Jean-Jacques Birgé

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mercredi 22 octobre 2014

Claude Ollier, dernière navette


Sur la mystérieuse voie lactée où mon chemin s'inscrit en pointillés Claude Ollier avait été le grand maître. Il avait initié Jean-André Fieschi dont je devins à mon tour le disciple. L'écrivain qui vient de disparaître à près de 92 ans jouait pour moi le rôle de grand-père du récit. Je n'avais pas commencé par ses romans, mais par des phrases que Jean-André répétait et que j'émets probablement aujourd'hui sans me souvenir ou même savoir que c'est à Claude que je les dois, expressions du quotidien ou phrases extraites de la quarantaine de ses ouvrages.
Je n'avais pas encore lu La mise en scène qui avait révélé Claude Ollier en 1958 avec le Prix Médicis. La découverte fut évidente, fulgurante. Régression est la plus belle évocation radiophonique de ce que nous offre le cinématographe. Cet A.C.R. (Atelier de Création Radiophonique), écrit à la demande de Michel Foucault et réalisé par René Jentet, mêle le récit et le discours de la méthode sans discontinuité dramatique. Jamais je ne vis aussi bien sans image. Un équivalent peut-être à L'invention de Morel ? Les scènes se répondent et s'imbriquent comme des poupées gigognes. Tous les éléments prennent leur place, justifiant leur présence grâce aux narrateurs placés à des angles différents. Ollier ne triche pas, comme un poète il témoigne. S'il montre la caméra, le contre-champ, il l'intègre au récit imaginaire. La musique et les sons dressent un décor de bande dessinée tour à tour tragique et comique. Gaston Leroux est passé par là. Un temps associé au Nouveau Roman, il est pourtant plus proche de Resnais que de Robbe-Grillet. Ollier s'intéresse au simulacre, au complot, aux ambiguïtés des apparences. Il nous plonge dans un univers dont les repères s'enfoncent dans des sables mouvants. Les échelles se superposent, de l'infiniment grand à l'infiniment petit. Il nous emporte.
La même année, 1965, il avait déjà écrit L’Attentat en direct, réalisé par Georges Peyrou, qui recevra le prix de la RAI 1969, inspiré de l'assassinat du Président J.F. Kennedy. Dans cette fausse émission de Radio Alpha retransmise sur la vraie France Culture, les publicités jouées par Jean Yanne ponctuent l'action. L'œuvre littéraire flirte avec le roman policier, la science-fiction, le récit d'aventures. Son passé d'inspecteur colonial au Maroc marquera également son travail et son intérêt pour l'Islam. Les strates du conte arabe dessinent un modèle. Ses jeux avec la mémoire viennent titiller la mienne. L'espace où ses personnages évoluent est une projection de celui de l'écrivain face au langage, libre au lecteur de s'y plonger ensuite. Le roman Marrakch Medine me donnera le vertige. Bien que "certains s'amusent sans arrière-pensée" l'œuvre de Claude Ollier est à (re)découvrir. Romancier, créateur de fictions radiophoniques, il fut aussi chroniqueur cinématographique et participa à l'émission Cinéastes de notre temps. Je me souviens de sa rencontre avec Josef von Sternberg, un autre maître de ces fictions dont l'imaginaire est si puissant qu'il nous force à nous interroger sur le réel. "Vous venez, on va mesurer avec une liane la circonférence des baobabs..."

mardi 14 octobre 2014

Sara Acremann, une fille


Sara Acremann est la fille génétique de mon meilleur ami. Devenue artiste plasticienne, elle est passée me voir pour que je lui parle de son père à qui elle ressemble physiquement, forme du visage, et des yeux pétillants de malice. Lui n'étant plus là, j'ai regardé à mon tour ce qu'elle fabrique...


Les films et les installations de Sara tournent autour de la famille. Sa mère, sa grand-mère, son beau-père sont les acteurs de ses plans fixes où la fiction envahit le réel au travers des persiennes. Les cadres sont soignés, hors-champ, jeux de miroirs, au propre comme au figuré. Duras, Romand et Resnais sont passés par là. Si le passé reste énigmatique l'avenir préoccupe ses personnages. Comment l'appréhender dans la vieillesse ? Dans Les Varennes de Loire la grand-mère déraille avec humour. Le couple des parents cherchent les questions lorsqu'ils n'ont plus de réponse. Est-ce que l'herbe pousse encore ? conjugue celle du temps au présent comme si nous vivions dans plusieurs, comme s'il n'y aurait plus d'âge, comme si le château de Neublans se refermait à jamais sur ses habitants...


Plus de cadre, l'installation sonore est un simple hors-champ où le montage ne s'entend pas. Le récit se fabrique comme la mémoire, volatile, sans cesse recomposé. Pékin Deuxième Périphérique est une série de photographies où les passants s'affichent devant les grands formats collés dans la rue (photo en haut). Chine que Sara arpente à l'heure actuelle. Conflits confond encore une fois le réel et sa transformation fictionnelle, ici des maquettes s'inspirant de photos de conflits contemporains. Dans la vidéo Est-ce que je serai heureuse ? la même dialectique s'installe entre l'astrologue chinois, Sara et l'amie qui traduit en français. L'artiste construit un labyrinthe où finiront peut-être par communiquer les impasses, impossibilité d'un dialogue qu'elle s'approprie sans cesse. Trame sans drame montre encore comment tout exprimer dans la pudeur... Ce qui ne peut être dit, su ou vécu, qui pourrait être deviné, constitue le terreau de la création artistique. Ce n'est qu'avec le temps que les lignes de force deviennent visibles. On finit parfois par se reconnaître, instant fugace où le miroir renvoie l'image que l'on se fait de soi-même ou celle de ceux qui nous ont rêvé et engendré.

