Jean-Jacques Birgé

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vendredi 28 août 2015

La page blanche


Nous sommes rentrés.
C'est pour bientôt...

mercredi 29 juillet 2015

Angoisse de la répétition


J'ai toujours regretté les cas où je n'ai pas suivi mon instinct, mais il en est où je peste de ne pas trouver de solution satisfaisante à la question. Est-ce une appréhension, un pressentiment ou une angoisse ? J'ai essayé d'en parler à Françoise, mais je ne suis pas certain qu'elle ait compris le malaise qui me saisit lorsque je pense à ces vacances. Entre son opération à l'œil, qui nous empêchait jusqu'ici d'imaginer prendre l'avion ou aller à la montagne, et le travail qui devait m'occuper en juillet, et de toute évidence reporté à septembre, nous n'avions rien prévu. Voyager à l'étranger avec le chaton est une galère, et le laisser si jeune ne nous enchante guère. De toute manière nous évitons les destinations touristiques en période de vacances scolaires, de mousson et de moustiques. Ceux-ci m'adorent et ils ont infesté le sud. Retourner à Luchon semblait donc la solution la plus raisonnable, histoire de prendre l'air.
Or j'angoisse de reproduire une fois de plus les gestes des années passées. Nous embarquions le vieux Scotch dans la Kangoo pour un tour de France de deux mois passant par Saint-Étienne, La Ciotat, Marseille, Montpellier, Luchon, voire le Limousin. Cette fois nous descendrions directement dans les Pyrénées en nous arrêtant en chemin chez des copains, mais la perspective de revivre un tant soit peu l'an passé, au demeurant parfaitement agréable, m'étouffe. Savoir que nous mangerons de la truite mercredi et samedi midi en revenant du marché du fond de la vallée, de relever les mails depuis la Maison du Tourisme ces jours-là, de connaître mon emploi du temps là-haut quasiment heure après heure, dictées par le soleil, partagé entre la lecture, la contemplation, la projection de films et de rares randonnées, que mon entorse à peine remise n'encourage pas, me crispe les boyaux. J'ai fondamentalement besoin d'imaginer l'impensable. Je connais déjà le contenu des échanges avec le voisinage, les menus, les coups de froid dus à l'altitude, les flambées pour se réchauffer, et tutti quanti. De plus, j'ai un étrange pressentiment en ce qui concerne la route, et descendre en train est devenu une corvée depuis que la SNCF a scandaleusement supprimé la gare.
Françoise avait suggéré que nous restions à la maison pour profiter du jardin qui chaque été accueille les amis à qui nous la prêtons, mais l'air de la montagne n'est pas exportable. Devrais-je me forcer contre le pressentiment qui m'étreint ou remettre à l'automne quelque escapade dans des îles lointaines ? La répétition est un sentiment que je déteste, dans mon travail comme lors de mes loisirs. La diversité de mes œuvres et mon goût immodéré pour l'improvisation en atteste. Mais cet enjeu sportif n'est réussi qu'au prix d'une sévère organisation. N'échappant donc pas plus aux habitudes que quiconque, je les multiplie pour constituer une palette la plus variée possible, espérant toujours qu'une proposition alléchante vienne chambouler mon bel équilibre. Il ne nous reste plus que quelques jours pour décider du mois d'août, sachant que quelle que soit la décision je marquerai une pause salutaire en ce qui concerne ce blog. Car si j'ai tant de difficultés à trouver la solution à mes interrogations, elles découlent obligatoirement du manque de recul qu'une année sans vacances me laisse incapable de maîtriser.

lundi 6 juillet 2015

Prélude et fugue (une autre Odyssée)


