Jean-Jacques Birgé

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mardi 17 septembre 2019

Improvisation live sur NonSelf de John Sanborn (vendredi)


Le vidéaste américain John Sanborn m'a demandé d'accompagner en public 122 vidéos de son projet NonSelf. Tandis qu'il les présente au Jeu de Paume (et dans leur espace virtuel jusqu'en novembre) sonorisées par ses soins, je recrée intégralement la partition sonore de ce « non-autoportrait d’attributs inversés » vendredi prochain au Blackstar à Paris. Composer une heure de ce maelström maximaliste n'est pas une petite affaire !


J'ai choisi d'unifier l'ensemble au clavier avec des orchestrations néanmoins très variées, depuis des ambiances électro-acoustiques jusqu'à un orchestre symphonique en passant par des instruments de percussion et des guitares électriques rock en diable. L'élément le plus original de mon improvisation est une radiophonie réalisée en 1980, plunderphonics avant la lettre, qui découpe l'espace-temps de manière encore plus éclatée, sorte de fractales sonores du montage explosif de John Sanborn. Il me restera à mixer ces deux sources avec quelques évènements synchrones de la vidéo originale, en particulier lorsque l'on voit des personnages parler à l'écran.


Je me demande encore combien de mains il me faudra pour réussir ce tour de force, mais j'adore relever des défis qui me paraissent de prime abord impossibles. Le côté godardien (celui des Histoires du cinéma et du Livre d'image) de Sanborn me séduit par ses évocations narratives. L'afflux de sens monte à la tête, chacun ou chacune y découvrant les portes de la perception vers l'inconscient de l'artiste comme dans le sien propre.


Je me suis passé et repassé les 122 vidéos où la tendresse et la beauté rivalisent avec les provocations toujours teintes d'humour caustique. L'œuvre de John Sanborn est fondamentalement politique, au sens où l'entendent ceux et celles de sa génération qui étaient déjà actifs dans les années 70. Oui, "tout est politique " !


J'ai structuré ma création d'une heure, de manière à alterner les ambiances calmes et excitées. J'avais pensé à une forme sonate, mais je ne pense pas m'y cantonner lorsque je serai en scène, absorbé par les images et concentré sur ma performance shivaïque...


Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

lundi 26 août 2019

C'est fini. Il est mort.


Argh ! Une fois de plus la rubrique nécrologique de FB apporte de la tristesse. Grâce au commentaire de Jean Rochard j'apprends hélas la mort de Massimo Mattioli. C'est une de nos pochettes que je préfère. Je m'étais aperçu que la réduction des 30 centimètres du vinyle aux 12 centimètres du CD ratait souvent ses effets. Aussi ai-je cherché à agrandir une petite image. Aucun timbre-poste ne faisait l'affaire. Les images de Squeak The Mouse correspondaient parfaitement à notre spectacle Zappeurs-Pompiers avec la chorégraphe Lulla Card Chourlin et le clown Guy Pannequin. Mattioli nous avait aimablement autorisés à en reproduire plusieurs lorsque nous l'avons enregistré pour le disque.


Jean raconte :
Nos camarades d'Un Drame Musical Instantané avaient eu la bonne idée, pour leur album "Qui Vive ?" (GRRR 1989), de confier la couverture au dessinateur Massimo Mattioli, créateur de M le Magicien, Pinky, Frisk the Frog, Superwest, Joe Galaxy, Awop-Bop-Aloobop et les fameuses aventures de Squeak the Mouse, sorte d'interprétation survoltée (pour dire le moins) de Tom et Jerry avec chat et souris explosivement déjantés. Au dos de "Qui vive", le chat disait : "C'est fini. Il est mort." Mattioli vient de nous quitter.


Hélas, voilà, le petit chat est mort. Et Mattioli l'a suivi.

vendredi 23 août 2019

Melting Rust en Transylvanie


Pendant trois jours la ville roumaine de Victoria est en fête. Aujourd'hui avant les chants et danses folkloriques, j'accompagne les images mouvantes d'Anne-Sarah Le Meur, à l'invitation de Dana Diminescu et Tincuta Heinzel. Avec Irina Bucan Botea & Jon Dean, Ştefan Constantinescu, Pauline Vierne, Céline Berger, Andra Jurgiu, Daniel Pop, elles participent à cette présentation liée à une résidence de deux ans autour de la ville utopique créée par les Soviétiques en 1948 et qui s'avérera une terrible dystopie sous le règne de Nicolae Ceauşescu...
Le graphiste Étienne Mineur, qui a réalisé mes dernières pochettes de disques (Long Time Non Sea d'El Strøm et mon Centenaire) et termine celle de la réédition augmentée de L'homme à la caméra d'Un Drame Musical Instantané en CD, travaille sur le livre qu'écrit Dana Diminescu et dont je m'inspire pour un album à paraître en 2021. J'enregistre quotidiennement des sons en field recording qui me serviront à cette occasion.
Pour la performance de ce soir intitulée Melting Rust j'improviserai au clavier en utilisant des banques de sons supportées par les moteurs Kontakt et UVI. Mes mouvements inspirés du morphing seront perturbés par le son de lames acérées et de métaux frappés. La musique suivra les couleurs d'Anne-Sarah, passant du rouge au vert, du bleu à l'orange.

mardi 16 juillet 2019

Les fantômes de l'Internationale


J'ai lu d'une traite l'incroyable saga de l'hymne international composé par Pierre Degeyter sur des paroles d'Eugène Pottier. Élise Thiébaut, à qui l'on doit l'indispensable Ceci est mon sang, livre incontournable sur les règles féminines (et masculines !), a demandé au dessinateur Baudoin d'illustrer la chanson en introduction du livre, puis de l'accompagner tout au long de son récit. La bande dessinée actualise la lutte qui ne semble hélas plus finale avant que l'on suive l'enquête aux nombreux rebondissements. Élise rappelle que je l'avais avertie des dangers de diffuser L'Internationale sur FaceBook pour des questions de droits d'auteur avant qu'elle ne tombe récemment dans le domaine public, et que je l'avais mise sur la voie d'une hypothétique descendance du compositeur. Le parcours de l'hymne planétaire du mouvement ouvrier tient de la course d'obstacles et va de scandale en scandale de la Commune de Paris en 1871 à la Sacem en 2018 ! Comme toujours le ton d'Élise Thiébaut est incisif, drôle et son analyse fondamentalement politique avec des incursions féministes de la plus grande justesse. C'est aux digressions que je reconnais un auteur, à la manière de s'échapper sans s'éloigner de son sujet. Ce peut être aussi en le plongeant dans le bain du réel, de son réel à soi, que l'histoire prend sa forme, se moquant de la frontière qui nous sépare de la fantaisie...