vendredi 5 septembre 2014

Luttes solidaires, vécues ou imaginées


Au début de l'été j'avais lu avec délectation le roman de Gérard Mordillat Rouge dans la brume (Livre de Poche). Au travers d'une lutte sociale il nous rappelle qu'en se battant on n'est pas sûr de gagner, mais qu'en baissant les bras on a déjà perdu. En regardant le documentaire La Saga des Conti réalisé par Jérôme Palteau (ed. Montparnasse) on comprend que Mordillat s'est inspiré des luttes de LIP, Chausson et, plus récemment, Continental, des histoires de solidarité qui donnent du courage pour se battre contre l'absurdité et le cynisme du capital allié au pouvoir de l'État.
Là où Mordillat entre avec truculence dans l'intimité de ses personnages, couples mal assortis que les circonstances vont révéler, mal de vivre, sacrifices que la crise va exacerber, Palteau s'appuie sur le charisme des militants, leur rapide apprentissage de la lutte ou la malice d'un vieux syndicaliste à la retraite. Les acteurs du réel sont si engagés que le suspense est comparable aux ressorts du roman, le combat qu'ils mènent les aidant à se construire. Le capital est sans pitié s'il s'agit de faire profiter ses actionnaires, l'État qu'il soit explicitement ou effectivement de droite tente de laisser pourrir la situation, les syndicats loin du terrain sont endormis, ainsi seuls les hommes et les femmes sur le terrain prennent leur sort entre leurs mains. Dans le monde cruel du travail la grève va générer des vocations et l'invention d'actions stratégiques à mener va permettre d'accoucher de modèles de lutte dont il faudra évidemment s'inspirer pour les luttes à venir.
Ce sont avant tout de belles histoires de solidarité où le doute, la colère et la détermination conduisent à des scènes inénarrables de comédie.

vendredi 29 août 2014

Anima de Wajdi Mouawad


Parmi mes lectures de l'été il est bon d'être subjugué par une écriture aussi originale que le scénario développé au fil de courts chapitres. Pour son deuxième roman Wajdi Mouawad replonge l'homme dans l'universel, là où sa solitude peut se fondre à la nature sans oublier la civilisation qui l'a construit, une histoire politique de l'humanité qui s'est de tous temps appuyée sur le crime. Brutalité que l'on dit bestiale alors que l'auteur donne la parole aux animaux, avec chacun sa manière de penser. Le thriller se déroulant entre le Canada et les États Unis, les Indiens ont toujours su jouer de ce miroir anthropomorphe. Les chapitres des deux premières parties portent les noms latins des espèces témoins subjectifs de la saga de l'homme blessé : oiseaux, insectes, reptiles, mammifères dont le héros est un intéressant spécimen. Dans la troisième partie les lieux traversés remplacent les titres de cette histoire naturelle pour n'être plus contée que par un canis lupus lupus, monstrueux chien loup. La brutalité de l'action retiendra les plus émotifs, car la sauvagerie des humains reste inégalée. Et l'homo sapiens sapiens de se souvenir que le massacre des Indiens, leur déplacement et leur parcage ressemblent fort au sort réservé aux Palestiniens, la scène clef du roman renvoyant à Sabra et Chatila. Comme j'avais passé Anima à Françoise, aussi emballée que moi, elle se demanda quel livre on pouvait lire après celui-ci… (Leméac/Actes Sud)

jeudi 10 juillet 2014

Musiciens en direct avec photographies


Au Théâtre antique d'Arles faire jouer des musiciens en direct sur les photographies transforme les projections nocturnes en spectacle total. Minuscules sous l'écran de neuf mètres sur neuf, les instrumentistes accompagnent intelligemment les images montées par l'équipe de Coïncidence en servant le propos de chaque photographe ou orateur. Si les sons transforment leur sens, ils l'affinent et rythment la succession des plans devenus film dès lors qu'intervient le montage. Une image se suffit à elle-même, mais en les associant le réalisateur raconte une nouvelle histoire. La dramaturgie entre en scène. La projection implique une théâtralisation. Si une musique s'avère nécessaire, la jouer en direct répond à l'instantanéité de la photographie, tension magique d'un présent partagé.


Devant une foule si dense le silence n'existe pas. De nombreux orateurs savent tenir le public en haleine. D'autres profitent des ressources de la musique pour habiter les espaces muets. On évitera les redondances pour rechercher les complémentarités. Si l'illustration aplatit, l'analyse met en relief de nouvelles constructions. Rien n'est laissé au hasard dans l'inconnu. Impossible de plaquer non plus quoi que ce soit d'arbitraire sans casser l'ambiance. Rechercher toujours l'origine du monde. Chaque artiste a le sien. Le seul arbitre est le projet. Le sujet s'efface devant l'objet.


Hier soir l'agréable montage enregistré du Prix Leica Oskar Barnack ouvrait la deuxième Soirée des Rencontres de la Photographie. Suivaient les dix lauréats du Prix Découverte qu'accompagnait en direct Edward Perraud. Le percussionniste virtuose, qui avait moins de deux minutes pour encourager le travail de chacun, avait choisi de différencier chaque œuvre par une instrumentation ou un mode de jeu différent, avec l'obligation de les servir tous avec le même entrain. L'exercice de style faisait sens, magnifiant le propos de chaque photographe. Si samedi sera révélé le gagnant, celui de cette première partie était sans conteste le musicien !