Que celles et ceux que les histoires de chat énervent passent leur chemin ! En l'appelant Ulysse je savais qu'il allait nous en faire baver des ronds de chapeau. Téméraire comme pas deux, pas froussard pour un sou, trop confiant, le chaton a tout de l'aventurier. Il a l'art de trouver des cachettes incroyables, des trous de souris qui rapetissent de semaine en semaine. À deux mois il grimpait à la cime des arbres. À trois mois et demi il ne rêve que de faire le mur et il a suffi que j'ai le dos tourné pour qu'il se fasse la malle pour de bon. Il y a quelques jours je lui ai mis un collier avec son adresse et mon téléphone, le vétérinaire l'a pucé, mais nous ne pouvons tout de même pas l'empêcher de sortir en construisant un rempart infranchissable avec des miradors. Conclusion, je suis inquiet au point de ne pouvoir penser à rien d'autre que de le retrouver. Lupin et Scat, eux-mêmes des fugueurs, sont toujours revenus, mais Ulysse est vraiment très jeune pour ce genre de sport. Avec ses premières chaleurs, Guézi, que j'avais en garde, était réapparue au bout de six jours. J'espère seulement que le chaton retrouvera son chemin ou que quelqu'un de bien intentionné nous le renverra rapidement.
Comme je ne voulais pas continuer à tourner en rond à la maison je suis allé porter le compost au jardin partagé. Sur le chemin une femme s'est mise à crier "Pénélope !", je me suis retourné comme si c'était pour moi. Elle m'a souri. Hébété, je me suis demandé si j'avais bien entendu. Elle a répété "Pénélope !" en me regardant comme si nous nous connaissions, jusqu'à ce que sa fille déboule en trottinette. J'avais rencontré cette jeune demoiselle plus tôt dans l'après-midi accompagnée d'une copine sur un engin du même type et je leur avais demandé si elles avaient aperçu mon fugueur. Je me suis retenu d'aller dire à cette dame que s'il y avait bien un rôle que je ne voulais pas endosser, c'était bien celui-là. Pas question d'attendre vingt ans que le monstre revienne !
J'ai continué à marcher en sifflant et en faisant claquer ma langue. D'habitude ça marche, Ulysse rapplique aussitôt, mais Elsa me raconte que lorsqu'un chat renifle un chemin il n'a plus d'oreilles. J'ai fait couiner sa souris en tissu sans plus de succès. Il faisait horriblement chaud. En sortant de la douche je continuai malgré tout à appeler son nom depuis la fenêtre du premier étage quand je crus entendre un miaulement. En fait son cri ne ressemble à un miaou que depuis ce matin. Je suis descendu en peignoir dans la rue à grandes enjambées, mais il n'y avait pas âme qui vive. Comme je rentrais j'ai entendu des bruits de feuillages au dessus du plus haut mur. Le minet a dévalé le tronc du tamaris en deux temps trois mouvements. L'inquiétude a fait place à l'assurance : il peut ficher le camp, il sait revenir. Je vais pouvoir profiter de la soirée après un après-midi maudit à rejouer l'Odyssée.
P.S.: le lendemain soir nous avons fêté la victoire du non en Grèce avec Ulysse 😽 il sera donc du voyage !

mercredi 3 juin 2015

Suspension


Les séjours tunisien et breton ont parfaitement joué leur rôle de trait d'union. Le jour j'enregistrais d'autres manières de vivre. La nuit je me gavais de musique. Pendant quinze jours les projets en rade se sont fait oublier, le temps que toutes les équipes rattrapent mon avance. Le mois de juin est encore flou. Où en sont les bateaux pirates, le futur métro ou la célèbre Arlésienne ? J'ignore tout de l'été. Les grands projets sont repoussés à la rentrée. L'opération de Françoise interdit l'avion et la montagne. Elle porte au poignet un bracelet vert indiquant la présence de gaz ophtalmique.
Nous passons un temps fou à jouer avec Ulysse, très dégourdi pour son âge. Il n'a pas trois mois et grimpe déjà à la cime des arbres, obéit lorsqu'on lui dit non, fait ses besoins dans le jardin... Oups, accident sur couette ce matin. Tous ceux qui l'ont précédé sont passés par là ! Rapide comme l'éclair, il est curieux de tout et disparaît dans des cachettes introuvables. Je lui ai téléchargé plusieurs applications sur iPad, mais il ne comprend pas où passent les bestioles qui sortent du champ. Quant à la souris en tissu qui pousse des cris quand on la touche, je pense que l'on s'en lassera avant lui !

mardi 26 mai 2015

Si la mer monte... (2)


Le bout de l'Île Tudy rendu aux piétons, les attractions s'enchaînaient sans que les badauds aient le temps de souffler. Alors imaginez les bénévoles sur qui repose le Festival Si la mer monte... ! Aujourd'hui ils doivent être sur les genoux... Loïc Toularastel avait installé des gradins dans sa roulotte transformée en plus petit cinéma du monde (L'Île Tudy se glorifie déjà de posséder la plus petite cabine de cinéma du monde, attestée par le Guiness Book !). La noce de Mimi et Erik l'inaugura, accompagnée par la fanfare de poche Tout Ut.


