière complémentaire dans une dialectique qui me semble définitivement nécessaire ? Les prosopopées annoncées ne tiendraient-elles pas mieux leurs promesses si les machines ne prenaient pas toute la place, étouffant les humains sous une fascination de geek.

Illustrations (de haut en bas) : Mécaniques discursives de Fred Penelle et Yannick Jacquet, Wave Interference de Robyn Moody, Timée de Guillaume Marmin et Philippe Gordiani, Inferno de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers

mercredi 2 décembre 2015

Hors Cadre[s] - Adaptations

...
La revue Hors Cadre[s] est décidément incontournable si l'on s'intéresse aux publications pour la jeunesse. C'est la semaine où en parler puisque s'ouvre le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil où les Inéditeurs ne présenteront pas, comme prévu à l'origine jeudi, l'application Boum ! devant un jeune public, puisque privé de sortie grâce aux actes, que j'espère inconséquents, de notre gouvernement.
J'avais chroniqué le précédent numéro sur la création numérique. Le n°17 est cette fois consacré aux adaptations. Le changement de support présente à la fois le risque de perdre les intentions de départ et l'avantage de posséder un canevas qui a fait ses preuves. Il peut mettre à la portée de la jeunesse des œuvres auxquelles elle n'aurait pas forcément accès. Le changement d'angle offre également à de nouveaux auteurs de s'approprier une histoire en choisissant une approche particulière.
Dans ce numéro de Hors Cadre[s] textes et illustrations donnent tout de suite envie d'aller en librairie feuilleter certains des ouvrages chroniqués. Benoît Berthou s'intéresse aux bandes dessinées d'après des romans célèbres de Dickens, Defoe, Tolstoï, Lovecraft ou Mary Shelley. Liliane Cheilan en compare cinq différentes inspirées par l'étrange tour d'écrou d'Henry James. Joëlle Jolivet expose les carnets en pop-up de Gérard Lo Monaco. Sophie Van der Linden s'entretient avec Jean-Luc Fromental qui analyse La Genèse de Robert Crumb, Le Maître de Ballantrae de Stevenson dessiné par le jeune Hippolyte, Sukkuvan Island par Ugo Bienvenu, la Suite française par Emmanuel Moynot... Fromental compare la BD et le cinéma au travers du Tamara Drewe de Posy Simmonds que Stephen Frears a porté à l'écran (j'adore aussi bien l'un que l'autre !), le triplet Gemma Bovary par Flaubert, Simmonds ou Anne Fontaine. Les adaptations peuvent évidemment se réaliser dans les deux sens. Philippe-Jean Catinchi se penche sur Construire un feu de Michel Galvin d'après Stevenson. On sait la difficulté du genre. Yann Fastier révèle ainsi la trahison de Pennac s'attaquant à Ernest et Célestine. Marianne Berissi souligne les contraintes et la consanguinité paresseuse de certains et glorifie les réussites complémentaires qui savent s'appuyer sur les différents supports spécifiques comme Dudu et Dudu, Coco et Nana de Betty Bone, Nuit d'orage de Michèle Lemieux, Les morceaux d'amour de Géraldine Alibeu, À quai de Sara, mais ces auteurs prennent en charge eux-mêmes leurs adaptations ! Pascal Humbert aime autant le Hugo Cabret de Brian Selznick et celui de Scorsese, un de ses rares films récents réussis. Sophie van der Linden tire un coup de chapeau à la musique s'intégrant graphiquement à un livre, The Baby's Opera de Walter Crane ou Diapason de Laetitia Devernay. L'auteur Vincent Cuvellier évoque des adaptations scéniques de ses œuvres. Solene Xie feuillète la création chinoise. On termine par un livre à découper de Nina Aulagnier, lauréate d'un concours lancé par la revue. Tout cela est très beau et donne furieusement envie de retrouver son âme d'enfant pour profiter de ces magnifiques récits illustrés ou animés.
Le prochain numéro sera consacré à l'humour ! On en a tant besoin...

