Jean-Jacques Birgé

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jeudi 24 mai 2018

L'important, ce n'est pas le message, c'est le regard


De même que j'écoute tout et que je regarde des films de tous styles, je peux lire tout et n'importe quoi. Car comme disait JLG, "l'important, ce n'est pas le message, c'est le regard." En réalité je lis essentiellement sur liseuse, et ce pour m'évader du travail incessant qui me sourit et m'enchaîne. Je fais la même chose le soir en projetant des films, seul moyen qui ait fait ses preuves pour me déconnecter. Allongé, la liseuse est ce qu'il y a de plus pratique, à condition qu'elle ne tombe pas par terre, suite à mon endormissement. Ainsi j'ai dévoré plusieurs polars récents, Sœurs de Bernard Minier (Ed. XO), une nouvelle version de Sang Famille de Michel Bussi (Ed. Presses de la Cité) style chasse au trésor, Le poids du cœur de Rosa Montero (Ed. Métailié) dans un univers de science-fiction...
Chez ma mère, j'ai récupéré une quinzaine de livres en suédois pour enfants, très joliment illustrés, pour les offrir à Linda. L'exemplaire sur la photo est en allemand. Ils portent tous le tampon de mon père qui en était l'agent. Les souris ont la peau tendre est le seul San Antonio que j'ai conservé parce qu'il lui est dédié. Sinon, j'ai rapatrié des entretiens avec Cendrars, les trois Prévert de base (Paroles, Histoires, Spectacle, usés jusqu'à la tranche) et un petit Queneau sur la fête foraine.
À la naissance d'Eliott, Elsa avait offert à sa mère et à moi un petit fascicule à partager avec lui quand il aura grandi, Papi, Mamie et moi ! (Ed. Minus). Il y a le temps...
Sun Sun m'a prêté Une vie sans fin de Frédéric Beigbeder (Ed. Grasset), une petite fantaisie assez spirituelle sur la mort.
Et Frank Médioni m'a fait envoyer L'humour juif expliqué à ma mère (Ed. Chiflet & Cie). Il y a forcément des liens, entre l'humour et la mort, entre sa mère et lui, et avec la mienne ! C'est un réservoir inépuisable de blagues et de bons mots récoltés ici et là, dans les livres, dans les films, au cours des repas de famille, etc. Je regrette seulement que, malgré quelques tentatives de rassemblement, tout soit mélangé, du meilleur au pire, et plus déroutant, ashkénaze et séfarade. Or l'humour juif qui vient de l'est a peu à voir avec celui du sud, à l'image des différences historiques des deux communautés et de leurs usages. L'absence d'analyse sur les ressorts profonds de cet humour, spécificité culturelle néanmoins partagée, nous laisse dans l'effet mérité de l'instant, sans pouvoir en tirer la moindre leçon. J'ai mis plusieurs semaines à tout lire, mais la meilleure façon d'en profiter est probablement de l'ouvrir au hasard, de temps en temps, lorsque l'on recherche un moment de détente.
Cet après-midi, le seul livre dans lequel j'ai vraiment envie de me plonger est La fin de l'intellectuel français ? (Ed. de la Découverte) de l'Israélien Shlomo Sand dont la sortie m'avait échappé il y a deux ans. Vous saisirez certainement le rapprochement ! L'introduction est déjà passionnante. Hélas, comme souvent, mes bonnes intentions de farniente sont contrecarrées par les affaires courantes et les urgences, les conversations à trois sur le travail en cours et les dépannages de copains, le rendez-vous citoyen avec le Maire et la flemme...

mardi 27 février 2018

La pluie à midi


Dernière production des Éditions Volumiques La pluie à midi est l'œuvre de Julie Stephen Chheng, spécialiste des papiers pliés et de leurs applications numériques, qui avait entre autres réalisé Le Train Postal. Comme souvent chez Volumique, le livre est doublé d'une application fonctionnant sous iOS (AppleStore) et Android (Google). Je n'ai vu le livre que sur la bande-annonce, mais j'ai bien joué une heure avec les petits poissons sur mon iPad. Je dirais donc qu'il n'y a pas de limite d'âge lorsqu'on a gardé son âme d'enfant ou qu'on sait déjà faire glisser son doigt sur un écran.
Le très joli graphisme est dicté par les formes découpées du livre et les sons créés par mon camarade Sacha Gattino sont d'une élégance dont il ne se dépare jamais. Il a cette fois enregistré les bruitages sous l'eau avec un hydrophone et composé pour claviers de percussion tintinnabulants. Rien d'étonnant, Tintinnabulum est le nom de son studio qu'il vient d'installer au fond du jardin à Rennes !
On peut très bien s'amuser sans le livre, même si, sans découpage, on rate la métaphore de la surface de l'eau d'où les ailerons des animaux dépassent lorsqu'on guide Joe le petit poisson au fil des jeux. La simplicité du scénario et de l'interactivité laisse agir la poésie graphique et musicale tandis que l'on pêche toutes sortes de bestioles à nageoires qui finiront par faire collection. Petite astuce "plus", la météo de l'endroit où l'on se trouve influe sur le paysage sous-marin. Comme souvent avec les applications pour tablettes, le prix dérisoire devrait vous autoriser à vous jeter à l'eau ! Quant au livre il est plutôt destiné à de jeunes enfants, mais libre à vous de partager avec eux les jolies choses...

→ Julie Stephen Chheng, La pluie à midi, production des Éditions Volumiques avec Agat films & Ex Nihilo, livre 14,90€, application 2,29€

mercredi 7 février 2018

Le pavé de Chris Ware


Moi qui crains que la lecture d'une bande dessinée ne me dure qu'un quart d'heure une fois pour toutes, je ne risque rien avec Chris Ware ! C'est une telle somme d'informations tant typo que graphiques que j'ai chaque fois l'impression de ne jamais en venir à bout, mais là c'est le pompon, 280 pages format 33,5 x 3 x 46,5 cm bourrées à craquer, d'une beauté architecturale à couper le souffle. Le seul problème est sa prise en mains. Pas question de lire ce pavé de 4 kilos, allongé sur le divan : il m'écraserait. Que peut-on attendre d'autre de la monographie d'un des plus grands dessinateurs actuels ? Une version française ? Oui, ce serait chouette, parce qu'en plus des reproductions incroyables il y a beaucoup à lire. Chris Ware avait d'abord été pour moi une énigme. Il livre ici les clefs, après les préfaces d'Ira Glass, Françoise Mouly et Art Spiegelman. Rappelant le sublimissime coffret Building Stories (chaudement recommandé dans son édition française chez Delcourt avant qu'il ne soit épuisé), l'ouvrage recèle des petits formats collés sur certaines pages.
Que dire de cette monographie que je n'ai déjà révélé dans mon article sur Les élucubrations de Chris Ware ? Qu'il y a à boire et à manger, mais l'entendre comme une mine insatiable de mets et breuvages plus surprenants les uns que les autres ! Qu'il faut de bonnes lunettes pour en apprécier tous les détails... Que chaque double page mérite l'achat. Que 50 euros pour cette montagne c'est donné. Que l'on y apprend que l'homme n'est pas à l'image des ses héros. Que le quotidien recèle les plus belles surprises de la vie. Que Ware sait le traduire mieux que quiconque en un rêve halluciné. Que sa critique du monde est évidemment toute en nuances. Que c'est un portrait forcément terrible de l'Amérique. Qu'il n'y a rien de surprenant d'y trouver un zootrope. Que tout cela ressemble à une énorme encyclopédie que l'on peut lire en l'ouvrant à n'importe quelle page. Émerveillement garanti.

→ Chris Ware, Monograph, relié, couverture cartonnée, version anglophone, ed. Rizzoli New York, à partir de 50€

vendredi 19 janvier 2018

Et le son ?


Je suis sidéré de constater que mon propos sur le son dans les médias audio-visuels était déjà si élaboré en 1979, lorsque Marc Argillet me commanda un texte sur le sujet pour le n°20 des Cahiers de l’Iforep, la revue de la Caisse Centrale des Activités Sociales (CCAS) et des Caisses d'Action Sociale (CAS) du personnel EGF. C'était évidemment bien avant la privatisation de l'électricité et du gaz de France. Le précédent numéro, également consacré à l'audio-visuel, invitait Jean-Patrick Lebel, Noël Burch et Marc Vernet à parler du cinématographe. Claudine Bories, Serge Gordey, Jean Libois, Denis Pasquier et Paul Seban contribuaient avec moi à cette seconde partie. En complément de mon texte, un des plus anciens si ce n'est le premier que j'ai écrit, qui a déjà la forme du Discours de la Méthode que je développerai l'année suivante dans le spectacle Rideau ! d'Un Drame Musical Instantané, Annie Bessières m'interviewait.



