Jean-Jacques Birgé

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vendredi 8 novembre 2019

Il faut bien vendre


Enthousiasmé par mes collaborations avec la plasticienne Anne-Sarah Le Meur et le vidéaste John Sanborn, j'ai créé deux petites pages Internet pour promouvoir MELTING RUST avec la première et NONSELVES sur les images du second. Les deux font la paire, mais les deux pièces peuvent aussi être représentées séparément. C'est la première fois depuis un demi-siècle que j'ai du plaisir à jouer seul sur scène. Pas vraiment seul puisqu'il y a le grand écran et qu'Anne-Sarah Le Meur travaille en direct ses images 3D. J'ai demandé à John Sanborn une version de 45 minutes, soit 100 vidéos qui me donnent du fil à retordre, pour ne pas dépasser 1h15 de spectacle en tout. J'ai toujours aimé les contrastes. Les abstractions lyriques et contemplatives d'Anne-Sarah sont radicalement différentes des provocations narratives échevelées de John. Dans les deux cas, je suis au clavier. Pas tout à fait puisque j'utilise une application interactive sur iPad avec l'une et que je mixe de temps en temps ma musique avec les sons synchrones des vidéos de l'autre. NONSELVES est une adaptation de NONSELF commandé à John par le Jeu de Paume, créée au Blackstar à Paris en septembre. La création de MELTING RUST date d'un mois plus tôt cet été, à Victoria en Transylvanie (Roumanie).


Reste à vendre ce spectacle. Je suis évidemment certain de l'intérêt qu'il représente, mais l'idée d'en faire la promotion me rebute. Voilà 25 ans que je ne cherche plus de travail, comme j'ai pris l'habitude qu'il vienne tout seul vers moi. J'envoie tout de même quelques mails, mais j'espère surtout que le buzz prendra comme ce fut le cas, par exemple, avec Nabaz'mob, l'opéra pour 100 lapins connectés que nous avons réalisé avec Antoine Schmitt et qu'il serait d'ailleurs excitant de reprendre à l'occasion. Je préfère écrire et composer de la musique plutôt que me transformer en représentant de commerce. J'espère donc que les deux captations en libre accès sur Internet en dévoileront l'originalité et l'excellence, sachant que chaque représentation est différente, puisque ce sont des improvisations ou, comme je préfère les appeler, des compositions instantanées. Faites passer ;-)

jeudi 7 novembre 2019

Minnie the Moocher par Cab Calloway et Betty Boop


Je ne vais pas remonter au concours de twist organisé par France I (devenue France Inter), gagné avec ma petite sœur en 1961, mais celles et ceux présents il y a cinquante ans m'auront vu danser comme une pile électrique, ou plus exactement comme un condamné sur la chaise assassine. Les convives s'écartaient, le cercle s'élargissait, avant que je retombe, épuisé, ne pouvant évidemment tenir qu'une dizaine de minutes, avant les ampoules aux pieds et un essoufflement anticipant de vingt-cinq ans un asthme heureusement dompté grâce à l'homéopathie. Si j'avais connu alors Cab Calloway, j'aurais adopté un style autrement plus swing. Sa musique est une des très rares qui fassent bouger mes jambes malgré moi. Je me lève et je danse, je danse, je danse comme si j'avais chaussé Les chaussons rouges. Jusqu'ici ma référence au premier maître du scat datait du film Stormy Weather tourné en 1943. Je découvre aujourd'hui la petite séquence introductive au dessin animé de 1932 de Dave Fleischer, frère cadet de Max Fleischer, qui porte le nom de la célèbre chanson écrite par l'Hi de Ho man et Irving Mills, Minnie the Moocher.


Cab Calloway a alors 25 ans et une souplesse qui renvoie le moonwalk de Michael Jackson à un pastiche robotique. Les frères Fleischer sont les inventeurs de Koko le clown qui fait une apparition et Betty Boop qui est justement l'héroïne du film. Additionnez un dessin animé aux multiples allusions érotiques, l'orchestre de Cab Calloway, des paroles de chansons provocantes et vous obtiendrez un bijou inestimable. La chanson raconte "l'histoire de la pauvre Minnie la clocharde, prostituée, chaude, rouquine, vulgaire, dure à cuire, chétive, au cœur aussi grand qu'une baleine. Elle traîne avec un cocaïnomane appelé Smokey, qui lui montre comment fumer l'opium dans le quartier chinois. Ça la fait rêver du roi de Suède qui lui offre toute les choses qu'elle désire, une maison en ville en or et acier, une voiture taillé dans le diamant avec des roues en platine, son hôtel particulier, ses chevaux de course, des festins pour douze, et des millions de dollars en pièces de monnaie, qu'elle compte et recompte un million de fois..."


Comme dans Snow White (Blanche-Neige) tourné l'année suivante, soit 1933, une chanson de Cab Calloway accompagne le dessin animé de Dave Fleischer. C'est le tout aussi célèbre Saint James Infirmary Blues, dont la paternité causa maints procès, que joue l'orchestre de Cab Calloway dont les gestes de danseur ont été rotoscopés. Les frères Fleischer sont les inventeurs de cette technique, du moins ceux qui l'ont brevetée. Là encore, Betty Boop est envoyée dans une grotte sombre où chante un drôle de fantôme. Les dessins animés de Fleischer d'une incroyable invention inspireront tout autant Walt Disney (sa Blanche-Neige date de 1937 et on remarquera l'influence de Minnie The Moocher sur la scène de Dumbo imaginée par Savador Dali en 1941) que Tex Avery. Poo-poo-pee-doo !

vendredi 11 octobre 2019

NONSELVES, remix musical des vidéos de John Sanborn


NONSELVES est une adaptation de NONSELF, projet vidéo de John Sanborn commandé par le Jeu de Paume. Après qu'il m'ait demandé d'en composer une version live, le pluriel s'est imposé à ce "ni lui ni moi" et la satire sociale a transformé l'intime en universel. J'ai donc mixé en direct certains sons synchrones des vidéos originales de John, une radiophonie (plunderphonics) que j'ai agencée en 1980 et surtout mon jeu au clavier. Pour YouTube la voix de Blondie qui posait des problèmes de droits d'auteur a dû être supprimée, mais DailyMotion n'a pas fait de difficultés, et John l'a mise en ligne de son côté sur Vimeo. À cause de certains plans assez crus, nous avons empêché les mineurs d'avoir accès à notre travail. De toutes manières les ados savent très bien contourner ce genre d'interdit ! Si vous, vous l'ignorez il suffit de supprimer le contrôle parental en bas de votre page DailyMotion par exemple...