mardi 1 décembre 2015

Le regard explorateur


Dans le cadre de l'exposition Une brève histoire de l’avenir le Musée du Louvre s'est associé à la start-up SuriCog pour expérimenter un dispositif qui sera peut-être l’outil d’aide à la visite de demain ou il pourra inviter le public à une expérience immersive par le son. Le regard explorateur s'appuie sur une interface la plus naturelle possible entre le visiteur et l’œuvre, son œil ! Pendant une quinzaine de jours dans le Hall Napoléon plusieurs visiteurs préalablement inscrits sur Internet pourront tester ce dispositif. Grâce au système interactif regard-environnement développé par la société SuriCog, le visiteur « sélectionne » un élément d’une œuvre par le regard, et quand il le désire, déclenche le contenu audio qui lui est associé. Libéré du poids des équipements traditionnels de type audioguide, il choisit lui-même les détails de l’œuvre qu’il souhaite explorer, selon le parcours de son regard. Le dispositif offre à chaque visiteur d'être indépendant dans sa visite interactive.
J'ai donc composé la partition sonore de la première œuvre choisie pour cette expérience sonore et ludique, Les zones terrestres, un papier-peint de 17 mètres issu des collections des Arts décoratifs, créé par la Manufacture Zuber & Cie pour l’Exposition universelle de Paris de 1855. L'aventure débute par une courte présentation de la commissaire Dominique de Font-Réaulx, enregistrée sur place dans l'ambiance du musée pour donner l'impression qu'elle est présente et surtout faire oublier le casque dans un premier temps. Commence alors le voyage au travers des cinq zones représentant cinq régions du monde, les mers glaciales, le Canada, l’Algérie, le Bengale et la Suisse. Chacune est composée d'une ambiance immersive déclenchée par le regard. Le visiteur s'arrêtant sur un détail peut déclencher, quand il le souhaite, le son qui lui est associé.
Chacune des cinq régions est un puzzle d'une dizaine de pièces. Malgré l'immersion paysagère planante et référentielle, j'ai cherché à créer des surprises et suggérer les drames que l'œuvre recèle (un incendie de forêt, des antilopes traquées par un fauve...). Les scènes purement musicales sont presque toutes in situ (concertina d'un marin, harmonica d'un trappeur, flûte d'un berger, cor des Alpes, etc.), le ciel fait tinter des chimes au gré du vent, les animaux prennent vie, le climat vous enveloppe... Le traitement électroacoustique est le plus naturel possible, même si les glaces polaires craquent comme des percussions contemporaines, si les tablas envahissent la végétation du Bengale ou si un orchestre à cordes vient signifier l'artificialité de cet exotisme de rêve. Ici le hors-champ qui m'est cher est remplacé par des éléments cachés dans le décor. Le son offre alors de deviner sans voir. Chacun se fait son cinéma, le traitement de ces Zones terrestres tenant plus de l'expérience sensorielle que de la visite commentée.

Illustration : Testeurs en situation © Musée du Louvre / SuriCog / Stan Morin

jeudi 19 novembre 2015

Des bons et des mauvais BOUM!


En découvrant la super critique de SuperJulie sur MilK Magazine je crains que les évènements récents colorent bizarrement notre application intitulée naïvement BOUM ! Or on ne peut tout de même pas laisser aux assassins et aux guerriers l'exclusivité des explosions quand elles peuvent être de joie et d'enthousiasme. Dans le cadre du Salon de Livre de Jeunesse de Montreuil notre équipe des Inéditeurs présentera d'ailleurs le roman graphique et sonore BOUM ! à des enfants le 3 décembre prochain à 15h30. Le graphiste Mikaël Cixous avait changé le titre initial Au boulot un peu rébarbatif par un BOUM ! moins résigné. Nous voilà donc devoir nous expliquer à l'heure des amalgames paranoïaques alors qu'adolescents, nous appelions boum une surprise-partie devenue la fête !


En revenant du métro dont les rames avaient été stoppées probablement à cause d'un colis suspect je croise ma nièce en colère. La nourrice de sa fille lui a annoncé qu'elle n'irait pas au parc, privant de sortie la gamine de six mois. Elle est aussi en colère contre elle-même d'imaginer le pire au coin de la rue. Tandis que je descendais à toute vitesse l'avenue Gambetta à vélo, puisque les transports en commun sont devenus de moins en moins sûrs, pas à cause des fous de dieu, mais suite aux mouvements de panique et aux précautions sécuritaires, je me suis moi-même demandé ce que je ferais si j'entendais un gros boum. Je me trouve stupide d'avoir de telles pensées, sachant que la probabilité s'est encore réduite avec les attentats de vendredi dernier. Chez de nombreux jeunes gens le sentiment de colère a remplacé la peur.


