Jean-Jacques Birgé

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jeudi 18 août 2022

Les perdus de Massiac


Par quel bout le prendre ? Dénoncer l'incompétence catastrophique et l'inconséquence honteuse de la SNCF ou saluer les cheminots qui font tout leur possible pour contrebalancer l'absurdité du système dont ils sont aussi victimes ? Si la chose était rare, on n'en ferait pas tout un fromage (j'ai rapporté un délicieux Saint Nectaire dans mes bagages), mais je pense aux retards récurrents que subissent les usagers sur certaines lignes, aux contrebassistes régulièrement verbalisés, etc. Apprenant nos mésaventures ce sont les contrôleurs zélés qui nous appelèrent, non sans humour, "les perdus de Massiac" !
Nous étions donc une douzaine de voyageurs à penser naïvement rejoindre Paris via Clermont-Ferrand. Du moins nous l'espérions. Nos billets délivrés par la SNCF indiquaient que nous devions prendre l'autocar à Massiac à 15h06, attraper le TER à Arvan pour arriver à Clermont à 16h10 et filer à 16h27. Rien d'extraordinaire. L'application SNCF Connect indiquera seulement que le car aurait 30 minutes de retard, de quoi rater notre train certes, mais il y en avait un autre une heure plus tard. La gare de Massiac était fermée. Évidemment ! Les fusibles qui répondent au téléphone étaient idiots donc désagréables, ou simplement compatissants sans pouvoir nous donner aucune information. L'autocar 62704 (société privée, semble-t-il) arriva une heure en retard sous un prétexte fallacieux. Et il était complet ! Pourtant nous avions nos billets, mais le chauffeur laisse monter tout le monde, comme dans un bus. Et puis plus rien. Personne pour nous informer de ce que nous devons faire. Quand nous ne tombons pas sur des répondeurs qui nous raccrochent au nez, nos coups de téléphone atteignent des anonymes probablement débordés et fatigués par les réclamations. La société d'autocars se dit incapable de joindre ses chauffeurs. La SNCF n'y peut rien. Nous patientons dans un café près de la gare. Trois heures plus tard, coup de chance, un car déboule avec des places réservés au personnel de la SNCF. Nous les squattons fissa.
Les choses s'arrangeront lorsque nous aurons affaire avec de vraies personnes, en chair et en os. Ils sont outrés que la SNCF nous ait laissés sans information. Ils se passent le mot. Nous attrapons le dernier train en partance pour Paris-Bercy. Heureusement je partage ces mésaventures avec une danseuse-metteuse en scène qui voyage avec son fils, et plus tard nous rencontrerons un jeune styliste chaussures chez Dior. Les conversations nous font oublier les manquements de la SNCF.


Nous aurons mis huit heures au lieu de cinq, pas de quoi en faire tout un plat. Sauf que la SNCF, qui rembourse les billets lorsque le retard dépasse 30 minutes (voir G30 sur leur site) se défausse en prétendant qu'elle n'est pas responsable des retards des cars. C'est pourtant elle qui propose les trajets et vend les billets sous son enseigne. Voilà une bien mauvaise publicité pour les voyages en train, pour la Région Auvergne et le village-étape de Massiac. Ce n'est pas le retard qui est en cause, il arrive qu'un animal soit sur la voie, que la météo soit mauvaise, etc. C'est l'absence d'information, sur place, sur Internet, au téléphone, qui est honteuse. Dans certains pays lointains, en voie de développement, ce genre de choses est courant. On prend son mal en patience. C'est le protocole que nous avons suivi, mais sept des usagers qui avaient leurs billets ont fini par rentrer chez eux en espérant voyager le lendemain. Je le leur souhaite.

Images d'Auvergne


Wagon de queue. Je n’imaginais pas l’Intercités rouler si vite. La campagne française défile vitesse V. Cela me rappelle la plate-forme arrière des autobus parisiens de mon enfance ou encore les westerns de la même époque. Il y a quelque chose de merveilleusement régressif dans les voyages ferroviaires. Je lis Au commencement était de David Graeber et David Wengrow sur les conseils de JR...


La voûte étoilée s'efface devant la lune. Dessous, les champs brûlés par le soleil. Chaque matin, une dizaine de coqs s'époumonent. Les anglais entendent cock-a-doodle-do, les Allemands Kikeriki. Je m'entraîne.


C'était avant la tempête.


Et puis
Le soleil est revenu
Sur la chaîne des puys
Il a plu

jeudi 21 juillet 2022

Images de la semaine


En nous baignant sous la pluie...


Bataille de cerfs-volants le matin tôt...


Vue sur l'océan en arrivant le premier jour...

mercredi 22 juin 2022

En perme à Nantes


Grand-père de garde en région nantaise, j'en profitai pour déjeuner avec Matthieu Jouan, directeur de publication de Citizen Jazz, la meilleure revue dans le domaine, qui plus est, gratuite et en ligne. Comme j'avais du temps avant et après et qu'il faisait beau, j'en profitai pour arpenter les rues et humer l'atmosphère nantaise, sans me soucier d'où j'allais, si ce n'est à chercher un magasin où acheter des attaches parisiennes pour les Tanukis d'Eliott. Attaches parisiennes ? C'est bien de cela dont il s'agit. Je me demande si je ne devrais pas déménager ici, proche de l'océan, et d'une partie de ma famille. Qu'est-ce qui me retient aujourd'hui à Paris ? Les amis qui passent évidemment, parisiens et voisins, mais aussi provinciaux comme Elsa et Nicolas qui ont des concerts en région parisienne cette semaine, étrangers comme Jonathan qui est là jusque début août... J'ai conçu la maison pour y vivre et travailler, accompagné de préférence. Si je bougeais, le studio GRRR renaîtrait ailleurs. Ce ne serait pas la première fois, mais probablement la dernière. Je monterais à Paris pour des expositions ou voir celles et ceux qui y seraient restés. Je ne profite plus de la capitale au quotidien depuis des années. On peut maintenant se faire livrer à peu près tout presque partout. Dans les grandes métropoles la pollution me chatouille le nez. La nature ma manque. Parfois, même là, je fais le touriste, traversant la Seine ou vagabondant au Père Lachaise. Mais la question intime me laisse perplexe. Cette incertitude fait osciller la balance entre ses deux plateaux. Je ne sais pas qui de la charrue ou des bœufs trace ma route. Porté par ma rêverie, je tombe par hasard sur le Passage Pommeraye. Comme si je pouvais venir à Nantes sans penser à Jacques Demy, à Lola, à Une chambre en ville...


