Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 29 avril 2016

Parigot, un disque papier d'Étienne Brunet


Je sors du bain. Encore un. Parigot. Le temps d'un livre. Pas très gros. Mais prenant. Brunet crache des phrases indépendantes. Un dé pendant. Entre les jambes, évident. Automatique. Des coups. Cinq à sept. Pas toujours de verbe. Mais du verbe. En veux-tu en voilà. 100 pages remplies de musique. Lue, chantée, instrumentalisée, jetée au hasard de la composition. Rigoureuse. Un dé, terminé. Circulez. Y a tout à voir. C'est du vécu. Du vrai. Du cul. Ou son absence. Jazz. T'es frit, dirait Kiki la Cookie. Allégories en pagaille. Remontées. Arrangées en mesures. Des barres. Des clefs. Des grappes de notes. Les notes. Trop de musiciens ne jouent que les notes. Comme on tape à la machine. Sans arrière-pensée. Ils récitent par cœur. Qu'en reste-t-il ? Brunet les vit dans son corps. Vibrantes dans son oreille droite. La gauche laissée aux acouphènes. Bruit blanc. Il cherche l'amour. Tarif, le sexe. Solitude. (In My) par le Duke, se souviendrait Ego l'auteur. Parigot est un opéra. Brunet publie paroles et musique. Il se souvient de ses disques chez Saravah. Multipolaire. Pourtant Brunet n'a qu'un style. Ses albums chacun le sien. Rock 'n roll. Un thème principal. Le monde. Impalpable. Vous glisse entre les doigts. Encore ne faut-il pas mettre de gants ! Pour chaque phrase il doit choisir. Direct, crochet, uppercut ou overhand-punch. Le sort s'en mêle. Il ne manque que les pinceaux. Voilà Cattaneo. Brunet génère ses codes. Pure Data. Le score, insiste Algo le Rythmo. Jeu de jambes en l'air. Sans en avoir. La mouise, répète Retro le virus. Écrit coincé entre Charlie et le Bataclan. Le Parigot investit Berlin, Barcelone, la Bulgarie, l'Afrique. Son sax bande devant chaque femme qui lui sourit. Trop d'avance. Il marche à reculons. Étienne pleure en rigolant. Il joue. On l'écoute. Parigot est un disque couché sur papier. Dans l'urgence. Authentique.

→ Étienne Brunet, Parigot, Ed. Longue Traîne Roll, 100 pages, format A5, avec liens Internet vers toute sa musique gratuite, 9,50€

jeudi 28 avril 2016

Toï ète Moï


En allant changer la bouteille de butane chez Ismaël, adorable épicier des Lilas/Bagnolet qui rend service à tout le quartier, je tombe sur un cageot d'oranges espagnoles Toi et Moi. Mon cœur se serre, car elles sont plus ou moins à l'origine de ma naissance ! Mon père en frimeur patenté, on se demande de qui je tiens, pérorant devant ses futurs beaux-parents et voyant arriver le dessert, nous sommes en 1951, avait voulu étaler sa culture gastronomique et ses dons pour les langues étrangères. Toi et Moi était ainsi devenu Toï ète Moï ! Dans les années 90 cette anecdote m'avait inspiré une chanson que nous avions mise en musique avec Bernard Vitet pour l'album Carton. L'accordéoniste Michèle Buirette, qui incarne ici ma mère, lui donne la réplique :



TOÏ ET MOÏ
(prononcer Toï ète Moï)

J't'ai présenté à mes parents
Qui t'ont trouvé plutôt frimeur
Lorsqu'est arrivé le dessert
Et que tu t'es exclaffamé
Huum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
Imprimé sur la pelure
De ces oranges : TOI ET MOI
Une promesse de vie commune
Mais sous l'écorce, fruit défendu

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons chantée comme au Bolchoï

Pressant le fruit, coiffant la fleur
J'eus les pépins de la famille
Les faims de moi étaient ta mère
Pour le fromage je fis tintin
Hum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
La marmelade où tu m'as mise
A tout connaître nous n'hûmes rien
Et si ce soir je mets les bouts
C'est bien sur l'air de la sanguine

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons grillé comme au Monoï

mercredi 27 avril 2016

Martha Gellhorn, La guerre de face


J'ai enfin terminé le livre de Martha Gellhorn à raison d'un ou deux chapitres par bain. Risquant parfois de m'y endormir j'évite de prendre ma liseuse qui craint l'eau plus qu'un bouquin que l'on peut toujours faire sécher ; ainsi ai-je choisi La guerre de face qu'Anny m'avait offert pour Noël. Et jamais je n'ai piqué du nez !
Chaque chapitre pourrait être le synopsis d'un long métrage, mais ce recueil d'articles publiés de 1936 à 1992 est avant tout remarquablement écrit, une leçon pour tout journaliste qui se respecte, mais refuse le formatage imposé en général par la rédaction. De la Guerre d'Espagne à celle du Panama en 1990, Martha Gellhorn arpente la planète partout où les hommes s'entretuent et où les populations en font les frais. La correspondante de guerre saisit l'essence-même de chaque conflit au travers de sa propre expérience, aventure qu'elle partage en s'engageant corps et âme. Le récit de ce qu'elle découvre réfléchit les enjeux des belligérants. Si elle est extrêmement critique avec la politique impérialiste de son pays au Vietnam ou en Amérique du Sud, elle s'enthousiasme aveuglément pour Israël, comme nombreux intellectuels américains d'origine juive. Mais à part ce chapitre où ses critiques sont justes mais unilatérales, elle choisit son camp parmi les opprimés et les agressés. Car si Martha Gellhorn raconte la guerre, elle la déteste au plus haut point.
Elle a commencé sa carrière à Madrid en 1937 aux côtés d'Ernest Hemingway dont elle est la troisième épouse de 1940 à 1945. Parmi ses nombreuses publications, La guerre de face raconte aussi la Finlande attaquée par les Russes de 1937 à 1939, le Front de Canton entre Chinois et Japonais en 1941, la Seconde Guerre Mondiale depuis la Grande-Bretagne, à travers l'Italie, la Hollande, la Belgique, le Débarquement et Dachau, témoignage bouleversant qui s'attache aux hommes plutôt qu'aux faits d'armes, et puis Java, le Vietnam, la Guerre des Six Jours et l'Amérique Centrale. Gellhorn divorcera pour préserver son indépendance, car Hemingway est un macho qui supporte mal que sa femme soit autre part qu'au foyer !
Elle s'enorgueillira d'en avoir créé dix neuf en quarante ans, la globe-trotter refusant d'être une note en bas de page du célèbre écrivain. Femme libre dans sa vie professionnelle, elle entendait le rester dans sa vie privée. Il nous reste un style superbe, un agencement structurel chaque fois renouvelé en fonction du sujet et un témoignage exceptionnel sur la folie des hommes.

→ Martha Gellhorn, La guerre de face, 500 pages, Ed. Les Belles Lettres / Mémoires de guerre, 23€

mardi 26 avril 2016

Comment taire ?


