Jean-Jacques Birgé

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jeudi 16 novembre 2017

Le livre des livres


Comment avais-je pu rater Otto, l'homme réécrit l'an passé alors que j'acquiers systématiquement chaque opus de Marc-Antoine Mathieu ? Déjà que j'avais manqué ses expositions à Saint-Nazaire ou Angers... Je retrouve dans ses albums la trace du Philémon de Fred, et, plus encore, les interrogations philosophiques de Francis Masse, là où la science croise la route de la poésie, pas seulement dans les mots, mais aussi dans le dessin. Mes préférés sont 3" et S.E.N.S. VR, peut-être parce que ce sont des œuvres hybrides, le premier conçu de manière complémentaire pour le papier et le numérique, le second pour son application 3D sur tablette. Tous créent un vertige en interrogeant notre perception du monde et la place que nous y occupons. Otto plongeait dans les souvenirs oubliés de l'enfance, des sensations qu'en absence de mots la mémoire efface petit à petit, la quête impossible de notre identité. Le livre des livres rassemble les amorces des livres que l'auteur imagine, sachant qu'il ne dépassera jamais leur synopsis !


Si je lis romans et essais sur liseuse, il serait dommage de se passer de l'épais recueil de couvertures cartonnées que constitue Le livre des livres qui existe bizarrement aussi en ePub. Recto verso, chaque couverture nous laisse imaginer ce qui n'existera jamais que dans notre propre imagination, dans l'interprétation dont chacun est capable. Marc-Antoine Mathieu évoque l'incendie du Grand Entrepôt Des Albums Imaginaires qui obscurcit le ciel de Babel à Alexandrie, histoire de rassurer les amateurs de bandes dessinées de science-fiction. Jouant sur les mots autant que sur les mises en page, l'auteur invente des titres, des éditeurs, des situations. Les concepts primant sur les anecdotes, ses personnages avancent masqués, sans visage ou derrière de grosses lunettes de myope qui les rendent invisibles.


Il y a plus à lire dans chaque paire de pages que dans nombreux albums que je dévore en un quart d'heure et que j'oublie aussitôt refermés. Pour choisir une bande dessinée, je cherche à ce que le trait me plaise et qu'elle dure le plus longtemps possible, freinant ma lecture sans les ressorts de la logorrhée verbale, pour avoir envie d'y revenir. Le livre des livres me rassasie à chaque proposition. À tel point que je me surprends à imaginer des compositions musicales et sonores, contrechamp de cette iconographie, encyclopédique par les questions qu'elle soulève...


Feuilleter un album de Marc-Antoine Mathieu pousse à la lenteur de la découverte pour en apprécier tout le suc. Le vertige tient au détail autant qu'à la vue d'ensemble. Miroir nous renvoyant nos propres interrogations, son œuvre est une plongée métaphysique de l'Homme face à l'absurdité de l'univers. Grâce à cet illusionniste virtuose, nous ne sommes pas prêts d'en faire le tour.

→ Marc-Antoine Mathieu, Le livre des livres, Ed. Delcourt, 27,95€

mardi 31 octobre 2017

Mon site a déjà 20 ans


Tandis que je dévore Boulevard du stream de Sophian Fanen publié par Le Castor Astral, je me rends compte que mon site, drame.org, a déjà 20 ans.
Fin 1995, comme nous venions de terminer le CD-Rom Au cirque avec Seurat pour la R.M.N., Pierre Lavoie, patron de Hyptique, me propose d'ajouter une partie interactive à l'album de chansons que j'avais fini d'enregistrer avec Bernard Vitet. Il ne se doutait pas qu'avec mes deux acolytes, Étienne Mineur et Antoine Schmitt, alors respectivement directeur artistique et directeur technique, nous allions nous prendre au jeu et dépasser le budget qu'il comptait lui allouer. En proposant au photographe Michel Séméniako d'illustrer la douzaine de petits théâtres interactifs, nous avons transformé le CD Carton en CD-Extra, un format rassemblant un secteur audio, nos 14 chansons, et un CD-Rom d'auteur hyper créatif comme personne n'en avait encore jamais réalisé en France. En plus d'entretiens mis en scène dans une sorte de photomaton inventé par Séméniako où chacun pouvait composer sa lumière, d'une discographie sonorisée, "chaque pièce devint un théâtre interactif, les images agissant comme un filtre magique." L'équipe se composait également d'Olivier Koechlin, conseiller technique, d'Arnaud Dangeul pour le graphisme et de Valéry Faidherbe pour la vidéo, quasiment la même que pour Seurat, sauf que nous jouissions d'une liberté totale vouée à la création et à l'inventivité. Si les facéties de mes camarades Étienne et Antoine étoffèrent le scénario, je signai l'objet et j'avais évidemment en charge le design sonore. Dans les années qui allaient suivre les budgets pour réaliser un site Web ou un CD-Rom étaient 4 à 10 fois plus importants que ce qui se pratique à l'heure actuelle, et 80% d'Internet étaient de la création. Nous pouvions ainsi faire de la recherche et du développement pour les commandes ou les faire profiter de nos recherches personnelles. Aujourd'hui la Toile affiche presque exclusivement du commerce, des services et des échanges sur les réseaux sociaux. Il faut toujours investir les nouveaux médias avant que le Capital s'en empare ! On peut ensuite le détourner, mais ça c'est une autre histoire...
Ainsi, pour lancer Carton, qui sera abondamment salué par la presse, Pierre Lavoie suggère que nous l'accompagnons d'un site Web. Comme Un Drame Musical Instantané est alors ma principale activité, je dépose le nom drame.org, à une époque où les margoulins n'avaient pas accaparé tous les mots du dictionnaire ! Les mp3 n'existant pas encore sur le Net, je sonorise toutes les pages du site historique d'Un D.M.I. et des Disques GRRR avec des fichiers midi. Encore une fois, Étienne Mineur assisté d'Arnaud Dangeul assure le graphisme. Le plasticien Nicolas Clauss lui donnera un petit coup de frais en 2002 à partir de parchemins qu'il me fait écrire sur de très vieux buvards, en 2010 le vidéaste Jacques Perconte le transformera de fond en comble en indexant une gigantesque base de données pour une version V2 du site et Patrick Joubert en révisa le back office il y a deux ans.
J'avais monté un des premiers home-studios en acquérant mon synthétiseur ARP 2600 en 1973, créé les Disques GRRR en 1975, cofondé l'orchestre du Drame l'année suivante, j'étais passé du vinyle au CD en 1987, j'avais travaillé au design sonore interactif pour les CD-Rom dès 1995, et il y a donc 20 ans mis en ligne mon site Web. J'ai continué à investir les nouveaux médias, sur Internet d'abord, puis en installations, pour des objets connectés comme Nabaztag, et plus récemment avec les tablettes. Depuis 2010 j'ai choisi de partager gratuitement une grande partie de mes créations musicales, soit 140 heures de musique inédite, en marge de ma production discographique. Parallèlement à tout cela, je continue à participer à des expériences immersives et interactives dans les espaces muséographiques. Enfin je blogue quotidiennement depuis maintenant 12 ans, en miroir sur Mediapart pour les sept dernières années. Youpi !

