Jean-Jacques Birgé

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vendredi 24 mars 2017

Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma


La première chose qui surprend en arrivant au Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma est la jeunesse de ses participants et des spectateurs. Les métiers artistiques attirent de plus en plus de candidats à une vie rêvée où l'imagination peut s'épanouir en marge des circuits formatés de l'insertion professionnelle. Le cinéma et la musique sont des secteurs qui inspirent la liberté alors que leur coût souvent élevé risque d'enfermer ses protagonistes coincés entre les fourches caudines d'une demande qui laisse peu de place à l'offre. Combien de ces jeunes réalisateurs et réalisatrices ont le fantasme d'un long métrage et se retrouveront acteurs d'un secteur audiovisuel en expansion, mais axé sur le service, la communication d'entreprise, la publicité, ou travailleront, au mieux, pour l'un des magazines télé qui inondent les chaînes thématiques ? À quels interlocuteurs seront-ils confrontés ? Les décideurs, issus d'écoles de commerce, ont remplacé depuis longtemps les producteurs, cinéphiles qui ne prétendaient pas penser à la place du public ! Pourquoi tant de compositeurs et compositrices aimeraient écrire pour le cinéma alors que quelques heureux élus trustent la plupart des films à budget conséquent ? Heureusement la musique appliquée subit moins de pressions budgétaires que le cinéma et beaucoup exerceront leur art dans le cadre de commandes plus modestes, mais qui leur permettra de ne pas forcément renier leurs aspirations premières. L'audiovisuel demande de la musique pour soutenir ses images, homogénéiser ses montages, donner un supplément d'âme à ses productions. Hélas trop souvent les partitions sonores ne font que souligner au marqueur fluo les intentions des réalisateurs. Peu utilisent les ressources réelles du son dans un esprit de complémentarité où le hors-champ prend tout son sens. Les compositeurs français ont pourtant longtemps lutté contre la tradition américaine, très illustrative, à l'instar d'un Maurice Jaubert, modèle incontournable du compositeur de musique de film dans notre pays. La relève existe évidemment et des cinéastes comme Jacques Tati ou Jean-Luc Godard ont su expérimenter dans le passé d'astucieuses combinaisons entre l'image et le son.
Plusieurs remarques s'imposent. Un, la musique de film ne saurait être un genre. À chaque projet correspond un traitement particulier et seule l'audace permet de sortir des sentiers battus. Deux, il est plus facile de composer que de réaliser, car on reste musicien en sifflant sous sa douche tandis qu'en tant que cinéaste le plan n'est pas le territoire, un scénario n'est pas un film. J'ai rencontré tant de metteurs en scène malheureux lorsqu'ils ne tournaient pas, et non des moindres, alors que les musiciens sont souvent des gens heureux, même en période de disette. Trois, tout reste à inventer dans l'équation audiovisuelle, les accompagnements musicaux de la plupart des films se contentant d'accélérer le rythme cardiaque des spectateurs ou d'envelopper d'un sirop lénifiant les scènes sentimentales.


Un festival comme celui d'Aubagne, dont c'est la 18e édition, est d'autant plus indispensable qu'il met en relation artistes et producteurs, réalisateurs et compositeurs. Ainsi, par exemple, un producteur de courts métrages choisit parmi vingt-cinq scénarios ceux qui l'intéressent, rencontre leurs auteurs pendant une heure, puis une conversation à trois le retrouve avec un réalisateur face à quatre à six compositeurs qui, de leur côté, bénéficient souvent de deux rendez-vous. La plupart des prétendants sont liés à un CNSM et ont entre 27 et 35 ans. La compétition rassemble 73 courts métrages choisis parmi 2000 reçus, et 10 longs métrages. Quantité d'autres films sont projetés dans les salles d'Aubagne hors compétition. Il y a aussi un programme pour les collégiens et lycéens. Dépendant de la faculté de sciences de l'Université d'Aix-Marseille, le SATIS implanté à Aubagne forme aux métiers de l'image et du son, avec 140 étudiants par an répartis sur trois années de formation (3e année de Licence et Master), et un doctorat. Avec le concours de la Sacem, le Festival organise chaque année une master class de composition de dix jours. Cette fois le compositeur Jérôme Lemonnier s'adresse à neuf jeunes compositeurs qui réécrivent des partitions originales de cinq courts métrages existants : Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang-Vija (2015), Le voyage dans la lune de Georges Méliès (1902), Les allées sombres de Claire Doyon (2015), 5mn80 de Nicolas Deveaux (2013) et Tma, Svelto, Tma de Jan Svankmajer (1989). Trois ciné-concerts sont d'ailleurs organisés avec le SATIS, l'EEAMS (European Education Alliance for Music and Sound in Media) et les écoles d'Edimburgh, Babelsberg, Utrecht... Comme tout ce monde aime la fête, des concerts complètent le panorama, dont une soirée Chinese Man Records avec Phono Mondial, Alo Wala et DJ Craze, à laquelle je ne manquerai pas de me rendre !

vendredi 10 mars 2017

Étranges étrangers


Mes 150 cartes postales de mardi dernier m'ont toutes été retournées. Elles donnaient un effet nostalgique au poème de Jacques Prévert. Comme Isabelle suggérait que la lecture du texte soit véhémente, Sonia a eu l'idée de la société de contrôle. Pour contrebalancer le montage assez découpé, j'ai composé un drone bien épais en bloquant une touche de chacun des cinq synthétiseurs, le VFX, le V-Synth, le Wave, le Roland et un échantillon sur Kontakt. Malgré un petit jeu sur les potentiomètres de la table de mixage, aucun de mes mouvements ne semble perceptible. Le plus difficile fut de haranguer la foule pour interpréter cet Étranges étrangers. Comme je m'étranglais, Olivia qui passait par là me conseilla une petite giclée de Ventoline pour que j'arrive à finir mes phrases ! Elle était surprise du contenu politique du poème de Prévert. Peu de gens savent à quel point il s'engagea toute sa vie et comment cela transparaît dans son travail. L'idée, comme toute la série, est de montrer à quel point il n'a pas pris une ride. Là, c'est même d'une actualité brûlante. J'ai l'impression que les premières prises de voix m'étaient dictées par De Gaulle ou Malraux, avant que je rectifie le tir, apportant mes propres nuances dans les passages sensibles. La réverbération donne l'effet du meeting. Pendant les respirations j'ai ajouté quelques effets musicaux délicats, mais qui se sentiront lorsque Sonia aura calé ses plans d'archives. Ce ne sont que des sons électroniques inspirés par les oiseaux du bled, le défilé du 14 juillet ou les bombes incendiaires dans les rizières. Dans le colis envoyé par WeTransfer j'ai glissé deux ambiances de foule et un pseudo son de drone pour sonoriser la caméra de surveillance qui nous survole. On verra bien si on le garde ou pas, mais à la fin de la séance j'étais exténué, quasi aphone, et plutôt content du résultat...

