Jean-Jacques Birgé

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 9 août 2022

Les gardiens du temple


Lorsqu'on vit avec des chats on se demande toujours qui sont les maîtres. Dans la plupart des cas les félins ont domestiqué les humains qui leur prodiguent caresses, massages, plus le gîte et le couvert, sans aucune contrepartie. Comme je descends dans le Massif Central, en mon absence mes amis s'occupent donc des bestioles et de la maison.


Django est souvent en vadrouille, de jour comme de nuit. Mais si je ne suis pas là il ne rapporte aucun trophée, cadeau qu'il dépose bien en évidence sur la moquette blanche. Je préfère cela à sa lubie de venir jongler avec une souris sur le lit vers trois heures du matin. Il est parfaitement sociable. Ni l'un ni l'autre ne mordent, ne griffent ni ne volent.


Oulala est plus timide, mais tout de même moins craintive que lorsqu'elle était plus jeune. Ils ont environ six ans. Ces derniers temps c'est la plus câline, mais je ne comprends rien à ce qu'elle me raconte alors que Django est très clair. Les chatières étant équipées de systèmes à puce pour éviter les déconvenues du passé, ils vont et viennent comme ça leur chante, mais Oulala ne quitte jamais le territoire. Un de ses fils, Milkidou, qui habite en face, vient squatter régulièrement le jardin...
À peine ai-je terminé mon petit article que je m'aperçois qu'hier 8 août était marqué par la Journée Internationale du Chat. Qu'est-ce qu'on invente pas comme trucs idiots ! Comme dans De l'autre côté du miroir je préfère fêter les non-anniversaires aux anniversaires, 364 contre un, y a pas photo ! Enfin, tout de même un peu, puisque je n'ai pas résisté, au risque d'une surchauffe des serveurs...

lundi 8 août 2022

Neptune Frost, film afro-futuriste de Saul Williams et Anisia Uzeyman


J'ai vu un drôle de film, ce qu'on a l'habitude d'appeler un ovni (audiovisuel non identifié). C'est bancal, ça met du temps à démarrer, mais ça fait tâche dans le paysage audiovisuel de plus en plus consensuel. La critique s'emballe, évoque le futur du cinéma noir, mais ça ne vient pas de nulle part. J'ai immédiatement pensé au film underground Space is The Place de John Coney avec Sun Ra ou au blockbuster Black Panther de Ryan Coogler. L'esthétique afro-futuriste fait partie de la mythologie afro-américaine, l'idée d'un grand empire, comme ceux du Mali, du Songhaï et du Monomotapa, et de son empêchement par l'esclavage. La résistance a beau s'organiser, le fantasme n'en est pas moins typiquement américain. Le film Neptune Frost jouit d'une esthétique à la fois roots et hi-tech. Certains évoquent une comédie musicale de science-fiction, d'autres une histoire d'amour entre une fugueuse intersexuée et un mineur de coltan. Dans tous les cas, les ingrédients sont suffisamment sexy pour faire le buzz.


Citer plus haut le musicien interstellaire Sun Ra n'est pas innocent. Neptune Frost est coréalisé par le poète-rappeur américain Saul Williams et la metteuse-en-scène française d'origine rwandaise Anisia Uzeyman. Saul Williams en a composé la musique, mêlant tambours et électronique. Il tenait aussi le rôle principal du film Slam de Mark Levin en 1998. Comme lui avec qui elle est mariée, Anisia Uzeyman est écrivaine et comédienne. Les rôles principaux sont tenus par Cheryl Isheja, Bertrand Ninteretse, Eliane Umuhire, Elvis Ngabo. La magie des nouvelles technologies de la communication est contrebalancée par une dénonciation de l'exploitation des Africains dans la course au progrès aux mains des multinationales et une critique du patriarcat. Portées par une poésie ésotérique exprimée en plusieurs langues, les meilleures scènes sont tout de même les musicales et chorégraphiques. Neptune Frost a tout pour devenir un objet culte, esthétiquement ambitieux, malgré ses imperfections qui le rendent attachant dans un monde de contrôle, tant formellement qu'idéologiquement.

jeudi 4 août 2022

Lila Bazooka, duo imbriqué ou solo enveloppé ?