Après l'entr'acte Jean-Noël Jeanneney présenta les archives du journal L'Excelsior sur la guerre de 14. Magnifiques clichés loin des tranchées, privilégiant le contexte et l'arrière. L'accordéoniste Michèle Buirette soutint l'orateur avec une sensibilité rare, tout en nuances. Elle le suivait, anticipant parfois les mouvements du récit, le dynamisant par des montées discrètes de l'intensité, s'effaçant sous des effets de matière. Pour répondre à la précision des légendes énoncées ou aux traits d'humour spirituels de l'historien la musicienne choisit tantôt le rythme, tantôt une mélodie, voire le silence quand l'heure était trop grave.
Du jongleur ou de l'orfèvre le public sut saisir les facéties et les nuances qui servent avant tout les images, recréées par la magie des associations.

jeudi 19 juin 2014

Dig Deep en test


L'élaboration d'une application iPad met toujours plus de temps qu'espéré. Du fignolage à la résolution du moindre bug nous améliorons sans cesse l'objet de nos rêves. Il en fut ainsi pour La machine à rêves de Leonardo da Vinci créée avec Nicolas Clauss et mon second roman, USA 1968 deux enfants. La première, totalement gratuite, va être traduite en portugais et adaptée pour iPad Air à l'occasion de l'exposition de la Cité des Sciences et de l'Industrie au Brésil, le second bénéficie d'une navigation plus ergonomique et a vu son prix baisser à 2,29 €. Nous finalisons donc Dig Deep, la petite dernière imaginée par Sonia Cruchon et délivrant ses oracles sous forme de films muets. Si les sons d'interface validant les gestes de l'utilisateur sont discrets j'ai composé une délicate musique symphonique pour la couverture interactive, adagio hypnotique qui nous fait pénétrer dans un tunnel dessiné par Mikaël Cixous et programmé par Mathias Franck. Trois pistes stéréophoniques se superposent. Les motifs d'orchestre évoluent selon les inclinaisons de la tablette, les éléments solistes et les cloches de verre sont calés sur l'apparition des photogrammes traversés lors de la plongée. Pour composer la partition sonore je dois tenir compte des différents systèmes de diffusion envisageables : le son mono du haut-parleur intégré filtrant les sons de manière souvent inattendue, l'écoute stéréophonique au casque ou le branchement à une amplification mettant en valeur les timbres choisis. Ensuite je me débrouille pour que les variations générées par l'utilisateur correspondent à la composition que j'ai imaginée.


Parallèlement nous travaillons sur Au boulot, le conte graphique de Mikaël, pour lequel j'ai passé l'après-midi à réfléchir sur la partition sonore et musicale. Trouver d'abord un système, puis le pervertir. La bande-annonce réalisée sur le pouce est encore muette. Chaque mouvement entre les plans et chaque arrêt sur image sont sujets à réflexion. Au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, l'ambiance générale se précise. Façon de parler car la poésie qui s'en dégage laisse une place capitale à l'interprétation de l'utilisateur. C'est le propre de l'art, n'est-ce pas ? J'avance rapidement pour ne pas perdre de vue l'intégralité de la partition, jouant des retours en arrière ou anticipant l'avenir à la manière des prologues opératiques. Du silence qui suivra la couverture interactive, puisque c'est un peu la signature de nos publications, jusqu'à la chute.

vendredi 30 mai 2014

Pow-wow arlésien in vitro


Les voitures ne volent toujours pas au-dessus du macadam, mais la visiophonie va aujourd'hui bien au delà de nos rêves d'enfant lorsque nous dévorions Jules Verne. Les réunions de travail sur Skype ou assimilés nous permettent de gagner un temps fou. Comme Gila était le seul à avoir branché sa caméra et Valéry Faidherbe s'étant dissimulé derrière un drôle de panneau, j'ai l'impression qu'Olivier Koechlin est devenu ventriloque ! Nous préparons la soirée de clôture de la première semaine des Rencontres de la Photographie au Théâtre antique d'Arles, bouquet final qui fêtera treize années de la direction de François Hébel. Aucun musicien en direct ce samedi 12 juillet, mais un montage sonore savant qui réinvente le passé. Le mardi 8 nous aurons la chance d'avoir le violoncelliste Vincent Courtois avec le photographe Michael Ackerman et Christian Caujolle au Théâtre municipal pour deux représentations. Le lendemain mercredi, retour dans l'hémicycle du Théâtre antique avec le Prix Découverte orchestré par le percussionniste Edward Perraud tandis que l'accordéoniste Michèle Buirette accompagnera Jean-Noël Jeanneney pour Jours de guerre sur les archives photographiques du journal Excelsior. La première guerre mondiale m'occupera aussi personnellement à l'église des Frères-Prêcheurs, ayant composé une partition sonore à seize haut-parleurs pour l'exposition sur les monuments aux morts réalisée sous le parrainage de Raymond Depardon. Il reste encore des incertitudes le jeudi 11 avec Vik Muniz et cette année la Nuit de l'année du vendredi se tiendra boulevard des Lices. Lors de cette réunion de travail chacun semble occuper une pièce d'une maison de poupée vue en coupe. La prochaine fois nous nous retrouverons tous au salon pour projeter nos rêves sur grand écran, château des Carpathes transporté à deux pas des studios montreuillois de Méliès.

