Samedi soir à la Cartoucherie de Vincennes, Double Vision de Carolyn Carlson et du duo Electronic Shadow ouvrait les June Events qui dureront jusqu'au 25 juin. Seule sur scène, la chorégraphe est confrontée au déluge visuel des images vidéographiques de Naziha Mestaoui et Yacine Aït Kaci, et à la musique électro-organique de Nicolas de Zorzi.

Sur sa robe qui occupe tout l'espace au sol telle une immense vague de drap, des nuages de feu, d'eau ou de particules cosmiques donnent l'impression que la danseuse lutte désespérément contre les éléments. Un grand miroir cabossé, suspendu en fond de scène, réfléchit la scène en une mouvante abstraction.

Cinq bandes d'écran descendent des cintres couverts de projections graphiques tandis qu'un nègre, interprété par l'unique danseuse, rappelle les gestes que Laurie Anderson esquissait dans des séquences très années 30. La scénographie signée par Electronic Shadow manque peut-être un peu de chair, dû à la qualité d'architecte de Naziha et à celle de graphiste de Yacine, mais l'ensemble, s'il rappelle des thèmes souvent rabâchés (trafic automobile accéléré, ondes ou flammes...) est particulièrement réussi, le rythme soutenu, réglé comme du papier à musique, l'image extrêmement belle.
La seconde partie est une improvisation danse et musique qui s'inscrit dans une programmation cette année exceptionnellement finlandaise. L'accordéoniste Kimmo Pohjonen insuffle une énergie époustouflante aux quatre danseurs, Tero Saarinen, Juha Marsalo, Won Myeong Won et Carolyn Carlson à nouveau sur la scène du Théâtre de l'Aquarium après un entr'acte de trente minutes. Vêtue d'une sorte de tchadri de Folies Bergère bleu et vert, elle a des gestes incroyablement jeunes, parfois emprunts de théâtre nô, tandis que les trois hommes tentent des mouvements d'ensemble parfois un peu gauches. Il n'est jamais facile d'improviser sur une structure fixe. On sent que Tero Saarinen mène le jeu, les deux autres, bien que talentueux, ne peuvent que ralentir ou accélérer pour se retrouver à la prochaine station. Un improvisation libre en duo avec la chorégraphe américaine (d'origine finlandaise !) eut probablement trouvé plus facilement sa justesse. L'accordéon et la voix trafiqués de Kimmo passent d'une ambiance à une autre sans qu'on s'en rende compte, comme dans le magnifique disque, Uumen, enregistré avec le percussionniste Éric Échampard.
Au même endroit, on retrouvera l'étoile montante de la chorégraphie, Tero Saarinen, mardi et mercredi soir, dans Hunt, avec l’artiste multimedia, Marita Liulia, sur Le sacre du printemps de Stravinsky. Marita est l'auteur des célèbres CD-Roms The Ambitious Bitch et Son of a Bitch et d'un Tarot original qui fait un malheur autour du monde dans ses déclinaisons pour téléphone portable. Vous pourrez reconnaître dès sa page d'accueil le trompettiste qui incarne le Jugement !