J'ai demandé à John de monter une version de 45 minutes des vidéos de NONSELVES pour composer un programme équilibré avec la performance MELTING RUST que nous avons créée avec la plasticienne Anne-Sarah Le Meur. Notre improvisation à quatre mains dure en effet 30 minutes, ce qui en fait une excellente première partie avant mon solo sur les 100 vidéos de John. Les deux œuvres, extrêmement différentes, abstraction lyrique et satire narrative échevelée, peuvent également être jouées séparément.
C'est la première fois de ma vie que je suis excité à l'idée de jouer seul. Depuis 50 ans j'ai toujours préféré le groupe au solo, la musique m'apparaissant comme une conversation abstraite où nous pouvons tous nous exprimer et écouter en même temps, ce que le langage ne permet pas ! Ce n'est pas non plus un solo absolu puisque Anne-Sarah improvise de son côté ses images 3D temps réel et que j'accompagne les vidéos de John. Pour donner une idée de NONSELVES, j'ai enregistré une version dans les conditions du live, chaque représentation étant différente, comme MELTING RUST. Pour profiter au mieux de ces deux films qui vous donneront un avant-goût du spectacle, passez l'image en plein écran !

Sur sa page FaceBook John Sanborn écrit :
VARIATIONS (on a theme)
My friend and innovative composer Jean-Jacques Birgé has expanded on his improvised sonic response to my interactive work NONSELF. He performed a version live at Blackstar in Paris last month and the result was astonishing (the crowd went, as they say, wild). Now he's going to take it on the road.
A polymorph deeply indebted to plunder-phonics, JJ induces a social satire spin on what was intended to be intimate. He elevates the personal to the universal and back again in a crisp 45:00. Et sur Vimeo : This collaboration is a wild ride of sonic and social satire, mixing serious and silly with equal force.

vendredi 4 octobre 2019

Melting Rust est sur YouTube et Vimeo


Anne-Sarah Le Meur a eu une idée formidable. Elle m'a suggéré de monter un nouveau spectacle avec la performance que nous avons créée ensemble cet été en Transylvanie et celle que j'ai réalisée en septembre à Paris sur la vidéo de John Sanborn. MELTING RUST, dont les images en 3D sont travaillées en temps réel par Anne-Sarah, dure une trentaine de minutes. NONSELVES constitue la seconde partie, soit un montage de 100 vidéos réduit à 45 minutes d'après NONSELF commandé à Sanborn par le Jeu de Paume. Pour ces deux collaborations je joue presque exclusivement du clavier avec l'apport de quelques sons sur iPad, et pour la vidéo de John Sanborn de rares extraits sonores synchrones. Ayant toujours préféré partager la scène avec d'autres musiciens, c'est la première fois que l'idée de jouer seul m'enthousiasme. En réalité ce n'est pas un solo puisque Anne-Sarah improvise également en direct ses abstractions de lumière colorée et que les vidéos figuratives de John sont extrêmement parlantes. Les deux performances sont si différentes qu'elles se complètent merveilleusement.


Aujourd'hui je mets en ligne la captation de MELTING RUST filmée par Irina Botea et Jon Dean à Victoria en Roumanie. Comme pour NONSELVES, chaque représentation est différente puisque nous improvisons, certes selon un canevas composé de choix de timbres, de formes et de couleurs. Ces deux œuvres m'obligent à jongler de manière acrobatique pour charger les sons au fur et à mesure tout en regardant à la fois la projection sur grand écran, ma partition, le chronomètre, mes afficheurs Led et le clavier ! Je mettrai bientôt en ligne une version de NONSELVES qui en donnera une petite idée. Celle de MELTING RUST sur YouTube rend difficilement l'émotion du live, elle est en mono alors que je travaille toujours l'espace sonore et elle a été filmée avec une caméra Blackmagic dans l'obscurité de la salle de spectacle. Malgré la compression qui ne rend ni la fluidité ni la précision des images, son pouvoir de fascination est intact... Pour en profiter au mieux il est évidemment conseillé de la passer en plein écran sur la machine que vous utilisez ou d'assister aux futures performances !

Sur YouTube et Vimeo

mercredi 2 octobre 2019

Mes ancêtres les Gauloises


Chaque fois qu'est paru un livre d'Élise Thiébaut, j'ai rédigé un petit article pour saluer la qualité de son écriture et son universalisme, entendre que c'est une généraliste avec de sérieuses spécialités. J'ai bien connu son papa, un tout petit peu sa maman et plusieurs personnes qu'elle évoque et qui me sont chères dans son autobiographie de la France intitulée Mes ancêtres les Gauloises. Cette précision n'est pas inutile, d'autant qu'elle me cite dans son dernier ouvrage à propos du séquençage de mon génome (recherche d'ADN dans un but plus politique que familial), démarche qu'elle a en fait initiée après m'avoir parlé d'un des livres qu'elle était en train d'écrire. Avant cela elle avait publié Ceci est mon sang, une petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, et très récemment Les fantômes de l'Internationale avec le dessinateur Baudoin. Au delà des sujets principaux toujours passionnants, Élise a le don de digresser en apportant quantité d'informations se révélant le plus souvent des points de vue documentés sur notre environnement social. Son féminisme et sa conscience de classe y sont toujours exprimés avec beaucoup d'humour et un esprit d'à propos qui permettent d'extrapoler sa propre histoire à la nôtre. En s'interrogeant sur sa propre identité, elle aborde le roman national que le racisme, le machisme et la lutte des classes ont façonnés. Comme dans ses précédents ouvrages, les tabous volent en éclats et ce parler vrai, à la première personne bien singulière, fait du bien dans une époque plus coincée qu'on ne veut nous la présenter. Le gnothi seauton socratique y prend tout son sens, car se connaître soi-même est le premier pas vers penser par soi-même alors que la manipulation de masse bat tous les records. Ou encore, comme me l'expliquait André Ricros à propos des musiques traditionnelles, "pour être de partout il faut être de quelque part."

