70 Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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vendredi 10 avril 2026

Pause vénitienne


Encore une nouvelle manière de découvrir la Sérénissime (c'est mon huitième voyage), je pars à Venise pour une petite semaine avec mon petit-fils qui a huit ans. Je publierai peut-être quelques images sur FaceBook ou Instagram, mais ne reprendrai le Blog qu'à partir du lundi 20 avril.
C'est Jean-André Fieschi qui me la fit connaître en 1979 pour clôturer quatre ans de collaboration ; nous arrivâmes à minuit le jour de Noël à la gare ferroviaire de Santa Lucia, sous dix centimètres de neige ; le lendemain nous sommes allés à la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni admirer les Carpaccio, seuls avec un couple que nous avons regardé s'éloigner sur le quai enneigé : c'était Michelangelo Antonioni ! J'ai acheté des bottes pour braver l'acqua alta, arpenté la Biennale d'Art Contemporain, me suis baigné au Lido, y ai vécu le pire, une séparation, et le meilleur, toutes les autres fois ! J'y suis allé avec ma fille Elsa qui avait six ans, et c'est au tour de son fils aîné de vivre ce rêve éveillé. Qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit, ce sont bien des Nuits blanches (Visconti, 1957) ou Quatre nuits d'un rêveur (Bresson, 1971) qui me donnent envie de vivre. Y marcher la nuit, c'est comme si un gardien nous avait oubliés, après la fermeture du théâtre, dans ce décor de carton-pâte.

jeudi 9 avril 2026

Installation d'un spat'sonore au Studio GRRR


Depuis le temps qu'on en parlait, voilà c'est fait. De la musique spatialisée acoustiquement ! Nicolas Chedmail a installé un spat'sonore dans mon studio pour que je puisse m'y familiariser d'ici le premier concert que nous donnerons le dimanche 21 juin prochain. Il ajoutera alors le sien pour un duo improvisé que nous interpréterons devant une trentaine de spectateurs assis dessous. De mon côté j'actionne trois pédales qui dirigent le son de tous mes instruments vers quatre pavillons accrochés au plafond. Je peux même ajouter les sorties des haut-parleurs situés habituellement aux quatre coins du studio. Nicolas suggère que je lui envoie également ce que je joue et qu'à son tour une sortie de son spat'cor entre dans ma table de mixage, ce qui multipliera les points de diffusion de l'un comme de l'autre. Au public ne reste plus qu'à fermer les yeux et laisser la musique l'encercler comme si elle vous prenait dans ses bras.
Mais ce n'est pas tout pour notre Fête de la Musique qui marque le solstice d'été. En première partie j'aurai la joie d'accueillir le Quatuor Landolfi composé des violonistes Anaïs Perrin et Cécile Garcia, de l'altiste Dahlia Adamopoulos et de la violoncelliste Annabelle Brey qui jouera, avec Nicolas au cor naturel, le premier mouvement (allegro ma non troppo) du Grand Quintetto op. 106 d'Anton Reicha (1770-1836) suivi d'un quatuor de Beethoven ou Mendelssohn. Comme Nicolas, elles jouent sur des instruments utilisés à l'époque de leurs créations. S'il fait beau, nous en profiterons dans le jardin, théâtre de verdure où les quatre musiciennes et le corniste seront installés sur la terrasse.
Nous jouerons deux fois le spectacle d'une durée totale de une heure, à 14h et 17h, mais la jauge étant limitée, vous pouvez dores et déjà réserver vos places en envoyant un chèque de 15 euros par personne à l'A.P.R.E., 60 rue René Alazard, 93170 Bagnolet, ou par Paypal à jjbirge@drame.org !

mercredi 8 avril 2026

Le village du prisonnier


Pendant longtemps il y eut des vignes à perte de vue. Avant, qui sait ? Les promoteurs ont acheté la terre. Se seraient-ils mis à l'eau ? On peut en douter. La ville gagne partout sur la campagne. On bitume, on monte, on couvre. Ils ont construit une ville morte. Pourtant son kiosque abrite de temps en temps un concert. Depuis la maison autrefois isolée de notre amie, un soir on entendit celui de trois ténors. Nous avons cru que c'était le son d'une radio ou d'un auto-radio, mais le lendemain une affichette nous détrompait. Les commerces ressemblent au décor pomponné d'un luxueux train électrique. Depuis les roseaux on attend en vain âme qui vive. Rien ne bouge. Nulle Juliette ne se penche au balcon. Aucune jumelle ne cherche son marin. Ce village de comédie musicale rappelle le célèbre feuilleton anglais où le Numéro 6 revendiquait d'être un homme libre. Il ne manque que le rôdeur, énorme boule blanche et molle qui ramenait au bercail les fuyards. Ici on ne fuit pas. On rentre sagement au bercail après le travail en ville. Tout est parfait dans le meilleur des mondes.

Article du 3 septembre 2013

mardi 7 avril 2026

La gifle


Une simple gifle assénée à un môme insupportable transforme la vie d'un cercle d'amis en pugilat. Si cette série télévisée se passait ailleurs qu'en Australie, par exemple en France, on n'en aurait probablement pas fait tout un plat. Encore qu'avec la manière dont les nouveaux parents calquent leurs habitudes sur le modèle américain, on peut se poser sérieusement la question. [Et 13 ans plus tard, c'est carrément acquis - cet article datant du 28 août 2013]. La gifle (The Slap) est une évocation très réussie d'une famille de la classe moyenne, immigrée récente et débordant déjà de racisme larvé. L'histoire se poursuit d'épisode en épisode, mais chacun est centré sur un des personnages. Et nous voilà incapables d'aller nous coucher avant d'avoir épuisé toute la série, soit huit fois 52 minutes qui nous entraînent jusqu'au milieu de la nuit !


Les dialogues subtils sont portés par d'excellents comédiens évoquant les angoisses de chaque génération, de l'adolescence à la vieillesse en passant par la quarantaine, qu'elle soit féminine ou masculine. Constatant que la névrose est familiale, on assiste aux dégâts provoqués par les traumatismes de l'enfance et les non-dits aboutissant souvent à des catastrophes. De mensonge en révélation, cette série australienne inspirée du roman éponyme de Christos Tsiolkas expose la vie aussi pitoyable qu'impitoyable d'une famille d'origine grecque en butte aux turpitudes de la sexualité que les réalisateurs ne se privent pas de filmer, même en son absence. La difficulté de s'intégrer à une famille, une communauté ou un pays fait penser aux films de Fatih Akin qui partagent la même finesse d'analyse et cette sensibilité méridionale à fleur de peau.

lundi 6 avril 2026

Le couronnement de la Vierge de Fra Angelico (2010)


[Ce 19 juin 2013, comme j'évoquais] mes difficultés à trouver les trompettes célestes du Fra Angelico, Vincent Segal me propose un sublime continuum à deux violoncelles qui me permettra de poser un cromorne ou un autre instrument à vent lorsque Le couronnement de la vierge aura été filmé. Je finis par trouver la solution en jouant des samples de la trompette de Bernard Vitet enregistrée il y a [plus de 40] ans lorsque nous avions acquis l'un de nos premiers échantillonneurs.
J'avais seize ans lorsque mes parents nous ont emmenés voir les fresques de Fra Angelico au couvent San Marco près de Florence. Je garde un souvenir inoubliable de ces bleus et rouges incroyables qui décoraient les cellules des moines. Scénographie qui me marquera à vie, en particulier dans mon travail musical, que ce soit pour les espaces d'exposition ou le design sonore de n'importe quel lieu physique ou virtuel !


Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique - Jean-Jacques Birgé
Musique - Jean-Jacques Birgé et Vincent Segal,
avec la participation de Bernard Vitet
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © RMN / Gérard Blot / Hervé Lewandowski
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

vendredi 3 avril 2026

Le film autour de In C avec Erwan Keravec


En novembre 2023 j'avais chroniqué la sortie du CD In C 20 sonneurs après avoir assisté, ébahi, à sa création au CentQuatre un an plus tôt. Le film que Josselin Carré a consacré au travail d'Erwan Keravec est passionnant parce que contrairement à ce que son titre pourrait laisser présager, 20 sonneur.euse.s jouent "In C" de Terry Riley, il ne s'agit pas du tout d'une captation, mais d'un véritable making of de 46 minutes que j'assimile au discours de la méthode. On comprend très bien le lien entre la musique bretonne et la musique répétitive. Le film se clôt sur la représentation. Josselin Carré est spécialisé dans les films sur la musique. Son film est visible librement sur YouTube.


Bien que j'ai entendu jouer Terry Riley par Pierre Mariétan au Festival d'Amougies en 1969, cette même année c'est le disque A Rainbow In Curved Air avec Poppy No Good and The Phantom Band qui nous a fait décoller. J'ai poursuivi avec Church of Anthrax en collaboration avec John Cale (ex Velvet Underground), Persian Surgery Dervishes et la musique du film Les yeux fermés de Joël Santoni. Et puis plus rien jusqu'à ce que je le retrouve quinze ans plus tard aux bons soins du Kronos Quartet avec qui il a enregistré un demi-douzaine de CD où il a pris la tangente par rapport à la musique strictement répétitive comme celle d'In C composée en 1964.

jeudi 2 avril 2026

Coffret Blu-Ray du film Shoah


Sorti au cinéma en 1985, j'avais regardé les 9h10 du film Shoah à la télévision sur TF1. Je n'y étais pas retourné depuis, mais j'avais regardé Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (95', 2001) et Le Dernier des injustes (218', 2013) du même Claude Lanzmann. Je n'ai pas vu Les Quatre Sœurs (273', 2018), mais le coffret de 3 Blu-Ray remasterisés de Shoah publié par Carlotta offre Je n'avais que le néant - Shoah par Lanzmann (95', 2025) de Guillaume Ribot qui a réalisé ce film à partir des 220 heures de rushes non utilisés au montage et des mémoires de Claude Lanzmann, en particulier Le lièvre de Patagonie ; Un vivant qui passe (65', 1997) de Lanzmann, portrait d’un témoin rare de la Shoah, Maurice Rossel, délégué du Comité international de la Croix-Rouge qui, en juin 1944, visita le ghetto modèle d’Eichmann, Theresienstadt ; et Le rapport Karski (49', 2010) du même, un film consacré au résistant polonais Jan Karski, témoin du ghetto de Varsovie, ancien courrier du gouvernement polonais en exil à Londres, qui alerta les Alliés des atrocités perpétrées sur les Juifs d’Europe.
J'avais oublié le protocole utilisé par Lanzmann pour interroger les témoins du génocide, sa manière de les filmer dans leur langue originale pour qu'on ait le temps de voir entre les mots, l'utilisation de la paluche (une caméra facilement dissimulable dont je fus l'un des premiers utilisateurs avec Jean-André Fieschi), les paysages où eurent lieu les crimes des nazis... Le film de Ribot est d'autant plus intéressant.
J'ai suivi le déroulé des chapitres sur le livret de 28 pages, très pratique lorsqu'on souhaite revoir tel ou tel passage. Shoah est découpé ici en deux époques, deux Blu-Ray, les compléments de programme sont sur le troisième. Je découvre aussi l'équipe technique, deux des trois opérateurs furent mes moniteurs à l'Idhec, plusieurs des autres membres y furent mes condisciples. C'est d'ailleurs Caroline Champetier, alors assistante-opérateur, qui s'est chargée de la restauration.


Je devais avoir 15 ans lorsque des camarades du ciné-club du lycée ont projeté l'indispensable Nuit et brouillard d'Alain Resnais sur un texte de Jean Cayrol. Mes parents m'avaient déjà tout expliqué. Trop tôt. J'avais cinq ans. Plus tard je fus particulièrement impressionné par l'insoutenable La mémoire meurtrie de Sidney Bernstein dont Alfred Hitchcock supervisa le montage ; ce film tourné et monté en 1945 fut interdit jusqu'en 1985, de peur qu'à sa vision l'Allemagne n'arrive pas à se relever. De nombreuses images en ont été extraites par d'autres cinéastes tels Alain Resnais avec Nuit et brouillard. Pour Shoah, Lanzmann évite les images chocs sans pour autant diminuer l'impact des révélations. Révélations puisqu'il est souvent prétendu que "l'on ne savait pas". Ce génocide, comme mes parents l'évoquaient, les termes "shoah" et "holocauste" étant religieux, ne peut être comparé à celui en cours à Gaza où le cynisme des criminels ne s'embarrassent pas à cacher leurs méfaits. Mais l'industrialisation des exécutions de masse par les nazis reste unique dans l'histoire de l'humanité.
Mon grand-père ayant été gazé à Auschwitz (mon père sauta plus tard du train qui l'emportait vers les camps) j'ai toute ma vie cherché à comprendre la violence et, évidemment, ce terrible épisode historique qui a influencé toute ma vie, forgeant ma morale et mes convictions politiques. Si j'ai lu quelques livres de Primo Levi à Art Spiegelman, je ne peux m'empêcher de regarder tous les films qui s'y rapportent, fictions ou documentaires. Les images attestent d'une réalité que les acteurs, victimes ou bourreaux, souhaitent oublier. C'est dans cet écart que réside l'effroi, lorsqu'on est confronté à sa propre mémoire, de ce que l'on a lu, vu ou entendu, et imaginé ! Shoah, dont le titre a malheureusement été repris pour qualifier le génocide, participe de cette impalpable réalité. On se souvient, chacun, chacune, en fonction d'un système de repères inculqué par sa famille et la résistance que l'on y oppose comme à la cruauté. Je n'arrive toujours pas à comprendre. L'humanité me dégoûte. Et pourtant il y a des justes, mais, comme me l'expliquait un responsable, totalement déprimé, d'une ONG sur les terrains les plus critiques, ce ne sont pas toujours les mêmes. Il faut sans cesse rester vigilant. Lutter contre ses propres démons. Alors heureusement, individuellement je croise de vraies personnes que j'aime, que j'aime vraiment.
Shoah, comme Nuit et brouillard, sont des films qu'il est indispensable d'avoir vus. Je pense souvent aux derniers mots du film de Resnais écrits par Jean Cayrol en 1955 : "[nous] feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin."

