Jean-Jacques Birgé

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lundi 20 juin 2016

Journal napolitain : 10/Les bonnes adresses de notre escapade


Je récapitule enfin les bonnes adresses de notre escapade napolitaine, amalfitaine et éolienne, en soulignant autant que possible les liens Internet de ces officines.


À Naples la meilleure surprise culinaire vient de la pizza frite de La Masardona où les amateurs font la queue après avoir donné leur nom, mais ce n'est hélas ouvert que le midi à part le samedi soir. Sinon dans le quartier antique A' Lucianella est une cuisine familiale sincère. Dans le quartier de la gare, les sfogliatelle chaudes de L'Antico Forno delle Sfogliatelle Calde de Fratelli Attanasio sont parfaites. J'ai trouvé des chemises à fleurs formidables à 25€ chez un vrai chemisier, Prestieri, via Toledo, et un costume bleu roi (pas d'affolement j'ai également pris un pantalon rouge révolution) avec une coupe italienne d'une rare élégance chez Emporio Uomo, via Casanova.


À Vico Equense l'Université de la Pizza, connue sous le nom de Gigino, la sert au mètre. C'est bon et un peu bizarre, car la salle ressemble à un immense réfectoire. Aussi avons-nous préféré le Terra Mia situé à côté de notre hôtel, l'Aequa. Ses risottos à l'encre de seiche ou aux agrumes et crevettes resteront inoubliables. Quant au glacier, la Cremeria Gabriele, il est absolument incontournable, un des meilleurs d'Italie et nous en avons testé quelques uns !


À Sorrento ne ratez pas le Musée de la Marqueterie, le lieu est aussi intéressant que ce qui y est présenté. Côté gastronomie, oubliez cette ville sinistrée par le tourisme.


À Ischia le seul restaurant qui nous a vraiment emballés est Un Attimo di Vino dont le patron sicilien, ancien chef étoilé qui a préféré la vie douce des îles, propose un menu à sa fantaisie, concocté avec amour. Sinon Françoise s'est fait faire de magnifiques sandales sur mesures par la cordonnière Mariarosaria Ferrara...


À Lipari nous nous sommes carrément abonnés au restaurant Kasbah Restaurant & Pizza à la cuisine inventive et succulente, voire moins cher que toutes les trattorias arnaque-touristes. Nous y sommes allés soir après soir. Quantité d'échoppes vendent des câpres (capressi e cucunci, selon la taille), trois pâtisseries proposent d'excellents canolis, des nacatulis aux amandes et des bouchées aux pistaches (les pistaches viennent toutes de Bronte en Sicile). Quant à notre excursion à Acquacalda, la trattoria Aurora ne sert que de la cuisine familiale et cela fait un bien fou. On leur a même acheté des petits gâteaux qui sont partis comme des petits pains à la première visite parisienne de nos amis.


À Vulcano ne vous contentez pas de grimper en haut du volcan, faites-en aussi le tour. Sinon les bains de boue sont une expérience intéressante. Pas forcément besoin de douche, si vous préférez vous rincer dans la mer.


À Stromboli le Villagio Stromboli possède une charmante plage sous ses fenêtres et nous nous endormons au son du flux et du reflux avant de gravir de nuit le volcan avec un des guides de Magmatrek.
N'ayant pu faire aucune comparaison je ne livre pas d'autre adresse d'hôtels, même si les nôtres étaient souvent très bien.


Pour la traversée en paquebot nous avions une cabine de 1ère classe avec douche, wc et hublot. Si vous avez les moyens ce n'est pas très cher et c'est tout de même plus confortable qu'autre chose. Et pour l'avion nous avons trouvé des billets très bon marché sur Air France sans les restrictions des low costs qui finissent par coûter cher en suppléments !

mercredi 15 juin 2016

Journal éolien : 9/Stromboli


Après une dernière journée à arpenter l'île de Lipari, particulièrement belle sur son flanc occidental, nous réembarquons pour une dernière escale avant le retour à Napoli, Stromboli dont le volcan occupe la quasi totalité de l'île, jusqu'à son sous-sol puisqu'il s'enfonce à 2000 mètres sous la surface.


Les rues de Stromboli sont si étroites que seules de minuscules voitures électriques ou des triporteurs peuvent les emprunter en rasant les murs de chaque côté. Pas question de laisser traîner une phalange à l'extérieur du véhicule ! De toute manière nous marchons, car l'île est toute petite, du moins en surface. Si les maisons de Lipari étaient de toutes les couleurs, un peu comme à Burrano près de Venise, celles d'ici sont toutes blanches. Partout les arrondis et arabesques rappellent l'influence maure.
Nous avons rendez-vous à 16h30 pour gravir le volcan et assister au spectacle nocturne de la lave en fusion. De temps en temps un toupet d'épaisse fumée noire semble s'échapper du sommet qui nous attend. Façon de parler car la bouche d'enfer crache son sang depuis des millénaires sans que les hommes n'y puissent rien.


Depuis la nuit du 31 décembre 2002 au 1er janvier 2003 où une éruption déclencha l'évacuation de l'île, la présence d'un guide est obligatoire. Avant, l'on pouvait monter comme on voulait, et même dormir là-haut. Des imprudents y laissèrent parfois la vie. J'ai vécu cette approche du danger sur l'Etna dans les années 60 et il faudrait que je retrouve les photos où nous sommes au bord du cratère tandis que des bombes incandescentes jaillissent derrière nous. Coïncidence troublante, la date de cette explosion correspond à la nuit électrique où Françoise et moi nous sommes mis ensemble, rencontre fabuleuse que j'ai plusieurs fois racontée, en particulier dans l'émission de France Culture, Sur les docks, consacrée à ma compagne cinéaste.


Notre équipement comprend des chaussures de marche, un T-shirt de rechange quand on sera arrivés en haut, un pull et un coupe-vent car il y fait frais, un foulard pour affronter la poussière, une lampe frontale pour redescendre, de quoi boire et manger. Magmatrek fournit casque et masque, et nous avons loué deux paires de bâtons qui soulagent les cuisses en montée et les genoux en descente. Nous voilà partis !


L'escalade se révèle ardue comme nous nous y attendions. La pente est très raide et le guide a de longues jambes. Je suis les pas de celle ou celui qui me précède sans beaucoup lever le nez ou regarder les maisons qui rapetissent à vue d'œil au bord de l'eau. Passé les hautes herbes que nous traversons comme une jungle, le paysage devient lunaire. Toutes les trente minutes les pauses en durent à peine cinq. Il faut éviter de faire glisser des pierres qui pourraient blesser d'autres grimpeurs en aval. Nous sommes une vingtaine à souffler à la queue-leu-leu.