mardi 27 mai 2014

Idées dans l'air, inspirations et plagiats


À Linz en 2009 Antoine Schmitt évoque l'idée de réaliser une application pour smartphone qui traduise les textes en réalité augmentée. Cinq ans plus tard Quest Visual a rejoint Google pour accoucher de Word Lens, petite appli gratuite pour le moment. Ça fonctionne vraiment n'importe comment, mais le résultat est encore plus poétique que Google Trad et la typo est étonnamment conservée comme ce qu'avait imaginé Antoine. Les idées sont dans l'air et il m'est toujours apparu formidable qu'elles se concrétisent. Autrement dit, chaque fois que je rêve de quelque chose et qu'un autre la réalise quelque part dans le monde je suis fou de joie, c'est cela de moins à faire : faisons ce qui ne se fait pas puisque ce qui est fait n'est plus à faire ! Le champ est large, il nous reste une infinité de possibles tant que l'on travaille du chapeau et que l'on s'y colle en se penchant au-dessus du capot... Mais de même que le public préfère reconnaître que connaître, les artistes sont souvent enclins à se conformer à la norme, ne se risquant pas à l'exclusion que génère l'indépendance. Jeune homme je voulais absolument être original, et Bernard Vitet de me répondre : "plutôt qu'être original, soyons personnel."
Il est gratifiant d'inspirer d'autres artistes qui ont ou pas l'amabilité de vous signifier ce qu'ils vous doivent. Nous en passons tous par là, car il n'existe aucune génération spontanée et nous ne sommes que les héritiers des aînés qui ont défriché le terrain. Il est ainsi satisfaisant de rendre grâce à celles et ceux qui nous ont inspirés. Il est par contre pénible de se faire piller sans que soit rendu à César ce qui appartient à mes zigues. Il ne faut alors pas confondre les idées dans l'air que la norme suscite, les inspirations légitimes dont nous sommes tous pétris et les plagiats systématiques qui tiennent du vol et de l'usurpation.
La reconnaissance relativement récente de mes anticipations m'a permis de calmer certaines contrariétés dans divers domaines artistiques où je suis intervenu, car les suiveurs ignorent souvent l'origine de leur démarche et les plagiaires patentés ont en général un service de communication à la hauteur de leur ambition de notoriété. Les usurpateurs sont en effet meilleurs commerçants que les inventeurs. Question de temps à y consacrer plutôt qu'à son art !


Ainsi le plasticien Antoine Schmitt est victime d'un honteux plagiat de la part de Carsten Nicolaï dont une œuvre récente, l'alpha pulse présentée à Hong Kong, est la copie conforme de City Sleep Light, du concept à la forme jusqu'à l'application iPhone et la photo de promo ! La pièce d'Antoine Schmitt a pourtant tourné dans le monde entier depuis quatre ans, Bruxelles (première et Nuit blanche), Berlin, Helsinki, Linz (pendant Ars Electronica), Madrid, Lyon, Sao Paulo... La notoriété de l'artiste allemand étant relativement considérable l'affaire n'en est que plus rageante, mais lorsque j'ai appris que c'était le véritable nom du musicien Alva Noto je ne m'en suis plus étonné, n'ayant jamais gobé ses mâles démonstrations encensées par une presse plus suiveuse que défricheuse. Sachant ce qu'il doit à Ryoji Ikeda il semblerait également qu'il soit coutumier du fait.
Jacques Perconte faisait remarquer que "la copie est standard dans cette culture de l'inculture, elle ne fait pas école, mais pognon", et tant que les copies sont pâles à côté des originaux il n'y a pas de quoi s'inquiéter outre mesure. L'œuvre conceptuelle pose aussi la question. Comment créer des œuvres incopiables, du moins les œuvres elles-mêmes à défaut de la technique, des ustensiles, des tourneries, des idées ? C'est le danger de l'art contemporain, car ce qui fait l'art c'est justement l'irreproductible, la gaucherie, tout ce qui échappe au savoir faire et à l'académisme... Il est plus difficile de copier les erreurs merveilleuses que les choses trop bien faites, forcément réductrices. Si les chefs d'œuvre se reconnaissent au nombre des interprétations qu'ils suscitent, le marché s'identifie à la quantité d'exemplaires vendus. En art seule la faille fait signe.

vendredi 23 mai 2014

Duo impromptu avec Jacques Perconte samedi après-midi


Si vous n'avez jamais vu de films de Jacques Perconte voici une excellente occasion ! Dans le cadre de son exposition à la Galerie Charlot (47 rue Charlot, Paris 3e, jusqu'au 7 juin) je le rejoins demain samedi pour un duo improvisé à 16h et 17h30. S'il y expose films génératifs ou linéaires ainsi que des impressions papier sur aluminium, Jacques Perconte transformera en direct ses compressions vidéographiques tandis que je l'accompagnerai en musique. Venez tôt, on sera serrés. J'apporte clavier, Tenori-on, flûtes et trompette à anche.
Jacques sait que je préfère en général partager la scène avec d'autres musiciens plutôt que jouer en solo, mais je ne résiste pas au plaisir de me laisser flotter dans le marais poitevin. Ce sera donc une occasion un peu exceptionnelle. Considérant l'improvisation musicale comme un mode de conversation je dialoguerai cette fois seulement avec les images, m'y fondant en tentant d'éviter d'être illustratif comme je le constate trop souvent dans les spectacles audiovisuels...
Le lendemain dimanche c'est un tout autre sport. Nous nous lèverons très tôt pour participer au vide-grenier à l'intersection de Bagnolet, Les Lilas et Paris, tout en espérant le retour du soleil. Nous nous sommes groupés avec plusieurs amis de manière à passer une journée rigolote. C'est une des plus grandes brocantes parisiennes. Saurez-vous nous trouver ?