mardi 7 mars 2017

Gymnastique cinématographique


Avec Isabelle, Mika et Sonia, nous travaillons depuis des mois sur un projet de web-série dont Jacques Prévert est le sujet. Le poète faisant partie de ces touche-à-tout de génie comme Cocteau ou Lynch, notre fantaisie peut s'épanouir en toute liberté. Mika fait des animations graphiques, Sonia trouve des images incroyables qu'elle synchronise avec la voix des acteurs dont elle fait également partie, Isabelle pioche dans le fonds Prévert et interroge la petite fille de celui qui, non content de composer des vers impertinents, fit des collages, écrivit des dialogues pour le cinéma, s'engagea politiquement pour dénoncer l'absurdité du monde, etc. Nous imaginons tous ensemble les scénarios de nos petits courts métrages, ma spécialité musicale et sonore agissant en contrepoint. En janvier nous avions livré nos vœux avec L'amour à la robote en avant-goût de la série Prévert Exquis.
Comme j'avais suggéré de filmer des cartes postales pour accompagner le poème Étranges étrangers, j'ai passé hier après-midi à quatre pattes dans le studio à en installer tout autour de moi pour réaliser ensuite une sorte de banc-titre panoramique circulaire à main levée. C'est juste un test, mais cela m'a pris du temps de disposer les centaines de cartes en couronne, le plus souvent côté face, mais laissant parfois apparaître quelques mots manuscrits et les timbres faisant foi. J'attends le retour de mes camarades avant de casser cette mise en scène, qu'on la filme plus correctement ou qu'on la jette à la poubelle, espérant que Django et Oulala ne s'amuseront pas à faire de la luge sur le papier glacé.

lundi 16 janvier 2017

Prévert Exquis


En guise de vœux pour 2017 nous avons choisi de vous offrir un avant-goût d'un travail en cours, soit une web-série de très courts métrages autour de l'œuvre protéiforme de Jacques Prévert. L'avertissement qui le précède est justifié par sa mise en ligne sur des réseaux sociaux où le son n'est pas automatiquement implémenté. Chacun d'entre nous s'est approprié ce Prévert Exquis, que ce soit Fatras (succession Jacques Prévert) et les productrices de Narrative ou l'équipe de réalisation composée d'Isabelle Fougère, Sonia Cruchon, Mikaël Cixous, Jérôme Pidoux et moi-même. J'en ai évidemment aussi composé la musique. En attente de décisions de certains des coproducteurs, nous avons décidé de passer à l'action en réalisant plusieurs épisodes où nous nous emparons des poèmes, collages, films, archives de Jacques Prévert avec une liberté de création qui a toujours fait ses preuves.


L'amour à la robote livre une vision prémonitoire du glissement progressif des machines vers l'intelligence artificielle et ses risques (dé)programmés, à la manière du Portrait n°1 de Luc Courchesne ou du film Her de Spike Jonze.

jeudi 29 décembre 2016

Le nouveau Michel Houellebecq est un Cahier de l'Herne


À nos premiers contacts, de visu, mais surtout au téléphone, ce qui m'avait le plus marqué chez Michel Houellebecq était ses silences. Moi qui suis d'un naturel exubérant, je devais faire preuve d'une patience inimaginable, car il pouvait se passer trente secondes entre deux mots. Il a depuis notablement resserré les espaces ! Sauf pour nos échanges où peuvent défiler quelques années sans nouvelle. Mais chaque fois qu'il appelle, il se comporte comme si nous nous étions quittés la veille. La première fois, en 1996, Radio France avait enregistré notre live au Théâtre du Rond-Point. Agathe Novak-Lechevalier, qui a mené un remarquable travail de titan en réalisant le Cahier de l'Herne qui sort le 4 janvier, évoque cette soirée au travers de mon témoignage, de ceux d'André Velter qui l'avait organisée, d'un spectateur dans la salle, Michka Assayas, et d'un auditeur lors de la retransmission sur France Culture, Aurélien Bellanger. Je n'ai publié qu'en 2007 le second CD datant de quelques mois plus tard et remis ensemble méticuleusement sur le métier. Dans le texte manuscrit reproduit dans le livret d'Établissement d'un ciel d'alternance, Michel écrit : « J’ai donné pas mal de lectures de poésie réussies ; c’est peut-être même ce que j’ai le mieux réussi dans ma vie, les lectures de poésie. J’ai commencé comme ça, je finirai comme ça, probablement. Mes collaborations avec les musiciens ont par contre été souvent ratées. Ceux qui étaient là lors de ce concert auront donc assisté à quelque chose d’assez rare dans ma vie : une collaboration avec un musicien, réussie.»
En lisant les 384 pages du Cahier de l'Herne qui peut être considéré comme un nouveau Houellebecq tant il recèle de pépites, inédits ou parutions confidentielles, entretiens ou réflexions passionnants, je me suis dit que j'aurais probablement écrit autre chose si j'avais su qu'autant de témoins rapporteraient qui est véritablement Michel Houellebecq et ce qu'ils en lisent à travers son œuvre. Aurais-je osé Miches, elles, où est le bec ? en réponse à ses confessions sexuelles qui choquaient à tout le moins mon féminisme ? J'avais préféré arrêter la scène après qu'il ait été incapable d'articuler un mot de ses poèmes au Glaz'Art en 1998 après avoir vidé la moitié d'une bouteille de whisky pour vaincre le trac, mais nous avions adoré jouer ensemble à la Fondation Cartier ou aux Instants Chavirés. Ci-dessous le selfie où Michel disait aimer les feuilles tel que je le relate dans mon texte de l'Herne...


Je l'avais interviewé pour Les Allumés du Jazz. À la question « comment choisis-tu le titre de tes œuvres » il avait d'abord répondu que Dieu lui faisait un signe, et puis se rendant compte à qui il s'adressait, il avait éclaté de rire en me demandant de ne surtout pas retranscrire cette blague. « C'est une des seules questions dont je connais la réponse. C'est même une des seules questions importantes. J'ai écrit quatre romans et chaque fois, ça s'est produit de la même manière sans que je le fasse exprès, alors ça vaut le coup que je réponde. Je commence toujours sans avoir de titre. À peu près au tiers du roman, respectivement le tiers du temps que ça me prend, j'ai une sorte de crise où je n'y arrive plus. Quelque chose me vient en aide : j'écris un passage très bon, franchement très bon, qui contient le titre. Ça s'est produit avec Extension du domaine de la lutte et La possibilité d'une île. Et là, je suis très content, parce que je sens que je finirai le livre. Le titre est défini à ce moment. Ça s'est passé avec les deux autres aussi, mais c'est moins spectaculaire : Plateforme et Les particules élémentaires ne sont pas des titres composés.»
Passent encore une dizaine d'années avant qu'il me demande de découper les deux disques en morceaux correspondant aux poèmes pour remplir le juke box de son exposition au Palais de Tokyo. Notre collaboration occupait les 2/3 des slots de la machine aux côtés de Jean-Louis Aubert et Iggy Pop qui sont d'ailleurs présents dans le Cahier de l'Herne.
L'ouvrage est un trésor pour quiconque apprécie ses livres ou souhaite savoir qui est cet homme aussi aimé que détesté. Son humour et sa perspicacité s'étalent à longueur de pages. Les portraits croisés avec Maurice G. Dantec ou Bret Easton Ellis, les entretiens avec Agathe Novak Lechevalier ou Jean de Loisy, les témoignages de ses camarades de jeunesse, ceux de Bernard Maris ou Yasmina Reza, de Guillaume Nicloux ou Emmanuel Carrère, et de plus de soixante autres personnalités, alternent avec des textes rares ou inédits de l'auteur, y compris une étonnante pièce de théâtre écrite avec un camarade des premières heures, Pierre-Henri Don. L'ensemble est d'une richesse fabuleuse.