mardi 24 octobre 2017

Retour vers le futur : Octobre 1917


Hier, mon père aurait eu 100 ans, manière personnelle de célébrer le centenaire de la Révolution d'Octobre. Môme, j'avais été choqué que toute la famille impériale avait été assassinée, y compris les enfants. Il m'avait expliqué que c'était la seule manière d'être certains qu'ils ne reviendraient jamais. Je me demande aujourd'hui comment nous débarrasser de la mafia internationale bancaire qui, pour exploiter la planète, est responsable de dizaines, voire de centaines de millions de morts...
Lucas de Geyter m'a demandé de lire Bureau de tabac de Fernando Pessoa à l'occasion d'une soirée au Cirque Électrique qui commémorera, demain soir mercredi, cette Révolution d'Octobre 1917. Impossible pour moi de l'apprendre par cœur, mais je me suis mis le texte en bouche en le récitant chaque matin. J'ignore encore si c'était mieux à ma première lecture ou si le fait de répéter améliorera ma diction, mais l'exercice démosthènique tombe à pic face à un implant dentaire particulièrement épineux ! Après un an, un appareil amovible et une dent provisoire, la dentiste fixera la couronne définitive (rien de royal, n'est-ce pas !) quelques heures avant le spectacle... J'ai imaginé pouvoir lire le texte sans micro, mais en m'en servant pour les a parte entre parenthèses. Cela aussi je devrai le tester sur place. En attendant je recopie le texte que Lucas, qui chantera et jouera de la batterie avec son groupe Rise, People Rise!, a rédigé...
On les a appelés les barbares, ils étaient les Bolcheviks. Il va de soi que ceux qui ont eu recours à ce terme à l’égard de ceux qui ont renversé le Tsar et pris le pouvoir quelques mois plus tard, n’étaient pas tout à fait en amitié avec la Révolution russe d’Octobre 1917. Nous, si. Célébration, donc !
Car la nuit du 24 au 25 Octobre 2017 marquera le centenaire de cette Révolution russe, celle qui a fait trembler le monde « occidental » de par sa réussite fracassante, mettant ainsi au pouvoir les ouvriers et les paysans, les pauvres et les sans-grades, ceux qu’aujourd’hui on appellerait en toute quiétude les « sans-dents », les « fainéants » ou encore « ceux qui ne sont rien ».
Cependant, ici, il ne s’agira pas de parler de 17 de manière détaillée et exhaustive comme n’importe quel historien pourrait le faire, mais plutôt de célébrer ce centenaire avec des textes et de la musique ; d’être accompagnés des beautés de l’humanité pour retrouver l'envie, la joie et la conviction nécessaires aux luttes, comme armes pour pouvoir les gagner.
Deux parties rythmeront la soirée :
1) La partie textes qui sera ouverte par un petit résumé, tout de même, et enchaînera sur quatre textes (Maïakovski, Hocquenghem, Pessoa) lus par trois comédiens et un musicien : Jean-Jacques Birgé et Guillaume Fafiotte, Jean-Marc Hérouin et Jacques Pieiller, qui nous font l’immense honneur et l’incommensurable plaisir de venir soutenir la cause.
2) Partie musique - Rise People, Rise!.
Au Cirque Électrique, le 25 Octobre 2017 à 20h, nous essaierons, ensemble, Mesdames et Messieurs, cher public, de réveiller nos instincts joyeux et combatifs plutôt que de continuer à subir la morosité ambiante, celle qu’on nous impose en nous faisant croire que rien d’autre n’est possible. Et pourtant, on a la preuve…

Retour vers le futur, Le Cirque Électrique, Place du Maquis du Vercors 75020 Paris, Métro Porte des Lilas - ENTRÉE LIBRE

vendredi 29 septembre 2017

Ella & Pitr, comme des fourmis


Les éditions Alternatives publient une superbe monographie du couple d'artistes Ella & Pitr. Les 248 pages ne suffisent pas à couvrir leurs dix ans d'activité depuis leur rencontre amoureuse tant leur production est prolifique. Tandis que le long métrage de Françoise Romand, Baiser d'encre, les suivait dans les rues en Papiers-Peintres, feuilletait leurs carnets intimes, chassait les cadres de tableaux à remplir soi-même ou les immortalisait sur scène avec leurs amis que l'on retrouvait souvent ensuite croqués avec humour, l'ouvrage Comme des fourmis insiste sur leurs anamorphoses, leurs œuvres monumentales peintes sur les sols et les toits, leurs détournements des panneaux d'affichage, leurs œuvres vendues en galerie ou leur petit vandalisme du dimanche.
Si le film est aussi un conte moral sur la manière dont les deux plasticiens pirates élèvent leurs enfants, le pavé de papier est un kaléidoscope de points de vue où une vingtaine d'amateurs choisissent les angles qui leur parlent. À la demande des artistes, je me suis d'ailleurs prêté au jeu comme Babouillec, Yoann Bourgeois, Alexandre Chemetoff, Gilles Hittinger-Roux, Denis Lavant, Franck Le Feuvre, Maguy Marin, Pierre Meunier, François Rancillac, Martyn Reed, Rufus, Thomas Schlesser, Jordan Seiler. Si chacune et chacun se projette dans leurs récits graphiques suggestifs avec beaucoup de tendresse et de poésie, j'ai un petit faible pour les témoignages de l'ostéopathe Pierre Guichard ou l'auteur de spectacle Joël Pommerat qui dessinent merveilleusement les lignes vectorielles qu'Ella & Pitr tracent à l'encre sympathique. Les images sont somptueuses et le reportage littéraire qu'en livrent en prologue Sabine Bledniak, Sophie Pujas et Claartje van Haaften éclairent la démarche originale d'Ella & Pitr.
On arpente ainsi d'un pas de somnambule les rues de la planète dont les habitants sont parfois emboîtés dans des carcans géants ou au contraire sortent des murs comme des passe-muraille. Les contributions hétéroclites évitent les ronds de jambes en participant à cet univers magique où l'amour des gens n'évite pas la critique aiguisée et humoristique de notre société.

