Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 17 mai 2013

L'art numérique existe-t-il ?


Le nouveau numéro de la revue bilingue Art Press 2 est intitulé L'art dans le tout numérique, en anglais Art in the Digital Age. À l'instar de la célèbre phrase de Marshall McLuhan il est devenu commun de confondre le message et son médium. Si la peinture, la sculpture, la musique, etc. définissent le champ d'intervention par les outils employés, alors le numérique peut prétendre à la même reconnaissance. Il ne permet pas pour autant de certifier ce qui tient de l'art ou de la science. La majorité de ses acteurs ne se livrent en effet qu'à des expériences dignes du Palais de la Découverte en revendiquant abusivement le statut d'artiste. On ne peut confondre l'art et le message. Tous les peintres ne sont pas des artistes, et aujourd'hui nombreux artisans repeignent les murs de leur ordinateur en croyant faire œuvre. Nous sommes une fois de plus témoins des ravages de l'héritage de Marcel Duchamp, où le concept s'affiche dans le programme sans que le réel confirme ces prétentions. Il ne peut y avoir d'art que dans le refus du consensus, la construction de mondes qui s'opposent à celui qui nous est imposé socialement, politiquement, esthétiquement, philosophiquement... Si les contributeurs de la revue se fourvoient souvent en choisissant leurs exemples (entre autres, près du tiers des pages est squatté par le Centre des Arts d'Enghein-Les-Bains ressemblant à une pub déguisée), les plus distanciés par rapport à un marché encore imaginaire produisent les articles les plus intéressants. Ainsi Jean-Louis Déotte interroge l'immatérialité et le rapport forme/contenu en convoquant l'histoire, ou Jacinto Lageira met sérieusement en doute la liberté qu'offriraient Internet et les réseaux. L'analyse du passé, de formes d'expression autres que plastiques ou d'alternatives tout autant contemporaines permettrait d'éviter les jugements prématurés et des choix plus amicaux que raisonnés. Comme d'habitude avec ce genre de publication survolant rapidement un champ d'intervention extrêmement riche et étendu sa lecture vous passionnera, vous perdra, vous énervera selon votre degré de connaissance et d'implication.
Certains ne manqueront pas de me faire remarquer que je crache dans la soupe en me montrant du doigt les huit photos des lapins de Nabaz'mob en page 14. Je m'en réjouis évidemment comme des huit pages de la revue chinoise Hello qui leur sont consacrées ou de l'annonce prochaine de leur résurrection après une petite hibernation dont nous ignorons parfois si elle leur sera fatale. Cent lapins robots en plastique qui bougent les oreilles, font de la lumière et de la musique, c'est éminemment suspect s'il n'y avait, derrière, de méchantes intentions et, devant, un spectacle féérique. Il n'empêche que parmi toutes nos créations c'est justement cet opéra kawaï qui rencontre un succès imprévisible. Je ne suis pas différent des journalistes et divers auteurs d'articles qui parlent toujours d'eux-mêmes entre les lignes sous prétexte de rendre compte de leur époque et de ce qui s'y joue. Cette constatation permet de relativiser ce que nous lisons dans la presse, que la critique soit bonne ou mauvaise. Ces galeries d'auto-portraits ont le mérite d'attirer notre attention sur des sujets qui nous étaient parfois inconnus.

lundi 29 avril 2013

Winshluss décape au Musée des Arts Décos


Donner le sous-titre d'Un monde merveilleux à l'exposition consacrée au dessinateur de bande dessinée Winshluss par le Musée des Arts Décoratifs à Paris est évidemment un euphémisme. En interprétant les contes pour enfants de la manière la plus critique l'artiste revisite ses classiques comme Spike Jones le faisait en musique. Rien de pervers dans cette cruauté sarcastique, car ces histoires terribles n'ont jamais eu d'autre objectif que de préparer les gosses au monde qui les attend, autrement plus violent que les élucubrations hilarantes de Winshluss. Celui-ci remet simplement les pendules à l'heure, déréglées par l'angélisme puritain américain dont Walt Disney est le dieu. Qu'il aime le monde dans lequel il a grandi ne l'empêche pas d'en souligner ses horreurs et son absurdité suicidaire. Winshluss le réalise avec un talent exceptionnel, variant ses interventions selon les projets, de la bédé Pinocchio (Fauve d'Or du meilleur album au Festival d'Angoulême 2008), déjà chroniqué dans cette colonne, à ses remarquables films d'animation, sculptures, installations, sans oublier les films Persepolis (Prix du Jury du Festival de Cannes, Césars du meilleur premier film et de la meilleure adaptation) et Poulet aux Prunes, tous deux réalisés avec Marjane Satrapi sous son véritable nom, Vincent Paronnaud !


Pour l'exposition Winshluss, un monde merveilleux, présentée dans la Galerie des Jouets du Musée des Arts Décoratifs jusqu'au 10 novembre 2013 par son audacieuse commissaire Dorothée Charles, l'artiste a imaginé quatre grandes vitrines dont les grands magasins feraient bien de s'inspirer pour le prochain Noël afin de rompre avec l'ennui qu'ils déversent désormais. Dans la première, Barbapatomique, une pieuvre rose proche de The Host s'attaque aux petits soldats de son enfance. Et de citer Umberto Eco : « Tu te libéreras de tes rages, de tout ce que tu réprimes en toi, et tu seras prêt à accueillir d’autres messages, qui n’ont pour objet ni mort, ni destruction. » Le jeu guerrier pourrait donc n’être que simulacre et exutoire nécessaires. La seconde passe à la moulinette sept contes de Perrault, Andersen et des frères Grimm, dioramas aux plans superposés et joliment éclairés révélant la cruauté à conjurer de ces histoires monstrueuses que l'on raconte aux enfants pour qu'ils s'endorment ! Après la salle des petits écrans où sont montrés de formidables films d'animation, Il y a 5000 ans disparaissaient les dinosaures est une allégorie amusante mettant en scène les exclus de toute société avec son Arche de Noé affichant complet. La dernière vitrine est la plus méchante avec ses poisons de consommation courante exposés en rayonnages, raviolis au cyanure (spécial crise), foie gras de chômeur (élevé en HLM, nourri à la bière et aux pâtes), Minou Minou (aliment pour chat difficile contenant une famille entière de souris), Subutex Mex, saucisse de hamster, etc.
Malgré cette vision éminemment corrosive et "politiquement incorrecte" le rêve ne perd pas une once de son pouvoir. Pour une fois, retomber en enfance ne trahit pas sa réalité complexe. Quiconque a joué un jour avec des allumettes reconnaîtra dans la propre effigie de Winshluss transpirant dans les flammes que jouer n'est pas souffler, mais brûler, brûler le carcan que la société impose pour être capable de grandir et penser par soi-même. Quel soulagement de découvrir une œuvre humoristique qui fait la part belle à l'intelligence et explose de couleurs et de formes. En sortant de l'expo, Françoise suggère que c'est à des gens comme Winshluss que le Front de Gauche devrait s'adresser pour renouveler les images de la résistance !

