Jean-Jacques Birgé

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mercredi 30 octobre 2019

Auf Wienersehen


Vienne est zébrée de pistes cyclables. J'avais pédalé toute la matinée sur la bicyclette dorée prêtée par l'hôtel. Lors d'une pause au bord d'un étang du Prater, j'ai immédiatement reconnu l'inspiration de Klimt pour ses jardins. Ailleurs, Claude Monet ou Jacques Perconte ont fait la même expérience. L'eau frémissait à peine. Une corneille mantelée, très élégante, est venue me tenir le crachoir pendant que j'appelais Paris. Pas croâ, mais un son de percussion guttural proche d'un vibraslap ou d'une mâchoire d'âne.


Cherchant le Danube bleu, j'ai atterri sur une île aux couleurs de l'automne. Pour enjamber les ponts, là non plus les cyclistes n'ont pas été oubliés, même si j'ai eu du mal à trouver comment y grimper. Les rayons du plus proche dessinaient une gloire. Je trouvais l'avoir bien méritée après les émotions de ces derniers jours. Le long de la berge flottaient des embarcations en planches faites de bric et de broc. J'ai rebroussé chemin pour aller manger un boudin noir croustillant sur lit de choucroute. Les spécialités locales n'étant pas si nombreuses, j'en ai pratiquement fait le tour.


J'avais envie de voir comment les Actionnistes étaient présentés à Vienne. Grosse déception au Mumok, carrément l'arnaque, pas une œuvre annoncée n'était visible. Les collections permanentes du musée d'art moderne fermées et les temporaires sans grand intérêt, je suis resté sur ma faim. Je suis donc allé déguster un gâteau chez Demel et j'ai envoyé de là-bas un selfie à Claire en souvenir de nos rigolades viennoises d'il y a vingt ans. Le soir je suis rentré fourbu. Durant mon séjour, j'avais marché, pris le métro, mais la bicyclette m'a conquis une fois de plus dans une ville repensée pour elle. Copenhague m'avait déjà donné cette impression.


Avant de quitter Vienne j'ai fait un saut au Musée d'Histoire de l'Art pour la magnifique exposition Caravaggio et Bernini. Avec le Louvre et l'Ermitage, c'est un des plus beaux musées du monde, de plus, construit pour sa fonction. Au delà de l'émotion suscitée par les tableaux du Caravage, dans tout le musée je suis épaté par la qualité de présentation des œuvres, tant dans la manière de les éclairer que par leur place dans l'espace. Les décors des collections égyptiennes vous plongent des siècles en arrière. Je suis surtout abasourdi par le nombre de Brueghel, par les Rubens, les Velasquez, des Arcimboldo que je ne connaissais pas, L'art de la peinture de Vermeer, Suzanne et les vieillards du Tintoret dont la blancheur explose au milieu des autres, et tant d'autres. Si l'entrée est majestueuse, comparé au Louvre le palais construit par les Habsbourg a taille humaine. Rassasié, je rejoins le Ring pour prendre mon avion.


Dans Stadtpark je croise la statue en bronze doré de Johann Strauss au violon, mais Vienne est sur son 31, trop guindée pour la valse comme je l'entends. J'ai toujours préféré les arrangements qu'en ont fait Berg, Schönberg et Webern. La pièce musicale qui correspond le mieux à l'idée que je me fais de cette ville est une œuvre méconnue d'Arnold Schönberg, Die eiserne Brigade, stupidement considérée comme mineure. La brigade d'acier est une marche pour piano et quatuor à cordes d'un humour grinçant qui m'enthousiasme. Dans des pays comme l'Autriche ou le Japon, la rigueur suscite forcément la révolte.

lundi 28 octobre 2019

Pickpocket


Vienne m'apparaissait trop sûre. Les piétons attendent que le signal soit vert pour traverser, même s'il n'y a pas une seule automobile à l'horizon. Les rues sont propres. Tout ce qui est lourd, édifices et pâtisseries, est recouvert d'une épaisse couche de crème fouettée, créant ainsi l'illusion. On ne voit pas de resquilleur dans le métro ; en tout cas, aucune infrastructure mobilière ne permet de s'en apercevoir si jamais cela arrive. Vraiment pas de raison de se méfier, si ce n'est qu'un touriste est toujours une proie potentielle, quelle que soit la grande ville !
Nous étions nombreux attablés au Café Europa. Les Polonais étaient partis, mais les camarades anglais et autrichiens sirotaient leurs bières et les Français digéraient leur goulasch. C'est probablement lorsque Walter m'a remboursé le taxi que quelqu'un m'a repéré empochant mon porte-feuilles. Pendant les trois minutes où je suis allé aux toilettes, mon manteau est resté sur le dossier de ma chaise, entouré de tout le monde. Lorsque j'ai voulu payer, l'argent avait disparu du porte-feuilles pourtant resté dans ma poche. Ce ne pouvait être que des virtuoses comme celui du sublime film de Robert Bresson que j'avais pensé revoir avant mon départ. Cela n'aurait pas changé grand chose. Personne n'a rien remarqué. Le gars aura été rapide, peut-être poussant ma chaise comme si elle était dans le passage ou aura-t-il relacé son soulier derrière elle. La serveuse avait bien noté deux types "louches" au bar derrière nous, repartis sans rien commander. Il m'a bien fallu me rendre à l'évidence.
J'ai choisi de prendre cette mésaventure avec le sourire malgré la somme transportée, plus importante que d'habitude. À quoi sert-il d'en rajouter ? Dans ce genre de situation, ma mère disait : « Plaie d'argent n'est pas mortelle ». Les voleurs, puisqu'il faut souvent un ou deux complices pour accomplir ce genre de larcin, ont eu la délicate attention de laisser le porte-feuilles contenant mes cartes de paiement, d'identité, d'assurances, de visite, etc. Ou probablement, sont-ils allés au plus facile. J'avais eu le tort de ne pas reboutonner ma poche alors que je le fais systématiquement lorsque je suis en vadrouille. Dans le métro, je vérifie discrètement avec mon avant-bras que rien ne manque ! Mon père, qui connaissait des pickpockets londoniens lorsqu'il était journaliste, m'avait averti de ne jamais indiquer où était le magot en me précipitant vérifier aussitôt l'annonce diffusée par les haut-parleurs. J'espère que mes voleurs avaient vraiment besoin de cet argent. J'ai cherché un distributeur pour ne pas rester sans liquide, mais, les jambes coupées, j'ai préféré m'allonger avec Askja, le nouveau Ian Manook qui se passe en Islande. Il n'arrive pas à la cheville de Yeruldelgger, mais lire me change les idées...