→ Élise Thiébaut, Mes ancêtres les Gauloises, La Découverte, Coll. Cahiers libres, 272 pages, version papier 18 €, version numérique 11,99 €
Sur Mediapart, poursuivant sa démarche, Élise crée l'édition Nos ancêtres les gauloises, suscitant les témoignages : "Raconter le passé pour changer l’avenir ? C’est ce que je vous propose de faire avec cette édition collective Nos ancêtres les Gauloises. En partageant nos mémoires, en creusant les non-dits et les tabous du roman national, il s’agit de donner la parole à celles qui, dans nos généalogies, n’ont pas pu faire entendre leurs voix. Je vous propose ici de partager l’histoire d’une femme de votre famille, dont le destin n’a peut-être pas été conforme, ou dont la mémoire a été effacée."

samedi 21 septembre 2019

Nonself Remix (Birgé-Sanborn)


Pari réussi hier soir au Blackstar. Je regrette de n'avoir pas enregistré. 62 minutes pendant lesquelles mes pieds ne touchaient plus terre. J'en ai oublié mes douleurs lombaires.


Mon installation a fonctionné. C'est souvent une question de disposition dans l'espace, comme pour un batteur ou un guitariste distribuant ses pédales d'effets autour de lui. J'avais tout à ma main, même si j'en manquais. J'aurais aimé en avoir quatre. Pour une fois les pédales de volume et de sustain de mon clavier auront été utiles. C'est surtout une affaire d'écoute. Quand c'est confortable, on peut contrôler tous les paramètres du son, ce qui est crucial pour une improvisation.


Mon petit poème symphonique attribuait un sens nouveau aux images de John Sanborn. J'ai eu l'impression de commettre un remix brechtien de son montage déjà fortement critique. Comme une mise en abyme de poupées gigognes qui n'en finiraient pas de grandir/rapetisser. Simultanément, du microscope électronique à la Terre vue de la Lune.


Derrière moi s'affichait le portrait de Lemmy Kilmister, le bassiste et chanteur du groupe de heavy metal Motörhead ! Sur l'écran John Sanborn psalmodiait tel le récitant d'un opéra multimédia. À suivre...

Photos : Dana Diminescu

vendredi 20 septembre 2019

Je joue Nonselves avec John Sanborn, ce soir au Blackstar


À sa conférence de mardi au Jeu de Paume, John Sanborn jouait avec la vérité comme un chat avec une souris. La vérité de soi. Qui on est, qui l'on n'est pas. C'est l'en-jeu de son Nonself, portrait en creux basé sur le rejet. Or, si l'on suit Jacques Lacan avançant que l'inconscient ignore les contraires, on se focalisera sur le choix des sujets et non sur leur affirmation ou leur négation. Ce qui nous préoccupe fait sens. Tous les doutes sont permis au je du J'aime/J'aime pas. John Sanborn a supprimé les titres (adjectifs précédés de not) du montage des séquences qu'il m'a fourni. Le melting not en devient un melting pot où les plans jouent à saute-mouton pour retrouver un impossible équilibre. Chacun, chacune, ressentira ainsi à sa manière les sentiments d'acceptation et de rejet que les vidéos provoquent. La musique improvisée que j'ai imaginée participe à ce grand chambardement. Elle accentue, contrarie, transforme le regard porté sur notre société saturée d'images, comme Sanborn le suggère dans son accumulation de signes.
J'ai rarement eu autant de mal à préparer un concert. Jouer sur le montage d'une heure des 122 vidéos de John Sanborn m'a obligé à jongler avec le chronomètre, la projection, les chargements de banques de sons tandis que je continue à frapper mon clavier ; de plus, je dois mixer l'instrument avec le montage radiophonique des années 80 et les sons synchrones de Sanborn. Ses séquences ultracourtes divisent parfois l'écran en deux ou trois panneaux séparés. Je dois posséder quatre bras, jouir d'un strabisme divergent et d'une schizophrénie passagère pour conjuguer l'ensemble ! Le solo est un exercice difficile lorsqu'on joue d'instruments électroniques exigeant que l'on regarde les écrans et qu'on lâche de temps en temps le clavier pour le trackpad. Fin octobre à Vienne en Autriche j'ai demandé à Walter Robotka de me faire rencontrer quelqu'un pour éviter la solitude du coureur de fond ; je partagerai donc la scène avec le performeur Didi Bruckmayr sans le connaître. Le mode de la conversation l'autorise ! Mais ce soir au Blackstar je devrai faire l'acrobate sans perdre le fil sensible de ce montage aussi politique qu'esthétique. Cette semaine j'ai trouvé quelques astuces pour que l'ensemble se tienne. J'ai par exemple ajouté une petite réverbération sur les sons synchrones afin qu'ils s'intègrent mieux à mon jeu, et minimisé, soit mieux localisé, les interventions de la radiophonie. Cette salade sera imperceptible au public dont les yeux seront rivés à l'écran de Led géant. Si le son a l'avantage d'être évocateur, l'image focalise massivement l'attention des spectateurs...

→ Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

mardi 17 septembre 2019

Improvisation live sur NonSelf de John Sanborn (vendredi)


Le vidéaste américain John Sanborn m'a demandé d'accompagner en public 122 vidéos de son projet NonSelf. Tandis qu'il les présente au Jeu de Paume (et dans leur espace virtuel jusqu'en novembre) sonorisées par ses soins, je recrée intégralement la partition sonore de ce « non-autoportrait d’attributs inversés » vendredi prochain au Blackstar à Paris. Composer une heure de ce maelström maximaliste n'est pas une petite affaire !


J'ai choisi d'unifier l'ensemble au clavier avec des orchestrations néanmoins très variées, depuis des ambiances électro-acoustiques jusqu'à un orchestre symphonique en passant par des instruments de percussion et des guitares électriques rock en diable. L'élément le plus original de mon improvisation est une radiophonie réalisée en 1980, plunderphonics avant la lettre, qui découpe l'espace-temps de manière encore plus éclatée, sorte de fractales sonores du montage explosif de John Sanborn. Il me restera à mixer ces deux sources avec quelques évènements synchrones de la vidéo originale, en particulier lorsque l'on voit des personnages parler à l'écran.


Je me demande encore combien de mains il me faudra pour réussir ce tour de force, mais j'adore relever des défis qui me paraissent de prime abord impossibles. Le côté godardien (celui des Histoires du cinéma et du Livre d'image) de Sanborn me séduit par ses évocations narratives. L'afflux de sens monte à la tête, chacun ou chacune y découvrant les portes de la perception vers l'inconscient de l'artiste comme dans le sien propre.