Ma dernière réponse à Raymond Macherel, chargé de communication du film Comme des lions de Françoise Davisse, précise quelques faits et réflexions qui, même sortis du contexte, évoquent quelques remarques et sentiments que je ressasse depuis trop longtemps. Commencé sur FaceBook, continué sur Mediapart, cet "échange" voit probablement ici son terme, car il ne sert à rien d'insister lorsque c'est peine perdue. Par contre, à la relecture j'y décèle en filigranes quelques éléments de morale qui me sont chers. Les points abordés sont donc des réponses du tac au tac aux propos de mon interlocuteur.
1. La gauche n'est ni au pouvoir, ni au gouvernement. Je ne l'ai jamais cru, au grand jamais. Je ne suis pas non plus dupe des votes auxquels j'ai participé depuis que je suis en âge. Cinq minutes dans l'isoloir pour un résultat nul à chaque tirage de cette loterie pipée que l'on a encore le toupet d'appeler "démocratie". La bonne blague !
2. Mélenchon ne m'a jamais tiré de larmes. Il ne faut tout de même pas exagérer. J'ai apprécié son discours devant les associations LGBT et celui de Marseille où je n'étais pas, pas plus qu'à la Bastille.
3. Je ne comprends pas ton anti-mélenchonisme, après l'avoir adulé avec les mêmes excès romantiques de langage et les trémolos dans la voix que tu emploies aujourd'hui pour en encenser d'autres. De mon côté je n'ai jamais appartenu au PCF, ni au PG, ni d'ailleurs à aucun parti, mon engagement étant plus philosophique que politique, me retrouvant parfois sur le terrain dans des moments et des lieux en situation cruciale. Je fus compagnon de route des uns et des autres. J'ai ainsi soutenu (artistiquement) une campagne présidentielle par solidarité contre la droite officielle et celle prétendument socialiste. Je n'ai jamais été dupe de ce qui nous attendait. Donc aucune déception (ni en 1981 où je n'ai pas fait la fête, ni en votant contre Maastricht, ni aux dernières élections où j'ai fini par voter blanc parce que le noir, disait Monet, n'est pas une couleur, alors que le blanc est la somme de toutes, du moins quand on court vite). Déception tout de même de constater que lorsqu'il s'agit de culture, les "politiques" rejouent toujours le populaire contre l'imagination. Le style manque cruellement à l'idée, ici comme ailleurs. Et cela me rend triste quand Mediapart invite Zebda ou Les Yeux Dla Tête pour animer leur fête annuelle. C'est du même niveau que les manifs qui ressemblent à une promenade dominicale en famille.
Nuit Debout a au moins le mérite d'inventer autre chose... On évite ainsi le "tous pourris" et le "c'est trop compliqué", et l'on s'interroge sérieusement sur l'avenir, sans pour autant avoir la moindre idée de comment rassembler toutes ces fantastiques initiatives et énergies positives...
4. N'étant ni rentier, ni journaliste salarié, je ne vois pas comment je descendrai dans le Gard pour aller au cinéma, qu'elle qu'en soit la programmation, mais je m'en réjouis pour les habitants de là-bas. En dehors de cela je sors peu, car mes activités m'accaparent et mes loisirs s'épanouissent à des heures où tout est fermé!
5. Je n'ai jamais rencontré Ruffin, alors je vois mal comment il serait "mon ami", à moins que tu adoptes la terminologie de Zuckerman.
6. Tu continues à jouer l'opposition Ruffin/Davisse du plus mauvais goût. Cela transpire la jalousie et ne fera pas monter le nombre d'entrées d'un film pour lequel tu es payé pour le promouvoir.
7. Je continue à ne pas comprendre tes références aux films d'Orson Welles quant au monde qu'il aurait imaginé et que tu fustiges. De plus, les deux films militants dont tu parles et ceux dont tu t'es occupé précédemment n'ont hélas rien à gagner à être comparés avec ceux de Welles ou de cinéastes qui ont cherché la forme appropriée à ce qu'ils rêvaient d'exprimer. C'est bien ce qui m'ennuie dans la plupart des films politiques, qu'ils soient fiction ou documentaire. En général ils ne convainquent que celles et ceux qui sont déjà convaincus, et leur style est tout sauf inventif. Les vrais films politiques empruntent des chemins de traverse et nous poussent à la réflexion longtemps même après avoir été réalisés.
8. Quant on voit pour qui tu as travaillé et comment tu leur tailles en costard je ne sais pas comment le prennent ceux pour qui tu roules aujourd'hui lorsqu'ils te confient le soin de t'occuper d'eux ! Ton emballement d'hier et ta charge contre eux aujourd'hui frisent l'hystérie.
9. Je t'ai répondu du tac au tac, mais je me vois mal continuer à polémiquer en ce qui te concerne. Je le fais ici comme sur FB, pas forcément pour celles et ceux à qui je semble m'adresser, mais parce que j'imagine que nous sommes lus par d'autres qui préfèrent ne pas prendre part au débat, mais s'en imprègnent forcément.
Bien à toi,
jjb

lundi 25 avril 2016

Élise Caron, entre Oscar Wilde et Victor Hugo


Élise Caron est belle. Élise Caron est drôle. Sa voix est douce comme le miel. Élise Caron est toujours belle. Drôle et spirituelle. Sa voix toujours comme le miel. Mais c'est le fond qui manque le moins. Pas le fond de teint, mais le ton de fin. Élise chante la nostalgie du temps qui passe et repasse selon les plis. Elle incarne la jeune fille qui ne vieillit pas, l'éternelle jeunesse, préparant son avenir avec délicatesse. Si la généalogie occupe ses chansons, la transmission d'une mère camoufle sa dystopie derrière la nature qu'elle rêve immuable. Les six musiciennes de Las Malenas qui l'accompagnent tanguent et fleurissent, bestiaire et jardin. Le sien des délices est peuplé d'animaux veillant soir et matin sur la bête humaine qui s'éteint, mais que l'amour chaque fois ressuscite. Le cours de l'histoire est bouleversé par les enfants. Sa fille, Gala Collette, lui a tressé une couronne de fleurs, roses de toutes les couleurs. L'un après l'autre, des hommes ont planté le décor, arrangeant les airs comme des maîtres sauciers. Andy Emler au nom prédestiné, Denis Chouillet éternel complice, Michel Musseau l'autre clown triste, Thomas de Pourquery comme si tous jouaient sur les mots, Sarah Murcia la huitième femme de cette bonne aventure ont adoubé les deux violons, violoncelle, contrebasse, bandonéon, piano, les éloignant un temps de leur tango d'antan, cordes et lames ciselant les textes d'Élise.


Enregistré live au Triton, ce nouvel album a le son de la vie. Oscillant souvent entre la tendresse de l'amour, ici quatorze chansons, et l'humour, ailleurs elle joue la comédie et se livre à des improvisations débridées, Élise Caron marie cette fois Le portrait de Dorian Gray et L'art d'être grand-père, berceuses pimpantes pour des enfants qui n'ont pas d'âge.

