Jean-Jacques Birgé

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mercredi 16 août 2017

1500 mètres d’altitude


D’abord Django, le retour. Ma culpabilité me rongeait autant que les mulots s’attaquant à tout ce qui leur tombe sous la dent. Et Django qui n’en laissait plus aucun sur le carrelage du salon. Le matin au réveil j’avais pris l’habitude d’attraper ses cadeaux inanimés par la queue et les lancer le plus loin possible dans les fougères comme une fronde. Django qui ne fait jamais aucune bêtise avait déféqué trois fois sur le divan depuis notre arrivée. Je l’avais coursé jusqu’au premier étage, découvert ses cachettes les unes après les autres et fichu dehors. Il est probable qu’il n’ait pas fait la relation entre la punition et son origine tant la poursuite avait été pour lui traumatisante. Il avait disparu et ne répondait plus à nos appels. Rapatrié par l’appel du ventre, il nous fuyait comme si nous l’avions battu. Il a fallu le réapprivoiser petit à petit, patiemment. Il passe ses nuits à chasser et dort le jour sous un lit, à l’abri des mauvais coups ! Nous n’avons pas encore compris ce qui l’avait contrarié. Mais la contagion avait fini par nous atteindre. Pas au point de faire caca n’importe où, mais de ne pas savoir le rassurer. J’ai beau rejeté la culpabilité au profit de la responsabilité, la méthode Coué était inopérante. Je craignais aussi la présence du renard…


Mais le renard a suffisamment de campagnols à croquer pour ne pas s’attaquer au gros chat. L’hiver par contre, lorsqu’il faut nourrir ses petits, cela peut arriver. De leur côté, même s’ils sont redoutablement impressionnants, les vautours ne s’attaquent qu’aux animaux blessés et aux charognes. Il y a aussi le risque de la mort aux rats répandu par les voisins pour contrer cette année la prolifération de rongeurs qui s’attaquent aux granges. En notre absence une mulote avait même eu le toupet d’accoucher sur une de nos couettes. Nous n’avons pas ce genre de problème avec les biches et les cerfs qui sortent du bois le soir pour brouter sur la colline.


Le beau temps nous permet d’admirer la nature après une semaine dans la grisaille et, pire, un brouillard opaque qui nous plonge dans le coton. Quand tombe le rideau sur le théâtre millénaire il n’y a rien d’autre à faire qu’à bouquiner ou regarder des films. Après trois jours de ciel immaculé, nous passons à l’action météorologique. Les nuages jouent à saute-mouton avec le soleil, ils montent vers le ciel à la vitesse d’un cheval vapeur et se dissipent sous une gomme embuée. L’appareil-photo est toujours à portée de main. En regardant les images des années passées on voit que les neiges sont de moins en moins éternelles. Mon scénario de L’astre devient de plus en plus crédible. Il y a vingt ans personne ne voulait entendre parler de mon histoire de fin du monde, avec la Terre se rapprochant du Soleil…


Nous profitons de cette amélioration du temps pour nous promener sur la montagne avec Karine, Sacha et Jasmin. J’en prends le risque bien que la randonnée pentue me soit fortement déconseillée, pour mon dos, mes chevilles et mes genoux. Je ne peux pas rester à faire de la chaise longue, même si les polars de Michel Bussi me captivent. Alors je grimpe comme un cabri, l’objectif au poignet. Lorsque je me suis fixé un but, fut-il futile ou dément, je suis capable de me défoncer et me dézinguer, et je fonce tête baissée, le nez au vent, les oreilles dressées, tous mes sens en alerte. Sauf qu’après je paye les pots cassés. Il fallait nous voir, Christophe, David et moi les pieds plongés dans l’abreuvoir glacé. Le lendemain je fais de l’à-plat-dos pour éviter le lumbago qui toque à ma porte. Et je me replonge dans la lecture passionnante de Les fous du son de Laurent de Wilde dont je ne manquerai pas d’écrire les louanges à la rentrée de septembre lorsque je reprendrai mon blog pour de bon !


Pour clore le bestiaire et pour les gagas des chats, les autres nous prenant souvent pour des débiles, nous pouvons annoncer 240 grammes à leur neuvième jour pour chaque chaton dont le poil pourrait bien être moussu. Oulala est beaucoup plus tendre avec nous depuis qu’elle materne et Django nous refait de gros câlins veloutés, et des cadeaux morbides dont nous pourrions nous passer, surtout s’il les ramène des pâturages pour en perdre de vivants à l’intérieur !

samedi 12 août 2017

Vers le sud


Nous avons commencé notre descente vers le sud en nous arrêtant à Royan où Maman est en maison de retraite, proche de ma sœur qui passe la voir quotidiennement. L’exode leur réussit plutôt bien. Maman s’inquiète moins depuis qu’elle est bien entourée. Avec Françoise j’ai pu admirer les maisons cossues le long de l’océan, mélange des vestiges de la fin du XIXème siècle et des reconstructions des années 50 après les bombardements alliés qui ont rasé une bonne partie de la ville. Sur la plage nous avons cherché « où est Charlie ? », et puis préférant l’intimité du sable fin nous nous sommes baignés sous la pluie pour un dernier bain dans l’Atlantique. Vers La Palmyre les files de voitures garées n’en finissaient pas. Jean-Michel Couturier est passé me prendre pour travailler sur deux des applications qui seront présentées à l’automne à la Cité des Sciences et de l’Industrie lors de l’exposition sur les effets spéciaux au cinéma dont je compose la partition sonore avec Sacha Gattino


Nous avons continué notre périple vers Bazas au sud de Bordeaux où Sylvie et Serge nous attendaient pour nous montrer Saint-Macaire et les environs. Notre ami charpentier est un fin cuisinier et ses vins sont sa gloire, en dehors des maisons qu’il a bâties à commencer par la sienne où le bois revendique sa noblesse ancestrale et pérenne. Après une escale à Uzeste, nous avons continué ensemble jusqu’à la frontière espagnole où nos Pyrénées étaient dans la purée de pois.