→ coffret Shoah, 3 Blu-Ray Carlotta, 60€

Exclusivement pour les gamers


Je pensais écrire un article sur l'exposition Video Games & Music à la Philharmonie, mais en lisant celui de Marius Chapuis dans Libération j'ai pensé qu'un non-gamer comme moi n'avait rien à ajouter. Si vous n'êtes pas branché jeu vidéo vous en ressortirez aussi vite que vous y êtes entré. Par contre, s'il n'y a pas foule vous pourrez retomber en enfance ou découvrir des jeux mythiques. Quant au rôle de la musique dans tout cela c'est de mon point de vue pitoyable. Je me souviens, lorsque nous avions une Wii et une Wii-Feet, dont certains jeux sportifs étaient très stimulants, n'avoir jamais réussi à couper l'insupportable muzak en boucle. Que ce soit les musiques typées pour telle ambiance de jeu ou l'utilisation hollywoodienne envahissante et redondante, il y a vraiment tout à inventer. De ce point de vue les trouvailles sur CD-Rom étaient autrement plus innovantes et appropriées.



→ Exposition Video Games & Music - La musique dont vous êtes le héros, à la Philharmonie de Paris jusqu'au 1er novembre 2026 !

mercredi 1 avril 2026

Haïti, en toute pyromanie


Comme il avait "été très touché par ma réaction à l'album Léon Gontran Damas's jazz poetry du groupe Pigments & the clarinet choir", Guillaume Hazebrouck m'avait demandé d'écrire quelques mots qui l'aideraient à promouvoir son nouveau projet, En toute pyromanie, créé en collaboration avec le poète haïtien James Noël. Arthur H, qui avait mis en musique certains de ses poèmes, leur fait aussi cadeau d'un joli texte de présentation.

Sur le dossier de presse qui accompagne le disque figure en effet un extrait de ce que j'avais envoyé, reproduit ci-dessous dans sa totalité :

Lorsque je pense à Haïti remontent ma tristesse et ma rage pour cette île abandonnée. La corruption y saccage ses incroyables ressources. Sa musique a néanmoins toujours bercé mes rêves depuis les chants vaudous d’Emy de Pradines. Et Toto Bissainthe, Wyclef Jean, Kery James, Jean-Michel Basquiat, Raoul Peck ont dû la quitter comme tant d’autres. Je les aime tellement. Allez savoir ce qui vibre en moi de sa révolution et de sa langue prismatique ?
Après avoir accompagné la poésie du Guyannais Léon-Gontran Damas sur son précédent album, Guillaume Hazebrouck reconvoque son groupe de clarinettistes (Julien Stella, Nicolas Audoin, Olivier Thémines) pour s’associer au poète haïtien James Noël, nouveau melting-pot où l’océan est franchi grâce au miracle de la mémoire du futur. Pour ce qu’il appelle son « jazz poetry francophone», il y ajoute ses claviers, une basse (Olivier Carole), une chanteuse (Laurène Nour Pierre-Magnani) et le beatbox, mais combien serons-nous en arrivant à Port-au-Prince ? Il faudrait que nous soyons beaucoup plus nombreux. James Noël clame son île, belle créole et avant-poste épouvantable de la folie suicidaire et criminelle qui anime la planète. En s’accrochant aux douze poèmes de son Pyromane adolescent le jazz de Guillaume Hazebrouck prend les accents de notre temps. Tant qu’on en oublie que l’on est si loin du rivage. C’est la magie de la musique de nous en rapprocher.

→ Guillaume Hazebrouck 6Tet feat. James Noël, En toute pyromanie, CD Yolk, dist. L'Autre Distribution / Believe, sortie le 22 mai 2026

mardi 31 mars 2026

Saine lecture


Les toilettes sont une salle d'attente comme les autres. Ne rien y proposer à lire tient du non-sens ou de l'urinoir. C'est aussi une autre manière d'illustrer notre passage à Montpellier avec des amis chez qui nous sommes comme coq en pâte. Plutôt qu'une pile de revues ils proposent à notre concentration quelques aphorismes choisis collés au milieu d'icônes et de dentelles chinoises en papier rouge. Ainsi les papiers découpés murmurent :
- Pour la France d'en haut des couilles en or. Pour la France d'en bas des nouilles encore.
- Un crédit à long terme, ça veut dire que moins tu peux payer plus tu payes. (Coluche)
- Je pose mon argent à la banque qui le perd en bourse. J'en donne à l'État qui rembourse ma banque. C'est bien fait le capitalisme !
- Drôle de monde où l'on "gère" les enfants et où l'on "rassure" les marchés !
- Si nous avons chacun un objet et que nous les échangeons nous aurons chacun un objet. Si nous avons chacun une idée et que nous les échangeons, nous aurons chacun deux idées. (proverbe chinois)
- Il n'existe que deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine... Mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue. (A. Einstein)
- Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux. (A. Allais)
- Si vous voulez que vos rêves se réalisent, ne dormez pas. (proverbe juif)
- Nous ne résoudrons pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. (A. Einstein)
- Si tu ne choisis pas ta vie, le choix se fera sans toi par un chemin taillé à même ta chair. (J. Bousquet)
- Il vaut mieux pomper même s'il ne se passe rien que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. (principe de précaution shadok)
Etc.

Article du 17 juillet 2013

lundi 30 mars 2026

La tempête de Giorgione (2010)


Énorme surprise d'apprendre que la collection de films sur l'art dont je suis à l'origine avec le producteur Dominique Playoust [était] exposée à Séoul en Corée [depuis le jour de cet article, le 12 juin 2013, jusqu'à fin septembre de cette année-là], au fameux Hangaram Museum, Seoul Arts Center sous le titre Musée secret : Révélations, une odyssée numérique dans la peinture.


Un impressionnant orage éclate sur Paris tandis que je sonorise La tempête avec Pierre Oscar Lévy. Le tableau de Giorgione est une pure mise en scène de théâtre. Je jongle entre le tonnerre et la plaque de tôle. Les trois coups résonnent avant que la femme nue ne gronde. Le public applaudit le véritable éclair qui zèbre le ciel peint, mais en fait c'est la pluie... J'ai bien fait attention au décalage entre l'éclair et le tonnerre. Tout au long du film la partition sonore est calée de manière à jouer au mieux des effets théâtraux.