jeudi 25 avril 2013

Prisonnier des rêves


Le décalage est le sixième volume de Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves, saga drôlement philosophique et sérieusement absurde du dessinateur Marc-Antoine Mathieu (Ed. Delcourt). Cette fois, le brochage a pris un coup dans l'aile : on commence par la page 7 qui fait zapper la couverture en page 60. Comme si les personnages avaient besoin de ça en plus, trois pages ont été déchirées en plein milieu, ce qui n'arrange pas leur histoire. Déjà L'origine abritait une non-case, La qu... prenait des couleurs, Le processus déployait un pop-up, Le début de la fin renvoyait à La fin du début et La 2,333e dimension passait par la vision en relief ! Hors cette collection, son 3" est l'un des chefs d'œuvre de ces dernières années, tous genres confondus. En page 55, puisqu'on est aujourd'hui dans Le décalage, l'auteur remercie ses muses, Windsor McKay, Fred, Moebius, Francis Masse, l'Oubapo... Ils peuvent être fiers de leur rejeton ! Pour évoquer ce nouvel album de bande dessinée, je vous renvoie à la remarquable chronique de Jean-Claude Loiseau dans Télérama, car je suis incapable de me répandre aussi bien en louanges. C'est chouette quand le travail est déjà fait !

jeudi 11 avril 2013

Le monde enchanté de Jacques Demy + une question


En sortant de l'exposition Le monde enchanté de Jacques Demy je me suis posé une flopée de questions. Inconditionnel des Parapluies de Cherbourg, des Demoiselles de Rochefort, Peau d'âne, Une chambre en ville et de quelques autres de ses films qui m'accompagnent depuis si longtemps, je me demande à qui s'adresse ce genre de présentation. À connaître son œuvre par cœur on ne peut qu'être touché par les documents exposés, mais ce fétichisme laisse toujours sur sa faim. Si l'on est étranger à son univers mieux vaut voir les films que suivre les explications des guides ou lire les cartels sur les cimaises. Les extraits projetés et les casques audio ne remplacent pas l'immersion hypnotique du spectacle cinématographique, d'autant qu'il manque fondamentalement à cet hommage la musique, beaucoup trop discrète pour recréer le rêve auquel nous pourrions aspirer. Le coffret de l'intégrale DVD devient alors une acquisition indispensable. Idem avec le somptueux catalogue édité pour l'occasion par la Cinémathèque Française et Skira Flammarion, recelant, semble-t-il, plus de trésors qu'il n'en est donné à voir dans la scénographie, somme toute, modeste de ce monde en-chanté. Mais le catalogue vaut cinq fois l'entrée à l'expo (jusqu'au 4 août).

Avant de soulever les questions qui me tarabustent sur la nouvelle muséophilie, je souhaite dévoiler quelques pistes qui m'ont particulièrement ému : Jacques Demy restera physiquement le même jusqu'à sa mort, éternel rêveur adolescent ; comme Jean Cocteau il ne cessera de s'intéresser à la jeunesse, toujours attentif aux nouvelles formes de vie et de création ; le vague à l'âme de ses photographies et de ses tableaux rappellent Hopper ou Hockney ; Agnès Varda est évidemment très présente, mais les deux œuvres semblent indépendantes ; le rêve est plus sûr que la réalité...

Et puis j'ai rapproché cette visite de celle de Dynamo la veille. Aujourd'hui les expositions attirent le grand public, mais l'art a disparu. C'est devenu un phénomène culturel. Jean-Luc Godard rappelait : "La culture est la règle, l'art est l'exception." Dynamo est ludique, c'est chouette, pouvait-on attendre de sa thématique autre chose qu'un terrain de jeu ? Le monde enchanté de Jacques Demy respire une nostalgie mélancolique, c'est sympa, mais l'art a disparu avec son mystère. N'est-ce plus affaire que de marketing ? Le nombre d'entrées est devenu plus important que les conditions de monstration ! L'arsenal pédagogique se déploie aussi sûrement que le commerce des objets dérivés. Pourquoi faut-il que le plus grand nombre rime avec l'éradication des ombres ? À vouloir faire du chiffre, la démocratisation de l'art signe sa mort là où on aurait pu imaginer jouer des perspectives de la magie de l'invisible. Cela se réalisera ailleurs, là où le concept de rentabilité fait sourire, dans de nouveaux espaces à inventer, griffonné dans les marges des cahiers de compte, sur les murs, sur les ondes... La proximité des œuvres permettra néanmoins à certains de traverser le miroir, mais les rencontres ne se commandent pas, elles se travaillent, naissant de l'amour ou de son manque... À vouloir tout expliquer on en perd la raison. La question du pourquoi doit rester infinie.

mercredi 10 avril 2013

Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement au Grand Palais


Dès l'entrée de l'exposition Dynamo sous titrée Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art, 1913-2013 nous sommes pris en charge par un cadre d'Orange qui nous explique comment utiliser l'application pour smartphone iOS et Androïd développée avec la Réunion des Musées Nationaux et le Grand Palais. Il suffit de se connecter au réseau wi-fi, de télécharger l'appli pour photographier ce qui nous fait envie ou laisser des commentaires par ci par là, remportant avec nous une trace de notre visite ou déposant nos impressions pour les partager. À la sortie je vois ainsi nos photos s'afficher sur le mur d'images que l'on pourra également retrouver sur le site grandpalais.fr. Un tag NFC ou un code chiffré à rentrer pendant la visite et le tour est joué ! L'initiative a déjà le mérite de laisser photographier les œuvres des 150 artistes exposés sans que les gardiens s'en mêlent. Françoise pousse la fantaisie jusqu'à enregistrer discrètement leurs commentaires tandis que nous admirons un James Turrell, même si c'est loin d'être l'un de mes préférés de son auteur !