Plus loin je tournai des manivelles, appuyai sur des soufflets et fis glisser des balles dans le Bricophone. L'instrument, cousin du Gaffophone, est d'autant plus amusant qu'il permet de jouer à plusieurs...


De l'autre côté de la presqu'île, il n'y a qu'une trentaine de mètres à cet endroit entre l'est et l'ouest, Sylvain Julien jongle avec des cerceaux, se battant contre le vent qui s'est levé. Le public s'extasie devant tant de maestria. La fanfare de poche l'accompagne le matin tandis que l'après-midi c'est au tour du Peuple Étincelle.


Abbi Patrix a enfilé la peau de l'ours polaire pour ses contes nordiques. Linda Edsjö le seconde au vibraphone avant de chanter en duo avec Elsa Birgé des histoires d'amour biscornues. Le temps est superbe. Pris par le spectacle, je ne m'aperçois pas que je suis en train de griller au soleil.


Les Ours du Scorff sont égaux à eux-mêmes, fabuleux. Le public qui connaît leurs chansons bretonnes par chœur, leur répond d'une seule voix. Gigi Bourdin semble se réveiller d'une longue hibernation, plus zen tu meurs. Lors Jouin parsème d'intermèdes comiques son chant puissant qui l'a fait surnommé par certains le Nusrath du Centre Bretagne. Le violoniste Fanch Landreau, le guitariste Soïg Sibéril et le banjoïste Jacques Yves Réhault participent à la fête où les grands retrouvent leur âme de petits, et les enfants leurs rêves en kouign-amann.


La soirée se termine par un bal d'une exceptionnelle tenue musicale. Il est rare qu'un groupe engagé pour faire danser soit de cette qualité instrumentale. Pas de hasard, pour former Le Peuple Étincelle le saxophoniste François Corneloup, ici au soprano, a réunit Michael Geyre à l'accordéon, Fabrice Vieira à la guitare, Eric Duboscq à la basse et Fawzi Berger à la percussion. Prenez un guitar hero, un bassiste funky, un percussionniste flashy, un accordéoniste collectionneur de synthés vintage et un des meilleurs saxophonistes de jazz français, mettez tout cela dans un mixeur toutes danses confondues et vous verrez les pieds des danseurs s'envoler, les rondes se former, les corps se déhancher jusqu'à plus soif, allégorie inimaginable pour un Breton ! En clôture, l'orchestre fait monter sur scène le public pour chanter ensemble l'hymne de l'Île Tudy que Michèle Buirette, à qui nombreux participants ont rendu hommage pour ces magiques rencontres, a écrit et composé.


Avant que la fête commence j'avais juste eu le temps de piquer une tête dans l'océan. Elle était froide, certes. Mais que c'est bon et vivifiant ! Si j'ajoute les langoustines, les araignées de mer, les huîtres, les galettes de blé noir, le beurre salé, le cidre et le jus de pomme à l'éventail maritime, je ne suis pas prêt d'oublier cette septième édition d'un festival unique en son genre, où les scientifiques débattent du climat pendant que les musiciens s'ébattent en fiesta, où les artistes plasticiens exposent leurs vues tandis que les auteurs dédicacent leurs feuilles, où le sourire se porte à la boutonnière...

lundi 25 mai 2015

Si la mer monte... (1)


Le voyage était prévu de longue date pour assister au Festival. Pas de raz-de-marée cette année, ni de tsunami. La centaine de maisons récemment construites sur la dune en dessous du niveau de la mer n'ont pas été englouties par les vagues, mais leurs jours sont comptés. Depuis la tempête Xynthia les nouvelles constructions sont obligatoirement sur pilotis. La commune où 29 personnes ont péri en 2010 porte le nom de La-Faute-sur-Mer, cela ne s'invente pas. Comme l'Île Tudy redeviendra une île. Malgré la vanité des hommes, partout la nature peut reprendre ses droits.
La campagne est superbe, mais le sable glisse vers le large. Nous avons marché sur la grève jusqu'à Sainte-Marine, crêpe sur le port, retour en stop. Le barnum dressé sur le port de L'Île accueillait la première soirée du Festival Si la mer monte... Le cabaret est animé par l'humoriste Claudius Benaize (Anthony Sérazin) et le clown Agathe (Loïc Toularastel) dont les pitreries réussies abusent la salle qui parfois ne sait plus si c'est de l'andouille ou du cochon. Michèle Buirette a détourné quelques tubes à la manière des chansonniers. Pour l'anecdote, en cas de pastiche et sans accord particulier, les droits d'auteur reviennent intégralement aux auteurs originaux. Coquillages et crustacés. Comme le thème de cette septième édition du Festival est l'Arctique, Les ours sont entrés dans L'Île Tudy. Et la salle de reprendre en chœur l'hymne Si la mer monte... Linda Edsjö et Elsa Birgé chantent des airs danois, suédois et breton. Sur la cale 300 photographies de la banquise sont accrochées à la corde à linge.