→ Élise Thiébaut et Baudoin, Les fantômes de L'Internationale, ed. La ville brûle, 18€, à paraître le 30 août 2019

lundi 24 juin 2019

Sur le nouveau site de Raymond Sarti


Je devrais peut-être en faire autant. Le scénographe Raymond Sarti a entièrement réactualisé son site personnel.
En 2010, épaulé par Jacques Perconte, j'avais complètement repensé le mien qui datait de 1997. Conçu et réalisé à l'origine par Hyptique avec Étienne Mineur comme directeur graphique assisté d'Arnaud Dangeul, il avait fallu treize ans avant que je me décide, mais là cela ne fait que neuf ans que la nouvelle version est en ligne avec sa radio aléatoire et ses 153 heures de musique inédite. Chaque fois j'avais demandé un petit coup de main au plasticien Nicolas Clauss et ces dernières années Pat Joub en avait assuré la maintenance. La console d'administration est suffisamment bien conçue pour que j'en assume la mise à jour régulière.
Sarti, épaulé par le web designer Philippe Dubessay, a classé quelques centaines de documents en artsde la scène, décors de cinéma ou de théâtre, pour les expositions, les intérieurs et les paysages. J'écris Sarti, mais je devrais plutôt l'appeler Raymond, car je l'ai toujours considéré comme mon petit frère. Nous sommes amis depuis trente ans, depuis qu'il m'a été imposé sur le spectacle J'accuse que j'avais monté avec Un Drame Musical Instantané, l'acteur Richard Bohringer, la chanteuse Dominique Fonfrède et un orchestre d'harmonie de 80 musiciens ! Ahmed Madani, le metteur en scène, aussi doué que mon nouveau camarade, faisait partie de la corbeille de mariage. Le spectacle avait été filmé, mais je suis heureux de découvrir ici des photos dont j'ignorais l'existence...


En 1992 Raymond a réalisé la scénographie du K de Buzzati, toujours avec le Drame et Bohringer, puis Daniel Laloux. Il a commis nombreuses affiches, pochettes de disques, cartons d'invitation, vitrines, costumes pour notre groupe. De mon côté j'ai composé la musique et la partition sonore des expositions Il était une fois la fête foraine à La Grande Halle de La Villette, The Extraordinary Museum au Japon, Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco, Electra à La Cité des Sciences et de l'Industrie, un atelier au département scénographie de l'ENSAD, etc. Notre plus récente collaboration fut pour moi un modeste environnement sonore au nouveau Conseil Général de l’Ile de la Réunion à Paris. Mais c'est une toute petite partie de l'œuvre de mon camarade.
D'autres projets sur lesquels nous avons planché n'ont d'ailleurs jamais vu le jour. C'est le lot des appels d'offres dont beaucoup sont pipés comme chacun sait. Aujourd'hui les commanditaires font plus attention au budget qu'aux aspects artistiques. C'est un peu partout pareil. L'économie de marché gagnant tous les secteurs d'activité, notre pays s'appauvrit doucement, mais sûrement. Heureusement qu'il continue à y avoir des artistes et des artisans qui ne sacrifient pas leur passion aux chimères du succès. Paradoxalement c'est en restant intègre que l'on a des chances de perdurer. Comme pour tout, le pire des risques est de n'en prendre aucun, et lorsqu'on est prêt à tout perdre, on a de bonnes chances de remporter la timbale.
J'ai toujours adoré la manière de travailler de Raymond, capable de s'adapter à n'importe quelle situation en inventant des cadres qui collent au sens sans sacrifier à la beauté des choses, et ce avec parfois les matériaux les plus simples...

mardi 18 juin 2019

Quel temps fera-t-il demain...


Lundi dernier l'empereur, sa femme et les petits princes sont venus chez moi pour me serrer la pince... Sauf qu'aucun d'eux ne se prend réellement au sérieux, ou plus exactement qu'Ella & Pitr forment un duo égalitaire qui ont fondu le style de chacun/e dans une signature commune à laquelle participent de temps en temps leurs deux jeunes enfants. Des affiches détourées et découpées comme jadis Ernest Pignon Ernest ils sont passés aux anamorphoses à la Georges Rousse avant de réaliser les plus grandes œuvres de la planète, peintures éphémères que l'on ne voit totalement que depuis l'espace ! Eux-mêmes utilisent un drone pour voir comment étaler les 1500 litres de peinture acrylique qu'ils pulvérisent en même temps que leur propre record, peignant la dernière en date sur le toit du Parc des Expositions à la Porte de Versailles, soit 25 000 mètres carrés. Elle représente une nouvelle géante, vieille dame pensive devant la futilité orgueilleuse des petites voitures roulant sure le Boulevard Périphérique parisien, un sac en plastique s'envolant polluer notre univers absurde... L'ont-ils appelé Quel temps fera-t-il demain... en référence au seul lien qui relie l'ensemble de ces automobilistes tournant en rond, les infos diffusées par FIP ?


J'étais donc tout heureux de leur montrer le bleu ciel sur lequel se détache maintenant Bientôt, le personnage qu'ils avaient peint tout en haut de ma façade. Leur empire n'est que celui de l'imagination et les deux petits princes facétieux étaient restés à Saint-Étienne où la famille Trapp des arts plastiques a élu domicile. Pour fêter leur venue à Bagnolet j'avais préparé un poulet à la grecque consistant à cuire au four cuisses et ailes immergées dans l'origan et le citron, recette familiale que je tiens de ma maman. Le dessert dont ils raffolent ne pouvait provenir que du plus célèbre glacier parisien auquel je suis maladivement abonné. Ils n'ont pourtant jamais encore travaillé sur ce support alors qu'ils préparent un nouvel emballage pour le chocolat stéphanois Weiss après le succulent blanc aux fruits rouges qu'ils ont orné d'un cœur qui s'envole !


Je ne pouvais partager les images d'Ella & Pitr avant la diffusion du reportage de TF1. Aussitôt l'embargo levé et lu le superbe article d'Emmanuelle Jardonnet dans le Monde dressant le portrait de ce couple d'artistes qu'on affuble "de rue", mais qui se moquent du street art comme jadis, disent-ils, le trio des Inconnus épinglaient le rap ! Cela n'empêche pas Loïc dit Pitr de m'indiquer le sulfureux Booba tandis que nous regardons les épatants clips d'OrelSan. Ella & Pitr critiquent essentiellement les fresques murales qui ne tiennent pas compte du contexte urbain... Leurs interventions tiennent toujours compte de l'espace social et géographique dans lequel se lovent leurs géants, souvent des laissés pour compte de notre société malade. Leurs personnages "énormissimes" n'étant pas visibles à l'œil nu le couple d'artistes prend de la hauteur sans en rajouter à la pollution visuelle qu'engendre entre autres la publicité. Entre ces encombrements et ceux des automobiles, véritable cancer de la ville, ils nous renvoient à notre condition humaine de fourmis dans l'immensité du cosmos, éphémérité n'empêchant pourtant pas le gâchis dont nous sommes les auteurs.