→ Élise Caron, Orchestrales, cd Le Triton, 12 €

vendredi 22 avril 2016

Les animaux dénaturés contre l'humanité


Il y a dix ans je dessinai un petit portrait illustré de l'écrivain Vercors. Je suis tenté de le rééditer aujourd'hui, confronté à des réflexions que me dictent des discussions sur l'avenir menées récemment avec des jeunes gens inquiets du leur ou de celui de leurs enfants. À l'étude de l'Histoire comment espérer que les choses s'améliorent un jour ? Un jour peut-être, une nuit debout, mais l'état de grâce semble éphémère face à l'appétit suicidaire et criminel des plus gourmands. Il suffit d'en abattre un pour qu'un autre se sente investi de la place libérée. Les révolutions sont des cycles qui repassent systématiquement par les mêmes points sur l'axe des abscisses. L'arrogance des puissants nous mène chaque fois à la catastrophe. Qu'en est-il de l'évolution de l'espèce ? Tant qu'il restera des historiens, notre époque apparaîtra certainement comme l'une des plus cruelles de l'Histoire de l'humanité, et des plus absurdes. La course au progrès sonne la mort de la planète. Nous allons vite, nous nous chauffons et nous nous éclairons grâce aux énergies fossiles qui polluent l'air que nous respirons, nous jouons les apprentis-sorciers du nucléaire, notre alimentation carnée affame le tiers monde (pour fabriquer un kilo de protéine animale il en faut sept de végétales). Et quelques petits malins ne trouvent rien de mieux que d'exploiter la force de travail de leurs congénères pour se goinfrer, aller encore plus vite, dans un mouvement mortifère exponentiel.
En regardant le film Le fils de Saul on peut comprendre que les Juifs ne furent que les boucs-émissaires d'une haine viscérale de l'humanité tout entière, le refoulement de l'autre qui est en soi devenu insupportable. Ils n'étaient pas les seules victimes de la folie nazie, les communistes avaient subi les premiers ce "crime contre l'humanité" qui porte bien son nom, y succombèrent les improductifs pensionnaires des asiles pour vieux ou d'aliénés, les homosexuels, les Tziganes, etc., toutes celles et tous ceux qui ne rentraient pas dans le moule de cette nouvelle société. Celle-là fut arrêtée, mais qu'en est-il réellement de la nôtre qui fomente partout des guerres, sauf chez nous, sous des prétextes fallacieux ? Elles cachent simplement nos besoins d'énergie, d'alimentation, de nouvelles technologies, notre soif de dominer le monde et la matière, toutes les autres espèces, tout ce qui vit, soit l'intégralité du monde que nous sommes capables d'appréhender et d'atteindre de l'infiniment grand à l'infiniment petit. Ce ne sont pas six millions de victimes, ou même onze millions si l'on intègre toutes celles du nazisme, mais des centaines de millions que nous affamons, détruisons par les armes que nos États fabriquent, asservissons en les payant une broutille et en leur faisant croire à l'inéluctabilité de leur condition d'exploités. Leur démission, savamment inculquée par les médias relayant les lois inventées par les maîtres d'un monde qui se servent aujourd'hui des images comme ils l'ont toujours fait à grand renfort de religion et de patriotisme, du concept familial ou du fantasme de la propriété, est la condition indispensable pour que le système perdure. Ce sont les questions que se posent les tenants de la décroissance, les réflexions de certaines Nuit Debout, les citoyens qui ne veulent plus qu'on leur bourre le mou avec une démocratie qui n'en a que le nom... Pour comprendre cette organisation diabolique on peut avoir recours à la psychanalyse et au matérialisme historique, mais on oublie trop souvent que nous sommes aussi des mammifères qui avons pris le pouvoir sur toutes les autres espèces animales, que nous les avons assujetties, exploitées en bonne conscience en décidant qu'elles n'avaient pas d'âme, que nous avons coupé le cordon ombilical qui nous rattachait à la nature, et que nous en subissons les conséquences comme tous les colonialistes, coincés entre détruire les peuples qu'ils volent ou les exploiter productivement. Nous avons ainsi cette attitude envers tout ce qui n'est pas nous-mêmes, et la nature entière en fait les frais. Nous oublions que c'est elle qui nous a fait et nous a permis de survivre jusqu'ici. Combien sommes-nous seulement à vouloir vivre ?

Suit le texte publié le 8 juillet 2006 (et augmenté de quelques liens) sur Vercors, écrivain incontournable et pourtant mésestimé, qui me semble le plus proche des interrogations de mon nouvel article...

Les dessins de Vercors


Heureusement qu'approchent les vacances. Il y a des matins où il est difficile de rédiger mon article. Je ne sais pas toujours par quel bout commencer. Souvent le sujet s'impose de lui-même. Parfois une image m'entraîne. Ce matin, j'ai pensé proposer les incunables qui hantent ma bibliothèque : Cover to Cover de Michael Snow, Bonjour Cinéma de Jean Epstein, Essays before a Sonata de Charles Ives, un rouleau de piano mécanique de Conlon Nancarrow, des partitions des années 20 magnifiquement illustrées, des 33 tours devenus introuvables... Je me suis arrêté sur deux livres de Jean Bruller dit Vercors, hérités de mon père et dont j'ignore le cheminement. Silences date de 1937, les vingt aquarelles de La nouvelle clé des songes de 1934.

Avant d'entrer en résistance et de publier clandestinement Le silence de la mer en 42, écrit l'année précédente, Vercors était le caricaturiste Jean Bruller. Je ne l'ai appris qu'en 1983 lorsque nous avons choisi le Rêve de l'incompétence inopportune (ci-dessous) comme pochette du deuxième disque du grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané, Les bons contes font les bons amis. Recherchant l'autorisation de Jean Bruller, je tombai sur Vercors ! Symbole de la résistance à l'occupation nazie, pacifiste prônant la résistance civile, compagnon de route du Parti Communiste jusqu'à l'invasion de la Hongrie en 1956 (nationalité de son père), cofondateur des Éditions de Minuit alors clandestines, Vercors avait eu une autre vie, avant. La guerre a tout changé, son mode de vie, sa conscience, son métier. Il est devenu écrivain. Et là encore, il y a deux Vercors, le résistant (Le piège à loup, Armes de la nuit, La puissance du jour, Les yeux et la lumière, La bataille du silence) et l'humaniste (Les animaux dénaturés, Sylva, la traduction de Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis...). En 1990, Rita Vercors m'écrivait en parlant de lui, « mon mari - Vercors et Jean Bruller », et lui signait simplement Bruller. Il mourra un an plus tard à l'âge de 89 ans.


Invité à l'émission Apostrophes, comme Bernard Pivot lui demande pourquoi il n'est jamais passé à la télévision depuis trente ans, Vercors lui retourne ironiquement la question. C'est un homme intègre, un philosophe qui défend ses idées par le biais de la littérature. Chargé d’établir la « liste noire » des écrivains collaborateurs, il plaide pour la responsabilité de l’écrivain. N’acceptant pas l’intransigeance partisane d’Aragon et ne voulant plus jouer le rôle de la « potiche d’honneur », il démissionne de la présidence du Comité National des Écrivains. Il s’éloignera de toute participation à la vie publique tout en restant fidèle à ses idéaux, s’engageant contre la guerre du Vietnam. Il avait déjà été l'un des signataires de l’Appel des 121 réclamant le droit à l’insoumission pendant la guerre d’Algérie.