→ Michel Houellebecq, Cahier de L'herne, Editions de l'Herne, 39€, parution le 4 janvier 2017

lundi 26 décembre 2016

Maudite mise à jour


Je savais que je prenais un risque. Une semaine calme en perspective. Comme certaines applications requièrent un système d'exploitation plus récent que celui que j'utilisais sur mon Mac portable, je décidai de passer directement du système 10.8.6 dit Mountain Lion au plus récent 10.12 dit Sierra. Pourquoi faut-il que ces migrations se passent toujours mal ? J'aurais préféré parler d'autre chose, mais je suis en panne. L'installation depuis l'AppleStore coince avant d'arriver au bout. J'ai beau tenter tout ce que je trouve sur le Net, rien n'y fait. J'ai réinitialisé la NVRAM (ex pram), le SMC (contrôleur de gestion du système), essayé le démarrage sans échec (Maj appuyée) et le Recovery Mode (Cmd+R), ça bloque. En plus, ça ne dit pas que ça bloque, alors on attend des plombes avant d'en être certain. Je ne sais plus quoi faire. J'ai bien fait une copie de sécurité sur Time Machine, mais d'une part cela ne m'arrange pas, d'autre part j'ignore comment m'en servir. Il y a probablement d'autres manipulations à tenter avant de tout envoyer par la fenêtre ? Heureusement j'ai ma vieille tour pour raconter mes malheurs et mon iPad pour chercher la solution. Ne me dites pas que je ferais mieux de travailler sur PC ou d'autres idioties du genre, mais je suis preneur d'astucieuses suggestions. En plus j'ai ma mère qui fait pareil depuis hier. Elle bugue. C'est inquiétant. Vieux système, elle perd la boule. Pour ce soir, je jette l'éponge, il est tard, je vais me coucher. On verra demain.

jeudi 8 décembre 2016

Livres animés, entre papier et écran


J'imagine que les Éditions Pyramyd m'envoient Livres animés de Gaëlle Pelachaud pour y figurer plus ou moins explicitement dans la partie contemporaine, et plus particulièrement pour mes travaux numériques, à commencer par le cédérom Alphabet adapté de Květa Pacovská avec Frédéric Durieu et Murielle Lefèvre. Mais l'auteur ne semble pas avoir consulté l'objet pour autant, évoquant des manipulations très simples (le jeune public peut modifier les couleurs la position des personnages, les mouvements, etc.), alors que l'objet, salué pour son interactivité par une quinzaine de prix internationaux, est d'une complexité ludique encore aujourd'hui inégalée, mais doté d'une prise en main incroyablement intuitive.
Gaëlle Pelachaud rappelle l'histoire de ces livres magiques dont on actionnait des bouts, pour découvrir les mouvements célestes, connaître les horaires des marées ou l'anatomie d'un être humain, et, plus tard, créer quantité d'objets à l'intention des enfants, qu'ils soient encyclopédiques ou facteurs d'illusions d'optique. Le marché des livres pour la jeunesse s'est emparé de ce filon depuis quelques années, et l'offre est devenue pléthorique. Je me souviens avoir commencé par acheter La maison hantée, pop-up de Jan Pieńkowski, suivi d'une série animalière chez Albin-Michel, et les simulations de mouvements de Frank J. Moore à base de trames. Les pop-ups de David A. Carter ont relancé la mode, avec ensuite de beaux succès comme celui de l'alphabet de Marion Bataille. Après un petit historique des formes variées du livre animé, Gaëlle Pelachaud livre leurs secrets de fabrication à la portée de chacun pour s'en construire soi-même.
Les entretiens avec différents auteurs ne sont par contre pas à la hauteur, très anecdotiques et peut-être pas les plus inventifs en ce qui concerne l'interactivité. La richesse incroyablement innovante des Éditions Volumiques est seulement esquissée avec The Night of The Living Dead d'Étienne Mineur et La Maison Fantôme dont j'ai composé la musique et le design sonore avec Sacha Gattino. Un très sympathique paragraphe évoque Boum ! de Mikaël Cixous dont j'ai également conçu et réalisé la partition sonore, mais aucun des enjeux critiques que ces nouvelles technologies soulèvent n'est hélas abordé. Les exemples détaillés choisis sont souvent très plan-plan, alors qu'il existe des applications bouleversantes absentes de ces 232 pages.
Cela n'empêche pas ce recueil d'être agréable à feuilleter, toutes ces expériences, qu'elles soient en papier ou sur écran, étant factrices de rêve, et pouvant probablement susciter de nouvelles vocations.

→ Gaëlle Pelachaud, Livres animés, Ed. Pyramyd, 28,03€

vendredi 25 novembre 2016

Marc-Antoine Mathieu fait Sens en montrant la voie


Je ne vais pas être long parce que je dois y retourner dare-dare. Coincé pour la seconde fois à la fin du chapitre deux du labyrinthe qui en compte trois, mon iPad commence à me sortir par les trous de nez. Marc-Antoine Mathieu a adapté sa dernière bande dessinée, un roman graphique sans paroles, pour en faire une application interactive sur tablettes iOS ou Android. Qui plus est, S.E.N.S. VR peut être jouée en 3D avec les casques de réalité virtuelle Samsung Gear VR et Oculus Rift, ainsi que sur les casques type Cardboard sur iOS et Android, mais impossible pour moi de tester le relief en l'absence de ces matériels ! Je me contente de tourner, tourner sur mon fauteuil de bureau pour jouir des 360° du vertigineux décor jusqu'à faire apparaître le petit rond qui m'indique la marche à suivre, en accord avec le personnage énigmatique de cette œuvre philosophique dont le sens titille surtout l'émotion : un personnage est à la recherche de la bonne page pour terminer l’histoire tandis que nous devons assumer les conséquences de la disparition du point de fuite...


Fan des bandes dessinées de Marc-Antoine Mathieu depuis le début, j'avais été scotché par 3". Sa version papier, S.E.N.S., qui ne portait qu'une flèche pour tout titre, m'avait malgré tout laissé sur ma faim. Son adaptation produite par Arte et réalisée par les game-designers Charles Ayats et Armand Lemarchand de RedCorner me met la tête à l'envers. Le son donne astucieusement de précieuses indications. Dans cet univers qui se plie et se déplie, nous glissons dans les fentes, tombons de haut ou nous accrochons au papier virtuel de l'écran. Le premier tableau est gratuit, histoire de harponner l'utilisateur. Les deux suivants sont accessibles moyennant la somme modeste de 2,99€. Avec ses lignes épurées noir et blanc et ses ombres portées, S.E.N.S VR marquera certainement l'histoire des œuvres interactives !