918 mètres plus haut nous nous posons devant le soleil qui se couche tandis que nous tournons le dos à la pleine lune devenue rouge orangé. En dessous de nous, trois cratères crachent le feu. Spectacle époustouflant que je ne suis pas certain d'apprécier pleinement tant nous sommes à la fois crevés et émus. La fumée noire obscurcit le ciel étoilé tandis que des bombes rouge sang jaillissent des gigantesques bouches incendiaires. Mon sandwich prosciutto-mozzarella a du mal à passer tandis que je filme et photographie sans vraiment faire attention. Tous les randonneurs sont alignés sur l'arête du sommet l'œil rivé à l'objectif. Le trouble est évident. L'histoire et la géographie puisent leur source dans ce phénomène, mais la poésie et la métaphysique s'en mêlent.


Dans la nuit devenue noire nos lampes frontales éclairent nos chaussures s'enfonçant dans la cendre jusqu'aux chevilles comme si nous descendions debout un toboggan. Les trois quarts d'heure de cette dégringolade de poudreuse gris foncé sont hallucinants. Puis nous enfilons un masque pour nous protéger de la poussière que nous soulevons. Les randonneurs aguerris ne subissent évidemment pas notre douleur. Éreintés, nous regagnons l'hôtel où la douche est une bénédiction après le baptème du feu. Je fais mes exercices pour remettre mon dos d'aplomb, mais mon genou gauche exigera une petite remise en forme.


La renommée de l'île doit beaucoup au film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio, avec Ingrid Bergman. Nous nous embrassons devant la maison qui abrita leurs amours. Les pêcheurs ne massacrent plus les thons comme alors, d'autant qu'il n'y a plus de gros poissons. Thons et espadons ont beau être des spécialités du pays, il n'y a plus que des importations surgelées. Un grand bateau vient deux fois par semaine de Naples livrer l'eau inexistante sur l'île. Les épiciers en profitent pour tripler les prix par rapport à n'importe où ailleurs.


Rentrés à Paris, nous nous rendons compte que Vulcano, le film de Dieterle avec Anna Magnani réalisé en même temps que celui de Rosselini, est beaucoup plus intéressant. Rivalité des deux femmes, la délaissée qui avait apporté le scénario et remporté avec elle, la nouvelle délaissant Hollywood pour l'admiration puis l'amour pour le réalisateur italien, même scénario donc, même scènes, l'histoire des deux films est étonnante... Celui de Dieterle est moins mystique et plus proche des habitants de l'île...


Comme en Bretagne le temps change très vite. Pour notre escalade nous avons eu la chance de bénéficier d'un ciel d'azur avec peu de vent. La veille là-haut il faisait un froid de canard et le vent aurait décorné les bœufs si ces espèces étaient présentes sur l'île, mais nous n'avons vu que des oiseaux, des lézards, une couleuvre et quantité de chats et chiens alanguis. Les félins ont souvent une robe en écaille de tortue. Le lendemain matin nous nous baignons sur la petite plage de sable fin et noir qui brille au soleil, entourée de blocs de lave. J'ignore si ce sont des pierres ponces et de l'obsidienne, mais je ramasse trois petits cailloux qui y ressemblent. Le soir le ciel est devenu gris, il fait frais, nous faisons nos valises pour une dernière traversée jusqu'à Naples au bord de la Laurana.

mardi 14 juin 2016

Journal éolien : 8/Vulcano


La traversée de Lipari à Vulcano ne dure pas dix minutes. Il en faut beaucoup plus pour gravir la pente qui mène au grand cratère. Si nous savions ce que nous aurons à endurer au Stromboli, nous trouverions cette promenade a piece of cake. Mais le panorama vaut le jus qui s'est immiscé entre ma chemise et mon sac à dos.


La cime rafraîchit rapidement ma colonne vertébrale en séchant. De là-haut nous pouvons admirer les sept îles éoliennes, Lipari d'où nous sommes partis tôt ce matin et Salinas, Stromboli tout au fond à droite et Panarea, Filicudi et Alicudi, et même les côtes siciliennes qui se découpent en ombres chinoises dans le brouillard.


Continuant sur l'arête surplombant les pentes interne et externe du Vulcano nous en faisons le tour en grimpant toujours plus haut.


La redescente au milieu des fumeroles de soufre est impressionnante et fort odorante.


Françoise se brûle un orteil qui dépasse de sa sandale en courant sur la terre jaune citron. Petit a-parte, les citrons sont énormes, sans atteindre la taille des cédrats...


Paradoxalement il est recommandé de ne pas respirer les émanations gazeuses alors qu'en bas les bains de boue sont hautement conseillés si l'on souffre de problèmes respiratoires ! C'est aussi bon pour la peau, le dos, etc., pratiquement bon pour tout, sauf pour les yeux qu'il est absolument nécessaire de ne pas irriter en nous plongeant dans l'acquacalda, fangothérapie naturelle où les bulles éclatent à la surface du liquide beigeâtre dans lequel nous marinons avant d'aller nous rincer dans la mer. Je me brûle à mon tour la plante des pieds, car l'eau sort de certains trous immergés à 100°.


Entre la grimpette où les genêts embaument et la baignade aux odeurs d'œuf pourri nous passons une journée inoubliable que nous "immortalisons" en prenant quantité de photos tant le paysage est à couper le souffle. Il nous en reste heureusement, soit parce que nous avons appris à repirer avec notre kiné Mézières parisien, soit grâce aux bienfaits de la nature, qu'elle soit végétale ou minérale.

lundi 13 juin 2016

Journal éolien : 7/Lipari


Créateur de Voyages a encore bien fait les choses en choisissant comme chaque fois une chambre proche du centre et de l'arrivée, que ce soit en train ou en bateau. Nul besoin de prendre un taxi ou de traîner longtemps nos valises sur les chaussées caillouteuses. Le Bed & Breakfast nous a installés dans une chambre double spacieuse donnant sur un charmant patio où nous prenons nos petits-déjeuners sous un citronnier. C'est aussi là que je brouillonne ces lignes bien qu'il me semble en perdre l'habitude au fur et à mesure que nos vacances s'étirent.


Nous commençons par le surprenant Musée Archéologique situé dans l'ancienne citadelle espagnole. Des poteries, bijoux, ustensiles de cuisine, tombes de plusieurs millénaires avant J-C sont exposés, les couches du temps formant mille-feuilles et les fouilles reconstituées fictionnellement nous faisant remonter le temps sans que nous en ayons été avertis. C'est un des plus beaux musées de ce genre dans le monde. Je me laisse séduire alors que les vieilles pierres travaillées m'attirent en général moins que celles que je foule dans la nature.