ET LE SON ?

Bruits, textes, musique, cinéma muet, cinéma parlant ou sonore... bien que la question soit moins souvent débattue — elle est en tout cas plus rarement traitée — le problème de la place et de l’utiIisation du son dans l'audio-visuel est pourtant aussi complexe que celui de l’image.

Cinéaste, compositeur et enseignant Jean-Jacques Birgé s’est « amusé » à écrire pour les Cahiers de l’Iforep ce qui, à première vue, peut ressembler à un poème. C’est en fait le scénario d’un film qui ne sera jamais tourné, celui qu’il a imaginé de sa communication téléphonique avec Marc Argillet qui lui demande, pour l’Iforep, de collaborer à ce numéro. Pour y parler du son.
Il a choisi d’en « écrire ». C’est cet essai original que nous vous présentons et qui devrait être « parlant » pour qui veut bien le lire et l’« écouter ». Car ce scénario donne à entendre, en italique dans le texte, les bruits, les dialogues et la musique.
Nous avons, malgré tout, sacrifié aux usages d’une explication plus conventionnelle — lui aurait aimé que son texte seul suffise — sur la façon dont travaille un compositeur pour un document sonore. Lorsqu’il est venu apporter son texte, nous lui avons demandé qu’il nous en dise plus, ou plutôt « autrement », en somme de nous parler du son comme il le ferait pour les étudiants de l’Idhec (Instilut des Hautes Etudes Cinématographiques). Et nous avons branché le magnétophone.
Et comme pour — presque — toutes les interviews, nous avons réécrit les propos échangés. Cette interview sera pourtant aussi « réelle » que l’image, le son que nous voyons, que nous entendons au cinéma... ou dans notre vie quotidienne.



LES SONS EN ITALIQUE

Aucune image, aucun son, le noir.
Sonnerie de téléphone.
Quelques pas précipités.
Je décroche le combiné.
Pendant la communication nous parviennent
les cris des enfants jouant au ballon sur le trottoir.
Je suis là.
Marc Argillet me propose d’écrire cet article,
sa voix (sonorité nasillarde du téléphone)
est moins présente que la mienne.
Bruit d’eau, bruit du linge dans la baignoire,
douche, brosse : on lave dans la pièce à côté.
On ne voit que moi, je suis assis, je tiens l’appareil
d’une main et de l’autre je prends des notes,
le stylo gratte doucement le papier. Mon interlocuteur
va chercher les renseignements indispensables :
format de la revue, nombre de caractères à la ligne...
j’en profite pour repartir en vacances, le temps
pour lui peut-être d’ouvrir et de refermer un tiroir :
une vague, voix des pêcheurs portugais,
grincements de poulies, une nouvelle vague.
Les sons permettent de s’évader du cadre étriqué
de mon coin téléphone. À droite, la rue
(je tourne la tête à ce cri d’enfant moqueur :
« Tire pas dans les carreaux ! »),
à gauche mon amie rince en fredonnant
« les fleurs du jardin chaque soir ont du chagrin... »
et dans ma tête restent des vapeurs estivales,
mais on ne voit toujours que moi.
Il s’agit d’évoquer, sans le montrer,
l’espace qui se situe au-delà de l’écran (hors-champ).
Sur les bords du cadre,
à l’autre bout du fil,
ou bien même il y a une semaine au Portugal.
Après avoir enregistré chaque bruit, chaque voix, chaque ambiance séparément, leur donner à chacun(e) une intensité propre et autonome : un habile mélange de toutes ces sources sonores (mixage) pourra permettre d’orienter le choix difficile de notre écoute.
À moins que tout ne se passe en direct, au risque de sacrifier certains sons, voire les voix, plutôt les entendre.
Parce qu’à l’écran, l’oreille ne peut faire cette sélection des informations à laquelle le vécu nous entraîne.
La communication s’achève sur un prochain rendez-vous téléphonique.
L’eau ne coule plus. Les enfants ont fait curieusement place aux joueurs de dominos du café d’en face,
chocs des dominos qui s’abattent sur les tables, quelques notes de flipper, brouhaha.
La caméra décrit lentement la pièce où je travaille.
L’ambiance confuse du café arabe s’efface devant d’autres pas précipités dans l’escalier de bois (fondu enchaîné).
Les notes de la veille éparses sur la table à coté de la vaisselle du petit déjeuner. Une moto.
Le bras de l’électrophone se pose doucement sur un disque.
Les Danses espagnoles semblent très appropriées, fonds sonore à mon travail de rédaction, j’ai choisi Granados pour la référence aux vacances ibériques et plus particulièrement l’interprétation qu’il en fit lui-même en 1914 au piano mécanique pour le recul qu’elle permet (sonorité d’époque) et pour sa chaleur, son swing (technique d’époque). Ici la musique ne sert pas de bouche-trou, elle appartient à ma partition sonore comme les autres bruits, elle se mélange avec les cliquetis de la machine à écrire dont elle rythme la frappe, l’ensemble s’équilibre petit à petit.
Fabrication de cette partition.
Je reviens en arrière pour préciser chaque son :
la sonnerie du téléphone, j’en cherche une qui ait la sonorité d’un xylophone, et ne trouvant pas je suis obligé de l’inventer pour lui donner ce timbre de bois qui s’organisera mieux avec les pas précipités qu’elle va couvrir ; ce ne sont pas « des pas », c’est la course des maniaques du téléphone.
Pour la sonorité nasillarde de la voix à l’autre bout du fil, nous transformons la voix réelle de Marc avec un filtre spécial (le filtre téléphone, très souvent utilisé). Les cris des enfants sont extraits d’une séquence de reportage réalisée il y a quelques mois, « Tire pas dans les carreaux ! » est pris séparément et ajouté au reste. Les bruits d’eau s’avèrent particulièrement réussis, nous en faisons beaucoup plus que prévu et nous vidons la baignoire : sshhh, frrt et gloups à « caler » habilement entre les phrases de dialogue. Pour les grincements de poulies je choisis encore une fois le bois (aussi curieux que cela paraisse) pour conserver l’unité de la partition : ce manche de pioche frotté contre cette surface arrondie permet de créer différentes notes de musique grinçantes que nous ferons se chevaucher au montage.
J’hésite longtemps à générer électroniquement les deux vagues avec le synthétiseur, mais j’opte définitivement pour deux vraies vagues plus riches en harmoniques (son plus complexe). N’ayant pas de pêcheurs portugais sous l’oreille, je m’adresse à une sonothèque spécialisée. Etc. En préparant tous mes éléments, je m’aperçois qu’en dehors des ambiances (rue, salle de bain, danses espagnoles...) les sons ponctuels ont de très fortes attaques (chocs des pas précipités, du déclic, des dominos, du flipper, de l’aiguille de la platine, de la machine à écrire...). J’accentue cette tendance, à l’enregistrement et surtout au mixage pour provoquer un effet agaçant et dérangeant, la rédaction de cet article semblera alors héroïque. Ainsi chaque son devra servir le drame qui se joue sur ces pages (compte-tenu de la place qu’il occupe tant spatialement que narrativement) et pour les voix trouver leur timbre, le rythme des phrases, la nature des accents, etc.
En évitant de souligner systématiquement les images par les sons, méthode pléonastique trop souvent employée, renaît chaque fois le cinématographe (sans qu’il y ait besoin d’y accoler sonore).
Je pose mon stylo (gros plan). Choc amplifié accentuant le geste,
coupant ainsi sèchement la musique
et nous laissant suspendu(e)s à un silence.
Un faux silence.
Il reste toujours une rumeur.



« Le cinéma parlant, monstre redoutable, création contre nature »
(René Clair)
« Le cinéma parlant est la forme nouvelle de l‘art dramatique »
(Marcel Pagnol)

ENTRETIEN

Tout document audio-visuel est constitué d’images et de sons. À l’époque du (cinéma) muet, la plupart des projections étaient accompagnées d’un pianiste qui improvisait, parfois même d’un orchestre, ou d’un bruiteur qui simulait le son d’une porte claquée, d’un coup de revolver.