vendredi 25 octobre 2019

Viennoiseries


À Vienne, comme il est interdit de photographier à l'intérieur du Musée Hundertwasser, la KunstHausWien, je me rabats sur les WC où je suis certain de ne pas être pris par une caméra de surveillance ! Le sol y fait des vagues comme ailleurs. Les carreaux cassés ont inspiré tant de mosaïstes en herbe dont j'ai d'ailleurs fait partie. Il y a 35 ans, dans le grand loft du Père Lachaise, nous avions tapissé ainsi plus de 10 mètres carrés dont un escalier en colimaçon et les fenêtres. Il y a d'autres restes dans des endroits où j'ai habité...


À propos de cassé, le miroir du lavabo et le vitrail me rappellent que j'ai brisé l'une des branches de mes lunettes dans le taxi qui m'amenait à l'aéroport. Me voilà bien ! Ce sont celles dont je me sers sur scène et ce soir vendredi je joue avec Didi Bruckmayr avec qui je n'ai encore eu aucun contact. Walter Robotka m'a dit que Didi avait écouté ma musique comme moi j'avais regardé les vidéos de ses performances. J'enfoncerai mes bésicles sur mon nez en espérant qu'elles ne bougeront pas lorsque mes yeux se promèneront entre l'écran de l'ordinateur, le clavier, mes instruments acoustiques et électroniques, la table de mixage, mon coéquipier et le public.


Les projets architecturaux de Friedensreich Hundertwasser m'intéressent plus que ses œuvres picturales, sorte d'art brut influencé par Gustav Klimt. Le succès populaire a fini par galvauder ses tableaux naïfs pleins de couleurs, alors que ses toits plantés, ses immeubles végétalisés sont visionnaires et devraient contaminer les espaces urbains.


Enfant, je rêvais de construire ma propre maison comme une grotte avec des courbes et des couleurs vives, entre Dubuffet et Hundertwasser. Je ne connaissais encore ni l'un ni l'autre. En regard de la mosaïque de couleurs de la Hundertwasserhaus, ma maison me semble bien timide...


Tout le quartier s'est hundertwasserisé. Il y a des colonnes à la Gaudi un peu partout. Et des marchands de souvenirs. Le syndrôme Ben se fait sentir. La charge révolutionnaire s'en trouve désamorcée par la récupération mercantile. Il faut revenir aux engagements égologistes de l'artiste pour se réconcilier avec son œuvre immense.


Lorsque je joue à l'étranger j'en profite toujours pour faire un peu de tourisme. Trop de musiciens ne connaissent que le parcours aéroport-hotel-théâtre-hotel-aéroport. Demain soir la balance est vers 18 heures. Cela me laisse le temps d'aller visiter un ou deux musées et d'arpenter le centre de Vienne...


Avec Denis Frajerman nous avons beaucoup marché, sur des pavés de toutes tailles. Ce soir il ouvrira le bal avec un solo inédit. Il y avait trop de monde chez Demel. Nous avons atterri Café Central où je lui ai tiré le portrait. Délicieux Apfelstrudel. La crème fouettée débordait sur les murs comme dans les rues, sur les monuments, sur les statues. Au dîner c'était la bière. Devant rentrer à l'hôtel pour écrire ces lignes et traiter les photos de l'après-midi, je suis resté relativement sobre. Il est une heure du matin, temps d'aller me coucher.

jeudi 24 octobre 2019

Welcome in Vienna


J'aurais pu aussi intituler cet article Retour à Vienne, mais c'est un autre film, et pour moi une seconde visite plutôt qu'un retour, fut-il symbolique. La trilogie d'Axel Corti, Welcome in Vienna, est un chef d'œuvre que j'avais chroniqué il y a sept ans, le film le plus extraordinaire et le plus juste sur la seconde guerre mondiale sur lequel j'écrivais : «c'est avant tout l'histoire de l'émigration qui est en jeu, intégration et ségrégation, perte d'identité et renaissance.» Or l'invitation de Walter Robotka, producteur de mes vinyles (re)ssortis en CD pour le label KlangGalerie, est aujourd'hui un beau welcome à l'occasion de son 50e anniversaire.
Vienne a d'abord représenté à mes yeux une capitale culturelle déchue, détruite par le nazisme. Je m'entichai de ses compositeurs, de ses écrivains, de ses cinéastes, de ses peintres, de ses penseurs ; la plupart étaient juifs et ceux qui étaient encore de ce monde avaient fui à l'étranger. Mahler, Schönberg, Freud, Schnitzler, Stroheim, Sternberg, Wilder, Schiele, Klimt, Hundertwasser, etc., accompagnèrent mes premiers pas d'adulte. En 1998 Étienne Mineur, alors directeur artistique de l'agence No Frontiere, m'avait demandé d'écrire la musique et le design sonore d'Europrix 98, soirée de gala et show TV pour les trophées multimédia européens. C'est à Vienne que j'avais découvert James Turrell lors d'une rétrospective exceptionnelle, à Vienne encore que j'allais déguster d'exquises pâtisseries chez Demel. J'irai peut-être revoir le Palais de la Sécession et la maison d'Hundertwasser qui semblent proches de mon hôtel. En 2009 nous étions allés à Linz avec Antoine Schmitt pour recevoir le Prix Ars Electronica Award of Distinction Digital Musics décerné à Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins, mais nous n'étions pas passés par la capitale. Alors vingt ans, dix ans plus tard, me revoici dans cette drôle de ville qui garde les vestiges du temps passé, dont les stigmates ne sont toujours pas effacés et où de vilains fantômes ont pignon sur rue. J'y vais seul, sachant y rencontrer des amis.
Vendredi soir se tient au Replugged le concert d'anniversaire de Walter Robotka, Klang 50. Y participent le Français Denis Frajerman, les Autrichiens de Das Fax Mattinger, le Polonais Job Karma, les Anglais Andrew Liles & Renaldo M., Section 25 Industrial Unit et j'y joue avec le chanteur-performeur autrichien Didi Bruckmayr que je n'ai jamais rencontré et avec qui je n'ai même pas échangé un mail ! L'improvisation risque d'être pleine de surprises. J'ai évidemment écouté et regardé sur Internet nombreux de ses shows extravagants.
KlangGalerie a déjà publié les CD Rideau ! et À travail égal salaire égal d'Un Drame Musical Instantané ainsi que Rendez-vous, le duo inédit que j'avais enregistré en 1981 avec Hélène Sage. C'est justement Étienne Mineur qui a terminé hier soir la nouvelle pochette de la réédition de L'homme à la caméra augmentée d'un autre ciné-concert, inédit, La glace à trois faces, également en grand orchestre. Sortie attendue avant la fin de l'année.

