Jean-Jacques Birgé

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mardi 25 mars 2014

Mapplethorpe au Grand Palais


"Nous étions comme deux enfants jouant ensemble, comme le frère et la sœur des Enfants terribles de Cocteau", écrit la poète et chanteuse Patti Smith pour évoquer son ami, le photographe Robert Mapplethorpe. Comment ne pas penser à Jean Cocteau en visitant l'exposition du Grand Palais consacrée à Mapplethorpe ? Sa fascination pour la perfection des corps rappelle celle de Cocteau lui-même pour les sculptures monumentales d'Arno Breker. Et puis il y a des marins, des bites, des fleurs et du latex. Toute l'iconographie gay chère à Kenneth Anger et Fassbinder se retrouve religieusement encadrée. En prenant la photo de son auto-portrait au cran d'arrêt (1983) j'aperçois le reflet d'un gardien, un beau noir comme il les aimait. Plus loin l'éclair de la lame semble s'approcher de Marianne Faithfull (1974) et sur sa poitrine à son tour deux lèvres se réfléchissent.


Si l'exposition présente plus de 250 œuvres de l'artiste new-yorkais mort à 43 ans du Sida en 1989, elle est relativement soft en comparaison des photographies couleurs que j'avais découvertes il y a une vingtaine d'années dans le magazine Nova. Même les textes français des cimaises adoucissent les termes, traduisant cocks par sexes au lieu de bites. Il y en a tout de même quelques unes, mais rien de très choquant. Cela ne profitera ni aux fans de Mapplethorpe, ni aux familles, encore moins aux pudibonds détracteurs d'à poil. L'expo a été expurgée de son Enfer, le S.M. négligé au profit du kitsch chrétien. La plasticité des corps noir et blanc occulte la fascination traumatisante qu'ils pourraient évoquer dans d'autres circonstances.


Les autels de fleurs qui s'étalent en bouquets d'artifices représentent pourtant le sexe des plantes. Tout est donc plus suggéré qu'explicite, malgré les évidences. Les portraits de ses amis sont préservés de ce flou artistique que Mapplethorpe ne pratiquait guère, préférant les contrastes francs sur fond uni : Patti Smith bien sûr, mais aussi Lisa Lyon, Milton Moore, Susan Sarandon, David Hockney, Philip Glass et Bob Wilson, Arnold Schwarzenegger, Iggy Pop, William Burroughs, Cindy Sherman, Richard Gere, Truman Capote, Susan Sontag, Keith Haring, Leo Castelli, Grace Jones, Yoko Ono, Isabella Rosselini, Louise Bourgeois, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, etc. L'ensemble de ses sculptures sur papier photographique dresse un portrait du New York branché des années 70-80.

samedi 22 mars 2014

Un Livre Un Jour


Un Livre 2.0 est un magazine hebdomadaire en ligne qui traite des livres numériques tandis que son grand frère sur France 3 et TV5 est quotidien. Si Un Livre Un Jour existe depuis 22 ans, sa version 2.0 a été lancé en septembre dernier. Après Alain Veinstein, Bernard Pivot, Alain Ménard, Christophe Grossi, Michel Wierviorka... J'ai l'honneur de représenter Les inéditeurs à l'occasion de la publication de mon second roman, USA 1968 deux enfants, intégrant le récit proprement dit, 12 courts métrages, 70 photographies, 75 minutes de son et de musique originale, un light-show dynamique et différentes entrées interactives.

mardi 4 mars 2014

Bill Viola au Grand Palais


Au vu de la quantité des œuvres vidéographiques présentées au Grand Palais et du temps qu'elles exigent pour en goûter tout le suc, la rétrospective Bill Viola mériterait d'être moins concentrée, avec de confortables fauteuils qui manquent cruellement le long de la fascinante exposition. Les films jouant sur la transformation dans la durée (10, 18, 23, 36 minutes...) il est tout à fait absurde de picorer sans pouvoir s'installer. Malgré cela la scénographie de Bobby Jablonski et Gaëlle Seltzer qui nous plonge dans l'obscurité est élégante et épurée, avec une technique la plus discrète possible, sans cartels explicatifs qui casseraient l'approche sensible. On se laisse fasciner par les mutations des êtres et des évènements qu'ils traversent.


Lors de la conférence de presse, Bill Viola, secondé par son épouse et collaboratrice Kira Perov, déversa généreusement un sympathique charabia métaphysique simpliste, du style "vous avez d'un côté The Unborn (pas encore nés), à l'autre extrémité The Dead ("qui n'a pas quelqu'un de proche qui est mort ?") et Us (nous) au milieu." Opposant notre temps limité face à l'éternité, l'artiste nous suggère de laisser quelque chose derrière nous, de même que nous avons hérité des anciens ! Ce rêveur revendiquant son manque d'organisation (laissée à sa compagne, commissaire de l'exposition avec Jérôme Neutres) aurait-il besoin de se rassurer par ses notes humanistes et des aphorismes hérités de ses maîtres tel Ananda Kumara Swami ("Au delà du concept d'Art Visuel toutes les œuvres d'art représentent des choses invisibles"). Heureusement un humour salvateur s'échappe de temps en temps de sa philosophie mystique très américaine new age.


Lorsque Bill Viola évoque son expérience de la mort à 6 ans où il faillit se noyer, s'éclairent d'une lumière électronique les scènes subaquatiques où des acteurs sortent lentement de l'eau comme aspirés par l'oxygène de la surface. La transformation d'un état à l'autre est la clef de tout son travail. Il insiste d'ailleurs sur le pouvoir de chacun à changer sa trajectoire.