jeudi 22 mai 2014

Le fil rouge de l'algorithme de Virginie Rochetti


Virginie Rochetti expose ses broderies déjantées au Triton des Lilas jusqu'au 14 juin. On l'a connue scénographe avec Jacques Rebotier, peintre, illustratrice, ordonnatrice d'installations, la voilà brodeuse. Peu importe le support, les créations de la plasticienne sont toujours aussi impertinentes, contre-champ du monde formaté où les usurpateurs font la loi du marché. Ayant acquis une drôle de machine informatique qui enregistre les mouvements du stylet sur la tablette tactile, Virginie Rochetti réalise de petits tableaux caustiques, duo improvisé entre l'artiste et un outil plus ou moins obéissant. Car là où les imperfections humaines déterminent le style, la machine ne connaît que les bugs. Rochetti en use et en abuse avec délectation, jouant des points, traits incisifs, trames de remplissage, motifs rouges, noirs ou crème, laissant à la machine le soin de piquer. L'imagination reste heureusement la prérogative de l'artiste ! Je dévore le rouge vif des pièces de bœuf, que ma propre machine écrit bouf, rature, coupure, piqûre, les fumeuses impénitentes de Vivre tue, les mutations nucléaires de Respirez légendé Ta mère la planète ! Taré ou son Carnival capital, et ci-dessus Le loup et les rouges. Regret d'Anna Sanchez Génard de n'avoir pu exposer la Tapisserie de Bagnolet, fresque brodée de sept mètres de long, mais les petits formats accrochés partout dans le restaurant nous ravissent. L'aiguille relie les points pour dessiner des traits, les traits se serrent les uns contre les autres pour remplir des surfaces en épaisseur, et le fil du récit déroule l'absurdité du monde, ses plaisirs et ses horreurs, la difficulté d'être femme, sa légèreté, l'humour et la créativité transmutant la vie en art, et l'avis en lard. Saignant.

mardi 20 mai 2014

USA 1968, version 1.1



Une nouvelle version de mon second roman USA 1968 deux enfants est en ligne sur l'AppleStore. Améliorations ergonomiques et visuelles pour celles et ceux qui l'ont déjà acquis. Si vous désirez faire une expérience inédite dans le domaine de la littérature et du multimédia, faire un cadeau étonnant à l'un de vos proches, c'est le moment, le prix a été baissé à 2,69 euros ! Ce "roman augmenté", conçu exclusivement pour iPad, s’inspire des photographies prises pendant le périple inimaginable aujourd'hui que nous fîmes aux États Unis en 1968, seuls, livrés à nous-mêmes, alors que ma petite sœur avait 13 ans et moi 15 ! Se dessine ainsi une image critique de l’évolution du monde à travers 12 courts métrages insérés dans le récit ainsi que 75 minutes de musique originale et d’effets sonores qui accompagnent la lecture.
Lorsque nous ne trouvons personne pour nous loger, nous voyageons de nuit grâce à un abonnement aux bus Greyhound. Des chutes du Niagara à la frontière mexicaine, de l’Océan Pacifique à la Nouvelle Orléans nous faisons d’incroyables rencontres. Hébergés par un pathologiste à El Paso, un couple d’architectes à Beverly Hills, des hippies et le médecin des Black Panthers à San Francisco, des fascistes dans le Connecticut ou le patron de la Bourse de New York, des familles nous accueillent lors d’un voyage initiatique où je découvrirai ma passion pour la musique après avoir participé aux évènements de mai à Paris deux mois plus tôt. Le journal de ce périple renvoie au passé qui a permis cette fantastique aventure comme à l’avenir qu’il suscitera. Une époque pleine de promesses se dessine avant que la réaction n’enterre les rêves d'une jeunesse qui pensait réinventer le monde.


Comme pour toutes les publications des Inéditeurs, la couverture de ce livre d’un genre nouveau est une œuvre interactive : le light-show évoque les expériences lysergiques du retour en France et la tentative de les représenter aujourd’hui (cinemato)graphiquement afin de retrouver les émotions des projections psychédéliques qui inondaient les concerts de pop music...

samedi 22 mars 2014

Un Livre Un Jour


Un Livre 2.0 est un magazine hebdomadaire en ligne qui traite des livres numériques tandis que son grand frère sur France 3 et TV5 est quotidien. Si Un Livre Un Jour existe depuis 22 ans, sa version 2.0 a été lancé en septembre dernier. Après Alain Veinstein, Bernard Pivot, Alain Ménard, Christophe Grossi, Michel Wierviorka... J'ai l'honneur de représenter Les inéditeurs à l'occasion de la publication de mon second roman, USA 1968 deux enfants, intégrant le récit proprement dit, 12 courts métrages, 70 photographies, 75 minutes de son et de musique originale, un light-show dynamique et différentes entrées interactives.

lundi 3 février 2014

Que faisaient vos parents ?