P.S.: Werner Nowak a.k.a. Eraserhead a pris des photos de mon concert avec Didi Bruckmayr !

vendredi 30 août 2019

Buchaorest


L'absurde règne à Bucarest, en tout cas d'un point de vue architectural. Des immeubles modernes côtoient des ruines, les rénovations alternent avec des effondrements, le monumental stalinien avec l'orient ou le modernisme du début du XXe siècle. Il y a des colonnes corinthiennes collées à des buildings des années 60 et de gigantesques terrasses impériales encore plus roccoco perchées sur leurs toits, probablement rêvées par les dignitaires du régime ceaușescuesque. Les trottoirs et les chaussées sont défoncées, des tuiles ou des briques risquent de vous envoyer au cimetière. Cela n'empêche pas certains quartiers de distiller leur charme avec leurs restaurants en appartements et les cafés sous des tonnelles de verdure. Le quartier historique de Lipscani et Stavropoleos est défiguré par les débits de boisson et les restaurants "typiques" qui débordent sur la chaussée, industrie touristique oblige, mais Icoanei, par exemple, est devenu très branché. Plus on monte vers le nord, plus c'est huppé, façon Neuilly ou Vincennes. À la périphérie les malls ont remplacé les commerces de proximité, comme partout hélas. C'est un peu comme les paysages urbains qui mènent des aéroports aux grandes villes, quasi identiques quelle que soit la longitude.


J'ai tout de même du mal à comprendre pourquoi on construit une église aussi imposante derrière l'ancien palais du fada devenu le parlement, si colossal que personne semble savoir qu'en faire. En avril 2010, alors qu'avec Antoine Schmitt nous présentions ici-même Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins, dans le cadre du Festival Rokolektiv, j'avais photographié à peu près sous le même angle le parc depuis l'arrière du Palais (photo ci-dessous, zoom plus rapproché). Je me demande ce que les habitants de Bucarest ont gagné en dix ans ? L'herbe a brûlé. La poésie surannée du parc a laissé la place à un chantier informe pour satisfaire la piété des Roumains interdits de pratiquer leur religion sous l'ère dite communiste.


Nous avons mis vingt minutes pour contourner l'immense bâtiment (270 sur 240 mètres, 1100 pièces sur 12 étages, 45 000 m2 au sol et 350 000 m2 habitables) et accéder au Musée d'Art Moderne et Contemporain qu'il abrite.


Celui-ci aussi semblait en travaux, que ce soit intentionnel comme cela devient la mode de faire un accrochage comme si on était dans l'atelier du peintre, ou dans les salles elles-mêmes. Difficile de se faire une idée en ne voyant qu'une œuvre de chaque artiste. Aucune intention flagrante ne se dégage de l'ensemble, à l'image du chaos de la capitale. Idem au Musée d'Art Récent. On est très loin des villes et villages que nous avons traversés dans le nord. Et puis les couleurs vives des façades me manquent terriblement, sans parler de la forêt des Carpates !


Nous préférons errer au petit bonheur la chance et découvrir des images étonnantes comme ce lierre entrant par la fenêtre d'un immeuble cossu laissé à moitié à l'abandon. Les périodes fastes de l'Histoire laissent des bâtiments somptueux difficiles à entretenir aujourd'hui.
C'est d'ailleurs à Iconei que, sur les conseils de Dana, nous faisons du restaurant Zexe notre cantine ! Sa cuisine est celle des boyards, gastronomie de la Roumanie d'antan. Le coût de la vie dans ce pays est si bas qu'il nous permet cette fantaisie.
Hélas, comme partout sur la planète, les inégalités se sont encore creusées. Si la vie était impossible avant la révolution de 1989, il n'y avait néanmoins pas de SDF à Bucarest. Une extrême pauvreté côtoie maintenant l'arrogance d'une nouvelle bourgeoisie. La capitale expose ces douloureuses ambigüités et, même si nous sommes venus travailler et réfléchir à une utopie à la fois passée et future avec nos amies roumaines, notre statut de touristes n'arrange rien à l'affaire.

jeudi 29 août 2019

La Transylvanie en couleurs


Sur la route entre Victoria et Sighișoara les maisons des villages sont de toutes les couleurs. En faisant peindre la mienne en bleu, très méditerranéenne, je pensais à l'île de Burano, près de Venise, mais arpentant la cité féodale, je suis ravi de constater qu'il y a quantité d'autres pays où l'on apprécie autre chose que le blanc sale !


Nous évitons les draculeries dont se repaissent la région et ses commerçants. Vlad Țepeș ou Vlad III l'Empaleur n'est évidemment pas le personnage imaginé par Bram Stoker qui a choisi le nom de son personnage à partir du nom du père de Țepeș qui se nommait Vlad Dracul parce qu'il appartenait à l'Ordre du Dragon. D'ailleurs, de l'autre côté du pont aucun fantôme n'est venu à ma rencontre !