La surprise vient de la fanfare de poche Tout Ut qui salue Elsa et François Corneloup (dont le quintet de bal Le Peuple Étincelle joue le lendemain) en adaptant ¡Vivan Las Utopias! pour leurs trois instruments en ut. Je n'en crois pas mes yeux (dont le droit rivé à la caméra de Françoise) ni mes oreilles. Les deux saxophonistes, Jean Aussanaire et Camille Sécheppet, et le tubiste Daniel Malavergne ignorent que j'ai écrit cette chanson avec Bernard Vitet pour Elsa lorsqu'elle avait onze ans. Je suis retourné. Je pense aussi à Bernard disparu il y a bientôt deux ans. Avec le temps, va, tout s'en va...

vendredi 22 mai 2015

Ta vinaigrette ?


Ventre affamé n'a pas d'oreilles. T'as vu une aigrette ? Pas qu'une ! C'était l'heure du déj et nous marchions depuis l'aile buirette qui nous avait indiqué le chemin de halage. Nous étions d'abord passés au Super U acheter des langoustines fraîches pour midi et une araignée pour le dîner sans compter quantité de conserves des Mouettes d'Arvor en cas de pénurie d'ici l'an prochain. La ballade part du port de Pont-L'abbé et suit la rivière jusqu'à Loctudy. Magie de la nature tranquille où les oiseaux sont rois. Nous avons rebroussé chemin un peu après le bout de la digue. Sans contrepet cette fois ? Le sous-bois respirait l'air du large que cachait le port de pêche.


Après avoir largement profité de la symphonie de la nature je me suis finalement décidé à l'enregistrer. Trop tard. Un avion, rare, un couple de vieux randonneurs, moins rare, un coup de vent, classique. J'ai rangé le magnéto et nous avons hâté le pas vers les crustacés. Comme l'eau de source rapportée soigneusement dans une bouteille, le goût des langoustines n'est plus le même hors du pays. Nous avons poussé avec une poêlée de salicornes.


La veille j'avais fixé l'horizon. Il me manquait. J'ai besoin de l'horizon, suffisamment large pour y déceler la courbure de la Terre, comme je revis devant la cime des plus hautes montagnes quand les nuages les escaladent à la Cap Canaveral. Les noms changent, mais ces espaces immémoriaux sont les mêmes depuis des siècles. Que dis-je des siècles ? Des millénaires ! Et encore, j'ignore le terme qui me renverrait à une époque préhistorique où les êtres vivants jouissaient de cette vue vertigineuse propre aux mêmes interrogations métaphysiques.

jeudi 14 mai 2015

Tunis, de la Medina à l'avenue Bourguiba


Tandis que les musiciens, artistes, techniciens et organisateurs du Chantier tunisien avec La Voix est Libre s'accordent, j'arpente la Medina. Avant que je parte humer l'atmosphère de Tunis, Fadia Dimerdji de Radio Nova m'a raconté mille anecdotes qui me permettent de mieux cerner l'histoire musicale et politique du Maghreb, même si j'ai du mal à retenir les noms arabes. Les touristes se faisant rares pour la saison, les commerçants se sont assagis. Entendre que je n'ai bu que trois thés à la menthe pendant mes emplettes ! Un panaché est un mélange de thé vert et noir.


À midi, devant un délicieux couscous au poisson bien relevé, je fais la connaissance d'un vieux tunisien de Gafsa, une ville plus au sud. Nous faisons un bout de chemin ensemble. La Medina est magnifique, labyrinthe de ruelles et de galeries couvertes où s'entassent quantité d'artisans. Pas de voiture, ça repose. La topographie suit les mutations historiques depuis le VIIIe siècle, les corporations et les classes sociales.