Tandis que je fais mes courses les commerçants se lamentent de ne voir personne entrer dans leurs magasins. Les rues sont vides. Les théâtres aussi. Terroriser la population est une méthode avérée pour détruire l'économie d'un pays, comme j'avais pu le constater au printemps pendant mon voyage en Tunisie. Or la meilleure façon de répondre à la terreur est de la mépriser, de sortir boire des coups, de se changer les idées dans les salles de spectacle... Je me souviens aussi des Sarajéviens en 1993 pendant le siège : contrairement à ce qu'affichaient les infos télévisées, personne ne courait en traversant la rue, les femmes se maquillaient à outrance pour que les Tchetniks qui les visaient voient de loin qu'elles les narguaient de toute leur beauté... Aujourd'hui dans les lieux publics on impose partout des vigiles qui ne servent évidemment pas à grand chose, mais sont censés rassurer les Parisiens. C'est pourtant en croisant des soldats armés jusqu'aux dents au détour d'une rue que je me sens le plus fragile. La politique débile du gouvernement qui bombarde la Syrie en tuant quantité de civils dont des enfants ne fait que mettre de l'huile sur le feu, et ce pour de honteuses raisons qui touchent plus au porte-feuilles qu'à la morale.


En espérant que de plus en plus de monde s'aperçoive quels sont les intérêts en jeu, et aussi ceux de chaque citoyen, je fais glisser les 104 pages du roman horizontal que j'ai sonorisé. Il faut continuer à rêver, vivre et agir pour que les explosions de joie remplacent le bruit des bombes partout sur la planète. Certes il faut relever les manches, mais avons-nous d'autre choix ?

mardi 20 octobre 2015

Écoute ! il y a un éléphant dans le jardin...


Le podcast de l'émission du 14 octobre de Véronique Soulé sur Radio Aligre, Écoute ! il y a un éléphant dans le jardin, est en ligne. Vous pouvez donc écouter son entretien avec les Inéditeurs autour de l'application pour tablettes BOUM !. Il y a des extraits sonores et nous sommes là tous les quatre avec Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et Mathias Franck. Ce matin je cède la place à Véronique Soulé dont le texte d'introduction a su nous mettre à l'aise. Son émission est un magazine culturel présentant l’actualité culturelle des enfants, de 0 à 13 ans en région parisienne. Il est si agréable d'avoir face à soi une journaliste qui connaît son sujet et pose les bonnes questions.

« 2 euros 99, soit à peine l’équivalent d’un canon de vin rouge ou de trois œufs durs au comptoir d’étain… », peut-on lire sur la page Facebook des Inéditeurs, annonçant la sortie de leur nouvelle application numérique pour tablette, BOUM !, parue cet été. Voilà une jolie façon de rappeler le prix très modique d’une appli, mais surtout de faire un petit clin d’œil poétique à Jacques Prévert, à l’écriture, l’humour et l’inventivité duquel cette application semble faire référence avec subtilité, même si le nom du poète est à peine évoqué, et encore seulement sur le site des Éditions. En filigrane de l’application BOUM ! il y aurait le poème de Prévert Le temps perdu :
« Devant la porte de l’usine / Le travailleur soudain s’arrête / Le beau temps l’a tiré par la veste / et comme il se retourne / et regarde le soleil / tout rouge tout rond / souriant dans son ciel de plomb / Il cligne de l’œil familièrement / Dis donc camarade soleil Tu ne trouves pas que c’est plutôt con / de donner une journée pareille à un patron ? »
Au-delà du poème dont s’inspire peut-être le récit graphique qui compose l’application BOUM !, imaginé et illustré par Mikaël Cixous, de Prévert on retrouve aussi l’inventivité sous une apparente simplicité. L’histoire, d’abord. Celle d’un homme ordinaire, en route pour une nouvelle journée routinière au bureau, et qui se va se révéler pleine d’imprévus et lui offrir une aventure inhabituelle. Mais rêve ou réalité ? Sans un mot, les scènes se suivent en un long travelling horizontal qui sollicite seulement un simple glisser du doigt, pour suivre ce drôle de bonhomme noir, son chapeau sur la tête. Des images graphiques très épurées, où dominent surtout un noir et blanc et rouge très denses, mais pas seulement. Sérigraphie, gravure ou tout simplement numérique, je n’en sais rien, mais la force des images et la variété de leur composition impulsent du mouvement. Un simple glissé du doigt, donc, rien d’autre, ce qui, pour une application numérique, est pour le moins inhabituel. Mais il faut prendre le temps pour avancer dans ce superbe récit graphique afin de profiter pleinement de la bande sonore qui lui donne tout son sens, ou plutôt ses multiples sens. Extrêmement raffinée, en particulier dans les enchaînements, elle mêle sons naturels, musique instrumentale et bruitages. Qu’on avance lentement ou rapidement, qu’on revienne en arrière ou qu’on reste sur place, la bande sonore semble s’adapter et se renouveler à chaque fois, provoquant de nouvelles sensations propices à faire galoper l’imagination du lecteur. Il faut dire qu’elle est réalisée par Jean-Jacques Birgé, musicien, compositeur, designer sonore, auteur multimédia, je suis sûre que j'en oublie, depuis de nombreuses années. Les plus anciens parmi vous se souviendront peut-être du superbe CD-Rom Alphabet, d’après l’œuvre de Kvĕta Pacovská, sorti en 1999, dont il avait composé la bande sonore, et de mon point de vue on n'a rien fait de mieux depuis. Pas pour les enfants, pas pour les adultes, mais pour tous : avant tout œuvre de création artistique, picturale, musicale et interactive, comme le sont encore trop rarement les applications numériques.
BOUM ! est la quatrième réalisation numérique des Inéditeurs, qui sont d’ailleurs quatre et nous font le plaisir d’être tous là, autour de la table, ce matin. Mikaël Cixous, Jean-Jacques Birgé, mais aussi Mathias Franck, le développeur, et Sonia Cruchon aux manettes du projet. Bonjour à tous les quatre et bravo pour BOUM !, qui je le précise tout de suite, est disponible pour tablette iPad et Androïd...