→ Ella & Pitr, Comme des fourmis, broché et couverture cartonnée, 22,2x26 cm, Ed. Alternatives (Gallimard), 35€, à paraître le 12 octobre 2017

vendredi 28 juillet 2017

Le trophée de Boum! est arrivé


Le trophée et le diplôme de BOUM ! sont arrivés à temps du Japon, probablement par la valise diplomatique. Le Prix Spécial du Jury aux 5e Digital Ehon Awards couronne l'application interactive et ludique créée pour tablettes (iPad, GooglePlay) par le graphiste Mikaël Cixous. J'ai eu le plaisir d'en concevoir la partition sonore et la musique. Mathias Franck l'a programmée et Sonia Cruchon s'en est occupé avec son zèle habituel (voir l'article précédent). Les inéditeurs préparent d'ailleurs un nouveau roman horizontal sur le principe de Boum ! avec la jeune graphiste Julie Escoriza qui vient toujours d'obtenir son diplôme de l'HEAR à Strasbourg avec les félicitations du jury. Son sujet consistait justement en ce que nous allons produire avec elle, mais il faudra encore attendre quelques mois avant de le dévoiler... En tout cas le trophée en jeu de construction est amusant et tellement kawaii !

lundi 29 mai 2017

Boum ! primé au Japon


C'est à se demander si je ne devrais pas émigrer. Mes disques se vendent mieux à l'étranger, en particulier au pays du soleil levant. Pour l'instant en France seuls Les Inrocks et Jean Rochard sur le site du label nato ont chroniqué le récent CD d'El Strøm, Long Time No Sea, mais d'autres devraient suivre.
Et voilà que l'application pour tablettes Boum ! a reçu samedi dernier le Prix Spécial du Jury aux 5e Digital Ehon Awards auxquels ont participé 300 concurrents de trente-deux pays ! Trois critères étaient en jeu : que ce soit ludique et attrayant pour tous les enfants (Fun!), innovant et en quête de nouveaux moyens d'expression (Never seen before!), ouvrant l'imagination des enfants vers de nouveaux horizons (Broaden horizons!).


Comme nous ne pouvions nous déplacer à Tokyo pour recevoir le Prix, les Japonais nous ont demandé d'envoyer un petit mot en vidéo. Mikaël Cixous a réalisé une petite continuité graphique que Sonia Cruchon a montée en fonction de la musique que j'ai composée à partir de sons enregistrés pour l'application originale. C'est tout de même plus sympa que nos trombines, encore que mises en page par Mika façon Fab Four avec le développeur Mathias Franck en d'Artagnan, Les inéditeurs forment une sacrée chouette équipe gagnante...

jeudi 25 mai 2017

S'il ne restait qu'un chien


Écouter D' de Kabal autre part que dans ses œuvres met à la fois l'accent sur le texte et interroge sur le parti-pris de sa voix de basse gutturale. D' se l'est fabriquée comme tout musicien travaille le timbre de son instrument. Il en a une pour la ville et une autre pour la scène. Celle-là va chercher Lucifer, un diable bienveillant, du côté du peuple et des opprimés. On est sur le ring. La monotonie du slam, ses monocordes vocales, joue sur le rythme des consonnes assénées comme des coups de poing, directs et uppercuts vus sous l'angle du vainqueur. Les deux autres membres du TRIO•SKYZO•PHONY, Franco Mannara et Raphaël Otchakowsky, jouent les soigneurs, accompagnant la voix du Havre, une métonymie qui parle par celle de D'. Leur musique suit les ostinatos, répétitive, inéluctable.


L'auteur, Joseph Andras, nous évite au moins les alexandrins. La ville du Havre raconte son passé à la première personne du singulier. Histoire singulière de la traite des Noirs, des insurrections révolutionnaires, des luttes sociales et de la guerre, loin de l'image dorée du commerce international. La mise en pages du livre, car c'est un petit fascicule littéraire avant d'être un CD, le second glissé dans une fente du premier, joue des "à la ligne" qui scandent ce récit épique écrit en janvier dernier entre la France et la Kanaky. Andras, que l'on connaît pour avoir refusé le Prix Goncourt du premier roman 2016, vit au Havre. Il dissèque sa ville avec rage dans une leçon d'anatomie au scalpel et à la machette. La société en prend pour son grade. Derrière les façades de cette ville gérée par notre nouveau premier ministre bien réac, ses entrailles révèlent une histoire terrible. Le titre S'il ne restait qu'un chien fait-il référence à la sublime autobiographie du compositeur Charlie Mingus traduite en français sous celui de Moins qu'un chien ou à la chanson de Léo Ferré, manifeste qui a donné naissance au spoken word à la française ? Aux deux probablement. Une poésie de la révolte.

→ Joseph Andras par D' de Kabal, S'il ne restait qu'un chien, Actes-Sud, Livre + CD, 19€

lundi 22 mai 2017

Prévert Exquis, épisodes 9 à 12 (vidéo)


Nous sommes arrivés au terme de notre web-série Prévert Exquis réalisées par Isabelle Fougère, Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et moi-même à l'occasion du quarantième anniversaire de la mort de Jacques Prévert. Les douze épisodes sont regroupés sur le site de TV5Monde, douze ultra-courts collages pleins de fantaisie imaginés dans la plus grande liberté. Y aura-t-il une seconde saison ? Allez savoir...


Jacques Prévert dit Barbara (quelle connerie la guerre) accompagné par la guitare incroyablement moderne de Henri Crolla. Je laisse filer les bombardements sur l'entretien avec la petite fille du poète, Eugénie Bachelot-Prévert, puis s'écoule une rivière lorsque Prévert, le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner, tous deux juifs hongrois, se réfugient dans le sud de la France. Eugénie raconte que les deux grands amis, Prévert et Trauner, sont enterrés côte à côte dans le petit cimetière d'Omonville-la-Petite en Normandie. Mikaël Cixous a réalisé une magnifique animation qui s'efface avec le temps.


Pour Des animaux terrestres (La terre qui est quelque fois si jolie) j'ai composé une petite partition sonore en mélangeant la voix de Jacques Prévert avec les sons de la guerre et des oiseaux exotiques in situ. Par contre lorsque Eugénie se moque de Michel Houellebecq qui trouve les poèmes de son grand-père cul-cul-la-praline, je reprends au clavier le même programme de synthétiseur que j'utilisai sur le deuxième mouvement d'Établissement d'un ciel d'alternance enregistré justement avec Houellebecq !