Cela remonte à loin. Avant la naissance d'Elsa. Je me souviens l'y avoir prise en photo lorsqu'elle avait neuf ans. Elle connaissait par cœur les dialogues et les chansons des Demoiselles de Rochefort qu'elle faisait interpréter à ses poupées, casting de luxe pour des souvenirs ineffaçables.


Plus tard, à l'occasion d'un concert au Pannonica, nous y avons posé avec Antonin-Tri Hoang et Vincent Segal. Le passage a quelque chose de féérique. En dehors du temps.


Voilà donc où j'en suis. Une volée de marches qui donnent le vertige si je m'y penche. Des passerelles vers l'avenir qui retournent cruellement sur mes pas. Des statues figées dans le passé qui se retrouvent la nuit pour l'évoquer et reprennent la pose chaque matin. Des débouchés surprenants dès que l'on quitte les références. Et puis la lumière. Un ailleurs prometteur. À quel rite de passage devrais-je me plier ? Où mon cœur me mènera-t-il ? Dans quel ordre installer mon désordre ?

vendredi 3 juin 2022

Etumos, le vrai de l'étymologie


Je tombe "par hasard" sur ce billet du 26 décembre 2009. J'ignore où j'en étais, mais je crains de savoir où j'en suis. Faut bien remonter le manche, quel branque ! C'est ça : le branquignol remonte ses manches, la sueur au front, le cœur à l'ouvrage. Connaissez-vous de meilleures issues ?

Avancer vient d'avant alors que le futur est visé. Pour progresser on règle bien ses comptes avec le passé. L'étymologie recèle l'énigme du sphinx, le viager. Dans la marche vers la mort, que l'on appelle la vie, l'avant s'oppose au cul. Régresser c'est reculer. Dans ce cas, on fait des boucles, on fait des nœuds à s'en prendre les pieds dedans. La chute est assurée. Le règlement repousse l'échéance. Un coup de dé fait trébucher, transformant la marche en déchéance. Un autre montre la voie, mais aucun n'abolit l'arabe az-zahr signifiant dé. D'un côté les rencontres, de l'autre la détermination, mais avant cela, l'origine, l'orient !
En regardant derrière soi, on aperçoit les failles du passé, deux lèvres qui font fracture, l'origine du monde. Devant, l'occident fait tomber le soleil derrière l'horizon. La nuit. D'autres bornes indiquent le chemin.
Rien n'est jamais joué, même si tout est écrit.
L'interprétation est la clef.

mardi 24 mai 2022

Tristes tropiques


Hier j'évoquai Gilbert Garcin mort à 90 ans. La même année, le 4 novembre 2009, je saluai un autre homme, disparu centenaire. Ces capitaines m'ont offert de voyager loin.
Sous ma latitude le temps est gris. Cent ans de solitude. L'homme est toujours seul. Nous le croisions souvent le matin rue des Marronniers en allant à l'Idhec monter nos films. Il marchait doucement sur le trottoir d'en face. Le Théâtre du Ranelagh avait brûlé, nous expulsant de la rue des Vignes pour installer nos tables au-dessus du jardin de Madame Claude. En 1973, il ressemblait déjà à un vieux monsieur. Cela nous faisait drôle de voir passer cette bibliothèque qui ne payait pas de mine dans son imperméable crème. Personne n'a jamais traversé. Il passait. Doucement. Et il pensait. Les anthropologues ont souvent besoin d'aller voir ailleurs s'ils y sont pour comprendre ce qui résiste dans leur quartier. Sa discrétion l'a suivi. Ses obsèques ont eu lieu avant l'annonce de sa mort. Claude Lévi-Strauss m'a le premier fait prendre conscience que rien de social n'est inéluctable et il m'a permis de remonter le temps en voyageant dans l'espace...