La qualité des gravures est exceptionnelle, les couleurs tranchent avec les impressions habituelles. Bruller les réalise chez lui, à Villiers-sur-Morin au cours de l'été 1937, et précise que « le tirage, dépendant des loisirs de l'artiste et de son courage, s'est fait par tranches... » Un dernier détail dont je me souviens, c'est la taille de ses oreilles, je n'en ai jamais vu d'aussi grandes.

jeudi 21 avril 2016

L'oracle DigDeep à La gaîté Lyrique pour Dizaïn


La semaine dernière, Sonia Cruchon présentait à la 27e séance de dizaïn, organisée à la Gaîté Lyrique par les Designers Interactifs, l'oracle qu'elle a imaginé pour iPad. Il suffit de penser une question qui nous préoccupe sérieusement, de l'enregistrer vocalement ou de l'écrire sur la tablette, pour que DigDeep nous susurre une suggestion. Les réponses apparaissent sous la forme d'un extrait cinématographique muet très court, issu des Archives Prelinger. Il ne s'agit nullement de divination, mais d'un système proposant un autre angle d'analyse, sollicitant l'interprétation quasi jungienne de celle ou celui qui y a recours. Toute proportion gardée, on se rapproche du Yi-King ou des Oblique Strategies. Les films muets étant bouclés, les réponses à nos interrogations sont souvent à chercher dans les détails que la répétition fait remonter au premier plan, comme nous l'avions constaté avec Antoine Schmitt pour Machiavel. L'application DigDeep, totalement gratuite, offre divers services comme l'archivage des tirages, l'envoi par mail, etc.


Les archives sont devenues pléthoriques. Dès que nous participons à un évènement public nous en accumulons les traces, graphiques (photo- ou vidéo-), sonores, écrites, etc. Les modes de recherche, qu'ils soient personnels ou publics, permettent de les retrouver alors même que certaines semblaient avoir disparu depuis des lustres. Cette force devient une faiblesse, dès lors que le système s'enraye. Le grand incendie nous menace. Un crash peut tout faire disparaître si l'on n'effectue pas des sauvegardes de sécurité. Leur multiplication, parfois au détriment de la légalité anti-piratage, devrait permettre de l'éviter. Du moins tant que l'on a accès au Web et que l'électricité fonctionne ! Ici nous est par exemple proposé le récit de la soirée en tweets et en images réalisé par Gayané Adourian pour l'Agence Ondine, le replay en vidéo de toute la soirée sur le site de la Gaîté Lyrique, les photos des invités prises par Arthur Enard... De notre côté nous avons extrait la présentation de DigDeep réalisée avec Sonia Cruchon, treize minutes en compagnie de Geoffrey Dorne qui jouait le meneur de jeu, Marina Wainer qui organisait l'évènement et toute l'équipe de dizaïn. Ce genre d'initiatives est formidable, offrant de présenter les idées et objets que génère l'avancée des nouvelles technologies...

mercredi 20 avril 2016

L'École de Canterbury


Fort de ses 736 pages le livre d'Aymeric Leroy sur l'École de Canterbury est une précieuse compilation chronologique des histoires de famille d'une bande de musiciens pop fascinés par le jazz, avec le groupe Soft Machine en locomotive. L'auteur remonte à leur scolarité géographique qui permettra au guitariste australien déjanté Daevid Allen, au crooner Kevin Ayers, au chercheur tourmenté Robert Wyatt, à l'organiste intello Mike Ratledge, au roadie Hugh Hopper devenu bassiste de se rencontrer. Les Wilde Flowers intégreront également Richard et David Sinclair, Pye Hastings, Brian Hopper et quelques autres. Leroy privilégie néanmoins le rock progressif, trop unisoniste à mon goût, de groupes somme toute mineurs comme Caravan, Egg, Hatfield and the North, National Health, voire les plus récentes moutures de Soft Machine face aux recherches inventives que le compositeur-batteur Robert Wyatt ne cessera jamais de mener, dans ses élucubrations pataphysiques en solo comme dans ses tentatives collectivistes telle Matching Mole ou dans les chansons qui le hisseront au rang d'artiste culte (Leroy n'en salue pas moins Rock Bottom, le chef d'œuvre de Wyatt sorti en 1975, mais il passe à côté de sa démarche fondamentale où chaque étape fait sens). La lecture du détail des associations qui se font et se défont au fil des concerts et des disques de tous ces groupes rend indispensable l'écoute ou la réécoute des enregistrements évoqués. C'est ainsi que le rubato des uns renvoie le swing des autres au papier à musique alors que ce sont les improvisations et les expérimentations qui influenceront radicalement des centaines de musiciens européens sans qu'ils suivent pour autant les traces de ces précurseurs britanniques. Les débuts de Soft Machine furent surtout déterminants parce qu'ils permirent à des musiciens issus du rock de se servir des manières du jazz sans tenter d'en imiter le style.
À la fin du XXe siècle, le Californien Frank Zappa fut l'autre passeur qui gomma les frontières entre les styles et les conventions, de l'écrit à l'instantané, mettant en scène l'interprétation de partitions complexes, fondant l'engagement politique dans le pop art et l'humour, s'inspirant du classique et de la musique contemporaine, du rock et du jazz, du free, du doo wop ou du blues... La caractéristique des Européens fut justement de se passer du blues, insistant plutôt sur leurs racines symphoniques. Après les longues suites instrumentales de la période du troisième album de Soft Machine et leur introduction flamboyante des cuivres, Robert Wyatt, résolument minimaliste, maria humour non-sensique et pensée révolutionnaire, sa voix unique, blanche et fragile, haut perchée et zozotante, en devenant le vecteur. On remarquera que la voix de Zappa, chaude et séductrice, ironique et professorale, fut tout aussi déterminante pour passer la barre de l'expérimental et toucher un public toujours plus large.
À privilégier et donc à détailler le côté carré (même si les mesures sont impaires !) du rock progressif face aux expérimentations originales, Leroy passe à côté de l'importance que représente par exemple The End of An Ear de Wyatt ou les variations improvisées d'un concert à l'autre de Soft Machine à la meilleure époque. Je me souviens que chacun recélait toujours des surprises. Je fournis d'ailleurs à Leroy en 2005 l'enregistrement intégral que j'en réalisai à Amougies, ainsi que celui de Caravan, entre autres. Ce sont toutes les bandes qui circulent sur Internet et qui se sont parfois retrouvées publiées commercialement par des individus peu scrupuleux. Ce n'est évidemment pas le cas de l'auteur dont la rigueur est un des fers de lance, même si je ne partage pas toujours ses avis sur la scène de Canterbury. Ces divergences sont probablement dues à la différence de générations, que l'on ait vécu ce mouvement in vivo ou in vitro au travers des enregistrements et des rétrospectives. Leroy néglige ainsi l'importance qu'eut Chrysler Rose de Dashiell Hedayat sur nos soirées lysergiques, ou l'incroyable délire des concerts de Gong dont j'assurai souvent le light-show, comme je le fis sur Kevin Ayers avec Lol Coxhill, David Bedford, Mike Oldfield, etc. à la Roundhouse en 1971 pour Krishna Lights. Mais le manque de cette somme érudite réside surtout dans l'absence d'analyse du contexte social. Or il influence pourtant fondamentalement les rebellions artistiques, l'Histoire des prolos ou petits bourgeois blancs du Kent étant radicalement différente de celle des Afro-Américains. Mettre encore en perspective ce qui se passait hors cette petite famille eut éclairé autrement leur mouvement et l'influence énorme qu'il eut sur la génération suivante. La profusion des anecdotes et la chronologie des faits finissent pas occulter les motivations, conscientes ou inconscientes, des protagonistes. En cela le livre d'Aymeric Leroy favorise le savoir encyclopédique au détriment de l'analyse.
Il n'empêche que c'est une mine d'informations jamais compilées jusqu'ici. Dans cette perspective on peut regretter qu'il n'y ait pas plus d'entrées, entendre divers systèmes de recherche, plus thématiques que les classiques index de groupes, musiciens et albums. Aborder en quelques lignes un ouvrage aussi compact et laborieux est néanmoins très injuste.