Scénario et réalisation - Pierre Oscar Lévy
Direction artistique et partition sonore - Jean-Jacques Birgé
Assistante - Sonia Cruchon
Conseil historique - Luis Belhaouari
Post-production - Snarx-Fx
Production déléguée - Dominique Playoust, Pixo Facto
Droits photo © Archives Alinari, Florence, dist. RMN / Fratelli Alinari, BEN Raffaello Bencini, Archives Alinari, Florence
À l'origine, le film produit par Samsung Electronics France fut conçu pour être joué en boucle dans le cadre de "Révélations, une odyssée numérique dans la peinture".
Exposé d'abord au Petit Palais en septembre-octobre 2010.

vendredi 27 mars 2026

Simulation d'espaces par le son


Sonoriser des simulations 3D de bâtiments pour des concours d'architecture consiste à faire exactement le contraire de ce que j'ai l'habitude de faire dans mon travail de création. Au lieu de transposer la réalité poétiquement ou de m'en échapper franchement, je dois composer des ambiances ou des évènements réalistes à partir de bruitages à l'origine isolés. Si ces films urbanistiques donnent l'impression que les constructions existent déjà ou du moins permettent aux décideurs de s'en faire une idée, leurs images ressemblent tout de même à des films d'animation, même hypersophistiqués comme ceux pour lesquels je travaille. Le rôle du son est alors d'accentuer l'hyperréalisme en créant une partition sonore qui, elle, sonne absolument vraie.
Je commence toujours par chercher les ambiances adéquates. Les extérieurs dépendent du pays, du quartier, de la distance de la caméra, de l'angle choisi, panoramiques ou survols, etc. Les intérieurs sont plus complexes à traiter, car il faut parfois tricher avec la réverbération. Je peux aller piocher dans ma sonothèque ou partir en reportage pour trouver des ambiances proches de celles que l'architecte a imaginées. Il faut généralement ajouter des automobiles et caler les pas un par un en choisissant méticuleusement les sols foulés. Chaque bâtiment nécessite ensuite des sons particuliers, préfecture de police, palais de justice, médiathèque, ensemble en Guyane, etc. S'il est relativement facile d'agiter des bambous dans le vent ou de faire chanter un lipaugus vociferans dit piauhau hurleur, le traitement des voix est toujours un sujet épineux. On ne doit pas comprendre les mots sans pour autant faire du gromelot tatiesque. Pour les cas très spécifiques je suis parfois obligé de faire appel à des acteurs pour qui j'écris des dialogues de circonstance. Le ton des voix donne celui de la scène. C'est aussi un travail chirurgical. Dernière étape, le mixage joue des perspectives, des dimensions, des intentions des architectes... Ça doit filer sans accroc ! Si ce travail est contradictoire avec mes créations sonores personnelles il est excitant de faire vivre des ouvrages de Renzo Piano ou Jean-Michel Wilmotte qui n'existent pas encore ou n'existeront peut-être jamais. [L'un et l'autre ont finalement gagné leur concours.]

Après cet article du 17 septembre 2013, j'en ai publié un autre le 3 février 2015 sur deux nouvelles réalisations :

Musique et design sonore pour le [futur] Centre des Congrès de Rennes


Avec Sacha Gattino nous formons de temps en temps un amusant numéro de duettistes lorsqu'il s'agit d'honorer des commandes. Après des concerts en trio avec le plasticien Nicolas Clauss et la formation du groupe El Strøm avec la chanteuse Birgitte Lyregaard, nous avons en effet cosigné la musique d'un clip pour une montre Chanel, le design sonore de l'exposition Jeu Vidéo à La Cité des Sciences et de l'Industrie et celui de l'application iPad Balloon des Éditions Volumiques pour lesquelles je viens de terminer le son des trois nouvelles applications de la collection Zéphyr avant de m'atteler au Monde de Yo-Ho, jeu de plateau avec pirates et smartphones...
Entre temps nous avons composé une musique entraînante illustrant la construction du futur Palais des Congrès de Rennes Métropole par Jean Guervilly, Françoise Mauffret, David Cras, Alain Charles Perrot & Florent Richard. Si les morceaux "à la manière de" sont toujours intéressants à réaliser, ils nous permettent de penser différemment. L'exercice de style portait cette fois sur Game of Thrones, demande explicite de notre client. Le travail 3D de Platform Motion (pour qui j'ai réalisé, entre autres, les bandes-sons de la DRPJ Paris Batignolles par Wilmotte & Associés SA et du Pavillon France de l'Exposition Universelle Milan 2015 par X-TU/ALN/Studio Adeline Rispal) montrant les différentes étapes de construction pour présenter le couvent des Jacobins est excitant. À nous de rendre actuelle l'anticipation ! Nous dansons d'un pied sur l'autre entre un passé héroïque et une prouesse technique de notre temps.


Le second film réalisé cette fois par Artefacto consiste en une visite des espaces intérieurs du futur Palais des Congrès. La musique est répétitive et cristalline. Le fil conducteur léger et contemporain déroule son fil d'Ariane de salle en salle. Des évènements sonores et musicaux viennent s'y poser comme les petits oiseaux sur les fils télégraphiques ou le linge propre qui sèche sous le vent.


Sacha vivant actuellement à Rennes, nous travaillons le plus souvent à distance. Le téléphone et Internet font partie de notre panoplie instrumentale. Nous nous envoyons les pièces du puzzle au fur et à mesure, les redessinant chacun son tour, intégrant les jongleries l'un de l'autre et réciproquement !

jeudi 26 mars 2026

Quand reviendra-t-il le temps des cerises ?