mardi 17 mai 2022

Vingt arrondissements en roue libre


Pourrais-je jamais me lasser de Paris ? Je fais halte à chaque pont traversé pour admirer la perspective. Je grimpe cette fois à Beaubourg, un autre jour au studio de Gustave Eiffel, en haut d'une tour de Notre-Dame ou sur n'importe quel toit où se réincarnent illico Fantômas et Musidora. Mes rues sont celles du Ballon rouge et la Seine me rappelle la première péniche de Bruno Schnebelin lorsqu'elle mouillait sous le pont d'Austerlitz. Je suis né dans la rue des Martyrs, précisément Cité Malesherbes, ma mère Boulevard de Strasbourg et ma grand-mère rue Saint-Denis. Depuis que nous habitons de l'autre côté du Périphérique, nous apprécions d'autant plus les charmes de Paris que nous nous y sentons comme des touristes. À chaque quartier correspond une ou plusieurs histoires, je salive en pensant aux restaurants de chaque arrondissement, je cherche les jardins et je pédale le sourire aux lèvres lorsque je n'arpente pas le bitume. Mes souvenirs n'ont rien de nostalgique, ou du moins ils s'équilibrent avec ma curiosité pour les transformations urbaines. Je regrette l'obscurité de certains passages comme les rues avant les phares obligatoires. J'adore l'invasion des vélos et le mélange du moderne et de l'ancien. Le plus simple et le plus amusant sera pour moi aujourd'hui de faire un petit tour dominical, arrondissement par arrondissement, en pratiquant la conduite automatique.
1. Le Palais-Royal de Colette et Cocteau est d'abord mon jardin d'enfant, à deux pas de mon école rue Vivienne. Nous poussons parfois jusqu'aux Tuileries pour les ânes et le manège de chevaux de bois... Mon père avait un bureau au 1 rue Turbigo. Je me souviens de l'odeur des Halles, mélange de senteurs printanières et de putréfaction.
2. Plus douçâtres, les grands boulevards qui sentent les pralines mènent à l'Opéra, chef d'œuvre de Charles Garnier, où je regrette de ne plus aller depuis que les œuvres lyriques ont été déportées dans l'abominable bâtisse de la Bastille. Une de mes fiertés est d'y avoir été joué du temps du Drame.
3. La chanteuse Tamia habitait rue Charlot. Aucune des bandes enregistrées ensemble n'a été publiée. Dommage ! On y reviendra...
4. Entre la maison de Victor Hugo et la rue de Sévigné mon cœur balance. "Sur cette table, j'ai écrit La légende des siècles" a gravé dans le bois le peintre-écrivain. Mes amours de 20 ans ont ressassé l'autre adresse à en devenir fou. J'ai mis quelques années à m'en échapper.
5. La serre du Jardin des Plantes m'emporte sur un tapis volant jusqu'aux profondeurs de la jungle. J'y passe toujours quand c'est fermé, en toute déception. Le hammam de la Mosquée me renvoie dans les cordes du chanvre lorsque nous y allions en bande lysergique.
6. Il y a toujours du sable, mais la chaussée a été goudronnée. On se pressait du citron dans les yeux pour supporter les grenades lacrymogènes.
7. Avec mon cousin Serge nous rejouions Ben Hur avec la poussette en osier de Grand-Maman. Nous allions voir des films à la Pagode. Le rideau de scène du Sèvres était orné de publicités fluorescentes pour des magasins du quartier.
8. Ma tante Catherine m'avait invité à manger une énorme glace, un Chocolate Rock, au Drugstore des Champs Élysées, pour mon anniversaire. Je me souviens comment nous cherchions une table avec mes parents et plus tard au Pub Renault. Maman adorait les illuminations de l'avenue.
9. Elle m'emmenait faire des courses aux grands magasins, c'était beaucoup moins drôle. Je suis totalement allergique à la chaleur oppressante qui s'en dégage. On pouvait passer la journée à prétendre m'acheter un slip de bain et faire tous les rayons pour évidemment revenir bredouille. L'horreur !
10. Je repense à la petite fille que j'ai renversée avec ma 4L quai de Jemmapes. Elle doit avoir plus de 40 ans [53 ans aujourd'hui, puisque cet article fut écrit le 18 octobre 2009]. Les parents criaient "C'est pas de votre faute !" et Francis se souvient que j'étais devenu vert pomme. Plus de peur que de mal. J'ai appris à (me) conduire ce jour-là. [Je suis retourné à l'Hôpital Saint-Louis l'année dernière pour mon cancer de la thyroïde devenu de l'histoire ancienne, comme le reste.]
11. L'appartement était somptueux, mais je trouvais le quartier triste et gris. Je m'arrêtais toujours face à l'ancienne entrée de la prison de la Roquette, là où sont restées les stèles de la guillotine. J'y sens l'Histoire des mœurs, l'absurdité des hommes. Je repense aux 300 candidats recalés au poste du dernier bourreau.
12. Le Thaïlandais de la rue Crozatier a disparu depuis longtemps. Comme la maison d'Hélène qui rappelait celle de Dame Tartine...
13. Au 7 rue de l'Espérance, j'avais pignon sur rue et musique à la cave. L'indépendance. Le chat Lupin qui rappliquait au galop quand je le sifflais.
14. Nous avons hanté les Olympic. Le patron du resto péruvien s'est tué en automobile. Je me souviens du goût de son ceviche. J'ai rapporté chez moi le totem de la troupe sur la plateforme de l'autobus.
15. L'appartement de la rue Léon Morane possédait une sorte de terrasse étroite en rez-de-chaussée où nous nous inventions des aventures extraordinaires dans nos déguisements de fortune que mon père appelait chienlit. Il a perdu son travail après qu'un cambrioleur ait volé sa serviette. Je courais autour de la table en somnambule, les yeux fermés.
16. Elsa petite les aurait appelés les riches nazes. Je fréquentais le Mini Racing à cause des filles qui n'avaient d'yeux que pour les frimeurs de l'avenue Mozart. J'ai appris là-bas à ne plus perdre mon temps. La nature offrira plus tard d'autres latences, plus propices à la respiration.
17. Les luthiers s'agglutinaient rue de Rome. Je jouais un temps de la trompette et du trombone. Nous déjeunions dans le wagon suspendu au-dessus des voies.
18. Tournage au cimetière de Montmartre avec Jean Rollin. Tournage de films d'étudiants à la Goutte d'Or devant les bordels où les queues s'allongeaient. Merveilleuse rencontre boulevard Barbès [qui se terminera en queue de poisson quinze ans plus tard !]
19. Les Buttes Chaumont sont après le Père Lachaise mon espace vert préféré. Belleville rime avec cuisine chinoise. Et puis on se rapproche doucement...
20. Quelle drôle d'idée que de m'être lancé dans cette écriture automatique de souvenirs capitaux. Heureusement qu'il n'y a que vingt arrondissements ! Je m'arrête à la Porte des Lilas totalement fourbu d'avoir arpenté l'escargot de ma mémoire. [...] [Celle de Ménilmontant permet de traverser le périphe sans embouteillage et de regagner ainsi le havre de paix d'où j'actualise ce billet]

