La mémoire meurtrie est le titre de la version française du film de Sidney Bernstein, Memory of The Camps, dont Alfred Hitchcock supervisa le montage. Le film terrible tourné entre autres dans le camp de concentration de Bergen-Belsen en 1945 fut interdit jusqu'en 1985. Malgré l'intention initiale des Anglais de le montrer au peuple allemand, il devint rapidement inopportun si l'on souhaitait que l'Allemagne puisse se relever. La charge était trop forte. Il est certain que la projection du film est difficilement soutenable.
À comparer la version originale commentée par l'excellent comédien Trevor Howard et ponctuée de lourds silences et la version française en voiceover où le début a été raccourci et où ont été rajoutés un certain nombre de témoignages, du cinéaste-cameraman, des survivants Anita Lasker, Leon Greenmann et Hugo Gryn, et quelques commentaires de l'historien Martin Gilbert, on appréciera la force de la première (mais il faut parler anglais, of course) et l'intérêt de la seconde (surtout si l'on ne parle pas la langue de Shakespeare) qui se penche sur l'histoire du film lui-même. Les suggestions d'Hitchcock y sont par exemple évoquées : privilégier les longs plans séquences pour contrer les suspicions négationnistes, des contrepoints sur la sage campagne environnante, etc.
J'avais découvert le film sur Canal Plus en 1987. Il fut rediffusé en 1996 lors de "Une semaine contre l'oubli". Je n'ai jamais pu l'oublier. L'histoire de mon grand-père gazé à Auschwitz avait hanté mon enfance. Nuit et brouillard, projeté au lycée, m'avait considérablement ému. La mémoire meurtrie montre l'inimaginable, un cauchemar dont on aimerait se réveiller.
Stephen Frears a supervisé la restauration du film qui sortira début 2015 avec la sixième et dernière bobine manquante à l'occasion du 70ème anniversaire de la Libération.