La voix de Nicolas Le Du suffit à Pour toi mon amour (Se faire Maître) pour lequel Isabelle Fougère a encore trouvé un sous-titre exemplaire tiré d'une autre œuvre de Prévert. J'ai simplement ajouté le papier peint d'un pré vert rempli de petits zoziaux pour à la fois donner le côté fleur bleue à l'image et provoquer une distance avec la dureté critique que le texte distille. Sonia Cruchon a une fois de plus eu une idée formidable pour "illustrer" le poème de Prévert en jouant sur une analogie en évitant l'anecdotique, et en s'échappant de la version chantée par Juliette Gréco. Eugénie raconte également un certain envers du décor, assez terrible à mes yeux...


J'ai travaillé Les amants (Le cœur à l'ouvrage) comme la partition sonore d'un film où les bruitages en décalage par rapport à l'image jouent sur la complémentarité plutôt que le surlignage de l'action. Et puis non, pas tant que cela. Les grands boulevards, une ambulance, un coup de foudre, l'électrocardiogramme qui se transforme en chant d'oiseau... Une pièce originale pour piano accompagne tendrement ce dernier entretien, exactement ce que j'évite d'habitude au cinéma !

mardi 9 mai 2017

Prévert Exquis, épisodes 5 à 8 (vidéo)


Nous continuons l'aventure avec quatre nouveaux épisodes. La web-série PRÉVERT EXQUIS est diffusée à raison d'un ultra-court métrage chaque mercredi et chaque samedi. Le 5ème est charmant, le 6ème loufoque, le 7ème politique, le 8ème aussi dérangeant que craquant...


Nous avons réalisé plusieurs versions de L'amour à la robote (L'électronique rêvera pour vous), mais celle interprétée par Jacques Prévert avec Henri Crolla à la guitare contraste parfaitement avec l'animation réalisée par Mikaël Cixous, ce pont entre le passé et le présent. Sur le site de TV5Monde, pour l'entretien avec Eugénie Bachelot-Prévert, je me suis amusé à improviser la guitare dans le style très moderne de Crolla...


Sonia Cruchon dit le poème de Cortège (À tue tête et à cloche-pied) en accélérant progressivement le rythme sur la musique électronique que j'ai composée, mais j'ai emprunté à Machiavel le fond sonore de l'entretien. Il fallait une sorte de spirale comme si nous étions aspirés par le vide...


Retour à la voix de Prévert pour Citroën (Merde à l'or), mais le citron est pressé sur les trois temps d'une valse, sa légèreté contrastant ironiquement avec l'aliénation diabolique de l'exploitation de l'homme par l'homme. Elle continue sur l'entretien avec la petite fille du poète.


On voit que le sous-titre de Sanguine (Je voudrais tant que tu te souviennes) est comme chaque fois extrait d'une autre œuvre de Prévert, choisi par Isabelle Fougère. Sonia n'y est pas allée de main morte en choisissant le modèle et Nicolas Le Du lui a prêté sa voix. J'ai simplement ajouté quelques zoziaux pour rendre encore plus printanier ce huitième épisode. La musique du générique est évidemment la même partout, mais cette fois, à la fin, Nevchehirlian chante Attendez-moi sous l'orme comme Yves Montand chantant Sanguine pendant l'entretien qui se réfère à ces deux interprètes...

jeudi 27 avril 2017

Les 4 premiers épisodes de Prévert Exquis (vidéo)


Voici donc les 4 premiers ultra-courts métrages diffusés par TV5MONDE sur leur site et leur mur FaceBook. Le principe est de partir chaque fois d'un texte, d'un extrait de film ou de collages de Jacques Prévert, et de les interpréter librement en montrant que son œuvre est toujours d'actualité, ne se résumant pas à quelques poèmes et chansons pour enfants. Provocateur, il l'est toujours autant puisque TV5MONDE a été obligé de ne mettre que quelques secondes de l'épisode 3 pour ne pas être censuré par FaceBook. Politique, il l'est plus que jamais au moment où les forces réactionnaires développent racisme et xénophobie, et renforcent le contrôle des frontières pour empêcher les flux migratoires. Social, dénonçant la société de consommation et l'exploitation de l'homme par l'homme. Incisif et drôle, égal à lui-même, anarchiste non-violent. Pour coller à son imagination sans limites, l'équipe que nous avons formée avec Isabelle Fougère, Sonia Cruchon et Mikaël Cixous a choisi un traitement protéiforme pour cette web-série de 12 épisodes.


Le premier épisode reprend les annonces du garçon d'ascenseur du Roi et l'oiseau en y adjoignant l'image d'un nageur infatigable. La rencontre des deux médias produit une nouvelle émotion, renvoyant à la contemporanéité recherchée. Isabelle a choisi des sous-titres extraits des œuvres du poète, ici Au royaume de Tachycardie. Sonia a trouvé et monté des stock-shots qui correspondent à notre idée. Sur l'animation de Mika j'ai composé un petit générique plutôt minimaliste qui n'écrabouille pas le film déjà très court, en l'enregistrant avec un Tenori-on, instrument électronique japonais dont les notes sont lumineuses. Il fallait à la fois que ce soit gentil et actuel, d'où le rythme electro qui entre sur la seconde partie. J'ai ajouté encore deux sons de percussion pour souligner l'apparition de "Exquis" et "une série d'ultra-courts collages".


Mikaël Cixous a réalisé l'animation de La crosse en l'air (Ceux qui croa-croa), second épisode qui rend hommage à la superbe diction de Serge Reggiani. La revendication athéiste de Prévert tombe bien alors que pullulent les communautarismes nauséabonds.


Mais voici l'épisode "pornographique" risquant la clôture du site de TV5MONDE... À la 38ème seconde une fille à poil, nom d'un chien ! Le puritanisme des Américains est tout de même quelque chose. Il n'y a pourtant aucun algorithme capable de déceler la présence des tétons de la belle. Pour que les administrateurs du site de Zuckerberg se réveillent il faut des délateurs. Il y a donc sur le Net de bonnes âmes à l'affût, prêtes à dénoncer les contrevenants comme au pire temps de la collaboration. Prévert en aurait bien ri, d'autant que ce n'est pas l'aspect le plus sulfureux de Je suis comme je suis (Avec les jolies filles et avec les vieux cons). Sonia murmure le texte avec gourmandise comme si elle provoquait le curé derrière la grille d'un confessionnal tandis que, derrière elle, avance la procession sataniquement renversée des intégristes de St Nicolas-du-Chardonnet ! Elle a monté le film à partir de trois collages de Prévert, Soir d'automne, La Beauté du Diable et Rêveuses éveillées.