mercredi 30 mars 2022

Le grand cirque magique


Le passage du Cirque de Navacelles à Sète fait ouverture à l'iris sur la grande bleue. Mais d'abord les canaux. Notre fenêtre donne sur trois senneurs qui reviennent de la pêche au thon. La demande japonaise vide la Méditerranée. Nous prenons le petit-déjeuner sur le balcon. Retour à la civilisation.


Pas tant que cela, car le MIAM, le Musée International des Arts Modestes, présente Fictions modestes & réalités augmentées, une exposition d'art brut et contemporain de La « S » Grand Atelier qui, en Belgique, accueille essentiellement des personnes dont le handicap participe à une transmutation des énergies créatives. On est forcément ailleurs, sur une autre planète, des mondes où les enjeux sont vitaux, où l'art n'est pas une pose, mais une nécessité. Les moyens actuels, tels que vidéo, photographie, musique, installation, informatique, sont convoqués. C'est la première fois que j'enfile un casque 3D et je ne suis pas déçu ! L'impression d'être dans un film des Residents. Je retrouve Jean-Marie Massou dont j'avais évoqué ici le disque La Citerne de Coulanges, guidé par Fantazio, et dont on aperçoit ici la collection de cassettes.


Intermède resto sétois. Gila nous a judicieusement indiqué la pizzeria Nossa et nous dînerons à la Fleur de sel. Arrivés à Montpellier, Anne et Luc ont une liste d'autres excellents endroits où nous irons la prochaine fois. En attendant de retrouver Pascale, nous allons au Musée Fabre. C'est chouette de découvrir des artistes locaux des siècles passés et présents, même si je ne suis pas un fan du mouvement Supports/Surfaces ou de Soulages. J'aime trop les histoires et les couleurs. Il faut remonter aux années 50 pour que Soulages me parle,peut-être parce qu'il me rappelle les tableaux de ma tante de l'époque. Intermède resto au Bar de Canourgues des frères Pourcel dont je photographie les magnifiques plafonds commandés à Jim Dine, Marlène Mocquet, Jan Fabre ou ici Le chant de la sybille d'Olympe Racana-Weiler.


Je ne dirai rien de Montignargues sauf que nous y sommes reçus comme coqs en pâte. L'accueil de Pascale est à la mesure de sa demeure, généreux, grandiose. Au milieu de la garrigue nous reprenons des forces pour affronter le retour. Aux puces de Sommières je dégotte une cythare allemande pour trois francs six sous qui remplacera celle que j'utilisais dès 1972, débuts que l'on retrouvera très bientôt sur un 45 tours publié sur le label allemand Psych.org. Un dernier tour à Sauve. La galerie de Robert Crumb est superbe jusqu'à ses caves voûtées, mais le proprio est à Paris pour le dernier jour de son expo. Nous nous replions sur la mer de rochers, un chemin de pierre magique au-dessus de cette charmante ville médiévale envahie par les galeries des artistes qui s'y sont récemment installés.


Dix jours après avoir quitté Paris, nous y revoilà. Je déballe l'ARP 2600 version Tsantzas arrivé en mon absence. Je suis devant comme un gamin pour en avoir conservé la virtuosité alors que j'avais vendu le mien il y a presque trente ans. J'y reviendrai évidemment.

mardi 29 mars 2022

A marché. A beaucoup marché.


"A marché, a beaucoup marché. S’impatiente d’arriver parce qu’il a beaucoup marché. S’arrête au bord d’un ruisseau." N'a pas marché tant que cela, mais je n'en ai pas l'habitude. C'est comme la gymnastique. S'y remettre après cinquante ans me semble un peu héroïque. Sauf que chaque fois que je rencontre une vieille dame de plus de quatre-vingt-dix ans en grande forme et que je lui demande son secret, elle me répond toujours qu'elle marche deux heures par jour. Il y a de l'espoir, mais il ne faut pas être flemmard. Ma mère et Bernard ont payé cher leur paresse sur leurs vieux jours. Alors j'ai repris, avec un coach qui évite que je me fasse mal. Là nous avions élu campement dans un gîte luxueux au-dessus de Saint-Étienne-Vallée-Française. Le parcours griffonné sur une feuille de papier nous a fait rater le sentier aux lapins. Au lieu de neuf kilomètres nous en avons dix-huit dans les pattes. Cinq heures de grimpette ! Le souper fin qui nous attend est promesse d'avenir. Le GPS nous a tout de même sauvés...


Nous étions déjà descendus à La Baume. Pascale connaît bien la région. Chaussures de marche pour éviter de se tordre une cheville et vêtements en oignon pour se couvrir ou dévêtir selon la chaleur que nous dégageons selon les pentes. Le gardon est magnifique. Peu d'oiseaux. Des poissons. Lors de la longue marche dans les Cévennes, pour moi c'est long, nous croiserons trois biches et un écureuil. Ils jouent l'effet carotte. Voir des animaux en liberté dans la nature me donne une pêche incroyable...