le podcast de l'émission
mon blog sur BOUM !
→ L'illustration représente l'aide de l'application, sans paroles comme tout ce qui fait BOUM !

vendredi 9 octobre 2015

La Maison Fantôme voit le jour


Les Éditions Volumiques publie enfin La Maison Fantôme, application pour tablette (iOS et Androïd) à l'usage des (pas trop) petits et des grands (restés petits), ce qui signifie "à partir de 4 ans". Les joueurs (de 2 à 4) doivent tendre des pièges aux sept membres de la famille fantôme qui veulent rentrer dans la petite maison en carton posée sur l'écran. Il faut être rapide, le premier joueur ayant capturé trois fantômes a gagné ! C'est un jeu de reconnaissance par les sons, car chaque fantôme a sa propre identité sonore associée à un comportement personnel. Il fait bien travailler la mémoire !


J'ai écrit "enfin" parce que Sacha Gattino et moi avons livré les sons des fantômes il y a maintenant trois ans et qu'il a fallu que nous soyons extrêmement patients pour découvrir le magnifique travail de nos amis Volumiques, soit Étienne Mineur qui les a dessinés et en a réalisé le game design, et les trois développeurs, Tristan Genevet, Ryad Godard et Julien Hognon. Sacha et moi nous sommes amusés comme des petits fous pour créer les voix des fantômes et composer la musique de l'appli et de la bande-annonce. Nous avons imaginé des voix pour le niveau facile, des bruits pour le niveau moyen et de courtes phrases musicales pour le niveau diabolique. Notre panoplie était constituée d'ondes Martenot, célesta, harmonica de verre, plaques de métal, boîte à musique, cadre de piano, rhombe et un terrible coup de tonnerre.


La Maison Fantôme procède de la même logique économique que les autres applications de la collection Zéphyr dont Sacha et moi avons également réalisé le design sonore. L'application est gratuite, mais le fin du fin est le joli livre qui l'accompagne avec la maison en carton à monter soi-même et à placer au centre de la tablette.

La Maison Fantôme, application gratuite pour tablette (iOS ou Androïd), Volumique, 7,50€ avec le livre

mercredi 16 septembre 2015

Darwin en vue, Darwin en sons


Malgré l'incendie à la Cité des Sciences et de l'Industrie le 20 août à Paris, Sacha Gattino et moi continuons à sonoriser la future exposition qui y sera consacrée à Darwin. Nous fabriquons des sons abstraits à partir de cris d'animaux et de bruits végétaux pour ses différentes installations interactives : choix des langues, validations, ouverture et fermeture de fenêtres, rotations, glissés, molettes, mouvements devant les kinekts, réussites et échecs, etc. Nous ignorons les dates de la réouverture de la Cité, mais nous brûlons d'impatience.
L'un des quatre cubes qui la composent était en travaux avant son inauguration qui n'avait encore jamais eu lieu depuis le lancement de la Cité en 1986, centre commercial de Vill’Up comprenant un complexe cinéma de 16 salles et une cinquantaine de boutiques et restaurants. Or des milliers de mètres carrés sont partie en fumée. Une armoire électrique serait à l'origine de l'incendie. À l'occasion de ce sinistre, la Cité a l'intelligence de mettre en ligne une page à destination des Juniors intitulée Le feu, c'est pas un jeu ! En attendant, elle conseille de visiter la Géode et le Palais de la Découverte qui présente XYZT Jouer avec la lumière jusqu'au 3 janvier, installations de la compagnie Adrien M. / Claire B.