Jusqu'au 21 juillet, la rétrospective du Grand Palais rassemble 20 œuvres importantes qui jalonnent le parcours de Bill Viola de 1977 à nos jours, de The Reflecting Pool à The Dreamers (deux dernières photos ci-dessus). Vous pourrez admirer des films vidéos (Chott El Djerid - A Portrait in Light and Heat, 1979), des installations monumentales (The Sleep of Reason, 1988), des portraits sur écrans plasma (The Quintet of The Astonished, 2000), des pièces sonores (Presence, 1995), des sculptures vidéos (Heaven and Earth, 1992), des superproductions (Going Forth By Day, 2002)... Les œuvres les plus célèbres sont là telles Angels for a Millenium - Ascension (2000), des Passions (Catherine's Room, 2001), le projet pour l'opéra Tristan et Iseult (Fire Woman et Tristan's Ascension, 2005), des Transfigurations (Three Women, 2008, en photo en haut de l'article), des Mirages (The Encounter, 2012), etc. La visite est structurée en trois parties : Je suis né en même temps que la vidéo (BV) / Le paysage est le lien entre notre moi extérieur et notre moi intérieur (BV) / Si les portes de la perception étaient ouvertes, alors tout apparaitrait tel quel - infini (William Blake) !
Le discours et les titres ont beau ressembler à un bouddhisme de bazar, il n'empêche que cette philosophie rudimentaire a permis à l'artiste de créer des œuvres contemplatives extrêmement belles et profondes dont il n'est hélas pas certain qu'il reste grand chose aux heures de grande affluence. Si les explications sont réductrices, les images et les sons offrent suffisamment d'interprétations pour nous ravir, pour peu qu'on laisse le temps reprendre son cours. Toute l'œuvre de Bill Viola lutte contre le syndrome de la vitesse qui formate nos vies. Jouant sur la lenteur, elle nous laisse le temps de réfléchir à ce que nous sommes, où nous sommes et où nous allons. Argh, voilà que je parle comme Bill Viola !

lundi 3 février 2014

Que faisaient vos parents ?


Lorsque j'évoque le périple de trois mois que nous avons réalisé seuls aux États-Unis en 1968, ma petite sœur et moi alors que nous n'avions que 13 et 15 ans, la question est toujours la même : "mais que faisaient vos parents ?". Je répète que mon père pensait que les voyages forment la jeunesse et que ma mère s'inquiétait. Cette réponse est évidemment incomplète. C'est l'une des raisons qui m'a poussé à écrire USA 1968 deux enfants, le roman que Les inéditeurs viennent de publier pour iPad. On me demande ensuite pourquoi exclusivement pour iPad et pourquoi pas un ePub. Parce que Mikaël Cixous n'aurait pas pu soigner la mise en pages abondamment illustrée voire animée, ni Mathias Franck programmer l'œuvre interactive qui orne la couverture et faire en sorte que tout se tienne. Apple a de graves défauts, mais pas celui de la qualité ! Cette réponse est tout aussi incomplète. Il y a bien d'autres raisons dont la première est ce roman lui-même que l'on appelle augmenté, mais qui aurait pu tout aussi bien se revendiquer multimédia ou je ne sais quoi. Les prochaines œuvres seront également des applications.
Pour les lecteurs et lectrices qui ont déjà acheté mon nouveau roman sur l'AppStore je vous confie un petit secret : Mathias a glissé un Easter Egg ! Notre œuf de Pâques est un petit machin interactif caché quelque part dans le but de déclencher un sourire, tradition qui remonte à l'époque des CD-Roms. Les tablettes, et l'iPad plus qu'aucune autre, nous permettent de réactiver notre passion pour ces objets interactifs qui ont stupidement disparu du jour au lendemain avec l'éclatement de la bulle Internet en 2000, alors qu'ils recélaient des trésors d'imagination, de beauté et de ludicité. Nous avions coutume de dire que nous produisions du contenu et, peu importe le support, nous pourrions toujours l'adapter à l'avenir. La question se pose aujourd'hui crument. Tout cela coûte cher, du moins en temps homme-machine. Ressortirons-nous Carton et Machiavel, Somnambules, Alphabet et tant d'autres ? Parmi tous nos projets nous envisageons en effet une série vintage en faisant profiter ce patrimoine des ressources actuelles...

jeudi 30 janvier 2014

La fête du graphisme


La Fête du Graphisme porte bien son nom. Sur les cimaises, planches de tripli à plat ou longs fils tendus ponctués de pinces à dessin, explosent les couleurs de 500 affiches du monde entier. L'exposition aux Docks / Cité de la Mode et du Design est le clou des évènements qui se déroulent un peu partout dans Paris jusqu'au 18 février, mais attention celle au truc vert, la chaussette fluo le long de la Seine près de la Gare d'Austerlitz, se termine déjà le 2 février. Le Journal Libération avait salué vendredi l'initiative de Michel Bouvet, Stéphane Tanguy et Pierre Grand en confiant chaque page à un graphiste différent pour décliner son logo comme il leur chante. Quarante affichistes célèbrent Paris sur les Champs Élysées, le MK2 Bibliothèque projette ce soir jeudi La Nuit du Générique, la BNF accumule conférences et rencontres, et les Éditions Textuel publient un somptueux catalogue qui va me permettre de m'y retrouver après ce que j'ai pris dans les mirettes !


Aux Docks Paris invite le monde, 104 affichistes de 42 pays présentent chacun 3 œuvres pour la plupart jamais vues en France, des renommées internationales côtoient de jeunes découvertes ; le Tour de France des jeunes designers graphiques se soldera samedi à La Gaîté Lyrique ; les Gig Posters américains ont beau être contemporains leur psychédélisme se décline en 150 affiches underground dignes des grandes heures de la Côte Ouest ; un film rend hommage aux douze ans d'existence de la Galerie Anatome... Parmi tout ce que j'ai pu admirer à m'en faire tourner la tête j'avoue un petit faible pour l'école polonaise dont les facéties provocantes font toujours sens. Mais chacun apporte son parpaing à l'édifice...