Le lendemain nous visitons la Bambouseraie d'Anduze. Le parc est superbe. En dehors de toutes les variétés de bambous, des nains aux géants, des bleus aux noirs, il y a un merveilleux jardin japonais, des serres de plantes carnivores, des séquoias... Les magnolias ont commencé à sortir. Hors saison il n'y a pas un chat. C'est extrêmement reposant. Les nôtres me manquent.


Notre virée dans les Cévennes nous fait découvrir des paysages fantastiques que j'avais entrevus l'été dernier. La halte à Bez-Esparon est tout aussi magique. Depuis le salon perché tout en haut, nous avons une vue à 360 degrés. Florence et Gila, qui ont déménagé sur Mars, près du Vigan, m'avaient invité cet été, mais j'avais dépassé la région, me dirigeant vers la frontière espagnole. Alors cette fois on y va. Belle promenade parmi les torrents. Il y a beaucoup d'eau qui dévale. C'est un peu rassurant...


Nous rejoindrons Sète pour voir la mer en passant par le Cirque de Navacelles où Fred m'avait emmené. La France rassemble une variété de paysages incroyable, le Grand Canyon et la forêt vierge, le désert et les pics montagneux. Cela me rassure, ne prenant plus l'avion pour polluer le moins possible.

lundi 28 mars 2022

Jean-Jacques ?!


Jean-Jacques ? Hall 2 de la Gare de Lyon. Je réchauffe mon Akita Bento au micro-ondes du stand Ekiben quand Juliette Lemontey m'interpelle. Derrière son masque j'ai du mal à reconnaître l'artiste-peintre dont j'aime beaucoup les œuvres. Comme je lui dis que nous sommes en partance pour les Cévennes elle me demande si je vais voir Gila. J'en suis comme deux ronds de flan, car visiter notre ami sur Mars est à notre programme. Je n'avais pas eu le temps d'y atterrir lors de mon périple estival, or sa planète est à moins de dix minutes de Bez-Esparon, près du Vigan, où nous passerons dans une semaine...


Jean-Jacques ! Trois heures plus tard Gare de Nîmes. Nous cherchons à quelle sortie nous attend Pascale quand Françoise Degeorges apparaît, flanquée des musiciens qu'elle emmène Salle de l'Odéon. Je n'avais pas revu la productrice de Radio France depuis sa merveilleuse émission Ocora Couleurs du Monde qu'elle m'avait consacrée il y a exactement un an. Françoise nous invite le soir-même au concert organisé pour Norouz, fête du nouvel an persan. Les frères Jaberi venus d'Iran m'impressionnent, mais le chanteur ouzbek Ilyâs Arabov nous emporte littéralement.


Jean-Jacques ? Une semaine est passée. Centre d'art La Fenêtre à Montpellier. Un grand gars m'appelle à son tour. Celui que nous appelions le petit Martin au milieu des années 70 lorsqu'il était assistant à Radio France est devenu le réalisateur et compositeur Martin Meissonnier. Anne et Luc nous avaient proposé de les accompagner à l'exposition "Albert et sa fanfare poliorcétique" dans laquelle Martin avait joué de la guitare !


Les coïncidences se sont donc accumulées pendant ce voyage de dix jours où nous avons sillonné les Cévennes à la recherche de nature et d'air pur. Trois bonnes surprises qui m'ont ravi et auxquelles je ne m'attendais guère, en plus des autres amis que nous avions prévu de visiter cette fois. Nous avons donc commencé notre aventure en déjeunant chez Fred et Seb, la graphiste-rédactrice Fred Jarnot qui travaille avec ma compagne et l'artiste-illustrateur Seb Jarnot dont nous allons voir l'expo Synthética à la Galerie Negpos à Nîmes, puis à Montignargues où réside Pascale qui nous a guidé à La Baume et Anduze pour commencer. C'était absolument génial, mais j'y reviendrai, dans tous les sens du terme.
En attendant nous sommes sur le retour et je n'y comprends rien : je ne reconnais personne sur le quai, ni au départ, ni à l'arrivée...

jeudi 17 mars 2022

Pause cévenole


Il était temps. Temps de prendre des vacances. Je lève le pied jusqu'au 28 mars, prévoyant de ne rien publier pendant cette plongée dans la brousse. Mes notes me serviront plus tard, avec les images que j'enregistrerai. J'emporte aussi un magnétophone, on ne sait jamais. En notre absence, les chats tiendront la réception pour nos visiteurs parisiens. La livraison du CD Plumes et poils, une autre histoire naturelle, attendra mon retour. Ce matin, le merle s'est levé de bonne heure, il est quatre heures et des brouettes.

jeudi 3 mars 2022

Le grand plein des Lilas


Au détour de la donation Dubuffet au Musée des Arts Décoratifs, je tombe nez à nez avec le 96. Le métro n'était donc pas seul à passer Porte des Lilas dans les années 50 ! En remontant à la surface, le poinçonneur immortalisé par Gainsbourg aurait pu rencontrer le peintre, du moins les jours où le jaja pouvait partager le zinc avec l'eau minérale grande source. À la même époque, René Clair tourne Porte des Lilas avec Pierre Brasseur, Georges Brassens dans le rôle de L'Artiste, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières. On peut y voir les fortifications qui encerclaient Paris avant que le Périphérique ne les remplace. C'était le paradis des mômes et des mauvais garçons.
Lorsque j'étais enfant, il n'y avait pas de portillon automatique dans le métro, mais un employé de la RATP qui faisait un petit trou rond dans chaque ticket. Ceux de l'autobus étaient tout allongés, pliés en accordéon. Le receveur les glissait dans une boîte à manivelle attachée à sa ceinture qui faisait krrrr krrrr pour les oblitérer. Lorsqu'il pensait que tout le monde était monté il tirait sur une poignée de bois accrochée en l'air à une chaîne qui faisait dling ! Comme la plate-forme arrière était en plein vent et n'était fermée que par une autre chaîne gainée de cuir nous montions et sautions souvent en marche pendant que le préposé avait le dos tourné. Comme c'était l'unique accès, on pouvait descendre sans avoir besoin de traverser tout le couloir. J'adorais l'impression d'être sur un balcon sur roues. Que l'on supporte de voyager debout et c'était vraiment la meilleure place de l'autobus.