Musique pour les yeux

Certains cinéastes faisaient appel à des compositeurs célèbres (ou qui le sont devenus) pour écrire la partition qui devait accompagner leur film : Marcel L’Herbier à Darius Milhaud pour L’inhumaine, René Clair et Picabia à Erik Satie pour Entr’acte, Abel Gance à Arthur Honegger pour La Roue et Napoléon, Kosintsev et Trauberg à Chostakovitch pour La Nouvelle Babylone et Seule... Le premier d’entre eux fut sans doute Saint-Saëns pour L’assassinat du Duc de Guise. Récemment, après le Ranelagh, un autre cinéma d’Art et d’Essai, le Seine, à Paris, a passé avec beaucoup de succès des films de Georges Méliès (réalisés entre 1900 et 1914) accompagnés par un pianiste, Bernard Lévy, qui improvisait sur les images, exactement dans la tradition, comme Jean Wiener ou Claude Bessy.
Le cinéma muet fut surtout muet pour une génération de cinéphiles de la Cinémathèque Française où Langlois les programmait sans accompagnement musical, alors que certains films avaient été sonorisés par leurs auteurs-mêmes à l’arrivée du parlant. C’est le cas du Chien Andalou de Luis Bñuuel. Les cinéastes d’alors montaient leurs images avec un rythme proprement musical, cela saute aux yeux (et aux oreilles) avec les films soviétiques d’Eisenstein, de Vertov ; il faut revoir (et entendre) La Glace d trois faces ou La Chute de la Maison Usher du Français Jean Epstein...



Bla bla

Lorsque les cinéastes ont eu la possibilité technique d’introduire du son dans leurs films, ils ont d’abord pensé a faire parler les acteurs, c’était le cinéma parlant. Sans s’étendre sur la prétendue, ou non, régression esthétique ou poétique apportée par ce progrès, il est malheureux de penser que le cinéma sonore, à de rares exceptions près, a usurpé son nom : les sons viennent se greffer sur l’image essentiellement pour en accentuer les effets, du descriptif voila tout ! Bien sûr, il y avait des réalisateurs comme Fritz Lang (M. Le Maudit, le Testament du Docteur Mabuse...), Jean Renoir (Boudu sauvé des eaux...), Boris Barnett (Okraïna), Jean Vigo (Zéro de conduite, L'Atalante)... qui se servaient dramatiquement de tous les événements à leur disposition, dès l’avènement du sonore. Aujourd’hui il faut souligner les travaux de Jean-Luc Godard (qui continue à prendre des risques, en se donnant le droit a l’erreur, et qui réussit ainsi des coups fameux : quand passeront donc les douze mouvements de France, tour, détour, deux enfants tournés pour la télévision ?), ou ceux de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (la poésie inouïe des films féroces et désespérés Fortini Cani et Dalla nube alla resistenza) ou de Jacques Tati (on ressort Play Time). On ne peut penser musique et cinéma sans évoquer Visconti : Mort à Venise est plus proche de Mahler que de Thomas Mann. Il faudrait citer Věra Chytilová (Les petites marguerites), et Marguerite Duras qui a repris pour son film Son nom de Venise dans Calcutta désert la bande-son de son précédent India Song. Il y en a d’autres.



Musique d’accompagnement

Les compositeurs spécialisés dans la musique de films finissent tous, même les meilleurs, par refaire toujours la même chose. Ils répondent simplement à la demande des metteurs-en-scène qui ne se sont pas penchés sur le problème, alors que c’est à eux avant tout que cela incombe : on peut imaginer mieux (plus précis) que ces dix minutes de « thème bagarre » ou ces deux minutes de « thème sentimental», types de commande courante ! Et quand ça marche, on récidive ! Prenons plutôt des exemples positifs avec les compositions de Maurice Jaubert (pour Vigo, Carné), de Bernard Herrmann (pour Hitchcock) ou avec les partitions sonores de Hugo Santiago, ou de Michel Fano (pour Robbe-Grillet...), ou encore dans les films de Mizoguchi : les paroles japonaises incompréhensibles au spectateur occidental se mêlent aux bruits ambiants et aux percussions avec beaucoup de cohérence.
Si le scénario s’y prête, la musique « contemporaine » (orientée souvent plus rythmiquement que lyriquement) est plus facile à utiliser dans cette conception de partition sonore qui englobe tous les sons, de la porte claquée à la musique... Les plus libres sont les réalisateurs d’animation (dessins animés, etc.)... On comprend qu’il est difficile de marier un concerto de Vivaldi avec le bruit d’une porte qui se ferme, ce n’est pas impossible, c’est plus délicat. Bien sûr, si c’est un film en costumes !... Aujourd’hui, les bruits font tellement partie de notre environnement qu’il vaut souvent mieux travailler sur ce qu’on a l’habitude d’entendre (comme la ville) que de retomber sur de vieux schémas. Or, la musique des films actuels ressemble à celle d’autrefois (sauf qu’en général elle est moins bonne). Une musique originale a l’avantage d’être entendue pour la première fois. La référence sera toujours la référence au film. Si on utilise Vivaldi, on fera référence non seulement à ce qu’évoque Vivaldi historiquement, mais à toutes les circonstances ou chaque spectateur l’aura entendu. Tout dépend de l’effet qu’on désire obtenir.
D’autre part, il ne faut pas sauter sur la première idée : imaginons que l’on ait besoin de God Save The Queen pour une séquence. Il ne faudra pas forcément se précipiter sur l’interprétation de telle ou telle harmonie, il faudra bien étudier le scénario avant de choisir l’Orchestre des Gardiens de la Paix ; l’hymne anglais pourra peut-être convenir dans l’orchestration de Verdi (l’Hymne des Nations), ou dans celle de Benjamin Britten pour chœurs d’hommes, ou dans la version d’un compositeur américain, Charles Ives, qui a réalisé des variations sur l’hymne (America Variations) en 1891 qui sont d’un humour extraordinaire, de la musique de film sans film! Il faudrait aussi chercher du coté de Stockhausen (Hymnen). Tout dépend de l’effet qu’on désire obtenir.



Mélodrama

Il est intéressant de traiter les bruits de la même manière, afin que le rythme des sons et celui des images en créent un troisième, celui du cinéma. On choisira les bruits pour leur valeur dramatique, par leur timbre, leur intensité, leur durée, éventuellement leur hauteur. En séparant arbitrairement (afin de faciliter le montage) les sons ponctuels et les ambiances. L’idéal serait de travailler sur le texte également, la sonorité des mots, le choix des voix des acteurs, leurs accents, en collaboration avec le metteur-en-scène (qui est charge de la direction des acteurs).
À l’Opéra, il est préférable d’avoir des chanteurs qui ont le physique de leur rôle. Au cinéma, on a trop tendance à se préoccuper presque exclusivement du physique. Quel dommage ! On imagine mal Mélisande (dans Pelléas et Mélisande, opéra de Claude Debussy) interprétée par une grosse dame. Le succès de Callas vient du fait que c’était aussi une extraordinaire comédienne. L’opéra est la forme la plus proche du cinéma, c’est un spectacle qui réunit les dialogues (avec le livret, travail de l’écrivain), les effets scéniques (comédiens évoluant en costumes au milieu de décors), la musique, les bruits (sauf dans les enregistrements discographiques en studio). C’est le drame en musique : opéra en italien se dit mélodrama. Et cinéma, c’est le mouvement !...



Chut !

La musique est enregistrée dans des studios spécialisés. Les bruits aussi : on enregistre le « son témoin » des plans que l’on tourne, mais il est souvent nécessaire de refaire des sons et de doubler les voix en studio. Imaginons deux personnes qui se promènent à Paris sur les Boulevards à une heure de grande circulation et elles discutent. Si l’une d’elles enregistre leur conversation, le résultat sera un brouhaha où les voix seront perdues ou difficilement audibles. L’ingénieur du son travaille comme l’oreille de ces promeneurs, il « oriente » son écoute, choisit certains sons plutôt que d’autres, il peut « viser » un camelot qui fait son boniment dix mètres plus loin, il privilégie certaines zones.
Il faudra enregistrer séparément la conversation, le brouhaha des voitures, le camelot, etc. et rassembler tous ces éléments au montage pour enfin, les « mixer ». Notre écoute est sélective, physiologiquement sélective. Comme notre vision. Souvent inconscientes. De même que l’on peut passer des années dans la même rue sans remarquer telle enseigne, ou telle porte cochère avec, au fond d’une cour, un petit jardin.
Dans les villes, personne ne regarde le ciel. On n’entend — comme on ne voit — que ce que l’on veut voir, une question d’intérêt, d’éducation, de culture, de fantaisie : d’aucuns revendiquent « je ne vois que ce que je crois »... A.B. et J.J.B.