mardi 8 septembre 2015

Carnet d'Arménie, 1915-1918


À force de remettre au lendemain les tâches les plus enquiquinantes on laisse s'accumuler quantité de papiers que l'on oublie jusqu'à ce que quelqu'un un jour les découvre ou les fiche à la poubelle. Lors de l'un de ces ménages salutaires où l'on finit par trier les affaires de celles et ceux qui nous ont quittés, Anny Romand, la sœur aînée de Françoise, a trouvé un vieux carnet écrit d'une belle écriture calligraphiée. Témoignage formidable d'une époque douloureuse, il avait appartenu à leur grand-mère arménienne qui avait fui et survécu au génocide de 1915. Il y avait aussi des pages rédigées en français et d'autres en grec ! Cent ans plus tard, le déchiffrage permet de comprendre qu'il accompagna la jeune femme lors de sa marche forcée de 1915 à 1918. Ainsi Serpouhi Kapamadjian née Hovaghian décrit la barbarie dont elle est témoin et victime sur les routes d'Anatolie, comment sa famille disparaît et grâce à quelles péripéties elle échappe au massacre. Trois ans après avoir confié à des paysans turcs son fils de quatre ans, seul rescapé avec elle, elle le retrouvera par miracle grâce à l'armée russe. Réfugiée en France, elle accouchera mystérieusement d'une nouvelle fille, Rosette, qui donnera naissance à son tour à Anny et Françoise. Anny alterne les pages du carnet et ses propres souvenirs sous sa plume de petite fille de huit ans pour reconstituer le portrait étonnant de sa grand-mère, s'enfonçant dans l'Histoire au point d'investir ce passé qu'elle n'a pas vécu, mais qui hante tous les descendants des martyrs. La littérature permettant tous les sauts temporels, nous sommes à notre tour transportés par ce témoignage exemplaire, 120 pages illustrées de petites photos que j'ai dévorées d'une traite, évocation plus réussie que tant de cinéastes s'étant essayés récemment à évoquer le sujet (Henri Verneuil, Atom Egoyan, Robert Guédiguian, les frères Taviani, Fatih Akin), alourdis par un pathos que l'auteure évite pour se concentrer sur l'amour qu'elle portait à sa grand'mère d'Arménie et leur complicité.

→ Anny Romand, Ma grand'mère d'Arménie, Ed. Michel de Maule, coll. Je me souviens..., 9 €

jeudi 18 juin 2015

Boum ! Ça y est...


Tout arrive. Boum ! est enfin sorti, plein de fantaisie, d'imagination et de couleurs. Du moins dans sa version pour iPad, car la version Google Play (Androïd) va suivre incessamment. Le récit horizontal conçu et dessiné par Mikaël Cixous livre une approche nouvelle de la bande dessinée. Sans paroles, mais éminemment sonore puisque j'en ai composé la musique et tous les bruits, Boum ! se découvre en faisant glisser latéralement les images de gauche à droite. Rien ne vous empêche de remonter le temps et de repartir dans l'autre sens, car c'est bien un autre sens qui se révélera. Histoire plus évocatrice que narration imposée, l'imagination que j'évoquais plus haut est surtout celle des lecteurs qui se feront certainement leur propre cinéma.


Comme un livre traditionnel, mais contrairement au cinématographe et à ses déclinaisons audiovisuelles linéaires, Boum ! se lit à votre rythme. On peut le feuilleter à la va-vite ou prendre son temps, le son délivrant alors une prime à la lenteur et à la patience. Nous avions esquissé quelques démos avant que Mathias Franck ait terminé de programmer l'objet qui recèle quelques surprises. Entre autres, notre développeur chevronné ne peut s'empêcher de glisser un Easter Egg (œuf de Pâques), une animation ici interactive, cachée comme dans chacune des applications publiées par Les inéditeurs, vieille coutume qui remonte aux débuts de l'informatique !