"En 1967, Jean Dubuffet offre au Musée des Arts décoratifs une partie de sa collection personnelle composée avant tout d’œuvres graphiques, ainsi que de 21 tableaux et 7 sculptures réalisées entre 1942 et 1967. Cette exceptionnelle donation d’artiste vivant à un musée qui n’était, à priori, pas destiné à accueillir des peintures, est le fait d’une amitié entre Jean Dubuffet et le directeur du musée des Arts décoratifs d’alors, François Mathey." Boulevard Montparnasse est une encre de Chine sur papier de mars 1961 (50x67cm).
En relisant mon article du 11 juillet 2009, je constate que le 96 exécute toujours le même trajet. En sous-sol, la station Porte des Lilas accueille les tournages de film sur un quai dédié que les passagers peuvent seulement apercevoir lorsque le train entre en gare.

mercredi 2 mars 2022

Isolement


Se connecter n’est pas une mince affaire. Je suis à l’isolement, séparé du couloir par un sas où s’ouvrent trois portes plombées pour empêcher le rayonnement radioactif d’atteindre les infirmières qui s’occupent merveilleusement de moi. La troisième porte est celle de la salle d’eau avec les toilettes à double évacuation et un lavabo. Jusqu’à jeudi matin où je quitterai ma chambre je n’aurai d’autre contact qu’à travers le hublot creusé dans celle derrière laquelle je passe mon temps à boire de l’eau pour éliminer la radioactivité de l’iode 131. À l’heure des repas je vais chercher la nourriture qui se trouve sur un plateau dans le sas. La pièce est suffisamment spacieuse pour y faire de la gymnastique. Le lit, une table et deux chaises, un fauteuil, une autre roulante au-dessus du lit, deux poubelles, l’une pour le plastique, l’autre, plombée, pour les matières organiques. Contrairement à ce qui est annoncé dans les cinq pages très bien faites, il ne fait pas froid au dernier étage du bâtiment, c’est même un peu suffocant. Il ne me semble pas que la prise de la gélule ait produit sur moi d’effet secondaire, si ce n’est un léger mal de tête, mais c’est peut-être dû à ma position dans le lit lorsque je regarde les derniers épisodes de la saison 3 de L’amica geniale, ceux de la seconde de Raised by Wolves ou le premier de la saison 6 de Peaky Blinders. Sinon j’ai ma liseuse bourrée de bouquins, mon ordi, l’iPad et le smartphone. Sauf que rien ne fonctionne tout à fait normalement. Pas moyen de récupérer mes mails sur mon MacBook, la connexion wi-fi au réseau APHP public est très fragile, la 4G me semble encore plus capricieuse. Souvent j’attends que ça passe. [Ma fenêtre est en haut à droite près des ceminées en zinc]


L’enfermement est très supportable, d’autant que depuis le sixième étage j’ai vue sur la rue. Des fumeurs sortent devant leurs bureaux, des étudiants discutent devant ce qui ressemble à une école privée, des jeunes jouent au basket sur un terrain près du square où se retrouvent les enfants en fin de journée, un poids lourd provoque un embouteillage, un grand type bosse tout seul sur le chantier en bas de l'immeuble. Quand le réseau est rétabli, j’ignore par quelle magie, je réponds aux provocations qui suivent mon article sur la crise ukrainienne. La plupart du temps on essaie de me faire dire des choses que je ne pense pas et que je n’ai pas écrites, mais qui rassureraient ceux qui ont des idées toutes faites. J’aurais préféré discuter du rapport du GIEC, chaque fois plus alarmant, qui est tombé hier. C’est de ma faute, je n’en ai rien dit. Est-ce par incompétence ou parce que c’est si énorme que je ne sais pas par quel bout le prendre ?
En attendant je me demande quand j’aurai du réseau pour publier mon article quotidien dans la nuit silencieuse de Saint-Louis. Alors je retourne dormir, il n'y a que cela à faire.

lundi 31 janvier 2022

Prendre l'air


Il était plus que temps. Asphyxie de la ville. Besoin de nature. Prendre l'air... Après le premier confinement, l'horizon offert par l'océan avait été un sévère réconfort. Ou l'art d'être grand-père. Les réserves m'avaient mis la puce à l'oreille. Y avait-il encore des puces de sable sur le rivage ? Je sautais à pieds joints sur l'occasion. Après le second confinement, mon tour de France avait précédé le premier séjour de ma vie en hôpital. Autant prendre tout ce qui m'arrive comme expérimental. J'avais rencontré des ami/e/s perdu/e/s de vue depuis si longtemps. Et puis tu m'attendais à la sortie alors que je n'étais pas très brillant. Mais les jours heureux avaient été annoncés par pigeon voyageur. À tire-d'aile. Lin contre lune. Manquait le soleil. De délaisser l'avion, je regretterai celui de l'autre hémisphère qui découpait l'hiver. C'est ainsi. Il faut bien faire des choix en accord avec les idées. C'est ainsi qu'apparut Fontainebleau. Une fontaine comme un tableau. Mieux, une forêt. Les trois pignons, puisque la Chapelle Sainte-Blaise des Simples, la maison de Cocteau et le Cyclop sont fermés pour la saison...