Ma principale préoccupation avait jusqu’ici été de récupérer Oulala et Django avant chaque départ ! Nos deux chats sont très sages en voiture, mais les aléas du voyage réservent parfois des surprises. La plus étonnante est la naissance de deux chatons d’Oulala le lendemain matin de notre arrivée à Luchon ! Pendant ce temps Django aligne son tableau de chasse, mulots et campagnols ayant envahi les granges de L'espone. Il a la bonne idée de nous les ramener dans la chambre pendant la nuit, ce qui nous réveille chaque fois. Comme si l’orage ne suffisait pas ! La foudre éclairait le ciel toutes les secondes, le sol tremblait, c’était le bouquet… Mais nous sommes surtout inquiets des aller et venues de Django qui ne rentre pas toujours de ses pérégrinations nocturnes. Je le siffle, je crie son nom, sans succès. Nous espérons qu'il va retomber sur ses pattes, on raconte que c'est une qualité des chats.


J’ai photographié les chatons quelques heures à leur naissance. Ils se tiennent mutuellement chaud. Leur mère est beaucoup moins stressée que la première fois. Elle les laisse seuls tandis qu’elle court après les sauterelles et les lézards. Les deux petits, un mâle et une femelle, sont gris, un peu moins rayés que ceux de la portée précédente. Nous aurions bien aimé qu’elle en fasse un blanc, mais non, pas moyen ! C’est probablement encore Raymond le père, squatteur chez nous à ses heures, qui a depuis été castré. Nous ne savons pas encore si nous continuons l’élevage ou si nous ferons opérer Oulala à la rentrée.


Après deux jours de brouillard intense, le rideau s’est levé sur les sommets dont six font plus de 3000 mètres. S’alignent le Pic de Port-Vieux, la Mail Planet, le Pic de Boum, le Maupas, le Cabrioules, le Lezat, le Quayrat, le Petit Quirinal, la Coume de Bourg… Fiona et Jean nous ont rejoints, mais tout le monde est reparti. Nous attendons Karine, Sacha et Jasmin qui passent en coup de vent.


Lorsqu'il y a trop de brouillard nous franchissons le col du Portillon, faisons un gueuleton chez Er Occitan, les courses à Bossòst pour rapporter des charcuteries, des olives, du touron et du vin. Cette fois nous sommes montés admirer le village de Bausen. Les Espagnols savent préserver leur patrimoine, semble-t-il mieux que de ce côté-ci de la frontière (je suis repassé à l'Office du Tourisme de Luchon pour mettre en ligne mon article, le ciel est bleu ce matin sans le moindre nuage, si ce n'est l'absence de Django...).

lundi 5 juin 2017

Somewhere under the Rainbow


Enfant des villes, je maudissais la pluie. M'évadant, je compris les paysans qui l'attendaient avec impatience. Jardinier en herbe, j'ai appris à l'aimer. Invité sur la péniche Aldée, nous aurions pu regretter que la saucée nous empêche de profiter du pont. On le voit après chaque virgule, imparfait, passé simple ou composé, conditionnel passé, présent, infinitif, la vie se conjugue à tous les temps, mais c'est au futur qu'elle est la plus excitante. En français l'arc-en-ciel trompe son monde alors que l'arc-en-pluie anglais est explicite...


Plus loin, sur le port de plaisance, des enfants fabriquaient des bulles de savon grosses comme des pastèques molles. L'irisation était la même. Nous avons eu soudain l'impression que le temps s'était arrêté. Nos yeux brillaient dans le soleil couchant. Tous les convives nous avaient rejoints sur le pont. Certains avaient gardé leur verre à la main. D'autres tentaient d'admirer les reflets sur la Marne. Tous et toutes étaient fascinés par la perfection du dôme transparent sous lequel nous festoyions. La pluie s'est arrêtée, le spectre s'est dissipé, la lune s'est incrustée, les poissons se sont fondus dans l'obscurité, nous avons regagné la lumière, absorbés...

mardi 21 mars 2017

Fantaisie londonienne


Londres lance souvent la mode depuis les années 60. La barbe des hipsters pourrait donc bien prendre des couleurs dans les temps à venir ! Dans la rue les Anglais sont beaucoup plus détendus que nos concitoyens, et ce malgré le Brexit qui les mine. Leur fantaisie n'a pas de limite et je n'ai vu personne s'en offusquer...


L'Union Jack flotte sur la Marmite comme au temps de Carnaby Street lorsqu'adolescents nous allions dénicher des fringues vintage et des vestes militaires. Et quand pour cette Mini Cooper je parle de Marmite, prononcer Marmaïte avé l'acent, je fais évidemment référence au cauchemar que représente pour un Français la célèbre pâte à tartiner à base d'extrait de levure ;-)


En se promenant dans Soho on rencontre donc au détour des rues des messieurs en pyjama, en costume d'enfant de dix ans ou avec guêtres et canotier, et le melon reste d'actualité. Les couleurs flashy qui ont disparu des villes italiennes explosent sur les robes des filles et chacun, chacune peut se livrer à toutes les excentricités sans que cela choque qui que ce soit, bien au contraire. Peut-être leur faut-il lutter contre le climat pluvieux en inventant des rayons de soleil à leur portée ? C'est un peu comme le nord de notre pays où la chaleur humaine contraste avec la météo...


Le premier jour j'ai eu un peu de mal à comprendre comment fonctionnaient les transports en commun, mais on prend vite le pli. Les embouteillages de bus rouges à deux étages se dissolvent sous la tempête en Trafalgar !