Repensant à une définition du montage par Jean-Luc Godard (ce qui est important c'est ce que l'on enlève plus que ce que l'on conserve) j'ai conçu la partition sonore à partir des glissements d'une image à l'autre plutôt qu'en m'attachant aux somptueux tableaux de Mikaël Cixous. Cela n'a pas empêché mon camarade de me faire refaire certains sons lorsqu'il trouvait que je m'écartais trop de l'histoire de ce petit bonhomme qui part un matin au travail et qui prend soudain le chemin des écoliers lorsqu'un flocon de neige lui tombe sur le nez. Dans ce monde de fantaisie on verra que la réalité peut aussi le rattraper. Je me demande pourtant si cette aventure n'est pas un rêve qui se déroule entre l'instant où le réveil sonne et celui où l'on ouvre les yeux. La musique et les bruitages participent à ce vertige, glissements progressifs du sens selon la durée de visionnage des 104 plans qui composent le récit graphique qui passionnera petits et grands. Comme toutes les œuvres publiées par Les Inéditeurs il s'ouvre sur une "couverture" interactive où l'on doit incliner la tablette pour générer des animations et les notes de clarinette jouées par Antonin-Tri Hoang. Dans les derniers mètres du récit le violoncelliste Vincent Segal nous rejoint pour un trio soliste quasi symphonique.


Boum ! nous donne furieusement envie de continuer avec d'autres auteurs et dessinateurs dans cette collection que nous appelerons Bing Bang ! En attendant, Sonia Cruchon, quatrième membre de notre quatuor de choc, a réalisé un petit film pour montrer à quoi ressemble notre dernier né.

→ Mikaël Cixous, Boum !, Les inéditeurs avec le soutien du Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil et le CNL, iTunes 2,99€

mardi 5 mai 2015

Volume 2 de Masse


J'ai déjà tout dit de mon admiration indéfectible pour Francis Masse. Que manquait-il au premier volume de La nouvelle encyclopédie de Masse si ce n'est le volume 2 ? Inconditionnels de Masse, sachez que l'auteur a redessiné et actualisé les dialogues de quantité de ses anciennes aventures scientifico-absurdes et qu'il y a ajouté près de 200 pages inédites sur les deux volumes ! Aux autres, amateurs de BD qui ne le connaissent pas encore, préparez-vous à un choc car Masse ne ressemble à personne. Seul Marc-Antoine Mathieu, qui le colle alphabétiquement dans ma bibliothèque, s'en approche, digne héritier de cet humour qui par la rigueur de son imagination laisse entrer le réel par la fenêtre du non-sens.
L'exigence du travail graphique se retrouve dans les sculptures métalliques de Masse où le grès, le marbre et le bois viennent parfois s'insérer pour évoquer d'amusantes allégories désacralisant l'art moderne par leurs titres narrant des histoires cachées sous l'apparente abstraction des formes. Le volume 2 est préfacé par six planches astucieuses de François Ayroles qui lui rend hommage en mettant en pages tout ce qui fait la force de Masse : inspiré par toutes sortes de théories scientifiques un Professeur Nimbus illustre de vertigineuses histoires à dormir debout, tâte du cinéma d'animation, joue de la densité de ses textes comme de ses dessins, reproduit les effets graphiques avec son fer à souder de sculpteur, libère par l'écriture l'image dessinée de la 2D ; Francis Masse considère la BD comme du free jazz, un truc qui ne s'écrit pas, elle développe le dessin dans la dimension du temps...

→ Francis Masse, La nouvelle encyclopédie de Masse, tome 2 : m-z, Ed. Glénat, coll. 1000 Feuilles, 240 x 320 mm, 312 pages, cartonné, 35 €… Le tome 1 : a-n a les mêmes caractéristiques.
Des heures, des semaines de lecture et de rêve en perspective !
→ Si cela ne suffisait pas, découvrez On m'appelle l'Avalanche (réédité chez L'Association), Les deux du balcon et La mare aux pirates (réédités par Glénat), L'art attentat (au Seuil), (vue d'artiste) ou Contes de Noël (toujours Glénat), etc.

mercredi 15 avril 2015

Hors Cadre[s]


Découverte de la revue Hors Cadre(s), observatoire de l'album et des littératures graphiques, qui en est déjà à son seizième numéro, consacré à La création et le numérique. Mise en page aérée, articles de fond sous des angles d'approche variés, enquêtes sérieuses, la publication destinée à la littérature jeunesse, rare lieu où la création littéraire et graphique s'épanouit encore, donne envie de retourner voir les précédents numéros. Sur le site Internet chacun reproduit son sommaire et les 48 pages que l'on peut feuilleter au format swf, mais la lecture de l'objet original reste indispensable à moins d'être radin au point de se crever les yeux et d'attraper la migraine en tentant de décrypter ce généreux avant-goût (L'Atelier du Poisson Soluble, 11€ le n° ou abonnement).