La Fête du Graphisme n'est pas seulement une exposition de savoir faire, d'imagination sans limites, d'inspirations les plus diverses, esthétiques, politiques, fonctionnelles, c'est aussi l'affirmation d'une nécessité. Le design graphique revendique d'investir tous les champs croisés au quotidien, pas seulement en s'affichant, mais en imprimant ses marques sur les objets, les enseignes, les journaux, les emballages, les habillages audiovisuels, Internet, etc. S'il s'agit d'une affaire de spécialistes, ceux-ci sont directement reliés au grand public par le biais de leurs partenaires et commanditaires. Ce ne sont pas que des artistes, les graphistes travaillent en accord avec les imprimeurs, les fabricants de papier et d'autres supports, les webdesigners... Le discours que je tiens sur le design sonore est le même pour celui du graphisme. Yeux ou oreilles, bientôt nez et toucher, partout où les sens sont sollicités, le designer est indispensable pour inventer le monde de demain. Là où tout n'est que grisaille il faut réinjecter de la couleur, là où le bruit règne il faut l'organiser pour le rendre intelligent et sensuel, là où la ville engendre le désordre il faut se l'approprier ! Laissons-nous envahir par leurs propositions plutôt que par leur absence. Rien de mieux alors que de faire confiance à ces rêveurs qui ont les pieds sur terre...

mercredi 29 janvier 2014

Naissance des inéditeurs


L’accès du grand public à de nouvelles machines technologiques excite chaque fois l’imagination des artistes, leur suggérant des œuvres nouvelles. Comme il en fut des CD-Roms ou d’Internet à leur création les tablettes numériques, et l’iPad en particulier, présentent des espaces de liberté qui seront plus tard engloutis par le commerce et les services. Avant cette récupération inéluctable, les champs d’expérimentation et d’invention s’ouvrent aux rêveurs, constructeurs de nouveaux mondes. À chaque support correspond un type d’œuvres et chaque œuvre implique un support approprié. Aujourd’hui les tablettes permettent de renouer avec l’interactivité en proposant des interfaces sensuelles intuitives. Les inéditeurs, à la fois auteurs et praticiens, ont choisi de travailler ensemble dans un esprit de collaboration ludique et créatif sur des projets utilisant les étonnantes propriétés de ces nouvelles machines. S’ils mettent en commun leurs savoirs et leurs expériences ils souhaitent également les partager avec d’autres auteurs qui trouveront chez eux une écoute et un savoir-faire qui vont de pair. Enfin chaque œuvre prendra tout son sens entre les mains du public grâce aux ressources de l’interactivité qui, comme l’improvisation, réduit le temps ou les distances entre la création, l’interprétation et l’appropriation…


Si le roman multimédia USA 1968 deux enfants est paru il y a quelques jours il aura fallu attendre que notre site soit en ligne pour annoncer la création des Inéditeurs, jeune société d'éditions interactives. Nous avons ainsi choisi de produire ce que nous savons faire, inventer des objets dont nous avons rêvés sans savoir de prime abord s'ils sont viables. Avons-nous ensuite d'autre choix que de trouver une solution pour les faire exister ? J'ai l'habitude de raconter que lorsque je maîtrise un projet je gère, mais sauter dans l'inconnu m'oblige à créer. Loués soient les développeurs qui rendent tangibles nos élucubrations ! Il aura fallu trois ans pour accoucher de USA 1968 deux enfants tel qu'il est, grâce à Sonia Cruchon, Mikaël Cixous, Mathias Franck, et toutes celles et ceux qui y ont participé directement ou indirectement. D'autres applications suivront bientôt : Dig deep est un oracle contemporain utilisant des extraits de films du 20e siècle conçu par Sonia et Au boulot est un conte graphique horizontal pour grands petits hommes illustré par Mikaël. Nous travaillons évidemment tous ensemble sur tous les projets. Le plus agréable est l'ambiance dans laquelle tout se construit, mélange d'excitation contrôlée, de saine impatience et de franche amitié. Nous sommes jeunes, direz-vous, cela explique cela.

samedi 25 janvier 2014

Sun Sun Yip, 20 ans après


Né en 1966 en République Populaire de Chine, à Huhehuote en Mongolie Intérieure, Sun Sun Yip, fraîchement arrivé de Hong Kong où ses parents s'étaient réfugiés en 1973 après de terribles désillusions sur la révolution culturelle, découvrait Paris comme des millions d'autres immigrés avant et après lui. Nous sommes en 1989 et la bourse qu'il a obtenue lui offre un hôtel luxueux pendant le premier mois. Décidé à s'installer dans la capitale, il déménagera ensuite un nombre incalculable de fois, à la recherche d'un abris. Quatre ans plus tard, la première galerie à accueillir son travail est l'Association Culturelle Franco-Japonaise de TENRI, située aujourd'hui près du Châtelet. Exactement vingt ans après, Sun Sun Yip y expose L’âge d’or, rassemblant des œuvres récentes, grands tirages photographiques, sculptures et peintures où les formes semblent se transformer sous nos yeux. Un reflet involontaire projette par terre cet enchevêtrement de lignes lumineuses dont la fixation sur leur support ne peut arrêter le mouvement. Face à ces révolutions où la vie recommence inexorablement lorsque s'achève un cycle, ses crânes célèbrent la perpétuité des vanités. Sun Sun Yip écrit : "Il est impossible pour moi de rester indifférent face aux inégalités sociales, aux systèmes politiques méprisants, aux misères et aux guerres... Cependant j'ai choisi de ne pas exprimer mes colères de manière évidente dans mon art. Je préfère proposer une vision de l'humanité comme faisant partie d'un ensemble beaucoup plus vaste. Cette conception est proche de la philosophie taoïste, une pensée ancienne de 2000 ans qui évoque les règles invisibles de l'univers et l'évolution infinie de la vie..."

Jusqu'au 1er février, lundi 12h-20h, mardi-vendredi 10h-20h, samedi 10h-18h30, le dernier jour seulement jusqu'à 16h, 8-12 rue Bertin Poirée, 75001 Paris.

mardi 21 janvier 2014

Un light-show interactif


Depuis quelques semaines j'illustre de temps en temps mes articles avec des images psychédéliques, captures-écran de la couverture interactive qui ouvre mon nouveau roman, USA 1968 deux enfants, conçu pour iPad. Après avoir terminé la mise en forme du récit j'ai rêvé de recréer l'un de nos light-shows du début des années 70 avec les moyens qui nous sont offerts aujourd'hui.