Si le thème de Dynamo me fascine je suis un peu déçu par la partie cinétique style Vasarely un peu ringarde. Les pièces de Nicolas Schöffer, Carlos Cruz-Diez, Dan Flavin, Jesùs-Rafael Soto, Anish Kapoor correspondent mieux à mon attente. L'une des pièces maîtresses est la réplique du Labyrinthe du GRAV (groupe de recherche d’art visuel) créé en 1963 pour la Biennale de Paris, œuvre collective de Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein, Jean-Pierre Yvaral. Y pénétrer fait partie du jeu, terme qui colle immanquablement au thème de l'exposition. Le ludisme est l'un des moteurs de l'art optique, manière facétieuse de marier la lumière et le mouvement. Terminer avec les pionniers Duchamp, Calder, Delaunay, Eggeling, Richter, Kupka, Ruttmann, Moholy-Nagy, etc. est une excellente idée. Il vaut souvent mieux jouer sur le plaisir de la découverte pour sortir plus tard la carte pédagogique !
Dehors la sculpture de brume de Fujiko Nakaya qui a envahi le bassin est bien dans le bain de cette exposition qui devrait ravir petits et grands (jusqu'au 22 juillet).

Ann Veronica Janssens Bluette, 2006 / Nicolas Schöffer Le Prisme, 1965
Photos JJB © Adagp, Paris 2013

lundi 11 février 2013

Seconde Nature invite Clauss-Birgé-Kassap


Si je travaille avec Nicolas Clauss depuis le début du siècle, du site Flying Puppet à La machine de Leonardo da Vinci en passant par Somnambules et Les Portes, j'ai connu Sylvain Kassap en 1976, mais nous n'avions encore jamais joué ensemble en public si ce n'est au sein de la Compagnie Lubat à la fin des années 70. Dans une intimité partagée avec quelques autres Allumés il nous est arrivé d'improviser lors de rencontres inopinées, mais il aura fallu trente-sept ans pour croiser nos univers sonores sur une scène. L'occasion est trop belle.
Dans le cadre de l'exposition de Nicolas organisée par Seconde Nature du 22 janvier au 15 mars à Aix-en-Provence, nous présenterons donc en trio une performance audiovisuelle ce mardi 12 février à 19h. Improvisant (sur) huit tableaux interactifs, nouvelles versions de Jumeau Bar et Fès, plus cinq inédits dont Pozzallo, Entraves, Arpettes et Bâches, nous réfléchirons ces espaces abritant d’étranges rituels : autour d’un zinc, sous le soleil marocain, dans un cimetière sicilien, au milieu de danseurs, dans un atelier de couture, sur une mer imaginaire… Les clarinettes et le chalumeau de Sylvain dessineront de merveilleuses mélodies tandis que je caresserai mon nouveau clavier ou les boutons lumineux du Tenori-on. Il transformera ses sons avec un KaosPad, je tordrai le cou de l'un et l'autre avec mon éternel H3000, et nous inviterons le public à rejoindre nos évocations somnambuliques sous les trois écrans où se formeront et déformeront d'hallucinantes images, beauté convulsive et prisme critique.

Sur réservation ou 3 € pour les non-adhérents.

jeudi 7 février 2013

Disparition soudaine et momentanée


Ce jour-là, La Machine à rêves de Leonardo da Vinci était réapparue après une éclipse de trois jours de l'Apple Store suite à un bug du plus obscur.
Si Jacques Perconte appuya sur le déclencheur de son appareil il rata ma disparition soudaine entre le podium et l'écran. Pourtant prévenu de ne pas dépasser la ligne blanche continue, je n'avais pas prévu d'appuyer ma démonstration en allant toucher les images projetées sur le mur. Exclamation de stupeur dans la salle du CFA lorsque je m'enfonçai dans le trou noir, me rattrapant de justesse et glissant en souplesse dans les cinquante centimètres béants. Rien de cassé, lunettes écrasées, bientôt réparées par l'opticien de la Porte des Lilas. Un peu contrarié je continuai ma conférence sur le design sonore et la création musicale dans leur relation aux images sans montrer mon émoi. Et moi, et moi, et moi, chantait Dutronc. Mon intervention autour de ma vie, mon œuvre s'appuyait cette fois sur la projection d'Alphabet, Leonardo et FluxTune. Je citai Cocteau, Renoir, Ophüls, pour justifier de la nécessité des arrières pensées, de la technique pour pouvoir l'oublier, des hors-champs géographiques ou temporels...
Il y a plus de trente ans j'étais tombé de la scène de Villeneuve d'Ascq tandis que je pratiquais la respiration continue. Roulé boulé avec la flûte en bouche, je faillis bien me tuer. Les pieds en l'air la tête en bas, pour rassurer mes deux camarades restés en haut je repris la musique à l'endroit où j'en étais resté avant de dégringoler.
Rescapé, j'ai pris l'habitude de prendre des repères et d'assurer mes arrières. C'est sans compter l'enthousiasme qui vous fait oublier jusqu'à votre propre corps !

lundi 4 février 2013

Le Modèle Standard de Masse


Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte à Francis Masse ?
Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte ?
Suis-je seul dans l'univers ?
Suis-je seul ?
Suis-je ?
Gloups !