Ce n'est pas un hasard si je suis tombé sur cette belle revue, mais tout simplement parce que j'y suis cité plusieurs fois ainsi que certaines œuvres auxquelles j'ai participé. Ainsi Séverine Lebrun (Ceci n'est pas un livre - À la découverte des acteurs d'un nouveau monde) m'interroge sur le design sonore en s'appuyant sur Boum, roman graphique et sonore conçu avec l'illustrateur Mikaël Cixous et à paraître début mai chez Les Inéditeurs, et Marianne Berissi (On peut faire défiler le texte ?) évoque mon roman augmenté USA 1968 deux enfants réalisé avec la même équipe qui comprend également Sonia Cruchon et Mathias Franck. Et Yann Fastier de rappeler les antécédents du CD-Rom Alphabet créé avec Murielle Lefèvre et Frédéric Durieu à partir des illustrations de Květa Pacovská ; car ce fut bien l'âge d'or de la création numérique, avec des budgets considérables en regard de ce qui se pratique aujourd'hui et donc la possibilité de se plonger dans une recherche inventive encore inégalée, même par les superbes œuvres que l'équipe de Hors Cadre(s) recadre au fil des pages.


Dans son édito Sophie Van der Linden s'étonne que les créateurs insistent systématiquement que "l'ordinateur n'est qu'un outil". À chaque nouvelle révolution technologique il a pourtant fallu rappeler que les nouveaux instruments ne chassent pas forcément les anciens, mais qu'ils les complètent, offrant de réaliser des créations jusqu'ici seulement rêvées. À chaque support correspond des œuvres particulières et chaque œuvre doit trouver le support qui lui est le mieux adapté. Il aura ainsi fallu l'invention de la peinture en tube pour que les impressionnistes puissent glisser les couleurs dans leur poche et aillent peindre sur nature. De même la création numérique offre les ressources de l'interactivité, du partage entre lecteurs, des lumières inédites, des animations ou, en ce qui me concerne, la joie d'utiliser le son de mille manières inventives et complémentaires, loin des illustrations redondantes que tant de médias audiovisuels ont banalisé à force de rentabilisation, de marketing "ciblé", d'inculture et de perte de mémoire. Associer par exemple du son "hors cadre" aux images élargit l'espace en laissant deviner ce que l'on ne voit pas, et ses évocations laissent vagabonder l'imagination comme aucun autre artifice.

mardi 3 mars 2015

Pas de deux


Parmi nos collaborations chorégraphiques ce n'est qu'avec Lulla Card (aujourd'hui Lulla Chourlin) que nous trouvâmes l'accord parfait. Nous avons monté ensemble le spectacle Zappeurs-Pompiers, regard critique sur le monde de la télévision et sur la (télé)vision du monde. J'y zappais les chaînes satellite en direct sur grand écran pour composer une fiction que Francis et Bernard accompagnaient musicalement. Dans sa première version (1987) le comédien Éric Houzelot prêtait main forte à Lulla, dans la seconde (1989) le clown Guy Pannequin des Macloma donnait la réplique à la chorégraphe suspendue à un fil ou filmant avec une paluche des paysages incroyables sculptés sur sa robe. Même plaisir partagé avec le danseur Didier Silhol qui intervint lors des performances inaugurant les CD-audio/rom Carton et Machiavel.

Comment en sommes-nous arrivés à représenter un ballet sur France Culture ?

Notre aventure chorégraphique avait commencé avec Karine Saporta que Hélène Sage nous avait présentée en nous précisant que ce n'était pas un cadeau ! Le GRCOP (Groupe de Recherche Chorégraphique de l'Opéra de Paris) avait commandé une pièce à la chorégraphe. Sur Manèges (1985) la collaboration s'était plutôt bien passée, mais la création suivante fut un supplice. C'est la seule fois de ma vie où je tendis la bande d'une main pendant que je saisissais le chèque de l'autre. Sans avoir été prévenus, Bernard Vitet, Francis Gorgé et moi découvrîmes à la première du Cœur métamorphosé (1986), dans la grande salle du Théâtre de la Ville, une minute, extraite de notre partition d'une heure, répétée soixante fois avec un métronome posé par dessus. Nous avons sifflé notre musique et le ratage kitsch et, préférant penser à l'avenir plutôt que faire jouer nos droits, nous allâmes boire un coup. Sage décision nous permettant de nous souvenir essentiellement de la joie d'avoir été joués au Palais Garnier !