Je me suis passé et repassé les 122 vidéos où la tendresse et la beauté rivalisent avec les provocations toujours teintes d'humour caustique. L'œuvre de John Sanborn est fondamentalement politique, au sens où l'entendent ceux et celles de sa génération qui étaient déjà actifs dans les années 70. Oui, "tout est politique " !


J'ai structuré ma création d'une heure, de manière à alterner les ambiances calmes et excitées. J'avais pensé à une forme sonate, mais je ne pense pas m'y cantonner lorsque je serai en scène, absorbé par les images et concentré sur ma performance shivaïque...


Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

lundi 26 août 2019

C'est fini. Il est mort.


Argh ! Une fois de plus la rubrique nécrologique de FB apporte de la tristesse. Grâce au commentaire de Jean Rochard j'apprends hélas la mort de Massimo Mattioli. C'est une de nos pochettes que je préfère. Je m'étais aperçu que la réduction des 30 centimètres du vinyle aux 12 centimètres du CD ratait souvent ses effets. Aussi ai-je cherché à agrandir une petite image. Aucun timbre-poste ne faisait l'affaire. Les images de Squeak The Mouse correspondaient parfaitement à notre spectacle Zappeurs-Pompiers avec la chorégraphe Lulla Card Chourlin et le clown Guy Pannequin. Mattioli nous avait aimablement autorisés à en reproduire plusieurs lorsque nous l'avons enregistré pour le disque.


Jean raconte :
Nos camarades d'Un Drame Musical Instantané avaient eu la bonne idée, pour leur album "Qui Vive ?" (GRRR 1989), de confier la couverture au dessinateur Massimo Mattioli, créateur de M le Magicien, Pinky, Frisk the Frog, Superwest, Joe Galaxy, Awop-Bop-Aloobop et les fameuses aventures de Squeak the Mouse, sorte d'interprétation survoltée (pour dire le moins) de Tom et Jerry avec chat et souris explosivement déjantés. Au dos de "Qui vive", le chat disait : "C'est fini. Il est mort." Mattioli vient de nous quitter.


Hélas, voilà, le petit chat est mort. Et Mattioli l'a suivi.

vendredi 23 août 2019

Melting Rust en Transylvanie


Pendant trois jours la ville roumaine de Victoria est en fête. Aujourd'hui avant les chants et danses folkloriques, j'accompagne les images mouvantes d'Anne-Sarah Le Meur, à l'invitation de Dana Diminescu et Tincuta Heinzel. Avec Irina Bucan Botea & Jon Dean, Ştefan Constantinescu, Pauline Vierne, Céline Berger, Andra Jurgiu, Daniel Pop, elles participent à cette présentation liée à une résidence de deux ans autour de la ville utopique créée par les Soviétiques en 1948 et qui s'avérera une terrible dystopie sous le règne de Nicolae Ceauşescu...
Le graphiste Étienne Mineur, qui a réalisé mes dernières pochettes de disques (Long Time Non Sea d'El Strøm et mon Centenaire) et termine celle de la réédition augmentée de L'homme à la caméra d'Un Drame Musical Instantané en CD, travaille sur le livre qu'écrit Dana Diminescu et dont je m'inspire pour un album à paraître en 2021. J'enregistre quotidiennement des sons en field recording qui me serviront à cette occasion.
Pour la performance de ce soir intitulée Melting Rust j'improviserai au clavier en utilisant des banques de sons supportées par les moteurs Kontakt et UVI. Mes mouvements inspirés du morphing seront perturbés par le son de lames acérées et de métaux frappés. La musique suivra les couleurs d'Anne-Sarah, passant du rouge au vert, du bleu à l'orange.

mardi 16 juillet 2019

Les fantômes de l'Internationale


J'ai lu d'une traite l'incroyable saga de l'hymne international composé par Pierre Degeyter sur des paroles d'Eugène Pottier. Élise Thiébaut, à qui l'on doit l'indispensable Ceci est mon sang, livre incontournable sur les règles féminines (et masculines !), a demandé au dessinateur Baudoin d'illustrer la chanson en introduction du livre, puis de l'accompagner tout au long de son récit. La bande dessinée actualise la lutte qui ne semble hélas plus finale avant que l'on suive l'enquête aux nombreux rebondissements. Élise rappelle que je l'avais avertie des dangers de diffuser L'Internationale sur FaceBook pour des questions de droits d'auteur avant qu'elle ne tombe récemment dans le domaine public, et que je l'avais mise sur la voie d'une hypothétique descendance du compositeur. Le parcours de l'hymne planétaire du mouvement ouvrier tient de la course d'obstacles et va de scandale en scandale de la Commune de Paris en 1871 à la Sacem en 2018 ! Comme toujours le ton d'Élise Thiébaut est incisif, drôle et son analyse fondamentalement politique avec des incursions féministes de la plus grande justesse. C'est aux digressions que je reconnais un auteur, à la manière de s'échapper sans s'éloigner de son sujet. Ce peut être aussi en le plongeant dans le bain du réel, de son réel à soi, que l'histoire prend sa forme, se moquant de la frontière qui nous sépare de la fantaisie...

→ Élise Thiébaut et Baudoin, Les fantômes de L'Internationale, ed. La ville brûle, 18€, à paraître le 30 août 2019

lundi 24 juin 2019

Sur le nouveau site de Raymond Sarti


Je devrais peut-être en faire autant. Le scénographe Raymond Sarti a entièrement réactualisé son site personnel.
En 2010, épaulé par Jacques Perconte, j'avais complètement repensé le mien qui datait de 1997. Conçu et réalisé à l'origine par Hyptique avec Étienne Mineur comme directeur graphique assisté d'Arnaud Dangeul, il avait fallu treize ans avant que je me décide, mais là cela ne fait que neuf ans que la nouvelle version est en ligne avec sa radio aléatoire et ses 153 heures de musique inédite. Chaque fois j'avais demandé un petit coup de main au plasticien Nicolas Clauss et ces dernières années Pat Joub en avait assuré la maintenance. La console d'administration est suffisamment bien conçue pour que j'en assume la mise à jour régulière.
Sarti, épaulé par le web designer Philippe Dubessay, a classé quelques centaines de documents en artsde la scène, décors de cinéma ou de théâtre, pour les expositions, les intérieurs et les paysages. J'écris Sarti, mais je devrais plutôt l'appeler Raymond, car je l'ai toujours considéré comme mon petit frère. Nous sommes amis depuis trente ans, depuis qu'il m'a été imposé sur le spectacle J'accuse que j'avais monté avec Un Drame Musical Instantané, l'acteur Richard Bohringer, la chanteuse Dominique Fonfrède et un orchestre d'harmonie de 80 musiciens ! Ahmed Madani, le metteur en scène, aussi doué que mon nouveau camarade, faisait partie de la corbeille de mariage. Le spectacle avait été filmé, mais je suis heureux de découvrir ici des photos dont j'ignorais l'existence...