P.S.: bonne nouvelle, j'ai terminé, je peux passer à autre chose, mais mon ombre, qu'indique-t-elle ?

vendredi 11 novembre 2016

Soulèvements, l'exposition nécessaire


En publiant hier mon article Envol, je ne pensais pas que j'irais le lendemain à l'exposition Soulèvements au Jeu de Paume. Dès la première salle il s'agit de s'envoyer en l'air en refusant l'état des choses, de léviter pour éviter la banalité, de se placer en état d'apesanteur pour supporter les lourdeurs que nos systèmes sociaux nous imposent. L'historien et philosophe Georges Didi-Huberman a imaginé un parcours thématique des plus salutaires en ces nouvelles années de plomb, parmi les plus violentes et sournoises que l'humanité a élaborées. Nous passons ainsi d'Éléments (déchaînés) à Par désirs (indestructibles) en traversant Par gestes (intenses), Par mots (exclamés) et Par conflits (embrasés), autant de stations incitant à la vigilance et la révolte, qu'elle soit artistique ou politique. Les textes de Didi-Huberman sont toujours aussi brillants, analytiques et poétiques, ses choix explicites et l'incitation claire, salvatrice, vitale.
Malgré l'accrochage intelligent et dynamique, je ne peux m'empêcher de penser que le catalogue me plairait plus que l'exposition. Quitte à lire les concepts où chaque mot est pesé, balancé, envoyé, n'est-il pas plus agréable de les lire allongé sur un divan qu'imprimés sur une cimaise ? Les très nombreuses photographies n'y perdraient pas grand chose. L'accrochage seul des œuvres plastiques est irremplaçable, et éventuellement certaines archives originales dont la présentation tient essentiellement d'une mystique de la représentation. Les vidéos, comme dans la plupart des expos, sont plutôt décevantes, leur mérite principal étant d'offrir à s'asseoir pour se reposer de tout ce que l'on a vu en piétinant dans les allées des musées. On me rétorquera que les visiteurs de Soulèvements n'auraient probablement pas lu ce qui est donné à voir et à entendre là et l'on aura raison. Mais cet indispensable rassemblement d'œuvres et d'objets rappelant l'urgence et la nécessité de se soulever tient surtout à la pensée qui l'anime.


Il y a là de quoi se souvenir et s'émouvoir. Il y a là de quoi réfléchir et partager. Il y a là de quoi se lever et s'envoler. Il y a là de quoi se révolter et s'engager. Didi-Huberman fait un tour du monde des mouvements qui, depuis la Commune de Paris en 1871, ont fait bouger les lignes. Il évoque le meilleur et le pire, l'insurrection et la répression, le courage et l'absurdité, la puissance du nombre et la responsabilité de chacun... Dressant un pont entre esthétique et politique, il touche à ce que nous avons de plus précieux, quand les mots nous manquent ou lorsque nous les retrouvons.
Le site Internet qui lui est consacré livre quantité de pistes et reproduit maints exemples de ce que l'on peut y voir : le parcours au travers de quelques œuvres et une recherche cartographique astucieuse, des ressources sociales en amont et en aval de l'expo, les résistances numériques relevées par Marie Lechner, etc.

Soulèvements, Jeu de Paume, jusqu'au 15 janvier 2017, entrée 7,50 et 10€

mercredi 2 novembre 2016

Portraits sans fin de Nicolas Clauss au CentQuatre



Comment faut-il entendre le "sans fin" des Endless Portraits de Nicolas Clauss ? Si les boucles vidéographiques de quelques secondes glissent sans cesse selon une programmation générative produisant le même effet que n'importe quel tableau, à savoir qu'elles n'ont ni début ni fin, elles ne répondent non plus à aucune attente, que ce soit de la part de l'artiste ou de celle des visiteurs. Ils et elles sont pourtant là. Face à nous. Ils ou elles nous regardent. Sans ciller. Contrairement à nous. Ce ne sont pas des photos puisque ça bouge. Ce ne sont pas non plus des films, le temps semblant figé. Les 16 élus sont condamnés à revivre éternellement le court instant de pose malgré de légers glissements spatio-temporels qui paradoxalement ne se répètent jamais. La faille entre eux et nous serait-elle un avatar de L'invention de Morel ?


Comme pour tout portrait le décor tient sa place dans le cadre. Dans le fond, d'autres personnages entrent et sortent du champ. Des évènements se produisent derrière le modèle sans qu'il s'en aperçoive. Ils vont et viennent, avancent et reculent, selon un tendre bégaiement qui interroge l'univers social où évolue le "héros". Les portraits rejouant à l'infini la comédie de l'existence deviennent des miroirs dans lesquels nous nous projetons. C'est dans l'étude des petits riens que se dévoile l'univers.


Nicolas Clauss y est allé au flan, harponnant un badaud, fouinant pour trouver le contact d'un artiste qui fait sens pour lui. Il a commencé par Wayne à New York, Eva en Sicile, un mannequin ou une mère et son fils à Pékin, un astrologue à Bangalore, une fille à Hanoï, un enfant à Aix, et puis d'autres, moins anonymes, comme Philippe Katerine, Maguy Marin ou Denis Lavant... Ils et elles se sont tous prêtés au jeu. Avec ses portraits de jeunes des cités dans Terres arbitraires Clauss avait réussi à déjouer les idées reçues en faisant craquer le vernis pour montrer la tendresse de ces garçons. Pour Agora(s) il s'était intéressé au mouvement des foules en arpentant la planète. Avec Endless Portraits, il poursuit son objectif en rendant une fois de plus complices ceux qu'il filme image par image avec sa petite caméra en quête de qui nous sommes. Être ou ne pas être ? n'est pas une tarte à la crème. À l'époque où menace la sixième extinction, la question n'a jamais été aussi cruciale. Les réponses se lisent les yeux dans les yeux.

→ Nicolas Clauss, Endless Portraits, 2014-2016, Vidéographies aléatoires, 16 portraits en mouvement exposés sur écrans dans la Galerie Éphémère et la Nef du CentQuatre-Paris, du 3 novembre 2016 au 26 mars 2017, en accès libre

lundi 31 octobre 2016

Éric Vernhes, spectres et prédictions


Faites-moi confiance. Allez-y ! C'est épatant. À deux pas de la rue de Bretagne, entre Arts et Métiers et République, Éric Vernhes a installé ses nouvelles pièces dont Intérieur est le morceau de résistance. Résistance est justement le titre de celle qui nous accueille à l'entrée de la Galerie Charlot. Une horloge rythme le temps du manque. Des sentences viennent se briser contre le cadre avec un bruit de verre brisé. Mais c'est un autre balancier qui attire mon œil. Il fait partie d'Intérieur, une installation sonore et visuelle composée d'un piano mécanique, d'un petit écran, d'une projection vidéo et de ce fichu balancier. Le temps s'écoule, le piano joue tout seul, des images extraites de films anciens défilent, une partition graphique se projette au-dessus du Yamaha midi. Comme dans toutes ses œuvres, l'aléatoire ravive sans cesse l'intérêt du spectateur. Car chez lui on n'est jamais visiteur. On reste, captivé, captif de ces machines infernales dont la complexité nous échappe, cachée sous l'élégance des formes. Le rond du poids rouge permute soudain avec les inscriptions hiéroglyphiques. Mais le piano joue toujours ses partitions contemporaines uniques qu'aurait adoré Conlon Nancarrow. Éric Vernhes a tout programmé lui-même sur le logiciel Max, mais il a aussi soudé le métal, poncé le bois, découpé le verre, converti les films super 8 trouvés aux Puces. Parce qu'en plus de fonctionner impeccablement, c'est beau et ça raconte des histoires, des tas d'histoires, une ouverture sur le rêve et un révélateur de l'inconscient. Qu'attendre de plus de l'art ?