Les matheux s'en donneront à cœur joie, les poètes s'envoleront vers les étoiles, les amateurs de BD en auront pour leur compte et tous finiront par se marrer. En déménageant de Grenoble vers l'Hérault, Francis Masse a fait exploser le carcan de la bande dessinée, il a construit, sculpté, sérigraphié et le voici de retour avec un nouveau concept, le dessin d'humour scientifique ! Sur chaque page, un dessin, une légende (en français et en anglais !), presque un modèle standard... Les mots compliqués pour les rétifs à la théorie de la relativité sont en italiques et clairement expliqués dans un petit glossaire à la fin de l'ouvrage. Car le Modèle Standard avec des capitales renvoie à la physique des particules. Fan de ses courts métrages hirsutes où Albrecht Dürer croise le flaire avec Luis Buñuel je retrouve en une seule vignette la profondeur philosophique de ses sagas d'aimant ciel, s'appuyant toujours sur le réel d'après-demain, sorte de surréel spéculatif où l'humour ne se moque jamais de la science, bien au contraire, mais la souligne en allégories loufoques sans entamer la rigueur de l'analyse. Si les équations vous rebutent vous pourrez toujours apprécier l'adéquation entre les superbes images à la plume et au pinceau et les évocations quantiques et cosmologiques de ce bel ouvrage de 112 pages édité par Le Chant des Muses. Et Masse de conclure dans sa préface : « Maintenant, il est trop tard, le trou noir (de chine) nous absorbe… Accrochez-vous au pinceau, dans ces pages, les échelles se dérobent… »

mardi 29 janvier 2013

Applications zombies


Les chiffres sont incroyables. Sur les 775 000 applications iOS disponibles sur l'Apple Store, plus de 400 000 d'entre elles ne sont jamais téléchargées, d'où leur appellation de zombies. Pourtant, sans les mises à jour ni les retéléchargements, il y a eu 25 milliards de téléchargements sur l'App Store (iOS). Apple en a annoncé 40 milliards dont 2 milliards en décembre dernier. 500 millions de comptes avec cartes de crédit sont enregistrés. Près des 2/3 des applis sont donc mort-nées, faute de visibilité et de référencement correct par Apple, lit-on ici et là. Le classement officiel pousse les utilisateurs vers les mieux placées, amplifiant le phénomène. Les gros éditeurs dépensent ainsi des sommes considérables pour être en tête, laissant sur le carreau les petits développeurs. On frise aussi l'absurde avec 1 900 applications de lampe-torche !


Pour répondre aux mêmes critiques lues il y a 14 ans sur Amazon.com à propos de CD-Rom Alphabet, notre application artistique ne sert à rien, du moins pas directement, puisque ce n'est ni un outil pédagogique ni un couteau suisse. La Machine à rêves de Leonardo da Vinci créée avec Nicolas Clauss est une œuvre ludique, interactive et contemplative. Il aura suffi d'un article sur vipad.fr pour qu'elle se retrouve en 10ème place du classement général de l'App Store et en 2ème du divertissement. Nous n'avons pas eu le choix de la catégorie, c'est ce qui s'en rapprochait le plus, vu que notre machin(e) ne ressemble à rien d'autre. Percée de courte durée, La machine à rêves a redégringolé dans le classement en attendant que les journalistes s'en emparent. Le service de presse de la Cité des Sciences et de l'Industrie n'a pas levé le petit doigt pour promouvoir ce que le service des éditions et du transmédia avait produit. Nous comptons maintenant sur le bouche à oreille pour passer le mot : "il existe un truc gratuit hallucinant qui fonctionne sur iPad2 et iPad3."

vendredi 25 janvier 2013

Portes ouvertes à l'EnsAD (atelier scénographie)


Ils, ou plutôt elles tant le féminin prime en nombre à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, ont rassemblé leurs forces pour créer une seule et collective installation scénographique dans le cadre des Portes Ouvertes vendredi 25 et samedi 26 janvier de 12h à 20h. Cela se passe au sous-sol du 31 rue d'Ulm à Paris. Durant ces cinq derniers mois, Raymond Sarti, accompagné de Claude Nessi et Bernard Skira, les a laissés imaginer cet incroyable paysage à partir des moulages en plâtre retrouvés dans les archives. Stéphanie Daniel a supervisé la mise en lumière comme je le faisais pour le son, confiant aux étudiants le soin de concrétiser leurs idées. La vingtaine d'élèves de 3e et 4e année ont mis la main à la pâte et bien heureusement détourné le sujet. Ainsi leur texte annonce :
L'homme évolue dans un monde immense et dense, un monde qui lui semble infini, immuable. Pour s'y inscrire malgré tout, il a recours à des conventions, vaines tentatives qui visent à mettre le monde à sa portée et à l'organiser. La Terre devient ainsi une mappemonde qu'il tient dans sa main. Les distances sont traduites par des systèmes d'échelles, et tout ce qui nous entoure et nous atteint peut être nommé, contrôlé. L'art joue avec ces conventions, peut-être pour en dévoiler une part d'absurdité, sans doute pour révéler la dualité qui oppose notre perception réduite du monde à sa véritable nature. L'art se fait messager et nous permet de naviguer de l'un à l'autre avec plus de douceur. Une possibilité d'harmonie est perceptible.


Pas question de dévoiler la suite. Venez vous laisser surprendre. L'installation monumentale Voir & Mouvoir est particulièrement interactive. Le son y a toute sa place. La seconde photo dévoile d'ailleurs un piano préparé avec système de poulies caché sous le lycra. L'enthousiasme de cette grande équipée est communicatif. En partant, Raymond me glisse une petite phrase lue sur un mur du quartier du Panier à Marseille où il vient de livrer Méditerranées, l'exposition inaugurale de Marseille Provence 2013 : "L'éducation ne consiste pas à gaver les enfants, mais à leur donner faim"...

lundi 7 janvier 2013

Volontiers


Crise, mon œil ! Travail, mes oreilles ! Désir, mes lèvres ! Intuition, mon nez ! Recherche, mes lunettes ! Course, mes doigts sur le clavier ! Je convoque tous mes sens pour faire avancer nos affaires malgré les coupes sombres qui plombent le paysage culturel. La léthargie ambiante n'a pas voix au chapitre si nous nous groupons pour faire face au cynisme et à l'incompétence. Tous les secteurs sont touchés. La peau de chagrin est portée en étendard. Tous les jours j'invente quelque chose. La nuit mes rêves ressemblent au réel, mais chaque fois un petit décalage les range au rayon des désirs inassouvis. C'est bien. Le ciel est gris, mais mon cœur est radieux. Par mes vêtements j'affiche mes peintures de guerre, dynamitant les tentations à l'abattement. On ne baisse pas les bras. On ne les lève pas non plus. On les envoie droit devant. Direct du gauche. L'ennemi ne s'y attend pas. Il n'y croit pas. On a beau étaler les preuves, ils disent que ce ne sont que des rumeurs, ils font semblant, semblant de vivre. Je regarde la pluie et je l'aime. Le soleil brûle ma peau, si je veux. J'attends la neige, le vent, la tempête, j'attends le silence.