J'ai raconté ici la séance d'enregistrement de Étranges étrangers (L'amour est sang Mêlé) avec le drône pour cinq synthétiseurs et surtout ma harangue à la Ventoline. Sonia a trouvé des documents incroyables pour illustrer ce texte mordant qui rappelle que la soi-disant patrie des Droits de l'Homme tient sa richesse des immigrations successives dont elle a bénéficié. Sur le site créé par TV5MONDE nos ultra-courts métrages sont chaque fois suivis d'un témoignage d'Eugénie Bachelot-Prévert pour lesquels j'ai créé de discrets décors sonores ou musicaux, glissés électroniques, bigots cul par-dessus tête, bombardement et petite rivière, comme si nous faisions entrer la fiction par la fenêtre. Il reste huit épisodes, à raison d'un chaque mercredi et samedi. Et déjà le cinquième est en ligne puisque nous sommes jeudi !

jeudi 20 avril 2017

Maudits tétons


Dans quel monde vivons-nous ? En 2017 j'ai l'impression de revenir un siècle en arrière.
Lorsque Isabelle Fougère nous a proposé de réaliser avec elle une web-série sur Jacques Prévert, elle nous a demandé de mettre en valeur la modernité et l'actualité du poète. Nous partons chaque fois d'un de ses textes ou ses collages et, avec Sonia Cruchon et Mikaël Cixous, nous travaillons free style, dans une liberté qui seule permet de s'amuser et donc d'inventer des créations inattendues. Chaque mercredi et samedi TV5MONDE place un nouvel épisode sur son FaceBook, tandis que sur le site dédié à la série chacun est suivi d'une courte intervention de Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille de Prévert. La semaine dernière nous avons ainsi publié Le roi et l'oiseau (Au vaste Royaume de Tachycardie) et La crosse en l'air (Ceux qui croa-croa).
Or hier TV5MONDE a préféré couper le troisième épisode intitulé Je suis comme je suis (Avec les jolies filles et avec les vieux cons) avant l'apparition des tétons de celle qui se confesse pour ne pas risquer d'être censuré par le puritain FaceBook, voire que leur compte soit carrément bloqué comme c'est déjà arrivé dans le passé... Isabelle m'écrit ce matin : "La vraie question, c'est pourquoi est-ce que nous, auteurs, diffuseurs, sommes aussi dépendants de ce réseau sur lequel on crache, mais qu'on ne peut quitter ? Quelles alternatives ?" L'épisode (nu) intégral est donc heureusement savourable sur le site ! Cette pudeur très américaine aurait fait grimper Prévert au plafond. Nous l'accompagnons donc au ciel (de lit) en précisant avec malice que l'ambiance renversée du court métrage fut enregistrée à l'église St Nicolas-du-Chardonnet, fief des intégristes catholiques et d'une frange de l'extrême-droite française proche du traditionalisme.
Après ces deux derniers épisodes sulfureux, samedi ne manquez surtout pas le quatrième, plus d'actualité que jamais, puisqu'il s'agira d'Étranges étrangers (L'amour est sang Mêlé) !

Le site Prévert Exquis

mardi 11 avril 2017

La websérie Prévert Exquis, épisode 1


On s'est bien amusés. Au tour des internautes de se marrer en regardant les 12 épisodes de Prévert Exquis, la web série consacrée à Jacques Prévert dont c'est le quarantième anniversaire de la mort. Aujourd'hui, lancement de la web série par TV5MONDE des deux premiers de ces ultra-courts métrages ! Chaque mercredi et samedi un nouvel épisode, et ce pendant six semaines... L'idée était de montrer que Prévert n'est pas (seulement) un poète qui a écrit des chansons pour les enfants, mais un artiste engagé politiquement, un anarchiste mordant qui aimait se moquer du monde et déclarer son amour avec la plus grande liberté. Nous voulions aussi le remettre au goût du jour, car ses écrits sont très actuels, mais aussi afficher ses collages et embrasser l'ensemble d'une œuvre polymorphe qu'il aborda en écrivain, parolier, scénariste, plasticien...
Isabelle Fougère, ayant découvert notre Machine à rêves de Léonard de Vinci, nous a proposé de réaliser avec elle des petits formats qui mettent en valeur le provocateur et le grand cœur, le titi et l'insoumis, le surréaliste et l'idéaliste. Comme toujours, plus on laisse des artistes libres d'inventer, plus savoureux est le dessert ! Sonia Cruchon a cherché et monté des images qui fassent contrepoint, Mikaël Cixous a assuré la création graphique, j'ai sonorisé et mis en musique l'ensemble, mais tous les quatre avons rivalisé d'imagination pour sortir des sentiers battus de la poésie attendue. Pour chaque film nous sommes partis d'un texte ou d'un collage et nous avons cherché le complément, un pont entre leur création et leur interprétation, entre hier et aujourd'hui.
Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille de Prévert, a accepté de commenter nos élucubrations en racontant des anecdotes inédites, des détails intimes de la vie de ce personnage à la fois drôle et sévère, critique féroce de l'absurdité des hommes et respirant le bonheur de vivre. Sur les réseaux sociaux sont diffusés les 12 épisodes tandis que sur le site de TV5MONDE ces Exquis sont suivis des entretiens avec Eugénie Bachelot-Prévert.