Il y a trois ans Éric Vernhes exposait ses machines anthropoïdes. Deux ans plus tôt, la Galerie Charlot avait inauguré la première exposition de ce sculpteur audiovisuel dont les œuvres figurent toujours mes préférées parmi ceux qui utilisent les nouvelles technologies pour mettre en scène leur art. Sur le mur d'en face sont posées Figures 1, 2 et 3, Saison 1, des ikebanas (l'art japonais de faire des bouquets de fleurs séchées), un assemblage d'aluminium, maillechort, papier enduit et de l'électronique pour faire marcher tout cela, pour qu'en sortent des images et des sons, miniatures délicates de nus qui s'animent devant nos yeux ébahis. Une dialectique entre la mort et le vivant est partout suggérée. La pluie, le vent, des voix chuchotées accompagnent les scènes bibliques ou mythologiques qui tournent, tournent longtemps après leur mort. Mais nous sommes bien vivants, et nous descendons au sous-sol admirer La Vague, encore un balancier ! Les mouvements de la petite fille sont synchronisés avec le va-et-vient de l'horloge. Lunaire, elle joue à attirer et repousser les vagues. On entend tout. Le sac et le ressac. Comment mieux illustrer l'astuce de Jean Cocteau : "Quand ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs." ? Les enfants ont ce terrible pouvoir de nous faire percevoir le temps qui file.


Face à elle, Gerridae permet au spectateur d'interagir en posant la main à plat sur son cadre. Les «insectes» électroniques de cette mare virtuelle se transforment en phrases selon la structure du Yi King déjà utilisée par John Cage, 64 hexagrammes, autant d'ouvertures vers l'interprétation de chacun, chacune. Le générateur de texte mis au point par Jean-Pierre Balpe et Samuel Szoniecky produit des propositions poétiques aléatoires dignes de quelque Pythie moderne.


Et vous manqueriez cela ? Ce n'est pas sérieux ! Ne laissez pas traîner ces œuvres pour que vos enfants s'en emparent sans que vous n'y voyez rien... Au premier abord elles sont si ludiques. Mais très vite, en vous y penchant, vous verrez apparaître le spectre de vos ancêtres ou les prédictions de l'avenir ! L'inconscient a tout enregistré. Libre à nous de le libérer ou pas de son cabinet noir !

→ Éric Vernhes, Intérieur, exposition à la Galerie Charlot, 47 rue Charlot 75003 Paris, jusqu'au 3 décembre 2016

lundi 4 juillet 2016

Léo cœur d'indien


Lorsque j'ai terminé Léo cœur d'indien le bain était froid. Embarqué par ma lecture de ce roman jeunesse j'ai replongé dans mes 9-12 ans. Sa chaleur avait dissipé la température de l'eau. Je ne m'en suis aperçu qu'à la dernière page.
Anne-Gaëlle Balpe a quitté l'enseignement il y a quelques années pour se consacrer à la littérature pour enfants. Elle a une bonne quarantaine d'ouvrages à son actif et passe le reste de son temps à aller au devant de ses lecteurs et animer des ateliers d'écriture. Léo cœur de lion peut se lire à tout âge, comme toute œuvre initiatique. De Tom Sawyer à La nuit du chasseur, d'Alice aux Pays des Merveilles aux Contrebandiers de Moonfleet, il existe quantité de livres et de films qui nous font grandir parce qu'ils soulèvent de multiples questions. L'école primaire casse la créativité des enfants en imposant les réponses sans laisser aux interrogations le temps de se formuler. La suite est un long travail de formatage des esprits et des corps pour rentrer dans le moule social.
Anne-Gaëlle Balpe jongle avec les mots comme avec les émotions. Au fil des pages elle place des repères comme autant de panneaux indicateurs aux carrefours de la pensée. Libre à chacune et chacun de les emprunter ou pas. Des mots, des phrases, des paragraphes deviennent des portes vers un ailleurs susceptible de propulser ses lecteurs vers l'avenir. Pour grandir, l'espace doit se conjuguer avec le temps. Perdu dans la ville, Léo prend ses marques en donnant des noms aux odeurs. Il avance en jouant à saute-moutons avec les mots qui sonnent à ses oreilles. Son aventure pourrait être effrayante, mais la tendresse l'enrobe d'un voile merveilleux qui lui permettra de retrouver sa maman en laissant flotter derrière lui le parfum de l'inconnu. L'auteur évite pourtant la quadrature du cercle qui dessinerait une happy end simpliste. Pour permettre à chacun de trouver son chemin, les énigmes doivent offrir plusieurs réponses. C'est à leur nombre que l'on reconnaît souvent la qualité d'une œuvre.

→ Anne-Gaëlle Balpe, Léo cœur d'indien, illustration d'Iris de Moüy, Neuf de L'école des loisirs, 9,50€

mercredi 27 avril 2016

Martha Gellhorn, La guerre de face


J'ai enfin terminé le livre de Martha Gellhorn à raison d'un ou deux chapitres par bain. Risquant parfois de m'y endormir j'évite de prendre ma liseuse qui craint l'eau plus qu'un bouquin que l'on peut toujours faire sécher ; ainsi ai-je choisi La guerre de face qu'Anny m'avait offert pour Noël. Et jamais je n'ai piqué du nez !
Chaque chapitre pourrait être le synopsis d'un long métrage, mais ce recueil d'articles publiés de 1936 à 1992 est avant tout remarquablement écrit, une leçon pour tout journaliste qui se respecte, mais refuse le formatage imposé en général par la rédaction. De la Guerre d'Espagne à celle du Panama en 1990, Martha Gellhorn arpente la planète partout où les hommes s'entretuent et où les populations en font les frais. La correspondante de guerre saisit l'essence-même de chaque conflit au travers de sa propre expérience, aventure qu'elle partage en s'engageant corps et âme. Le récit de ce qu'elle découvre réfléchit les enjeux des belligérants. Si elle est extrêmement critique avec la politique impérialiste de son pays au Vietnam ou en Amérique du Sud, elle s'enthousiasme aveuglément pour Israël, comme nombreux intellectuels américains d'origine juive. Mais à part ce chapitre où ses critiques sont justes mais unilatérales, elle choisit son camp parmi les opprimés et les agressés. Car si Martha Gellhorn raconte la guerre, elle la déteste au plus haut point.
Elle a commencé sa carrière à Madrid en 1937 aux côtés d'Ernest Hemingway dont elle est la troisième épouse de 1940 à 1945. Parmi ses nombreuses publications, La guerre de face raconte aussi la Finlande attaquée par les Russes de 1937 à 1939, le Front de Canton entre Chinois et Japonais en 1941, la Seconde Guerre Mondiale depuis la Grande-Bretagne, à travers l'Italie, la Hollande, la Belgique, le Débarquement et Dachau, témoignage bouleversant qui s'attache aux hommes plutôt qu'aux faits d'armes, et puis Java, le Vietnam, la Guerre des Six Jours et l'Amérique Centrale. Gellhorn divorcera pour préserver son indépendance, car Hemingway est un macho qui supporte mal que sa femme soit autre part qu'au foyer !
Elle s'enorgueillira d'en avoir créé dix neuf en quarante ans, la globe-trotter refusant d'être une note en bas de page du célèbre écrivain. Femme libre dans sa vie professionnelle, elle entendait le rester dans sa vie privée. Il nous reste un style superbe, un agencement structurel chaque fois renouvelé en fonction du sujet et un témoignage exceptionnel sur la folie des hommes.