J'ai beaucoup écrit ces derniers temps, sans compter la campagne des municipales en laquelle je me suis impliqué et qui a porté ses fruits, puisque le candidat soutenu par LFI, EELV, Les écolos solidaires, etc. a vaincu le maire sortant PS qui s'était acoquiné avec le PCF, Raquel Garrido et une équipe qui avait retourné sa veste au dernier moment. Les médias à 90% à la solde du Capital présentent Edouard Denouel comme un écologiste, ce qu'il est entre autres, mais il est en réalité issu de LFI, sauf que tout ce qui peut minimiser leur succès est bon à prendre. Et je ne parle pas du racisme explicite à l'encontre des maires de Saint-Denis, La Courneuve ou Le Blanc-Mesnil. Comme eux, notre nouveau maire répond avec dignité aux attaques et coups bas qui n'ont pas fini de pleuvoir. Maintenant il va falloir prouver aux citoyens par les faits que c'est le bon choix !
Alors pas de fruits aujourd'hui, mais des fleurs. D'abord celles que Christiane a plantées devant la maison et qui donnent un parfum de printemps au jardin. J'ai même plusieurs fois déjeuné dehors la semaine dernière. Ensuite je profite d'une accalmie dans le boulot pour bricoler ici ou là. Puisque l'adhésif imperméable que j'ai collé sur le réservoir d'eau de pluie a tenu tout l'hiver j'ai terminé le travail hier après-midi. C'est plus gai qu'un gros truc beige. J'ai horreur du beige, du gris, des couleurs pastel. Pas franches du collier. À part le blanc éclatant, autant miser sur des couleurs vives qui éclaboussent de lumière. C'est pareil pour la musique, il faut que ça claque. Pas forcément que ça brille. Le mat est souvent plus élégant. Ou alors noir. L'obscurité, l'inconnu, le mystère, l'attente, les bruits d'une nuit sans lune... Je pense que c'est pour ces raisons que j'aime les fleurs, les fruits, les pays tropicaux, les piments, les éclairs. Burano (où je retourne bientôt) m'avait donné envie de peindre ma maison en bleu, ou le mur en orange. Si vous me connaissez vous avez vu comment je m'attife ! Comme le reste de la maison, le vif s'oppose à la mort. Il sera toujours temps de repasser au noir. En attendant, quand reviendra-t-il le temps des cerises ?

mercredi 25 mars 2026

Les crimes du musette


Les Primitifs du Futur (quel beau nom de groupe !) sont de doux archéologues qui ont trouvé, il y a déjà 40 ans, un tunnel pour traverser le temps et rapporter des émotions qui n'ont plus cours, mais qu'ils réveillent le temps d'un disque entre copains. Si Robert Crumb les gratifie chaque fois d'une magnifique pochette, les nouvelles histoires qu'ils racontent sont en noir et blanc, des petits courts métrages au parfum suranné qui nous renvoient à l'époque des gigolos et des gigolettes, une époque que plus aucun/e d'entre nous n'a connue. À la tête de ce world musette tendre et délicat, Dominique Cravic convoque une bande de joyeux lurons un peu nostalgiques qui apportent leur obole les uns après les autres, les uns pour les autres, les uns avec les autres. Sur l'épais livret le trombinoscope en montre plus de soixante dix : Hervé Legeay, Vincent Segal, Raúl Barboza, Daniel Colin, Gp Crimoni, Véronique Fèvre, Berry Hayward, Daniel Huck, Alain Jean-Marie, Jean-Jacques Milteau, Dominique Pifarely, Sanseverino, Yves Torchinsky, Tony Truant, Francis Varis, Jean-Philippe Viret et toutes celles et tous ceux que je ne connais pas... Leurs chansons se passent à Montmartre ou Saint-Germain-des-Prés avant que les touristes les avalent, au Jardin du Luxembourg, Porte d'Orléans, boulevard Sébastopol, sur les rives de la Seine. En tout cas, ça c'est Paris !

→ Dominique Cravic et Les Primitifs du Futur, Les crimes du musette, CD Buda Musique, dist. Socadisc, sortie le 22 mai 2026

mardi 24 mars 2026

Avant Toute sur Bandcamp


C'est agréable de découvrir un article sur mon travail à une époque où la presse spécialisée ou généraliste fait portion congrue à la culture. Comme toujours en ce qui me concerne, l'étranger est plus disert, ce qui m'a souvent permis de vivre de mon art. Cette fois il s'agit de ma préhistoire, Avant Toute, l'enregistrement qui a précédé mon premier disque, le cultissime Défense de. C'était en 1974. Francis et moi venions d'avoir 22 ans. Nous n'avions encore aucune ambition d'en faire notre métier, mais c'était déjà notre passion...

Préserver la scène underground française : guide du Souffle Continu
L'article d'Erick Bradshaw, paru hier 23 mars sur Bandcamp, aborde 8 disques publiés par Souffle Continu Records dont notre Avant Toute !

La devise sans détours de Souffle Continu Records, « Les trésors de l’underground français depuis 2014 », ne donne qu’un aperçu de ce qui se cache sous la surface de ce remarquable label de rééditions. Souffle Continu a déniché, dépoussiéré et même compilé de nouvelles sorties issues de la scène underground française des années 1970, qui s’étendait à l’époque (récemment documentée dans le livre Synth, Sax & Situationists (The French Musical Underground 1968-1978)). L’une des principales préoccupations de Souffle Continu est la scène free jazz parisienne, initialement nourrie par des labels comme BYG, qui a donné naissance à l’underground radical et psychédélique qui s’est épanoui dans les années 70. Le label s’engage à représenter toute l’étendue de cette scène, peuplée aussi bien de Français que d’expatriés.
Dans ce guide, l’accent est mis sur les artistes français qui ont créé une musique visionnaire et inclassable, mêlant des éléments d’improvisation libre, de jazz, de rock progressif et de musique concrète. Tout comme leurs contemporains de la scène krautrock allemande, nombre de ces artistes étaient les enfants de la génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale, et ils voulaient désespérément se libérer des chaînes du passé et aller de l’avant vers l’avenir. La musique présentée ci-dessous reste innovante, même cinquante ans plus tard.

Avant Toute de Birgé Gorgé

La collaboration du synthétiste Jean-Jacques Birgé et du guitariste Francis Gorgé a donné naissance à l’une des versions les plus féroces de la musique expérimentale française. Tandis que Birgé arrache des sons à son synthétiseur ARP 2600, le jeu de guitare de Gorgé oscille entre un blues psychédélique gémissant et une déformation intense et mutilée des cordes. Les paysages sonores tumultueux et anarchiques que Birgé et Gorgé déchaînent sont le yang anarchique qui s’oppose au yin placide de Fripp et Eno. Sur « CXLII », la guitare émaillée de Gorgé surfe sur l’arpégiateur ARP de Birgé jusqu’à se fondre en une mare de fréquences radio à ondes courtes, tandis que les déformations sonores à la sauve-qui-peut de « Un Coup De Groutchmeu » voient le synthé et la guitare se talonner comme s’ils étaient engagés dans un jeu mortel du chat et de la souris. Le morceau final épique, « La Corde Lisse », présente des similitudes avec leurs compatriotes de Lard Free ou l’Italien Franco Battiato. Quelques mois après avoir réalisé ces enregistrements – qui sont restés inédits jusqu’en 2016 –, Birgé et Gorgé se sont associés à l’énigmatique batteur Shiroc pour Défense De, un album classique du rock expérimental français. L’année suivante, Birgé et Gorgé, accompagnés du trompettiste et inventeur d’instruments Bernard Vitet, ont formé Un Drame Musical Instantané, un collectif musical qui a composé des partitions et s’est produit en concert pendant des décennies, jusqu’à aujourd’hui.