De temps en temps j'entre dans une impasse sans me rendre compte que je viens de pénétrer dans un espace privé difficilement identifiable puisque que partout il envahit la rue. Admirant les portes bleues à gros clous noirs je reconnais la couleur de notre escalier bagnoletais, Stairway to Heaven. Seulement, ici, les diables ont des roulettes. Il faut rapidement se pousser s'ils dévalent une rue en pente pas plus large que leur chargement. Depuis la terrasse de la Maison d'Orient j'enregistre les muezzins qui semblent se répondre d'un minaret à l'autre.


Fort de ses vingt-trois étages qui surplombent la ville, notre hôtel s'appelle Africa (tout un poème auquel l'Occident n'est pas étranger). Barrières, plots, escadrons de police empêchent son accès par automobile. Un pâté de maisons plus loin, ce sont carrément blindés et barbelés. Blaise Merlin me conseille de grimper sur le toit de l'immeuble pour jouir de la vue panoramique à 360°, mais probablement depuis l'attentat du Bardo il est interdit pour cause de proximité avec un bâtiment gouvernemental. Le réceptionniste n'ose pas nommer le Ministère de l'Intérieur, il chuchote. Le chef de la sécurité est plus explicite. Je comprends mieux le portique anti-métaux et les gorilles à l'entrée de l'hôtel. Coupée en son milieu, l'avenue Bourguiba est forcément plus calme, les photos depuis ma chambre renforçant une symétrie qui n'est que de façade. Évoquant la révolution de jasmin je sens parfois des résistances chez mes interlocuteurs qui semblent craindre de dévoiler leurs sympathies. Du point de vue touristique, à part une baisse stupide de fréquentation dont nous profitons, il n'y a évidemment pas plus à craindre qu'à Paris ou New York. Nous vivons partout dans un état policier "perpétuel" conçu pour inquiéter plutôt que rassurer. Différence de taille, la Tunisie sortant d'une dictature, une partie de sa jeunesse entend jouir de la révolution...

mercredi 8 avril 2015

Tofu, Têt et rillettes


Hier pré-jury Design Sonore à l'École des Beaux-Arts du Mans avec Sacha Gattino et Ludovic Germain. Deux projets vraiment formidables, un autre sympa. En rentrant je ne pouvais faire autrement que de rapporter un pot de rillettes de Conneré, mais cela ne suffisait pas pour remplir le réfrigérateur vide depuis six semaines. Halte à Belleville chez Super Tofu pour deux bols de tofu nao à emporter et des brioches à la pâte de riz (je ne me souviens plus comment cela s'appelle : enveloppées dans un petit sachet transparent elles sont plus petites que les paotze) et Paris Store pour de délicieux rouleaux (Tet) et des pyramides (Ù tè) de riz gluant au porc enveloppés dans des feuilles de bananier et fabriqués par les Trois Frères. Dans mon panier j'ai ajouté un chou chinois, de longues aubergines violet clair, des petites aubergines rondes et vertes, des eddoes ou malangas (sorte de taro poilu), des pousses de petits pois, du poivre vert et du curcuma frais. On y trouve aussi quelques produits indiens et japonais. J'ai du mal à résister devant une nouvelle sorte de piment. De même que je n'accepte de travail à l'étranger que s'il y a autant de jours de tourisme que de boulot, je ne peux imaginer faire un saut en province ou dans le quartier d'une communauté sans rapporter quelque spécialité culinaire...

lundi 6 avril 2015

La Ciotat 2015


Retour. Déjà. La Ciotat se transforme. D'un côté une superbe médiathèque et la rénovation de l'Eden (salle historique où les Frères Lumière projetèrent pour la première fois un film en public), toutes deux avec des programmations exemplaires. De l'autre des constructions immondes pullulent, l'acculturation se sent partout depuis que la droite a repris la ville. Le dimanche, le marché du port est devenu un traquenard pour touristes et gogos locaux adeptes de la junk universelle. Il faut se frayer un chemin pour trouver d'authentiques petits commerçants ciotadens. Nous achetons de jolis poissons frais de la veille ou du matin-même. Et puis il y a la mer. Immense. Calme. Qui bêle doucement. En surface elle semble immuable. J'ai mis ma capuche et mes lunettes noires. Le Mistral glace les os. Le soleil les réchauffe.
Retrouvé Nicolas pas vu depuis deux ans. Il revenait tout juste d'un périple qui l'avait mené de New York à Hanoï en passant par Barcelone, Bogota, Alexandrie, l'Inde du Sud, Séoul et Pékin. Je suis impatient de découvrir Agora(s), son projet pharaonique autour de grands espaces urbains qui prendra forme à Marseille à l'automne, “anthropologie poétique entre esthétique des foules et chorégraphie documentaire”.