Les lumières de la City soulignent les architectures osées des nouveaux buildings aperçus jusqu'ici dans la brume.


Mais c'est déjà l'heure de rentrer. Big Ben sonne Do Mi Ré Sol, Do Ré Mi Do, Mi Do Ré Sol, Sol Ré Mi Do, Do ! Dodo ? C'est bien l'heure !

vendredi 17 mars 2017

Londres 2017


Pas trop le temps de muser. M'installer. Il est une heure plus tôt que Paris. Faire la balance. Concert à 19h. Londres est toujours aussi étendue, un puzzle de villes de province reconstitué, sans cesse rénové. Atmosphère très douce du quartier de Shoreditch où se trouve la Red Gallery. Quantité de cafés, restaurants, petites échoppes. Pas encore trop branché, mais ça viendra. La musique électronique y semble très présente...


J'ai appuyé sur le déclencheur à l'instant même où l'Eurostar allait pénétrer dans le tunnel sous la Manche. Depuis des kilomètres en amont, des barrières surmontées de fil de fer barbelés forment un labyrinthe concentrationnaire. Tout est propre, désert, clinique. Aucune trace de migrants. Inhumanité de l'Europe. Même brexitée, la Grande Bretagne en fait toujours partie. Pourquoi la France joue-t-elle son rôle de garde-barrières. Quel sinistre marché fut conclu entre les deux côtés du Channel ?


En 1963 j'avais fait le voyage seul. Autocar jusqu'à Beauvais, avion pour Douvres, train vers Londres, changer de gare pour rouler jusqu'à Salisbury. J'avais 11 ans. La City se découpe derrière la fenêtre de ma chambre d'hôtel. F comme fumée, s comme smoke, le fog qu'ils appellent Le smog est remplacé par une nouvelle pollution. Comme partout. Plus de charbon. C'est déjà ça. Quelques minutes à Londres suffisent pour nous dépayser. Je me promène avec les photographes Olivier Degorce et Johann Bouché-Pillon. Le premier photographiait les fêtes qu'il organisait au début des années 90. Le second a pris le relais depuis trois ans...


Quant à moi je me retrouve épinglé sur le tableau de chasse à l'entrée de l'expo aux côtés de Varèse, Schaeffer, Martenot, Henry, Szajner, Fevre et Jarre. On me voit en bas à gauche à l'ARP 2600 sur scène au Théâtre de la Gaîté Montparnasse en 1975 et en haut à droite au Theremin dans les années 90. Ben Osborne me présente comme une légende. Concert donc du dinosaure en ouverture. Salle comble. Le public est enthousiaste, mais le brouhaha du bar du fond me donne l'impression d'être un pianiste dans un club de jazz. Contrairement à mes prévisions j'attaque sauvagement au Tenori-on avec des sons échantillonnés sur mon VFX, mixés avec une radio locale passée à la moulinette de la Mascarade Machine, quelques scratches électroniques et le quatuor à cordes de la machine à rêves de Leonardo da Vinci. Je découpe cet ensemble fondamentalement expérimental en tricotant la lumière conjuguée à tous les temps. Présent passé avenir. Le grand jeu. Ce sera plus ou moins le sujet de la table ronde rassemblant Olivier Degorce (qui a réussi de très beaux portraits de ma prestation live), du photographe Edouard Hartigan, de Samy El Zobo, directeur du festival Château Perché, Jack de Marseille et David McKenna en modérateur. La fraîcheur des origines...

mardi 24 janvier 2017

Tête en l'air


Dans la nuit glacée. Dans la ville déserte. Pas âme qui vive. Pas un chat. Pas à pas. Nez en l'air. Les toits. Fumée. Le temps n'existe plus. Le temps qu'il fait. Le temps passé. Le temps de voir et d'écouter. La nuit des temps. Ne plus bouger. Un peu. À l'œil. Bruit sec dans le froid. Disparaître. Avancer. Doucement. Observer. Un cygne. Mémoire. Des gants. Il suffit de souffler trois fois dans ma capuche pour que mes oreilles se réchauffent. Mais le plus étonnant vient d'ailleurs. De ma voix. Dans le grave. J'ignore encore pourquoi j'ai émis ce son soufflé sur le houx. Pour me donner du courage ? Pour souligner les pas ? Pour me réchauffer ? Comme ça ? Sur ce son, mais seulement sur ce son, toute la capuche, mais alors toute la capuche, entre en résonance. Sans aucune possibilité de le dupliquer. Battent les tempes. Je suis mon unique auditeur. Le spectateur d'une scène étrange. J'avance le long de l'Ill au son répété de ce grave qui m'envahit comme une torpeur. Une drogue. Y ai mis un terme de peur de suffoquer. La chaleur autour de mon crâne fait exploser le thermomètre. Fais sauter les pressions des boutons. Bascule ma capuche sur la mire asymétrique de l'éléphant Elmer. L'air file. Vivifiant. Ranimé. Intransmissible.