Heureuse coïncidence, je suis en train de lire Sapiens, une brève histoire de l'humanité de Yuval Noah Harari que je dévore. Hélas seule la première moitié est passionante, replaçant l'espèce humaine dans son évolution animale et sociale et ses conséquences psychologiques, alors que la suite est d'un réactionnaire achevé. Dès qu'il aborde le phénomène politique, le professeur d'histoire israélien soutient qu'il n'y a plus de guerres par les temps qui courent, place Hitler et Staline sur le même pied, occulte évidemment les exactions de son pays, fait abstraction des centaines de millions d'affamés sur notre planète, vante les mérites de la pilule soporifique pour les pauvres plutôt que la révolte, etc. Lisez-le, mais arrêtez aussitôt que ses propos commencent à vous énerver. Tout le monde n'est pas Shlomo Sand !


Un bus nous conduira plus tard au bord de la plage d'Acquacalda où la cuisine domestique de l'Aurora nous reposera des attrape-touristes qui pullulent et que nous avons appris à éviter. À Lipari nous dînons d'ailleurs au Khasba, un restaurant transparent où les cuisines sont à vue et dont le menu est inventif et délicieux. Nous avons ainsi choisi d'en explorer toute la carte soir après soir tant il tranche avec le tout venant du trop attendu. Je saupoudre le blog de quelques bonnes adresses pour les lecteurs tentés par une villégiature sur les îles éoliennes, clou de notre voyage, mais j'en ferai en épilogue une petite liste.


Nous avons aussi retrouvé le soleil en nous rapprochant de la Sicile dont les sept îles font partie. Les pâtisseries, souvent aux amandes, y sont succulentes et nous rapportons capresi et cucunci, câpres petits et gros à utiliser de mille façons, de l'encre de seiche, du pesto de pistache et des petits gâteaux...
Mais le souvenir inoubliable de ces trois semaines sera certainement volcanique...

mercredi 8 juin 2016

Journal éolien : 6/La Laurana


Nous filons sur l'eau jusqu'à Naples pour embarquer pour les îles éoliennes. Dans le port immense, sur indications totalement erronées, nous errons à la recherche de l'agence où échanger notre voucher contre les billets. Heureusement le chauffeur du shuttle bus nous guide et une heure plus tard nous montons à bord de la Laurana. Notre cabine a un hublot, deux lits superposés et un cabinet de toilette avec douche. Cela me change des voyages en paquebot où je dormais sur le pont. Le départ est émouvant, voire étrange au milieu des gigantesques immeubles de croisière qui nous entourent. Des mouettes s'amusent le long des flancs du navire, luttant alternativement contre le vent et repartant à fendre l'air comme des flèches, dans un ballet aérien. Après avoir dépassé Capri nous nous enfonçons dans la nuit.


Françoise s'est entichée du mobilier et de la décoration du paquebot, très 60 malgré sa construction en 1992.


À l'aube le Stromboli a poussé comme un champignon sur l'horizon, mais son cratère est dans le brouillard. Nous l'ignorons encore, mais c'est la fumée qui émane du volcan. Des dauphins sautent comme des petits fous devant la proue. À Panarea, l'île des snobs où l'on ne va que pour se montrer, un énorme camion décharge une vingtaine de palettes de pelouse ! N'est-ce pas le comble de l'absurde pour ce village de cailloux ?

mardi 7 juin 2016

Journal napolitain : 5/Ischia


Une heure après avoir quitté le quai Beverello nous dévorons un plat de pâtes al dente sur le port d'Ischia. Nouvelle arnaque taxi pour rejoindre l'hôtel où nous héritons d'une chambre splendide, la large baie vitrée et l'immense terrasse offrant une vue imprenable, sauf en panoramique, sur le Golfe de Naples, le Vésuve, l'île de Procida, le Castello Aragonese et notre île verdoyante. Deux piscines thermales et un hammam finissent par nous achever, d'autant que nous sommes devenus accros à l'hydromassage !


A contrario l'éternel menu se répétant de restaurant en trattoria attrape-touristes commence à me sortir par les trous de nez. J'aime pourtant bien les pâtes, les fruits de mer et leurs fritures, le risotto, les salades fraîches et les pizzas, on en sort difficilement. J'espérais plus de fantaisie de la cuisine italienne, du moins ce que j'en connaissais des régions du nord. J'ai même levé le pied sur les gelati qui pour l'instant n'arrivent pas à la cheville de Berthillon. Cocorico ! Le restaurant sur pilotis Alberto au bout de la plage avait un peu relevé le niveau, mais L'Un Attimo di Vino tout au bout du quai marquera l'une des meilleures séquences gastronomiques de notre voyage. Son chef sicilien nous concocte un menu sublime, carpaccio de thon et de crevettes, pâtes au poisson et daurade royale en fine croûte de patate ! Nous décidons néanmoins de ne plus faire qu'un repas sur deux au restaurant, mais nous serons incapables de nous y tenir.


Sur l'île on n'entend parler qu'italien et... allemand. Presqu'aucun Français, encore moins d'autres nationalités. Tant et si bien que l'allemand est devenue la seconde langue des commerçants. Est-ce la raison pour laquelle il est impossible de se fier aux commentaires de TripAdvisor qui concernent la vue, mais tombent à côté de la cuisine ? Les conseils du Petit Futé que j'ai téléchargé avant le départ sont plus avisés, mais il vaut souvent mieux demander conseil aux autochtones comme à Mariarosaria Ferrara, la cordonnière chez qui Françoise s'est fait faire deux paires de sandales sur mesures. Sinon j'utilise l'application UdonPro qui me permet de regarder les cartes hors ligne en ayant même mémorisé les endroits qui m'intéressent.

lundi 6 juin 2016

Journal napolitain : 4/Sorrento


Pour sa faune, Sorrento est un mix entre Deauville et Montmartre. La ville proche de l'île de Capri est perchée en haut de falaises qui plongent dans la mer. Après la saucée de ce matin nous comprenons pourquoi la côte amalfitaine est si verte avec les agrumes constellant les jardins de points jaunes et oranges, les palmiers visant le ciel et le jasmin débordant jusqu'à l'écœurement. Nous descendons déjeuner à 33 mètres en contrebas par un ascenseur creusé dans la roche. Le restaurant, la plage et l'immense ponton sont déserts. D'une part nous mangeons plus tôt que les Italiens dont les commerces ouvrent après la sieste de 17h à 23h, d'autre part cette période de l'année est tranquille, les touristes étant majoritairement des retraités.
En marchant, en marchant toujours, plus loin, nous découvrons les escaliers qui ici et là traversent la roche volcanique jusqu'aux plages, toutes privées. Nous sommes censés embarquer vers le port demain.