Illustrations : La grande illusion (Jean Renoir, 1938), La glace à trois faces (Jean Epstein, 1927), Zéro de conduite (Jean Vigo, 1933), Vera Cruz (Michael Curtiz, 1954), Jour de fête (Jacques Tati, 1949), Mary Garden (1902)

jeudi 14 décembre 2017

Nabaz'mob, l'album audio !


Un ourson collait sa truffe froide contre ma joue. Je me suis aussitôt inquiété de la proximité de la mère. Quel est le meilleur moyen de m'enfuir ? Ramper ou courir ? On voit la maison tout en bas, la pente est très escarpée. Nous avions quitté les Pyrénées depuis quelques mois. Je me suis réveillé avant que ça tourne au vinaigre. De l'ours au lapin, il n'y a qu'un pas, ou un saut ! Une puce a fait l'entremetteuse, me soufflant à l'oreille que je n'ai jamais mis en ligne sur le site drame.org l'enregistrement audio de Nabaz'mob. Sur le site dédié on trouve néanmoins photographies, vidéos, audios, articles de presse et spécifications techniques du spectacle. J'ai donc rassemblé quatre mp3 pour composer l'album audio de notre opéra (en écoute et téléchargement gratuits comme les 72 autres albums inédits). Sans lumière, sans le spectacle, sans les oreilles qui bougent, l'objet est carrément cosmique...
Notre opéra pour 100 lapins communicants a fait le tour du monde entre 2006 et 2013. En 2009, nous avions reçu le Prix Ars Electronica Award of Distinction Digital Musics. Créé au Centre Pompidou le 27 mai 2006, avec des lapins apportés par leurs propriétaires, dans l'esprit des flashmobs, Nabaz'mob a été composé par Antoine Schmitt et moi-même. Plus tard nous avons monté notre propre clapier. Le succès était tel que nous avons eu jusqu'à trois clapiers simultanés dans trois villes différentes. "Évoquant John Cage, Steve Reich, Conlon Nancarrow ou György Ligeti, cette partition musicale et chorégraphique ouverte en trois mouvements, transmise par Wifi, joue sur la tension entre communion de l'ensemble et comportement individuel, pour créer une œuvre forte et engagée. Cet opéra questionne les problématiques du comment être ensemble, de l'organisation, de la décision et du contrôle, qui sont de plus en plus centrales et délicates dans notre monde contemporain. Nous avons choisi de pervertir l'objet industriel pour en faire une œuvre artistique où la chorégraphie d'oreilles, les jeux de lumière et les cent petits haut-parleurs cachés dans le ventre de chaque lapin forment une écriture à trois voix s'appuyant sur le décalage temporel et la répétition, la programmation et l'indiscipline." Ce serait chouette de reprendre les tournées avec toute la marmaille!

→ Le site : http://www.nabazmob.com
→ L'album audio : http://www.drame.org/2/Musique.php?D=143

jeudi 16 novembre 2017

Le livre des livres


Comment avais-je pu rater Otto, l'homme réécrit l'an passé alors que j'acquiers systématiquement chaque opus de Marc-Antoine Mathieu ? Déjà que j'avais manqué ses expositions à Saint-Nazaire ou Angers... Je retrouve dans ses albums la trace du Philémon de Fred, et, plus encore, les interrogations philosophiques de Francis Masse, là où la science croise la route de la poésie, pas seulement dans les mots, mais aussi dans le dessin. Mes préférés sont 3" et S.E.N.S. VR, peut-être parce que ce sont des œuvres hybrides, le premier conçu de manière complémentaire pour le papier et le numérique, le second pour son application 3D sur tablette. Tous créent un vertige en interrogeant notre perception du monde et la place que nous y occupons. Otto plongeait dans les souvenirs oubliés de l'enfance, des sensations qu'en absence de mots la mémoire efface petit à petit, la quête impossible de notre identité. Le livre des livres rassemble les amorces des livres que l'auteur imagine, sachant qu'il ne dépassera jamais leur synopsis !


Si je lis romans et essais sur liseuse, il serait dommage de se passer de l'épais recueil de couvertures cartonnées que constitue Le livre des livres qui existe bizarrement aussi en ePub. Recto verso, chaque couverture nous laisse imaginer ce qui n'existera jamais que dans notre propre imagination, dans l'interprétation dont chacun est capable. Marc-Antoine Mathieu évoque l'incendie du Grand Entrepôt Des Albums Imaginaires qui obscurcit le ciel de Babel à Alexandrie, histoire de rassurer les amateurs de bandes dessinées de science-fiction. Jouant sur les mots autant que sur les mises en page, l'auteur invente des titres, des éditeurs, des situations. Les concepts primant sur les anecdotes, ses personnages avancent masqués, sans visage ou derrière de grosses lunettes de myope qui les rendent invisibles.


Il y a plus à lire dans chaque paire de pages que dans nombreux albums que je dévore en un quart d'heure et que j'oublie aussitôt refermés. Pour choisir une bande dessinée, je cherche à ce que le trait me plaise et qu'elle dure le plus longtemps possible, freinant ma lecture sans les ressorts de la logorrhée verbale, pour avoir envie d'y revenir. Le livre des livres me rassasie à chaque proposition. À tel point que je me surprends à imaginer des compositions musicales et sonores, contrechamp de cette iconographie, encyclopédique par les questions qu'elle soulève...


Feuilleter un album de Marc-Antoine Mathieu pousse à la lenteur de la découverte pour en apprécier tout le suc. Le vertige tient au détail autant qu'à la vue d'ensemble. Miroir nous renvoyant nos propres interrogations, son œuvre est une plongée métaphysique de l'Homme face à l'absurdité de l'univers. Grâce à cet illusionniste virtuose, nous ne sommes pas prêts d'en faire le tour.

→ Marc-Antoine Mathieu, Le livre des livres, Ed. Delcourt, 27,95€

mardi 31 octobre 2017

Mon site a déjà 20 ans


Tandis que je dévore Boulevard du stream de Sophian Fanen publié par Le Castor Astral, je me rends compte que mon site, drame.org, a déjà 20 ans.
Fin 1995, comme nous venions de terminer le CD-Rom Au cirque avec Seurat pour la R.M.N., Pierre Lavoie, patron de Hyptique, me propose d'ajouter une partie interactive à l'album de chansons que j'avais fini d'enregistrer avec Bernard Vitet. Il ne se doutait pas qu'avec mes deux acolytes, Étienne Mineur et Antoine Schmitt, alors respectivement directeur artistique et directeur technique, nous allions nous prendre au jeu et dépasser le budget qu'il comptait lui allouer. En proposant au photographe Michel Séméniako d'illustrer la douzaine de petits théâtres interactifs, nous avons transformé le CD Carton en CD-Extra, un format rassemblant un secteur audio, nos 14 chansons, et un CD-Rom d'auteur hyper créatif comme personne n'en avait encore jamais réalisé en France. En plus d'entretiens mis en scène dans une sorte de photomaton inventé par Séméniako où chacun pouvait composer sa lumière, d'une discographie sonorisée, "chaque pièce devint un théâtre interactif, les images agissant comme un filtre magique." L'équipe se composait également d'Olivier Koechlin, conseiller technique, d'Arnaud Dangeul pour le graphisme et de Valéry Faidherbe pour la vidéo, quasiment la même que pour Seurat, sauf que nous jouissions d'une liberté totale vouée à la création et à l'inventivité. Si les facéties de mes camarades Étienne et Antoine étoffèrent le scénario, je signai l'objet et j'avais évidemment en charge le design sonore. Dans les années qui allaient suivre les budgets pour réaliser un site Web ou un CD-Rom étaient 4 à 10 fois plus importants que ce qui se pratique à l'heure actuelle, et 80% d'Internet étaient de la création. Nous pouvions ainsi faire de la recherche et du développement pour les commandes ou les faire profiter de nos recherches personnelles. Aujourd'hui la Toile affiche presque exclusivement du commerce, des services et des échanges sur les réseaux sociaux. Il faut toujours investir les nouveaux médias avant que le Capital s'en empare ! On peut ensuite le détourner, mais ça c'est une autre histoire...
Ainsi, pour lancer Carton, qui sera abondamment salué par la presse, Pierre Lavoie suggère que nous l'accompagnons d'un site Web. Comme Un Drame Musical Instantané est alors ma principale activité, je dépose le nom drame.org, à une époque où les margoulins n'avaient pas accaparé tous les mots du dictionnaire ! Les mp3 n'existant pas encore sur le Net, je sonorise toutes les pages du site historique d'Un D.M.I. et des Disques GRRR avec des fichiers midi. Encore une fois, Étienne Mineur assisté d'Arnaud Dangeul assure le graphisme. Le plasticien Nicolas Clauss lui donnera un petit coup de frais en 2002 à partir de parchemins qu'il me fait écrire sur de très vieux buvards, en 2010 le vidéaste Jacques Perconte le transformera de fond en comble en indexant une gigantesque base de données pour une version V2 du site et Patrick Joubert en révisa le back office il y a deux ans.
J'avais monté un des premiers home-studios en acquérant mon synthétiseur ARP 2600 en 1973, créé les Disques GRRR en 1975, cofondé l'orchestre du Drame l'année suivante, j'étais passé du vinyle au CD en 1987, j'avais travaillé au design sonore interactif pour les CD-Rom dès 1995, et il y a donc 20 ans mis en ligne mon site Web. J'ai continué à investir les nouveaux médias, sur Internet d'abord, puis en installations, pour des objets connectés comme Nabaztag, et plus récemment avec les tablettes. Depuis 2010 j'ai choisi de partager gratuitement une grande partie de mes créations musicales, soit 140 heures de musique inédite, en marge de ma production discographique. Parallèlement à tout cela, je continue à participer à des expériences immersives et interactives dans les espaces muséographiques. Enfin je blogue quotidiennement depuis maintenant 12 ans, en miroir sur Mediapart pour les sept dernières années. Youpi !