jeudi 19 janvier 2017

La Petite France


Le temps est plus clément que je ne l'avais imaginé alors que la météo annonce -10°C à Strasbourg. Comme j'ai l'impression d'être ailleurs dans ma doudoune à damier multicolore, je fais attention en traversant les rues qu'un tramway ne m'écrase pas. Je n'ai jamais oublié Gaudí. En tournant la tête complètement, sans faire bouger la capuche qui tient mes oreilles au chaud, mon œil gauche voit à droite et le droit à gauche. Le conducteur aurait néanmoins du mal à ne pas m'apercevoir. Ce sont toujours des Africains ou de vieilles dames qui me complimentent sur mon accoutrement. Je ne m'attendais pas à réunir autant de suffrages, enfoncé dans mon duvet portable qui me fait ressembler à Arlequin, l'éléphant Elmer ou un Rubik's Cube.
Le trajet en TGV n'a duré qu'une heure quarante cinq minutes alors qu'il y a quelques années il fallait quatre ou cinq heures. La frontière est la porte à côté. Sur le chemin de l'hôtel je passe saluer Philippe Ochem qui fête la fin de son festival de jazz dans un bar à bière où nous étions allés avec Birgitte et Linda lorsque nous avions joué La chambre de Swedenborg au Musée d'Art Moderne et Contemporain il y a déjà cinq ans. Chaque membre de l'équipe de Jazzdor a choisi un livre qu'il ou elle a aimé cette année pour fêter les soixante ans de Philippe. Le carton, terriblement lourd, déborde de merveilleuses promesses.
Si ma famille est originaire d'Alsace, je viens toujours à Strasbourg pour la musique ou pour enseigner à l'HEAR (Haute École des Arts du Rhin) que l'on appelait autrefois les Arts Décos, mais qui a fusionné avec l'École supérieure d'art de Mulhouse (Le Quai) et des enseignements supérieurs de la musique du conservatoire de Strasbourg. Toujours invité par Olivier Poncer, cette fois pour les sections Didactique Visuelle, Communication Graphique et Illustration, je commencerai demain matin par "ma vie, mon œuvre", puis je suivrai des ateliers dont le thème est cette année Léonard de Vinci. Notre Machine à rêves est au goût du jour !
En 1983 le grand orchestre du Drame avait créé L'homme à la caméra de Vertov et la pièce de théâtre musical Chambre noire à l'occasion de la première édition de Musica. Nous sommes revenus pour un ciné-concert au MAMC en trio avec Bernard Vitet et le violoncelliste Didier Petit, puis en 2009 l'opéra Nabaz'mob avait occupé la salle historique de l'Aubette pour les Nuits Électroniques de l'Ososphère. Heureusement qu'il y a des festivals à Strasbourg et des étudiants curieux, sinon je me ferais encore plus rare.
Que le centre soit piéton, rempli de jeunes gens à bicyclette, rend cette ville toujours aussi agréable. Le quartier de la Petite France a quelque chose de mystérieux, entre le voyage dans le temps et un parc d'attraction désert. Il faut dire que c'est déjà la nuit. Je marche seul à la recherche d'un Winstub où dîner, mais les restaurants ferment tôt. Celui sur lequel j'avais jeté mon dévolu a totalement disparu. Un trou noir. J'avais heureusement grignoté une flàmmeküeche avec une blonde pression tout à l'heure à L'Abattoir. Le froid a fait chuter la batterie de mon iPhone. Sans repère, je n'avais plus le choix si je voulais manger quelque chose avant d'aller me coucher. La choucroute sera correcte, mais banale. En rentrant à l'hôtel j'ai récupéré un petit plan, à l'ancienne, un qui se plie. J'ai vérifié mon itinéraire pour demain matin en passant par la magnifique cathédrale gothique avant d'enjamber l'Ill.

lundi 9 janvier 2017

Vers la chaleur ?


Françoise a choisi de partir faire du ski pendant la seconde quinzaine de février. N'ayant aucune aptitude ni attirance pour ce sport, ni pour la neige et encore moins pour le froid, je préférerais aller voir dans un pays chaud si j'y suis. J'ai probablement été dégoûté par les sports d'hiver lorsque j'étais enfant, envoyé par mes parents en colonie de vacances. Je ne me souviens que des vingt minutes quotidiennes à défaire les lacets gelés de mes lourdes chaussures. Je sais que la technique a considérablement évolué, mais le seul attrait pour moi serait d'y observer les animaux sauvages. J'avais bien essayé le ski de fond, mais c'était encore pire. Glisser sur des rails sans pouvoir s'échapper sur les côtés m'avait procuré une sensation quasi claustrophobe. Comme la vitesse à fendre l'air n'a jamais généré chez moi de sensation de liberté je ne souhaite pas attendre toute la journée à la maison les skieurs partis s'éclater sur les pentes pyrénéennes. Évidemment le paysage de Lespone est magnifique enneigé, mais je crains de passer tout le séjour le nez dans ma liseuse ou sur un écran, sport que je pratique déjà toute l'année à taper ces lignes.
Le problème est que je n'ai aucune envie de partir seul découvrir le monde. Si je ne trouve pas de compagnon de voyage ou que je ne reçois pas d'invitation locale, je risque fort de rester à Bagnolet avec Django et Oulala, qui actuellement passent leur temps à copuler comme des bêtes, même si l'entreprise me semble un peu prématuré pour le petit. D'ici là les chaleurs de la chatte seront de l'histoire ancienne. Mon besoin de soleil sera par contre encore plus exacerbé dans un mois et mes vingt minutes de sauna chaque matin ne seront pas suffisants à apaiser ma soif de voyage. L'Asie a toujours été l'une de mes destinations favorites, pour des raisons à la fois paysagères, humaines et gastronomiques, mais je me vois bien m'envoler pour un autre continent. J'ai toujours senti la nécessité de visiter des pays où l'on ne parle pas ma langue. Le dépaysement me permet de regarder le monde sous un angle différent, que ce soit en vivant comme les autochtones ou en reconsidérant mon quotidien parisien banalisé par les habitudes. A part cela j'aime l'eau chaude et m'y baigner, les paysages sauvages qui rappellent mon humanité à son espèce de mammifère, et les couleurs éclatantes des populations qui ont d'autre préoccupation que de se plaindre !

jeudi 22 décembre 2016

Rares sorties parisiennes


J'ai pris la première photo à la va-vite alors que le feu passait au vert juste devant le cabinet de mon ostéopathe. J'étais d'autant plus maladroit qu'un lumbago me permettait à peine d'attraper mon appareil en conduisant. En agrandissant la photo j'ai retrouvé ce qui m'avait accroché l'œil : la plaque minéralogique de la voiture de devant dont le conducteur roulait comme un saguoin ! Serait-ce une voiture volée, car il est difficilement imaginable de tomber par hasard sur un tel numéro ? Mais ce ne serait pas très malin, car il est évident qu'il met la puce à l'oreille. J'ai lu qu'entre 300 000 et 2,5 millions de Français conduisent sans permis, ce qui explique tout de même beaucoup de choses. En tout cas le chauffard, caché derrière ses vitres en verre fumé, souhaitait brouiller sa piste...