J'ai d'abord entendu Lila Bazooka en concert au Comptoir de Fontenay. Je connaissais Sophie Bernado, entre autres pour avoir enregistré l'album Arlequin et le concert Défis de prononciation en trio avec elle et la vibraphoniste Linda Edsjö. Auparavant je l'avais découverte au sein de l'ensemble Art Sonic et entendu plus tard avec L'arbre rouge ou le White Desert Orchestra. J'ai toujours aimé les bois et particulièrement le basson, instrument hélas peu courant dans l'histoire de la musique improvisée. Je ne suis capable de citer que Lindsay Cooper et Youenn Le Berre dont ce n'était pas l'instrument principal, mais avec qui j'ai eu la chance de travailler. Sophie Bernado est avant tout bassoniste, même si elle chante comme ici, ou fait du Beat Box ailleurs. J'avais également repéré l'ingénieure du son Céline Grangey dans de multiples disques où le son magnifiait la musique. Or les voilà réunies au sein du duo Lila Bazooka, sorte de solo enveloppé.


Tandis que Sophie Bernado souffle et appuie sur ses pédales d'effets Céline Grangey triture le son sur son ordinateur, diffuse des field recordings ou des séquences électroniques. La musique est à la fois grave et aérienne. Le drone plane au dessus de la mêlée. Les boucles d'anche double tournent en derviche, s'accumulant les unes sur les autres. Les paysages japonais qui donnent son titre à l'album, Arashiyama, défilent comme à la fenêtre du Shinkansen, même si ce train ne passe pas devant ce lieu-dit proche de Kyoto et si la vitesse du son est ici celle de la méditation. Ni 300 mètres par seconde, ni 300 km à l'heure. Juste le temps qu'il faut pour se laisser porter par le rêve. Elles y ont tout de même séjourné. Sur deux pièces, Ko Ishikawa les rejoint au sho, l'orgue à bouche japonais. Voilà près d'un demi-siècle que je passe mes instruments acoustiques à la moulinette des effets électroniques et ce en direct, mais je n'ai que deux mains, deux pieds et une bouche. Je reconnais forcément certaines de mes tourneries, mais c'est un véritable plaisir d'apprécier le jeu à quatre mains des deux musiciennes. Céline travaille le bas-son de Sophie avec une grande finesse, privilégiant les passages lents et progressifs. Leur complicité est essentielle. Sophie peut se concentrer sur son anche. Solo ou duo, je ne sais pas, mais Lila Bazooka fonctionne à merveille.

→ Lila Bazooka, Arashiyama, CD Ayler Records, dist. Orkhêstra (12€ sur Bandcamp, 9€ en numérique)

lundi 1 août 2022

Ornette Under The Repetitive Skies III


Le violoniste Clément Janinet et son projet O.U.R.S. (Ornette Under The Repetitive Skies) tient ses promesses, entre musique répétitive reichienne et free jazz colemanien. Quatre ans après le premier album, avec les mêmes comparses, soit le saxophoniste Hugues Mayot, le contrebassiste Joachim Florent et le batteur Emmanuel Scarpa, il joue les derviches du swing. Le ténor fait irrésistiblement penser à Gato Barbieri quand il n'est pas au piano. Le violoniste se fait discret, mandolinant parfois et préférant surtout miser sur le timbre du groupe. Tous participent à la percussion, le batteur devenant un temps vibraphoniste, Arnaud Laprêt leur prêtant patte forte sur Purple Blues. On se croyait perché en haut de montagnes reposantes, on se retrouve danser dans des plaines vallonnées. Les crins croisent l'anche pour un jazz très seventies, revival digéré, entraînant, euphorique, revendicatif. Le Liberation Music Orchestra a fait des petits. Ils ont grandi. Sur le sixième et dernier morceau de l'album, ils sont rejoints par le chanteur camerounais Ze Jam Afane qui a composé cet Odibi, histoire de reprendre calmement son souffle, le temps de laisser revenir les fantômes.

→ Clément Janinet, Ornette Under The Repetitive Skies III, CD BMC, dist. L'autre distribution, sortie le 8 septembre 2022

vendredi 29 juillet 2022

Abdou Boni, Antheil, Patkop et TOC


Trois disques, parmi d'autres évoqués plus tard, ont retenu mon attention en cette période charnière entre juillet et août. Le premier est le nouveau CD de Patkop chez Alpha. La violoniste virtuose d'origine moldave Patricia Kopatchinskaja en duo avec le pianiste finlandais Joonas Ahonen présente un de ses récitals dont elle a le secret, mêlant classique et contemporain autour d'un sujet, d'une ambiance, d'un propos. Le compositeur George Antheil et sa première sonate se retrouvent entourés par Morton Feldman, Beethoven (sonate pour violon et piano n°7) et John Cage sans que l'on soit surpris par leur association. Cela coule de source.