Comme on peut le voir dans le long métrage Baiser d'encre que leur avait consacré Françoise Romand et dont j'avais composé la partition sonore, l'univers pictural d'Ella & Pitr alimente leur quotidien autant que celui-ci les inspire. Leurs fantaisies narratives sont composées d'une vision critique du réel et d'une poésie de l'enfance qui s'interpénètrent au point de créer un réalisme poétique laissant deviner un imaginaire plus vrai que nature...

jeudi 30 mai 2019

Nabaztag, le retour


Ce n'est pas une blague. Le lapin connecté renaît de ses cendres. Pour Antoine Schmitt et pour moi, Nabaztag était resté d'actualité avec notre opéra Nabaz'mob pour cent de ces bestioles. Et pour les 150 000 acquéreurs du premier objet connecté destiné au grand public, né en 2005, l'icône de l'Internet des objets peut retrouver ses couleurs en 2019 grâce à un kit installable sur les anciens rongeurs. Olivier Mével, maman en chef de cette tribu lagomorphe, secondé par des anciens de Violet comme Maÿlis Puyfaucher (auteur des textes et la voix française) et les indépendants qui avaient travaillé sur l'original comme Antoine qui en était le designer comportemental, ou moi-même le designer sonore, réveille le clapier en novembre 2018 à l’occasion de Maker Faire Paris (le salon dédié aux “makers”). Une nouvelle architecture technique permet à Nabaztag de ne plus être dépendant de serveurs externes et donne la possibilité à toutes les personnes intéressées de contribuer à de nouvelles fonctionnalités, car l’ensemble du projet est Open Source.


"Un kit facile à installer sur un Nabaztag ou un Nabaztag:tag a été créé avec l'aide de la société Enero avec l'objectif de redonner vie à son lapin. Il permet de remplacer l’électronique de l’époque par une nouvelle carte qui utilise un Raspberry Pi (un petit ordinateur très populaire auprès des “makers”). Cette nouvelle architecture rend le lapin totalement indépendant. Il ne dépend plus de serveurs externes. Si l'Internet venait à disparaitre (remplacé par Facebook ou Compuserve par exemple), il continuerait à donner l'heure, faire son taïchi, dire des bétises et dispenser de précieux conseils de vie. Les services les plus emblématiques ont été re-développés par Paul Guyot (l’ancien Directeur Technique de Violet, fondateur de la société Semiocast) et une reconnaissance vocale effectuée sans serveur distant a été ajoutée. Beaucoup d'autres informations sont livrées sur le site de crowdfunding Ulule. Scrunch crunch !

vendredi 17 mai 2019

Face B en clôture de la Maison Rouge


Tout vient à point à qui sait attendre. Jean-Nicolas Schoeser avait filmé, mais il lui fallait encore monter après que j'ai revu le son de notre performance intitulée Face b: perfomative archive, représentée deux fois de suite le 27 octobre 2018, veille de la clôture définitive de La Maison Rouge à Paris. Face B est un projet de Daniela Franco, créé en 2010 à La Maison Rouge en parallèle à l’exposition Vinyl, disques et pochettes d’artistes que le violoncelliste Vincent Segal et moi avions accompagnée. Huit ans plus tard, le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang nous rejoignit tous les trois pour une nouvelle version dont voici un extrait :


Suit ci-dessous une version intégrale de la performance qui verra se succéder sept pièces : The Moore Murders, Ce truc étonnant, Remix, Single, Épisodes 1-3, Ken Burns, Épisodes 4-6. Pour ma part je jouerai essentiellement du clavier, mais à puissance acoustique puisque mes deux camarades jouent là sans micro. Sur une pièce noise j'utilise par contre mon Lyra-8 russe et sur une plus tendre mon Tenori-on japonais...


Suivant la continuité de Daniela, nous improvisons tous les trois tandis qu'elle temporise. Chaque fois que je joue avec Vincent et Antonin se découvrent des évidences, comme si tout était composé préalablement. Les deux représentations se suivaient, mais ne se ressemblaient pas. J'étais inquiet tant la première nous plut, mais la seconde fut encore plus surprenante. Comme la lumière s'éteint nous disparaissons avec tous les fantômes qui hantèrent quatorze ans cet espace magique...

jeudi 2 mai 2019

La douloureuse


Sueur de geek. Si les ordinateurs sont pour vous du charabia, sautez directement à un article antérieur et ne passez pas comme moi à la caisse départ qui fait si mal au porte-monnaie. On peut se faire tout de même quantité de frayeurs sur un Mac, mais le Kernel Panic est le seul écran qui soit véritablement alarmant. Il y a quelques semaines j'avais déjà dû remplacer mon vieux MacPro par un Mac Mini de compétition tout juste né. J'ai désossé la tour pour récupérer les quatre disques durs qui y étaient logés et j'ai effectué une laborieuse migration en y ajoutant un hub et des adaptateurs puisque plus rien n'est compatible, et surtout une carte son qui fonctionne en Thunderbolt étant volé qu'on ne trouve plus que ce format, dit aussi USB-C, sur les nouvelles machines. Je me sers de cet ordinateur comme enregistreur multipistes (ma table de mixage 24 voies y est connectée), et d'un Mac Book Pro comme instrument de musique. Or ce coup-ci c'est celui-ci, cinq ans d'âge, qui fait des siennes en s'éclipsant de plus en plus souvent pour afficher l'écran fatal précédé de quelques minutes de noir intégral. Mes robots sont bien intentionnés à mon égard, car pour l'un comme pour l'autre la panne fut progressive, les extinctions se produisant à un rythme de plus en plus rapproché, et m'invitant ainsi à faire illico des copies de sécurité et à préparer ma carte de crédit ! Je tape cet article sur l'objet incriminé sans savoir si j'irai jusqu'au bout. Avant de commander une nouvelle machine j'ai tenté toutes les réparations possibles et imaginables qui me soient accessibles, mais rien n'y fait, ça s'aggrave d'heure en heure. Je tenterai de faire réparer le "vieux" portable quand j'aurai effectué cette énième migration, sachant que quantité d'applications ne fonctionneront plus sur la nouvelle et devront être mises à jour, l'hémorragie justifiant l'achat d'encore une nouvelle carte son, en Thunderbolt 3 cette fois ! Les nouveaux Mac Book Pro n'offrant plus que des entrées/sorties de ce type, certes au nombre de quatre, il faut acquérir par exemple des adaptateurs vers HDMI ou depuis USB. Je reste étonnamment zen face à l'adversité, mais je suis obligé d'agir vite et bien, sachant que je dois être opérationnel mardi matin pour enregistrer un nouvel album avec le violoniste Mathias Lévy et la contrebassiste-chanteuse Élise Dabrowski ! Très réactif, l'Apple Store est censé me livrer le lendemain de mon coup de téléphone, me laissant tout juste le temps de retomber sur mes pattes...