Cette évocation est la conséquence directe du voyage initiatique entrepris avec ma petite sœur lorsque nous avions 13 et 15 ans, soit trois mois d'un périple extraordinaire autour des États-Unis en 1968, seuls, livrés à nous-mêmes. Je brûlais, grattais, peignais des diapositives sous-exposées depuis déjà trois ans lorsque j'assistai au spectacle du Fillmore West à San Francisco avec le Grateful Dead. En revenant à Paris je fondai H Lights avec quelques amis du Lycée Claude Bernard, raison pour laquelle j'appelai Retour en France cet épisode qui, ouvrant paradoxalement le roman, porte un numéro négatif comme tous ceux qui précèdent notre départ pour New York. S'il figure tout autant l'épisode 37 qui clôt l'aventure il renvoie le récit principal à un immense flash-back.

H Lights projetait des diapositives, des liquides en ébullition, des images cinétiques ou polarisées sur des groupes pop de l'époque tels Gong (Daevid Allen), Red Noise (Patrick Vian), Crouille-Marteaux (Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon), Melmoth (Dashiell Hedayat), Dagon (les frères Lentin), Epimanondas (mon premier groupe avec Francis Gorgé), etc. Il s'agissait de reproduire sur grand écran les expériences hallucinogènes que les substances illicites nous avaient laissés entrevoir. Ici le plaisir est offert au lecteur qui, en touchant d'un doigt l'écran de l'iPad, contemple un spectacle infini tant les médias et les combinaisons sont nombreuses. Sonia Cruchon a récupéré des extraits de mes films qu'elle a mis en boucle et filmé les effets de matière tandis que Mathias Franck fabriquait le moteur de l'œuvre interactive. Au simple tap il a ajouté la programmation des glissés pour changer les filtres et un double-tap pour envoyer les images capturées en direct à l'album-photos de l'iPad de manière à ce que chacun puisse immortaliser les tableaux qu'il ou elle aura générées.

Dans un premier temps j'avais créé une partition musicale également interactive, mais l'objet était devenu trop complexe. Aussi ai-je choisi des musiques présentes dans le récit proprement dit tant et si bien que le lecteur se retrouve dans la position où nous étions lorsque nous improvisions le jeu des images d'après la musique. De la même façon que la couverture du roman est différente à chaque lancement de l'application la musique est piochée aléatoirement dans le corpus sonore, produisant ainsi des effets de sens toujours différents.
Excités par le résultat, nous avons décidé que les créations numériques pour tablette publiées à l'avenir par Les inéditeurs porteraient toutes une couverture interactive !

vendredi 17 janvier 2014

USA 1968 deux enfants


Mon second roman USA 1968 deux enfants paraît enfin après trois ans de travail ! L'objet est un roman augmenté conçu pour iPad, avec une couverture interactive, 12 courts métrages, 75 minutes de musique et de son, quantité de photographies, la carte interactive du périple, etc. Cette aventure éditoriale n'aurait pas été possible sans la collaboration extraordinaire des Inéditeurs, société d'éditions interactives que nous avons constituée avec Sonia Cruchon, Mikaël Cixous et Mathias Franck.


À l'été 1968, deux enfants de treize et quinze ans parcourent seuls les États-Unis. Lorsqu'ils ne trouvent personne pour les loger, ils voyagent de nuit grâce à un abonnement aux bus Greyhound. Des chutes du Niagara à la frontière mexicaine, de l'Océan Pacifique à la Nouvelle Orléans ils font d'incroyables rencontres. Hébergés par un pathologiste à El Paso, un couple d'architectes à Beverly Hills, des hippies et le médecin des Black Panthers à San Francisco, des fascistes dans le Connecticut ou le patron de la Bourse de New York, des familles les accueillent lors d'un voyage initiatique où l'auteur découvrira sa passion pour la musique après avoir participé aux évènements de mai à Paris deux mois plus tôt. Le journal de ce périple renvoie au passé qui a permis cette incroyable aventure comme à l'avenir qu'il suscitera. Une époque pleine de promesses se dessine avant que la réaction n’enterre les rêves de cette jeunesse qui pensait pouvoir réinventer le monde.


Sous l'onglet du générique j'espère n'avoir oublié personne tant ils et elles sont nombreux à y avoir participé ou m'y avoir encouragé. Une dédicace spéciale à ma petite sœur qui a partagé ce voyage initiatique extraordinaire, à ma fille qui m'a accompagné sur cette même route trente-deux ans plus tard, à mes parents qui ont eu la folie de nous laisser partir seuls et si loin, à François Bon qui m'a mis le pied à l'étrier avec mon premier roman augmenté, La corde à linge, aux musiciens qui sont présents sur la partition sonore, à Françoise qui a monté les films, à Sonia qui a réalisé avec moi le light-show interactif et qui a soutenu ce projet depuis le début, à Mikaël qui s'est chargé du graphisme et des illustrations et à Mathias qui a réussi à ce que l'application tienne debout !

lundi 30 décembre 2013

Corps et graphies des Corsino


Bengalore Fictions, la dernière œuvre des chorégraphes Nicole et Norbert Corsino est une petite merveille interactive pour tablette numérique. Les 12 fictions développées avec des partenaires et collaborateurs indiens redonnent son sens au terme chorégraphique. Les corps incarnent des pinceaux tandis que les courbes de l'écriture dansent sur la page blanche. L'interactivité livrée au plaisir de la découverte du spectateur devenu l'un des interprètes joue sur le temps et l'espace comme une évidence des médias engagés. L'écran de l'iPad devient le support idéal pour jouer des perspectives, des échelles et des changements d'angles qu'exige le travail des Corsino. Chacune des fictions généreuses suggère de toucher l'écran d'un simple tap ou glisser le doigt pour faire apparaître la bande dessinée chorégraphique sans jamais avoir recours à une interface visible. Beau travail de programmation de Samuel Toulouse. Les deux artistes sont bien entourés et leur site livre les noms de l'équipe qu'un petit bug m'interdit de voir sur ma tablette. La musique urbano-industrielle de Jacques Diennet secondé par trois musiciens traditionnels indiens colle parfaitement au mariage des deux continents comme aux ambiguïtés locales, même si je regrette, marotte oblige, que la partition sonore ne profite pas de l'interactivité dédiée aux images. La place de ce fabuleux spectacle, cousin de nos Somnambules que nous devrions sérieusement penser à adapter pour ce support, coûte seulement 1,79 € sur iTunes. Son acquisition comblera celles et ceux que le Père Noël a dotés d'un iPad cette semaine !