Puisqu'il est question de ce compositeur américain hors normes, enfant terrible auteur du Ballet mécanique filmé par Dudley Murphy et Fernand Léger, mais aussi (!), et ce avec la belle actrice-scénariste-productrice sexy Hedy Lamarr (Extase, film sulfureux pour l'époque), du premier brevet d'un système de codage des transmissions dit étalement de spectre par saut de fréquence, proposé alors pour le radioguidage des torpilles américaines durant la Seconde Guerre mondiale, et utilisé actuellement pour le positionnement par satellites (GPS, etc.), les liaisons chiffrées militaires ou dans certaines techniques Wi-Fi, je conseille donc aussi l'acquisition du CD Fighting The Waves où sa musique est interprétée par l'Ensemble Modern. La phrase est longue, mais ces deux-là ont eu une vie incroyable.

Le quadruple CD du groupe TOC formé par le pianiste électrique Jérémie Ternoy, le guitariste électrique Ivan Cruz et le batteur Peter Orins est égal aux précédents albums du trio. Chacun des quatre concerts suit à peu près le même schéma, l'ambiance bruitiste délicate se transformant en tempête de plus en plus rythmée jusqu'à l'extinction. On est pourtant chaque fois saisi par la montée progressive des boucles erratiques, glissements progressifs du plaisir allant de l'électroacoustique vers le rock pour s'épanouir en free jazz. Si leur musique à courant continu semble à l'opposé de mes montages alternatifs, je m'y retrouve étonnamment sans jamais aucune lassitude, conduit par la transe de l'électricité.

Sur le même label, le duo de la jeune saxophoniste Sakina Abdou et du guitariste aguerri Raymond Boni dressent un pont entre les générations et la manière d'aborder l'improvisation free avec délicatesse et intelligence. Musique de chambre hexagonale où les notes rebondissent d'un mur à l'autre, où le parquet grince quand Abdou souffle dans ses flûtes et où les anches volent dans les cordes. Comme je l'écrivais plus haut, ça coule des sources.

→ Patricia Kopatchinskaja & Joonas Ahonen, Le monde selon George Antheil, CD Alpha
→ Ensemble Modern, dir. HK Gruber, Fighting The Waves (Music of George Antheil), CD BMG paru en 1996
→ TOC, Did It Again, 4 CD Circum-Disc, sortie septembre 2022
→ Abdou Boni, Sources, CD Circum-Disc, dist. Allumés du Jazz / Atypeek, sortie septembre 2022

mercredi 27 juillet 2022

Ernest Pignon Ernest à Landerneau


Comme j'étais en Bretagne j'en profitai pour faire un saut à Landerneau où le Fonds pour la culture Hélène & Édouard Leclerc expose Ernest Pignon Ernest jusqu'au 15 janvier 2023. On avait pique-niqué le long de l'Élorn près du pont habité de Rohan. Aucune cabine téléphonique dans la ville pour expliquer aux enfants comment on faisait avant les portables. Je ne me souviens plus si c'était ces miséreux ou Rimbaud sur un mur qui la première fois me fit découvrir une affiche de l'artiste, mais c'était à la fin des années 70 lorsque je travaillais avec Michel Séméniako et Marie-Jésus Diaz pour UniCité. Ernest Pignon Ernest reste pour moi la référence la plus ancienne du street art en France, l'art urbain, même s'il a collé un peu partout sur la planète. Son œuvre est intimement liée à son engagement politique. À l'époque j'étais compagnon du route du PCF, même si je n'adhérais pas au révisionnisme proto-stalinien ni au Programme Commun. Lorsqu'on dit que E.P.E. fait des œuvres en situation, il préfère répondre qu'il fait œuvre des situations. À l'instar des Jean-Luc Godard il aime retourner les phrases comme une chaussette pour s'approprier l'espace public où il colle...


Le conservateur Jean de Loisy a sélectionné trois cents œuvres, dessins, photographies, installations, montrant son engagement critique et la virtuosité de ses traits. E.P.E. commence par des pochoirs, passe aux dessins à la pierre noire et aux sérigraphies qu'il place toujours dans des lieux en rapport avec le sujet. L'ombre portée de l'homme foudroyé par l'éclair nucléaire de Hiroshima ne le quittera jamais. Ses Pasolini portant sa propre dépouille sont symptomatiques de la souffrance subie par les plus fragiles, de l'injustice que la société impose à ceux qui ruent dans les brancards en refusant de se taire. Il colle donc Pasolini assassiné à Rome, Matera, Naples, dans des lieux qui riment avec la vie et la mort du cinéaste-poète...