lundi 22 avril 2019

La mort du Khazar rouge, condensé de Shlomo Sand


En écrivant un polar, l'historien Shlomo Sand, professeur à l'université de Tel Aviv, fait œuvre de vulgarisation. En passant à la fiction (sans notes en bas de page !), Sand résume ses recherches et analyses qu'il avait brillamment développées dans Comment le peuple juif fut inventé. Le polar a toujours été prisé par les auteurs gauchistes. Sand réussit admirablement en mêlant Histoire et intrigue criminelle. Ainsi, si vous désirez apprendre où en sont les découvertes époustouflantes sur l'histoire des Juifs le roman La mort du Khazar rouge en est une approche palpitante. Il s'appuie d'une part sur les écrits d'Ernest Renan, Marc Bloch, Arthur Koestler et le travail d'historien de Sand lui-même pour étayer sa thèse selon laquelle la diaspora juive serait le fruit de conversions successives, et que les Juifs n'ont jamais été chassés de Palestine il y a 2000 ans. Les Ashkénazes seraient en partie descendants de Khazars convertis. Le livre révèle également quantité de faits avérés souvent ignorés du grand public, que ce soit les lois israéliennes, l'assassinat de personnalités sur le territoire français, etc. Le thriller met en scène à la fois les agissements du Shabak, le service de sécurité intérieure israélien, et les mœurs des universitaires qui ne sont pas différents quel que soit le pays ! La fiction, donc nourrie par un travail à la fois historique et sociologique, a le mérite de nous tenir en haleine tout au long des 384 pages de ce polar fondamentalement politique.

→ Shlomo Sand, La Mort du Khazar Rouge, traduction de Michel Bilis, Editions du Seuil, 21€

lundi 8 avril 2019

Etienne Mineur exhume l'univers de Moebius pour Magado


En mars 2006, j'évoquai Magado sur mon blog :
Direction artistique d'Étienne Mineur, illustrations de Moebius (Jean Giraud), secondés par Hervé Lalo, musique et design sonore de Jean-Jacques Birgé... Magado est un projet avorté du portail jeunesse de Gallimard et du Seuil réunis ! Il existe quelques traces de ce travail inabouti sur le site de Lalo qui travaillait chez Gyoza en l'an 2000. Les sons n'ont pas été intégrés, les magazines et les jeux déjà réalisés ne sont pas en ligne, mais j'ai été heureux de découvrir ces rares traces d'une histoire trop belle pour être vraie, trop gigantesque pour trouver son modèle économique... Je devais engager une douzaine de créateurs sonores et superviser l'ensemble. Le Seuil fut le premier à se dédire, les licenciements ont suivi, nombreux et douloureux. C'est dommage, le courant passait bien avec Moebius. Étienne et moi sommes repartis pour de nouvelles aventures.

Grâce aux archives d'Hervé Lalo et aux miennes, Étienne Mineur a mis en ligne hier dimanche un article avec les croquis inédits de Moebius. J'ai retrouvé mes sons et les comptes-rendus de réunion sur un ancien MacBook où tourne encore Tri-Catalog, une application qui m'avait permis d'indexer les centaines de CD-R où sont gravées mes archives. Pour des questions de poids et de débit mes boucles d'ambiances ne devaient pas dépasser 4 secondes ! La partition sonore était composée de nombreux effets vocaux, souvent travaillés avec un Eventide H3000, de sons de synthèse et de bruitages abstraits, mais aussi, selon les secteurs du site, de parties symphoniques dramatiques ou de musiques pop entraînantes, etc. Il était programmé que Magado devienne un univers immense qui se renouvelle sans cesse de manière à fidéliser ses abonnés. Étienne Mineur souligne que "chose remarquable dans cet ambitieux projet, nous avions dès le départ intégré le design sonore (qui malheureusement arrive souvent à la fin de ce genre de projet) en la personne de mon compère Jean-Jaques Birgé (avec qui j’avais précédemment travaillé sur les CD Rom Au Cirque avec Seurat et Carton)".
Étienne se souvient qu'en 1999 au cours d'une réunion chez l'éditeur on lui avait demandé quel type d’illustrateur il faudrait. En plaisantant, il avait répondu qu’il fallait une perle rare comme Hergé (qui, petit détail, est mort en 1983 !) ou Moebius... Pendant que la discussion continuait dans un flou artistique comme je les fuis régulièrement, j'ai discrètement appelé mon camarade Jean Rochard, producteur du label nato, pour qui Moebius avait dessiné des pochettes de disques. Imaginez la tête de tout le monde, quelques instants plus tard, lorsque je les ai interrompus pour annoncer que le célèbre illustrateur était d'accord pour nous rencontrer ! La semaine suivante nous étions chez lui avec Étienne. Nous avions les yeux ouverts comme des soucoupes... La suite fut une partie de plaisir jusqu'à ce que le projet explose en vol.
En plus de ses croquis initiaux et de ceux de Moebius, Étienne a donc mis en ligne le comptes-rendu d'une des réunions que je lui ai envoyé et, surtout, une animation de la très originale interface que nous avions imaginée avec Moebius. À l'époque c'était programmé sous Flash. Je continue d'espérer que d'autres dessins en couleurs seront un jour retrouvés...