Lorsque j'évoque le périple de trois mois que nous avons réalisé seuls aux États-Unis en 1968, ma petite sœur et moi alors que nous n'avions que 13 et 15 ans, la question est toujours la même : "mais que faisaient vos parents ?". Je répète que mon père pensait que les voyages forment la jeunesse et que ma mère s'inquiétait. Cette réponse est évidemment incomplète. C'est l'une des raisons qui m'a poussé à écrire USA 1968 deux enfants, le roman que Les inéditeurs viennent de publier pour iPad. On me demande ensuite pourquoi exclusivement pour iPad et pourquoi pas un ePub. Parce que Mikaël Cixous n'aurait pas pu soigner la mise en pages abondamment illustrée voire animée, ni Mathias Franck programmer l'œuvre interactive qui orne la couverture et faire en sorte que tout se tienne. Apple a de graves défauts, mais pas celui de la qualité ! Cette réponse est tout aussi incomplète. Il y a bien d'autres raisons dont la première est ce roman lui-même que l'on appelle augmenté, mais qui aurait pu tout aussi bien se revendiquer multimédia ou je ne sais quoi. Les prochaines œuvres seront également des applications.
Pour les lecteurs et lectrices qui ont déjà acheté mon nouveau roman sur l'AppStore je vous confie un petit secret : Mathias a glissé un Easter Egg ! Notre œuf de Pâques est un petit machin interactif caché quelque part dans le but de déclencher un sourire, tradition qui remonte à l'époque des CD-Roms. Les tablettes, et l'iPad plus qu'aucune autre, nous permettent de réactiver notre passion pour ces objets interactifs qui ont stupidement disparu du jour au lendemain avec l'éclatement de la bulle Internet en 2000, alors qu'ils recélaient des trésors d'imagination, de beauté et de ludicité. Nous avions coutume de dire que nous produisions du contenu et, peu importe le support, nous pourrions toujours l'adapter à l'avenir. La question se pose aujourd'hui crument. Tout cela coûte cher, du moins en temps homme-machine. Ressortirons-nous Carton et Machiavel, Somnambules, Alphabet et tant d'autres ? Parmi tous nos projets nous envisageons en effet une série vintage en faisant profiter ce patrimoine des ressources actuelles...

mercredi 29 janvier 2014

Naissance des inéditeurs


L’accès du grand public à de nouvelles machines technologiques excite chaque fois l’imagination des artistes, leur suggérant des œuvres nouvelles. Comme il en fut des CD-Roms ou d’Internet à leur création les tablettes numériques, et l’iPad en particulier, présentent des espaces de liberté qui seront plus tard engloutis par le commerce et les services. Avant cette récupération inéluctable, les champs d’expérimentation et d’invention s’ouvrent aux rêveurs, constructeurs de nouveaux mondes. À chaque support correspond un type d’œuvres et chaque œuvre implique un support approprié. Aujourd’hui les tablettes permettent de renouer avec l’interactivité en proposant des interfaces sensuelles intuitives. Les inéditeurs, à la fois auteurs et praticiens, ont choisi de travailler ensemble dans un esprit de collaboration ludique et créatif sur des projets utilisant les étonnantes propriétés de ces nouvelles machines. S’ils mettent en commun leurs savoirs et leurs expériences ils souhaitent également les partager avec d’autres auteurs qui trouveront chez eux une écoute et un savoir-faire qui vont de pair. Enfin chaque œuvre prendra tout son sens entre les mains du public grâce aux ressources de l’interactivité qui, comme l’improvisation, réduit le temps ou les distances entre la création, l’interprétation et l’appropriation…


Si le roman multimédia USA 1968 deux enfants est paru il y a quelques jours il aura fallu attendre que notre site soit en ligne pour annoncer la création des Inéditeurs, jeune société d'éditions interactives. Nous avons ainsi choisi de produire ce que nous savons faire, inventer des objets dont nous avons rêvés sans savoir de prime abord s'ils sont viables. Avons-nous ensuite d'autre choix que de trouver une solution pour les faire exister ? J'ai l'habitude de raconter que lorsque je maîtrise un projet je gère, mais sauter dans l'inconnu m'oblige à créer. Loués soient les développeurs qui rendent tangibles nos élucubrations ! Il aura fallu trois ans pour accoucher de USA 1968 deux enfants tel qu'il est, grâce à Sonia Cruchon, Mikaël Cixous, Mathias Franck, et toutes celles et ceux qui y ont participé directement ou indirectement. D'autres applications suivront bientôt : Dig deep est un oracle contemporain utilisant des extraits de films du 20e siècle conçu par Sonia et Au boulot est un conte graphique horizontal pour grands petits hommes illustré par Mikaël. Nous travaillons évidemment tous ensemble sur tous les projets. Le plus agréable est l'ambiance dans laquelle tout se construit, mélange d'excitation contrôlée, de saine impatience et de franche amitié. Nous sommes jeunes, direz-vous, cela explique cela.

samedi 25 janvier 2014

Sun Sun Yip, 20 ans après


Né en 1966 en République Populaire de Chine, à Huhehuote en Mongolie Intérieure, Sun Sun Yip, fraîchement arrivé de Hong Kong où ses parents s'étaient réfugiés en 1973 après de terribles désillusions sur la révolution culturelle, découvrait Paris comme des millions d'autres immigrés avant et après lui. Nous sommes en 1989 et la bourse qu'il a obtenue lui offre un hôtel luxueux pendant le premier mois. Décidé à s'installer dans la capitale, il déménagera ensuite un nombre incalculable de fois, à la recherche d'un abris. Quatre ans plus tard, la première galerie à accueillir son travail est l'Association Culturelle Franco-Japonaise de TENRI, située aujourd'hui près du Châtelet. Exactement vingt ans après, Sun Sun Yip y expose L’âge d’or, rassemblant des œuvres récentes, grands tirages photographiques, sculptures et peintures où les formes semblent se transformer sous nos yeux. Un reflet involontaire projette par terre cet enchevêtrement de lignes lumineuses dont la fixation sur leur support ne peut arrêter le mouvement. Face à ces révolutions où la vie recommence inexorablement lorsque s'achève un cycle, ses crânes célèbrent la perpétuité des vanités. Sun Sun Yip écrit : "Il est impossible pour moi de rester indifférent face aux inégalités sociales, aux systèmes politiques méprisants, aux misères et aux guerres... Cependant j'ai choisi de ne pas exprimer mes colères de manière évidente dans mon art. Je préfère proposer une vision de l'humanité comme faisant partie d'un ensemble beaucoup plus vaste. Cette conception est proche de la philosophie taoïste, une pensée ancienne de 2000 ans qui évoque les règles invisibles de l'univers et l'évolution infinie de la vie..."

