Marie-Christine Gayffier se présente comme technicienne de surfaces (toile, papier, mur, panneau, écran). Ce mélange d'humilité et d'orgueil, de précision et d'approximation, d'humour et de sérieux dresse le portrait en creux d'une artiste intègre dont on ne peut cantonner les qualités à l'application de surfaces. Le volume qu'elle embrasse englobe la littérature, la musique, la cuisine et probablement d'autres vertus cachées qui se révèleront peut-être sur le blog/site qu'elle a récemment mis en ligne. Ses œuvres picturales renvoient souvent à ses écrits, proses de poétesse aimant ciseler le verbe et sculpter la phrase jusqu'à ce que les mots se retournent contre celles et ceux qui les lisent, leur envoyant des images en pleine figure comme autant de gifles bienveillantes. Car notre Bigoudenne n'a rien de Bécassine. Marie-Christine Gayffier a l'esprit acéré des mamans qui ont refusé la télévision, diffusé toutes les musiques, couru toutes les expos et plongé dans la littérature comme on s'accroche à une bouée de sauvetage dans une époque où sombrent les utopies et où règne la lâcheté des parvenus. Sa peinture est vive, ses critiques cinglantes et son amitié partagée. Si elle défend parfois son œuvre avec la timidité propre à nombreuses femmes artistes, elle fait souvent référence aux autres elles qu'elle fréquente de près ou de loin, Françoise Pétrovitch, Marthe Wéry, Anne Catoire... En regroupant toiles et textes sur sa page Internet, elle ouvre son atelier aux lecteurs et lectrices fatigués des galeries de surface pour une œuvre tout en relief qui renvoie au sens des choses, aux émotions humaines et à l'envie affichée de tout faire péter.


Marie-Christine fut ma voisine boulevard de Ménilmontant pendant une douzaine d'années. Je montais souvent au troisième discuter de tout et n'importe quoi sans qu'elle ne laisse jamais la place à la platitude. Elle fut l'éminence grise et la petite main de la revue ABC comme, organisant festivités et libations, rendant possibles les rêves des camarades. Nous fûmes les baby-sitters les uns des autres. J'avais coutume de dire que j'avais six mômes, avec les filles de tous les voisins, ou pas du tout, Elsa dormant là-haut lorsque nous nous absentions et Bilkis, Galilée et Antonin descendant les autres jours. Les filles venaient, il est vrai, regarder la télé chez nous et j'ai filmé une séquence craquante où toutes les trois regardent les Demoiselles de Rochefort avec des yeux énamourés. Bilkis a longtemps joué les papillons de nuit, Galilée est sortie de l'ENSCI et Antonin, toujours au Conservatoire, a rejoint l'ONJ. Marie-Christine est aussi une Mère L'Oye prête à défendre sa couvée bec et ongles. Nul hasard à ce que deviennent ses petits. Ils connaissent tout de la fête, de l'espace ou de la musique. Ils eurent la finesse de s'approprier les qualités de leur mère sans ne jamais toucher aux poils de ses pinceaux ni à ses plumes. Elle en est la maîtresse incontestée, maniant l'outil avec la sagesse du maître d'armes.