lundi 23 décembre 2013

L'expo Jeu Vidéo à La Cité des Sciences


L'exposition Jeu Vidéo qui se tient jusqu'au 14 août 2014 à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris n'est ni une rétrospective nostalgique ni une galerie d'arcades, mais une réflexion ludique et muséographique sur ce nouveau médium qui enthousiasme la jeunesse et laisse parfois les parents perplexes. Le concepteur des dispositifs interactifs, Yassine Slami, a choisi de montrer ou créer les grandes figures du jeu vidéo en les habillant d'une couche supplémentaire qui interroge les pratiques en en réfléchissant les tenants et aboutissants. La scénographie qui nous plonge dans un univers rappelant le film Tron est si immersive que les visiteurs en oublient souvent de regarder les vidéos ou de lire les cartels qui mettent en lumière leur engouement. L'extrême diversité des jeux, choisie par Pierre Duconseille à la tête du commissariat général en accord avec le comité scientifique, permet d'évoquer ce qu'est devenu aujourd'hui le gameplay, la variété des interfaces se trouvant projetées en grand sur les 1000 m² de l'expo construite comme un labyrinthe d'installations originales. Que l'on soit novice ou expert on y trouvera de quoi alimenter ses réflexions en s'amusant.


Avec Sacha Gattino nous sommes concernés au premier chef puisque, ayant gagné le concours sur le design sonore, nous en avons composé la charte pour toute l'exposition, excepté les audiovisuels, et sonorisé de nombreux jeux. Nous inscrivant en faux par rapport aux sons électroniques et aux musiques référentielles habillant tant de jeux, nous avions choisi essentiellement des sons acoustiques qui s'en distinguent et renvoient à l'histoire des jeux de société, des jeux d'adresse et, accessoirement, à quelques jeux d'enfants. Leurs timbres physiques confèrent aux gestes des usagers une sensualité que nous ne voulons jamais perdre de vue, affirmant l'humain face aux machines. Malgré nos intentions de départ nous devons aussi nous adapter aux jeux spécifiques qui peuvent réclamer ici des sonorités plus électroniques, là des musiques de genre, ailleurs un univers météorologique... S'il faut préserver la cohérence artistique globable, le plus difficile est l'équilibre de l'ensemble tant le son a la fâcheuse habitude de se répandre partout. Le choix des timbres, avec leurs attaques et leurs spectres, est crucial, et le réglage des volumes sonores un exercice difficile tant leur perception varie selon les affluences, ici phénoménales. D'autant que nous n’intervenons malheureusement pas en amont avec les scénographes et régisseurs techniques pour concevoir les modes de diffusion et les adapter aux contextes spécifiques de chaque module dans leur environnement acoustique supposé, comme me le fait remarquer Sacha...


À côté de la foule de petits bruits ludiques qui habillent l'ensemble des installations et valident les gestes des joueurs, j'aime me souvenir des constellations sonores des Actualités, des parasites de Communautés créatives, des accords "héroïc fantasy" des Déguisements, des effets de flipper moderne d'Enjeu et contre tout, des sons électroniques de Habileté en jeu, de l'ambiance maritime et des claviers aléatoires de Nouveaux mondes, de la mécanique complexe du Jeu de la vie ou des six ambiances différentes de Gagnez la sortie, propulsion d'un joueur rapetissé dans un univers à taille humaine... Car si l'exposition est réussie elle le doit aussi beaucoup aux changements d'échelles qu'offrent les interfaces originales conçues pour l'occasion.

vendredi 13 décembre 2013

Lucioles, lettres d’amour des mouches à feu


En 2007 Michel Séméniako publiait Lucioles, lettres d’amour des mouches à feu, un travail magique sur ces coléoptères mystérieux dont la parade sexuelle est lumineuse. Si vous voulez tout savoir sur ces bestioles cruelles allez voir le site de Signatures où Séméniako compile quelques textes scientifiques et poétiques. Pour mon anniversaire de l'an passé le photographe de la nuit avait fait encadrer un magnifique tirage qui me parvient seulement aujourd'hui. Je le pose devant la télévision qu'il recouvre totalement, revanche contre ce qui les fit disparaître, comme l'évoquait Pier Paolo Pasolini. L'été dernier j'eus le bonheur de voir deux lucioles au fond du jardin de La Ciotat. Je ne me souviens pas en avoir admirées dans le passé. Peut-être ai-je oublié. J'associais les lucioles au dodo et à la licorne. Sur la photo les étoiles qui leur font miroir perforent le ciel du Piémont. Fasciné, je me colle devant ma nouvelle télé et je ferme les yeux pour m'imprégner de ces deux nuées qui interrogent tant notre humanité que son insignifiance.

mercredi 4 décembre 2013

USA 1968, bientôt...