Pendant ce temps-là je confectionne un petit site pour le spectacle Dépaysages, un film de Jacques Perconte qu'il travaille en direct tandis que nous improvisons sous l'écran. Le 21 mars nous devrions être à Clermont-Ferrand pour Vidéoformes avec le sax-clarinettiste Antonin-Tri Hoang et la bassiste Fanny Lasfargues. Le 9 juin ce sera à Pantin pour Côté Court, le violoncelliste Vincent Segal sera de retour d'une tournée de plus d'un mois aux États Unis. D'ici là il y aura beaucoup d'autres festivités...

lundi 24 décembre 2012

The Museum of Everything (à ne rater sous aucun prétexte)


Pas osé prendre la photo clandestine, des panneaux indiquant 1000 € d'amende en cas de désobéissance. C'est évidemment une bonne blague. Les artistes exposés dans cette ancienne école vouée à la démolition se fichaient bien des us et coutumes, lorsqu'ils n'en étaient pas les victimes. Autodidactes, visionnaires, atypiques. L'humour anglais s'affiche dès la cour, avant de grimper vers la folie que représente The Museum of Everything. C'est la plus belle exposition visitée depuis des mois. Je me souviens de la surprise de celle consacrée à Jean-Michel Basquiat, mais ici il y en a des dizaines à découvrir sur trois niveaux. C'est le seul musée ambulant au monde à présenter les œuvres d’artistes non découverts, involontaires et spontanés des 19e, 20e et 21e siècles, des artistes pour qui il n'est d'autre question que l'urgence. L'art brut. Comme pour les films à suspense je préfère ne rien révéler de l'intrigue. C'est hallucinant. Peintures, photographies, sculptures, installations répondent à des situations extrêmes, des histoires à dormir debout, des scènes terribles de la vie quotidienne qu'il a fallu conjurer, avec les moyens du bord.
La présentation est aussi remarquable que les 500 œuvres. L'adéquation est parfaite entre l'expo et son support. Un modèle de scénographie muséographique. Esprits et fantômes hantent littéralement les lieux. Les planchers craquent. Les fresques des écoliers se mêlent aux élucubrations des artistes qui marchent sur la tête. Exhibition #1.1, une partie seulement de l'entreprise colossale, est si bien pensé par James Brett, qui réfute le titre de collectionneur, que l'on en reste coi devant les objets dérivés de la boutique. Leurs prix ne réfléchissent plus celui, modeste, de l'entrée : 5€ - 2,5 pour les étudiants - 0 pour les enfants. Et par dessus le marché les gardiens sont bénévoles ! Cough, cough ! Jusqu'au site Internet concocté aux petits oignons. Alors pour la photo j'attendrai la réédition imminente de l'épais catalogue, épuisé, très beau et donc très cher. Modèle économique géré par La Chalet Society, modèle de communication, modèle de médiation culturelle, modèle d'exposition, cela tranche avec les tableaux et les sculptures qui ne peuvent en être, des modèles. La personnalité de chaque artiste est unique, éclatante, bouleversante.
S'il est une exposition à voir à Paris cet hiver, vous n'avez plus le choix. Elle devait être terminée, mais son succès la prolonge jusqu'au 24 février. C'est ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 19h, les vendredi et samedi jusqu’à 20h, et pendant Noël et le Nouvel An. Sa situation géographique est tout à fait improbable: 14 boulevard Raspail à Paris, à l'embranchement avec le boulevard Saint Germain. L'immeuble fait tâche avec le quartier devenu bourgeois jusqu'à l'écœurement.

vendredi 21 décembre 2012

Le Météore


Dans Le Météore l'anticipation salue le passé de mon père.
Publié par Stellarque, le nouveau numéro du fanzine de science-fiction aborde la collection mythique Série 2000 des Éditions Métal qu'avait cofondées mon père, avec le coauteur du Matin des magiciens, l'écrivain Jacques Bergier. Didier Reboussin reprend l'article que j'avais rédigé sur les nombreuses activités de l'aventurier que fut mon père, Jean Birgé, apportant quantité d'informations littéraires que, de mon côté, j'ignorais. Reboussin souligne également que mon père fut probablement le seul à livrer une chronique traitant de musique et SF pour la revue Satellite. Grâce à ses recherches j'apprends que les couvertures furent dessinées par mon oncle Gilbert Martin avec l'aide de ma tante Arlette, sous le pseudonyme de GAM.


Quinze ans avant la célèbre collection argentée Ailleurs et Demain conçue par Paco Rabanne, ils avaient ensemble imaginé des livres métallisés, cuivre, or ou argent. Cela n'en rapporta probablement pas tant, vu que mon père changea ensuite une fois de plus de métier ! Reboussin met aussi l'accent sur les écrivains phares de la collection, Charles et Nathalie Henneberg (la véritable plume du couple alors qu'il signait seul !), Ferdinand Lecoublet dit Jean Lec, Robert Collard dit Lortac, Pierre Versins, Albert et Jean Crémieux, Jean Rousselot dit Christian Russel, Claude Yelnick, Adrien Sobra, etc., dont il décrit les étonnants pédigrées. Mon père dédaignait le fantastique où où l'on peut inventer n'importe quoi, pour se passionner pour les romans d'anticipation qui préjugent de l'avenir. Engagé politiquement dès ses plus jeunes années, il se battit toute sa vie pour que certains monstres ne reviennent jamais. Rien d'étonnant à ce qu'il me donna tôt à lire Demain les chiens et le livre de Bergier et Pauwels...