vendredi 24 mars 2017

Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma


La première chose qui surprend en arrivant au Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma est la jeunesse de ses participants et des spectateurs. Les métiers artistiques attirent de plus en plus de candidats à une vie rêvée où l'imagination peut s'épanouir en marge des circuits formatés de l'insertion professionnelle. Le cinéma et la musique sont des secteurs qui inspirent la liberté alors que leur coût souvent élevé risque d'enfermer ses protagonistes coincés entre les fourches caudines d'une demande qui laisse peu de place à l'offre. Combien de ces jeunes réalisateurs et réalisatrices ont le fantasme d'un long métrage et se retrouveront acteurs d'un secteur audiovisuel en expansion, mais axé sur le service, la communication d'entreprise, la publicité, ou travailleront, au mieux, pour l'un des magazines télé qui inondent les chaînes thématiques ? À quels interlocuteurs seront-ils confrontés ? Les décideurs, issus d'écoles de commerce, ont remplacé depuis longtemps les producteurs, cinéphiles qui ne prétendaient pas penser à la place du public ! Pourquoi tant de compositeurs et compositrices aimeraient écrire pour le cinéma alors que quelques heureux élus trustent la plupart des films à budget conséquent ? Heureusement la musique appliquée subit moins de pressions budgétaires que le cinéma et beaucoup exerceront leur art dans le cadre de commandes plus modestes, mais qui leur permettra de ne pas forcément renier leurs aspirations premières. L'audiovisuel demande de la musique pour soutenir ses images, homogénéiser ses montages, donner un supplément d'âme à ses productions. Hélas trop souvent les partitions sonores ne font que souligner au marqueur fluo les intentions des réalisateurs. Peu utilisent les ressources réelles du son dans un esprit de complémentarité où le hors-champ prend tout son sens. Les compositeurs français ont pourtant longtemps lutté contre la tradition américaine, très illustrative, à l'instar d'un Maurice Jaubert, modèle incontournable du compositeur de musique de film dans notre pays. La relève existe évidemment et des cinéastes comme Jacques Tati ou Jean-Luc Godard ont su expérimenter dans le passé d'astucieuses combinaisons entre l'image et le son.
Plusieurs remarques s'imposent. Un, la musique de film ne saurait être un genre. À chaque projet correspond un traitement particulier et seule l'audace permet de sortir des sentiers battus. Deux, il est plus facile de composer que de réaliser, car on reste musicien en sifflant sous sa douche tandis qu'en tant que cinéaste le plan n'est pas le territoire, un scénario n'est pas un film. J'ai rencontré tant de metteurs en scène malheureux lorsqu'ils ne tournaient pas, et non des moindres, alors que les musiciens sont souvent des gens heureux, même en période de disette. Trois, tout reste à inventer dans l'équation audiovisuelle, les accompagnements musicaux de la plupart des films se contentant d'accélérer le rythme cardiaque des spectateurs ou d'envelopper d'un sirop lénifiant les scènes sentimentales.


Un festival comme celui d'Aubagne, dont c'est la 18e édition, est d'autant plus indispensable qu'il met en relation artistes et producteurs, réalisateurs et compositeurs. Ainsi, par exemple, un producteur de courts métrages choisit parmi vingt-cinq scénarios ceux qui l'intéressent, rencontre leurs auteurs pendant une heure, puis une conversation à trois le retrouve avec un réalisateur face à quatre à six compositeurs qui, de leur côté, bénéficient souvent de deux rendez-vous. La plupart des prétendants sont liés à un CNSM et ont entre 27 et 35 ans. La compétition rassemble 73 courts métrages choisis parmi 2000 reçus, et 10 longs métrages. Quantité d'autres films sont projetés dans les salles d'Aubagne hors compétition. Il y a aussi un programme pour les collégiens et lycéens. Dépendant de la faculté de sciences de l'Université d'Aix-Marseille, le SATIS implanté à Aubagne forme aux métiers de l'image et du son, avec 140 étudiants par an répartis sur trois années de formation (3e année de Licence et Master), et un doctorat. Avec le concours de la Sacem, le Festival organise chaque année une master class de composition de dix jours. Cette fois le compositeur Jérôme Lemonnier s'adresse à neuf jeunes compositeurs qui réécrivent des partitions originales de cinq courts métrages existants : Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang-Vija (2015), Le voyage dans la lune de Georges Méliès (1902), Les allées sombres de Claire Doyon (2015), 5mn80 de Nicolas Deveaux (2013) et Tma, Svelto, Tma de Jan Svankmajer (1989). Trois ciné-concerts sont d'ailleurs organisés avec le SATIS, l'EEAMS (European Education Alliance for Music and Sound in Media) et les écoles d'Edimburgh, Babelsberg, Utrecht... Comme tout ce monde aime la fête, des concerts complètent le panorama, dont une soirée Chinese Man Records avec Phono Mondial, Alo Wala et DJ Craze, à laquelle je ne manquerai pas de me rendre !

vendredi 10 mars 2017

Étranges étrangers


Mes 150 cartes postales de mardi dernier m'ont toutes été retournées. Elles donnaient un effet nostalgique au poème de Jacques Prévert. Comme Isabelle suggérait que la lecture du texte soit véhémente, Sonia a eu l'idée de la société de contrôle. Pour contrebalancer le montage assez découpé, j'ai composé un drone bien épais en bloquant une touche de chacun des cinq synthétiseurs, le VFX, le V-Synth, le Wave, le Roland et un échantillon sur Kontakt. Malgré un petit jeu sur les potentiomètres de la table de mixage, aucun de mes mouvements ne semble perceptible. Le plus difficile fut de haranguer la foule pour interpréter cet Étranges étrangers. Comme je m'étranglais, Olivia qui passait par là me conseilla une petite giclée de Ventoline pour que j'arrive à finir mes phrases ! Elle était surprise du contenu politique du poème de Prévert. Peu de gens savent à quel point il s'engagea toute sa vie et comment cela transparaît dans son travail. L'idée, comme toute la série, est de montrer à quel point il n'a pas pris une ride. Là, c'est même d'une actualité brûlante. J'ai l'impression que les premières prises de voix m'étaient dictées par De Gaulle ou Malraux, avant que je rectifie le tir, apportant mes propres nuances dans les passages sensibles. La réverbération donne l'effet du meeting. Pendant les respirations j'ai ajouté quelques effets musicaux délicats, mais qui se sentiront lorsque Sonia aura calé ses plans d'archives. Ce ne sont que des sons électroniques inspirés par les oiseaux du bled, le défilé du 14 juillet ou les bombes incendiaires dans les rizières. Dans le colis envoyé par WeTransfer j'ai glissé deux ambiances de foule et un pseudo son de drone pour sonoriser la caméra de surveillance qui nous survole. On verra bien si on le garde ou pas, mais à la fin de la séance j'étais exténué, quasi aphone, et plutôt content du résultat...

mardi 7 mars 2017

Gymnastique cinématographique


Avec Isabelle, Mika et Sonia, nous travaillons depuis des mois sur un projet de web-série dont Jacques Prévert est le sujet. Le poète faisant partie de ces touche-à-tout de génie comme Cocteau ou Lynch, notre fantaisie peut s'épanouir en toute liberté. Mika fait des animations graphiques, Sonia trouve des images incroyables qu'elle synchronise avec la voix des acteurs dont elle fait également partie, Isabelle pioche dans le fonds Prévert et interroge la petite fille de celui qui, non content de composer des vers impertinents, fit des collages, écrivit des dialogues pour le cinéma, s'engagea politiquement pour dénoncer l'absurdité du monde, etc. Nous imaginons tous ensemble les scénarios de nos petits courts métrages, ma spécialité musicale et sonore agissant en contrepoint. En janvier nous avions livré nos vœux avec L'amour à la robote en avant-goût de la série Prévert Exquis.
Comme j'avais suggéré de filmer des cartes postales pour accompagner le poème Étranges étrangers, j'ai passé hier après-midi à quatre pattes dans le studio à en installer tout autour de moi pour réaliser ensuite une sorte de banc-titre panoramique circulaire à main levée. C'est juste un test, mais cela m'a pris du temps de disposer les centaines de cartes en couronne, le plus souvent côté face, mais laissant parfois apparaître quelques mots manuscrits et les timbres faisant foi. J'attends le retour de mes camarades avant de casser cette mise en scène, qu'on la filme plus correctement ou qu'on la jette à la poubelle, espérant que Django et Oulala ne s'amuseront pas à faire de la luge sur le papier glacé.