→ Aymeric Leroy, L'École de Canterbury, 736 pages, Ed. Le Mot et le Reste, 33€

mardi 19 avril 2016

Meet The Patels, une comédie documentaire


Les bonnes comédies sont rares. Les bons documentaires aussi. Les bonnes comédies documentaires, n'en parlons pas. Ou plutôt si, parlons de Meet the Patels, Prix du Public dans différents festivals dont celui de Los Angeles. Les parents de Ravi V. Patel, il a bientôt trente ans, souhaitent qu'il se marie, mais à une Patel (les Patel en Inde ce sont les Smith aux USA), du moins à une indienne, hindoue comme lui. Sa sœur, Geeta V. Patel tient la caméra. Le film, tourné volontairement chaotiquement, bénéficie d'un montage extrêmement soigné et d'une mise en scène astucieuse où nombreux passages sont en dessins animés. Le personnage de Ravi rappelle Woody Allen ou Albert Brooks, version indienne, sauf qu'il a grandi à Los Angeles. L'humour, omniprésent, n'efface pas les contradictions culturelles et communautaires, bien au contraire, il leur tord le cou avec une sensibilité bienveillante.


Les coutumes doivent faire face aux migrations. Les ségrégations cèdent devant les mœurs du pays d'accueil. La famille passe à la question. C'est un peu The Wedding Banquet (Salé Sucré) d'Ang Lee, façon Indian cooking avec l'ambiguïté d'un documentaire extrêmement dirigé. Portrait croisé de l'Inde et des USA, des nouvelles générations qui tentent de préserver leur culture en adoptant celle de leur nouveau pays, Meet the Patels soulève les questions de la fidélité et du mensonge, du désir et de son inaccessibilité, de la famille et de son affranchissement.

Disponible sur Netflix avec sous-titres français. Pas de sortie prévue en salles ? On se demande comment les distributeurs font leur travail...

lundi 18 avril 2016

Un violon peut en cacher un autre

...
La semaine dernière j'évoquais l'adaptation contemporaine du swing des années 20-30 sous la direction de Jean Dousteyssier. Cette fois la compilation Jazz Violin Legends concoctée par Noël Balen et Claude Carrière rassemble des violonistes de jazz de 1927 à 1960, tels quels dans leur jus. L'instrument est plutôt rare dans ce style de musique. Des vint-et-un présents dans l'album, seul Stéphane Grappelli est connu du grand public. C'est donc un florilège inattendu de virtuoses sensibles qui se succèdent sur la galette.
Elle commence avec Darnell Howard chez Earl Hines et se termine avec Joe Kennedy Jr chez Ahmad Jamal. Entre temps on aura entendu Emilio Carreres, la star Joe Venuti, Juice Wilson, Eddie South surnommé L'ange noir du violon tant l'instrument était l'apanage des Blancs (en duo avec Django Reinhardt), Edgar Sampson, Grappelli, Michel Warlop (en trio avec Django et Louis Vola, auquel s'ajoutent Grappelli et South pour Oh! Lady Be Good), Stuff Smith (sublime The Man I Love avec Shirley Horn), étonnant Georges Effrosse avec les trois frères Ferret qui sonne comme des ondes Martenot, Svend Asmussen, Ginger Smock seule fille de la sélection... Mais ce qui m'étonne, probablement parce que je ne suis pas un aficionado, ce sont les musiciens connus pour jouer d'autres instruments et que l'on entend ici au violon, à commencer par Django lui-même accompagné au piano par Ivon de Bie. Ainsi s'emparent de l'archet le guitariste Claude Williams avec l'orchestre de Count Basie, le trompettiste Ray Nance avec celui de Duke Ellington, le saxophoniste Ray Perry dans le sextet hyper swing de Lionel Hampton, le contrebassiste John Frigo, le pianiste Claude Laurence (pseudo d'André Hodeir avec au piano Léon Chauliac dont me parlait mon camarade Bernard Vitet !) ! Autre curiosité de 1955, Harry Lookofsky enregistre en re-recording trois violons, deux altos dont un en solo tandis qu'Oscar Pettiford tient le violoncelle et la contrebasse.
Surprenant par la différence des phrasés et des sensibilités, j'ai adoré préparer le dîner en l'écoutant.

Jazz Violin Legends, coll. Original Sound Deluxe, Cristal, dist. Harmonia Mundi, sortie le 13 mai 2016

dimanche 17 avril 2016

Le podcast du duo avec Amandine Casadamont est déjà en ligne


"Un duo est né, rapidement, quasiment en l'espace d'une journée. D'un côté Amandine Casadamont, artiste, créatrice sonore, platiniste. De l'autre, Jean-Jacques Birgé, compositeur amoureux du son autant que des notes, co-fondateur du légendaire groupe Un Drame Musical Instantané. Birgé devant son clavier à synthèses, Casadamont jonglant sur trois platines vinyles. Il est sorti de leur dialogue sonore tout un album improvisé : Harpon. Jean-Jacques Birgé a proposé à Amandine Casadamont d'utiliser sa collection de disques de fictions sonores. Il en est sorti des morceaux sous-marins, qui nous font vivre des bulles de dialogues, et crée une histoire dont chacun choisit les images. L'esthétique vintage et clin d'œil par moments, mais le dialogue sonore est tout en cohérence. Harpon, c'est drôle, Harpon ça nous parle, Harpon ça fait des bonds. Le duo Birgé-Casadamont est là ce soir, et nous offre un live inédit, intitulé 47 mars."


Comme Harpon en ligne le jour de son enregistrement, le podcast de l'émission Supersonic de Thomas Baumgartner diffusé hier soir sur France Culture est déjà en ligne.
Contrairement à ce qui est dit plus haut je ne suis pas amoureux des notes ! Ce ne sont que les clous sur lesquels je tape avec mes instruments que je considère comme des outils, rien de plus. Les machines sont des entités qu'il faut dompter et pervertir pour se les approprier. J'aime seulement les rêves que la musique me procure et ceux qu'elle inspire aux auditeurs. Le reste tient d'une cuisine quasi alchimique que j'aime partager en discourant sur la méthode. L'autre aspect de la musique que j'adore est le fait de la pratiquer à plusieurs. L'improvisation est un sport d'équipe où l'on doit en même temps inventer, écouter et produire.
Le duo avec Amandine coule de source. Si nos références sont radicalement différentes nous avons la même approche de la fiction radiophonique, un cinéma pour les oreilles où la suggestion tient lieu de fil rouge. Lorsqu'il s'agit de mettre en musique nos sentiments ou nos points de vue documentés nous sommes étonnamment toujours sur la même longueur d'ondes.