vendredi 14 décembre 2012

Dépaysages en duo avec Jacques Perconte


Demain samedi au Centre Mercœur j'interpréterai avec Jacques Perconte une version en duo de Dépaysages, notre spectacle expérimental où les images de l'un inspirent l'autre et réciproquement. Si Jacques jouera de ses savantes compressions comme il le faisait lorsque nous étions trois à l'orchestre, je dois repenser totalement ma manière d'intervenir. Il m'est en effet impossible de compter sur les sons de qui que ce soit lorsque je dois charger un programme ou passer d'un instrument à un autre. Cette gymnastique aussi physique qu'intellectuelle m'oblige à jongler, me servant de mes mains, de mes bras, de mes coudes et parfois même du bout de mon nez, pour effectuer une transition délicate ou un passage radical. Je choisis donc certains instruments que je peux faire tourner et laisser seuls un instant pendant que j'en connecte de nouveaux. Si la flûte, la trompette à anche ou une guimbarde accaparent tous mes membres, je bloque parfois les touches de mon clavier avec la languette de capuchons de stylos ou je laisse tourner une séquence sur le Tenori-on ou le Kaossilator. Demain j'en profiterai pour tester quelques ambiances plus réalistes qui se mêleront aux transpositions poétiques que la musique suscite. De son côté Jacques expérimentera de nouvelles combinaisons et projettera sur grand écran les sublimes images dont il a le secret.
I.R.L. Performances au Centre Mercœur, 4 rue Mercœur, 75011, samedi 15 décembre à 21h.
Au même programme, 5 steps de Kostik Animal (Christophe Tostain) et Let's go to town! de Demolecularisation (Project_Singe), soit Jérôme et Jean-François Blanquet.
Paf : 5€

jeudi 13 décembre 2012

La machine à rêves de Leonardo gratuite sur l'AppStore



Voir s'inscrire cette icône sur votre iPad est le signe indubitable de la mise en ligne de La machine à rêves de Leonardo da Vinci sur l'AppStore. Sortis vainqueurs de la course d'obstacles qu'ont représentée les derniers mètres, nous poussons un soupir de soulagement béat. J'avais tenu un Journal de la création dans cette colonne, discours de la méthode dévoilant les arcanes de l'œuvre réalisée avec le plasticien Nicolas Clauss et programmée par le développeur Nicolas Buquet. Considérée évidemment de mon point de vue, puisque je me posais essentiellement des questions de son et de musique, même si ma vigilance s'exerçait aussi autour du scénario et de tous les détails techniques et artistiques qui parfois m'échappaient. Sonia Cruchon, notre dévouée et zélée coordinatrice de production, y passa ses jours et ses nuits...
... Jusqu'à la publication du site Internet davincireve.surletoit.com dédié à l'application pour iPad2 et iPad3, réalisé par le collectif Surletoit, à savoir également le graphiste Mikael Cixous et le développeur Patrick Joubert.



Aux côtés de la galerie d'images fixes, captures-écran prises pendant les tests, résident la présentation en page d'accueil, les dernières nouvelles, nos biographies, les crédits de l'équipe, un film démo sans paroles, et un didacticiel en images dont un film explicatif. À ce propos je ne saurais trop vous conseiller son hilarante version anglaise et l'italienne, plus sensuelle ! Nous espérons maintenant que La machine fera le tour du monde, puisque, exclusivement musicale et picturale, elle est universelle... L'application étant gratuite, il serait dommage de ne pas l'essayer pour découvrir les rêves de Leonardo da Vinci en vous les appropriant. Vous entrerez alors dans un monde contemplatif où vous pourrez fabriquer vos propres tableaux, les envoyer à vos amis par mail, FaceBook, Flick'r, etc. dès que vous en aurez saisi la richesse. Plus vous manipulerez doucement la machine plus vous en contrôlerez les rouages, vous approchant des émotions qui nous la firent construire...

mardi 4 décembre 2012

La Machine à rêves de Leonardo à la 3ème soirée *di*/zaïn


Aujourd'hui mardi a lieu la première présentation publique de La Machine à rêves de Leonardo da Vinci, application iPad gratuite. L'œuvre purement artistique et hautement interactive est réalisée avec Nicolas Clauss et produite par la Cité des Sciences et de l'Industrie. Cette troisième soirée *di*/zaïn organisée par les Designers Interactifs se déroule donc à 20h au Divan du Monde à Paris, mais uniquement sur inscription. J'ignore s'il reste de la place, mais l'évènement, gratuit, est très couru et la salle de 500 places est toujours pleine à craquer. Ce soir, présenteront également des projets liés à la thématique "Écritures" : Étienne Mineur, Sylvie Tissot, Djeff Regottaz, Frédéric Bourgeais, Cécile Portier, Camille Pène, Samuel Petit, David Meulemans, Camille Bloomfield.
Pour une fois je n'improviserai pas mon texte, ou du moins pas dans les grandes lignes, aussi vous le livre-je ici en primeur avec un long extrait du film qui sera projeté. Une démonstration en direct sur l'iPad nous aurait semblé moins explicite car le public est si nombreux qu'il serait difficile de voir mes doigts sur la tablette, et donc de comprendre la relation entre mes mouvements et la projection sur les grands écrans accrochés au Divan du Monde.
Que cela ne vous empêche pas de venir ! J'improvise toujours plus ou moins, et surtout il y a tous les autres intervenants. Soirée passionnante assurée ! Vous pouvez également suivre la soirée en direct depuis chez vous...

Avec Nicolas Clauss nous avons gagné un appel d’offres de la Cité des Sciences et de l’Industrie pour une application iPad en marge de l’exposition actuelle sur Léonard de Vinci. La demande était purement artistique, sans but pédagogique. Nous avons ainsi imaginé une MACHINE A RÊVES comme si on proposait à Leonardo de créer pour l’iPad. Nous nous sommes inspirés de son goût protéiforme tant pour les arts que pour les sciences. Le souhait étant de propulser sa cosmogonie au XXIe siècle. Leonardo était peintre certes, mais il s’intéressait autant à l’anatomie, à l’urbanisme, aux animaux, aux machines volantes, il a inventé un nombre incroyable d’instruments de musique, il composait, touchait à tout mais ne terminait jamais rien.
Nicolas Clauss a réalisé les images, je me suis occupé de la musique.

N.B.: demain mercredi à 19h, changement de pratique, Nicolas Clauss me rejoint à la Soirée Siggraph pour une présentation plus longue, cette fois tous les doigts en direct sur la tablette tactile. Entrée également gratuite et inscription tout aussi obligatoire. Au menu, SpirOps et à nouveau les fameuses Éditions Volumiques pour lesquelles Sacha Gattino et moi jouons les designers sonores. Cité des sciences et de l'industrie à la Porte de la Villette, dans le cadre des Rencontres Start Up et Recherche, Agora – Carrefour numérique (niveau – 1).