Chaque salle porte un titre. Ecce Homo, Soulèvements, Naples (Anabases et catabases), Derrière la vitre, Dans l'atelier, Pasolini (Si je reviens), Le poète fait son pays, Mystiques, Droit au cœur, Victor Segalen. Les esquisses montrent le travail minutieux de l'artiste, ses recherches du moindre détail, pour qu'il exprime ce que visent les poètes. Il en fait leurs portraits. Artaud. Desnos. Genet. Maïakovski. Neruda. Mahmoud Darwich. Jacques Stephen Alexis. Des anonymes. Il installe les grandes mystiques qui ont laissé des écrits, Marie Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, Marie de l'Incarnation, Louise du Néant, Madame Guyon. Le corps est sanctifié. Le visage creusé. Il marche sur les traces de Leonardo da Vinci, déterrant les cadavres, mais de manière métaphorique. Il exhume les victimes, morts vivants d'une société inique qui les dépouille. À Calais, Soweto, Ostie...


E.P.E. lutte contre l'oubli. Je reconnais Maurice Audin, jeune mathématicien communiste assassiné en Algérie par les militaires français. Sa femme, qui a passé sa vie à se battre pour que la vérité sur sa mort éclate, habitait à deux pas et le parc du Château de l'étang où je marche quotidiennement a été rebaptisé Parc Josette-et-Maurice-Audin. Je pense souvent à lui, comme aux autres figures dessinées par Ernest Pignon Ernest. Nous partageons ces images pieuses, fondamentalement laïques et révolutionnaires.

lundi 25 juillet 2022

Une plume au poil


Comme toujours sous la plume au poil de Franpi Barriaux un bel article sur le CD Plumes et poils d'Un Drame Musical Instantané reformé pour l'occasion. Trente ans que je n'avais pas enregistré avec Francis Gorgé et toujours autant de plaisir et de complicité, comme avec le poète Dominique Meens... C'est dans Citizen Jazz !

Il y a presque 30 ans, l’écrivain et poète Dominique Meens faisait paraître Ornithologie du promeneur, qui observait les oiseaux. Dans un article de Libération, à l’occasion de cette sortie, Meens suggérait : « L’ornithologue explique l’oiseau à l’homme, j’explique l’homme aux oiseaux » ; dans « Alors Voilà » et ses cloches de montagne qui inventent une vallée à l’oreille des auditeurs, entre piaillements de petits oiseaux et autres nappes narratives, le poète nous parle d’un corbeau des sommets et de son sens du rythme. La mise en scène est l’œuvre de Jean-Jacques Birgé et de Francis Gorgé, deux compères qui ont le sens de l’image. Mais la fresque n’est pas que naturaliste, et les quinze titres de Plumes et Poils permettent d’autres ambiances à l’image d’« instantanés » et de son approche plus abstraite, morcelée, où les oiseaux sont de passage.
Il y a trente ans, Un Drame Musical Instantané (UDMI) se séparait. On a pu bénéficier, depuis, de nombreuses rééditions, mais après la mort de Bernard Vitet, indéfectible dernière arête du triangle, on pensait que le mythique orchestre avait la destinée des ptérodactyles, définitivement éteints malgré la fascination qu’ils continuent d’exercer. C’était compter sans l’envie qu’avaient Birgé et Gorgé de se retrouver réunis, que l’on peut goûter dans « Piquets », construction typique de l’UDMI, entre sons électroniques agissant comme un psychotrope actif et générateur d’images, profusion des instruments et soudaines explosions de guitare. Vitet manque, bien sûr, mais on pourrait parfois l’entendre flotter, au moins dans les souvenirs. Voire dans la performance de Dominique Meens qui habite ses textes avec une théâtralité que le trompettiste n’aurait pas reniée. Notamment la crudité sardonique de la scène de chasse de « Sus Scofra ».
Dominique Meens ne remplace pas Bernard Vitet dans UDMI. Personne ne remplace Vitet. Mais le poète connaît bien l’univers du groupe : il a travaillé avec ses membres dès les années 70, et Plumes et Poils est l’occasion de faire revivre une parole et un univers toujours aussi singulier. On observe le monde qui tourne avec le disque, et les oiseaux et les mammifères qui le peuplent semblent l’observer avec nous, comme dans un miroir vaguement déformant ou inquiétant (« Hirondelle »). Le travail de Jean-Jacques Birgé sur le futur et l’apocalypse climatique est aussi passé par là. L’évaporation des oiseaux est un drame. L’extinction de masse est un drame. Plumes et Poils est un drame musical instantané : la possibilité divergente de mettre un peu de poésie et d’inattendu dans l’inéluctable processus.

jeudi 21 juillet 2022

Images de la semaine


En nous baignant sous la pluie...