En 1992 Raymond a réalisé la scénographie du K de Buzzati, toujours avec le Drame et Bohringer, puis Daniel Laloux. Il a commis nombreuses affiches, pochettes de disques, cartons d'invitation, vitrines, costumes pour notre groupe. De mon côté j'ai composé la musique et la partition sonore des expositions Il était une fois la fête foraine à La Grande Halle de La Villette, The Extraordinary Museum au Japon, Jours de cirque au Grimaldi Forum à Monaco, Electra à La Cité des Sciences et de l'Industrie, un atelier au département scénographie de l'ENSAD, etc. Notre plus récente collaboration fut pour moi un modeste environnement sonore au nouveau Conseil Général de l’Ile de la Réunion à Paris. Mais c'est une toute petite partie de l'œuvre de mon camarade.
D'autres projets sur lesquels nous avons planché n'ont d'ailleurs jamais vu le jour. C'est le lot des appels d'offres dont beaucoup sont pipés comme chacun sait. Aujourd'hui les commanditaires font plus attention au budget qu'aux aspects artistiques. C'est un peu partout pareil. L'économie de marché gagnant tous les secteurs d'activité, notre pays s'appauvrit doucement, mais sûrement. Heureusement qu'il continue à y avoir des artistes et des artisans qui ne sacrifient pas leur passion aux chimères du succès. Paradoxalement c'est en restant intègre que l'on a des chances de perdurer. Comme pour tout, le pire des risques est de n'en prendre aucun, et lorsqu'on est prêt à tout perdre, on a de bonnes chances de remporter la timbale.
J'ai toujours adoré la manière de travailler de Raymond, capable de s'adapter à n'importe quelle situation en inventant des cadres qui collent au sens sans sacrifier à la beauté des choses, et ce avec parfois les matériaux les plus simples...

mardi 18 juin 2019

Quel temps fera-t-il demain...


Lundi dernier l'empereur, sa femme et les petits princes sont venus chez moi pour me serrer la pince... Sauf qu'aucun d'eux ne se prend réellement au sérieux, ou plus exactement qu'Ella & Pitr forment un duo égalitaire qui ont fondu le style de chacun/e dans une signature commune à laquelle participent de temps en temps leurs deux jeunes enfants. Des affiches détourées et découpées comme jadis Ernest Pignon Ernest ils sont passés aux anamorphoses à la Georges Rousse avant de réaliser les plus grandes œuvres de la planète, peintures éphémères que l'on ne voit totalement que depuis l'espace ! Eux-mêmes utilisent un drone pour voir comment étaler les 1500 litres de peinture acrylique qu'ils pulvérisent en même temps que leur propre record, peignant la dernière en date sur le toit du Parc des Expositions à la Porte de Versailles, soit 25 000 mètres carrés. Elle représente une nouvelle géante, vieille dame pensive devant la futilité orgueilleuse des petites voitures roulant sure le Boulevard Périphérique parisien, un sac en plastique s'envolant polluer notre univers absurde... L'ont-ils appelé Quel temps fera-t-il demain... en référence au seul lien qui relie l'ensemble de ces automobilistes tournant en rond, les infos diffusées par FIP ?


J'étais donc tout heureux de leur montrer le bleu ciel sur lequel se détache maintenant Bientôt, le personnage qu'ils avaient peint tout en haut de ma façade. Leur empire n'est que celui de l'imagination et les deux petits princes facétieux étaient restés à Saint-Étienne où la famille Trapp des arts plastiques a élu domicile. Pour fêter leur venue à Bagnolet j'avais préparé un poulet à la grecque consistant à cuire au four cuisses et ailes immergées dans l'origan et le citron, recette familiale que je tiens de ma maman. Le dessert dont ils raffolent ne pouvait provenir que du plus célèbre glacier parisien auquel je suis maladivement abonné. Ils n'ont pourtant jamais encore travaillé sur ce support alors qu'ils préparent un nouvel emballage pour le chocolat stéphanois Weiss après le succulent blanc aux fruits rouges qu'ils ont orné d'un cœur qui s'envole !


Je ne pouvais partager les images d'Ella & Pitr avant la diffusion du reportage de TF1. Aussitôt l'embargo levé et lu le superbe article d'Emmanuelle Jardonnet dans le Monde dressant le portrait de ce couple d'artistes qu'on affuble "de rue", mais qui se moquent du street art comme jadis, disent-ils, le trio des Inconnus épinglaient le rap ! Cela n'empêche pas Loïc dit Pitr de m'indiquer le sulfureux Booba tandis que nous regardons les épatants clips d'OrelSan. Ella & Pitr critiquent essentiellement les fresques murales qui ne tiennent pas compte du contexte urbain... Leurs interventions tiennent toujours compte de l'espace social et géographique dans lequel se lovent leurs géants, souvent des laissés pour compte de notre société malade. Leurs personnages "énormissimes" n'étant pas visibles à l'œil nu le couple d'artistes prend de la hauteur sans en rajouter à la pollution visuelle qu'engendre entre autres la publicité. Entre ces encombrements et ceux des automobiles, véritable cancer de la ville, ils nous renvoient à notre condition humaine de fourmis dans l'immensité du cosmos, éphémérité n'empêchant pourtant pas le gâchis dont nous sommes les auteurs.