Le texte qui colle au film, ici sans fioritures, ci-dessous reproduit :

On commence par incliner les couvercles où sont inscrits l’aide et les crédits. On peut jouer avec. S’ouvre alors LA BOÎTE À SECRETS. Incliner la boîte pour faire tomber les petits papiers arrachés au nouveau codex. Les chocs sur les bords produisent des pizzicato. On touche les petits papiers. On les tient appuyés pour avoir des notes tenues. Et on peut y mettre tous les doigts sans problème. Le dernier échantillon qui tombe dans la fente oriente le choix du rêve.

L’univers de Nicolas Clauss se dévoile avec LE PROJECTEUR DE RÊVES. On mixe d’un doigt : le niveau de chaque instrument du quatuor à cordes est proportionnel à la surface de chacune des quatre images affichées. Chacune est composée d’une image fixe et d’une boucle vidéo. La cinquième image fixe occupe tout l’écran. Caressez le lentement ! C’est très sensuel ! Laissez-vous aller à la contemplation… On perturbe le rêve d’un double-tap, l’ambiance se transforme, à l’image comme au son. J’évite d’appuyer sur l’un des coins qui apparaissent lorsqu’une image est plein cadre si je ne veux pas basculer dans la dernière étape…

… LA RENAISSANCE DU PEINTRE. Ses outils sont le zoom avant et zoom arrière, la rotation, les déplacements horizontaux et verticaux, le double-tap. En déplaçant le doigt horizontalement je fais pivoter l’une des couches de l’image sur un axe, verticalement l’image est incurvée (générant, par dessus l’orchestre à cordes, des sons électroniques). Je peux effectuer une rotation avec deux doigts (la boîte à musique joue tant que je ne retire pas mes doigts). J’écarte les doigts ou je pince pour flouter (on entend des cris d’animaux). Avec un double-tap à l’intérieur du hublot, je change l’une des deux images fixes ; à l’extérieur, autour du hublot, c’est la vidéo qui change (et en même temps les boucles de cordes qui sont la base de l’orchestre). Le violoncelliste Vincent Segal joue également de l’arbalète, un prototype unique conçu par Bernard Vitet… Il y a un nombre incroyable de médias pour renouveler infiniment l’expérience et les émotions qu’elle suscite. Le bouton en haut à droite nous ramène aux petits papiers pour choisir un nouveau rêve.

Les brûlures indiquent les rêves déjà entrevus… Enfin, il serait injuste de ne pas citer le collectif Surletoit qui nous a permis de réaliser nos rêves, à savoir le développeur Nicolas Buquet, le graphiste Mikaël Cixous et surtout Sonia Cruchon qui a dirigé corps et âme notre petite équipe. Nous remercions particulièrement Yves de Ponsay et Claude Farge à la Cité des Sciences pour leur confiance. Ultime détail : l’application est gratuite !

mardi 27 novembre 2012

Dépaysages, au bout de la route


Va et vient entre l'image et le son. À l'écoute de ce que nous jouons, Jacques Perconte traite son film en direct. Nous improvisons en fonction de ce que nous voyons, nageant dans les pixels qui explosent sur l'écran comme il se barbouille des notes qui le bombardent, là haut, perché au milieu du public. Au premier rang sous l'écran, Vincent Segal au violoncelle, Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, et moi accroupi sous mon clavier. On plane. Ne saisissant que des bribes au dessus de ma tête, une sorte de partition des sens regardée du coin de l'œil, j'espère découvrir tout le spectacle à la projection de ce qui fut filmé depuis la salle le 18 novembre au Théâtre Berthelot à Montreuil.


Le projet est excitant. Jacques a commencé à bricoler une page Internet pour vendre Dépaysages, pour le faire voyager. Les images ont toutes été tournées à Madère. La prochaine fois, nous n'irons pas si loin. Nous ne serons que tous les deux pour la performance I.R.L. au Centre Mercœur le 15 décembre (4 rue Mercœur, Paris 11e).


J'ai sélectionné quatre captures écran parmi les cent vingt photos que Jacques a postées sous Flickr. Une route. Un enfant au bord de la mer. La couleur. Et puis une fleur qu'on dirait séchée ou brûlée. J'ai choisi sans réfléchir. Mais c'est un portrait chinois que j'ai inconsciemment dessiné.


J'ai du mal à écrire. Ce matin à 10h30 au crématorium du Père Lachaise, un hommage est rendu à Jean-Patrick Lebel. J'aimais le timbre de sa voix, sa petite musique, son sourire laissant percer quelques savoureuses arrière-pensées... Un bon mot sortait toujours de ses lèvres comme s'il y tenait une fleur pincée.

mercredi 21 novembre 2012

Sonore Visuel


Sonore Visuel est un site pédagogique passionnant, réalisé par Benoît Montigné, enseignant à l'ENSAD et concepteur multimédia. Il est consacré à l'histoire et à l’actualité des arts audiovisuels dans leur acception la plus large : arts sonores, performance audiovisuelle, installation sonore, sculpture sonore, art vidéo, musique visuelle, cinéma expérimental, animation, art vidéo, nouveaux médias, transmédia. Le site explore le rapport image/son dans l'art à travers une sélection d'artistes et d'œuvres. Ses rubriques sont claires et bien documentées : Actualité, Agenda, Histoire, Artistes, Œuvres, Ressources. La présentation graphique est soignée, les illustrations intelligentes, ce qui ne gâte rien.


Au cours de ma visite j'ai pu ainsi découvrir un clip de Bish Bosch extrait du prochain album de Scott Walker, le nouveau site du magazine The Wire, la gentille et désuète application Melotweet pour iPad, l'application graphique et sonore Bliss Bomb pour les cubes Sifteo, l'épatante performance Deconstructing IKEA de Amund Sjølie Sveen... Mais aussi quantité de références historiques tant sur la recherche sonore et le cinéma expérimental que sur la rencontre des deux médias. Une mine à consulter régulièrement pour savoir ce qui se passe et comprendre ce qui l'a généré.