Comme j'ai l'esprit de l'escalier j'en oublie d'évoquer notre visite au Musée de la Marqueterie, le MUTA, logé dans un palais du XVIIIe siècle dont les voûtes sont décorées de fresques et les plafonds de papier peint à la main. Il a été rénové avec le talent extraordinaire qu'ont les Italiens en matière de design. La quantité d'œuvres, meubles, tableaux, objets d'art où les essences de bois dessinent des scènes figuratives que je trouve souvent ringardes et des abstractions géométriques qui me séduisent autrement plus est inimaginable. Des vitrines de verre et métal brut servent d'écrins contrastant merveilleusement avec les marqueteries. Ce n'est pas un hasard si Alessandro Fiorentino est architecte.


L'organisation du palais est magnifique et astucieuse. Et quelle ne fut pas la surprise du conservateur de découvrir derrière un mur un escalier secret en hélice sur toute la hauteur de l'édifice, menant du toit au jardin arrière pour fuir en cas d'invasion turque ! La cascade de marches en pierre est d'une beauté renversante, le vertige du temps se confondant avec cet espace si haut et étroit. Nous pensons évidemment à ma tante, Arlette Martin, dont les abstractions boisées m'ont accompagné depuis toujours.
Nous avons eu du nez en décidant d'avancer le départ au matin de bonne heure. D'un côté le tourisme tous azimuts nous gave, les grands hôtels de la côte laissant la place aux boutiques et aux restaurants à l'arrière, de l'autre l'orage que j'ai enregistré cette nuit a accouché de hallebardes.


Le taxi nous arnaque, spécialité de la profession, mais nous prévient qu'aucun bateau ne quittera le port aujourd'hui et qu'il n'est d'autre solution que de repartir en train à Naples en espérant que de plus gros navires oseront traverser malgré la tempête. Les responsables de la compagnie Alilauro sont en dessous de tout, nous racontant des chars, refusant de rembourser les billets et suggérant de partir le lendemain sans aucune garantie. Les hydroglisseurs ne peuvent évidemment affronter de hautes vagues. Après la confirmation de notre agence de voyage (coucou Yann-Yvon !) nous prenons notre courage à deux mains, nos jambes à notre cou, et grâce à l'ascenseur creusé dans la roche nous filons à la gare au son des roulettes s'usant sur les pavés de lave. Plazza Garibaldi, ligne 1, descendre à Municipio, emprunter la passerelle qui bouge... Nous arrivons heureusement juste à l'instant où l'hydroglisseur de la compagnie Caremar quitte Naples pour Ischia !

jeudi 2 juin 2016

Journal napolitain : 3/Vico Equense


Vestige du passé, comme dans de nombreux pays les magasins qui vendent la même chose se retrouvent presque tous dans la même rue, les instruments de musique près du Conservatoire, les chapeaux près de la gare, les souvenirs via dei Tribunali, etc. Les quartiers sont pareillement tranchés, mais cette fois par classe sociale. L'opulence de Chiaia contraste avec la misère du Mercato, et que dire alors de la banlieue ? Peu de touristes dans le quartier espagnol, mais beaucoup se promènent le long de la via Partenope. Les Africains, probablement réfugiés en Italie depuis relativement récemment sont concentrés près de la gare, qu'ils aient pignon sur rue, montent et démontent leurs parasols, ou déplient leurs baluchons en surveillant les descentes de police, ils occupent les trottoirs qu'emprunte l'homo touristicus.


L'air du large nous fait du bien après avoir arpenté tant de parallèles et de perpendiculaires. Nous déjeunons en terrasse sur le Borgo Marinari, face au Castel dell'Ovo, avant d'aller déguster un énième café (ristretto), 90 centimes au comptoir, serré, fort et onctueux comme on n'en trouve jamais en France. Françoise rachète deux nouvelles cafetières chez un droguiste qui lui donne toutes les explications pour réussir un véritable café napolitain où le peu d'eau utilisée tombe goutte à goutte. Le soir je découvre les pâtes à la farine de flageolets A' Lucinella dont les moules à l'huile pimentée dites zuppe di cozze sont un régal. Nous n'avons encore visité aucun musée, préférant nous imprégner de la vie des rues, bousculés par les scooters et autres bolides, arrosés par les voix cassées des femmes qui hurlent pour se faire entendre, charmés par le mélange astucieux des genres et des époques.


Le lendemain nous reprenons le Circumvisiana pour Vico Equense où les vacances commencent vraiment, bain dans la grande piscine déserte de l'Aequa et une promenade en contrebas jusqu'au bord de la Méditerranée. La vue de la terrasse de notre chambre est incroyable, le Vésuve en face surplombant le Golfe, la montagne verte faisant dossier et les maisons rose orangé contrastant avec le bleu du ciel et la végétation. Il nous manque juste une heure ou deux entre chaque repas pour digérer les pizzas au mètre de Gigino et les fritures de mozarella ! Nous nous abonnons néanmoins au Terra Mia à l'exquis risotto, qu'il soit aux agrumes et crevettes ou à l'encre de seiche, aussi noir que l'ultra-noir honteusement breveté par Anish Kapoor.


Mais le pompon se décroche à la Cremeria Gabriele où les petits babas au rhum sont servis avec glace noisette et Chantilly, et où le Tartuffo est une variation où le chocolat noir et croquant enveloppe la crème glacée.

mardi 31 mai 2016

Journal napolitain : 2/Herculanum


Le Circumvesuviana est une sorte de RER qui s'arrête toutes les deux minutes jusqu'à Sorrento le long de la côte amalfitaine, mais nous faisons halte à Ercolano Scavi pour visiter les ruines d'Herculanum. Françoise et moi ne connaissons que Pompéi, mais Yann-Yvon avait raison de nous indiquer cette petite cité ensevelie sous quinze mètres de lave et dégagée au fur et à mesure depuis le XVIIe siècle. Les fouilles n'ont permis de n'en dégager qu'un quart, car le reste est enfoui sous les immeubles modernes.


Le mot "moderne" sonne bizarrement à la vue des cages à poules où vit une population très pauvre. La pauvreté de la région contraste avec les villas excentrées des riches. Je connais mal les implications de la comorra dans la société napolitaine, sa présence restant discrète pour un touriste. Dans une rue qui longe les fouilles, une plaque rappelle "la mort accidentelle d'un jeune innocent victime du crime organisé".