Sibiu ressemble plutôt à Prague. Les maisons bourgeoises font penser à des pâtisseries viennoises. Ce ne sont pas pour autant des modèles gastronomiques, du moins pas vraiment diététiques. J'aime bien la chorba de tripes, par exemple, mais heureusement cette soupe n'a inspiré aucun architecte.


Les lucarnes me font néanmoins penser aux yeux d'un dragon soulevant ses paupières comme un crocodile. Je me souviens de ceux parqués dans un enclos à Radio France. J'avais parié avec mes copains que c'était des animaux empaillés. Nous étions seuls. J'ignore ce qu'ils faisaient là. À l'époque il y avait des studios de télévision. Lorsque j'ai posé la jambe sur le haut de l'enclos, l'un d'eux a soulevé son œil lourd, comme s'il me faisait un clin d'œil. On peut dire que j'ai eu chaud. Les yeux de Sibiu sont devenus un symbole de protestation contre la corruption en Roumanie.


L'été à Sibiu comme à Sighișoara, il y a beaucoup de touristes, mais cela reste supportable. Il suffit de laisser passer les groupes guidés par des petits fanions ! Sighișoara semble restée dans son jus féodal, mais le tourisme la transforme tout de même en Butte Montmartre. Sibiu est plus étendue, même si son centre tourne autour de trois places contiguës. Nous sommes tombés sur un festival folklorique dans la première et un festival médiéval dans la seconde. J'ai préféré les chants et danses roumaines aux passes d'armes en cottes de maille ! Partout sont visibles les traces saxonnes.

mercredi 28 août 2019

La simandre


Il me restait la simandre à enregistrer en haut de l'église orthodoxe. L'escalier pour monter au clocher est abrupt. Du haut, la vue est évidemment superbe. Le jeune pope nous explique qu'il ne reste plus que 4000 habitants à Victoria sur les 10000 de jadis. La plupart sont pauvres et sans emploi. Après avoir frappé en rythme la simandre que les Roumains appellent toaca, il me prête ses mailloches de bois constituées du cœur d'un cerisier pour que j'en joue à mon tour sur la planche de hêtre qui sert habituellement à appeler, par exemple, les fidèles à la messe.


La toaca peut aussi être en métal. Le pope fait retentir la petite cloche, puis le gros carillon. J'ignore si elles ont toutes les mêmes fonctions, probablement pas, mais le pope sonne chacune l'une après l'autre. Il nous raconte que sa charge exige qu'il soit marié.


En sortant je jette un œil à l'église proprement dite. Elle éclate de couleurs vives. On oublie souvent que les temples grecs étaient polychromes !

mardi 27 août 2019

Rust In Peace


Tandis que Céline Berger filmait Daniel Pop, le chorégraphe m'a permis d'enregistrer un solo de grille que j'espère incorporer au disque qui pourrait se trouver intégrer au livre de Dana Diminescu sur Victoria. J'emporte partout mon magnétophone et mon appareil-photo, mais nous sommes enfin en vacances. Suis-je jamais en vacances, toujours sur la brèche, avec quelques mots chaque jour sur cette page ?


Rust In Peace sera le titre d'un des morceaux de l'album. Le jeu de mots se réfère (rouillé !) à l'état des équipements des anciennes usines chimiques de Victoria et aux dégâts humains qu'elles ont générés. Le cimetière où j'ai photographié Daniel fait partie de l'histoire. Une atmosphère lourde s'en dégage. Il n'abrite pas que les tombes de ces victimes. Une stèle célèbre les héros de la seconde guerre mondiale, sans différencier ce qu'ils sont devenus sous le joug soviétique et l'ère Ceaușescu. Victimes et bourreaux se retrouvent honteusement associés. Cela m'a rappelé le Cambodge où chacun se réclamait des victimes des Khmers Rouges de Pol Pot alors qu'une bonne partie d'entre eux avait commis combien de meurtres absurdes. Comme les Italiens, les Roumains avaient commencé la seconde guerre mondiale du côté de l'Axe et l'avaient terminée avec les Alliés ! La question primordiale concernait la Bucovine, la Transylvanie et la Moldavie. Partout sur le globe, le découpage imposé par les vainqueurs crée chaque fois des conflits à venir.

lundi 26 août 2019

Ruines d'une époque révolue


Nous avons dû montrer patte blanche avant de pénétrer dans la Section 7. L'usine chimique était incroyablement étendue, les bâtiments dispersés au milieu de la forêt. C'était probablement pour des raisons de sécurité, les accidents se produisant de temps en temps. Il suffisait d'un moment d'inattention, d'une cadence de travail trop soutenue, pour que la nitrocellulose explose et fasse ses victimes. Ci-dessus la tour où se fabriquait l'éther ! Notre guide nous avertit que nous sommes susceptibles de rencontrer un ours, mais nous ne verrons qu'un gros sanglier. Tout est à l'état de ruines. Quel projet pourrait bien investir le lieu ? Un musée ? Un centre artistique ? Avec la désertification des campagnes, on voit mal des promoteurs immobiliers s'y intéresser. En l'état, Viromet fait penser à un parc à thème dont nous serions les seuls visiteurs, aventuriers d'un jeu de rôles où nous serions confrontés à la nature...


Le dépôt ressemble à un temple perdu dans la forêt. Les stèles de ciment font penser à quelque cimetière d'un autre hémisphère. J'enregistre le son des débris de toutes sortes que nous foulons ici et là. Les murs des stockages étaient en briques pour qu'une éventuelle explosion les souffle. La déflagration devait être considérable pour que le plafond soit une dalle flottante capable de s'envoler ! Nous croisons l'ancien directeur venu se recueillir, nostalgique de ce qui est devenu une gigantesque friche.


Nous continuons notre visite en descendant dans le bunker de l'usine. Il y a des masques à gaz dans les musettes accrochées au porte-manteau. Des affiches en couleurs expliquent les dégâts produits par les armes biologiques, chimiques ou nucléaires. On peut y lire la liste des symptômes et celle des antidotes. Ou leur absence ! Je photographie des plans de bombes et j'enregistre le son des lourdes portes.