Les grands projets inachevés ressortent un jour ou l'autre. Ainsi j'attends l'échéance de la clause de confidentialité de cinq ans pour évoquer l'étude du son du métro du Grand Paris, dite ligne 15, que j'ai réalisée entre 2014 et 2015 pour Ruedi Baur. Il ne restera probablement rien de ce travail colossal. Ceux qui font l'étude étant rarement habilités à l'exécuter, c'est l'opposé qui voit le jour quand on arrive à son aboutissement. J'avais imaginé l'intégralité de l'espace sonore depuis les parvis jusqu'aux rames en passant par les étages commerciaux, les couloirs et les quais, avec comme ligne directrice que les usagers devaient être heureux de prendre le métro chaque matin avant d'aller se faire exploiter toute la journée et impatients de le reprendre le soir pour rentrer chez eux, un sacré pari entraînant des propositions on ne peut plus originales ! Ruedi Baur avec qui j'ai eu l'immense plaisir de collaborer était sur la même longueur d'onde...

lundi 1 avril 2019

Le nouveau Blog d'Étienne Mineur


Le 4 août 2005 je mettais en ligne mon premier article de blog. Comme j'avais l'intention d'imaginer une œuvre artistique en m'appuyant sur ce nouveau mode d'expression, j'étais allé voir le graphiste Étienne Mineur qui publiait quotidiennement des choses passionnantes depuis le début de l'année. Mon ami m'aida à installer l'application DotClear que j'utilise toujours. Je fus instantanément happé par cette nouvelle addiction, le blog lui-même devenant au fil des années une de mes œuvres les plus importantes, totalisant plus de 4000 articles aujourd'hui !


De son côté, jusqu'en août 2012 Étienne Mineur s'appuya sur DotClear qu'il quitta après 1670 articles pour construire un nouveau blog d'Archives qu'il abandonna au bout d'un an. C'est donc avec surprise et ravissement que j'apprends qu'il remet le couvert avec une troisième mouture ! Cette fois le site d'Étienne rassemble son nouveau blog, un safari typographique à travers le monde où il photographie la signalétique urbaine sauvage (enseignes, graffitis, peinture murale, affiches, stickers…), un portfolio, des croquis et bientôt ses enthousiasmantes conférences filmées.


Lorsqu'on connaît l'entrain et la passion partagée généreusement de mon camarade on ne peut que se réjouir d'avoir à découvrir des merveilles dégottées par ce chercheur de trésors. Que ce soit pour sa fougue communicative et son insatiable appétit d'étonnements je me reconnais évidemment dans ce zébulon avec qui je commençai à travailler en 1995 sur le CD-Rom Au cirque avec Seurat chez Hyptique dont il était directeur artistique. Nous avons ensuite collaboré sur mon CD-Rom Carton, l'habillage télévisuel d'EuroPrix 98 à Vienne en Autriche, pour Gallimard avec Moebius le site Magado qui ne verra jamais le jour, La Maison Fantôme avec Sacha Gattino, la série Zéphyr des 5 Balloons et l'incroyable jeu World of Yo-Ho chez Volumique, les emballages des DVD de Françoise Romand, les pochettes et livrets de mes derniers disques (El Strøm et mon Centenaire), et pas mal d'autres projets...


Internet est devenue une encyclopédie vivante, une médiathèque tentaculaire, qu'il serait plus que regrettable, voire dangereux, de voir muselée, censurée, marchandisée par les gouvernements et leurs commanditaires sous les prétextes les plus fallacieux. Si les informations sont toujours à prendre avec des pincettes, cette règle vaut d'abord pour les organismes contrôlés par l'État et la presse traditionnelle qui ne s'est jamais privée de fake news et autres manipulations à des fins mercantiles ou politiques. Les blogueurs n'étant pour la plupart pas rémunérés pour leurs partages restent libres d'écrire ce qui leur chante...

vendredi 1 mars 2019

Chasseurs


Je me souviens de mon embarras il y a 16 ans lorsque Françoise m'avait raconté que son père était chasseur. En 1983, sur le disque Les bons contes font les bons amis d'Un Drame Musical Instantané, nous avions enregistré Ne pas être admiré, être cru qui était une pièce contre la chasse et Bernard Vitet en avait remis une couche avec Bonne Nouvelle en 1987. J'avais accompagné des chasseurs en Sologne pour en capter l'ambiance dans la forêt. Après avoir longtemps discuté avec mon ex-beau-père, qui est aussi pêcheur et cueilleur, ainsi que lu son livre Passion Chasse, ma critique était plus nuancée, même si la fréquentation des chasseurs ne m'est pas particulièrement agréable. Jean-Claude cachait d'ailleurs à ses camarades du Parti Communiste qu'il était chasseur et il évitait de parler du PCF à ses amis de la Fédération de Chasse. Je n'avais jamais rencontré personne qui connaissait aussi bien la nature. Comme j'apprécie toujours le gibier, la viande et le foie gras, il m'est difficile de rejeter les chasseurs, les éleveurs et les bouchers dont je paie les basses œuvres ! Contrairement aux végétariens et végans je n'ignore pas le cri de la carotte. Je pense sérieusement que les plantes communiquent entre elles et que nous ne connaissons rien de leur vie et de leur mort. J'avoue avoir même des doutes sur le fauteuil sur lequel je suis assis en train de taper ces lignes. Aucun mysticisme là-dedans, mais une interrogation fondamentale sur les atomes et leurs combinaisons, puisque rien ne se perd ni ne se crée.


En écoutant Chasseurs, l'œuvre radiophonique qu'Amandine Casadamont présentait mercredi soir au Musée de la Chasse et de la Nature en son spatialisé pour 20 haut-parleurs, j'étais rassuré d'entendre un autre son de cloche à la fin de la pièce après avoir été immergé pendant une heure dans une battue magnifiquement rendue. J'ai fondamentalement besoin de dialectique pour comprendre la moindre chose. Dans le cadre de la Saison France-Roumanie 2019 avec l'Institut français et l'Institut culturel roumain, elle a réalisé ce documentaire pour l’Atelier de Création Radiophonique et la nouvelle émission de France Culture, L’Expérience, enregistrant avec deux systèmes de prise de son, le premier, immersif, tenu par Bruno Mourlan, et un couple stéréo ou deux micros mono dont un canon qu'elle tenait au bout d'une perche pour avoir des sons de proximité. Elle a ensuite monté trois battues pour rendre cette impression étonnante d'y participer, du moins en auditeur libre ! Comme l'a souligné la sociologue Dana Diminescu à l'issue de l'avant première au Musée de la Chasse, Amandine a relevé les traces des chasseurs comme eux-mêmes le font avec les sangliers, les lynx ou les chacals. On suit ainsi les "respirations, marches à travers la neige et les feuilles, cris lancés dans l’écho des montagnes, coups de feu et feux de joie" dans cette Transylvanie, restée pays fantasmé dans l'obscurité de l'auditorium. En choisissant la voix enfantine d'India Hair pour traduire et accompagner les voix roumaines, Amandine indique le jeu puéril de cette ambiance virile. Parallèlement à ce que nous improvisons ensemble avec Harpon, les évocations radiophoniques d'Amandine Casadamont, que ce soit au Costa Rica avec les courriers de la drogue, à Fukushima en zone interdite, au Mexique sur le silence ou en Birmanie, abordent toujours des zones d'inconfort qui l'interrogent en nous entraînant avec elle.