Bien que nous n'ayons souscrit aucun abonnement local le plan de mon iPhone affiche notre position, ce qui est bien pratique dans le dédale napolitain. Vous connaissez la chanson, le linge sèche aux fenêtres, de petits kakous qui n'ont pas quatorze ans font des courses de scooters dans les rues étroites... Le concert de klaxons est définitivement moins touffu et moins musical qu'au siècle dernier ! Le Vésuve semble assagi. Nous nous régalons de sfogliatelle qui sortent du four, spécialité de la Campanie composée de ricotta parfumée à la vanille ou à la canelle avec des petites morceaux de fruits confits, le tout enveloppé dans une pâte feuilletée. Comme un fait exprès l'Antico Forno delle Sflogliatelle Calde Fratelli Attanasio est à deux pas de notre hôtel !


Chaque fois que je pense à la ricotta je pense au sketch sublime de Pier Paolo Pasolini dans le film collectif Ro.Go.Pa.G. où Orson Welles tient le rôle du réalisateur. Cette dénonciation de la pauvreté face à l'opulence de l'Église valut à Pasolini une condamnation à quatre mois de prison qu'il évita en payant une amende. C'est avec Uccellacci e uccelini et Che cose sono le nuvole ? mon préféré de ses films.


En marchant via dei Tribunali je trouve un amusant sistre articulé où sont cloués de petits crotales. Mais c'est au magnétophone que j'attrape la véritable musique de Napoli, incessant brouhaha, les cris des fêtards succédant au vacarme de la circulation, le montage du marché s'effaçant derrière la harangue des camelots.

lundi 30 mai 2016

Journal napolitain : 1/Napoli


Exténués par des heures de marche à pied jusqu'au quartier Chiaia en passant par les hauteurs, nous faisons une petite sieste, écourtée par l'excitant vacarme napolitain. Les cris des marchands à la sauvette africains se mêlent aux klaxons et aux ghetto-blasters. Les réacteurs d'un avion de ligne décollant de l'aéroport de Capodichino font passer la circulation au second plan, plus rassurante que la centaine de "pétards" enregistrée hier soir vers minuit. Pourtant la folie de la ville n'a plus rien à voir avec le chaos traversé lors de mes précédents voyages dans les années 60 et 70. Quant à Françoise, elle retrouve l'ambiance du Marseille de son enfance. La fantaisie se serait-elle affadie sous les coups de butoir de politiques plus catastrophiques les unes que les autres, de la démocratie chrétienne à Berlusconi, en passant par un compromis historique dont nous subissons à notre tour les ravages ?


Le voyage avait commencé à Charles de Gaulle où des robots sont chargés de délivrer cartes d'embarquement et étiquettes bagages. Évidemment ça marche comme ça peut, et les bugs justifient qu'Air France n'ait pas licencié tout son personnel au sol. La détérioration du service s'est amplifiée petit à petit depuis la mise en Bourse de la compagnie. Les usagers et les salariés passent après l'appétit des actionnaires. Trop de chemises blanches ont encore leurs boutons !
À l'arrivée à Naples le chauffeur du taxi nous met illico dans l'ambiance à grand renfort de rengaines locales, d'un compte-rendu de la misère et d'une jovialité propre au sud de l'Italie.


Nous avons arpenté le centre antique jusqu'à la Galerie Umberto 1er, haute et magnifique verrière surplombant des immeubles qui partagent leur crème avec le Grand Café Gambrinus. Sur le chemin j'ai trouvé de toutes petites guimbardes, impossible de me souvenir de leur nom italien scacciapensieri, que j'avais cherchées sans succès à Pigalle. Ce ne sont pourtant pas des siciliennes, mais des autrichiennes, comme les strudels évoqués plus haut. Chez Pestieri, via Toledo, j'ai dégotté des chemises à fleurs pétant de couleurs pour une bouchée de spaghetti con vongole. Si les restaurants sont chers, les vêtements sont extrêmement bon marché. Le soir nous allons dîner à La Masardona réputée pour servir la meilleure pizza frite de Naples, ce qui ne semble pas usurpé ! La farce est cuite entre deux très fins disques de pâte frite que l'on accompagne avec une bière artisanale locale.
Nous nous endormons repus dans une chambre plus agréable que le trou à rats de la première nuit, infestée de moustiques, peut-être due à la proximité des machines à air conditionné.

vendredi 27 mai 2016

Prélude à nos aventures italiennes


Les cartes postales ont la fâcheuse habitude d'arriver le plus souvent après notre retour. Il en sera donc ainsi du petit journal de voyage que j'ai tenu sur un cahier dont la couverture est une reproduction de People in the Sun peint par Edward Hopper en 1960. Je retrouve le plaisir des ratures que l'écriture numérique efface systématiquement. Je prévois également d'illustrer mes articles en prenant des photos des paysages traversés, plus quelques selfies montrant que ce ne sont pas seulement des cartes postales, mais des clichés sans aucun doute. J'ignore si j'aurai beaucoup l'occasion de les admirer, mais le soir nous sommes heureux de passer rapidement en revue les évènements de la journée que nous avons l'habitude de commencer et terminer plus tôt qu'il est coutume sur ces rivages méditerranéens. Nous profitons ainsi de la lumière du jour à la manière des peintres d'antan, même si nos dernières nuits seront merveilleusement éclairées par une pleine lune aussi souriante que resplendissante dans des teintes orangées que le soleil lui renvoie diamétralement opposé sur notre horizon. En relisant mes notes j'ai encore le loisir d'y rajouter quelques détails qui m'avaient échappé et d'en soigner le style touristique auquel il semble ici impossible d'échapper, même en période extrascolaire. J'enregistre également quelques sons qui me serviront dans des œuvres futures, à commencer par le vol qui nous emmène à Naples, début de notre périple...

vendredi 6 mai 2016

Vers de nouvelles aventures


Tant d'années se sont écoulées depuis nos dernières vacances à l'étranger. Besoin de se changer les idées. Entendre une langue que je ne comprends pas ou un peu. Vivre au rythme du pays. S'adapter à ses codes. Changer d'angle en somme. Se reposer. Escalader des volcans. Remonter le temps. Rester béat devant l'horizon. Loin de la terre. Profiter de la nuit.
Ces derniers mois mes activités professionnelles ont été parisiennes. Le Louvre, la Cité des Sciences et de l'Industrie, le Grand Palais, bientôt le Panthéon et le Palais de Tokyo. "Vous me décorez !" clame Jules Berry sur Le chemin de Rio. Sa voix résonne à la fin de Trop d'adrénaline nuit, premier album du Drame. Ces monuments investis sont autant de médailles épinglées sur le poitrail d'un dignitaire de Pyongyang. S'enchaînent Le regard explorateur, Darwin l'original, Carambolages, les Monuments aux morts et Rester vivant. Je compose, sonorise, participe. Première personne, du singulier. Expérimente, enregistre, découpe, mixe et remixe.
Besoin de se perdre dans la foule. Respirer d'autres saveurs. J'emporte appareil-photo, magnéto et stylo, mais le blog marque une pause. Trois semaines sans tuyaux, sans perfusion. Ça sent déjà le soufre. Thermal. Incroyable. Le retour sera félin.