Jusqu'au 1er février, lundi 12h-20h, mardi-vendredi 10h-20h, samedi 10h-18h30, le dernier jour seulement jusqu'à 16h, 8-12 rue Bertin Poirée, 75001 Paris.

mardi 21 janvier 2014

Un light-show interactif


Depuis quelques semaines j'illustre de temps en temps mes articles avec des images psychédéliques, captures-écran de la couverture interactive qui ouvre mon nouveau roman, USA 1968 deux enfants, conçu pour iPad. Après avoir terminé la mise en forme du récit j'ai rêvé de recréer l'un de nos light-shows du début des années 70 avec les moyens qui nous sont offerts aujourd'hui.

Cette évocation est la conséquence directe du voyage initiatique entrepris avec ma petite sœur lorsque nous avions 13 et 15 ans, soit trois mois d'un périple extraordinaire autour des États-Unis en 1968, seuls, livrés à nous-mêmes. Je brûlais, grattais, peignais des diapositives sous-exposées depuis déjà trois ans lorsque j'assistai au spectacle du Fillmore West à San Francisco avec le Grateful Dead. En revenant à Paris je fondai H Lights avec quelques amis du Lycée Claude Bernard, raison pour laquelle j'appelai Retour en France cet épisode qui, ouvrant paradoxalement le roman, porte un numéro négatif comme tous ceux qui précèdent notre départ pour New York. S'il figure tout autant l'épisode 37 qui clôt l'aventure il renvoie le récit principal à un immense flash-back.

H Lights projetait des diapositives, des liquides en ébullition, des images cinétiques ou polarisées sur des groupes pop de l'époque tels Gong (Daevid Allen), Red Noise (Patrick Vian), Crouille-Marteaux (Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon), Melmoth (Dashiell Hedayat), Dagon (les frères Lentin), Epimanondas (mon premier groupe avec Francis Gorgé), etc. Il s'agissait de reproduire sur grand écran les expériences hallucinogènes que les substances illicites nous avaient laissés entrevoir. Ici le plaisir est offert au lecteur qui, en touchant d'un doigt l'écran de l'iPad, contemple un spectacle infini tant les médias et les combinaisons sont nombreuses. Sonia Cruchon a récupéré des extraits de mes films qu'elle a mis en boucle et filmé les effets de matière tandis que Mathias Franck fabriquait le moteur de l'œuvre interactive. Au simple tap il a ajouté la programmation des glissés pour changer les filtres et un double-tap pour envoyer les images capturées en direct à l'album-photos de l'iPad de manière à ce que chacun puisse immortaliser les tableaux qu'il ou elle aura générées.

Dans un premier temps j'avais créé une partition musicale également interactive, mais l'objet était devenu trop complexe. Aussi ai-je choisi des musiques présentes dans le récit proprement dit tant et si bien que le lecteur se retrouve dans la position où nous étions lorsque nous improvisions le jeu des images d'après la musique. De la même façon que la couverture du roman est différente à chaque lancement de l'application la musique est piochée aléatoirement dans le corpus sonore, produisant ainsi des effets de sens toujours différents.
Excités par le résultat, nous avons décidé que les créations numériques pour tablette publiées à l'avenir par Les inéditeurs porteraient toutes une couverture interactive !

vendredi 17 janvier 2014

USA 1968 deux enfants


Mon second roman USA 1968 deux enfants paraît enfin après trois ans de travail ! L'objet est un roman augmenté conçu pour iPad, avec une couverture interactive, 12 courts métrages, 75 minutes de musique et de son, quantité de photographies, la carte interactive du périple, etc. Cette aventure éditoriale n'aurait pas été possible sans la collaboration extraordinaire des Inéditeurs, société d'éditions interactives que nous avons constituée avec Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et Mathias Franck.


À l'été 1968, deux enfants de treize et quinze ans parcourent seuls les États-Unis. Lorsqu'ils ne trouvent personne pour les loger, ils voyagent de nuit grâce à un abonnement aux bus Greyhound. Des chutes du Niagara à la frontière mexicaine, de l'Océan Pacifique à la Nouvelle Orléans ils font d'incroyables rencontres. Hébergés par un pathologiste à El Paso, un couple d'architectes à Beverly Hills, des hippies et le médecin des Black Panthers à San Francisco, des fascistes dans le Connecticut ou le patron de la Bourse de New York, des familles les accueillent lors d'un voyage initiatique où l'auteur découvrira sa passion pour la musique après avoir participé aux évènements de mai à Paris deux mois plus tôt. Le journal de ce périple renvoie au passé qui a permis cette incroyable aventure comme à l'avenir qu'il suscitera. Une époque pleine de promesses se dessine avant que la réaction n’enterre les rêves de cette jeunesse qui pensait pouvoir réinventer le monde.


