278. Chaque documentaire porte un numéro. Chaque commentaire peut en cacher un autre. 280. Chaque son est à sa place. Les documentaires numérotés sont quasiment muets. Le peu de musique, superbe. 185. Les cinq hommes sont alignés derrière la table. Ils prennent des notes. Le Secrétaire, chargé de les rappeler au règlement, ne supporte pas qu'on l'interrompe lorsqu'il projette les documents. 293. Une lumière s'allume. Une autre s'éteint. Les commentaires suggèrent que les associations d'idées recèlent le secret de l'énigme. 147. Le film de Ferdinand Khittl (1924-1976) commence lorsque s'achève la seconde partie. Le premier plan est un cadre noir avec un montage radiophonique coupé cut. 242. Je l'avais oublié. La route parallèle, qui date de dix ans plus tôt, nous fut projetée un matin de 1972 dans la grande salle de la Cinémathèque Française au Trocadéro. J'avais 19 ans. Depuis, je n'ai eu de cesse de rechercher cet OVNI, un film qui ne ressemble absolument à aucun autre. Chercher les similitudes et les antagonismes. C'est pareil. Le raisonnement par l'absurde représente probablement la seule réponse possible à l'énigme de l'existence. Il n'y a même pas de question. Comparons les faits. 253. Les cinq encyclopédistes de circonstance jouent leur vie. Ce n'est pas la première équipe à se plier à l'exercice. Ce ne sera hélas pas la dernière. Saurons-nous à notre tour nous identifier à leur quête ? Un kaléidoscope d'illusions. Sur 308 documents, nous n'en verrons que 16. Le texte des documents forme toujours dialectique avec l'image. Nombreux sont en couleurs, mais la salle de projection est en noir et blanc. Le puzzle est inextricable, les dés sont pipés. 205. Changement de repère. Ce casse-pipe kafkaïen tient de la science-fiction et du "thriller philosophique".
Francis Lecomte, directeur des éditions DVD Choses vues qui importe le label autrichien Filmmuseum dont c'est le 47e numéro, me confirme que les véritables films expérimentaux n'ont pas fait le deuil de la narration. D'autre part, le cinéma rétinien, farci de conventions, a toujours bénéficié d'un circuit parallèle lui permettant de survivre aux assauts du temps tandis que les circuits commerciaux ne pardonnent jamais aux films extra-ordinaires. S'ils font un bide à leur sortie, ils peuvent disparaître corps et âme dans les plis du temps. Il faut un fou, l'ayant-droit parfois d'un des protagonistes, un amateur éclairé (à la lampe de poche), pour exhumer les chefs d'œuvre inédits du 7e Art. La route parallèle est de ceux-là. Un diamant noir dans une salle obscure.
La version française a été supervisée à l'époque par Khittl lui-même, paraît-il encore meilleure que la version originale allemande sous-titrée en anglais. Elles sont toutes deux présentes sur le DVD, ainsi que 3 passionnants courts métrages documentaires du réalisateur, Auf geht’s (1955, 11′), Eine Stadt feiert Geburtstag (1958, 15′), Das magische Band (1959, 21′ inventives sur l'enregistrement magnétique) et deux entretiens où apparaît le réalisateur (un des signataires du Manifeste d’Oberhausen en 1962, l’acte de naissance du Nouveau Cinéma allemand), plus le découpage et le dossier de presse sur la partie Rom. Aux côtés des images, des sons, des mots, il y a des chiffres, toujours des chiffres, à commencer par "un" comme dans "un film". Il en faut bien pour espérer résoudre la comédie humaine, ici une équation très brechtienne. Reproduit dans le livret, le texte remarquable de Robert Benayoun publié en avril 1968 dans Positif m'évite de décortiquer l'objet. Avril 68, on comprend que le film soit passé inaperçu ! En 98, je lui avais dédié Machiavel. À l'issue de cette nouvelle projection, je comprends que je lui dois aussi ce blog.