lundi 14 décembre 2015

Un simulateur de souris


Sous quel autre thème que "Voyage" pouvais-je classer les exploits d'Ulysse ? La crapule qui porte bien son nom passe toutes ses nuits dehors sans que l'on sache où il rôde. Il est probablement des heures à l'affût jusqu'à ce que la souris sorte de son trou, et là, niaka ! Ulysse me réveille chaque fois à l'aube. J'entends du raffut à côté de notre chambre, dans le salon du premier étage, épaisse moquette blanche devenue plutôt rase, grand espace de jeu dégagé. Le duo joue au chat et à la souris. Elle est toute petite, grise, et progressivement épuisée. Lui fait des sauts de cabri et des glissades, il jongle, joue à la patte chaude, fourre une pantoufle avec son trophée, fait semblant de regarder ailleurs, la perd et la rattrape, jeu cruel qui finit par une série de craquements, os broyés, ne laissant rien, avalant tout, les dents, la queue... Pas une goutte de sang sur la moquette blanche. Je reste debout tant qu'il ne l'a pas avalée, car je crains qu'il la perde dans une interstice comme c'est arrivé une fois. Le problème c'est l'heure, entre quatre heures et sept heures trente du matin. Difficile de se rendormir ensuite, d'autant que cet apéritif lui a ouvert l'appétit et qu'Ulysse réclame son petit déjeuner banalement composé de croquettes vétérinaire. Le premier consulté s'inquiète de ses escapades et regrette qu'il file par les chatières aménagées à son intention, risquant surtout de se faire écraser par un chauffard, la seconde s'exclame "ah, un vrai chat !". Hier soir mon voisin m'a remercié car il n'a plus aucune souris tandis que les Baras du squat un peu plus loin me demandent le nom de ce gentil chat qui vient régulièrement leur rendre visite...
Et le simulateur dans tout cela ? Ulysse a subi toute une série d'exercices d'entraînement avec de fausses souris à l'odeur chargée d'herbes aromatiques. Je reconnais tous les gestes qu'il faisait avec ses jouets. Même le programme qui lui est spécialement destiné sur mon iPad a contribué à sa formation. En montagne ou dans la jungle urbaine il est devenu un as de la chasse aux petits. Il arrive hélas qu'il rapporte un oiseau. Comment arrive-t-il d'ailleurs à passer au travers des chatières avec cet énorme pigeon ? Mais je préfère les souris dont la mise à mort ne laisse aucune trace. À l'instant-même je l'entends gambader sur le toit du garage tandis qu'un merle s'envole à son approche...

vendredi 2 octobre 2015

Histoires du temps qui passe


Nous sortons de l'eau qui semble plus chaude qu'en plein été. Françoise me dit que c'est la douceur de septembre sans se rendre compte que nous sommes déjà en octobre. Dans nos métiers il n'y a ni samedis ni dimanches, alors pourquoi connaitrions-nous le mois dans lequel nous sommes ? L'année est juste bonne à savoir pour les quelques chèques que nous signons. La plupart des gens de notre génération sont-ils seulement conscients que nous sommes depuis quinze ans au XXIe siècle ?
C'est la première fois que je prends une photo depuis l'autre côté de la villa des tours. Le matin les surfers s'en donnent à cœur joie tandis qu'au bord les vagues nous massent. Plus loin j'ai le choix entre les crever ou me laisser porter. Tout dépend de la phase où je les aborde. Le vent est tombé. Je remonte en maillot à bicyclette.
Ulysse se cache dans les broussailles pour dormir. Voilà donc ce qu'il fabrique à Paris lorsqu'il disparaît pendant des heures.


Le soir nous sommes allés au Lumière voir le dernier film de Paolo Sorrentino. J'ai du mal à comprendre l'agressivité de la critique branchée, que ce soit Libé ou Les Cahiers du Cinéma, contre ce cinéaste. Peut-être est-il à la fois trop moderne et baroque à la fois ? Youth est une réflexion philosophique sur la vie, l'âge, l'art, le cinéma, filmée avec beaucoup d'invention et de rigueur. Michael Caine, Harvey Keitel, Paul Dano, Jane Fonda, Rachel Weisz y sont formidables. L'univers concentrationnaire du somptueux hôtel pour riches suggère plus qu'il ne montre, alors qu'il expose quantité de sentiments, d'ambiguïtés et une dialectique qui souligne la poésie de la création. La musique de David Lang (co-fondateur de Bang On A Can) nous accompagne jusqu'à la fin du générique avec un Just qui rappelle le merveilleux Lost Objects tandis que la partition sonore recèle quelques passages mémorables dont un sublime concert champêtre. Youth ne dépare pas de la filmographie de Sorrentino. Si vous avez une bonne raison d'avoir détesté les précédents, n'y allez pas. Sinon, c'est du cinéma comme on ne sait plus beaucoup en faire !

jeudi 1 octobre 2015

Comme un blog


Le plumbago a certes des qualités médicinales, mais Ulysse s'en est collé plein les poils et je ne suis pas certain d'arriver à l'en débarrasser sans les couper ! La faculté des chats à comprendre les limites d'un terrain est étonnante. Il suffit néanmoins qu'il nous suive chez les voisins pour qu'il annexe aussitôt ces nouveaux territoires. Journée calme. J'écris un long article sur la musique, Internet et la qualité des différents supports que me demande Jean Rochard pour le Journal des Allumés du Jazz. Cela me fait plaisir, d'autant que l'association des labels indépendants continue de boycotter mes albums virtuels comme le reste de la presse papier. Depuis que j'ai mis en ligne 63 albums libres en écoute et téléchargement mon audience s'est pourtant considérablement accrue alors que celle de la presse papier décline inexorablement. Cette surdité face à ce "nouveau" support est incroyable...