De prime abord, travailler avec le chorégraphe Jean Gaudin semblait plus fructueux, mais on ne dirige pas des musiciens comme des danseurs, et quantité de compositeurs ont vécu des histoires difficiles dans ce contexte. Dans le passé le ballet était le fruit de la collaboration de trois artistes : le librettiste, le chorégraphe et le musicien. Vous pouvez ajouter le décorateur lorsqu'il s'agit de Picasso ou Picabia. Depuis plus de trente ans le chorégraphe a pris le pouvoir sur les autres corps de métier en pensant se substituer au librettiste et en manipulant les musiciens comme si c'était de la terre glaise. On entend ainsi les mêmes musiques, souvent saucissonnées, et l'on assiste à la énième version du discours amoureux de Barthes. Imaginez-vous que le musicien engagé par un chorégraphe puisse arguer que ce n'est pas la musique qui est trop longue, mais la pièce elle-même, ou du moins sa structure ? Le résultat nous parut pourtant suffisamment enthousiasmant pour en proposer une version radiophonique à France Culture dont les programmes musicaux étaient alors dirigés par Charlotte Latigrat...


C'est cette création intitulée Écarlate (1988) que nous proposons aujourd'hui en écoute et téléchargement gratuits.

mardi 24 février 2015

L'Algérie de Dirk Alvermann, un livre-molotov


La semaine dernière la librairie Le Monte-en-l'air avait invité Federico Rossin pour une lecture/projection croisée du livre L’Algérie de Dirk Alvermann et du coffret DVD Algérie en Flamme de René Vautier.
Le protest photo book de Dirk Alvermann est un petit livre de photos pleine page qui rappelle fondamentalement le montage cinématographique. Aucun texte, aucune légende, mais également aucune image de guerre proprement dite. En 1960, par le seul jeu des regards croisés et de la dialectique le jeune photographe ouest-allemand réussit à mettre en scène le colonialisme et la lutte pour l'indépendance du peuple algérien. "Hommes, femmes, personnes âgées et enfants sont les protagonistes d’une insurrection générale qui affecte l’ensemble de la société et ses classes". L'art et la manière sont si exemplaires que certains parlent de "livre-molotov".


L'Algérie est l'un des cinq ouvrages introuvables que Martin Parr rassemble en facsimilés en 2011 sous le titre The Protest Box. Le format de poche est celui que Alvermann avait choisi à son retour, publié à l'origine à 35 000 exemplaires en Allemagne de l'Est où il est parti vivre. Il avait vingt ans (comme Avoir vingt ans dans les Aurès, le film de Vautier de 1972 !) lorsqu'il avait rejoint l’Armée de libération algérienne "avec l’idée de documenter les événements en cours pour dynamiter une fois pour toutes le photo­journalisme européen asservi à la France colonialiste". Une note de l'éditeur et le rappel des faits préfacent le livre d'images découpé en six chapitres : 1. ... la colonisation n'apporte ni l'humanité ni la justice, ni la civilisation ni le progrès. / 2. Ils respectent le droit des peuples... / 3. Qui ont osé s'insurger... / 4. ... c'est une révolution organisée et non une révolte anarchique. / 5. La libération de l'Algérie sera l'œuvre de tous les Algériens... / 6. ... par le peuple et pour le peuple. Mais que l'on ne s'y trompe pas ! L'Algérie est une œuvre d'abord sensible, fondamentalement humaine, où les regards en disent plus que tous les discours. C'est une leçon de cinéma qui renvoie maint documentaire au rang de simple reportage. C'est un film où le temps est régi par le lecteur qui tourne les pages. C'est un hymne à la résistance, celle qui hante nos cœurs, à faire bouillir nos cerveaux et bouger nos bras et jambes. C'est la vie derrière les choses. Indispensable.

→ Dirk Alvermann, L’Algérie, livre, ed. Steidl, 18€
René Vautier en Algérie, 15 films en 4 DVD, Les Mutins de Pangée, 28€