En sortant du métro Châtelet je suis confronté à une scène de film rappelant furieusement Hitchcock. Dans un vacarme assourdissant des dizaines de mouettes s'agglutinaient autour de la fontaine du Palmier. À l'instant de prendre la photo un message s'est affiché sur l'écran de mon Lumix, la carte SD était protégée contre l'écriture. En fait le verrou que je n'utilise jamais avait fini par casser, et pas moyen de le réparer en y collant un bout de scotch. J'ai donc utilisé encore une fois mon iPhone et je suis allé acheter une nouvelle carte sur le Quai Saint-Michel pour remplacer la vieille qui avait près de dix ans. Le vieux monsieur charmant qui gelait dans son magasin ouvert à plein vent m'expliqua les techniques des bandes de jeunes pickpockets dans le quartier, que ce soit en faisant signer une pétition bidon ou en prenant ses jambes à son cou jusqu'à la bouche de métro. Je sortais à peine de chez la chirurgienne-dentiste qui venait de vérifier que la greffe osseuse avait bien pris. Elle confirma également que j'avais deux aphtes sur le bout de la langue, au-dessus et dessous, ce qui est extrêmement pénible pour un tchatcheur gourmand. Je pourrais me taire, pensent certains, et taper sur mon clavier ferait l'affaire si mon lumbago n'était pas persistant. On est bien peu de chose !

mardi 8 novembre 2016

Retour de Rome


Pourquoi cette rue me rappelle-t-elle Bucarest tandis que Françoise pense à Prague ? Les capitales abattent leurs cartes. Je me suis si longtemps entraîné devant la glace à faire de faux-mélanges que je n'aimais plus jouer à force de tricher. J'avais quinze ou seize ans lorsque j'ai arrêté les tours de magie proprement dits pour ne plus jouer que de la musique, éventail d'illusions tellement plus riches et inventives. Les cloches auraient pu m'inspirer, mais de Rome je n'ai enregistré aucune ambiance. Comme les magasins qui vendent presque tous la même chose sur la planète, le son des villes se banalise.


Au fur et à mesure du voyage à Rome nous nous éloignons du centre. Nous avons traversé plusieurs fois le Tibre via Trastervere. Les rues sont plus calmes, sans presque aucun touriste. Je me souviens de l'école populaire de musique où Giovanna Marini enseignait dans le quartier du Testaccio et des histoires que Jean-André me racontait de Pasolini et Ninetto...


Comme il pleut nous nous réfugions dans les catacombes de Domitilla. J'espérais un peu pouvoir marcher le long des 17 kilomètres de galeries, mais nous n'arpentons qu'un tout petit segment de ces longs couloirs étroits où étaient enterrés les morts sur cinq niveaux. Nous n'avons hélas rien vu de ce que montre Wikipédia. Cela sent un peu l'arnaque. On les avait presque toutes évitées jusqu'ici ! En rentrant en bus, nous avons un aperçu de Rome by night... Mais comme, dans toutes les villes du monde, nous aurons accumulé des kilomètres de marche à pied... C'est agréable de s'envoler !

lundi 7 novembre 2016

La turista romana


Les touristes français semblent toujours fuir les touristes, quelle que soit leur nationalité. Il y a même des pays où ils seraient prêts à faire semblant de parler moldave pour passer inaperçus ! Cela ne nous empêche évidemment pas de faire comme tout le monde, mais sans trop nous attarder ! La qualité principale du tourisme de masse est qu'ils ont tendance à s'agglutiner tous au même endroit. Il suffit souvent de faire un petit pas de côté pour que l'atmosphère redevienne respirable. À Angkor plus l'on s'éloignait des trois temples magistraux, plus la magie s'installait jusqu'à faire sortir des serpents du chapeau. Question foule, Rome est moins pire que Paris, sauf peut-être pour le Pape Place Saint-Pierre, mais qu'irions-nous faire là, je ne vous le demande pas. Passé les "incontournables", nous profitons des heures creuses et des chemins parallèles pour nous émerveiller...
Une fin d'après-midi j'ai retourné mon appareil pour découvrir plus tard celles et ceux que j'avais photographiés. Devant la Fontaine de Trevi j'imagine des phylactères pour les couples qui se rejoignent ou se séparent. Certains le savaient, d'autres en doutent ou l'ignoreront toujours. Je pourrais rester des heures à accumuler des preuves d'amour ou d'indifférence, des regards désarmants ou des yeux vides. Regardez, juste un exemple parmi d'autres !