La chorba quotidienne et les Wiener Schnitzel attendront. Nous filons vers la station d'épuration des eaux en tentant d'éviter les nids de poule, spécialité de la région. Je lis NH3 sur d'immenses containers, c'est de l'ammoniac. Plus loin on fabriquait du méthanol. En empruntant un petit pont nous remarquons un ruisseau orange. De bassin en cuve, nous suivons tout le processus de filtrage de l'eau. Là aussi j'enregistre. J'ai besoin de bruits du réel que je mélangerai à mes machines ou à des instruments acoustiques. Parfois je partirai de ces références essentielles, parfois je me contenterai de fictionnaliser mon évocation d'un événement ponctuel. D'autres fois je serai contraint de réinventer le passé, ne pouvant capter une belle explosion. Une réinterprétation en studio fait ainsi germer la poésie du réel.

jeudi 22 août 2019

Sur la piste utopienne


Passé les nombreuses réflexions sur l'utopie, notre joyeuse équipe continue à arpenter la ville à la recherche des "vestiges" de l'ère communiste, la comparant avec ce qui lui a précédé ou succédé. Depuis les baies vitrées du Centre Culturel où nous jouerons samedi soir je reconnais la vue qui a été choisie pour illustrer la fiche Wikipédia de Victoria, sauf que la neige a fondu cet été sur les cimes des monts Făgăraș. L'après-midi, l'enterrement d'un des anciens directeurs de l'usine a repoussé à vendredi notre visite du cimetière. Ceux et celles qui y assistaient étaient ensuite conviés au restaurant Le Paradis, cela ne s'invente pas ! Dans les années 50, comme les ouvriers recrutés des usines chimiques et d'explosifs étaient essentiellement des jeunes, dans son projet utopique la ville n'avait pas prévu de construire un cimetière. Ce fut évidemment l'hécatombe. Autre rendez-vous décalé, cette fois avec le pope de l'église d'à côté. Il devait me montrer comment il joue de ses mailloches sur la simandre, toacă en roumain, située dans le clocher, mais il est introuvable...


Nous nous rabattons sur l'école qui accueille des élèves de 6 à 14 ans, un jumelage équivalent à notre école primaire et au collège. Le papa de Dana commente en direct via une application vidéo sur iPhone la visite de ce lieu pilote où il avait inventé une pédagogie très originale et qui a malheureusement périclité depuis la chute du bloc de l'est. Des fresques peintes directement sur les murs mettent en garde les enfants contre les méfaits du tabac ou l'importance d'une bonne hygiène. J'enregistre le buzzer qui sonnait la récréation. Dedans, dehors. C'est déjà ça.
Tous les moustiques en embuscade dans la chambre ayant été zigouillés par brutale application d'oreiller, les nuits peuvent enfin être consommées d'une seule traite...

mercredi 21 août 2019

La nature reprend ses droits


La matinée s'est ouverte avec la visite de l'usine chimique Viromet S.A. à Victoria où flotte l'odeur vicieuse distillée par son concurrent américain Purolite située de l'autre côté de la route. Comme je l'ai raconté vendredi l'usine a été divisée à la chute du régime dit communiste. Il n'y a plus que 300 ouvriers sur les 4000 du temps où l'usine fonctionnait à plein régime (c'est le cas de le dire !), mais celle-ci semble à l'arrêt. Un détail m'échappe donc et plusieurs secteurs demeurent interdits. J'attends avec impatience d'arpenter la Section 7 où était fabriquée la nitrocellulose (la poudre), cause de mortalité répétée. Comme toutes les constructions du pays les bâtiments sont un mélange d'architecture stalinienne et d'influence byzantine...


Il y a des tuyaux rouillés un peu partout, des petits, des gros, certains passent sous la route, d'autres la surplombent. Mais partout la nature reprend ses droits et les lianes s'immiscent dans le réseau abandonné. De magnifiques affiches concernant la sécurité ornent les murs des bureaux. Elles sont peintes à la main sur des tableaux de bois. De l'art brut dont je cherche le nom de l'auteur. Peut-être aurons-nous plus de précision lors de la fête de la ville qui commence samedi et pour laquelle nous ferons une performance...


Devant l'usine Viromet qui nous accueille cordialement, j'enregistre des dizaines d'hirondelles dont les cris s'apparentent à de la musique électronique. Dans le fond on entend les machines de Purolite. Le soir ils dégazent, parce que c'est le moment où la ville respire des puanteurs auxquelles d'ailleurs nous commençons à nous habituer...


L'après-midi après chorba de légumes, chorba de tripes, poivrons farcis et escalopes de porc, nous partons nous promener tout près, à Vistea, où le parfum du thym sauvage remplace la pollution de Victoria. Nous nous baignons dans un petit torrent pour nous rafraîchir quand tombe le soir au loin sur les montagnes...

mardi 20 août 2019

En route pour les Carpates


Rapidement parce que la journée a été très longue. Le vol s'est beaucoup mieux passé que nous ne pouvions le craindre si l'on se fie aux commentaires sur la compagnie low-cost. Seulement une demi-heure de retard. Par contre les bagages à main qui ne sont pas des sacs à dos doivent voyager en soute parce que le 737 est un trop petit avion... Chaque voyageur doit le porter et le remettre au préposé en bas de la passerelle, après avoir retiré là aussi toutes les piles, puisqu'il paraît qu'une batterie percée peut mettre le feu et faire crasher un Boing ! Évidemment à Bucarest le bagage se retrouve sur le tapis roulant avec ma grosse valise au supplément prohibitif. Tout s'était parfaitement déroulé jusqu'à la location de la voiture qui a mis trois heures à nous être remise par Hertz, alors que la facture était déjà réglée. Ils avaient égaré le véhicule qui était devant leurs yeux. On a fini par prendre la route sans ses papiers. Ensuite j'ai conduit comme les Roumains, excès de vitesse, dépassements bizarres, mais nous sommes enfin arrivés sains et saufs vers 22 heures à Victoria où nous attendait une équipe extrêmement sympathique. Demain matin nous allons voir les archives d'une des usines. Une étrange odeur de poisson chimique flotte sur la ville. J'ai pensé à un film de Jean-Pierre Mocky.