lundi 23 mars 2026

Bagnolet conquise


Depuis 50 ans que je vote j'ai rarement vu le candidat que je soutenais gagner une élection. C'est peut-être même la première fois. Je figurais en queue de la liste menée par Edouard Denouel à Bagnolet et je me suis particulièrement investi dans la campagne qu'il a menée, soutenu par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun. La semaine dernière étaient venus à la rescousse Marine Tondelier, Assa Traoré, Bally Bagayoko (le nouveau maire de Saint-Denis) et Mohamed Gnabaly (l'un des vice-présidents de l’Association des maires de France). Il fallait absolument déboulonner le maire sortant PS Tony Di Martino dont la gestion de la ville était calamiteuse avec ses deux mandats successifs. De son côté il avait fait alliance avec le PCF moribond, l'horrible Raquel Garrido et Pierre Vionnet dont le retournement de veste me levait le cœur. Pour sa liste dite citoyenne qui accueillait toutes sortes de personnes dont des racistes patentés (ou très tentés puisqu'il n'y avait aucune liste de droite à Bagnolet) Di Martino lui avait offert 18 sièges (au lieu des 9 que la loi lui octroyait ou des 11 proposés par Denouel) et de lui laisser la ville à mi-mandat ! Vionnet serait devenu maire dans trois ans avec 15% des voix. J'aurais accepté de perdre une fois de plus les élections, mais j'ai toujours eu la trahison en travers de la gorge, car Vionnet avait fait toute sa campagne contre celui qu'il appelait Don Martino. Il est certain que le nouveau maire va avoir du pain sur la planche pour assainir la ville tombée de Charybde en Scylla. Nous aurons aussi à nous coltiner ceux qui soutenaient Di Martino, en particulier le maire PCF de Montreuil Patrice Bessac qui est président d'Est Ensemble et le député Alexis Corbière dont la qualité première est l'absence, mais nous espérons bien redonner des couleurs à la ville en reprenant tout ce que l'ancien maire a négligé. La presse présente la victoire d'Edouard Denouel comme écologiste, c'est vrai même s'il vient de LFI ! L'écologie n'est viable que dans une perspective révolutionnaire. Aïe, le terme fait peur, or je n'imagine pas que nous sortions du marasme politique et social sans une refonte totale du système qui nous oppresse et nous formate. La liesse hier soir à la Mairie de Bagnolet faisait chaud au cœur.

vendredi 20 mars 2026

L'arbitraire en musique


Il existe des milliers de manières de composer la musique d'un film, mais aucune ne peut être arbitraire. En analysant le sujet, son contexte et les intentions du réalisateur, la réponse s'écrit d'elle-même. Entendre que la page blanche n'existe pas et que les solutions découlent de l'analyse attentive de ce qui est exprimé, suggéré ou refoulé... Trop nombreux cinéastes prennent hélas les spectateurs pour des demeurés en réclamant que l'on appuie les effets. Et le compositeur de surligner au marqueur fluo telle scène sentimentale ou la poursuite impitoyable ! Il m'a toujours semblé préférable de jouer la complémentarité plutôt que l'illustration mécaniste. Et déjà pointe la question préalable à savoir la nécessité ou pas de recourir à la musique dans un film ? S'interroger sur son propos c'est prendre l'affaire par le bon bout, renvoyant le conteur à zéro, d'autant qu'en la matière les habitudes ne peuvent être autrement que mauvaises. Déceler la spécificité de l'œuvre en cours exige d'abord que l'on pose pas mal de questions à son auteur. Aux substantifs, adjectifs et verbes révélés on opposera les siens pour composer une nouvelle syntaxe, propre à chaque aventure. Car l'intérêt de travailler sur des œuvres qui ne sont pas exclusivement les nôtres consiste à se surprendre en abordant des rivages insoupçonnés. Les querelles d'ego sont déplacées lorsqu'il s'agit de rendre l'objet rêvé le plus crédible possible. Et chacun d'y mettre du sien.

Combien de fois ai-je écrit que toute musique fonctionne avec n'importe quel film, mais le sens varie d'une association à une autre ! Jouant d'un médium sans paroles le musicien influe généralement sur les émotions, quitte à en rajouter une couche, mais sa responsabilité est justement la maîtrise du sens. Raison pour laquelle la place même de la musique, à savoir son apparition magique tombant de je ne sais quel ciel mystique, est primordiale. D'où mon attirance possible pour celle (dite diégétique) qui se présente in situ, jouée par des musiciens à l'image ou quelque machine reproductrice... Passé ce cas de figure qu'affectait par exemple Jean Renoir, il m'est très tôt apparu que la musique ne pouvait se concevoir coupée du reste de la bande-son. La partition sonore englobe les voix, les bruits, les ambiances et la musique s'il y a lieu d'être. Que l'on vive en ville ou à la campagne, nous sommes quasiment interdits de silence. On appellera donc nos moments de calme, pauses ou respirations...

Si, [lors de cet article du 14 juin 2013, j'évoquais] la musique de film, c'est que [je travaillais alors] à commenter des images dans des champs extrêmement variés, soit le film de Françoise Romand sur Ella & Pitr intitulé Baiser d'encre, plusieurs montages photographiques pour les Rencontres d'Arles, un parcours en autocar à travers la Camargue, l'interface du Jeu de la vie et le design sonore de l'exposition Le gameplay s'exhibe avec cette fois Sacha Gattino pour la Cité des Sciences, le live avec Jacques Perconte, etc. Mais j'aurais pu tout aussi bien traiter de n'importe quel art appliqué avec la même approche. Que la musique participe à un autre projet que cinématographique, ou qu'un graphiste, un écrivain ou un scénographe collabore à une œuvre impliquant différents créateurs, les question sont identiques : comment puis-je être utile à l'entreprise collective et quelle méthode employer pour la servir au mieux ?

jeudi 19 mars 2026

Dépaysages Côté Court


Voilà, la musique jouée avec Vincent Segal au violoncelle et Antonin-Tri Hoang au sax alto et à la clarinette basse, [le 9 juin 2013] au Ciné 104 de Pantin à l'occasion du Focus Jacques Perconte dans le cadre du festival Côté Court, est en ligne, comme les [105 aujourd'hui] autres albums GRRR inédits, en écoute et téléchargements gratuits ! Comme j'avais posé le petit Nagra par terre sous la table, le mixage est un peu déséquilibré en faveur des anches, mais cela n'empêche pas de prendre du plaisir à l'écoute de ces quarante minutes de composition instantanée... Pour la première fois Jacques Perconte manipulait ses images depuis son iPhone, sans aucun fil à la patte, et l'écran large réfléchissait ses somptueuses couleurs en haute définition et format 2.39. Sur Facebook Bidhan Jacobs a publié 11 instantanés photographiques du spectacle...