Photos : Mirela Popa - Amandine Casadamont

Chasseurs, diffusion stéréophonique sur France Culture dimanche 3 mars 2019 à 23h
Le site de l'émission avec le podcast et plein de photos !

vendredi 18 janvier 2019

Playground de l'Homme Plissé


Les rares fois où j'ai assisté à des défilés de mode j'avais été surpris par la brièveté du spectacle qui durait à peine dix minutes pour une débauche de matériel et un luxe incroyable. Hier soir la maison de couture Issey Miyake présentait Playground de l'Homme Plissé au Centre Pompidou. Cette saison l'accent est mis sur le confort et la fluidité des gestes. Comme toujours chez Miyake, le plissé ne bouge pas et cette fois le couturier insiste sur la modularité de ses vêtements où tout va avec tout.


Pour présenter sa nouvelle collection, plutôt que des mannequins, il avait engagé des acrobates capables de marcher sur le fil, monter à la corde ou se balancer d'anneau en anneau. Les garçons couraient dans tous les sens, sautaient, grimpaient, dansaient. La chorégraphie était réglée par Daniel Ezralow et la musique était jouée en direct par le percussionniste Sylvain Lemêtre dont les graves étaient amplifiés par huit sub-basses ! Lui-même se promenait au milieu du terrain de jeux et semblait diriger l'ensemble à la baguette d'un chef d'orchestre. La mise en scène me fit oublier Falbalas, le sublime film que Jacques Becker tourna en 1945 sur le monde de la haute-couture.


C'est fou ce que des musiciens en direct plutôt qu'un enregistrement apportent à n'importe quel spectacle. La musique de Sylvain Lemêtre se fit d'abord japonaise, rappelant les films de Mizoguchi, glissant rythmiquement vers une Afrique de fantaisie ou se fondant dans un enregistrement du Beau Danube Bleu de Johan Strauss Jr. Des instruments de percussion étaient disséminés autour de la piste avec le public encerclant l'action et les danseurs fusant de toutes les entrées. Aux breaks ils se figeaient soudain comme un arrêt sur image pour reprendre aussitôt leur course folle. À la fin du spectacle, ils invitèrent les spectateurs à grimper aux agrées tandis que Lemêtre faisaient exploser ses timbres les plus variés, mitraillé à son tour par les photographes qui n'en ont jamais assez dans ces circonstances. On avait très largement dépassé les dix minutes auxquelles je m'attendais !

La vidéo du défilé et les détails de la collection...

samedi 29 décembre 2018

Souvenir de Jacques Monory


Je suis tombé par hasard hier sur le film que Dominique Belloir a tourné en 1986 sur le peintre Jacques Monory avec la musique d'Un Drame Musical Instantané. Bernard Vitet (trompette), Francis Gorgé (guitare E-Bow, synthétiseur, mélophone, appeaux) et moi (synthétiseur, échantillonneur, vocodeur, harmoniseur, trompette de poche, flûte, appeaux), qui l'avions composée, étions secondés par le violoniste Bruno Girard, Kent Carter au violon alto, les violoncellistes Hélène Bass et Marie-Noëlle Sabatelli, la contrebassiste Geneviève Cabannes.


Ce court métrage fut projeté en boucle pendant près de 30 ans à l'entrée du Planétarium de la Cité des Sciences et de l'Industrie, Paris.
L'année précédente un tableau de Jacques Monory, disparu en octobre dernier, avait fait la couverture du vinyle Carnage d'un D.M.I. (épuisé depuis plus de 20 ans), ce qui l'avait incité à nous demander de composer la musique de ce Souvenir...

lundi 24 décembre 2018

Poptronics, du Web au papier


Fondé en 2007 par Annick Rivoire, longtemps journaliste multimédia à Libération du temps où cette rubrique existait dans de nombreux journaux et magazines, le site web Poptronics relatait tout ce qui se passait de chouette en ligne et hors ligne dans le domaine des nouvelles technologies. Le cinéaste Chris Marker s'en était d'ailleurs entiché et y envoyait régulièrement en éclaireur son chat Guillaume-en-Égypte. Nombreux artistes contribuèrent à cette revue du Net par leurs écrits, leurs créations graphiques ou sonores. Poptronics jouait les têtes chercheuses en parcourant le jeu vidéo, l'hacktivisme, l'interactivité poétique, les mondes virtuels, la musique électronique et quoi que ce soit composé de 1 et de 0. Comme tout ce qui fut créatif sur Internet, le modèle économique s'essouffla à force de bénévolat solidaire. Rappelons qu'il y a vingt ans la Toile était à 80% un monde de recherche, d'invention et de création et que, récupérée par les marchands, elle est devenue essentiellement celui du commerce et des services. Le formatage façon Amazon ou Trésor Public eut raison des velléités imaginatives des artistes qui y avaient reconnu un nouvel outil pour leurs aventures exploratrices. L'obsolescence programmée n'arrangea rien à l'affaire, faisant tomber dans l'oubli l'extraordinaire activité bouillonnante à l'œuvre depuis 1995, date des premiers CD-Roms de création. Ceux-ci cédèrent la place d'abord à Internet, puis aux installations muséographiques avant qu'un dernier bastion n'investisse les tablettes et les smartphones. Je possède ainsi quantité d'œuvres devenues invisibles sur les nouvelles machines, mais qu'il m'arrive d'exhumer grâce à un vieil iBook blanc qui fonctionne encore, mais pour combien de temps ?