mardi 24 octobre 2017

Retour vers le futur : Octobre 1917


Hier, mon père aurait eu 100 ans, manière personnelle de célébrer le centenaire de la Révolution d'Octobre. Môme, j'avais été choqué que toute la famille impériale avait été assassinée, y compris les enfants. Il m'avait expliqué que c'était la seule manière d'être certains qu'ils ne reviendraient jamais. Je me demande aujourd'hui comment nous débarrasser de la mafia internationale bancaire qui, pour exploiter la planète, est responsable de dizaines, voire de centaines de millions de morts...
Lucas de Geyter m'a demandé de lire Bureau de tabac de Fernando Pessoa à l'occasion d'une soirée au Cirque Électrique qui commémorera, demain soir mercredi, cette Révolution d'Octobre 1917. Impossible pour moi de l'apprendre par cœur, mais je me suis mis le texte en bouche en le récitant chaque matin. J'ignore encore si c'était mieux à ma première lecture ou si le fait de répéter améliorera ma diction, mais l'exercice démosthènique tombe à pic face à un implant dentaire particulièrement épineux ! Après un an, un appareil amovible et une dent provisoire, la dentiste fixera la couronne définitive (rien de royal, n'est-ce pas !) quelques heures avant le spectacle... J'ai imaginé pouvoir lire le texte sans micro, mais en m'en servant pour les a parte entre parenthèses. Cela aussi je devrai le tester sur place. En attendant je recopie le texte que Lucas, qui chantera et jouera de la batterie avec son groupe Rise, People Rise!, a rédigé...
On les a appelés les barbares, ils étaient les Bolcheviks. Il va de soi que ceux qui ont eu recours à ce terme à l’égard de ceux qui ont renversé le Tsar et pris le pouvoir quelques mois plus tard, n’étaient pas tout à fait en amitié avec la Révolution russe d’Octobre 1917. Nous, si. Célébration, donc !
Car la nuit du 24 au 25 Octobre 2017 marquera le centenaire de cette Révolution russe, celle qui a fait trembler le monde « occidental » de par sa réussite fracassante, mettant ainsi au pouvoir les ouvriers et les paysans, les pauvres et les sans-grades, ceux qu’aujourd’hui on appellerait en toute quiétude les « sans-dents », les « fainéants » ou encore « ceux qui ne sont rien ».
Cependant, ici, il ne s’agira pas de parler de 17 de manière détaillée et exhaustive comme n’importe quel historien pourrait le faire, mais plutôt de célébrer ce centenaire avec des textes et de la musique ; d’être accompagnés des beautés de l’humanité pour retrouver l'envie, la joie et la conviction nécessaires aux luttes, comme armes pour pouvoir les gagner.
Deux parties rythmeront la soirée :
1) La partie textes qui sera ouverte par un petit résumé, tout de même, et enchaînera sur quatre textes (Maïakovski, Hocquenghem, Pessoa) lus par trois comédiens et un musicien : Jean-Jacques Birgé et Guillaume Fafiotte, Jean-Marc Hérouin et Jacques Pieiller, qui nous font l’immense honneur et l’incommensurable plaisir de venir soutenir la cause.
2) Partie musique - Rise People, Rise!.
Au Cirque Électrique, le 25 Octobre 2017 à 20h, nous essaierons, ensemble, Mesdames et Messieurs, cher public, de réveiller nos instincts joyeux et combatifs plutôt que de continuer à subir la morosité ambiante, celle qu’on nous impose en nous faisant croire que rien d’autre n’est possible. Et pourtant, on a la preuve…

Retour vers le futur, Le Cirque Électrique, Place du Maquis du Vercors 75020 Paris, Métro Porte des Lilas - ENTRÉE LIBRE

vendredi 29 septembre 2017

Ella & Pitr, comme des fourmis


Les éditions Alternatives publient une superbe monographie du couple d'artistes Ella & Pitr. Les 248 pages ne suffisent pas à couvrir leurs dix ans d'activité depuis leur rencontre amoureuse tant leur production est prolifique. Tandis que le long métrage de Françoise Romand, Baiser d'encre, les suivait dans les rues en Papiers-Peintres, feuilletait leurs carnets intimes, chassait les cadres de tableaux à remplir soi-même ou les immortalisait sur scène avec leurs amis que l'on retrouvait souvent ensuite croqués avec humour, l'ouvrage Comme des fourmis insiste sur leurs anamorphoses, leurs œuvres monumentales peintes sur les sols et les toits, leurs détournements des panneaux d'affichage, leurs œuvres vendues en galerie ou leur petit vandalisme du dimanche.
Si le film est aussi un conte moral sur la manière dont les deux plasticiens pirates élèvent leurs enfants, le pavé de papier est un kaléidoscope de points de vue où une vingtaine d'amateurs choisissent les angles qui leur parlent. À la demande des artistes, je me suis d'ailleurs prêté au jeu comme Babouillec, Yoann Bourgeois, Alexandre Chemetoff, Gilles Hittinger-Roux, Denis Lavant, Franck Le Feuvre, Maguy Marin, Pierre Meunier, François Rancillac, Martyn Reed, Rufus, Thomas Schlesser, Jordan Seiler. Si chacune et chacun se projette dans leurs récits graphiques suggestifs avec beaucoup de tendresse et de poésie, j'ai un petit faible pour les témoignages de l'ostéopathe Pierre Guichard ou l'auteur de spectacle Joël Pommerat qui dessinent merveilleusement les lignes vectorielles qu'Ella & Pitr tracent à l'encre sympathique. Les images sont somptueuses et le reportage littéraire qu'en livrent en prologue Sabine Bledniak, Sophie Pujas et Claartje van Haaften éclairent la démarche originale d'Ella & Pitr.
On arpente ainsi d'un pas de somnambule les rues de la planète dont les habitants sont parfois emboîtés dans des carcans géants ou au contraire sortent des murs comme des passe-muraille. Les contributions hétéroclites évitent les ronds de jambes en participant à cet univers magique où l'amour des gens n'évite pas la critique aiguisée et humoristique de notre société.

→ Ella & Pitr, Comme des fourmis, broché et couverture cartonnée, 22,2x26 cm, Ed. Alternatives (Gallimard), 35€, à paraître le 12 octobre 2017

vendredi 28 juillet 2017

Le trophée de Boum! est arrivé


Le trophée et le diplôme de BOUM ! sont arrivés à temps du Japon, probablement par la valise diplomatique. Le Prix Spécial du Jury aux 5e Digital Ehon Awards couronne l'application interactive et ludique créée pour tablettes (iPad, GooglePlay) par le graphiste Mikaël Cixous. J'ai eu le plaisir d'en concevoir la partition sonore et la musique. Mathias Franck l'a programmée et Sonia Cruchon s'en est occupé avec son zèle habituel (voir l'article précédent). Les inéditeurs préparent d'ailleurs un nouveau roman horizontal sur le principe de Boum ! avec la jeune graphiste Julie Escoriza qui vient toujours d'obtenir son diplôme de l'HEAR à Strasbourg avec les félicitations du jury. Son sujet consistait justement en ce que nous allons produire avec elle, mais il faudra encore attendre quelques mois avant de le dévoiler... En tout cas le trophée en jeu de construction est amusant et tellement kawaii !

lundi 29 mai 2017

Boum ! primé au Japon


C'est à se demander si je ne devrais pas émigrer. Mes disques se vendent mieux à l'étranger, en particulier au pays du soleil levant. Pour l'instant en France seuls Les Inrocks et Jean Rochard sur le site du label nato ont chroniqué le récent CD d'El Strøm, Long Time No Sea, mais d'autres devraient suivre.
Et voilà que l'application pour tablettes Boum ! a reçu samedi dernier le Prix Spécial du Jury aux 5e Digital Ehon Awards auxquels ont participé 300 concurrents de trente-deux pays ! Trois critères étaient en jeu : que ce soit ludique et attrayant pour tous les enfants (Fun!), innovant et en quête de nouveaux moyens d'expression (Never seen before!), ouvrant l'imagination des enfants vers de nouveaux horizons (Broaden horizons!).