Le tourisme a poli les rochers. Je me suis étalé en gravissant les plus hautes bosses. Rien de cassé. Juste le rappel que nous ne sommes pas invincibles. Tu vois une marque rouge, toi ? Oui, la voilà ! L'absence de feuilles libère le paysage. Les pins s'en moquent. Silence. L'absence d'eau n'attire pas les oiseaux. Les vipères hibernent. Les autres se cachent. Quel plaisir de n'entendre rien que le vent qui se lève et se couche ! Et voir loin... Parce que construire c'est remplir, quand il faudrait vider. L'horizon m'est aussi vital que la voûte étoilée que les lumières de la ville obscurcissent minablement. Comment composer avec le confort de la ville et mon désir du désert ? D'avoir pris des photos m'offre de penser passé l'excitation de l'action. Parce qu'il fallu escalader, sauter, marcher, sans trop réfléchir. Faire le vide. Méditer, pendant ou après ?


Je devrais plus souvent m'extirper du cocon, mais je crains les trajets qui précèdent et suivent le plaisir. À Barbizon il n'y a qu'à arpenter la Grande Rue et s'arrêter à la Maison des peintres. Ils se sont parfois défoulés sur les murs de l'auberge. Je dois bouger. Ma reprise de gymnastique m'aura permis de tenir le coup. Je n'étais pas essoufflé. Mais j'avais chaud. Dehors, où nous étions enfin, c'était l'hiver.

samedi 22 janvier 2022

De la lune


Diane. Pleine lune.
Pas lundi, mais mardi.
Bernaches. Nuit américaine.



J'ai pensé à L'île aux morts de Böcklin que nous avions traité en 3D (ici hélas en 2D) avec Pierre Oscar Lévy dans la série Révélations, une odyssée numérique dans la peinture qu'il avait réalisée et dont j'avais été à la fois le directeur artistique et le compositeur. L'ensemble avait été exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010. Là je joue du frein construit par Bernard Vitet, sa contrebasse électrique à tension variable que je transforme avec mon Eventide H3000. J'avais déjà utilisé cette instrumentation pour G10 de Sun Sun Yip.

dimanche 17 octobre 2021

Courseulles-sur-Mer


Rien n’est grand ni petit, mais proche ou loin
(chapitre "des distances" du Journal d’un inconnu).

samedi 16 octobre 2021

Normandie


Je n’avais jamais vu la tapisserie de Bayeux, bande dessinée du XIe siècle ou leporello cylindrique brodé de près de 70 mètres, spectacle incroyable de la bataille d’Hastings soulignée par une frise de petits animaux offrant plus de liberté aux chroniqueuses. J'y ai tout de même repéré quelques passages érotiques au début, la fin y présentant plutôt des cavaliers nus (dépouillés) et décapités !
La photo fait référence à l'autre spécialité touristique du Calvados, soit l'industrie du débarquement : pom pom pom pom...

vendredi 8 octobre 2021

Ni le jardin de son éclat


Au commencement il y eut l'automne, ou plus exactement les couleurs de l'automne.
Ce n'est pas vrai. Il est déjà tard dans l'après-midi lorsque je prends le temps de me poser et de regarder le jardin. Dès huit heures ce matin, je m'y étais attaqué comme un forcené. Coupé les bambous qui étouffaient le palmier, les effeuiller au sécateur avant de glisser les longues tiges sous le toit du garage, retirer les mortes qui avaient jauni. Attendu ma compagne avant de grimper en haut du charme pour couper de grosses branches à la tronçonneuse. Timber ! Pédalé jusqu'à la mairie pour chercher des sacs en papier à déchets verts et les remplir à ras bord. Aspiré-broyé le reste. Huit heures plus tard je décidai que c'était bon comme cela pour aujourd'hui et, fourbu, j'admire le travail.


Opposées à la vigne vierge je crois reconnaître les tropiques. Le ciel pareil à une mer découpée par la plage. Plongée et contrechamp. De l'avion peut-être ne connaîtrai-je plus que le son des réacteurs au-dessus de la maison. Bilan carbone oblige. Souvenirs. Aux plus jeunes il ne restera que les rêves. Je fais semblant. Si la forêt primaire et le désert me manquent, je les chercherai dans l'hexagone. Ou dans ma tête. Drôles d'évasions !


Troisième photo. Dans cet ordre. Secret bien gardé. Accelerando de percussion. C'est la musique de Fumio Hayasaka pour l'arrivée de la police dans Les amants crucifiés. Finalement je prends le temps, le temps d'écrire, le temps de vivre. Il serait temps. Il est toujours temps. C'est ce que je m'évertuais de répéter hier soir à un ami en détresse. Rien n'est jamais joué. Encore une fois résonne dans ma tête la fin de Au pied de la lettre dans Trop d'adrénaline nuit, le premier disque du Drame : sans que nous nous soyons concertés, Bernard scanda "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" tandis que je clamais "Tout homme détient dans ses mains son destin". Je n'avais que 24 ans, mais Apollinaire et Vigo se complétaient à merveille.
Le soir tombe, la température est clémente pour octobre, je retourne admirer la nouvelle figure du jardin...

mardi 27 juillet 2021

Remontée vers le nord


Depuis que je suis rentré j'ai la tête à l'envers. Ce mois d'absence a généré plus de présence que ceux qui ont précédé. À croire qu'une soucoupe volante s'est posée sur le lac du Merle dans le Sidobre et que des extraterrestres m'ont reconnu parmi les leurs en entendant l'oiseau chanter. J'ai conduit jusque dans le Tarn où j'ai retrouvé mon cousin Olivier, pas vu depuis des décennies...