lundi 19 août 2019

Vol pour Bucarest


J'ai choisi cette photo ancienne de Victoria sous la neige, parce qu'elle me sera impossible à prendre lors de mon séjour en Roumanie ces prochains jours. Dana Diminescu m'en avait envoyé une douzaine, la plupart très récentes, histoire de me mettre un peu dans le bain avant mon départ. On remarquera au loin les monts Făgăraș (ou Alpes de Transylvanie), les plus hautes montagnes du pays. À gauche un mirador suggère une surveillance qui n'a rien d'anecdotique. Lorsqu'on fait une recherche sur cette ville utopique fondée en 1948 par les Soviétiques, Wikipédia livre des informations qu'il faut savoir déchiffrer : une usine chimique allemande y fonctionne pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, l’usine devient une Sov-Rom (entreprise mixte soviéto-roumaine) dont les directeurs sont des Soviétiques. À ses débuts, Victoria a porté d’autres noms : Ucea Fabricii, Ucea Colonie et même Ucea Roșie (Ucea la Rouge). Depuis 1954, la ville porte son nom actuel. L'usine s'est appelée Combinatul Chimic I. V. Stalin, puis, après la déstalinisation, Combinatul Chimic Victoria. Après la chute du communisme en Roumanie et au début de la privatisation, le combinat fut divisé en deux grandes usines, S. C. Viromet S.A. et la R.A. Usine Chimique S.A. En 1995, furent jetées les bases d’une nouvelle usine chimique, au capital roumain et américain, la S.C. Virolite S.A., devenue Purolite S.A. Ces données sont capitales pour le travail qui nous attend là-bas, car l'utopie est vite devenue une dystopie, à l'image du pays tombé entre les mains de Nicolae Ceaușescu en 1974. Ce grand paranoïaque se faisait appeler « Conducător », « génie des Carpates » ou « Danube de la pensée » jusqu'à son exécution le 25 décembre 1989. Aujourd'hui la nature reprend ses droits sur les usines de Victoria qui avaient empoisonné la population. L'usine d'armement avait même explosé !
J'y pars donc humer l'atmosphère avec un petit magnétophone, les yeux et les oreilles grand ouverts. Mon projet est de réaliser un disque dont la structure serait calquée sur le livre de Dana auquel participe, entre autres, le graphiste Étienne Mineur. Mais il ne faut pas oublier que notre histoire se passe dans les Carpates où vivent ours bruns, loups et lynx, et que le Château de Bran, surnommé château de Dracula à cause de Vlad III l'Empaleur, est tout proche...
Encore faut-il que nous survivions au vol de la compagnie Blue Air, si j'en juge par les commentaires laissés par des voyageurs sur le site TripAdvisor !

mardi 13 août 2019

Nature


Passés voir les amis sur leur péniche amarrée au Port de Neuilly-sur-Marne, nous avons fait une jolie balade dans le Parc départemental de la Haute-Île. Bien que ce soit dimanche il n'y avait pas un chat, mais heureusement des oiseaux, observables discrètement depuis des cabanes dotées d'ouvertures frontales et latérales. Nicolas nous ayant prêté sa longue-vue, nous avons pu admirer des hérons cendrés, des foulques macroules, des gallinules poules d'eau, de grands cormorans et un martin pêcheur. Il y avait évidemment quantité de mouettes rieuses et de canards colverts, de jolis papillons et quelques libellules. Une délicieuse ambiance de paix émanait du secteur inaccessible où paît un troupeau de moutons chargé de l'entretien. Un pont-levis empêche les promeneurs de pénétrer dans la zone occupée par les volatiles.
Quelle absurdité que de devoir aujourd'hui parquer la nature comme jadis les animaux dans les zoos ! Le bitume envahit la terre. Le ciel s'obscurcit. Là où l'homme passe la nature trépasse. Sera-ce un jour notre tour ? Parisien depuis des générations, chaque fois que je suis confronté à la nature, je ne peux m'empêcher de penser aux romans que Vercors lui a indirectement consacrés. Son regard critique lui a fait affubler l'espèce humaine du terme d'animaux dénaturés. L'autre moitié de son œuvre romanesque traite de la période de l'Occupation, mais toutes deux mériteraient d'être redécouvertes, alors que les lecteurs ne connaissent souvent que Le silence de la mer. C'est sans compter sa fabuleuse période graphique d'avant la guerre lorsqu'il signait de son vrai nom, Jean Bruller. Certains des dessins de cet homme exemplaire illustrent le disque Les bons contes font les bons amis d'Un Drame Musical Instantané.

mardi 6 août 2019

Plongée stéphanoise


La vue du moindre pilône me rappelle Woman At War, l'excellent film de l'Islandais Benedikt Erlingsson. En fait son thriller est une coproduction islando-franco-ukrainienne. La tentation de l'arbalète est forte, pas forcément pour empêcher des Chinois de racheter les fleurons du coin, mais pour couper le jus qui alimente tout ce qui est considéré progrès, mais nous rend fous et idiots, à commencer par la télévision. Je me souviens de La grande lessive (1968) de Jean-Pierre Mocky où Bourvil interprétait un instituteur en lutte contre ce qui abrutissait ses jeunes élèves, détruisant méthodiquement les antennes de leurs parents. Sound of Noise (2010) me remonte aussi en mémoire ; le long métrage suédois de Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson n'était pas du niveau de leur court, Music for One Apartment and Six Drummers, mais il était question de ce silence qui nous manque, abrutis par la conspiration du bruit. C'est contre l'excès d'images dans la ville qu'Ella & Pitr peignent des fresques gigantesques sur les toits de manière à ce qu'elles soient invisibles autrement qu'en entamant un voyage dans la lune !