L'application iTunes que Jackie nous a suggérée est d'une grande aide pour choisir un restaurant à Rome sans tomber sur les arnaques pour touristes. Et voilà, on y revient ! Eat Italy est consultable hors ligne, ce qui est précieux lorsque l'on n'est pas abonné à un réseau local et qu'il n'y a pas de wi-fi accessible à proximité. Idem avec les CityMaps2Go ! Elizabeth Minchilli a arpenté plusieurs villes italiennes et ses commentaires sont précieux pour dégoter un endroit authentique. Si l'application est gratuite, il faut débourser 3,99€ pour avoir accès à la version romaine complète. Celles pour Florence, Venise, Milan, Turin ou l'Umbria sont moins chères, sommes ridicules en regard des additions ! Les suggestions sont moins nombreuses que Trip Advisor, mais plus justes, car celles des simples voyageurs ne sont pas toujours très fiables. Nous avons donc savouré les carciofi alla giudia, artichauts à la juive, dans un étroit restaurant du Ghetto à l'entrée discrète, le Sora Margherita où les pâtes fraîches étaient parmi les meilleures goûtées jusqu'ici. Le soir de mon anniversaire, nous sommes allés déguster des togliolini al tartufo, des pâtes aux truffes, à la Fiaschetteria Beltramme, via della Croce. Leur fumet nous fit tant tourner la tête que nous nous terminâmes au tiramisu à la pistache, une tuerie ! À deux pas, pas plus cher qu'ailleurs et si bon qu'on en a fait notre cantine. Donc raviolis aux cèpes sauce aux noix, panna cotta chocolat, etc.


Au bout de la Via Ripetta où nous avons élu domicile, nous apercevons la Piazza del Popolo avec son obélisque surmonté d'une croix, et, plus haut, les pins de la Villa Borghese. Plutôt que devant les innombrables églises et vestiges de l'Antiquité, nous nous pâmons devant les murs décrépits, ocres, terre de Sienne brûlée, jaune cireux, bleu délavé... Rome donne une impression d'éternité que Paris a perdu dans de nombreux quartiers, faute de savoir bâtir le neuf en respectant l'ancien. Comme si le souci d'urbanisme allait ici de paire avec l'architecture, assaisonnés du baroque que donnent toutes ces pièces montées, volontairement ou pas...

vendredi 4 novembre 2016

Villa Borghese


Pascal nous avait astucieusement conseillés de réserver très tôt à l'avance pour la Galerie Borghese, le musée ne recevant qu'un nombre limité de visiteurs. Même si le style du XVIIe siècle n'est pas notre capuccino, le spectacle est extraordinaire. Fresques, sculptures, peintures se bousculent dans des salles immenses aux plafonds remplis de trompe-l'œil qui obligent Françoise à s'allonger pour les admirer...


Il n'y a pas que les trompe-œil, il y en a aussi de faux. Des sculptures et des bas-reliefs se mêlent aux peintures pour créer de fantastiques illusions d'optique. Nous foulons des marbres polychromes. Les mosaïques sont étonnantes, les tableaux magnifiques, en particulier ceux du Caravage. Sous ses pinceaux comme sous les burins de ses collègues, les garçons sont étonnamment féminins. Lors de mes voyages je prends systématiquement des photographies des musiciens représentés en pensant qu'elles pourraient un jour illustrer certains de mes articles, mais j'oublie ces clichés la plupart du temps. Tant de nus exposés laissent penser que certaines époques furent tellement moins prudes que la nôtre. La moindre image de chair est, par exemple, immédiatement censurée par FaceBook. Il est certain que les protestants sont toujours boutonnés jusqu'au cou, mais l'Italie d'aujourd'hui est encore très coincée, avec son catholicisme et l'incroyable puissance du Vatican. Les femmes appartiennent à un monde dont les hommes sont exclus, conséquence logique du machisme méditerranéen. Françoise est épatée par la chair de Perséphone qui s'enfonce sous les doigts du dieu Hadès, sculptée par Le Bernin.


La volière est hélas privée de ses oiseaux, mais cela ne les empêche pas de zébrer le ciel en poussant des cris que je suis dans l'incapacité d'identifier. En traversant les jardins de la Villa Borghese, gigantesque parc municipal de 80 hectares en plein centre de Rome où s'élève, entre autres, la Villa Médicis, nous regardons en l'air pour admirer les hautes frondaisons des pins. J'entends ceux de Respighi qui accompagnent A Movie de Bruce Conner, et ses Fontaines. Nous n'attrapons pas de torticolis, mais ces contorsions finissent par être fatigantes !


Ces jardins sont dessinés sur le mode anglais, plus vivant que la raideur à la française. Ce sont deux façons de concevoir la nature et de la domestiquer. C'est la même histoire avec la ville. Les Italiens savent merveilleusement marier le passé et le présent. Chaque coin de rue, et j'entends coin par détail et non par intersection, réserve des surprises, vestiges des temps anciens préservés malgré les besoins du futur. Au jeu des revivals, l'Antiquité et les siècles qui l'ont suivie y figurent des strates de modernité. L'étymologie veut que les modes passent et repassent.


Après être descendus jusqu'au Panthéon et la fontaine de Trevi, sous prétexte d'un sublime espresso au Caffè Sant'Eustachio sur les conseils de Laure, nous regagnons notre appartement situé exactement en face de l'École des Beaux-Arts. Une petite pause ne fait pas de mal avant de nous rendre au Teatro Olimpico pour la première de Carmen par l'Orchestra di Piazza Vittorio où Elsa incarne "la pure, amoureuse, courageuse, déterminée Micaëla"...

jeudi 3 novembre 2016

Vol pour Rome


Vision inattendue après avoir décollé de Charles De Gaulle... J'ai d'abord photographié la Place de l'Étoile avant de survoler la rive gauche... Je pense chaque fois aux quatre cuvettes dans laquelle la Tour trempe ses pieds...


Un petit nuage coiffait le Mont Blanc. En voyant les montagnes qui se succèdent, arides et saillantes, j'imagine Hannibal franchissant les Alpes, sauf que cette fois nous sommes sur le dos de l'éléphant, avec Sun Ra et son Arkhestra jouant la Parade synchronisée avec la séquence rêvée par Salvador Dali... Délire d'altitude ?