La question au touriste est chaque fois la même : souhaites-tu visiter tel vestige architectural ou te plonger dans la nature ? J'en ai vu de toutes les couleurs, des châteaux en France et en Espagne, des villages médiévaux et des églises mythiques, mais rien ne vaut pour moi de respirer l'air du large en pleine forêt, là où les elfes trouvèrent refuge. Sur les pentes les rochers me rappellent les décors fantastiques de Hayao Miyazaki...


Olivier et Maryse m'ont emmené acheter de l'ail rose du Tarn dont j'ai besoin pour concocter le noir. Il était encore frais, les tresses n'étaient pas sèches. Dès mon retour j'en ai mis à cuire au fond du jardin. Douze jours pleins à 80°. Des bonbons...


Toulouse est à une heure de Castres. Petite distance en regard des kilomètres parcourus depuis mon départ le 25 juin. Aux yeux et aux oreilles d'Hélène, la principale attraction est la Halle de la Machine conçue par François Delarozière, ancien de Royal de Luxe. Des démonstrateurs déclenchent les dizaines d'instruments de musique abracadabrants qu'elle abrite, orgues à feu et autres instruments mécaniques sortis de l'atelier de Gepetto. Dehors avance le Minotaure et tourne le Manège carré...


Le lendemain nous faisons le tour du lac Montbel, entre l'Aude et l'Ariège. Quinze kilomètres en cinq heures entrecoupés de baignades à poil dans une eau argileuse turquoise. Le rêve. On se croirait à Hawaï...


Dernière étape de mon périple, Brivezac où m'attend Francis. Nous évoquons notre adolescence, premier concert de rock au Lycée Claude Bernard à Paris il y a 50 ans, Un drame musical instantané, Bernard... La Dordogne déborde tant et si bien qu'elle transforme ses abords en mangrove. Le courant est trop fort pour qu'on s'y baigne. Direction piscine. La Corrèze offre un nouveau paysage magnifique. En dehors de la présence d'une tique sur ma jambe, c'est le paradis, d'autant qu'il y a beaucoup moins de moustiques qu'à Toulouse ! J'aurai bien marché pendant ces quatre semaines et rencontré tant d'amis et d'amies adorables...


À Bagnolet les pieds de tomates ont atteint deux mètres, mais les premiers fruits sortent seulement maintenant. Les chats ne me font pas la tête, mais la fête. Ils n'ont jamais été aussi câlins. Je dégage probablement des ondes bénéfiques, car les réactions des uns, des unes et des autres sont particulièrement chaleureuses, certaines surprenantes. C'est souvent ainsi, le rayonnement attire et je n'en suis pas avare depuis mon retour. La magie opère. C'était une question de patience. J'avais tenté de l'apprivoiser. C'est le bonheur.

lundi 26 juillet 2021

Vers le sud


Voilà, je suis rentré de mon périple autour de la France. J'y ai traversé la Grand Canyon, la forêt vierge et la steppe. Ai-je encore besoin de prendre l'avion ? Je me souvenais de l'incroyable diversité des paysages, mais au volant ou à pied je redécouvre les merveilles de la nature. Les amis rencontrés véhiculent leur propre exotisme et une gentillesse qui m'a chaque fois touché...


Face aux grands espaces je fus également hébergé dans de merveilleux édifices construits par l'homme où vivent certains de mes camarades de jeu, exilés loin de la capitale qu'ils ont déserté depuis que nous nous sommes rencontrés jadis. Fred m'a refait visiter le château avec son jardin conçu par Le Nôtre, la plus grande palmeraie du pays, la bambousaie (il m'explique que seule celle d'Anduze a le droit à l'appellation "bambouseraie"), leur plage et la cascade sur la Vis. Une vie de rêve comme chacune de mes dix étapes...


Le soir je croisai de temps en temps des sorciers ou des sorcières m'initiant à des mystères que je n'avais jusqu'ici que soupçonnés. La terre révélait son étonnant magnétisme...


Les images me rappelaient des films dont le souvenir-même se perdait sous les rayons du soleil ou les étoiles. Entre la Normandie et le Japon, Dumont et Kurosawa...


Nous sommes descendus dans le Cirque de Navacelles. Les chenilles des pyrales du buis s'accrochaient à nos cheveux et nos vêtements. La fraîcheur de la rivière nous attendait en bas...


Les Cévennes sont véritablement époustouflantes. Ailleurs ce furent les gorges qui criaient mon nom afin que je m'y enfonce. Je ne savais pas encore qu'une surprise m'attendrait à mon retour, même si je l'avais tant espérée. Il faut toujours se fier à son intuition et ne pas craindre de sauter du haut de la falaise...


J'ai continué à descendre vers le sud. Les touristes étaient moins nombreux que je ne pouvais le craindre. D'ailleurs je n'ai jamais rencontré d'embouteillages estivaux, au pire une autoroute un jour de semaine. Le plus souvent j'empruntai des départementales, un peu angoissantes lorsque, sinueuses, elles ne possédent qu'une seule voie. Sans compter le GPS qui me perdit une fois encore, incapable qu'est l'application à gérer une adresse un peu longue et complexe...


À Collioure, Marie m'emmena jusqu'à Port-Vendre et Argelès (photo tout en haut) dont je me rappelais grâce à Henry, condisciple de l'Idhec dont j'appréciais la rigueur. Je passai la frontière pour faire quelques emplettes gastronomiques avant de remonter vers Toulouse...