Bataille de cerfs-volants le matin tôt...


Vue sur l'océan en arrivant le premier jour...

mercredi 20 juillet 2022

in Jazz News de juillet-août


Photo de JJB avec Lionel Martin prise par Christophe Charpenel et parue dans le Jazz News de juillet-août à l'occasion de la sortie du vinyle Fictions sur le label Ouch!

vendredi 15 juillet 2022

Pause estivale


L'habitude m'est restée de considérer l'année en suivant le calendrier scolaire. Celle qui s'évapore avec la canicule fut particulièrement chargée. Y en eut-il de différentes. Je ne sais pas. La mémoire fait ses choix. Septembre a toujours indiqué la reprise alors que le Jour de l'An marquait une simple pause sans signification. En juillet dernier je faisais donc mon tour de France des copains, avant mon opération de la thyroïde, et j'entamai une relation joyeuse qui vient de prendre fin avec les beaux jours. Tout s'est bien terminé et je peux penser à autre chose, ou plutôt envisager de laisser sereinement les évènements décider de mon avenir. Le virus ayant finalement réussi à me rattraper, je prends du repos sur une plage bretonne. La publication d'archives (un CD, deux cassettes, un vinyle 17 cm) et de nouveautés (un CD, un vinyle 30 cm et deux autres albums en ligne) m'a bien occupé, tandis que je renouvelais mon instrumentarium avec des machines électroniques très amusantes. Après une énième collaboration vidéographique avec le merveilleux collectif 4mn34, je viens de terminer l'application Sommeil de Marmotte commencée avant le premier confinement. Une autre partie de plaisir, l'appli, pas la gestion de la crise sanitaire qui a eu raison du spectacle lié à l'album Perspectives du XXIIe siècle ! Le film qui en découle sortira tout de même un de ces jours en DVD, et j'apprends à l'instant qu'il sera projeté en avant-première au Quai Branly le 24 septembre prochain. Je vous le disais. Septembre est un mois clé, signe de reprise, ou pas, cela dépend des années...


J'ignore encore si j'irai à Venise écouter la musique composée avec Jean-Brice Godet et Nicholas Christenson pour The Theatre of Apparitions de Roger Ballen dans la pavillon sud-africain de la Biennale. J'ai besoin de souffler un peu. Écrire quotidiennement, alternant chroniques militantes, introspection impudique et considérations généralistes, exige une discipline qu'il est bon de laisser de côté de temps en temps. Amateur de surprises, je laisse la porte ouverte. Par cette chaleur il est bon de faire des courants d'air...

jeudi 14 juillet 2022

The Offer et Irma Vep, making off fictionnalisés


The Offer est un making off fictionnalisé de The Godfather, tournage vu sous l'angle de son jeune producteur, Al Ruddy. Regarder cette mini-série m'a donné envie de revoir les trois films de Francis Ford Coppola autour du Parrain, et en définitive je crois que j'ai préféré les coulisses à ce qui est considéré bizarrement comme un des chefs d'œuvre du 7e art. Le premier film (1972) vaut évidemment pour la présence de Marlon Brando dans le rôle titre et la paraphrase du film sur les États Unis. Le second (1974), au scénario plus inventif, est de loin le meilleur avec Al Pacino, excellent, tandis que le troisième (1990) s'empêtre dans la culpabilité catholique et la corruption vaticanesque. Quand je pense qu'on le compare à Citizen Kane pour son portrait de l'Amérique, je m'étonne. Mais ce pays et ses vassaux ont toujours besoin de rénover le mythe, de le perpétuer en conservant sa fascination pour son redoutablement efficace pouvoir machiste et violent.