Amateur, donc, de plongées urbaines, le couple d'artistes accompagnés de leurs enfants et d'une bande de copains stéphanois nous ont fait découvrir leur ville depuis la colline du Guizay. Après le pique-nique où nous avions apporté des tielles et une salade de poulpes (comme Ella & Pitr aiment en dessiner !) achetées près de Montpellier, nous ne sommes pas restés camper, d'autant que nous reprenions la route le lendemain, mais la nuit qui tombait sur la ville était magique. Elle rappelait des vues d'avion au décollage avec en prime un croissant de lune dans un halo brumeux annonçant le beau temps que nous quitterions en remontant vers le nord. L'herbe était encore verte.

lundi 5 août 2019

Piscine, moustiques et mal au dos


Rien à voir avec le groupe Supports/Surfaces fondé par Vincent Bioulès qui est actuellement au Musée Fabre à Montpellier. Je passe ma dernière journée de farniente au bord de la piscine de mes amis qui sont partis visiter son exposition. Mon dos en baïonnette m'interdit de piétiner dans les galeries montpelliéraines avant de prendre la route du retour. Je me plonge dans la lecture au soleil. Façon de parler parce que j'y vais mollo. J'entre calmement dans l'eau bleu Hockney. La couleur de la photographie est trompeuse. La mosaïque n'existe pas non plus. Tout n'est qu'illusion. Nager nu est exquis. Des martinets font des vols planés pour y boire à la manière des Canadair.
Je les préfère aux moustiques que j'ai définitivement virés de notre chambre avec mon Moskitofree Family. Son constructeur explique qu'il est "basé sur le principe de décharges à barrière diélectrique. Il n'y a aucun consommable, ni aucun résidu chimique. Une électrode est soumise à une haute tension électrique, ce qui produit des décharges à barrière diélectrique contrôlées qui, en agissant sur les composants de l’air ambiant, créent un plasma froid d'ions. Les anions et les radicaux libres ainsi produits annihilent les odeurs émises par les êtres humains et viennent perturber les organes olfactifs du moustique et le désorientent." Je n'étais pas assez assidu à mes cours de physique pour comprendre, mais cela marche, sans zigouiller la nourriture préférée des batraciens et des oiseaux. À Paris la moustiquaire est la meilleure parade, mais ici, pour dîner dehors, je me badigeonne d'Autan multi-insectes, plus efficace que le traditionnel Insect-Écran tropical. Il semble moins corrosif et pue nettement moins.
Pour revenir à mon bon dos, l'huile essentielle de gaulthérie me soulage momentanément, en attendant de passer entre les mains magiques de la masseuse chinoise dès demain. Une copine médecin me conseille le Tramadol Zentiva LP plutôt que l'Ixprim (mélange de tramadol et de paracétamol) auquel j'ai recours régulièrement dès la moindre contrariété physique (j'ai bien dit que la physique n'était pas mon fort). On en prend un matin et un le soir au lieu de 6 X-Prim répartis sur les trois repas. J'attends de voir si cette nouvelle drogue me défonce autant que l'ixprim qui a tendance à produire une légère ébriété en plus de me soulager considérablement.
Quand vous me lirez je serai sur la route, mais les vacances ne sont pas terminées pour autant, puisque nous nous envolerons bientôt pour Bucarest et la Transylvanie. Je compte y enregistrer les sons dont j'ai besoin pour un projet de disque en cours et le 24 je dois faire une performance à Victoria avec Anne-Sarah Le Meur.

vendredi 2 août 2019

Points de suspension


De la garrigue à la Camargue…
Des papillons d’un bleu indicible, des abeilles sauvages, les vagues, le parfum du thym, des mûres, les amis…

mercredi 31 juillet 2019

La mine


En faisant le tour du centre de Saint-Étienne nous constatons l’incroyable diversité de bâtiments, du plus ancien au plus récent. Par exemple la Gran'Église en grès houiller datant du XIVe siècle ressemble à un bibendum assoupi, le Palais de Justice a un fantasme royal, le futur commissariat à un clapier. La Maison de l'Emploi, dont les trous de la façade confiée à Claude Viallat s’éclairent la nuit comme un vitrail concentrationnaire et le jour ne laissent apparaître que les jambes des salariés, est d’un sublime absurde signé Rudy Ricciotti, ce qui n'a rien d'étonnant. Plutôt que le Musée d’Art Moderne et Contemporain, celui de la Mine nous a impressionnés…


Le Puits Couriot est un parc-musée où nous reviendrons pique-niquer le soir avec les enfants. Dans la journée nous avions visité quelques bâtiments conservés dans leur jus, rappelant le temps de l’essor industriel de la ville. L’histoire avait commencé au XIVe siècle ! Nous aurions pu tout aussi bien choisir le Musée d'Art et d'Industrie avec sa collection de métiers à tisser (Saint-Étienne était la capitale du ruban) et ses célèbres "armes et cycles". La mine renvoie à une souffrance plus cruelle, mise en scène d’un travail terrible où flotte encore l’odeur du charbon, poussière asphyxiante malgré le démantèlement à partir de 1971. La salle des pendus, ou du moins une comme celle-ci, a probablement inspiré Janis Kounellis avec ses meubles suspendus au plafond que nous avions admirés à Venise au début du mois, ou Annette Messager. À côté des uniformes des mineurs qui devaient ramper dans les galeries, des chaînes où ils accrochaient leurs vêtements de ville, se profilent les douches rouillées du Grand Lavabo…


Dans cette partie du plus vieux bassin houiller français les scénographes ont préservé le site de tout élément moderne. Nous plongeons dans le temps, un Germinal du sud. Salles des machines, d’extraction, de l’énergie, des compresseurs, atelier des locomotives, lampisterie… J’avais une lampe de mineur qui appartenait à mon grand-père, mais je ne sais plus où elle est. L’aurais-je perdue dans un déménagement ? Il me reste par contre un bloc de charbon gravé qui provient d’une mine de la Sarre. Nous n’avons pas vu la reconstitution de la galerie souterraine où mène un ascenseur, mais ce décor d’un réel encore récent et pourtant d’une autre époque, que nous arpentons seuls, nous suscite une mine de questions dont les réponses résident dans l’exploitation de l’homme par l’homme et des ressources de notre planète qui s’épuisent, continuant à générer son infini cortège de morts, pas simplement celles des travailleurs d’antan, mais aujourd’hui de ceux et celles qui vivent dans les pays qui possèdent ce qui a remplacé ou remplacera le charbon.