Comme nous ne pouvions nous déplacer à Tokyo pour recevoir le Prix, les Japonais nous ont demandé d'envoyer un petit mot en vidéo. Mikaël Cixous a réalisé une petite continuité graphique que Sonia Cruchon a montée en fonction de la musique que j'ai composée à partir de sons enregistrés pour l'application originale. C'est tout de même plus sympa que nos trombines, encore que mises en page par Mika façon Fab Four avec le développeur Mathias Franck en d'Artagnan, Les inéditeurs forment une sacrée chouette équipe gagnante...

jeudi 25 mai 2017

S'il ne restait qu'un chien


Écouter D' de Kabal autre part que dans ses œuvres met à la fois l'accent sur le texte et interroge sur le parti-pris de sa voix de basse gutturale. D' se l'est fabriquée comme tout musicien travaille le timbre de son instrument. Il en a une pour la ville et une autre pour la scène. Celle-là va chercher Lucifer, un diable bienveillant, du côté du peuple et des opprimés. On est sur le ring. La monotonie du slam, ses monocordes vocales, joue sur le rythme des consonnes assénées comme des coups de poing, directs et uppercuts vus sous l'angle du vainqueur. Les deux autres membres du TRIO•SKYZO•PHONY, Franco Mannara et Raphaël Otchakowsky, jouent les soigneurs, accompagnant la voix du Havre, une métonymie qui parle par celle de D'. Leur musique suit les ostinatos, répétitive, inéluctable.


L'auteur, Joseph Andras, nous évite au moins les alexandrins. La ville du Havre raconte son passé à la première personne du singulier. Histoire singulière de la traite des Noirs, des insurrections révolutionnaires, des luttes sociales et de la guerre, loin de l'image dorée du commerce international. La mise en pages du livre, car c'est un petit fascicule littéraire avant d'être un CD, le second glissé dans une fente du premier, joue des "à la ligne" qui scandent ce récit épique écrit en janvier dernier entre la France et la Kanaky. Andras, que l'on connaît pour avoir refusé le Prix Goncourt du premier roman 2016, vit au Havre. Il dissèque sa ville avec rage dans une leçon d'anatomie au scalpel et à la machette. La société en prend pour son grade. Derrière les façades de cette ville gérée par notre nouveau premier ministre bien réac, ses entrailles révèlent une histoire terrible. Le titre S'il ne restait qu'un chien fait-il référence à la sublime autobiographie du compositeur Charlie Mingus traduite en français sous celui de Moins qu'un chien ou à la chanson de Léo Ferré, manifeste qui a donné naissance au spoken word à la française ? Aux deux probablement. Une poésie de la révolte.

→ Joseph Andras par D' de Kabal, S'il ne restait qu'un chien, Actes-Sud, Livre + CD, 19€

lundi 22 mai 2017

Prévert Exquis, épisodes 9 à 12 (vidéo)


Nous sommes arrivés au terme de notre web-série Prévert Exquis réalisées par Isabelle Fougère, Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et moi-même à l'occasion du quarantième anniversaire de la mort de Jacques Prévert. Les douze épisodes sont regroupés sur le site de TV5Monde, douze ultra-courts collages pleins de fantaisie imaginés dans la plus grande liberté. Y aura-t-il une seconde saison ? Allez savoir...


Jacques Prévert dit Barbara (quelle connerie la guerre) accompagné par la guitare incroyablement moderne de Henri Crolla. Je laisse filer les bombardements sur l'entretien avec la petite fille du poète, Eugénie Bachelot-Prévert, puis s'écoule une rivière lorsque Prévert, le compositeur Joseph Kosma et le décorateur Alexandre Trauner, tous deux juifs hongrois, se réfugient dans le sud de la France. Eugénie raconte que les deux grands amis, Prévert et Trauner, sont enterrés côte à côte dans le petit cimetière d'Omonville-la-Petite en Normandie. Mikaël Cixous a réalisé une magnifique animation qui s'efface avec le temps.


Pour Des animaux terrestres (La terre qui est quelque fois si jolie) j'ai composé une petite partition sonore en mélangeant la voix de Jacques Prévert avec les sons de la guerre et des oiseaux exotiques in situ. Par contre lorsque Eugénie se moque de Michel Houellebecq qui trouve les poèmes de son grand-père cul-cul-la-praline, je reprends au clavier le même programme de synthétiseur que j'utilisai sur le deuxième mouvement d'Établissement d'un ciel d'alternance enregistré justement avec Houellebecq !


La voix de Nicolas Le Du suffit à Pour toi mon amour (Se faire Maître) pour lequel Isabelle Fougère a encore trouvé un sous-titre exemplaire tiré d'une autre œuvre de Prévert. J'ai simplement ajouté le papier peint d'un pré vert rempli de petits zoziaux pour à la fois donner le côté fleur bleue à l'image et provoquer une distance avec la dureté critique que le texte distille. Sonia Cruchon a une fois de plus eu une idée formidable pour "illustrer" le poème de Prévert en jouant sur une analogie en évitant l'anecdotique, et en s'échappant de la version chantée par Juliette Gréco. Eugénie raconte également un certain envers du décor, assez terrible à mes yeux...


J'ai travaillé Les amants (Le cœur à l'ouvrage) comme la partition sonore d'un film où les bruitages en décalage par rapport à l'image jouent sur la complémentarité plutôt que le surlignage de l'action. Et puis non, pas tant que cela. Les grands boulevards, une ambulance, un coup de foudre, l'électrocardiogramme qui se transforme en chant d'oiseau... Une pièce originale pour piano accompagne tendrement ce dernier entretien, exactement ce que j'évite d'habitude au cinéma !

mardi 9 mai 2017

Prévert Exquis, épisodes 5 à 8 (vidéo)


Nous continuons l'aventure avec quatre nouveaux épisodes. La web-série PRÉVERT EXQUIS est diffusée à raison d'un ultra-court métrage chaque mercredi et chaque samedi. Le 5ème est charmant, le 6ème loufoque, le 7ème politique, le 8ème aussi dérangeant que craquant...


Nous avons réalisé plusieurs versions de L'amour à la robote (L'électronique rêvera pour vous), mais celle interprétée par Jacques Prévert avec Henri Crolla à la guitare contraste parfaitement avec l'animation réalisée par Mikaël Cixous, ce pont entre le passé et le présent. Sur le site de TV5Monde, pour l'entretien avec Eugénie Bachelot-Prévert, je me suis amusé à improviser la guitare dans le style très moderne de Crolla...


Sonia Cruchon dit le poème de Cortège (À tue tête et à cloche-pied) en accélérant progressivement le rythme sur la musique électronique que j'ai composée, mais j'ai emprunté à Machiavel le fond sonore de l'entretien. Il fallait une sorte de spirale comme si nous étions aspirés par le vide...


Retour à la voix de Prévert pour Citroën (Merde à l'or), mais le citron est pressé sur les trois temps d'une valse, sa légèreté contrastant ironiquement avec l'aliénation diabolique de l'exploitation de l'homme par l'homme. Elle continue sur l'entretien avec la petite fille du poète.