lundi 16 janvier 2017

Prévert Exquis


En guise de vœux pour 2017 nous avons choisi de vous offrir un avant-goût d'un travail en cours, soit une web-série de très courts métrages autour de l'œuvre protéiforme de Jacques Prévert. L'avertissement qui le précède est justifié par sa mise en ligne sur des réseaux sociaux où le son n'est pas automatiquement implémenté. Chacun d'entre nous s'est approprié ce Prévert Exquis, que ce soit Fatras (succession Jacques Prévert) et les productrices de Narrative ou l'équipe de réalisation composée d'Isabelle Fougère, Sonia Cruchon, Mikaël Cixous, Jérôme Pidoux et moi-même. J'en ai évidemment aussi composé la musique. En attente de décisions de certains des coproducteurs, nous avons décidé de passer à l'action en réalisant plusieurs épisodes où nous nous emparons des poèmes, collages, films, archives de Jacques Prévert avec une liberté de création qui a toujours fait ses preuves.


L'amour à la robote livre une vision prémonitoire du glissement progressif des machines vers l'intelligence artificielle et ses risques (dé)programmés, à la manière du Portrait n°1 de Luc Courchesne ou du film Her de Spike Jonze.

jeudi 29 décembre 2016

Le nouveau Michel Houellebecq est un Cahier de l'Herne


À nos premiers contacts, de visu, mais surtout au téléphone, ce qui m'avait le plus marqué chez Michel Houellebecq était ses silences. Moi qui suis d'un naturel exubérant, je devais faire preuve d'une patience inimaginable, car il pouvait se passer trente secondes entre deux mots. Il a depuis notablement resserré les espaces ! Sauf pour nos échanges où peuvent défiler quelques années sans nouvelle. Mais chaque fois qu'il appelle, il se comporte comme si nous nous étions quittés la veille. La première fois, en 1996, Radio France avait enregistré notre live au Théâtre du Rond-Point. Agathe Novak-Lechevalier, qui a mené un remarquable travail de titan en réalisant le Cahier de l'Herne qui sort le 4 janvier, évoque cette soirée au travers de mon témoignage, de ceux d'André Velter qui l'avait organisée, d'un spectateur dans la salle, Michka Assayas, et d'un auditeur lors de la retransmission sur France Culture, Aurélien Bellanger. Je n'ai publié qu'en 2007 le second CD datant de quelques mois plus tard et remis ensemble méticuleusement sur le métier. Dans le texte manuscrit reproduit dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance, Michel écrit : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.»
En lisant les 384 pages du Cahier de l'Herne qui peut être considéré comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites, inédits ou parutions confidentielles, entretiens ou réflexions passionnants, je me suis dit que j'aurais probablement écrit autre chose si j'avais su qu'autant de témoins rapporteraient qui est véritablement Michel Houellebecq et ce qu'ils en lisent à travers son œuvre. Aurais-je osé Miches, elles, où est le bec ? en réponse à ses confessions sexuelles qui choquaient à tout le moins mon féminisme ? J'avais préféré arrêter la scène après qu'il ait été incapable d'articuler un mot de ses poèmes au Glaz'Art en 1998 après avoir vidé la moitié d'une bouteille de whisky pour vaincre le trac, mais nous avions adoré jouer ensemble à la Fondation Cartier ou aux Instants Chavirés. Ci-dessous le selfie où Michel disait aimer les feuilles tel que je le relate dans mon texte de l'Herne...


Je l'avais interviewé pour Les Allumés du Jazz. À la question « comment choisis-tu le titre de tes œuvres » il avait d'abord répondu que Dieu lui faisait un signe, et puis se rendant compte à qui il s'adressait, il avait éclaté de rire en me demandant de ne surtout pas retranscrire cette blague. « C'est une des seules questions dont je connais la réponse. C'est même une des seules questions importantes. J'ai écrit quatre romans et chaque fois, ça s'est produit de la même manière sans que je le fasse exprès, alors ça vaut le coup que je réponde. Je commence toujours sans avoir de titre. À peu près au tiers du roman, respectivement le tiers du temps que ça me prend, j'ai une sorte de crise où je n'y arrive plus. Quelque chose me vient en aide : j'écris un passage très bon, franchement très bon, qui contient le titre. Ça s'est produit avec Extension du domaine de la lutte et La possibilité d'une île. Et là, je suis très content, parce que je sens que je finirai le livre. Le titre est défini à ce moment. Ça s'est passé avec les deux autres aussi, mais c'est moins spectaculaire : Plateforme et Les particules élémentaires ne sont pas des titres composés.»
Passent encore une dizaine d'années avant qu'il me demande de découper les deux disques en morceaux correspondant aux poèmes pour remplir le juke box de son exposition au Palais de Tokyo. Notre collaboration occupait les 2/3 des slots de la machine aux côtés de Jean-Louis Aubert et Iggy Pop qui sont d'ailleurs présents dans le Cahier de l'Herne.
L'ouvrage est un trésor pour quiconque apprécie ses livres ou souhaite savoir qui est cet homme aussi aimé que détesté. Son humour et sa perspicacité s'étalent à longueur de pages. Les portraits croisés avec Maurice G. Dantec ou Bret Easton Ellis, les entretiens avec Agathe Novak Lechevalier ou Jean de Loisy, les témoignages de ses camarades de jeunesse, ceux de Bernard Maris ou Yasmina Reza, de Guillaume Nicloux ou Emmanuel Carrère, et de plus de soixante autres personnalités, alternent avec des textes rares ou inédits de l'auteur, y compris une étonnante pièce de théâtre écrite avec un camarade des premières heures, Pierre-Henri Don. L'ensemble est d'une richesse fabuleuse.