Comme on peut le voir dans le long métrage Baiser d'encre que leur avait consacré Françoise Romand et dont j'avais composé la partition sonore, l'univers pictural d'Ella & Pitr alimente leur quotidien autant que celui-ci les inspire. Leurs fantaisies narratives sont composées d'une vision critique du réel et d'une poésie de l'enfance qui s'interpénètrent au point de créer un réalisme poétique laissant deviner un imaginaire plus vrai que nature...

jeudi 30 mai 2019

Nabaztag, le retour


Ce n'est pas une blague. Le lapin connecté renaît de ses cendres. Pour Antoine Schmitt et pour moi, Nabaztag était resté d'actualité avec notre opéra Nabaz'mob pour cent de ces bestioles. Et pour les 150 000 acquéreurs du premier objet connecté destiné au grand public, né en 2005, l'icône de l'Internet des objets peut retrouver ses couleurs en 2019 grâce à un kit installable sur les anciens rongeurs. Olivier Mével, maman en chef de cette tribu lagomorphe, secondé par des anciens de Violet comme Maÿlis Puyfaucher (auteur des textes et la voix française) et les indépendants qui avaient travaillé sur l'original comme Antoine qui en était le designer comportemental, ou moi-même le designer sonore, réveille le clapier en novembre 2018 à l’occasion de Maker Faire Paris (le salon dédié aux “makers”). Une nouvelle architecture technique permet à Nabaztag de ne plus être dépendant de serveurs externes et donne la possibilité à toutes les personnes intéressées de contribuer à de nouvelles fonctionnalités, car l’ensemble du projet est Open Source.


"Un kit facile à installer sur un Nabaztag ou un Nabaztag:tag a été créé avec l'aide de la société Enero avec l'objectif de redonner vie à son lapin. Il permet de remplacer l’électronique de l’époque par une nouvelle carte qui utilise un Raspberry Pi (un petit ordinateur très populaire auprès des “makers”). Cette nouvelle architecture rend le lapin totalement indépendant. Il ne dépend plus de serveurs externes. Si l'Internet venait à disparaitre (remplacé par Facebook ou Compuserve par exemple), il continuerait à donner l'heure, faire son taïchi, dire des bétises et dispenser de précieux conseils de vie. Les services les plus emblématiques ont été re-développés par Paul Guyot (l’ancien Directeur Technique de Violet, fondateur de la société Semiocast) et une reconnaissance vocale effectuée sans serveur distant a été ajoutée. Beaucoup d'autres informations sont livrées sur le site de crowdfunding Ulule. Scrunch crunch !

vendredi 17 mai 2019

Face B en clôture de la Maison Rouge


Tout vient à point à qui sait attendre. Jean-Nicolas Schoeser avait filmé, mais il lui fallait encore monter après que j'ai revu le son de notre performance intitulée Face b: perfomative archive, représentée deux fois de suite le 27 octobre 2018, veille de la clôture définitive de La Maison Rouge à Paris. Face B est un projet de Daniela Franco, créé en 2010 à La Maison Rouge en parallèle à l’exposition Vinyl, disques et pochettes d’artistes que le violoncelliste Vincent Segal et moi avions accompagnée. Huit ans plus tard, le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang nous rejoignit tous les trois pour une nouvelle version dont voici un extrait :


Suit ci-dessous une version intégrale de la performance qui verra se succéder sept pièces : The Moore Murders, Ce truc étonnant, Remix, Single, Épisodes 1-3, Ken Burns, Épisodes 4-6. Pour ma part je jouerai essentiellement du clavier, mais à puissance acoustique puisque mes deux camarades jouent là sans micro. Sur une pièce noise j'utilise par contre mon Lyra-8 russe et sur une plus tendre mon Tenori-on japonais...


Suivant la continuité de Daniela, nous improvisons tous les trois tandis qu'elle temporise. Chaque fois que je joue avec Vincent et Antonin se découvrent des évidences, comme si tout était composé préalablement. Les deux représentations se suivaient, mais ne se ressemblaient pas. J'étais inquiet tant la première nous plut, mais la seconde fut encore plus surprenante. Comme la lumière s'éteint nous disparaissons avec tous les fantômes qui hantèrent quatorze ans cet espace magique...

jeudi 2 mai 2019

La douloureuse


Sueur de geek. Si les ordinateurs sont pour vous du charabia, sautez directement à un article antérieur et ne passez pas comme moi à la caisse départ qui fait si mal au porte-monnaie. On peut se faire tout de même quantité de frayeurs sur un Mac, mais le Kernel Panic est le seul écran qui soit véritablement alarmant. Il y a quelques semaines j'avais déjà dû remplacer mon vieux MacPro par un Mac Mini de compétition tout juste né. J'ai désossé la tour pour récupérer les quatre disques durs qui y étaient logés et j'ai effectué une laborieuse migration en y ajoutant un hub et des adaptateurs puisque plus rien n'est compatible, et surtout une carte son qui fonctionne en Thunderbolt étant volé qu'on ne trouve plus que ce format, dit aussi USB-C, sur les nouvelles machines. Je me sers de cet ordinateur comme enregistreur multipistes (ma table de mixage 24 voies y est connectée), et d'un Mac Book Pro comme instrument de musique. Or ce coup-ci c'est celui-ci, cinq ans d'âge, qui fait des siennes en s'éclipsant de plus en plus souvent pour afficher l'écran fatal précédé de quelques minutes de noir intégral. Mes robots sont bien intentionnés à mon égard, car pour l'un comme pour l'autre la panne fut progressive, les extinctions se produisant à un rythme de plus en plus rapproché, et m'invitant ainsi à faire illico des copies de sécurité et à préparer ma carte de crédit ! Je tape cet article sur l'objet incriminé sans savoir si j'irai jusqu'au bout. Avant de commander une nouvelle machine j'ai tenté toutes les réparations possibles et imaginables qui me soient accessibles, mais rien n'y fait, ça s'aggrave d'heure en heure. Je tenterai de faire réparer le "vieux" portable quand j'aurai effectué cette énième migration, sachant que quantité d'applications ne fonctionneront plus sur la nouvelle et devront être mises à jour, l'hémorragie justifiant l'achat d'encore une nouvelle carte son, en Thunderbolt 3 cette fois ! Les nouveaux Mac Book Pro n'offrant plus que des entrées/sorties de ce type, certes au nombre de quatre, il faut acquérir par exemple des adaptateurs vers HDMI ou depuis USB. Je reste étonnamment zen face à l'adversité, mais je suis obligé d'agir vite et bien, sachant que je dois être opérationnel mardi matin pour enregistrer un nouvel album avec le violoniste Mathias Lévy et la contrebassiste-chanteuse Élise Dabrowski ! Très réactif, l'Apple Store est censé me livrer le lendemain de mon coup de téléphone, me laissant tout juste le temps de retomber sur mes pattes...