On voit que le sous-titre de Sanguine (Je voudrais tant que tu te souviennes) est comme chaque fois extrait d'une autre œuvre de Prévert, choisi par Isabelle Fougère. Sonia n'y est pas allée de main morte en choisissant le modèle et Nicolas Le Du lui a prêté sa voix. J'ai simplement ajouté quelques zoziaux pour rendre encore plus printanier ce huitième épisode. La musique du générique est évidemment la même partout, mais cette fois, à la fin, Nevchehirlian chante Attendez-moi sous l'orme comme Yves Montand chantant Sanguine pendant l'entretien qui se réfère à ces deux interprètes...

jeudi 27 avril 2017

Les 4 premiers épisodes de Prévert Exquis (vidéo)


Voici donc les 4 premiers ultra-courts métrages diffusés par TV5MONDE sur leur site et leur mur FaceBook. Le principe est de partir chaque fois d'un texte, d'un extrait de film ou de collages de Jacques Prévert, et de les interpréter librement en montrant que son œuvre est toujours d'actualité, ne se résumant pas à quelques poèmes et chansons pour enfants. Provocateur, il l'est toujours autant puisque TV5MONDE a été obligé de ne mettre que quelques secondes de l'épisode 3 pour ne pas être censuré par FaceBook. Politique, il l'est plus que jamais au moment où les forces réactionnaires développent racisme et xénophobie, et renforcent le contrôle des frontières pour empêcher les flux migratoires. Social, dénonçant la société de consommation et l'exploitation de l'homme par l'homme. Incisif et drôle, égal à lui-même, anarchiste non-violent. Pour coller à son imagination sans limites, l'équipe que nous avons formée avec Isabelle Fougère, Sonia Cruchon et Mikaël Cixous a choisi un traitement protéiforme pour cette web-série de 12 épisodes.


Le premier épisode reprend les annonces du garçon d'ascenseur du Roi et l'oiseau en y adjoignant l'image d'un nageur infatigable. La rencontre des deux médias produit une nouvelle émotion, renvoyant à la contemporanéité recherchée. Isabelle a choisi des sous-titres extraits des œuvres du poète, ici Au royaume de Tachycardie. Sonia a trouvé et monté des stock-shots qui correspondent à notre idée. Sur l'animation de Mika j'ai composé un petit générique plutôt minimaliste qui n'écrabouille pas le film déjà très court, en l'enregistrant avec un Tenori-on, instrument électronique japonais dont les notes sont lumineuses. Il fallait à la fois que ce soit gentil et actuel, d'où le rythme electro qui entre sur la seconde partie. J'ai ajouté encore deux sons de percussion pour souligner l'apparition de "Exquis" et "une série d'ultra-courts collages".


Mikaël Cixous a réalisé l'animation de La crosse en l'air (Ceux qui croa-croa), second épisode qui rend hommage à la superbe diction de Serge Reggiani. La revendication athéiste de Prévert tombe bien alors que pullulent les communautarismes nauséabonds.


Mais voici l'épisode "pornographique" risquant la clôture du site de TV5MONDE... À la 38ème seconde une fille à poil, nom d'un chien ! Le puritanisme des Américains est tout de même quelque chose. Il n'y a pourtant aucun algorithme capable de déceler la présence des tétons de la belle. Pour que les administrateurs du site de Zuckerberg se réveillent il faut des délateurs. Il y a donc sur le Net de bonnes âmes à l'affût, prêtes à dénoncer les contrevenants comme au pire temps de la collaboration. Prévert en aurait bien ri, d'autant que ce n'est pas l'aspect le plus sulfureux de Je suis comme je suis (Avec les jolies filles et avec les vieux cons). Sonia murmure le texte avec gourmandise comme si elle provoquait le curé derrière la grille d'un confessionnal tandis que, derrière elle, avance la procession sataniquement renversée des intégristes de St Nicolas-du-Chardonnet ! Elle a monté le film à partir de trois collages de Prévert, Soir d'automne, La Beauté du Diable et Rêveuses éveillées.


J'ai raconté ici la séance d'enregistrement de Étranges étrangers (L'amour est sang Mêlé) avec le drône pour cinq synthétiseurs et surtout ma harangue à la Ventoline. Sonia a trouvé des documents incroyables pour illustrer ce texte mordant qui rappelle que la soi-disant patrie des Droits de l'Homme tient sa richesse des immigrations successives dont elle a bénéficié. Sur le site créé par TV5MONDE nos ultra-courts métrages sont chaque fois suivis d'un témoignage d'Eugénie Bachelot-Prévert pour lesquels j'ai créé de discrets décors sonores ou musicaux, glissés électroniques, bigots cul par-dessus tête, bombardement et petite rivière, comme si nous faisions entrer la fiction par la fenêtre. Il reste huit épisodes, à raison d'un chaque mercredi et samedi. Et déjà le cinquième est en ligne puisque nous sommes jeudi !

jeudi 20 avril 2017

Maudits tétons


Dans quel monde vivons-nous ? En 2017 j'ai l'impression de revenir un siècle en arrière.
Lorsque Isabelle Fougère nous a proposé de réaliser avec elle une web-série sur Jacques Prévert, elle nous a demandé de mettre en valeur la modernité et l'actualité du poète. Nous partons chaque fois d'un de ses textes ou ses collages et, avec Sonia Cruchon et Mikaël Cixous, nous travaillons free style, dans une liberté qui seule permet de s'amuser et donc d'inventer des créations inattendues. Chaque mercredi et samedi TV5MONDE place un nouvel épisode sur son FaceBook, tandis que sur le site dédié à la série chacun est suivi d'une courte intervention de Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille de Prévert. La semaine dernière nous avons ainsi publié Le roi et l'oiseau (Au vaste Royaume de Tachycardie) et La crosse en l'air (Ceux qui croa-croa).
Or hier TV5MONDE a préféré couper le troisième épisode intitulé Je suis comme je suis (Avec les jolies filles et avec les vieux cons) avant l'apparition des tétons de celle qui se confesse pour ne pas risquer d'être censuré par le puritain FaceBook, voire que leur compte soit carrément bloqué comme c'est déjà arrivé dans le passé... Isabelle m'écrit ce matin : "La vraie question, c'est pourquoi est-ce que nous, auteurs, diffuseurs, sommes aussi dépendants de ce réseau sur lequel on crache, mais qu'on ne peut quitter ? Quelles alternatives ?" L'épisode (nu) intégral est donc heureusement savourable sur le site ! Cette pudeur très américaine aurait fait grimper Prévert au plafond. Nous l'accompagnons donc au ciel (de lit) en précisant avec malice que l'ambiance renversée du court métrage fut enregistrée à l'église St Nicolas-du-Chardonnet, fief des intégristes catholiques et d'une frange de l'extrême-droite française proche du traditionalisme.
Après ces deux derniers épisodes sulfureux, samedi ne manquez surtout pas le quatrième, plus d'actualité que jamais, puisqu'il s'agira d'Étranges étrangers (L'amour est sang Mêlé) !

Le site Prévert Exquis

mardi 11 avril 2017

La websérie Prévert Exquis, épisode 1


On s'est bien amusés. Au tour des internautes de se marrer en regardant les 12 épisodes de Prévert Exquis, la web série consacrée à Jacques Prévert dont c'est le quarantième anniversaire de la mort. Aujourd'hui, lancement de la web série par TV5MONDE des deux premiers de ces ultra-courts métrages ! Chaque mercredi et samedi un nouvel épisode, et ce pendant six semaines... L'idée était de montrer que Prévert n'est pas (seulement) un poète qui a écrit des chansons pour les enfants, mais un artiste engagé politiquement, un anarchiste mordant qui aimait se moquer du monde et déclarer son amour avec la plus grande liberté. Nous voulions aussi le remettre au goût du jour, car ses écrits sont très actuels, mais aussi afficher ses collages et embrasser l'ensemble d'une œuvre polymorphe qu'il aborda en écrivain, parolier, scénariste, plasticien...
Isabelle Fougère, ayant découvert notre Machine à rêves de Léonard de Vinci, nous a proposé de réaliser avec elle des petits formats qui mettent en valeur le provocateur et le grand cœur, le titi et l'insoumis, le surréaliste et l'idéaliste. Comme toujours, plus on laisse des artistes libres d'inventer, plus savoureux est le dessert ! Sonia Cruchon a cherché et monté des images qui fassent contrepoint, Mikaël Cixous a assuré la création graphique, j'ai sonorisé et mis en musique l'ensemble, mais tous les quatre avons rivalisé d'imagination pour sortir des sentiers battus de la poésie attendue. Pour chaque film nous sommes partis d'un texte ou d'un collage et nous avons cherché le complément, un pont entre leur création et leur interprétation, entre hier et aujourd'hui.
Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille de Prévert, a accepté de commenter nos élucubrations en racontant des anecdotes inédites, des détails intimes de la vie de ce personnage à la fois drôle et sévère, critique féroce de l'absurdité des hommes et respirant le bonheur de vivre. Sur les réseaux sociaux sont diffusés les 12 épisodes tandis que sur le site de TV5MONDE ces Exquis sont suivis des entretiens avec Eugénie Bachelot-Prévert.