La sortie de mon second roman, USA 1968 deux enfants, se précise. Les Inéditeurs en terminent la mise en page. Mikaël Cixous a livré tous les médias graphiques à Mathias Franck qui finalise et code à tour de bras pour que l'application ne soit pas trop lourde en téléchargement depuis un iPad. Elle pèsera tout de même plus de 350 mégas tant l'objet virtuel est riche en médias audiovisuels. Insérés dans le récit, se mêlent 12 courts métrages, 75 minutes de son et de musique, des dizaines de photographies, des animations et le light-show interactif, conçu avec Sonia Cruchon, qui fait office de couverture à ce premier numéro de nos éditions.
Absurdité technocratique récurrente, le CNC a refusé de prendre en compte le dossier car sa rubrique multimédia exige que la vidéo soit majoritaire, alors que le roman augmenté répond exactement à ce qui est recherché en termes de transversalité. L'objet, parfaitement adapté au support tablette, ne me serait jamais venu à l'idée autrement et il eut été injouable sans ces nouvelles ressources. Il manque une case pour nous aider. Espérons que les prochains projets que nous avons sous le coude seront assez fins pour passer sous les fourches caudines.
Si mon premier roman, La corde à linge, est disponible en ePub chez publie.net aux formats ePub (le seul avec les sons), Mobipocket, PDF et Web, USA 1968 ne peut exister que sous la forme d'une application. Si les ventes (probablement 4,99€ sur l'AppleStore) sont suffisantes nous envisagerons une version Androïd, mais l'iPad reste actuellement le meilleur support lorsque l'on veut inventer des objets inouïs. Ce second roman augmenté était paru sur ce blog en work in progress, une sorte de brouillon avant la mise en forme et les médias qui donnent tout son sens à ce récit initiatique, sorte de millefeuille quantique qui se joue du passé et du futur.

mardi 3 décembre 2013

Son et lumière d'Orléanoïde


Nos lapins étant invités pour deux représentations à Orléanoïde nous en avons profité pour visiter les installations du festival de création numérique (jusqu'au 8 décembre).
En matière de haute technologie je m'interroge souvent sur ces œuvres d'un genre nouveau qui me rappellent plus le Palais de la Découverte de mon enfance qu'un musée d'art moderne. J'ai fini par les affubler du terme d'art forain plutôt que les reléguer à des expériences de sciences physiques. Rien de péjoratif là-dedans, le cinématographe étant lui-même né dans les foires. Je range d'ailleurs nombreux films dans cette catégorie où le monde intérieur de l'artiste est moins essentiel que l'expérience physique vécue par le visiteur ou le spectateur.


Parmi toutes les installations amusantes ou troublantes présentées à la Collégiale Saint-Pierre-Le-Puillier, au Collège Anatole Bailly, au Muséum, au Musée des Beaux-Arts, reprises de l'exposition Exit de Créteil, j'ai été touché par deux d'entre elles exposées au 108 qui abrite Labomedia, organisateur de l'évènement. Ainsi Impacts du Québecois Alexandre Burton réagit à ma présence lorsque je m'approche des plaques de verre derrière lesquelles sont suspendues des bobines de Tesla ; les arcs de lumière qui pourraient zigouiller mon iPhone si je ne l'avais déposé à l'entrée impressionnent les visiteurs qui hésitent à s'approcher ! J'ai toujours adoré les lampes à plasma, mais ici la musique bruitiste me parle autant que les éclairs zébrant l'obscurité.


De même le capharnaüm de The Sandy Effect de l'Irlandais Malachi Farrell produit un tintamarre évoquant le choc suscité par l’ouragan Sandy balayant les rues de New York, grâce à des instruments de musique automatisés. Tambours à billes et à ressorts, claquements de portes et machine à vent tremblent là encore dans l'obscurité marquée d'éclats de lumière rouge ou blafarde. Comme chez Burton l'immersion produit son petit effet me replongeant dans de vieux souvenirs d'enfance qui expliquent mon attirance. Est-ce si différent de la lumière de l'aube ou du crépuscule lorsque nous enjambons la Loire en crue, ou encore le vieux quartier d'Orléans dont le ravalement fait surgir un Moyen-Âge fantasmé ?

lundi 25 novembre 2013

Coucou Bazar, derniers jours


L'exposition de Coucou Bazar de Jean Dubuffet, présentée sous la grande nef du Musée des Arts Décoratifs à Paris, fermera ses portes dimanche prochain.
Des figurants ont enfilé les costumes imaginés par Dubuffet pour le gigantesque tableau animé qu'il composa en 1973. Comme de petits pachydermes, Nini la Minaude, La Simulatrice, Le Grand Malotru ou Le Triomphateur dansent d'un pas sur l'autre devant les figures de bristol d'époxy, de résine stratifiée ou de tartalane amidonnée. Dans les coulisses quantité de dessins, maquettes, costumes et documents audiovisuels accompagnent ce Bal de L’Hourloupe, encore nommé Bal des Leurres. Une salle rassemble les instruments de musique du monde avec lesquels le peintre enregistrait ses improvisations brutes sans connaissance aucune de leurs techniques. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque j'entendis en 1970 le disque de La fleur de barbe ! De quoi décomplexer définitivement mes premiers pas de musicien autodidacte... Fâché avec l'institution, Dubuffet avait légué 160 œuvres aux Arts Décos qui est un musée privé. Y présenter Coucou Bazar lui aurait plu. Profitez de l'occasion exceptionnelle de l'admirer et emmenez-y les enfants !

jeudi 21 novembre 2013

Comment lire S.


Fort d'être un livre, S. est d'abord un objet étonnant dont la version sur tablette ôterait le plaisir de le feuilleter comme on tient un trésor entre ses doigts. L'étui recèle le roman Ship of Theseus du mystérieux auteur V.M.Straka. Dans ses marges les annotations des lecteurs qui l'ont emprunté à la Bibliothèque Laguna se sont muées en une conversation qui ajoute un nouveau récit à l'énigme du roman. Des articles de journaux, cartes postales, nappe de restaurant griffonnée, lettres, photographies sont glissés entre les pages. À la dernière se trouve un casseur de code.
Imaginé par le scénariste/réalisateur J. J. Abrams (Armageddon, Mission Impossible 3, Star Trek, Super 8, Star Wars épisode VII, créateur des séries télévisées Alias, Lost et Fringe), mais entièrement écrit par le romancier américain Doug Dorst (Alive in Necropolis, The Surf Guru), S. est un objet ludique, roman à clés dont on ne serait pas surpris qu'il s'agisse du premier mouvement d'une œuvre multimédia avec justement un film à la clé.


Merveilleux cadeau pour Noël, l'objet a un avantage, son prix modeste au regard du travail qu'il a exigé (28€), et un inconvénient, il n'existe pour l'instant qu'en anglais. L'éditeur Michel Lafon annonce la sortie de la version française pour le 9 janvier (24€), mais c'est alors fichu pour Noël !