lundi 22 avril 2019

La mort du Khazar rouge, condensé de Shlomo Sand


En écrivant un polar, l'historien Shlomo Sand, professeur à l'université de Tel Aviv, fait œuvre de vulgarisation. En passant à la fiction (sans notes en bas de page !), Sand résume ses recherches et analyses qu'il avait brillamment développées dans Comment le peuple juif fut inventé. Le polar a toujours été prisé par les auteurs gauchistes. Sand réussit admirablement en mêlant Histoire et intrigue criminelle. Ainsi, si vous désirez apprendre où en sont les découvertes époustouflantes sur l'histoire des Juifs le roman La mort du Khazar rouge en est une approche palpitante. Il s'appuie d'une part sur les écrits d'Ernest Renan, Marc Bloch, Arthur Koestler et le travail d'historien de Sand lui-même pour étayer sa thèse selon laquelle la diaspora juive serait le fruit de conversions successives, et que les Juifs n'ont jamais été chassés de Palestine il y a 2000 ans. Les Ashkénazes seraient en partie descendants de Khazars convertis. Le livre révèle également quantité de faits avérés souvent ignorés du grand public, que ce soit les lois israéliennes, l'assassinat de personnalités sur le territoire français, etc. Le thriller met en scène à la fois les agissements du Shabak, le service de sécurité intérieure israélien, et les mœurs des universitaires qui ne sont pas différents quel que soit le pays ! La fiction, donc nourrie par un travail à la fois historique et sociologique, a le mérite de nous tenir en haleine tout au long des 384 pages de ce polar fondamentalement politique.

→ Shlomo Sand, La Mort du Khazar Rouge, traduction de Michel Bilis, Editions du Seuil, 21€

lundi 8 avril 2019

Etienne Mineur exhume l'univers de Moebius pour Magado


En mars 2006, j'évoquai Magado sur mon blog :
Direction artistique d'Étienne Mineur, illustrations de Moebius (Jean Giraud), secondés par Hervé Lalo, musique et design sonore de Jean-Jacques Birgé... Magado est un projet avorté du portail jeunesse de Gallimard et du Seuil réunis ! Il existe quelques traces de ce travail inabouti sur le site de Lalo qui travaillait chez Gyoza en l'an 2000. Les sons n'ont pas été intégrés, les magazines et les jeux déjà réalisés ne sont pas en ligne, mais j'ai été heureux de découvrir ces rares traces d'une histoire trop belle pour être vraie, trop gigantesque pour trouver son modèle économique... Je devais engager une douzaine de créateurs sonores et superviser l'ensemble. Le Seuil fut le premier à se dédire, les licenciements ont suivi, nombreux et douloureux. C'est dommage, le courant passait bien avec Moebius. Étienne et moi sommes repartis pour de nouvelles aventures.

Grâce aux archives d'Hervé Lalo et aux miennes, Étienne Mineur a mis en ligne hier dimanche un article avec les croquis inédits de Moebius. J'ai retrouvé mes sons et les comptes-rendus de réunion sur un ancien MacBook où tourne encore Tri-Catalog, une application qui m'avait permis d'indexer les centaines de CD-R où sont gravées mes archives. Pour des questions de poids et de débit mes boucles d'ambiances ne devaient pas dépasser 4 secondes ! La partition sonore était composée de nombreux effets vocaux, souvent travaillés avec un Eventide H3000, de sons de synthèse et de bruitages abstraits, mais aussi, selon les secteurs du site, de parties symphoniques dramatiques ou de musiques pop entraînantes, etc. Il était programmé que Magado devienne un univers immense qui se renouvelle sans cesse de manière à fidéliser ses abonnés. Étienne Mineur souligne que "chose remarquable dans cet ambitieux projet, nous avions dès le départ intégré le design sonore (qui malheureusement arrive souvent à la fin de ce genre de projet) en la personne de mon compère Jean-Jaques Birgé (avec qui j’avais précédemment travaillé sur les CD Rom Au Cirque avec Seurat et Carton)".
Étienne se souvient qu'en 1999 au cours d'une réunion chez l'éditeur on lui avait demandé quel type d’illustrateur il faudrait. En plaisantant, il avait répondu qu’il fallait une perle rare comme Hergé (qui, petit détail, est mort en 1983 !) ou Moebius... Pendant que la discussion continuait dans un flou artistique comme je les fuis régulièrement, j'ai discrètement appelé mon camarade Jean Rochard, producteur du label nato, pour qui Moebius avait dessiné des pochettes de disques. Imaginez la tête de tout le monde, quelques instants plus tard, lorsque je les ai interrompus pour annoncer que le célèbre illustrateur était d'accord pour nous rencontrer ! La semaine suivante nous étions chez lui avec Étienne. Nous avions les yeux ouverts comme des soucoupes... La suite fut une partie de plaisir jusqu'à ce que le projet explose en vol.
En plus de ses croquis initiaux et de ceux de Moebius, Étienne a donc mis en ligne le comptes-rendu d'une des réunions que je lui ai envoyé et, surtout, une animation de la très originale interface que nous avions imaginée avec Moebius. À l'époque c'était programmé sous Flash. Je continue d'espérer que d'autres dessins en couleurs seront un jour retrouvés...

Les grands projets inachevés ressortent un jour ou l'autre. Ainsi j'attends l'échéance de la clause de confidentialité de cinq ans pour évoquer l'étude du son du métro du Grand Paris, dite ligne 15, que j'ai réalisée entre 2014 et 2015 pour Ruedi Baur. Il ne restera probablement rien de ce travail colossal. Ceux qui font l'étude étant rarement habilités à l'exécuter, c'est l'opposé qui voit le jour quand on arrive à son aboutissement. J'avais imaginé l'intégralité de l'espace sonore depuis les parvis jusqu'aux rames en passant par les étages commerciaux, les couloirs et les quais, avec comme ligne directrice que les usagers devaient être heureux de prendre le métro chaque matin avant d'aller se faire exploiter toute la journée et impatients de le reprendre le soir pour rentrer chez eux, un sacré pari entraînant des propositions on ne peut plus originales ! Ruedi Baur avec qui j'ai eu l'immense plaisir de collaborer était sur la même longueur d'onde...

lundi 1 avril 2019

Le nouveau Blog d'Étienne Mineur


Le 4 août 2005 je mettais en ligne mon premier article de blog. Comme j'avais l'intention d'imaginer une œuvre artistique en m'appuyant sur ce nouveau mode d'expression, j'étais allé voir le graphiste Étienne Mineur qui publiait quotidiennement des choses passionnantes depuis le début de l'année. Mon ami m'aida à installer l'application DotClear que j'utilise toujours. Je fus instantanément happé par cette nouvelle addiction, le blog lui-même devenant au fil des années une de mes œuvres les plus importantes, totalisant plus de 4000 articles aujourd'hui !