The Offer échappe à ces poncifs. C'est un regard sur Hollywood, ses démêlés d'alors avec la Mafia (Joe Colombo joué par Giovanni Ribisi), les rapports hiérarchiques entre décideurs (Al Ruddy par Miles Teller, Robert Evans par Matthew Goode, Charles Bluhdorn par Burn Gorman, Barry Lapidus par Colin Hanks, Bettye McCartt par Juno Temple) et les doutes de ses créateurs, l'écrivain à succès Mario Puzo (Patrick Gallo) et Coppola (Dan Fogler). Je cite les rôles principaux tant l'interprétation est capitale dans ce genre de biopic où apparaissent des comédiens interprétant Brando, Pacino, Sinatra, Ali MacGraw, Diane Keaton, James Caan, Robert Duvall, Robert Redford, etc. The Offer, réalisé entre autres par Dexter Fletcher, est une intéressante plongée dans le monde du cinéma, tant son économie que ses techniques.


Simultanément, je suis avec tout de même plus d'intérêt la reprise de Irma Vep par Olivier Assayas, nouvelle adaptation en mini-série gigogne avec Alicia Vikander, Vincent Macaigne, Lars Eidinger, Jeanne Balibar, Vincent Lacoste, Hippolyte Girardot, Pascal Gregory... Le réalisateur mêle avec virtuosité les feuilletons originaux des Vampires de Feuillade avec Musidora en 1915, des références à son long métrage de 1996 qui m'avait déjà emballé, les nouvelles scènes et un faux making off. On se rapproche de La nuit américaine de Truffaut, remarquable évocation du cinéma, du film dans le film. Là où The Offer flirte avec le blockbuster, Irma Vep vise l'expérimental, tant dans la forme que dans le fond. L'interprétation de Macaigne, metteur en scène paumé, et Eidinger en junkie allumé (vu dans Sense8 ou Babylon Berlin) me happent particulièrement. Le montage fait le reste dans cette mise en scène aux émotions et pratiques branchées, typiques de notre époque.
Dans le cas de The Offer comme d'Irma Vep, surmonter les difficultés fait partie du processus créatif, sérendipité parfois plus créative que le confort espéré.

mercredi 13 juillet 2022

Julien Pontvianne / Abhra : 7 poems on water


J'ignore à quoi ressemble Seven Poems on Water de Julien Pontvianne et son sextet Abhara, plongé entre la monotonie de Michael Mantler et les évocations célestes de Portishead, sorte de méditation new age aux timbres inédits. Le précédent album s'inspirait du transcendantaliste Thoreau. Ces sept nouveaux poèmes tournent autour de l'eau. Qu'ils soient de Raquel Ilon de, W.G. Sebald, Alessandro Baricco, William Carlos Williams, Priyal Prana, Emily Dickinson ou Nazim Hikmet, tous traduits en anglais, importe moins que l'atmosphère légère qu'ils dégagent, comme un brouillard matinal flottant au-dessus d'un étang. Isabel Sörling murmure à la limite de susurrer pour ne pas réveiller la forêt. L'orchestration est intemporelle : Julien Pontvianne au saxophone, Francesco Diodati à la guitare, Alexandre Herer aux claviers, Adèle Viret au violoncelle et Matteo Bortone à la contrebasse en forment le limon. Tout au long de cette délicate aquarelle, on entend pousser les plantes et se réveiller les insectes. L'évaporation. Tendresse absolue. Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Eternité. C’est la mer allée avec le soleil.

→ Julien Pontvianne / Abhra, Seven poems on water, CD / LP Onze Heures Onze, dist. Absilone, et sur Bandcamp, sortie le 30 septembre 2022

mardi 12 juillet 2022

Une vie saine ?


