Dimanche, l'avant-dernier jour des Portes ouvertes des ateliers de Belleville était aussi la dernière exposition de Marie-Christine Gayffier au 8 rue du Moulin Joly. L'artiste a vendu pour s'installer à Bagnolet, surface oblige. Ses dernières toiles et quelques photographies ressemblaient à des fenêtres ouvertes sur le monde. Derrière les vitres, qu'importe la météo, les cieux défilent, épinglés comme des papillons. Descendu en Vélib' depuis les hauteurs lilasiennes, je regrimpai à pied vers le Parc de Belleville où le Toukouleur Orchestra avait commencé à jouer devant l'amphithéâtre bondé.


Le violoniste Lucien Alfonso récoltait les fruits des semaines de bataille livrées contre l'adversité. Embarquer la mairie du XXe, autant de musiciens guinéens, sénégalais, carcasonnais et parisiens, et le public enchanté, c'est jumeler Paris avec Hamelin ! La voix et la kora électrifiée d'Ousmane Kalil Kouyaté, les percussions de Kounkouré, les saxophones de William Hountondji (à l'origine avec Alfonso des jams du Toukouleur), la basse de Sory Papus Diabaté font pencher le navire vers l'Afrique tandis que la guitare de Michael Gimenez, la batterie de Xavier Roumagnac et le violon d'Alfonso redressent la barre vers un magnifique panorama où se découpe le Panthéon derrière les arbres. De bas en haut les pelouses étaient recouvertes de jeunes gens alanguis, bercés par le rythme jusqu'à ce que le bœuf suivant le concert s'éteigne de lui-même. Rappeurs, chanteurs, percussionnistes, saxophoniste vinrent chacun à leur tour marquer la fin d'après-midi d'une joie qui faisait oublier que certains devraient bientôt se faufiler entre les pièges tendus aux sans-papiers, terme exécrable pour désigner ceux qui n'ont pas les exigés.


Devant le Toukouleur Orchestra, du nom du bar où se tient d'étonnantes jam-sessions, toutes sortes de danseurs se succédèrent, dont un charmant couple qui occupa l'avant-scène pendant la moitié du concert. Ils tâtèrent du hip hop et de la capoeira, avec un naturel plus émouvant que toute virtuosité acrobatique. Nous remontâmes sans trouver un seul Vélib' sur notre chemin, pestant contre la mauvaise gestion du parc cycliste qui engorge les stations du centre et déserte les périphériques. Marcher nous offrit de voir les rues sous un angle que nous ne connaissions pas, poursuivant les découvertes de l'après-midi...