Nous ne nous étions donnés aucune consigne musicale, faisant confiance à notre enthousiasme à nous retrouver ensemble pour ce nouveau Dépaysages. Qu'est-ce que l'improvisation si ce n'est réduire au minimum le temps entre la composition et l'interprétation ? Le mot "improvisation" laisse parfois croire à quelque création spontanée alors que c'est le fruit de tant d'années de pratique, pas seulement musicale ! Très préoccupé par l'architecture de la musique, j'ai ainsi toujours préféré le terme de "composition instantanée". C'est la raison pour laquelle nous avions nommé notre collectif historique Un Drame Musical Instantané, la notion de drame faisant référence à l'art dramatique et non à quelque lugubre dessein !
L'improvisation n'est pas non plus un genre musical, même si trop souvent les réflexes ou des règles absurdes finissent par créer de nouvelles lois qui figent la composition instantanée dans des formes tragiquement prévisibles. Le choix de mes partenaires de jeu n'est dicté que par le désir d'être surpris, ils possèdent une culture musicale et extra-musicale qui les laisse libres de citer des influences les plus variées, comme dimanche l'opéra Didon et Énée d'Henry Purcell !
En première partie, Jacques Perconte projetait plusieurs courts-métrages dont Árvore Da Vida (L'arbre de vie) dont j'ai composé la musique pour orchestre à cordes, et je me rendais compte comment j'avais été influencé par les cinéastes Alfred Hitchcock et Michael Snow. Le premier prétendait filmer les scènes de sexe comme des scènes de crime et réciproquement, le second laissait imaginer la mort hors-champ pendant le long zoom de Wavelength. Face à ce qui pouvait sembler de prime abord immuable j'ai cherché à structurer le film par la partition, et pour cela j'ai dû interroger les différentes composantes de l'image, supposer les intentions de l'auteur, choisir une instrumentation cohérente. Nous n'avons pas procédé autrement dimanche, même si nous étions dans l'urgence. Écoutez !

Article du 11 juin 2013

mercredi 18 mars 2026

De déception en déception, et puis...


Il faisait beau. J'ai enfourché mon vélo pour aller au Grand Palais à la présentation de l'exposition Nan Goldin, This Will Not End Well. On verra que cela ne finit pas forcément mal, mais la journée ne s'est pas passée comme sur des roulettes. Au niveau du BHV la courroie d'une de mes sacoches s'est prise dans la chaîne et l'a fait dérailler. Me voilà à genoux en train d'essayer désespérément de la replacer au milieu de la rue de Rivoli. Sans succès. J'ai juste réussi à tartiner mes gants de cambouis. J'ai donc remonté l'engin jusqu'au Réparateur de bicyclette boulevard Sébastopol qui m'ont dépanné aussitôt. (Photo : Still from Sirens, 2019-2020 © Nan Goldin)

Comme je suis un peu essoufflé, j'oublie la nouvelle ahurissante du matin, la trahison de la tête de liste Réussir Ensemble à Bagnolet. Franchement je croyais Pierre Vionnet un type honnête lorsqu'il m'a assuré que jamais il ne rallierait le maire sortant Tony Di Martino. Il avait fait toute sa campagne contre lui et ses méthodes. J'avais déjà constaté que les élections municipales ressemblent plus au marché de l'emploi qu'à des engagements politiques au service des citoyens. Il a donc négocié son appui contre 18 sièges (au lieu des 9 que les résultats lui octroyaient) et un passage de bâton de maréchal à mi-mandat. Drôle de démocratie où l'on nous choisit le prochain maire pour dans trois ans sans qu'il ait été élu, un gars qui n'a récolté que 15% des suffrages. Les communistes qui avaient la moitié de représentants dans la liste Di Martino sont évidemment les dindons de la farce. Quelle tambouille ! On ne va pas s'affoler pour autant, Edouard Denouel, à la tête de la liste Bagnolet Collectif que je soutiens (avec EELV, LFI, Assemblée des Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun), peut espérer que les électeurs qui ont voté pour Vionnet contre Di Martino ne tomberont pas dans le panneau, voire que les trotskistes des trois petites listes relèvent leurs manches, le poing levé contre le PS et ses magouilles. Ce n'est pas gagné, mais si les Bagnoletais en ont vraiment marre du système Di Martino, il va falloir qu'ils aillent voter dimanche prochain.

C'était un petit a-parte, parce que j'ai garé mon vélo et que je me dirige vers l'exposition de Nan Goldin. Si j'aime beaucoup son travail, je ne vois pas l'intérêt de ces six écrans de taille moyenne où sont projetés des diapositives ou des petits sujets vidéo sur des musiques préexistantes choisies sans lien avec les propos. Quand je pense que j'ai pu parfois être critique avec les images de 9 mètres sur 9 que nous projetions au Théâtre Antique d'Arles avec des musiciens en direct ! Les thèmes sont ici tirés par les cheveux, ça passe du coq à l'âne, une logorrhée visuelle et sonore sans queue ni tête. La photographe, qui avait réalisé il y a quatre ans l'intéressant documentaire Toute la beauté et le sang versé, qualifie son diaporama fourre-tout de “films composés de photos”. Au secours ! On essaie bien de nous faire avaler que Marty Supreme ou Le testament d'Ann Lee sont des films formidables...


J'espère me remonter le moral en marchant jusqu'aux expositions Eva Jospin et Claire Tabouret. C'est intéressant, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. En période de disette on se contente de peu. Je ne regrette pas d'y être allé, mais je n'en garderai probablement aucun souvenir. Les grottes de carton d'Eva Jospin sont sympas, c'est du boulot, mais cela me fait penser aux chefs d'œuvre des maîtres artisans. Quant aux vitraux de Claire Traboulet, c'est tout de même d'une grande banalité.

Je remonte sur mon vélo pour aller déjeuner japonais rue Sainte Anne, cela devrait me requinquer, mais la plupart des restaurants ont terminé leur service. C'est là que je décide d'inverser la tendance. Doù le "et puis" de mon titre. Donc épuisé, je fais quelques courses de produits frais chez ACE Mart : poulpe et calamars pimentés en saumure, feuilles de sésame épicées, salade aux algues fraîches, kimchi. En face ils ont une nouvelle succursale où j'achète un kimbap et un onigiri que je dégusterai au soleil à la maison quand je serai rentré. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, en grimpant la rue Pelleport je croise Hervé Legeay. Nous avons toujours mille histoires à nous raconter en riant de l'absurdité du monde. Puisque j'ai décidé de redevenir positif, j'ajoute que le réparateur de vélo ne m'a pris que 8 euros.