vendredi 24 mars 2017

Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma


La première chose qui surprend en arrivant au Festival International du film d'Aubagne Musique et Cinéma est la jeunesse de ses participants et des spectateurs. Les métiers artistiques attirent de plus en plus de candidats à une vie rêvée où l'imagination peut s'épanouir en marge des circuits formatés de l'insertion professionnelle. Le cinéma et la musique sont des secteurs qui inspirent la liberté alors que leur coût souvent élevé risque d'enfermer ses protagonistes coincés entre les fourches caudines d'une demande qui laisse peu de place à l'offre. Combien de ces jeunes réalisateurs et réalisatrices ont le fantasme d'un long métrage et se retrouveront acteurs d'un secteur audiovisuel en expansion, mais axé sur le service, la communication d'entreprise, la publicité, ou travailleront, au mieux, pour l'un des magazines télé qui inondent les chaînes thématiques ? À quels interlocuteurs seront-ils confrontés ? Les décideurs, issus d'écoles de commerce, ont remplacé depuis longtemps les producteurs, cinéphiles qui ne prétendaient pas penser à la place du public ! Pourquoi tant de compositeurs et compositrices aimeraient écrire pour le cinéma alors que quelques heureux élus trustent la plupart des films à budget conséquent ? Heureusement la musique appliquée subit moins de pressions budgétaires que le cinéma et beaucoup exerceront leur art dans le cadre de commandes plus modestes, mais qui leur permettra de ne pas forcément renier leurs aspirations premières. L'audiovisuel demande de la musique pour soutenir ses images, homogénéiser ses montages, donner un supplément d'âme à ses productions. Hélas trop souvent les partitions sonores ne font que souligner au marqueur fluo les intentions des réalisateurs. Peu utilisent les ressources réelles du son dans un esprit de complémentarité où le hors-champ prend tout son sens. Les compositeurs français ont pourtant longtemps lutté contre la tradition américaine, très illustrative, à l'instar d'un Maurice Jaubert, modèle incontournable du compositeur de musique de film dans notre pays. La relève existe évidemment et des cinéastes comme Jacques Tati ou Jean-Luc Godard ont su expérimenter dans le passé d'astucieuses combinaisons entre l'image et le son.
Plusieurs remarques s'imposent. Un, la musique de film ne saurait être un genre. À chaque projet correspond un traitement particulier et seule l'audace permet de sortir des sentiers battus. Deux, il est plus facile de composer que de réaliser, car on reste musicien en sifflant sous sa douche tandis qu'en tant que cinéaste le plan n'est pas le territoire, un scénario n'est pas un film. J'ai rencontré tant de metteurs en scène malheureux lorsqu'ils ne tournaient pas, et non des moindres, alors que les musiciens sont souvent des gens heureux, même en période de disette. Trois, tout reste à inventer dans l'équation audiovisuelle, les accompagnements musicaux de la plupart des films se contentant d'accélérer le rythme cardiaque des spectateurs ou d'envelopper d'un sirop lénifiant les scènes sentimentales.


Un festival comme celui d'Aubagne, dont c'est la 18e édition, est d'autant plus indispensable qu'il met en relation artistes et producteurs, réalisateurs et compositeurs. Ainsi, par exemple, un producteur de courts métrages choisit parmi vingt-cinq scénarios ceux qui l'intéressent, rencontre leurs auteurs pendant une heure, puis une conversation à trois le retrouve avec un réalisateur face à quatre à six compositeurs qui, de leur côté, bénéficient souvent de deux rendez-vous. La plupart des prétendants sont liés à un CNSM et ont entre 27 et 35 ans. La compétition rassemble 73 courts métrages choisis parmi 2000 reçus, et 10 longs métrages. Quantité d'autres films sont projetés dans les salles d'Aubagne hors compétition. Il y a aussi un programme pour les collégiens et lycéens. Dépendant de la faculté de sciences de l'Université d'Aix-Marseille, le SATIS implanté à Aubagne forme aux métiers de l'image et du son, avec 140 étudiants par an répartis sur trois années de formation (3e année de Licence et Master), et un doctorat. Avec le concours de la Sacem, le Festival organise chaque année une master class de composition de dix jours. Cette fois le compositeur Jérôme Lemonnier s'adresse à neuf jeunes compositeurs qui réécrivent des partitions originales de cinq courts métrages existants : Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang-Vija (2015), Le voyage dans la lune de Georges Méliès (1902), Les allées sombres de Claire Doyon (2015), 5mn80 de Nicolas Deveaux (2013) et Tma, Svelto, Tma de Jan Svankmajer (1989). Trois ciné-concerts sont d'ailleurs organisés avec le SATIS, l'EEAMS (European Education Alliance for Music and Sound in Media) et les écoles d'Edimburgh, Babelsberg, Utrecht... Comme tout ce monde aime la fête, des concerts complètent le panorama, dont une soirée Chinese Man Records avec Phono Mondial, Alo Wala et DJ Craze, à laquelle je ne manquerai pas de me rendre !

vendredi 10 mars 2017

Étranges étrangers


Mes 150 cartes postales de mardi dernier m'ont toutes été retournées. Elles donnaient un effet nostalgique au poème de Jacques Prévert. Comme Isabelle suggérait que la lecture du texte soit véhémente, Sonia a eu l'idée de la société de contrôle. Pour contrebalancer le montage assez découpé, j'ai composé un drone bien épais en bloquant une touche de chacun des cinq synthétiseurs, le VFX, le V-Synth, le Wave, le Roland et un échantillon sur Kontakt. Malgré un petit jeu sur les potentiomètres de la table de mixage, aucun de mes mouvements ne semble perceptible. Le plus difficile fut de haranguer la foule pour interpréter cet Étranges étrangers. Comme je m'étranglais, Olivia qui passait par là me conseilla une petite giclée de Ventoline pour que j'arrive à finir mes phrases ! Elle était surprise du contenu politique du poème de Prévert. Peu de gens savent à quel point il s'engagea toute sa vie et comment cela transparaît dans son travail. L'idée, comme toute la série, est de montrer à quel point il n'a pas pris une ride. Là, c'est même d'une actualité brûlante. J'ai l'impression que les premières prises de voix m'étaient dictées par De Gaulle ou Malraux, avant que je rectifie le tir, apportant mes propres nuances dans les passages sensibles. La réverbération donne l'effet du meeting. Pendant les respirations j'ai ajouté quelques effets musicaux délicats, mais qui se sentiront lorsque Sonia aura calé ses plans d'archives. Ce ne sont que des sons électroniques inspirés par les oiseaux du bled, le défilé du 14 juillet ou les bombes incendiaires dans les rizières. Dans le colis envoyé par WeTransfer j'ai glissé deux ambiances de foule et un pseudo son de drone pour sonoriser la caméra de surveillance qui nous survole. On verra bien si on le garde ou pas, mais à la fin de la séance j'étais exténué, quasi aphone, et plutôt content du résultat...

mardi 7 mars 2017

Gymnastique cinématographique


Avec Isabelle, Mika et Sonia, nous travaillons depuis des mois sur un projet de web-série dont Jacques Prévert est le sujet. Le poète faisant partie de ces touche-à-tout de génie comme Cocteau ou Lynch, notre fantaisie peut s'épanouir en toute liberté. Mika fait des animations graphiques, Sonia trouve des images incroyables qu'elle synchronise avec la voix des acteurs dont elle fait également partie, Isabelle pioche dans le fonds Prévert et interroge la petite fille de celui qui, non content de composer des vers impertinents, fit des collages, écrivit des dialogues pour le cinéma, s'engagea politiquement pour dénoncer l'absurdité du monde, etc. Nous imaginons tous ensemble les scénarios de nos petits courts métrages, ma spécialité musicale et sonore agissant en contrepoint. En janvier nous avions livré nos vœux avec L'amour à la robote en avant-goût de la série Prévert Exquis.
Comme j'avais suggéré de filmer des cartes postales pour accompagner le poème Étranges étrangers, j'ai passé hier après-midi à quatre pattes dans le studio à en installer tout autour de moi pour réaliser ensuite une sorte de banc-titre panoramique circulaire à main levée. C'est juste un test, mais cela m'a pris du temps de disposer les centaines de cartes en couronne, le plus souvent côté face, mais laissant parfois apparaître quelques mots manuscrits et les timbres faisant foi. J'attends le retour de mes camarades avant de casser cette mise en scène, qu'on la filme plus correctement ou qu'on la jette à la poubelle, espérant que Django et Oulala ne s'amuseront pas à faire de la luge sur le papier glacé.
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