→ Martha Gellhorn, La guerre de face, 500 pages, Ed. Les Belles Lettres / Mémoires de guerre, 23€

jeudi 21 avril 2016

L'oracle DigDeep à La gaîté Lyrique pour Dizaïn


La semaine dernière, Sonia Cruchon présentait à la 27e séance de dizaïn, organisée à la Gaîté Lyrique par les Designers Interactifs, l'oracle qu'elle a imaginé pour iPad. Il suffit de penser une question qui nous préoccupe sérieusement, de l'enregistrer vocalement ou de l'écrire sur la tablette, pour que DigDeep nous susurre une suggestion. Les réponses apparaissent sous la forme d'un extrait cinématographique muet très court, issu des Archives Prelinger. Il ne s'agit nullement de divination, mais d'un système proposant un autre angle d'analyse, sollicitant l'interprétation quasi jungienne de celle ou celui qui y a recours. Toute proportion gardée, on se rapproche du Yi-King ou des Oblique Strategies. Les films muets étant bouclés, les réponses à nos interrogations sont souvent à chercher dans les détails que la répétition fait remonter au premier plan, comme nous l'avions constaté avec Antoine Schmitt pour Machiavel. L'application DigDeep, totalement gratuite, offre divers services comme l'archivage des tirages, l'envoi par mail, etc.


Les archives sont devenues pléthoriques. Dès que nous participons à un évènement public nous en accumulons les traces, graphiques (photo- ou vidéo-), sonores, écrites, etc. Les modes de recherche, qu'ils soient personnels ou publics, permettent de les retrouver alors même que certaines semblaient avoir disparu depuis des lustres. Cette force devient une faiblesse, dès lors que le système s'enraye. Le grand incendie nous menace. Un crash peut tout faire disparaître si l'on n'effectue pas des sauvegardes de sécurité. Leur multiplication, parfois au détriment de la légalité anti-piratage, devrait permettre de l'éviter. Du moins tant que l'on a accès au Web et que l'électricité fonctionne ! Ici nous est par exemple proposé le récit de la soirée en tweets et en images réalisé par Gayané Adourian pour l'Agence Ondine, le replay en vidéo de toute la soirée sur le site de la Gaîté Lyrique, les photos des invités prises par Arthur Enard... De notre côté nous avons extrait la présentation de DigDeep réalisée avec Sonia Cruchon, treize minutes en compagnie de Geoffrey Dorne qui jouait le meneur de jeu, Marina Wainer qui organisait l'évènement et toute l'équipe de dizaïn. Ce genre d'initiatives est formidable, offrant de présenter les idées et objets que génère l'avancée des nouvelles technologies...

jeudi 31 mars 2016

L'écran d'épingles de Michèle Lemieux


En 1972 le cinéaste Norman McLaren eut du nez de faire acheter par l’ONF (Office National du Film du Canada) l'écran d'épingles inventé en France par le couple Alexandre Alexeïeff et Claire Parker en 1930. Jacques Drouin passa récemment le flambeau à la Québécoise Michèle Lemieux, seule réalisatrice d'animation au monde à s'en servir actuellement. Le système fonctionne comme le gadget où il faut enfoncer des épingles pour créer un relief, sauf qu'ici les 240 000 épingles enserrées dans autant de fins cylindres sont de face et c'est leur ombre projetée qui crée le dessin. Pendant le tournage il est impossible de revenir en arrière si l'animatrice se trompe. Elle ne peut qu'être créative pour réparer ses erreurs en allant de l'avant, tout story-board étant impossible à suivre scrupuleusement. Comme dans toute improvisation ce travail long et solitaire où il faut être ambidextre exige de l'imagination, une maîtrise exceptionnelle et un doigté hors pair. Si l'illustratrice de livres renommée a été séduite par ce medium aux possibilités esthétiques extraordinaires, elle a su créer un monde que lui inspirent nos rêveries sur le nôtre et les interrogations métaphysiques qu'il génère, en particulier via la lecture d'Hubert Reeves.


Par une utilisation décalée et humoristique des bruitages, le recours à la valse, certains objets vivants rappelant le Codex de Serafini, les références à l'absurde, son dernier film, Le grand ailleurs et le petit ici, réalisé de 2010 à 2012, s'insère fidèlement dans l'histoire du film d'animation. Il n'en est pas moins original, le support poussant Michèle Lemieux à des extravagances d'une beauté rare.


Du 15 avril au 2 septembre 2016 le Centre Culturel Canadien expose à Paris le travail de Michèle Lemieux, Le tout et la partie, du dessin au film d'animation. J'imagine que l'écran d'épingles qui sera montré à cette occasion est celui du CNC qu'elle a aidé à rénover après avoir œuvré sur celui acquis par Montréal, puisqu'il ne semble rester que ces deux-là parmi les neuf prototypes créés par Alexeïeff et Parker. L'artiste soulève le paradoxe des possibilités de cet instrument archaïque face à celles des nouvelles technologies. Toutes possèdent leur part de mystère qu'il s'agit de maîtriser sans perdre la fragilité du vivant, l'erreur qu'on dit humaine, mais que l'art permet de sublimer.

→ Voir également Alexandre Alexeïeff, L'écran épinglé, DVD Cinedoc

lundi 15 février 2016

Modern Polaxis, fantastique BD en réalité augmentée


Si vous aimez la science-fiction, la bande dessinée ou les illusions d'optique et si vous possédez un iPhone ou iPad, alors n'hésitez pas une seule seconde, commandez The Secret Journal of Modern Polaxis via le site dédié à cet extraordinaire petit livre fonctionnant en réalité augmentée. Il suffit ensuite de télécharger l'application gratuite sur iTunes et de cadrer chacune des 50 pages du petit livre pour que les images prennent des couleurs, qu'elles s'animent, fassent apparaître des textes cachés et que la musique soit. C'est sympa avec un iPhone, mais avec un iPad on peut carrément tout lire car son format est même un peu plus grand que le bouquin.


L'histoire est parfaitement adaptée à la technologie utilisée. Un voyageur du temps plutôt paranoïaque décrit ses expériences dans le journal intime dont vous tenez une copie entre vos mains. Votre machine sert à décrypter les messages cachés. Polaxis pense que notre monde est une projection holographique d'un autre endroit de l'univers et qu'il est poursuivi par ses agents comme tous les fugitifs de son espèce. Trop défoncé à son dernier voyage, il ne peut rien prouver, mais il se demande ce qui se passerait si la lumière vacillante venait à s'éteindre !


Écrite (en anglais), illustrée et animée par Sutu, programmée par Lukasz Karluk et intelligemment mise en musique par l'Anglais Lhasa Mencur, Modern Polaxis est une création australienne. Si vous voulez jeter un coup d'œil et une oreille avant d'y plonger les deux ou les quatre, vous pouvez télécharger l'application gratuite et braquer votre appareil vers les images illustrant cet article, vous aurez une sacrée surprise !