Mes mouvements insomniaques sont probablement dus à un mauvais dosage du Lévothyrox. Je redescends la posologie à l'alternance 100mg/75mg qui me réussissait mieux. Cela prendra quelques jours avant de constater les effets. Recommencer à jouir d'une vie saine. 6 heures du matin, promenade quotidienne en marche afghane en traversant le Parc Josette-et-Maurice-Audin désert qui semble resté ouvert la nuit (en fait, quatre jours plus tard, la grille était cadenassée, ouverture après 8h, je contourne). 6h30, sauna. 7h, petit déjeuner. En général la publication de mon blog s'effectue après minuit ou bien au réveil. Vers 10h ma journée pourrait être terminée, mais le téléphone sonne, la liste des choses à faire revient au devant de la scène. Là, par exemple. Et puis c'est terminé.
Je suis en vacances. Je suis en vacances comme je suis au régime de la retraite. Chez moi cela ne signifie rien. Ma vie de travailleur acharné est une si longue présence, voire plusieurs dans ce mille-feuilles quantique qui m'obsède. Est-ce que je travaille sans cesse ou jamais ? Je ne m'arrête qu'en présence d'un tiers, ou d'une tierce. Un temps et deux mi, ça fait entier dans un monde à part. À part quoi ? C'est souvent en ne pensant plus à rien que les idées viennent. Ou au contraire, en inscrivant correctement les termes de l'équation. Alors le résultat vous saute aux yeux, il vous prend à la gorge, c'est bon. Mais combien peuvent l'entendre ? Je marche. Porté par un vecteur qui tend vers l'infini. C'est passionnant. L'infini. Ensemble. Je n'ai pas cessé de penser au dernier vers d'Apollinaire dans son poème 1904 que Poulenc mit en musique. Partager est le secret d'une vie saine. Cela ne se commande pas. Tombé des nues, je serai pris encore une fois. Ciel, moi mari ! J'aime tant les surprises, alors cette fois je laisse le temps faire son travail.

lundi 11 juillet 2022

Qu'est-ce que la musique ? par David Byrne


Ma bibliothèque musicale comprend des centaines d'ouvrages plus ou moins indispensables, d'autres parfaitement anecdotiques. Dans le salon résident ceux qui traitent d'un compositeur ou d'un genre particulier. Certains artistes qui ont compté à une époque particulière de ma vie accumulent les références, tels Charles Ives, Edgard Varèse, Arnold Schönberg, Gustav Mahler, Erik Satie, Francis Poulenc, Glenn Gould, Frank Zappa, Robert Wyatt, les Beatles, etc. Des collections comme celles du Mot et le Reste, nombreux dictionnaires, des livrets d'opéra, des biographies, des livres d'images se voient de loin sur les étagères. Comment me passer des entretiens de Varèse avec Charbonnier, des livres de Cage, des souvenirs d'Yvette Guilbert ou Denise Duval, du Style et l'Idée, des recueils de Daniel Caux ou Carles-Comolli, Philippe Langlois, Philippe Robert ou Jean-Noël von der Weid, Alex Ross ou David Toop, des photographies de Guy le Querrec ou Guy Vivien, de la BD Underground ? J'ai déplacé dans le studio les ouvrages plus techniques, partitions de jazz et de tango, classiques et contemporaines, traités d'orchestration de Koechlin, l'incontournable Acoustique et Musique de Leipp, ceux consacrés à des instruments, etc. Dans les archives on trouvera les revues comme L'Art Vivant, Musique en Jeu, Jazz Ensuite, Le Journal des Allumés, Muziq, etc. J'y puise régulièrement des informations, des pistes, petits cailloux semés au fil de mes découvertes.
Étienne Brunet m'en signale un qui me manquait et m'intéresserait forcément, Qu'est-ce que la musique ? de David Byrne. Si le fondateur des Talking Heads prend parfois exemple sur son travail, il embrasse un éventail extrêmement large de sujets qui tournent autour de la musique, d'une manière à la fois encyclopédique et tout à fait personnelle. Je me sens aussitôt beaucoup d'affinités avec ce point de vue documenté qui aborde aussi bien les techniques d'enregistrement et de diffusion, l'économie des différents supports, compare le studio et la scène en livrant ses recettes explorées au fil de sa carrière, sans prendre parti pour aucune manière, mais réfléchissant sans cesse au pour et au contre. Ces 450 pages partent dans tous les sens, mais c'est parfaitement structuré. Tout amateur de musique devrait y trouver son compte, a fortiori les musiciens qui s'interrogent souvent sans connaître tous les rouages d'un métier protéiforme.

→ David Byrne, Qu'est-ce que la musique ?, trad. Claire Martinet, ed. Philharmonie de Paris, 28€