L'équipe de Poptronics a donc décidé de laisser une trace de son remarquable travail en faisant passer une partie de ses archives numériques au papier. Difficile de réfléchir 272 pages aussi denses que hyper graphiques après un excellent édito dressant un portrait kaléidoscopique de dix ans d'activité. C'est pourtant ce que tenta David Guez avec son disque dur papier, une centaine de pages en corps 1,15 qu'aucune de mes loupes ne me permet de déchiffrer. Sous une couverture en simili cuir noir, les principaux artistes qui ont fait Poptronics se succèdent, du monochrome noir jusqu'à 9 passes de couleurs, argentées sur tranche : Albertine Meunier, Agnès de Cayeux, Systaime (ici en haut d'article), Roberte la Rousse (Cécile Babiole et Anne Laforet), Nicolas Frespech, Trafik (Pierre et Joël Rodière), Pierre Giner, Optical Sound (Pierre Beloüin et P. Nicolas Ledoux), Vincent Elka (Ana Vocera, Lokiss) et Christophe Jacquet dit Toffe qui a, de plus, réalisé la maquette de ce magnifique objet. Hélas pas moyen d'y inclure les archives sonores de Jean-Philippe Renoult, dites Popsonics, qui a mis en son la bande-annonce (ci-dessus) de Damien Bourniquel pour la campagne Ulule... À la vernissage de la kilo quadri Cécile Babiole nous gratifia d'une savoureuse féminisation de la langue française, exercice de style lourde de sens et Renoult diffusa quelques clips sonores en hors d'œuvres. Aux côtés des grandes pages généreuses plein cadre j'ai même trouvé mon propre PopLab si minuscule que j'eus du mal à le reconnaître, mais il est là, L'étincelle de janvier 2008, n°6 d'une série de 12 PDF commandés par AR. Le livre Poptronics est résolument pop, à la fois cheap à force de réduction de pixels et superbement sophistiqué par la qualité artistique de sa mise en pages. C'est un reflet de ce qui se passait dans les marges, à l'endroit de la pliure, avant que le Capital ne s'approprie le Web et renvoie les créateurs à des matières plus prosaïques, squats, cafés, caves ou anciennes gares désaffectées, les canalisant parallèlement vers des ressources alimentaires pour pallier les fins de mois difficiles comme ce que vit aujourd'hui la plupart de la population, spoliée corps et âme par une bande de bandits en cols blancs dont on peut espérer que les jours sont comptés. Alors la poésie retrouvera ses lettres de noblesse avec des 0 et des 1 livrés à la danse des électrons, ou faisant rimer les arbres qui se refusent à la pâte à papier, pour que nous puissions réentendre la pousse des feuilles au prochain printemps. Y a du boulot, et Poptronics, toujours alerte, continue à s'y employer !

Poptronics, tiré à 800 exemplaires, ed. Poptronics/Tombolo Presses avec le soutien du Dicréam, dist. Les Presses du Réel et Idea Books, 35€

mercredi 19 décembre 2018

Miroirs, mes beaux miroirs !


Créé en 2005, mon blog quotidien est entré dans sa quatorzième année, soit plus de 4000 articles sur des sujets les plus variés, mais avec tout de même une forte majorité sur la musique et les disques, le cinéma et les DVD, les expositions et les nouvelles technologies, avec des rubriques sexy comme la cuisine ou les voyages, et des coups de gueule explicitement politiques de temps en temps. Depuis huit ans, il est en miroir sur Mediapart que ses responsables mettent de temps en temps en une sans que je comprenne pourquoi tel article et pas tel autre. Du temps où Hélène Collon participait à Citizenjazz, elle aimait y publier certains des mes écrits musicaux, mais personne ne m'y a plus rien demandé après son départ, ce qui ne les a pas empêchés de me consacrer leur une et un copieux dossier cette année...
Aujourd'hui c'est au tour de Jean-Pierre Simard de me solliciter pour L'autre quotidien et le mensuel La Nuit. Certains de mes articles consacrés au cinéma ou à la musique y ont été ainsi reproduits. De temps en temps je retrouve des citations extraites de mes articles au dos de DVD, dans des programmes de concerts, sur des sites persos ou de labels, ce qui me fait évidemment très plaisir, puisque je cherche le plus souvent à évoquer des artistes de façon quasi militante, jeunes encore méconnus ou vieux scandaleusement oubliés, que la presse ignore faute de place ou de curiosité.


L'autre quotidien est un journal en ligne d'expression politique affilié à aucun parti, animé par des journalistes et l'association Nuit & Jour. Le numéro du jour est entièrement en accès libre, mais pour 3 euros par mois vous aurez accès à toutes ses archives. Christian Perrot explique très bien leur rapport au journalisme et au pouvoir. Parmi la nombreuse équipe j'ai l'agréable surprise de reconnaître aussi Élise Thiébaut, Serge Quadruppani, Marie Debray, Richard Manière... La Nuit est quant à lui un magazine slow web, ce qui signifie qu'il est soigné graphiquement, illustré et accompagné de vidéos et de musiques, peaufiné avec amour comme cela se faisait du temps où on le prenait pour faire les choses correctement. Chaque numéro s'inscrit autour d'un thème particulier. Le dernier s'organise par exemple autour de l'Afrique du Sud. Il fonctionne par abonnement, comptant sur ses lecteurs.
Je suis évidemment chaque fois touché que des professionnels soient sensibles à ma plume comme parfois au Monde Diplomatique, aux Cahiers de l'Herne, aux Allumés du Jazz, à la Revue du Cube, etc. Si, du lundi au vendredi mes plus fidèles lecteurs et lectrices me suivent sur drame.org ou Mediapart, c'est grâce à elles et eux que j'ai le courage de m'imposer sans faille ce rythme draconien qui m'occupe facilement trois heures par jour, alors que j'ai sur le feu plusieurs projets de musique ou que je dois répondre à des commandes plus excitantes les unes que les autres !
La grippe m'ayant terrassé ces derniers temps, j'étais content d'avoir sous le coude les 40 épisodes d'un livre laissé à l'état d'ébauche en 2005 sur le rôle du son par rapport à l'image. Si je n'y corrige rien, le livrant tel un work in progress, c'est que d'une part les outils technologiques et le marché qui les anime ont considérablement changé depuis 13 ans, et que d'autre part il représente une étape déterminante dans mes réflexions, soit juste avant d'entamer ce blog. Or tout ce que j'y constate et analyse reste d'actualité quant à ma démarche critique et créatrice. Le mettre en forme, l'illustrer et ajouter des notes en italiques et les liens hypertexte me prend néanmoins encore énormément de temps. Il est envisageable que cette parution en cours me donne envie à terme d'écrire un nouvel opus, mais cela n'existera que si j'en trouve la forme adéquate, une manière personnelle d'aborder la question. En attendant, les reproductions de mes articles ici ou là participent de la même dynamique, transmettre m'ayant toujours semblé intimement lié à la création artistique.

mercredi 12 décembre 2018

Digital After Love. Que restera-t-il de nos amours ?