→ Sutu, The Secret Journal of Modern Polaxis, 28,37 € avec le port au cours du dernier change...

vendredi 15 janvier 2016

World of Yo-Ho, une nouvelle manière de jouer


N'attendez pas de moi que je vous explique comment ça marche, l'émission de TricTrac.tv s'en charge très bien sous les bons hospices du Capitaine Étienne Mineur. Ne pas être gamer ne m'a pas empêché d'imaginer le monde sonore et musical du nouveau jeu conçu et réalisé par l'équipe des Éditions Volumiques. World of Yo-Ho est un jeu de plateau innovant dont les pions sont des smartphones. Pour ce jeu de pirates les appareils sont transformés en bateaux à fond de verre évoluant de case en case, leur accéléromètre leur permettant de repérer exactement où ils voguent sur la carte de 80x80cm. Il se joue de 2 à 4 joueurs à partir de 14 ans, mais de jeunes moussaillons s'en sont très bien sortis, en tout cas mieux que moi, alliant le plaisir du jeu de société aux mécanismes interactifs du jeu vidéo.
L'enjeu pour moi fut d'imaginer une charte sonore à deux états, si l'on tient le smartphone dans sa main comme une interface secrète ou lorsqu'on le pose sur la carte et qu'il s'anime. En effet les combats permettent de voir les boulets de canon voler d'une embarcation à l'autre, et quantité d'aventures génèrent des animations liées aux missions qui nous sont assignées. Ambiance maritime et effets réalistes sur le plateau, musique symphonique et sons d'interface anonymes lors de la prise en main. Comme tous ceux et celles qui ont participé à l'élaboration du Monde de Yo-Ho j'ai donné mon nom à l'un des lieux stratégiques, diminutif cavalier qu'emploient les marins lorsque je suis à bord !


Franchement c'est complexe, garantissant des heures d'excitation aux a(r)mateurs. Je n'échappe pas à la règle (du jeu) puisque trop manche je reste un art-mateur. Jeu de mots, jeu de vilains, jeu de pirates où chacun doit choisir son capitaine, animal totem, et son navire. La grosse boîte de 2 kilos contient le plateau, des cartes, 8 figurines ventouses de navire et capitaine, 8 figurines en carton à emboîter utiles si l'on joue à plusieurs mais avec un seul téléphone, 16 pages de règles du jeu (pour l'instant en français et anglais, mais des versions italienne et allemande suivent prochainement), sachant que l'application elle-même est gratuite (iOS et Androïd). Il y a aussi un petit extra, un jeu de cartes Yo-Ho. Chaque personnage et chaque navire obéissent à des comportements qui leur sont propres. Il y a des objets à récupérer, des îles qui se découvrent soudainement, des évènements inattendus (bouteille à la mer, trésor caché, tempête...), des alliances peuvent se nouer... Les parties sont sauvées automatiquement permettant de reprendre. Yo-Ho possède une adresse FaceBook et la mise à l'eau est prévue pour aujourd'hui-même !



World of Yo-Ho (War of the Orchids), ed. Volumique, dist. Iello, entre 50 et 60 € selon les points de vente
→ en exclusivité, à l'occasion de sa sortie, vous pourrez tester World of Yo-Ho chez Jeux Descartes, 52 Rue des Écoles, 75005 Paris, demain samedi à partir de 15h, en présence d'Étienne Mineur !

jeudi 14 janvier 2016

Cacatelec, la crotte téléguidée


Certaines mamans disent que leur bébé leur a laissé un petit cadeau lorsque leur progéniture a fait caca dans ses couches. Loin de moi l'idée d'analyser les tenants et aboutissants freudiens de cette remarque charmante, mais je me demande tout de même à quoi pensent les artistes Ella & Pitr lorsqu'ils nous envoient pour les fêtes une superbe crotte téléguidée ? Est-ce une critique ou un hommage à l'art conceptuel de Piero Manzoni avec ses 90 boîtes de conserve, à l'étron gonflable de Paul McCarthy, à la machine à caca de Wim Delvoye, à l'auto-portrait de merde du photographe Andres Serrano, aux peintures de Jacques Liziène, à la Shit Fountain de Jerzy S. Kenar, à la Vénus de Milo en caca de panda de Zhu Cheng, aux toiles de Christopher Ofili en caca d'éléphant, à celles en béton de Kamiel Verschuren, à The Home-Coming of Navel Strings de Noritoshi Hirakawa, au collectif Sprinkle Brigade, au street artist Gold Poo et tous les anomymes à avoir recouvert l'étron de peinture dorée ? L'idée était tentante, il est vrai.
Comme je fais avancer, reculer, tourner Cacatelec pour le plus grand bonheur des scatologistes de mes amis je repense au gag du porte-feuilles attaché à un fil invisible que l'on tire lorsqu'un passant essaie de le ramasser. Mais qui irait ramasser une crotte qui ne lui appartient pas ? Déjà que la plupart des propriétaires de chiens de mon quartier laissent leurs bêtes chier sur le trottoir avant de filer à l'anglaise... Ella et Pitr ont l'habitude de fabriquer toutes sortes d'objets dérivés à partir de leurs affiches, et c'est probablement dans leurs carnets intimes où ils croquent leur vie quotidienne avec leurs deux enfants qu'il faut chercher la référence à leur amusante provocation. J'ai entendu dire qu'ils pourraient produire bientôt quelques unes de ces drôles de machines qui interrogent néanmoins fondamentalement nos objets de consommation, et notre consommation tout court. Pas question pour autant de marcher dessus du pied gauche sans la casser ! Mon père écrivait W6496 qu'il retournait dans le miroir, on jurait en commençant par M... que l'on terminait par "... ercredi prochain !", ma grand-mère avait coutume de me dire "merde !" avant chaque composition, mais il ne fallait surtout pas répondre "merci" pour que cela porte bonheur... Cette histoire me laisse perplexe, car je n'ai ni roulettes pour filer, ni télécommande qui oriente ma réflexion, ni rien, mais rien du tout, c'est juste la merde à l'image de l'année qui vient de se terminer !

N.B.: dans un tout autre esprit que Cacatelec (rue du faubourg Saint-Honoré oblige !), ce soir jeudi à la Galerie Lefeuvre a lieu le vernissage de l'exposition collective Paper ℗arty 3 avec Paul Insect, Mist, Pixel Pancho, Daniel Muñoz 'San') où Ella et Pitr signeront leur nouveau livre Baiser d'encre, recueil de dessins de leurs carnets intimes (attention, même titre que le film que Françoise Romand leur a consacré, DVD également disponible sur Superbalais).

P.S.: puisqu'on en est là je recommande très sérieusement la lecture passionnante du livre Le charme discret de l'intestin de Giulia Enders chez Actes Sud, somme fabuleuse d'informations sur notre second cerveau racontée avec humour et perspicacité !