vendredi 15 avril 2016

Birgé et Casadamont célèbrent le 47 mars sur France Culture, samedi 23h


Aussitôt l'album HARPON en ligne sur drame.org, Thomas Baumgartner nous propose de participer à son émission Supersonic. C'est donc à Radio France qu'a lieu notre premier live. Il choisit de diffuser La patience de la dame et nous invite à improviser une nouvelle pièce, tout à fait dans l'esprit de l'album, mais que nous intitulons 47 mars en référence à la datation de La Nuit Debout. Il est facile de s'en souvenir : on ajoute 31 au jour d'avril puisque ce mouvement a commencé Place de la République à Paris ce jour-là.
Amandine Casadamont mixe vinyles et disques souples, y puisant fiction et documentaire, tandis que je pianote ou que j'incline mon iPad avec des applications interactives que j'ai conçues pour d'autres propos. Tout va très vite depuis le 29 mars dernier. Dans nos têtes nous sommes déjà ailleurs, travaillant sur nos prochains concerts.
En attendant, ce nouvel épisode est à découvrir demain samedi à 23h sur France Culture.

jeudi 14 avril 2016

Avec "Post K" Jean Dousteyssier remet les années 20 au goût du jour


J'ai titré Avec "Post K" le clarinettiste Jean Dousteyssier remet les années 20 au goût du jour, mais qu'est-ce que le goût du jour ? Et puis les années 20, c'était quoi ? On imagine forcément qu'il s'agit du début du XXe siècle, l'arrivée du jazz coïncidant avec la fin de la Première Guerre Mondiale, les Américains en profitant aussitôt pour investir les territoires libérés, mais aussitôt conquis. Le soft power est déjà à l'œuvre ! Ils recommenceront le même tour à la fin de la Seconde...
Brusquement, le cake-walk vint disperser et décolorer tout. Les projecteurs jaillirent des cintres du Nouveau-Cirque, des oriflammes de soie aux couleurs américaines se déployèrent à gauche et à droite des portes, les premiers nègres (on ne connaissait que le pauvre Chocolat) apportèrent le Cake solennel, une vague d'élégance remplit les gradins de femmes couvertes de perles et de plumes, d'hommes à monocle, à chevelure en brosse ou à crâne étincelant, les cuivres et les tambours de l'orchestre attaquèrent une musique inconnue dont le rythme évoquait les marches que Souza dirigeait et ponctuait de coups de feu, les projecteurs, comme des ballerines, vinrent se réunir entre la haie des écuyers bleus, et les Elks apparurent. Jamais le premier jazz au Casino de Paris accompagnant la danse de Gaby Deslys et de Pilcer, jamais le nègre à blouse océane des Black Birds, jamais la danseuse à roulettes, jamais les matches de pancrace, jamais aucun spectacle de mode et de salpêtre ne fut comparable à cette apparition... (les Elks étaient des danseurs, comme ceux qui les imitent quand s'épanouit l'Umlaut Big Band auquel participe Jean Dousteyssier)... Cocteau continue plus loin : Et, à leur exemple, le rythme s'emparait du nouveau monde et après le nouveau monde du vieux monde et ce rythme se communiquait aux machines et des machines retournait aux hommes et cela ne devait plus s'arrêter et les Elks sont morts (...), mort le Nouveau-Cirque et mort ou vif le cortège continue sa danse...
Quant au goût du jour il est devenu multiple, se dispersant communautairement, par catégories de personnel, de revivals en opérations Kleenex, éclaté en petites chapelles. Mais le jazz perdure et celui de Jean Dousteyssier déconstruit le passé et le reconstruit sans cesse, aller-retours entre la tradition et le glitch du moment, free jazz qui n'aurait pas oublié la leçon des anciens, sorte d'Art Ensemble of Paris Today mêlant l'Histoire (les années 20-30, mais aussi le free des Afro-Américains des années 60-70) et l'actualité (nouvelles traditions européennes) en une danse euphorique et communicative. Avec son frère Benjamin Dousteyssier (pilier de l'Umlaut B. B.) aux sax alto et ténor, le pianiste Matthieu Naulleau (entendu également dans l'Umlaut B. B.) et le batteur Elie Duris (entendu dans Novembre) il dépoussière Jelly Roll Morton, Fats Waller, Willie "The Lion" Smith, Louis Armstrong, Red Nichols, Eubie Blake et quelques autres champions du swing ou de la jungle. On sautille sur place. Le titre de l'album Post K se réfère à l'après ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle Orléans il y a dix ans. S'il me semble logique d'improviser comme de regarder notre univers avec des yeux neufs, ce quartet virtuose accouche d'une musique populaire inventive qui fait plaisir à tous les sens.
Sur leur site ils ont la générosité de nous offrir plusieurs de leurs petites pièces délicieuses...

→ Jean Dousteyssier, Post K, CD ONJ Records, dist. L'autre distribution, sortie le 29 avril 2016

mercredi 13 avril 2016

Les plus belles années de notre vie / La septième victime


J'ai groupé ces deux films parce que l'un et l'autre m'avaient échappé alors que Jonathan Rosenbaum ne cesse de souligner leur intérêt. Comme je suis avec assiduité son blog qui rassemble critiques anciennes et récentes j'ai fini par regarder The Best Years of Our Lives (Les plus belles années de notre vie) de William Wyler (1946) et The Seventh Victim (La septième victime) de Mark Robson (1943). Affublé de ses sept Oscars le premier reçut un succès populaire phénoménal, classé parmi les 100 meilleurs films américains par l'American Film Institute tandis que le second est passé plutôt inaperçu bien que Rosenbaum le classe 27ème de son Panthéon et le seul film d'épouvante de ses cent préférés. Les deux sous-entendent des mœurs ou des idées plutôt rares dans le cinéma américain des années 40


The Best Years of Our Lives (Les plus belles années de notre vie) raconte la difficulté de se réinsérer dans la société civile pour trois anciens combattants du Pacifique. Ce thème sera plus tard souvent traité avec les vétérans du Vietnam, mais Rosenbaum l'encense plus qu'aucun autre. À côté du travail de Gregg Toland sur la profondeur de champ, les trois heures du film soulignent l'humanité profonde des personnages servie par un jeu d'acteurs formidable, en particulier Dana Andrews et Harold Russell, comédien non-professionnel handicapé des deux mains. Ici et là le doute s'installe sur l'American Way of Life et des idées pacifiques pointent à une époque où l'on n'y risquait pas encore d'être accusé de communisme.


J'imagine que c'est l'incroyable mélange de genres qui plaît à Rosenbaum dans The Seventh Victim (La septième victime). Enquête policière, film d'épouvante, complot ésotérique, ce court long métrage de 71 minutes effleure également l'homosexualité féminine. Dans certaines scènes Jacques Tourneur n'est pas loin. Le scénario auquel beaucoup de spectateurs n'ont rien compris ressemble à un collage où la psychanalyse met le pied dans la porte...


S'il y en avait sept et un secret derrière on pourrait aussi penser au Barbe-Bleue de Lang retourné comme une chaussette. Même le titre nous oblige à compter sur nos doigts à un moment inattendu. Allant de surprise en surprise, d'énigme en suggestion, l'asile d'aliénés où nous évoluons est une ouverture vers le rêve, évocation cinématographique de nos interrogations métaphysiques.