Je me suis demandé comment lire S. tant la conversation des jeunes lecteurs dans les marges du roman sont prenantes. Ça tricote sévèrement. Il semble que le meilleur moyen consiste à lire Ship of Theseus sans s'en préoccuper, puis de le reprendre depuis le début pour une nouvelle aventure avec les jeunes protagonistes qui l'ont découvert avant vous. Peut-être faut-il marquer délicatement au crayon les indices insérés avant de les mettre à part, pour ne pas risquer de les faire tomber pendant la lecture et perdre les endroits où ils ont été glissés ? S. rappelle évidemment dans sa conception la correspondance de Sabine et Griffon par Nick Bantock que Peter Gabriel avait plus tard adaptée en CD-Rom. Une chose est certaine, si vous pénétrez son mystère, l'ouvrage d'Abrams et Dorst vous occupera un bon moment !

lundi 18 novembre 2013

Réminiscences interactives pour *di*/zaïn #9


Alphabet est définitivement le plus beau et émouvant CD-Rom de cette époque, un vrai jouet vidéo !, twitte Étienne Mineur comme je suis à l'antenne pour le 9ème *di*/zaïn qui a investi La Gaîté Lyrique. Le thème de la soirée, Réminiscences interactives, permet d'évoquer l'histoire des interfaces dans le monde de l'informatique.


À 32'30 Jean-Baptiste Labrune montre que tout ce que nous utilisons aujourd'hui a été inventé entre les deux guerres mondiales. Il fait ainsi défiler avec humour et à propos des interfaces de 1918 à 1977, souvent imaginées pour l'Armée : projection rétinienne de 1945, console SAGE de 1950, des multitouch précédant la souris, la Sensorama, le Sketchpad de 1963, etc. Vers 44'45 Geoffrey Dorne présente quelques tendances actuelles autour de la mémoire et du rêve, et de leur rematérialisation. À moins d'y sauter directement il vous faudra attendre la 52ème minute pour m'entendre présenter Alphabet. La soirée organisée par Les Designers Interactifs voit également défiler Philippe Michel et Daniel Sainthorant, Fabienne Schouler, Rémy Bourganel, Sylvie Tissot, chacun d'entre nous intervenant 10 minutes montre en main. Enfin des étudiants planchent en temps réel sur des questions ayant trait à l'inflation mémorielle et au droit à l'oubli...

lundi 11 novembre 2013

Passe-passe chorégraphique au Triton


L'ajout récent d'une seconde salle a donné aux propriétaires du Triton des idées délirantes de spectacles s'appuyant sur les ressources uniques de ce lieu principalement dédié à la musique. Jacques Vivante a imaginé un dispositif qui permet de faire communiquer le son, mais aussi les images d'une salle vers l'autre et réciproquement. Tant et si bien que des musiciens dans une salle peuvent jouer avec ceux de l'autre salle, ou accompagner une chorégraphie interprétée dans la pièce à côté !


Les participants au festival chorégraphique Dodécadanse s'en sont donnés à cœur joie. Vendredi soir, c'était au tour de la chanteuse Élise Caron, du batteur Edward Perraud et des danseurs Marlène Rostaing et Julyen Hamilton de glisser d'une scène à l'autre comme un changement de décor sur le plateau d'un théâtre. Le numéro de jonglage le plus acrobatique revenait aux techniciens contrôlant la lumière et les flux migratoires des coulisses en plus du son et de la vidéo. La partition des musiciens et des danseurs transformait les musiciens en danseurs, les danseurs se servant à leur tour de la voix pour évoquer la difficulté d'être ou commenter l'action. Ce jeu de vases communicants proposait aux spectateurs de chaque salle d'en changer à l'entr'acte. La permutation nous rappelait Lapin chasseur des Deschiens dont le décor représentait un restaurant côté salle et côté cuisine avec le public découvrant l'envers du décor à mi-parcours, la même scène rejouant deux fois.


Bitter Sweets, le CD d'Élise Caron et Edward Perraud paru chez Quark (L'autre distribution), m'avait énormément plu, kaléidoscope de saynètes pop déjantées. Si la chanteuse à facettes est une excellente comédienne, elle joue aussi remarquablement de la flûte. Quant au percussionniste il avale régulièrement son micro contact branché sur une application iPhone dont les sons trafiqués par un vieux KaosPad élargit sa palette orchestrale. Ainsi hameçonné il fait voler ses lignes au-dessus de sa tête tandis que la cantatrice virtuose incarne de multiples personnages, tel Alec Guiness dans Noblesse oblige. Sur scènes, Julyen Hamilton ne dédaigne pas non plus l'humour et Marlène Rostaing virevolte en s'appropriant les surfaces qu'elle rencontre sur son passage. La partie carrée s'improvise alors selon le planning des couples qui se font et se défont.

lundi 14 octobre 2013

Un cocktail, des Cocteau


Le 11 octobre 1963 la radio annonça la mort d'Édith Piaf. En fin de journée Jean Cocteau apprenant la nouvelle s'éteignit à son tour. Grâce aux techniques du XXe siècle le timbre de leurs voix deviendra immortel. L'un et l'autre étaient deux merveilleux conteurs. Piaf jouait ses chansons en comédienne. Cocteau ne s'y était pas trompé en lui écrivant Le bel indifférent où elle ne fait que parler devant son amant muet. Le poète n'eut pourtant jamais de meilleur interprète que lui-même pour dire ses textes. Il faut absolument réécouter les poèmes d'Opéra ou ses Portraits-souvenir qu'il enregistra sur microsillon. Cocteau fait sonner chaque syllabe en musicien inventif, leurs images explosant le sens et interrogeant l'auditeur devant l'inouï. Amateur de rythmes, il adorait son ami Stravinsky et il avait acquis la première batterie de jazz arrivée en France. Fasciné par le réel il le transposait en rêve. Il pratiqua ainsi tous les genres en les abordant en poète : littérature, cinéma, peinture, journalisme, ballet, théâtre, etc. De quoi en irriter plus d'un à commencer par les surréalistes, en particulier Breton, qui le reléguèrent à une ringardise de faiseur bourgeois pour camoufler leur propre arrogance et une homophobie face à un extraverti qui osait revendiquer ses choix haut et fort.