Alors Rome dans tout cela ? La nuit est tombée. L'embouteillage de l'autoroute filmé par Fellini s'est résorbé depuis longtemps. Ni l'un ni l'autre n'étions retournés dans cette ville merveilleuse depuis plus de trente ans. Nous marchons jusqu'à un restaurant familial comme nous en avons souvent cherchés lors de notre voyage dans le sud en juin dernier. Pâtes al dente, accueil charmant... Le Tibre est à deux pas. Tout est d'ailleurs à deux pas de l'appartement que nous avons loué via Ripetta, près de la Piazza del Popolo...


La Tour Eiffel, le Mont Blanc, Walt Disney !... Afin d'être crédible je photographie Françoise Piazza di Spagna. Peu de touristes. Douceur de l'automne. Les automobiles sont interdites dans le centre. Les seules que nous croisons sont celles des carabiniers. En remontant le Corso nous remarquons le design inventif de certains magasins, mais les vêtements exposés sont d'une triste banalité. Des glaciers me font de l'œil à tous les coins de rue. Je craque.

mardi 20 septembre 2016

Touriste dans sa ville

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Lorsque l'on se promène à pied dans sa propre ville plutôt qu'en voiture, en transports en commun et même à vélo on découvre ses ressources comme n'importe quel touriste. Il suffit de lever la tête pour admirer des cariatides, de la baisser pour ne pas marcher dans une crotte de chien, bon d'accord, nous sommes en France ! À Paris traverser la Seine sur l'un de ses ponts produit un dépaysement instantané. Ainsi je suis allé au bout du Vieux Port avec ma Marseillaise de cœur pour découvrir le Mucem dessiné par l'architecte Rudy Ricciotti.
Je n'ai pas revu Zeev Gourarier, directeur scientifique des collections du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, depuis Jours de Cirque en 2002 au Grimaldi Forum de Monaco, dont j'avais composé la musique et le partition sonore. L'autre grande exposition à laquelle j'avais participé et dont Zeev fut le commissaire était Il était une fois la fête foraine à la Grande Halle de La Villette en 1995, suivie de ses versions japonaises à Omuta et Osaka. Chaque fois le scénographe Raymond Sarti m'avait offert la liberté extraordinaire d'imaginer l'intégralité sonore de ces immenses espaces pour recréer l'illusion et immerger les visiteurs dans un autre monde. Il m'aura fallu attendre cette année pour ressentir le même plaisir en inventant le parcours musical de Carambolages au Grand Palais grâce à Jean-Hubert Martin. J'aimais beaucoup la fantaisie de Zeev Gourarier, son enthousiasme à dénicher des objets incroyables. Peut-être qu'une occasion se représentera-t-elle un jour ? Je continue heureusement à collaborer avec Raymond Sarti qui a reçu hier soir le Prix Paris Shop & Design dans la catégorie "Culture et loisirs" pour la Maison de l'île de la Réunion dont j'ai composé la musique diffusée dans la rue.


Mais revenons à nos sardines. Françoise n'avait jamais visité le Fort St-Jean, probablement fermé au public pendant de très nombreuses années. Une passerelle de 130 m de long le relie au Mucem. Sur la première image on aperçoit au loin la néo-byzantine Cathédrale Sainte-Marie-Majeure et sur l'autre la seconde passerelle entre le fort et l'esplanade de la Tourette. Des enfants plongent dans l'eau entre les édifices pour rejoindre l'autre bord. Les jardins poussent à la flânerie. L'ensemble architectural mariant l'ancien et le nouveau est particulièrement réussi, plus astucieux que l'intérieur du musée trop en prise avec la lumière qui ne facilite pas les expositions. Les scénographes qui passent derrière les architectes doivent souvent ruser après s'être arraché les cheveux ! En revenant sur le Vieux Port nous en avons plein les jambes et je propose à ma compagne un tour de grande roue, mais les préposés sont penchés sur un problème technique et nous ne pourrons pas admirer Marseille de tout en haut cette fois-ci... Nous nous rabattons sur une bonne table, méthode de rattrapage qui a toujours fait ses preuves !

samedi 17 septembre 2016

Seuls sur la plage déserte


Trois pêcheurs en rang d'oignons sur la plage de La Ciotat. Je doute qu'ils attrapent quoi que ce soit de cette manière, mais tout peut arriver. Sous mon masque je regarde les bancs de poissons jouer avec le courant. Hier nous étions seuls dans l'eau qui n'avait pas bougé de ses 24°C ! Septembre et juin, que ce soit en Bretagne ou sur la Méditerranée, sont des mois idéaux...

mercredi 14 septembre 2016

Panoramique


Il y a deux ans j'avais acheté un des premiers masques de snorkeling Easybreath permettant de respirer sous l'eau comme sur terre, par le nez et la bouche. Le double flux d'air évite la buée, sur le principe d'une VMC domestique. La vision panoramique et la visibilité de l'embout orange complètent les avantages de l'Easybreath, innovation développée à Hendaye par Tribord, une marque distribuée par Decathlon. C'est peut-être aussi une solution pour les porteurs de lunettes...
La première plongée avait été terrifiante, car je m'étais retrouvé entouré de milliers de méduses ! Je n'avais pas non plus compris le principe du mécanisme obstruant le haut du tuba lors d'une plongée plus profonde. Inutile de souffler l'eau comme dans un masque traditionnel, il suffit de ne pas respirer avant d'être remonté à la surface. Comme je pratique la brasse, l'Easybreath, tels tous les autres masques, me permet de ne pas creuser les reins et de m'allonger sur l'eau. Je me suis d'autre part aperçu que je nageais beaucoup plus loin et sans effort lorsque je me transformais en scaphandrier ! Ainsi j'admire les bancs de poissons qui s'écartent devant moi, ceux qui jouent à cache-cache ou à chat, les plantes marines, les oursins... Et je pourrai prévenir Françoise qui n'y voit goutte si les vilaines méduses urticantes étaient de retour !