N.B.: Les deux films sont trouvables en DVD. La septième victime est aussi sur Vimeo, mais sans sous-titres.

mardi 12 avril 2016

Énigme ornithologique


Samedi soir en sortant de chez moi je trouve un pigeon perché au-dessus de la porte d'entrée sur une branche minuscule de l'églantier. J'essaie de l'effrayer pour qu'il s'envole, mais il ne bronche pas. Françoise n'aime pas cette espèce d'oiseaux, mais j'ai autre chose à faire à cette heure-ci. C'est probablement un animal malade, attiré par les bouts de pain trempé que le voisin s'évertue à semer malgré l'interdiction de les nourrir. Dans la soirée des amis vont et viennent sous lui sans que j'y repense, mais plus tard lorsque je ferme mes volets pour regarder un film je vois le loustic toujours sur sa branche. J'y retourne, frappe des mains, secoue l'arbre, mais il a les yeux fermés, la tête pendante et j'en conclus qu'il est venu mourir là, bien accroché. Le lendemain matin lorsque j'ouvre la fenêtre il tourne la tête vers moi ! Il n'a toujours pas bougé d'un millimètre depuis la veille. Un de ses copains vient lui tenir compagnie. Il fait des sortes de génuflexions, se tassant, se relevant. Je prends la photo avant que celui-ci, à droite sur le cliché, s'envole sur une cheminée d'en face. Une minute plus tard ma palombe quitte son perchoir à son tour comme si de rien n'était. Morale de l'histoire : il n'y en a pas, mais j'aimerais bien qu'on m'explique.

lundi 11 avril 2016

3,1415926535897932384626433832795028841971693993...


J'ouvre les yeux. Il fait noir. La lettre Π se détache sur le plafond. Trois heures et quart du matin. Je ne dors pas. À moins que ce soit un rêve ? Si c'était le K, il aurait repris de plus belle puisque je les ouvre à nouveau à quatre heures vingt trois. Le réveil lumineux projette les chiffres au-dessus de ma tête. Danse des heures. Depuis quelques jours je dors sur le dos pour soulager mes vertèbres. Exercice Mézières. Inspirer en gonflant le ventre, souffler en le creusant et en faisant descendre les côtes, mouvement vers le haut à partir du plexus. Pendant que je m'étire, je révise. Que j'aime à faire apprendre ce nombre utile aux sages ! Immortel Archimède, artiste ingénieur, qui de ton jugement peut priser la valeur ? Pour moi, ton problème eut de pareils avantages. Jadis, mystérieux, un problème bloquait tout l'admirable procédé, l'œuvre grandiose que Pythagore découvrit aux anciens Grecs. 0 quadrature ! Vieux tourment du philosophe, insoluble rondeur, trop longtemps vous avez défié Pythagore et ses imitateurs. Comment intégrer l'espace plan circulaire ? Former un triangle auquel il équivaudra ? Nouvelle invention : Archimède inscrira dedans un hexagone, appréciera son aire, fonction du rayon. Pas trop ne s'y tiendra, dédoublera chaque élément antérieur ; toujours de l'orbe calculée approchera ; définira limite ; enfin, l'arc, le limiteur de cet inquiétant cercle, ennemi trop rebelle, professeur, enseignez son problème avec zèle... En comptant les lettres on peut retrouver les premières décimales de Π. Les ponctuations ne comptent pas et les mots de dix lettres valent zéro. J'ignore aujourd'hui à quoi cela pourrait bien me servir. Ma règle à calcul ne sort plus du tiroir. Elle m'est devenue ésotérique. Les chiffres au plafond tournent comme une auréole sous les pattes d'une araignée géante qui resoude mes synapses pendant mon sommeil. Hallucination ? Folie ! Les anti-inflammatoires et les analgésiques participent à la sarabande. J'aime les chiffres pour les faire basculer, leur tordre le cou. Ils sont la forme de mes élucubrations artistiques, là où les lettres, moins flexibles, expriment mes sentiments. Je les pèse et soupèse, les fais glisser d'un bord à l'autre, je les ajoute et les retranche, je les laisse parfois dessiner tout seuls. Le texte est une prose, ils sont la poésie.

vendredi 8 avril 2016

Coyotes, chiens, crapauds !


Hier était le jour des contrariétés administratives ciblées droits d'auteur. J'avais déjà eu maille à partir avec la Sacem qui choisit de tarifer l'une de mes prestations selon un barème absurde, mais qui a au moins l'avantage d'exister alors que mon cas de figure ne s'est encore jamais présenté. J'ai l'habitude d'innover et par conséquent d'essuyer les plâtres, donc par expérience je me méfie de faire les frais d'une entente compliquée entre un producteur puissant et ma société d'auteurs. Je reviendrai sur cette histoire lorsque je recevrai mon feuillet de répartition, mais en attendant j'espère que la Sacem prendra en considération mes arguments et protégera sérieusement ses ayant droits quel que soit leur portefeuille.
La suite de la journée fut du même acabit. J'avais choisi de déclarer par Internet les pièces composées pour Harpon avec Amandine Casadamont. Le site n'est pas très bien conçu lorsqu'il s'agit de déclarer plusieurs œuvres successivement. De plus au bout d'un certain nombre de déclarations, un bug bloque la machine et il faut se reconnecter. J'aurais exécuté ces opérations à l'ancienne, soit les envoyer par la poste avec les mp3 sur un CD, j'aurais probablement gagné du temps, sauf la signature d'Amandine qui a pu ainsi valider l'ensemble sans se déplacer. Ce n'est qu'un petit détail, mais il explique mon énervement lorsque j'apprends que SoundCloud bloque l'une des séquences sonores de l'exposition Carambolages...
La webmaster du site Internet du Grand Palais m'écrit que SoundCloud conteste les droits de la pièce numéro 24 où figure Mountain Ambience with Insects in Close Perspective and Coyotes, Dogs, Frogs and Crickets in Background issue de The Hollywood Edge Sound Effects Library, et que celle-ci est bloquée tant que nous ne contestons pas à notre tour la réclamation de cette succursale de Sound Ideas. Ne trouvant aucune trace d'un tel fichier dans ma bibliothèque, je recherche l'objet sonore parmi les centaines de milliers répertoriés sur mes différents supports. J'écoute, j'écoute. Le nom du producteur m'aide finalement à identifier Continuous Barks and Howls with Crickets and Frogs sur un CD du coffret Animal Trax AT9 Ambience I que j'ai acheté chez Univers-Sons il y a plus de quinze ans. Il ne porte pas le même nom, mais c'est l'index 25 de la rubrique Coyotes/Dogs. Sur le livret sommaire il est spécifié qu'en achetant ce produit j'ai le droit de l'utiliser dans toute composition audio ou programme audiovisuel. Ne sachant pas en quelle année je l'ai acquis, je prends la photo ci-dessus pour attester de ma bonne foi. Passablement énervé, d'autant que j'ai plusieurs fois été victime de réclamations indues qui avaient empêché la diffusion de mon travail le temps que je prouve mon bon droit, je fouille dans mes archives pour retrouver la facture, justificatif incontestable. Eurêka ! Par de menus détails transcrits en souvenirs délavés dans mon cerveau en ébullition je finis par mettre la main dessus. Je donne ainsi les informations nécessaires à la webmaster pour qu'elle fasse débloquer le fichier-son incriminé, mais j'ai perdu trois heures à ce sport stérile au lieu de faire de la musique.

jeudi 7 avril 2016

La nuit debout... Ça commence comme ça !