Le premier intérêt des objets hybrides est qu'ils sont infalsifiables. Ils résistent à la copie pirate contrairement à un disque sans livret, un livre sans images, une photographie sans le grain du papier. Le Prix Swiss Life à 4 mains couronne chaque année un tandem, photographe et musicien, que l'on retrouvera exposé en galerie et dans un livre-CD édité par Actes-Sud. Il est de plus doté de la rondelette somme de 15000€ pour chacun/e des heureux élus, cela se fête ! Cette année le photographe Oan Kim et la compositrice, auteur et interprète Ruppert Pupkin montent leur projet à partir du contenu d'un smartphone endommagé qui n'aurait retenu que les bribes d'une histoire d'amour entre une femme et le partenaire invisible qui l'a photographiée. Comme le Saturnium de Smith et Antonin-Tri Hoang qui avaient reçu le Prix l'an passé, la fiction se cache sous l'apparence du documentaire, mais cette fois le sujet plonge le vernaculaire dans une sorte de pastiche moderne. Les images scratchées, bougées, floutées, pixélisées évoquent une modernité devenue banale à force d'en subir les avatars. Même démarche du côté musical où les ambiances urbaines se mélangent habilement à des bribes du quotidien, tirant le montage électro-acoustique vers une intéressante évocation radiophonique. Hélas les chansons pop révèlent le fantasme du succès, car si elles empruntent consciemment ou pas leurs mélodies à l'univers d'Élise Caron, les orchestrations lorgnent vers celui de Jeanne Added. On a connu pires modèles ! Heureusement le glitch remonte le courant et les mauvaises intentions dérapent souvent. Plutôt qu'inventive j'y pressens une œuvre emblématique de notre époque, sorte de vision kaléidoscopique d'un monde qui a perdu ses repères. Le choix du pseudonyme Ruppert Pupkin emprunté à La valse des pantins de Scorsese par la comédienne Emmanuelle Destremau est-il un indice du recul critique de son auteur s'attaquant à la société du spectacle ? Car si c'est tout ce qu'il restera de nos amours, nous pouvons nous inquiéter pour l'avenir, miroir déformant d'un passé sans cesse reconstruit.


L'attirail technologique, étendu à la vidéo sur le Net, fait de l'ombre au dispositif sentimental. Pas beaucoup d'amour donc, mais des signes d'amour oui, renvoyant à ce qu'ils sont l'un pour l'autre. En choisissant ce thème, le tandem, certes très doué, fait l'impasse sur la relation, deux parallèles se croisant au mieux à l'infini, autant dire une rencontre quasi impossible. Or j'aimerais tant y croire !

→ Oan Kim & Ruppert Pupkin, Digital After Love. Que restera-t-il de nos amours ?, livre-CD Éditions Actes-Sud, 13x18cm, 64 pages, 17,99€, à paraître début janvier 2019
→ Exposition dans le cadre de l’exposition Doisneau et la Musique, organisée par le musée de la Musique – Philharmonie de Paris du 4 décembre 2018 au 28 avril 2019. Le commissariat de l’exposition est assuré par Clémentine Deroudille, petite-fille du célèbre photographe.

vendredi 26 octobre 2018

Face B | Performative Archive à La Maison Rouge


Dimanche, fermera définitivement La Maison Rouge dont j'ai souvent chroniqué les expositions thématiques issues de collections privées. Antoine de Galbert continuera certainement à investir et s'investir dans l'art contemporain, entre autres à Grenoble. Alors samedi, avec le violoncelliste Vincent Segal et Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, nous fêterons ces quinze ans passés en improvisant sur les images projetées de l'artiste mexicaine Daniela Franco.
FaceB | performative archive verra se succéder sept pièces : The Moore Murders, Ce truc étonnant, Remix, Single, Épisodes 1-3, Ken Burns, Épisodes 4-6. Pour ma part je jouerai essentiellement du clavier, mais à puissance acoustique puisque mes deux camarades jouent là sans micro. Sur une pièce noise j'utilise par contre mon Lyra-8 russe et sur une plus tendre mon Tenori-on japonais... La salle n'accueillant que 70 personnes à la fois, la séance de 17h30 affiche complet, mais hier soir il restait quelques places pour celle de 16h. Vous pouvez vous en assurer en appelant le 01 40 01 08 81. Les deux représentations seront différentes, mais personne ne pourra assister aux deux ! Elles seront néanmoins filmées. C'est enfin une dernière occasion de découvrir l'exposition L'envol ou le rêve de voler...

jeudi 18 octobre 2018

La mort de Jacques Monory me flanque "les bleus"


"Les bleus", c'est ainsi qu'une amie québécoise évoque le cafard ou la mélancolie, traduction littérale du blues. Nous aimions tant son approche cinématographique de la peinture, en résonance de la mienne à la musique, qu'en 1985 nous avions demandé à Jacques Monory l'autorisation d'utiliser une de ses toiles comme couverture du dernier vinyle d'Un Drame Musical Instantané. Carnage est épuisé depuis 25 ans, c'est le seul album du Drame que vous ne trouverez plus ni en vinyle, ni en CD. Au dos de la pochette, Bernard Vitet jouait le rôle du terroriste un flingue à la main, Francis Gorgé était vêtu d'habits déchirés par l'explosion et je figurais une sorte de héros, la mallette sauvée in extremis. Orson Welles disait qu'il suffit de retirer un seul paramètre à la réalité pour entrer en poésie. Le monochrome bleu nous faisait pénétrer dans le monde des rêves, même dans les scènes de violence, sortes d'arrêts sur image en équilibre précaire sur le réel. Nous partagions avec Jacques Monory le goût du thriller, un genre que les écrivains ont souvent choisi pour critiquer la société. Le tableau Explosion peint en 1973, dont Carnage est un détail, me rappelle le dernier plan du dernier film de Luis Buñuel, Cet obscur objet du désir. La bombe laisse la fumée grimper vers le ciel bleu. Depuis, les attentats se sont multipliés...


Jacques Monory était un homme exquis, toujours un sourire aux lèvres, attentif, bienveillant. Plus tard il nous offrit une image en guise de carte postale pour notre trio, Technicolor, un tableau qu'il avait détruit, mais qui collait avec notre regard sur les animaux. Le public y était aussi encagé que le chimpanzé. Lorsque la vidéaste Dominique Belloir voulut sonoriser le film que lui avait commandé La Cité des Sciences et de l'Industrie pour être projeté à l'entrée du planétarium, Monory lui suggéra de nous demander de composer la musique originale du film Souvenir autour de ses toiles renvoyant à l'homme et au cosmos. J'utilisai un synthétiseur, un échantillonneur, un vocodeur, un harmoniseur, une trompette de poche, une flûte et des appeaux. Bernard jouait de la trompette, Francis se servait d'un E-Bow sur sa guitare, d'un synthétiseur, d'un mellophone et d'appeaux. Participaient également à cet enregistrement de 1986 le violoniste Bruno Girard, Kent Carter à l'alto, Hélène Bass et Marie-Noëlle Sabatelli aux violoncelles, Geneviève Cabannes à la contrebasse. La dernière fois que j'ai rencontré Jacques Monory, c'était à l'occasion de l'exposition des Justes d'Agnès Varda au Panthéon il y a déjà 11 ans. Hier, à 94 ans, il est finalement entré dans un monde sans couleurs, nous laissant juste broyer du noir...
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