Comme Edith Piaf, Jean Cocteau découvrit et révéla quantité d'artistes dans des domaines extrêmement variés. Jean Genet n'en est pas le moindre, poète inconnu et délinquant récidiviste qu'il sauva de la prison et du bagne. Le Groupe des Six lui doit leur renommée ; là encore Poulenc, Milhaud, Honegger, Auric, Durey, Tailleferre (oui une femme !) faisaient figure de néoclassiques pour les bien-pensants de l'avant-garde. Comme si un autre point de vue pouvait leur faire de l'ombre ! Et pourtant ! Pourtant comment ne pas voir le génie cinématographique encensé par la Nouvelle Vague ? Du Sang d'un poète au Testament d'Orphée en passant par La belle et la bête, comment ne pas être subjugué par l'originalité et la perspicacité du cinéaste ? Il est l'auteur du concept de synchronisme accidentel au cinéma, pas seulement pour avoir compris le rôle de la musique, mais clé de toute vie.

Très jeune, grâce à Jean-André Fieschi, je fus séduit par son œuvre, même si je mis plus de temps à comprendre son travail graphique, mais tout est lié chez Cocteau. J'achetai alors tous ses livres chez les bouquinistes des quais le long de la Seine, je fouinais chez les antiquaires pour y trouver les 33 tours, j'écoutais sa voix, l'une des plus suggestives avec celles de Jean-Luc Godard et de Jacques Lacan. Jamais aucun récitant ne lui arriva à la cheville pour L'histoire de soldat de Stravinsky sur un texte de C.F.Ramuz, un autre écrivain mésestimé, considéré à tort comme auteur de romans paysans alors que ce visionnaire possède l'une des plus belles langues de la littérature francophone et qu'il est le modèle d'un autre Vaudois, cinéaste dialectique s'il en est. Si Aragon et Céline sont des géants il serait temps de réhabiliter Cocteau, Ramuz et Cendrars.

Combien de fois ai-je cité Cocteau ? Une des pièces du Drame se nomme d'ailleurs "Ne pas être admiré, être cru.", exergue d'Une histoire féline... Sur ma carte de visite j'avais écrit "Le matin ne pas se raser les antennes" (Journal d'un inconnu). Une litho originale pend dans le studio. On comprend parfois de travers "Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi" (Le Potomak)... André Fraigneau lui demande : "S'il y avait le feu chez vous, quel est l'objet que vous préféreriez et que vous emporteriez ?" Et Cocteau de répondre : "Je crois que j'emporterais le feu"... "Les miroirs sont les portes par lesquelles la Mort va et vient... Du reste, regardez-vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la Mort travailler comme des abeilles dans une ruche de verre" (Orphée).... "Puisque ces mystères me dépassent feignons d'en être l'organisateur" (Les Mariés de la Tour Eiffel), etcétéra.

mercredi 9 octobre 2013

Miaulique


Sacha Gattino, avec qui je termine le design sonore de l'exposition Le Gameplay s'exhibe qui ouvrira ses portes le 22 octobre à La Cité des Sciences et de l'Industrie et dont le site perso révèle quantité d'informations et de liens précieux sur le son et les instruments de musique inhabituels, me suggère de commander Miaulique, un livre sur les musiques de chats accompagné d'un précieux CD.
Je possédais déjà Le mystère des chats peintres publié chez Taschen, acquis sur les conseils d'un autre ami de la gente féline, Jean-Pierre Mabille. J'imagine qu'ils avaient respectivement partagé leurs studieuses lectures avec Cache-cache et Poussière comme je le fais moi-même avec Scotch à qui je lis régulièrement l'Histoire féline de Cocteau sans que cela lui fasse ni chaud, ni froid. Ne serait-il pas concerné par les titres de noblesse ? Chez déjà chat !
Miaulique, le livre rédigé par Jean-Claude Lebensztejn (Le Passage) est illustré de fabuleuses peintures et estampes où se reconnaissent, entre autres, Téniers, Jan Brueghel, Watteau, Grandville, Halsman, et autant d'orchestres où figurent des chats. S'intéressant à la musique féline en littérature comme dans les arts, l'auteur cite Mme d'Aulnoy et les frères Grimm, Hoffmann, Champfleury et Paradis de Moncrif ! La comparaison du miaulement avec la dissonance est injuste (à moins que l'injustice s'exerce envers la dissonance !) et les malheurs qu'on leur a fait subir dans les foires et sur les terrains vagues sont évidemment atroces et débiles. C'est joué avec le Diable. Je sais, Nicolas, nous avons fait tourner des chats par la queue comme des rhombes une nuit de grand vent, mais ce n'était qu'en rêve ! Le passage à l'acte est une ligne jaune que l'on ne franchit pas, même sur des pattes de velours. J'ai souvent enregistré ou mimé des chats dans mes créations et pour Crasse-Tignasse je chantais "Miaou Miaou Mi, Miaou Miaou Miac" sur les cendres de Pauline et les allumettes.
Si vous trouverez quelques partitions, j'ai un petit faible pour le CD accompagnant cette "fantaisie chromatique". D'Adriano Banchieri (1608) à Paul Whiteman (1928) le Concert miaulique est un ravissement. Un duo de Leonardo da Vinci, le duo des chats de Rossini qui n'est pas de lui mais de l'Anglais Robert Lucas de Pearsall dit G. Berthold, l'autre duo miaulé de Ravel dans L'enfant et les sortilèges, une Berceuse de Stravinsky, Felix The Cat de Whiteman avec Bix Beiderbecke et Franky Trumbauer, un Capriccio de Farina, Kitten on the Keys de Zez Confrey... Un très joli cadeau pour quiconque pense qu'une maison sans chat est comme un violon sans âme !
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