→ Michel Houellebecq, Cahier de L'herne, Editions de l'Herne, 39€, parution le 4 janvier 2017

lundi 26 décembre 2016

Maudite mise à jour


Je savais que je prenais un risque. Une semaine calme en perspective. Comme certaines applications requièrent un système d'exploitation plus récent que celui que j'utilisais sur mon Mac portable, je décidai de passer directement du système 10.8.6 dit Mountain Lion au plus récent 10.12 dit Sierra. Pourquoi faut-il que ces migrations se passent toujours mal ? J'aurais préféré parler d'autre chose, mais je suis en panne. L'installation depuis l'AppleStore coince avant d'arriver au bout. J'ai beau tenter tout ce que je trouve sur le Net, rien n'y fait. J'ai réinitialisé la NVRAM (ex pram), le SMC (contrôleur de gestion du système), essayé le démarrage sans échec (Maj appuyée) et le Recovery Mode (Cmd+R), ça bloque. En plus, ça ne dit pas que ça bloque, alors on attend des plombes avant d'en être certain. Je ne sais plus quoi faire. J'ai bien fait une copie de sécurité sur Time Machine, mais d'une part cela ne m'arrange pas, d'autre part j'ignore comment m'en servir. Il y a probablement d'autres manipulations à tenter avant de tout envoyer par la fenêtre ? Heureusement j'ai ma vieille tour pour raconter mes malheurs et mon iPad pour chercher la solution. Ne me dites pas que je ferais mieux de travailler sur PC ou d'autres idioties du genre, mais je suis preneur d'astucieuses suggestions. En plus j'ai ma mère qui fait pareil depuis hier. Elle bugue. C'est inquiétant. Vieux système, elle perd la boule. Pour ce soir, je jette l'éponge, il est tard, je vais me coucher. On verra demain.

jeudi 8 décembre 2016

Livres animés, entre papier et écran


J'imagine que les Éditions Pyramyd m'envoient Livres animés de Gaëlle Pelachaud pour y figurer plus ou moins explicitement dans la partie contemporaine, et plus particulièrement pour mes travaux numériques, à commencer par le cédérom Alphabet adapté de Květa Pacovská avec Frédéric Durieu et Murielle Lefèvre. Mais l'auteur ne semble pas avoir consulté l'objet pour autant, évoquant des manipulations très simples (le jeune public peut modifier les couleurs la position des personnages, les mouvements, etc.), alors que l'objet, salué pour son interactivité par une quinzaine de prix internationaux, est d'une complexité ludique encore aujourd'hui inégalée, mais doté d'une prise en main incroyablement intuitive.
Gaëlle Pelachaud rappelle l'histoire de ces livres magiques dont on actionnait des bouts, pour découvrir les mouvements célestes, connaître les horaires des marées ou l'anatomie d'un être humain, et, plus tard, créer quantité d'objets à l'intention des enfants, qu'ils soient encyclopédiques ou facteurs d'illusions d'optique. Le marché des livres pour la jeunesse s'est emparé de ce filon depuis quelques années, et l'offre est devenue pléthorique. Je me souviens avoir commencé par acheter La maison hantée, pop-up de Jan Pieńkowski, suivi d'une série animalière chez Albin-Michel, et les simulations de mouvements de Frank J. Moore à base de trames. Les pop-ups de David A. Carter ont relancé la mode, avec ensuite de beaux succès comme celui de l'alphabet de Marion Bataille. Après un petit historique des formes variées du livre animé, Gaëlle Pelachaud livre leurs secrets de fabrication à la portée de chacun pour s'en construire soi-même.
Les entretiens avec différents auteurs ne sont par contre pas à la hauteur, très anecdotiques et peut-être pas les plus inventifs en ce qui concerne l'interactivité. La richesse incroyablement innovante des Éditions Volumiques est seulement esquissée avec The Night of The Living Dead d'Étienne Mineur et La Maison Fantôme dont j'ai composé la musique et le design sonore avec Sacha Gattino. Un très sympathique paragraphe évoque Boum ! de Mikaël Cixous dont j'ai également conçu et réalisé la partition sonore, mais aucun des enjeux critiques que ces nouvelles technologies soulèvent n'est hélas abordé. Les exemples détaillés choisis sont souvent très plan-plan, alors qu'il existe des applications bouleversantes absentes de ces 232 pages.
Cela n'empêche pas ce recueil d'être agréable à feuilleter, toutes ces expériences, qu'elles soient en papier ou sur écran, étant factrices de rêve, et pouvant probablement susciter de nouvelles vocations.

→ Gaëlle Pelachaud, Livres animés, Ed. Pyramyd, 28,03€

vendredi 25 novembre 2016

Marc-Antoine Mathieu fait Sens en montrant la voie


Je ne vais pas être long parce que je dois y retourner dare-dare. Coincé pour la seconde fois à la fin du chapitre deux du labyrinthe qui en compte trois, mon iPad commence à me sortir par les trous de nez. Marc-Antoine Mathieu a adapté sa dernière bande dessinée, un roman graphique sans paroles, pour en faire une application interactive sur tablettes iOS ou Android. Qui plus est, S.E.N.S. VR peut être jouée en 3D avec les casques de réalité virtuelle Samsung Gear VR et Oculus Rift, ainsi que sur les casques type Cardboard sur iOS et Android, mais impossible pour moi de tester le relief en l'absence de ces matériels ! Je me contente de tourner, tourner sur mon fauteuil de bureau pour jouir des 360° du vertigineux décor jusqu'à faire apparaître le petit rond qui m'indique la marche à suivre, en accord avec le personnage énigmatique de cette œuvre philosophique dont le sens titille surtout l'émotion : un personnage est à la recherche de la bonne page pour terminer l’histoire tandis que nous devons assumer les conséquences de la disparition du point de fuite...


Fan des bandes dessinées de Marc-Antoine Mathieu depuis le début, j'avais été scotché par 3". Sa version papier, S.E.N.S., qui ne portait qu'une flèche pour tout titre, m'avait malgré tout laissé sur ma faim. Son adaptation produite par Arte et réalisée par les game-designers Charles Ayats et Armand Lemarchand de RedCorner me met la tête à l'envers. Le son donne astucieusement de précieuses indications. Dans cet univers qui se plie et se déplie, nous glissons dans les fentes, tombons de haut ou nous accrochons au papier virtuel de l'écran. Le premier tableau est gratuit, histoire de harponner l'utilisateur. Les deux suivants sont accessibles moyennant la somme modeste de 2,99€. Avec ses lignes épurées noir et blanc et ses ombres portées, S.E.N.S VR marquera certainement l'histoire des œuvres interactives !

P.S.: bonne nouvelle, j'ai terminé, je peux passer à autre chose, mais mon ombre, qu'indique-t-elle ?
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