jeudi 1 septembre 2016

Retour sur le plancher des vaches


Façon de parler, parce que les vaches ont déserté les estives du versant sud pour rejoindre le flanc nord de la montagne et parce que nous en redescendons pour rejoindre la civilisation !
Je suis un animal social. J’ai beau avoir emporté de quoi lire, écrire, composer, écouter, regarder, manger et boire, il me manque quantité d’outils et d’ingrédients pour développer et mettre en forme les idées que j’ai élaborées pendant un mois loin d’Internet et du téléphone. Au bout d’un moment je commence à tourner en rond, reproduisant les mêmes gestes, les mêmes recettes d’une semaine sur l’autre. J’ai tout ce qu’il me faut, mais version de campagne. L’impression inconfortable de faire du camping. Mes amis me manquent aussi. J’ai besoin de confronter mes divagations aux leurs. De construire ensemble, même si la compagnie de Françoise est idyllique.
En rentrant à Paris je perds néanmoins la vue. Le panorama sur les cimes, et, plus que tout, les étoiles. Nous nous allongeons la nuit sur des chaises longues pour admirer le ciel, attendant qu’une filante vienne lacérer le drap noir en se faufilant parmi les milliards d’astres flambant vieilles. Si les montagnes me renvoient parfois des millénaires en arrière, le cosmos m’entraîne tellement plus loin, dans des abîmes de réflexions métaphysiques.
Par contre je retrouve l’odorat. Je m’étais habitué au parfum des fleurs et des herbes, je redécouvre la pollution asphyxiante de la capitale.
Nous avons ainsi choisi de partir juste avant que la brume vienne recouvrir la vallée. J’étouffe au milieu du coton opaque du nuage, préférant les ciels bleus immaculés lorsque le soleil tape si fort que je dois me réfugier à l’intérieur ! Cette année, les jours gris ont été rares, mais la bruine ou la pluie m’empêcheraient de descendre la voiture jusqu’à la grange pour charger notre barda. Nous voilà donc revenus, après un petit saut en Espagne, histoire de faire des provisions de bouche, puisque nous rapportons quelques souvenirs gourmands…

samedi 20 août 2016

Brume


Aujourd'hui nous avons fait des provisions pour tenir une semaine là-haut. Il est probable que nous ne redescenderons pas dans la vallée avant la semaine prochaine. Pas moyen de se connecter là-haut. Le téléphone passe de temps en temps, c'est tout. On peut rappeler en grimpant sur la colline... J'ai l'impression d'être un figurant dans un film de Werner Herzog...

mercredi 10 août 2016

De tout en haut


Un chemin cahoteux mène aux granges de Lespone. Les quelques flaques profondes s’évaporent rapidement au soleil. Les vaches rechignent à se pousser devant l’automobile. Les rousses sont moins agressives que les blanches. En face, le cirque de Crabioules surplombe la vallée du Lys où se brise la Cascade d’Enfer. Les Pics de Boum, Maupas, Crabioules, Lézat, Quayrat font tous plus de 3000 mètres. Au delà, l’Espagne. À droite, plein ouest, le col de la Coume de Bourg et le Céciré. Je gare la voiture sur du plat pour ne pas trop patiner lorsque l’herbe est trempée. Il y a quelques années j’ai failli sauter en marche lorsqu’elle s’est mise à glisser inexorablement sur la pente. Grande frousse ! Heureusement j’avais réussi à redresser les roues in extremis. Si c’est vraiment impraticable, je la parque au bord du chemin. Au pire, nous la laissons à deux kilomètres et demi, près de la départementale qui monte à Superbagnères, et nous sortons la Lada du garage pour faire la navette.
En hiver, il faut parfois marcher jusque là, la neige empêchant d’atteindre la maison. L’été, la montagne joue à cache-cache les jours de brume. Si le brouillard persiste et que nous sommes obligés de vivre cloîtrés dans le nuage pendant des jours et des jours, je deviens claustrophobe. Cette année le ciel est souvent bleu sans aucune trace blanche, mais la température chute la nuit.
Mes genoux qui me font souffrir depuis l’escalade du Stromboli au mois de mai m’empêchent de faire des balades sur les flancs de la montagne. Allongé sur la terrasse j’avale un livre par jour et le soir j’enchaîne les épisodes de la série The Americans sous la couette. Nous descendons à Luchon le mercredi et le samedi matin, jours de marché, et de temps en temps nous passons le Col du Portillon pour faire des emplettes à Bossost ou nous taper délicatement la cloche au restaurant Er Occitan.
Mais le plus étonnant est ma transformation d’hyperactif en contemplatif. Le jour je regarde les nuages, les jeux de lumière, les vautours, les aigles, les insectes, les bêtes qui paissent, et la nuit je reste bouche bée devant la voûte étoilée, un spectacle à couper le souffle. Il y a plus de trous d’épingles que de noir. Les étoiles filantes déchirent cette passoire où les vols de nuit se suivent à la queue leu-leu et les satellites se travestissent en astres rayonnants. Nous installons des transats et nous admirons l’éternité sous de chaudes couvertures.

samedi 6 août 2016

Retour du soleil


Après la purée de pois et la pluie d'hier qui nous ont fait fuir et traverser les montagnes jusqu'au Val d'Aran en Espagne, nous profitons du retour du soleil. Pendant que Françoise termine les courses à Luchon, je relève les mails et vide les boîtes à spams à l'Office du Tourisme. Là-haut seuls passent, difficilement, les SMS et Messenger...