Jean-Claude libère les canetons de la dernière couvée après avoir raccourci les plumes d'une de leurs ailes pour qu'ils ne s'envolent pas. Il cueille les herbes sauvages du jardin pour composer une salade colorée (lilas d'Espagne, crannié, cardelle, engraisse pouarc, doucette, roquette blanche, jeunes feuilles de blettes sauvages, coquelicot, pissenlit avec ses fleurs jaunes, fleurs de bourrache violettes, pétales de rose...) que nous agrémentons d'une sauce épaisse dont il a le secret (aïoli, moutarde, coulis de tomate, pignons de pin et noix de cajou pilés, miel, vinaigre balsamique, huile d'olive, piment, ail des ours, sauge...). Maurice a apporté les oursins et les poulpes qu'il a pêchés et des asperges sauvages pour l'omelette. Et puis Glacier du Roi à Marseille. Colline de sable à St Cyr...
Mais déjà le train entre en gare...

vendredi 3 avril 2015

Les mille yeux du Dr Mabuse


Tandis que nous nous promenons dans le quartier du Panier à Marseille Simon pointe les caméras dissimulées sous le globe en verre fumé accrochées au coin des rues. Big Brother is Watching You. La CIA nous écoute. Coucou c'est nous ! Après le cambriolage chez Elsa la police scientifique prend l'empreinte de mes paumes parce que les voleurs en ont laissé "une belle" sur la vitre brisée. J'ignore qui me renifle, mais je ne me sens pas bien. Il n'y a rien de rassurant dans Les mille yeux du Dr Mabuse. Et The Peeping Tom rend malade son propre fils au point d'en faire un criminel. Les home movies révèlent parfois des monstres, Capturing The Friedmans. Pensons-nous vraiment éviter les angles morts ?


Pendant que nous avons le nez en l'air constatons que les étages les plus élevés ont une hauteur parfois deux fois moindre que les rez-de-chaussée. La différence de classes s'exerçait progressivement sur les quatre niveaux. Le dernier étage est souvent minuscule, offrant une terrasse réduisant d'autant la profondeur. Je me souviens qu'à Phnom Penh les rez-de-chaussée sont recherchés, confortables, voire luxueux, et plus on monte vers le ciel plus les conditions de vie se détériorent. Tout en haut des familles vivent sur un chantier ou dans une sorte de bidon-ville.


Comme partout l'ancien trouve de nouveaux amateurs. À proximité du Vieux Port le quartier populaire du Panier avec ses ruelles pittoresques et escarpées se boboïse. Les concept-stores et les brocanteurs remplacent les petits commerces de jadis. Heureusement les enfants continuent à faire les singes tandis que les touristes mitraillent. Ce sera bientôt Montmartre, un Disneyland poulbot transformant la vie de ce quartier populaire livré aux piétons. Nous n'échappons pas à la règle.


La roue tourne. Mais le Mistral empêche les âmes de s'élever. Il souffle. Comme Le K de Buzzati. Rien ne sert de faire des rondes, les soupirs marquent le tempo. Dans le ciel bleu la lune pleine qui rend fou est translucide comme un œil vitreux...

jeudi 2 avril 2015

Avez-vous des hippopotames ?


Dans le TGV pour Marseille des gamins sud-africains de la chorale gospel du collège et lycée Mitchell House me posent trois questions : "avez-vous des malls ? Y a-t-il des coupures d'électricité ? Est-ce qu'il y a des hippopotames ?" Les malls sont des supermarchés géants à l'Américaine, les coupures électriques seraient dues aux grèves de mineurs (!), la même question animalière portait sur les grizzlis ! De toute manière il n'y a plus d'hippopotames en France depuis que nous avons soigneusement planté à intervalles réguliers des piquets rouges et des piquets bleus le long des nationales. Si l'on me fait remarquer que nous n'avons aucun hippo dans notre pays, je répondrais, comme mon père me le racontait pour les éléphants, que c'est la preuve que le dispositif est efficace. En repensant à mes voyages en Afrique du Sud pre et post Mandela, je constate à quel point les séquelles de l'apartheid puis le pardon lié à l'évangélisation empêchent les populations noires de se sortir de la pauvreté. Arrivé à la Gare Saint-Charles je prends une photo du lion en haut des escaliers avec Notre-Dame de la Garde qui se découpe dans le contre-jour.

mardi 2 septembre 2014

Ciel !