lundi 29 juillet 2019

Moulins après la tempête


Il avait beaucoup plu. Pas très loin, des arbres arrachés, un ciel de fin du monde. C'était passé. De notre fenêtre on apercevait les flèches de la cathédrale de Moulins. Au XIXe siècle Viollet-Le-Duc a encore fait des siennes en convainquant l'évêque Pierre Simon de Dreux-Brézé de terminer l'édifice commencé en 1468 ! Notre-Dame de l'Annonciation fait face à La Mal Coiffée, donjon qui deviendra une sinistre prison, en particulier du temps de la Gestapo... C'était passé. Enfin, presque. La Bête rôde toujours. Elle prend facilement la couleur du pouvoir ou de l'occupant.


J'ai donné un coup de zoom. Il y avait un petit rapace sur une cheminée, perché comme le festival où nous nous étions retrouvés avec Sylvain et que l'avis de tempête avait sinistré après la pluie de la veille. Le champ de tentes lui ajoutait une couche woodstockienne rappelant le "no rain, no rain" de l'époque. C'était passé. La gendarmerie avait dressé une souricière sur le chemin étroit en sortie du Domaine de Balaine. Il faudra bien un jour ou deux pour que les vapeurs se dissipent. Je n'ai plus la tête à subir une analyse salivaire et j'ai arrêté ces expériences constructives, mais j'ai eu droit à un flot de questions. Pour une fois que je ne me sentais pas coupable ! C'était passé. Sur la route les vieux édifices étaient constitués de briques rouges et noires...

mercredi 10 juillet 2019

Tourisme bip bip


Chaque année 37 millions de touristes arpentent Venise, mais seulement 9 millions y passent ne serait-ce qu'une nuit ! Je regrette de n'avoir pris aucune photo de ces hordes qui suivent au pas de course un petit fanion de crainte de se perdre. Mais pendant les premiers jours de notre séjour, écœuré, j'étais incapable de me saisir de mon appareil. L'absurde y rivalise aujourd'hui avec la magie. Comme ces immeubles flottants qui envahissent parfois la lagune au point d'en cacher le soleil, lorsqu'ils ne se crashent pas sur un quai, détruisant tout sur leur passage !


Pour mon septième voyage dans la ville d'Europe qui me fascine le plus, j'avais choisi un logement près de l'Arsenal où la majorité des touristes ne mettent jamais les pieds. La via Garibaldi est ainsi restée la même et le linge continue de sécher dans les petites ruelles de ce quartier populaire. Nous en avons profité pour faire une balade en barque sur des canaux officiellement interdits à la navigation, enceinte encore sous contrôle militaire.


Alain m'avait conseillé de rencontrer un de ses amis vénitiens, artiste polymorphe qui passe allègrement de la sculpture à la musique. Il ne m'avait pas raconté qu'il est pratiquement impossible de vivre de son art à Venise. Ainsi Mauro est gondolier, comme son père, et tous les trois jours il s'en octroie deux pour faire ce qui lui tient le plus à cœur, comme sa fille, branchée multimédia, qui est partie à Milan, centre artistique de l'Italie.


Malgré tout, Venise n'a rien perdu de son charme ni ses calle de leur éclat. Chaque pont enjambé révèle les images d'un passé que l'humidité dévore depuis des siècles. Pendant la Biennale d'Art Contemporain les expositions permettent de visiter des palais fermés en temps normal. J'y reviendrai, et sur la déception qu'engendra chez nous la Biennale officielle, vitrine d'un marché d'une superficialité lamentable, et sur l'incroyable faste d'antan que nous livrent de somptueuses demeures... Le pèlerinage exige aussi de prendre le temps de voir ou revoir San Rocco, San Giorgio dei Schiavoni, les galeries de l'Arsenale et bien d'autres merveilles qui ne peuvent voyager. C'est la première fois que je prenais l'avion pour Venise, une heure trente de vol auquel s'ajoute une heure trente de navigation. Le train de nuit n'existe plus. La navette s'arrête à certaines îles comme Murano qui n'a pas beaucoup d'intérêt à moins de vouloir rapporter quelque verroterie. Nous n'avons hélas pas eu le temps de nous rendre à Burano dont les maisons m'ont inspiré la couleur de la mienne...


Nous avons marché, marché et encore marché. La gastronomie vénitienne marquait des haltes dans notre boulimie d'expositions. Le sommet revient au restaurant Riviera de GP, l'ancien bassiste de Sanseverino. Nous avions opté pour le menu di qua e di là : tartare de saint-jacques avec chips de fromage et fruits, wafer d'araignée de mer avec artichauts, risotto de petits pois et huîtres chaudes de Scandovari, langue de bœuf avec confiture salée de citron, céleri et feuille d'anis, foie de génisse à la camomille et au citron, pigeon avec masse de cacao, ricotta de buffone au chocolat blanc et herbes aromatiques (c'est ce que j'enfourne là enrobée de feuilles de riz), sans compter la ribambelle d'amuse-gueule et de trous vénitiens. La noisette enrobée de foie de pigeon et croûte de cacao fut le clou du repas. Ailleurs nous nous sommes délectés de fruits de mer, de crabes mous frits, de risotti à l'encre de seiche, de pâtes al dente, de tiramisus, et de glaces évidemment tant il faisait une chaleur harassante... Je n'étais jamais allé au Lido et le bain dans l'Adriatique marqua une pause salutaire.


La nuit, Venise, vidée de ses marcheurs blancs, est transformée en décor de cinéma, un décor dans lequel on nous aurait enfermés en nous y oubliant. Il y avait tant à voir que nous y avons passé une semaine et que nous pourrions y rester des années.
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