Il Divo, pas vu pas pris
Par Jean-Jacques Birgé, mercredi 4 février 2009 à 00:00 :: Cinéma & DVD :: #1235 :: rss
Nous avons ainsi découvert par hasard un film italien que nous avons d'abord cru de l'engeance des esthètes à la plastique léchée, le genre qui cherche l'angle abracadabrant pourvu qu'il vous en fiche plein la vue. Mais le générique n'était pas encore terminé que l'on avait la puce à l'oreille. Le son ne ressemble déjà pas au sirop concertant pour piano et cordes. Les sous-titres qui parsèment le film et présentent succinctement les protagonistes semblent indiquer que ses deux heures ne sont que l'annonce d'une affaire beaucoup plus énorme que cette petite partie de l'iceberg émergée. Dans la première heure, sans l'aborder de front mais par petites touches intimes quasi buñuelliennes, réussit à faire le portrait de , leader de la Démocratie Chrétienne italienne, sept fois président du Conseil, huit fois ministre de la Défense, cinq fois ministre des Affaires étrangères, deux fois ministre des Finances, du Budget et de l'Industrie, une fois ministre du Trésor, ministre de l'Intérieur et ministre des Politiques communautaires, sénateur depuis 1991, mais aussi probablement à l'origine de l'assassinat d'Aldo Moro par les Brigades Rouges, accusé d'être en relation avec des membres de Cosa Nostra, acquitté en première instance pour «faits non avérés» : la sentence d'appel émise en 2003 souligne qu'il a fait preuve «d'une disponibilité authentique, permanente et amicale envers les mafieux jusqu'au printemps 1980», délit prescrit par la suite. Andreotti a également été poursuivi pour le meurtre du journaliste Mino Pecorelli. Acquitté en 1999, il a été condamné à 24 ans de réclusion en appel en 2002, puis acquitté par la Cour de cassation en 2003. Actuellement, Giulio Andreotti est membre de la troisième commission permanente (Affaires étrangères, Émigration), de la commission spéciale pour la tutelle et la promotion des droits humains ; il est également membre de la délégation italienne à l'Assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. On l'a suspecté d'être à la tête de la Loge P2 à laquelle appartenait d'ailleurs Silvio Berlusconi... renouvelle le genre du film politique italien par son humour grinçant, une ironie permanente dont le réalisateur ne se dépare pas. Il construit un portrait attachant du monstre, interprété génialement par , que la migraine permanente transforme en une sorte de Nosferatu monté sur roulettes. Ici les effets font sens, les ambigüités servent le sujet, les ellipses évoquent le secret et la manipulation. Par leur outrance plus proche du réel que le ton compassé des films français du genre ou les tics des blockbusters américains le jeu des acteurs rappelle Fellini et les "morceaux choisis" de la bande musicale accompagnent une chorégraphie meurtrière où l'on devine à peine les fils des marionnettes. Bien qu'il traite du pouvoir et des dessous de la politique comme on le voit rarement, Il Divo est un film onirique, le mauvais rêve que traverse l'Italie.
Commentaires
1. Le mercredi 4 février 2009 à 00:57, par olivia
2. Le mercredi 4 février 2009 à 07:10, par Jean-Jacques Birgé
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