Loin des lumières de la ville, le ciel nous rappelle comme nous sommes infimes. Ajoutons le bon r et nous voilà infirmes devant tant de soleils perçant la noirceur de la nuit. Retenir sa respiration pendant soixante secondes de pause révèle l'invisible au milieu des picotements blancs. Ma photo des Pyrénées dévoile des tâches bleues et rouges que je ne sais pas identifier. Les étoiles filantes ne seraient que des particules minuscules, grains de poussière entrant en fusion au contact de l'atmosphère. À la soixante et unième seconde l'une d'elles déchire mon planétarium, poursuivie par une longue traînée orange. Je fais un vœu pour ensuite regretter son égoïsme. Les humains s'entretuent et détruisent leur terre en pure absurdité. Même la boutade darwinienne attribuée à Pierre Dac, découvrant que le chaînon manquant entre le singe et l'homme c'est nous, me semble déplacée. Aucun animal n'est aussi bête. Nous ne sommes pas grand chose, pour si peu de temps.

samedi 23 août 2014

Une éclaircie


Le soleil revient demain...

mercredi 20 août 2014

Mantra Nuages


Le spectacle commence dès le matin. Allongés dans le lit nous regardons les nuages se transformer vitesse V. Ils peignent des bestioles que nous reconnaissons parfois et parfois non. Un jour il faudra les inventer. Nous y pensons.


En montagne nous les regardons de haut. Des brumes envahissent la vallée, tout en bas, caressant le lit de la rivière. D'autres nuages montrent leur plus beau profil comme si nous y attachions de l'importance. Les plus gloutons phagocytent la voûte céleste jusqu'à l'extinction du soleil. Poussés par les vents ils se déchirent, division cellulaire donnant naissance à de nouvelles entités ancestrales. On y passerait sa vie.

lundi 18 août 2014

Entorse


Donc chaise longue...

samedi 9 août 2014

Pas de nouvelle, bonne nouvelle


Loin d'Internet...

vendredi 1 août 2014

Saint-Clément-de-Piscine


No comment.

jeudi 31 juillet 2014

Fin de la saison 9, épisode 2905


Comme annoncé en colonne de droite, les vacances se profilent en marge du blog. Nous quittons la Méditerranée pour remonter vers Montpellier avant de regagner les Pyrénées où nous serons loin du réseau, loin du téléphone, loin d'Internet. Les mercredi et samedi, jours de marché à Bagnères-de-Luchon, je ne pourrai pas m'empêcher de descendre squatter l'Office du Tourisme pour relever les mails qui se seront amoncelés par centaines. Le climat sera nettement plus frais.


Avant de quitter La Ciotat nous sommes allés rendre visite à Philippe et Marie dont la maison de famille surplombe la rade de Toulon. Sur le fronton de la bicoque est inscrit 1665, date de la Jeune fille à la perle de Vermeer. Perchée sur l'une des restanques de ce coin encore sauvage, elle m'évoque celle de Peau d'Âne dans le film de Demy. D'en haut nous regardons le paysage urbain qui s'allume le soir avec les ferrys enguirlandés navigant vers la Corse. Le temps semble ralenti.

mardi 29 juillet 2014

Le secret derrière la porte


Le secret derrière la porte (Secret Beyond The Door) ressort au cinéma le 17 septembre. Très beau thriller de Fritz Lang où Barbe-Bleue est confronté à la psychanalyse. L'amour peut changer toutes les donnes. À Saint-Clément-de-Rivière la Tahitienne peinte sur la porte invite à entrer dans une chambre de plein pied sur le jardin. Derrière le miroir le photographe n'a pas le temps de disparaître. Son costume et son bras ont la texture d'une toile. Les encadrements sont des fenêtres vers les rêves. Une découverte. L'après-midi les rideaux se fermeront sous le soleil. Dans ce village rendu artificiel sous la férule des promoteurs immobiliers les rares humains croisés sur la place déserte ressemblent à des androïdes. On ne peut y croire. Les images réfléchies sont plus vivantes que la fabrication de cette réalité formatée. Près de l'église on est soulagé de pouvoir s'adresser aux poules qui caquètent près d'un épouvantail dont la poésie incarne la résistance.