L'après-midi, nous allons à Marseille visiter l'exposition Prétexte #2 à la Friche Belle de Mai où Nicolas Clauss expose Agora(s). Je reconnais instantanément son travail au bégaiement de ses images, scratch génératif produisant de drôles d'effets lorsque les figures s'envolent. En me promenant au milieu des cinq grands écrans j'ai parfois l'impression de participer à cette longue marche de l'humanité. Le corps de chaque individu semble interrogé par la caméra de Nicolas. Il a filmé ses foules dans une douzaine de lieux très fréquentés de la planète, donnant à l'ensemble de sa fresque une impression d'universalité. Ce travail de fourmi(s) me renvoie au calme de la solitude face à mon écran ou ébloui par la couleur verte du jardin qui m'entoure.
Le soir je m'ennuie terriblement devant Marguerite, le nouveau film de Xavier Giannoli qui avait pourtant si bien réussi À l'origine. Les films réduits à une situation ne sont pas ma tasse de thé. Il ne suffit pas d'avoir de bons acteurs, une débauche de décors et de costumes, une anecdote amusante. J'ai besoin de rebondissements dans le scénario. Comme dans la vie j'aime les surprises, les bonnes surtout. J'anticipe les mauvaises nouvelles pour que celles-là ne me surprennent pas, comme un client qui ne paie pas ce qu'il me doit. Heureusement ici les éléments naturels ont raison du reste. L'horizon oscille entre le mystère et le rappel à l'ordre. Un fort vent d'est secoue les vagues...

vendredi 28 août 2015

La page blanche


Nous sommes rentrés.
C'est pour bientôt...

mercredi 29 juillet 2015

Angoisse de la répétition


J'ai toujours regretté les cas où je n'ai pas suivi mon instinct, mais il en est où je peste de ne pas trouver de solution satisfaisante à la question. Est-ce une appréhension, un pressentiment ou une angoisse ? J'ai essayé d'en parler à Françoise, mais je ne suis pas certain qu'elle ait compris le malaise qui me saisit lorsque je pense à ces vacances. Entre son opération à l'œil, qui nous empêchait jusqu'ici d'imaginer prendre l'avion ou aller à la montagne, et le travail qui devait m'occuper en juillet, et de toute évidence reporté à septembre, nous n'avions rien prévu. Voyager à l'étranger avec le chaton est une galère, et le laisser si jeune ne nous enchante guère. De toute manière nous évitons les destinations touristiques en période de vacances scolaires, de mousson et de moustiques. Ceux-ci m'adorent et ils ont infesté le sud. Retourner à Luchon semblait donc la solution la plus raisonnable, histoire de prendre l'air.
Or j'angoisse de reproduire une fois de plus les gestes des années passées. Nous embarquions le vieux Scotch dans la Kangoo pour un tour de France de deux mois passant par Saint-Étienne, La Ciotat, Marseille, Montpellier, Luchon, voire le Limousin. Cette fois nous descendrions directement dans les Pyrénées en nous arrêtant en chemin chez des copains, mais la perspective de revivre un tant soit peu l'an passé, au demeurant parfaitement agréable, m'étouffe. Savoir que nous mangerons de la truite mercredi et samedi midi en revenant du marché du fond de la vallée, de relever les mails depuis la Maison du Tourisme ces jours-là, de connaître mon emploi du temps là-haut quasiment heure après heure, dictées par le soleil, partagé entre la lecture, la contemplation, la projection de films et de rares randonnées, que mon entorse à peine remise n'encourage pas, me crispe les boyaux. J'ai fondamentalement besoin d'imaginer l'impensable. Je connais déjà le contenu des échanges avec le voisinage, les menus, les coups de froid dus à l'altitude, les flambées pour se réchauffer, et tutti quanti. De plus, j'ai un étrange pressentiment en ce qui concerne la route, et descendre en train est devenu une corvée depuis que la SNCF a scandaleusement supprimé la gare.
Françoise avait suggéré que nous restions à la maison pour profiter du jardin qui chaque été accueille les amis à qui nous la prêtons, mais l'air de la montagne n'est pas exportable. Devrais-je me forcer contre le pressentiment qui m'étreint ou remettre à l'automne quelque escapade dans des îles lointaines ? La répétition est un sentiment que je déteste, dans mon travail comme lors de mes loisirs. La diversité de mes œuvres et mon goût immodéré pour l'improvisation en atteste. Mais cet enjeu sportif n'est réussi qu'au prix d'une sévère organisation. N'échappant donc pas plus aux habitudes que quiconque, je les multiplie pour constituer une palette la plus variée possible, espérant toujours qu'une proposition alléchante vienne chambouler mon bel équilibre. Il ne nous reste plus que quelques jours pour décider du mois d'août, sachant que quelle que soit la décision je marquerai une pause salutaire en ce qui concerne ce blog. Car si j'ai tant de difficultés à trouver la solution à mes interrogations, elles découlent obligatoirement du manque de recul qu'une année sans vacances me laisse incapable de maîtriser.

lundi 6 juillet 2015

Prélude et fugue (une autre Odyssée)


Que celles et ceux que les histoires de chat énervent passent leur chemin ! En l'appelant Ulysse je savais qu'il allait nous en faire baver des ronds de chapeau. Téméraire comme pas deux, pas froussard pour un sou, trop confiant, le chaton a tout de l'aventurier. Il a l'art de trouver des cachettes incroyables, des trous de souris qui rapetissent de semaine en semaine. À deux mois il grimpait à la cime des arbres. À trois mois et demi il ne rêve que de faire le mur et il a suffi que j'ai le dos tourné pour qu'il se fasse la malle pour de bon. Il y a quelques jours je lui ai mis un collier avec son adresse et mon téléphone, le vétérinaire l'a pucé, mais nous ne pouvons tout de même pas l'empêcher de sortir en construisant un rempart infranchissable avec des miradors. Conclusion, je suis inquiet au point de ne pouvoir penser à rien d'autre que de le retrouver. Lupin et Scat, eux-mêmes des fugueurs, sont toujours revenus, mais Ulysse est vraiment très jeune pour ce genre de sport. Avec ses premières chaleurs, Guézi, que j'avais en garde, était réapparue au bout de six jours. J'espère seulement que le chaton retrouvera son chemin ou que quelqu'un de bien intentionné nous le renverra rapidement.
Comme je ne voulais pas continuer à tourner en rond à la maison je suis allé porter le compost au jardin partagé. Sur le chemin une femme s'est mise à crier "Pénélope !", je me suis retourné comme si c'était pour moi. Elle m'a souri. Hébété, je me suis demandé si j'avais bien entendu. Elle a répété "Pénélope !" en me regardant comme si nous nous connaissions, jusqu'à ce que sa fille déboule en trottinette. J'avais rencontré cette jeune demoiselle plus tôt dans l'après-midi accompagnée d'une copine sur un engin du même type et je leur avais demandé si elles avaient aperçu mon fugueur. Je me suis retenu d'aller dire à cette dame que s'il y avait bien un rôle que je ne voulais pas endosser, c'était bien celui-là. Pas question d'attendre vingt ans que le monstre revienne !
J'ai continué à marcher en sifflant et en faisant claquer ma langue. D'habitude ça marche, Ulysse rapplique aussitôt, mais Elsa me raconte que lorsqu'un chat renifle un chemin il n'a plus d'oreilles. J'ai fait couiner sa souris en tissu sans plus de succès. Il faisait horriblement chaud. En sortant de la douche je continuai malgré tout à appeler son nom depuis la fenêtre du premier étage quand je crus entendre un miaulement. En fait son cri ne ressemble à un miaou que depuis ce matin. Je suis descendu en peignoir dans la rue à grandes enjambées, mais il n'y avait pas âme qui vive. Comme je rentrais j'ai entendu des bruits de feuillages au dessus du plus haut mur. Le minet a dévalé le tronc du tamaris en deux temps trois mouvements. L'inquiétude a fait place à l'assurance : il peut ficher le camp, il sait revenir. Je vais pouvoir profiter de la soirée après un après-midi maudit à rejouer l'Odyssée.
P.S.: le lendemain soir nous avons fêté la victoire du non en Grèce avec Ulysse 😽 il sera donc du voyage !