mardi 20 novembre 2012

Débugage


Les derniers jours d'un projet multimédia sont toujours un moment stressant pour le développeur qui en a assuré la programmation. Là où les auteurs commencent à jouir de leur rêve qui a pris forme, l'ingénieur passe un temps peu créatif à chercher la petite bête qui fait planter la machine. Cette période où nous testons et faisons tester peut être longue, car le bug va parfois se nicher dans des recoins bien cachés. L'algorithme vicieux lui donnera du tourment jusqu'à ce que l'œuvre soit stable, le matheux étant seul devant son code.
Je me souviens de l'un d'eux avec qui j'ai longtemps travaillé qui pendant les dernières semaines ne mangeait plus, ne dormait plus, ne se lavait plus tant qu'il n'avait pas trouvé la solution de l'énigme. La compagne d'un autre m'appela un soir pour me demander de faire quelque chose car mon camarade faisait des cauchemars où, parlant éveillé, il marmonnait voir partout des crocodiles. Nicolas Buquet semble plus serein, mais c'est sur lui que repose maintenant l'édifice terrible que nous avons imaginé, cette Machine à rêves de Leonardo da Vinci. Il faut dire que, en plus des images fixes qui se superposent en transparence et des pistes sonores que l'on mixe en direct, quatre vidéos tournent simultanément à l'écran !
De notre côté nous nous excitons sur l'iPad, nous le maltraitons en gestes tétaniques, repassons cent fois l'œuvre en revue, tentant de reproduire les bugs épisodiques, alors que le propos de l'œuvre est la contemplation dans une découverte méditative où le jeu est de prendre son temps pour jouir du spectacle auquel chacun participera par sa propre interprétation.

jeudi 15 novembre 2012

La confiance au Cube


Après l'empathie et l'utopie, le passionnant troisième numéro de La Revue du Cube est consacré à la confiance. La question était ainsi énoncée : La révolution numérique offre des possibilités de progrès et d’émancipation sans précédent, mais elle suscite également à l’échelle planétaire des bouleversements profonds dans toutes les sphères de la société. A l’heure où tout s’accélère, se recompose et se complexifie, et où l’homme n’a jamais eu autant de moyens d’interagir avec ses semblables, comment créer la confiance nécessaire à l’émergence d’une société en réseau, ouverte, solidaire et créative ?

Fidèle au poste, après mes contributions, Tout partager entre tous et ¡Vivan las utopías!, j'ai livré un petit texte intitulé Les yeux dans les yeux :

Comme pour les deux précédentes questions, la réponse est plus large qu’appliquée à la seule sphère numérique. La question de confiance est la base des relations humaines, qu’elle soit méritée ou serve de paravent aux pires malversations. Encore une fois, elle interroge la relation à soi-même autant qu’envers l’autre. Comment avoir confiance en qui que ce soit si l’on n’a pas confiance en soi ? Inversement, c’est le rapport entretenu avec l’extérieur qui forge notre équilibre. Or, la trahison est la pire des expériences, et le capitalisme régissant aussi le monde numérique y puise ses fondements. Comment alors lutter contre tout ce qui nous pousse à la rupture, au repli sur soi, à la ségrégation et à la peur ? Car c’est ce qu’engendre la méfiance. On aura beau tourner la question dans tous les sens, les dés sont pipés. Il s’agit donc de leur rendre leur dignité ou du moins l’image souriante d’une main tendue sans autre arrière-pensée que le partage ou la transmission.
Œuvrant dans un secteur où la concurrence fait rage sans aucune base scientifique ni objective, j’ai toujours pensé que seule la solidarité sauverait mon travail. L’amour lui-même n’est-il pas identifiable grâce à une confiance réciproque ? Il ne s’agit pas de tout dire, les secrets sont indispensables à la marche sur le fil, mais les intentions doivent être claires et leur mise en pratique exemplaire. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui tenaient toujours leurs promesses, qu’elles soient séduisantes ou menaçantes. Cette confiance qu’ils m’accordèrent très jeune fut rapidement réciproque. Le modèle me plut. Dans les entreprises que je menai je décidai de pratiquer la transparence, des comptes comme des désirs. Appliquée aux idées, je m’aperçus vite qu’elles appartiennent à tous ceux et toutes celles qui y participent, et rédigeai nos fondations sur les bases du collectif. L’affaire a ses limites et nous fûmes parfois contrariés. Il ne faut jamais donner trop sans laisser à l’autre le soin de renvoyer l’ascenseur. L’y aider si nécessaire en demandant son secours ou en décelant ses aptitudes jalousement ou maladroitement conservées.
Les échanges qu’offrent les nouvelles technologies devraient permettre le rapprochement, mais le support reste dangereusement mécanique. La proximité virtuelle produit des illusions réelles. La distance est trompeuse. La vérité ne se lit qu’au fond des yeux. Il faut être là.
Quant à la méfiance qu’inspire Internet, dont le manque de fiabilité est honteusement mis en avant par les médias (plus) traditionnels, on peut s’en moquer à la manière dont nombreux de ces professionnels traitent les informations envoyées par les grandes agences de presse, sans aucun recul, avalant les couleuvres que leur livrent en pâture les services de communication des gouvernements. On sait comment l’Histoire est écrite par les vainqueurs. La Toile a le mérite d’être ouverte à toutes les controverses et de solliciter les citoyens connectés du monde entier.

Le lancement de ce numéro 3 auquel ont également participé Étienne Armand-Amato, Michel Authier, Pierre Bongiovanni, Philippe Cayol, Fred Forest, Christian Globensky, Pierre Kosciusko-Morizet, Etienne Krieger, Éric Legale, Jacques Lombard, Marie-Anne Mariot, Antoine Schmitt, Dominique Sciamma, Serge Soudoplatoff, Hugo Verlinde, Gabriel Viry, et évidemment Nils Aziosmanoff qui signe l'édito, aura lieu le 22 novembre au Cube à Issy-les-Moulineaux.


Si certains éludent la question de confiance, et parmi eux un homme à la morale élastique qui nous escroqua de 50 000 F il y a déjà vingt ans, coïncidence savoureuse en regard de mon texte, nombreux la renvoient au risque encouru ou se replient sur la foi. Selon les domaines évoqués, la confiance est de mise avec le partage en nouvel étendard ou totalement détruite si l'on prend conscience de la manipulation dont sont victimes 99% des habitants de la planète, saignés explicitement par les dictatures ou hypocritement par la démocratie, les unes comme les autres à la botte du Capital. La confiance est affaire de solidarité et elle est intimement liée à l'appartenance de classe. Ne nous trompons pas d'ennemi, sachons reconnaître nos amis, les riches qui tiennent les manettes ont depuis toujours réglé cette question. Les hypnotiseurs démasqués, regardez-les dans les yeux !
Handforged custom knight armor | File search tools | http://onfw.blog.com/ - Visit now