Il y a longtemps que l'on attendait que les jeunes prennent leur avenir en main. Nous, nous vivons dans le présent, depuis bientôt 50 ans en ce qui me concerne. Tout avait commencé comme ça. Par se révolter contre l'absurdité d'un gouvernement à la solde des patrons. Par prendre la parole qui était exclusivement accaparée par les mandarins et le Journal Télévisé. Par échanger des idées. Par y prendre du plaisir. Par rencontrer du monde. Le monde. César Vayssié les filme. Écoutez-les.


Frédéric Lordon est sur la brèche. J'enrage d'être cloué chez moi. Il a bon dos mon lumbago. Dès que je me penche sur le mouvement, une onde dorsale me rappelle à l'ordre. On est pourtant loin du désordre. Cela s'organise. Chaque initiative porte ses fruits. Nous sommes le 38 mars, il suffit d'ajouter 31 à leur avril.


Le signal a probablement été lancé par la projection du film de François Ruffin, Merci Patron ! Vous l'avez vu ? Sinon il faut y aller, absolument ! Ce n'est pas d'une grande profondeur politique, mais cela fait tellement de bien de rigoler, ensemble. Et puis cela montre que tous les espoirs sont permis, parce que le système est faible et qu'il fait seulement semblant d'être fort.


La salle était comble à Bagnolet. Des jeunes, des vieux. Les membres du journal Fakir accompagnent le film partout où ils peuvent et répondent aux questions de la salle. J'évite en général d'évoquer les sujets largement traités par la presse. Mais cette actualité me touche intimement. Elle fait partie de mon quotidien depuis toujours. Je souhaite seulement la partager avec celles et ceux qui ne sont pas encore au courant de ce qui se prépare Place de la République à Paris, dans d'autres quartiers, d'autres villes en France et ailleurs. Il recommence à faire beau. Ce soir allez y faire un tour, à Paris, à Rennes, à Nantes, à Lyon, à Nîmes, à Toulouse, à Strasbourg...

Photo : Assemblée populaire du 32 mars, République, Paris © MaxPPP/EPA/Ian Langsdon

mercredi 6 avril 2016

Profil et conditions de vie des musiciens


Le Pôle de Coopération pour les Musiques Actuelles en Pays de Loire en partenariat avec Le Petit Faucheux, Fraca-Ma et Le Jazz est Là publie un quatre pages d'une enquête sur la situation des musiciens du secteur des musiques actuelles se produisant sur scène, professionnels on non.
J'ai toujours des réserves sur ce genre d'enquête réalisée à partir d'un questionnaire et aboutissant à des pourcentages a priori représentatifs pour son formatage excluant quantité de cas particuliers n'entrant pas dans les cases, de précisions personnelles qui éclaireraient autrement les résultats. L'an passé je m'entretins moi-même avec nombre de musiciens, producteurs de disques, directeurs de salles et de festivals, disquaires, distributeurs, journalistes en vue de réaliser un long article commandé à l'origine par Le Monde Diplomatique. Les raisons qui me firent abandonner, du moins provisoirement, en tout cas dans la cadre de ce mensuel, ne sont pas extérieures aux témoignages reçus, ceux-ci réfléchissant les difficultés, absurdités et scandales de ce milieu professionnel, somme toute assez proche des autres mondes du travail. Je reviendrai sur cette douloureuse affaire un de ces jours en espérant avoir le courage de mettre noir sur blanc le résultat des vingt heures d'interviews déjà réalisées. C'est dire que l'enquête coordonnée par Claire Hannecart m'intéresse vivement malgré les réserves exposées plus haut.
Elle note d'abord que 88% des musiciens de jazz et musiques improvisées sont des hommes, un peu moins que la moyenne nationale des 33 400 musiciens et chanteurs intermittents dont seulement 23% sont des femmes. Bien qu'ils multiplient les projets, jouant aussi bien en leaders qu'en sidemen, leur statut d'intermittent est fragile, 80% d'entre eux n'étant pas certains d'avoir leurs heures à échéance de leurs droits. Les deux tiers d'entre eux ont suivi un enseignement de plus de dix ans. Le même pourcentage s'applique à ceux qui vivent de la musique, mais 83% perçoivent moins de 25 000 € par an. Les trois quarts s'impliquent dans une association et 39% investissent personnellement plus de 500 € dans la production discographique. Le tiers d'entre eux voyagent à l'étranger. En entrant dans les détails on lit qu'il y a 41% d'intermittents contre 25% ne remplissant pas les conditions nécessaires, les 34% restants sont des amateurs. Le quart vit essentiellement d'activités pédagogiques, mais 58% y ont recours en complément. L'âge moyen du musicien de jazz étant de 36 ans, on comprend que beaucoup lâchent en marchant. Ils sont sinon obligés de participer à des projets musicaux qui n'ont rien à voir avec leur passion. Les répétitions sont rarement payées, soi-disant 24% et 40% des intermittents mais avec seulement une répétition rétribuée sur cinq, chiffre dont je doute franchement, car si l'on compte le temps d'entretien personnel le chiffre global devrait s'approcher plutôt de zéro ! Il y aurait énormément de choses à dire sur ces chiffres, qui sont d'ailleurs plus détaillés dans le document PDF.
Par exemple sur le statut et le rôle des femmes dans les orchestres, sur le parcours des autodidactes, sur le grand écart d'une musique à l'autre dans cette catégorie du jazz et des musiques improvisées, terme aussi vague que celui de musiques actuelles, sur les conditions monstrueuses que proposent certains clubs, sur l'économie secrète qu'ils entretiennent, sur la paresse des programmateurs, sur la misère de la presse spécialisée... Il faudrait comparer avec les musiciens étrangers, ici et dans leurs pays, évaluer l'impact des mises de fond, révéler les attributions de subventions et la répartition des droits d'auteur puisque nombreux sont aussi compositeurs, etc.

mardi 5 avril 2016

Newsletter d'avril


Ma capture d'écran laisse de côté la majeure partie de mes activités, car la suite rappelle des nouvelles qui n'ont pas changé depuis la newsletter du mois dernier. Elle est par contre envoyée dans son intégralité à plus de 700 correspondants qui en ont fait la demande ou qui figurent dans mes tablettes depuis une quinzaine d'années. Comme j'utilise l'application flicarde MailChimp qui permet de joindre tout le monde d'un seul clic, je sais aussi que 37,4% seulement des courriels ont été consultés, ce qui paraît-il est un très bon résultat. Il faut savoir que ce logiciel permet de savoir qui, quand et comment le mail a été lu. J'avoue ne pas rentrer dans ces détails, mais je me souviens l'avoir utilisé il y a quelques années pour la sortie de mon second roman USA 1968 eux enfants et avoir constaté qu'absolument aucun journaliste n'avait ouvert le courrier personnalisé qui leur avait été adressé. Je m'abstiens donc de cette déconvenue en espérant que mon travail continue à intéresser du monde.
On notera donc l'association fructueuse avec la créatrice sonore Amandine Casadamont, projet que nous souhaitons jouer sur scène aussi souvent que possible, en particulier à l'étranger. L'album Harpon donne dores et déjà une bonne idée de nos possibilités improvisatrices ! L'autre évènement très attendu est la sortie du vinyle avant toute sur le label Le Souffle Continu, duo préhistorique signé Birgé-Gorgé puisqu'il se situe chronologiquement avant mon premier disque, l'album culte Défense de. Nous aurons bien entendu l'occasion d'y revenir... Sinon le blog fera une pause de trois semaines en mai, repos bien mérité, hors perfusion Internet.