mercredi 3 juin 2015

Suspension


Les séjours tunisien et breton ont parfaitement joué leur rôle de trait d'union. Le jour j'enregistrais d'autres manières de vivre. La nuit je me gavais de musique. Pendant quinze jours les projets en rade se sont fait oublier, le temps que toutes les équipes rattrapent mon avance. Le mois de juin est encore flou. Où en sont les bateaux pirates, le futur métro ou la célèbre Arlésienne ? J'ignore tout de l'été. Les grands projets sont repoussés à la rentrée. L'opération de Françoise interdit l'avion et la montagne. Elle porte au poignet un bracelet vert indiquant la présence de gaz ophtalmique.
Nous passons un temps fou à jouer avec Ulysse, très dégourdi pour son âge. Il n'a pas trois mois et grimpe déjà à la cime des arbres, obéit lorsqu'on lui dit non, fait ses besoins dans le jardin... Oups, accident sur couette ce matin. Tous ceux qui l'ont précédé sont passés par là ! Rapide comme l'éclair, il est curieux de tout et disparaît dans des cachettes introuvables. Je lui ai téléchargé plusieurs applications sur iPad, mais il ne comprend pas où passent les bestioles qui sortent du champ. Quant à la souris en tissu qui pousse des cris quand on la touche, je pense que l'on s'en lassera avant lui !

mardi 26 mai 2015

Si la mer monte... (2)


Le bout de l'Île Tudy rendu aux piétons, les attractions s'enchaînaient sans que les badauds aient le temps de souffler. Alors imaginez les bénévoles sur qui repose le Festival Si la mer monte... ! Aujourd'hui ils doivent être sur les genoux... Loïc Toularastel avait installé des gradins dans sa roulotte transformée en plus petit cinéma du monde (L'Île Tudy se glorifie déjà de posséder la plus petite cabine de cinéma du monde, attestée par le Guiness Book !). La noce de Mimi et Erik l'inaugura, accompagnée par la fanfare de poche Tout Ut.


Plus loin je tournai des manivelles, appuyai sur des soufflets et fis glisser des balles dans le Bricophone. L'instrument, cousin du Gaffophone, est d'autant plus amusant qu'il permet de jouer à plusieurs...


De l'autre côté de la presqu'île, il n'y a qu'une trentaine de mètres à cet endroit entre l'est et l'ouest, Sylvain Julien jongle avec des cerceaux, se battant contre le vent qui s'est levé. Le public s'extasie devant tant de maestria. La fanfare de poche l'accompagne le matin tandis que l'après-midi c'est au tour du Peuple Étincelle.


Abbi Patrix a enfilé la peau de l'ours polaire pour ses contes nordiques. Linda Edsjö le seconde au vibraphone avant de chanter en duo avec Elsa Birgé des histoires d'amour biscornues. Le temps est superbe. Pris par le spectacle, je ne m'aperçois pas que je suis en train de griller au soleil.


Les Ours du Scorff sont égaux à eux-mêmes, fabuleux. Le public qui connaît leurs chansons bretonnes par chœur, leur répond d'une seule voix. Gigi Bourdin semble se réveiller d'une longue hibernation, plus zen tu meurs. Lors Jouin parsème d'intermèdes comiques son chant puissant qui l'a fait surnommé par certains le Nusrath du Centre Bretagne. Le violoniste Fanch Landreau, le guitariste Soïg Sibéril et le banjoïste Jacques Yves Réhault participent à la fête où les grands retrouvent leur âme de petits, et les enfants leurs rêves en kouign-amann.


La soirée se termine par un bal d'une exceptionnelle tenue musicale. Il est rare qu'un groupe engagé pour faire danser soit de cette qualité instrumentale. Pas de hasard, pour former Le Peuple Étincelle le saxophoniste François Corneloup, ici au soprano, a réunit Michael Geyre à l'accordéon, Fabrice Vieira à la guitare, Eric Duboscq à la basse et Fawzi Berger à la percussion. Prenez un guitar hero, un bassiste funky, un percussionniste flashy, un accordéoniste collectionneur de synthés vintage et un des meilleurs saxophonistes de jazz français, mettez tout cela dans un mixeur toutes danses confondues et vous verrez les pieds des danseurs s'envoler, les rondes se former, les corps se déhancher jusqu'à plus soif, allégorie inimaginable pour un Breton ! En clôture, l'orchestre fait monter sur scène le public pour chanter ensemble l'hymne de l'Île Tudy que Michèle Buirette, à qui nombreux participants ont rendu hommage pour ces magiques rencontres, a écrit et composé.


Avant que la fête commence j'avais juste eu le temps de piquer une tête dans l'océan. Elle était froide, certes. Mais que c'est bon et vivifiant ! Si j'ajoute les langoustines, les araignées de mer, les huîtres, les galettes de blé noir, le beurre salé, le cidre et le jus de pomme à l'éventail maritime, je ne suis pas prêt d'oublier cette septième édition d'un festival unique en son genre, où les scientifiques débattent du climat pendant que les musiciens s'ébattent en fiesta, où les artistes plasticiens exposent leurs vues tandis que les auteurs dédicacent leurs feuilles, où le sourire se porte à la boutonnière...