Je digère mon repas coréen en écoutant le formidable disque du Moment's Notice Trio que György Kurtág Jr m'a envoyé. Avec le génial joueur de cymbalum Miklós Lukács et le lyrique László Göz au trombone, à la trompette basse, à l'ocarina et aux coquillages, mon camarade synthésiste joue du clavier qu'il transforme avec des pédales d'effets. Leur Creation, parue sur le label hongrois BMC en 2019, m'enthousiasme autant que le duo de György avec le contrebassiste Barre Phillips chroniqué récemment ou les disques de Lukács comme son trio avec Mathias Lévy et Mátyás Szandai s'appropriant Bartók. J'aime ne pas savoir qui joue, si c'est acoustique ou électronique, j'adore la liberté qu'ils empoignent à pleines mains et qui enchante mes oreilles, comme les surprises qu'elle engendre. L'improvisation n'est pas un style, je le répète, c'est une manière de vivre, d'exprimer l'instant avec des sons, de les organiser comme des cathédrales ou de petites huttes. C'est enregistré en public à Budapest, sept pièces de I à VII, libre aux auditeurs de se faire leur propre cinéma.

Et faites barrage à l'extrême-droite autant que possible, sans oublier pour autant que le surnom de Glucksmann est Macron II.

mardi 17 mars 2026

Où l'espoir va se nicher


J'avais rédigé le petit texte ci-dessous le 13 juin 2013. Quel rapport avec les élections municipales ? Aucun, si ce n'est mon engagement politique. Comme tout le monde, ou presque, je me sens impuissant devant la dérive des continents comme des incontinents. Face aux situations nationales ou internationales qui nous échappent ou des dirigeants qui ne respectent pas le vote des citoyens, nous pouvons nous engager tout de même localement, avec nos proches, nos voisins...
Horrifié par la manipulation d'opinion qu'exercent les médias aux mains de milliardaires réactionnaires qui défendent leur pré carré, en particulier le prétendu antisémitisme de LFI, j'ai accepté de figurer sur la liste électorale de ma ville qui m'apparaissait la seule capable de lui redonner une morale. Il fallait absolument se débarrasser du maire socialiste à la gestion désastreuse depuis douze ans, d'autant qu'il est associé au PCF, parti du précédent maire qui nous a endettés jusqu'à plus soif et qui joue là ses dernières cartouches avant coma profond ainsi qu'à Raquel Garrido qui mérite les pires qualificatifs. Ces trois-là se sont tirés dans les pattes à qui mieux-mieux pendant toutes ces dernières années, et les voilà qui prétendraient s'entendre pour continuer à ruiner la ville. L'autre liste, dite citoyenne, arrivée troisième, se place sur le marché de l'emploi des tambouilles électorales, gangrénée par des racistes qui n'ont pas trouvé ailleurs où se glisser vu qu'à Bagnolet il n'y a pas de liste du centre, de droite ou d'extrême-droite. Je ne parle pas des listes NPA, LO et Parti des Travailleurs dont le score est symbolique quoique important pour le second tour. Car la liste, où je figurais tout en bas, menée par Édouard Denouel et soutenue par LFI, EELV, Assemblée de Quartiers, PRG, PEPS, Écolos Solidaires et Bagnolet en Commun, est arrivée première ! Esprit indépendant, cela ne m'est presque jamais arrivé depuis plus de cinquante ans où je participe, plein de doutes voire radicalement critique, au système de la démocratie indirecte. On verra bien dimanche prochain, mais j'espère que les Bagnoletais se bougeront pour redonner des couleurs à leur ville.

LA CRISE A BON DOS

Aujourd'hui toute négociation salariale ou budgétaire se voit imputée une équation à une inconnue qu'on appelle la crise. Chaque patron ou client renvoie ses employés ou ses fournisseurs à un système pyramidal en amont qu'il se trouve contraint d'appliquer en aval. Il prétendra ne pas pouvoir payer le travail à sa juste valeur sous prétexte que ses subventions ont baissé ou qu'il est lui-même en butte à des restrictions. Le travailleur n'a évidemment aucun contrôle sur la manière dont est ventilé le budget, ce qui n'a rien de nouveau. Le capitalisme est toujours basé sur la plus-value. Le patron paye le travail à un prix, mais le facture majoré d'une somme qu'il s'attribue. Cet argent est destiné aux frais de fonctionnement de son entreprise, mais la plupart du temps il sert à payer des salaires mirobolants à la direction ou à ses actionnaires. La transparence étant devenu un exercice de style, il pourra présenter aux critiques des tableaux justifiant la peau de chagrin. Si chacun connaît bien ce que je viens d'expliquer de façon très schématique, il n'empêche que la crise a bon dos de réduire les budgets alloués par exemple à la culture, licencier les ouvriers à tour de bras, saccager tout ce qui n'est pas d'un rendement immédiat et juteux. Dans les secteurs où l'emploi n'est pas constant comme dans le spectacle, on ne ferme pas les usines, mais on baisse les salaires des travailleurs en CDD (contrat à durée déterminée) de manière totalement délirante. Il n'est pas rare que les réductions entre l'an passé et cette année atteignent jusqu'à 60%. Dans les entreprises où ces coupes sont dramatiquement pratiquées on constatera souvent que les salaires des dirigeants pourront même augmenter. Sans organisation syndicale conséquente ou solidarité de bon sens, les jeunes arrivés récemment sur le marché du travail n'ont pas d'autre choix que de casser les prix. La qualité s'en ressentira forcément, mais nous vivons une époque dont c'est le cadet des soucis des nantis à la tête de l'économie, locale ou internationale.
Comment réagir face à ce marasme ? Certains choisiront de bâcler ou de saboter, mais c'est se tirer une balle dans le pied. Si l'on ne se contente pas de gagner sa vie, l'amour du travail bien fait est tout ce qu'il reste au travailleur. Face aux compressions de personnel et aux exigences de rendement, on assiste aux comportements les plus absurdes : agressivité et incompétence sont trop souvent devenues l'apanage de notre administration. Les suicides sont de plus en plus courants. En matière de relations humaines, c'est la dégringolade. Constatez comment sont reçus les chômeurs à Pôle-Emploi. Ses préposés, pourtant eux-mêmes salariés, leur font souvent sentir avec mépris qu'ils sont des assistés, quand les vrais assistés sont les actionnaires des sociétés dont les bénéfices ne sont le fruit d'aucun travail. La grève est un crève-cœur qu'il serait judicieux de faire évoluer vers une grève du zèle. Par exemple, au lieu d'arrêter les transports en commun on pourrait les rendre gratuits. C'est illégal. Mais qui a décidé que c'était illégal ? Le droit de grève le fut longtemps. Si la pente de la courbe exponentielle qui rabote tous les anciens acquis se fait de plus abrupte il ne faudra pas s'étonner que la colère finisse par éclater. Ce rapide survol de l'exploitation de l'homme par l'homme peut s'étendre à toutes les espèces de la planète et à ses ressources les plus élémentaires. Devant autant de cynisme, de gâchis et d'injustice, la révolution [inscrite sur mon collage de 1968 retrouvé à la cave !] est de plus en plus [nécessaire, même si cette perspective semble bien lointaine].