mardi 8 décembre 2015

Prosopopées, quand les objets prennent vie au 104


L'exposition Prosopopées, quand les objets prennent vie au Centquatre mérite d'être vue, parce qu'elle pose quantité de questions. De plus, l'aspect ludique de nombreuses installations suggère d'y aller avec les enfants qui s'amuseront comme des petits fous ! Les lumières qui glissent et clignotent, les drones qui planent et les machines articulées tiennent souvent plus du Palais de la Découverte que d'un musée d'art contemporain ; c'est peut-être là que se situe la première interrogation. Les régisseurs techniques et bidouilleurs de la machinerie théâtrale traditionnelle, et ô combien merveilleuse, trouvent un débouché gratifiant dans l'exposition des nouvelles technologies rassemblées sous connotation artistique. Cela rappelle l'art vidéo enseigné dans les écoles de Beaux-Arts dans la totale ignorance de l'histoire du cinématographe. Mais là où le concept étouffe l'émotion, ici la démonstration technique occulte hélas trop souvent le propos, réduit à sa plus simple expression, sujet-même de l'exposition initiée par la Biennale Némo, soit la relation qu'entretiennent les machines avec notre humanité. Le côté décoratif prend alors le pas sur la révolte analytique et critique. Certaines des œuvres apparaissant superficielles ne figureraient-elles pas mieux dans la vitrine d'un grand magasin au moment de Noël ? La banalité d'une œuvre ne se transformerait-elle pas alors en idée géniale dans le cadre d'un art appliqué ? N'y aurait-il pas un débouché dans les fêtes foraines où les grandes attractions bénéficient de budgets colossaux ? Certaines installations présentées au Centquatre sortent néanmoins du lot et laissent entrevoir un futur dépoussiéré des méprises que le monde de l'art contemporain entretient consciencieusement par revanche des techniciens et des commerçants contre les poètes. La renommée des plus cotés montre un si mauvais exemple, fruit d'une surenchère mercantile savamment orchestrée par quelques collectionneurs ! Ma suggestion foraine est d'autant plus sérieuse que le marché de l'art numérique est loin de nourrir ses acteurs.


On peut donc être surpris de découvrir qu'il n'existe aucun grand écart entre la tornade Ascension d'Anish Kapoor et les œuvres de jeunes émergents, d'autant que l'on peut imaginer que l'apport de l'artiste a consisté dans l'idée du couloir en spirale aboutissant à une colonne de fumée ascendante, mais que ce sont des petites mains qui se sont coltinées le travail ! Il est probable que les bidouilleurs que j'évoquais plus haut ont par contre mis la main à la pâte, et que ces ingénieurs ont, eux, leur nom sur les cartels.
De la fumée il y en a. Des tubes de lumière encore plus. Des bras articulés, en veux-tu en voilà. J'ai aimé la délicatesse de temps!réel de Maxime Damecour ou le cluster d'harmonium de Wave Interference de Robyn Moody, l'humour de chaise longue de Jérémy Gobé dans A Day's Pleasure. Mais certains restent dans l'anecdotique de surface quand d'autres structurent un langage et jouent d'effets dramatiques qui nous permettent d'y plonger. Ainsi Timée de Guillaume Marmin sur une musique de Philippe Gordiani développe une composition dans le temps qui ne cesse de nous surprendre.


Chez ces petits-enfants qui s'ignorent du fameux Line Describing a Cone d'Anthony McCall (1973) le cercle projeté est remplacé par des points qui nous transpercent et le bruit du projecteur par des nappes mouvantes de synthétiseurs granulaires diffusées en 6.1, évitant ainsi soigneusement la redondance rythmique de boîte de nuit que nous inflige par exemple Inferno de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers.


L'idée est pourtant intéressante, cinq spectateurs sont arnachés dans un costume articulé par des machines qui ont pris le pouvoir. Pendant la représentation à laquelle nous assistions une fille commença à tourner sur elle-même et à courir, mettant en danger les autres participants et le dispositif lui-même, mettant en évidence les limites de la supposée suprématie mécanique. On avait compris que les machines ne sont pas sympathiques, alors pourquoi en rajouter en diffusant une rythmique répétitive tonitruante de fin du monde hollywoodienne ?
Le son, comme dans bien d'autres œuvres présentées, est le parent pauvre, peu réfléchi, redondant, illustratif ; le bruit de la machine empêcherait-il les auteurs d'y penser de manière complémentaire dans une dialectique qui me semble définitivement nécessaire ? Les prosopopées annoncées ne tiendraient-elles pas mieux leurs promesses si les machines ne prenaient pas toute la place, étouffant les humains sous une fascination de geek.

Illustrations (de haut en bas) : Mécaniques discursives de Fred Penelle et Yannick Jacquet, Wave Interference de Robyn Moody, Timée de Guillaume Marmin et Philippe Gordiani, Inferno de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers

mercredi 2 décembre 2015

Hors Cadre[s] - Adaptations

...
La revue Hors Cadre[s] est décidément incontournable si l'on s'intéresse aux publications pour la jeunesse. C'est la semaine où en parler puisque s'ouvre le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil où les Inéditeurs ne présenteront pas, comme prévu à l'origine jeudi, l'application Boum ! devant un jeune public, puisque privé de sortie grâce aux actes, que j'espère inconséquents, de notre gouvernement.
J'avais chroniqué le précédent numéro sur la création numérique. Le n°17 est cette fois consacré aux adaptations. Le changement de support présente à la fois le risque de perdre les intentions de départ et l'avantage de posséder un canevas qui a fait ses preuves. Il peut mettre à la portée de la jeunesse des œuvres auxquelles elle n'aurait pas forcément accès. Le changement d'angle offre également à de nouveaux auteurs de s'approprier une histoire en choisissant une approche particulière.
Dans ce numéro de Hors Cadre[s] textes et illustrations donnent tout de suite envie d'aller en librairie feuilleter certains des ouvrages chroniqués. Benoît Berthou s'intéresse aux bandes dessinées d'après des romans célèbres de Dickens, Defoe, Tolstoï, Lovecraft ou Mary Shelley. Liliane Cheilan en compare cinq différentes inspirées par l'étrange tour d'écrou d'Henry James. Joëlle Jolivet expose les carnets en pop-up de Gérard Lo Monaco. Sophie Van der Linden s'entretient avec Jean-Luc Fromental qui analyse La Genèse de Robert Crumb, Le Maître de Ballantrae de Stevenson dessiné par le jeune Hippolyte, Sukkuvan Island par Ugo Bienvenu, la Suite française par Emmanuel Moynot... Fromental compare la BD et le cinéma au travers du Tamara Drewe de Posy Simmonds que Stephen Frears a porté à l'écran (j'adore aussi bien l'un que l'autre !), le triplet Gemma Bovary par Flaubert, Simmonds ou Anne Fontaine. Les adaptations peuvent évidemment se réaliser dans les deux sens. Philippe-Jean Catinchi se penche sur Construire un feu de Michel Galvin d'après Stevenson. On sait la difficulté du genre. Yann Fastier révèle ainsi la trahison de Pennac s'attaquant à Ernest et Célestine. Marianne Berissi souligne les contraintes et la consanguinité paresseuse de certains et glorifie les réussites complémentaires qui savent s'appuyer sur les différents supports spécifiques comme Dudu et Dudu, Coco et Nana de Betty Bone, Nuit d'orage de Michèle Lemieux, Les morceaux d'amour de Géraldine Alibeu, À quai de Sara, mais ces auteurs prennent en charge eux-mêmes leurs adaptations ! Pascal Humbert aime autant le Hugo Cabret de Brian Selznick et celui de Scorsese, un de ses rares films récents réussis. Sophie van der Linden tire un coup de chapeau à la musique s'intégrant graphiquement à un livre, The Baby's Opera de Walter Crane ou Diapason de Laetitia Devernay. L'auteur Vincent Cuvellier évoque des adaptations scéniques de ses œuvres. Solene Xie feuillète la création chinoise. On termine par un livre à découper de Nina Aulagnier, lauréate d'un concours lancé par la revue. Tout cela est très beau et donne furieusement envie de retrouver son âme d'enfant pour profiter de ces magnifiques récits illustrés ou animés.
Le prochain numéro sera consacré à l'humour ! On en a tant besoin...
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