Sous l'onglet du générique j'espère n'avoir oublié personne tant ils et elles sont nombreux à y avoir participé ou m'y avoir encouragé. Une dédicace spéciale à ma petite sœur qui a partagé ce voyage initiatique extraordinaire, à ma fille qui m'a accompagné sur cette même route trente-deux ans plus tard, à mes parents qui ont eu la folie de nous laisser partir seuls et si loin, à François Bon qui m'a mis le pied à l'étrier avec mon premier roman augmenté, La corde à linge, aux musiciens qui sont présents sur la partition sonore, à Françoise qui a monté les films, à Sonia qui a réalisé avec moi le light-show interactif et qui a soutenu ce projet depuis le début, à Mikaël qui s'est chargé du graphisme et des illustrations et à Mathias qui a réussi à ce que l'application tienne debout !

lundi 30 décembre 2013

Corps et graphies des Corsino


Bengalore Fictions, la dernière œuvre des chorégraphes Nicole et Norbert Corsino est une petite merveille interactive pour tablette numérique. Les 12 fictions développées avec des partenaires et collaborateurs indiens redonnent son sens au terme chorégraphique. Les corps incarnent des pinceaux tandis que les courbes de l'écriture dansent sur la page blanche. L'interactivité livrée au plaisir de la découverte du spectateur devenu l'un des interprètes joue sur le temps et l'espace comme une évidence des médias engagés. L'écran de l'iPad devient le support idéal pour jouer des perspectives, des échelles et des changements d'angles qu'exige le travail des Corsino. Chacune des fictions généreuses suggère de toucher l'écran d'un simple tap ou glisser le doigt pour faire apparaître la bande dessinée chorégraphique sans jamais avoir recours à une interface visible. Beau travail de programmation de Samuel Toulouse. Les deux artistes sont bien entourés et leur site livre les noms de l'équipe qu'un petit bug m'interdit de voir sur ma tablette. La musique urbano-industrielle de Jacques Diennet secondé par trois musiciens traditionnels indiens colle parfaitement au mariage des deux continents comme aux ambiguïtés locales, même si je regrette, marotte oblige, que la partition sonore ne profite pas de l'interactivité dédiée aux images. La place de ce fabuleux spectacle, cousin de nos Somnambules que nous devrions sérieusement penser à adapter pour ce support, coûte seulement 1,79 € sur iTunes. Son acquisition comblera celles et ceux que le Père Noël a dotés d'un iPad cette semaine !

vendredi 13 décembre 2013

Lucioles, lettres d’amour des mouches à feu


En 2007 Michel Séméniako publiait Lucioles, lettres d’amour des mouches à feu, un travail magique sur ces coléoptères mystérieux dont la parade sexuelle est lumineuse. Si vous voulez tout savoir sur ces bestioles cruelles allez voir le site de Signatures où Séméniako compile quelques textes scientifiques et poétiques. Pour mon anniversaire de l'an passé le photographe de la nuit avait fait encadrer un magnifique tirage qui me parvient seulement aujourd'hui. Je le pose devant la télévision qu'il recouvre totalement, revanche contre ce qui les fit disparaître, comme l'évoquait Pier Paolo Pasolini. L'été dernier j'eus le bonheur de voir deux lucioles au fond du jardin de La Ciotat. Je ne me souviens pas en avoir admirées dans le passé. Peut-être ai-je oublié. J'associais les lucioles au dodo et à la licorne. Sur la photo les étoiles qui leur font miroir perforent le ciel du Piémont. Fasciné, je me colle devant ma nouvelle télé et je ferme les yeux pour m'imprégner de ces deux nuées qui interrogent tant notre humanité que son insignifiance.

mercredi 4 décembre 2013

USA 1968, bientôt...


La sortie de mon second roman, USA 1968 deux enfants, se précise. Les Inéditeurs en terminent la mise en page. Mikaël Cixous a livré tous les médias graphiques à Mathias Franck qui finalise et code à tour de bras pour que l'application ne soit pas trop lourde en téléchargement depuis un iPad. Elle pèsera tout de même plus de 350 mégas tant l'objet virtuel est riche en médias audiovisuels. Insérés dans le récit, se mêlent 12 courts métrages, 75 minutes de son et de musique, des dizaines de photographies, des animations et le light-show interactif, conçu avec Sonia Cruchon, qui fait office de couverture à ce premier numéro de nos éditions.
Absurdité technocratique récurrente, le CNC a refusé de prendre en compte le dossier car sa rubrique multimédia exige que la vidéo soit majoritaire, alors que le roman augmenté répond exactement à ce qui est recherché en termes de transversalité. L'objet, parfaitement adapté au support tablette, ne me serait jamais venu à l'idée autrement et il eut été injouable sans ces nouvelles ressources. Il manque une case pour nous aider. Espérons que les prochains projets que nous avons sous le coude seront assez fins pour passer sous les fourches caudines.
Si mon premier roman, La corde à linge, est disponible en ePub chez publie.net aux formats ePub (le seul avec les sons), Mobipocket, PDF et Web, USA 1968 ne peut exister que sous la forme d'une application. Si les ventes (probablement 4,99€ sur l'AppleStore) sont suffisantes nous envisagerons une version Androïd, mais l'iPad reste actuellement le meilleur support lorsque l'on veut inventer des objets inouïs. Ce second roman augmenté était paru sur ce blog en work in progress, une sorte de brouillon avant la mise en forme et les médias qui donnent tout son sens à ce récit initiatique, sorte de millefeuille quantique qui se joue du passé et du futur.
http://student-help.us/