De son côté, jusqu'en août 2012 Étienne Mineur s'appuya sur DotClear qu'il quitta après 1670 articles pour construire un nouveau blog d'Archives qu'il abandonna au bout d'un an. C'est donc avec surprise et ravissement que j'apprends qu'il remet le couvert avec une troisième mouture ! Cette fois le site d'Étienne rassemble son nouveau blog, un safari typographique à travers le monde où il photographie la signalétique urbaine sauvage (enseignes, graffitis, peinture murale, affiches, stickers…), un portfolio, des croquis et bientôt ses enthousiasmantes conférences filmées.


Lorsqu'on connaît l'entrain et la passion partagée généreusement de mon camarade on ne peut que se réjouir d'avoir à découvrir des merveilles dégottées par ce chercheur de trésors. Que ce soit pour sa fougue communicative et son insatiable appétit d'étonnements je me reconnais évidemment dans ce zébulon avec qui je commençai à travailler en 1995 sur le CD-Rom Au cirque avec Seurat chez Hyptique dont il était directeur artistique. Nous avons ensuite collaboré sur mon CD-Rom Carton, l'habillage télévisuel d'EuroPrix 98 à Vienne en Autriche, pour Gallimard avec Moebius le site Magado qui ne verra jamais le jour, La Maison Fantôme avec Sacha Gattino, la série Zéphyr des 5 Balloons et l'incroyable jeu World of Yo-Ho chez Volumique, les emballages des DVD de Françoise Romand, les pochettes et livrets de mes derniers disques (El Strøm et mon Centenaire), et pas mal d'autres projets...


Internet est devenue une encyclopédie vivante, une médiathèque tentaculaire, qu'il serait plus que regrettable, voire dangereux, de voir muselée, censurée, marchandisée par les gouvernements et leurs commanditaires sous les prétextes les plus fallacieux. Si les informations sont toujours à prendre avec des pincettes, cette règle vaut d'abord pour les organismes contrôlés par l'État et la presse traditionnelle qui ne s'est jamais privée de fake news et autres manipulations à des fins mercantiles ou politiques. Les blogueurs n'étant pour la plupart pas rémunérés pour leurs partages restent libres d'écrire ce qui leur chante...

vendredi 1 mars 2019

Chasseurs


Je me souviens de mon embarras il y a 16 ans lorsque Françoise m'avait raconté que son père était chasseur. En 1983, sur le disque Les bons contes font les bons amis d'Un Drame Musical Instantané, nous avions enregistré Ne pas être admiré, être cru qui était une pièce contre la chasse et Bernard Vitet en avait remis une couche avec Bonne Nouvelle en 1987. J'avais accompagné des chasseurs en Sologne pour en capter l'ambiance dans la forêt. Après avoir longtemps discuté avec mon ex-beau-père, qui est aussi pêcheur et cueilleur, ainsi que lu son livre Passion Chasse, ma critique était plus nuancée, même si la fréquentation des chasseurs ne m'est pas particulièrement agréable. Jean-Claude cachait d'ailleurs à ses camarades du Parti Communiste qu'il était chasseur et il évitait de parler du PCF à ses amis de la Fédération de Chasse. Je n'avais jamais rencontré personne qui connaissait aussi bien la nature. Comme j'apprécie toujours le gibier, la viande et le foie gras, il m'est difficile de rejeter les chasseurs, les éleveurs et les bouchers dont je paie les basses œuvres ! Contrairement aux végétariens et végans je n'ignore pas le cri de la carotte. Je pense sérieusement que les plantes communiquent entre elles et que nous ne connaissons rien de leur vie et de leur mort. J'avoue avoir même des doutes sur le fauteuil sur lequel je suis assis en train de taper ces lignes. Aucun mysticisme là-dedans, mais une interrogation fondamentale sur les atomes et leurs combinaisons, puisque rien ne se perd ni ne se crée.


En écoutant Chasseurs, l'œuvre radiophonique qu'Amandine Casadamont présentait mercredi soir au Musée de la Chasse et de la Nature en son spatialisé pour 20 haut-parleurs, j'étais rassuré d'entendre un autre son de cloche à la fin de la pièce après avoir été immergé pendant une heure dans une battue magnifiquement rendue. J'ai fondamentalement besoin de dialectique pour comprendre la moindre chose. Dans le cadre de la Saison France-Roumanie 2019 avec l'Institut français et l'Institut culturel roumain, elle a réalisé ce documentaire pour l’Atelier de Création Radiophonique et la nouvelle émission de France Culture, L’Expérience, enregistrant avec deux systèmes de prise de son, le premier, immersif, tenu par Bruno Mourlan, et un couple stéréo ou deux micros mono dont un canon qu'elle tenait au bout d'une perche pour avoir des sons de proximité. Elle a ensuite monté trois battues pour rendre cette impression étonnante d'y participer, du moins en auditeur libre ! Comme l'a souligné la sociologue Dana Diminescu à l'issue de l'avant première au Musée de la Chasse, Amandine a relevé les traces des chasseurs comme eux-mêmes le font avec les sangliers, les lynx ou les chacals. On suit ainsi les "respirations, marches à travers la neige et les feuilles, cris lancés dans l’écho des montagnes, coups de feu et feux de joie" dans cette Transylvanie, restée pays fantasmé dans l'obscurité de l'auditorium. En choisissant la voix enfantine d'India Hair pour traduire et accompagner les voix roumaines, Amandine indique le jeu puéril de cette ambiance virile. Parallèlement à ce que nous improvisons ensemble avec Harpon, les évocations radiophoniques d'Amandine Casadamont, que ce soit au Costa Rica avec les courriers de la drogue, à Fukushima en zone interdite, au Mexique sur le silence ou en Birmanie, abordent toujours des zones d'inconfort qui l'interrogent en nous entraînant avec elle.

Photos : Mirela Popa - Amandine Casadamont

Chasseurs, diffusion stéréophonique sur France Culture dimanche 3 mars 2019 à 23h
Le site de l'émission avec le podcast et plein de photos !
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