vendredi 8 juillet 2022

Grand-Papa et Grand-Maman


[...] Apercevant les deux cadres sur une étagère de ma tante Arlette [décédée en février 2020 à 95 ans] je n'ai pas reconnu mes grands-parents. Avais-je seulement jamais vu cette photo prise à L'Isle-Adam à la fin des années 20 alors qu'ils étaient encore jeunes avec leur fille aînée à leurs côtés ? La naissance de ma mère [décédée en février 2019 à 90 ans], qui ne porte aucun intérêt au passé, ni au futur d'ailleurs, réduisant ainsi la conversation aux sujets d'actualité, suivrait probablement de peu ces portraits de famille. Il n'y a presqu'aucune trace généalogique dans ses placards. Sur les images mon grand-père, pas encore chauve, porte la moustache et ma grand-mère, si elle a perdu sa taille de guêpe, n'est pas encore la grosse dame de mon enfance qui portait chapeau avec épingles. La bonhommie de Roland, la clope au bec, contraste avec le sourire forcé de Madeleine. Sur les rares photos que j'ai faites de Grand-Maman, elle tire la langue. Papa [décédé en janvier 1988 à 70 ans], qui n'avait pas eu de mère et dont le père n'était pas revenu d'Auschwitz, les appelait Papa et Maman, ce qui ne l'empêchait pas de se chamailler avec Grand-Papa, gaulliste fidèle.
Ma grand-mère [décédée en février 1966 à 67 ans], qui nous gardait le jeudi, se plaignait qu'avec mon taquin de cousin nous la fatiguions. Je revois Serge me promener en courant avenue Constant Coquelin avec la poussette en osier qui servait au marché ou lors de nos excursions au cinéma La Pagode. Lorsque Grand-Maman se réveillait de sa sieste, nous avions le droit à un bonbon, grande boîte ronde en métal cachée dans l'armoire au milieu des draps ou à une pastille Vichy dans la bonbonnière posée sur sa table de nuit. Plus tard j'aurai coutume de l'appeler pour lui annoncer le résultat de mes classements scolaires [Je sentais qu'il me fallait de bonnes notes pour attirer leur tendresse déficiente, elle comme ma mère. Elles étaient toutes deux très complexées physiquement]. Ses joues tendres rappelaient la guimauve et une odeur de poudre de riz s'envolait lorsque nous l'embrassions. Les deux photographies me font l'effet d'une découverte archéologique. J'y cherche la réponse aux énigmes de la famille, feuilletant mes souvenirs comme les pages jaunies d'un livre qui s'écrit paradoxalement au fur et à mesure que je grandis.

Pour évoquer mon grand-père maternel [décédé en février 1974 à 77 ans, décidément les débuts d'année, en particulier le mois de février, semblent fatals à la famille !], je joins à cet article du 27 janvier 2010 un plus ancien du 26 décembre 2008 et un très récent du 18 octobre 2021.

PARADE


Quand j'étais petit, mon grand-père m'emmenait chaque année assister à la Parade de la Garde Républicaine. Mon passage préféré était l'escadron motocycliste roulant au ralenti et tricotant d'étonnants enchevêtrements en équilibre sur leurs engins. L'ensemble ressemblait à un défilé militaire à travers les âges. Je crois que Grand-Papa aurait aimé continuer l'armée plutôt que faire le représentant en toile de tente. C'est comme cela que je m'en souviens. Il répétait imperturbablement l'histoire de sa jument qui s'appelait Arlette (comme son aînée !) ou nous donnait des cours théoriques de tir au mortier, surtout si mon cousin Alexandre l'y exhortait avant de prendre le large, nous plantant là. Pour mes exposés sur la Guerre de 14, l'officier de réserve, c'est ainsi qu'il aimait se représenter, me prêtait son casque de poilu, sa citation de blessé à Verdun et ses décorations. Il militait à la Protection Civile. Mon père le provoquait politiquement parce qu'il était resté gaulliste après 1945, il l'appelait Papa, lui dont la mère était morte de la typhoïde lorsqu'il avait trois ans et dont le père était parti en fumée à Auschwitz. Je l'aimais bien, même si les échanges étaient limités. Je me suis fait réformé ! J'entretenais par contre une vraie complicité avec ma grand-mère que nous appelions Grand-Maman. Il se prénommait Roland et elle Madeleine. Ma mère n'aurait jamais supporté que ses petites-filles l'appellent autrement que Geneviève. Le film transmis par Henri Texier m'a rappelé ses nuits de mon enfance que je partageais seul avec mon grand-père. Ah, la précision suisse, le chocolat, la neige, le paradis fiscal, ça grise !

GRAND-PAPA


Ayant souvent évoqué mon grand-père paternel, Gaston, disparu à Auschwitz, j'ai négligé ici Grand-Papa décédé à 77 ans lorsque j'en avais 21. Grand-Maman était partie huit ans plus tôt. Ils étaient nés tous deux à la fin du XIXe siècle et ma mère était la seconde de leurs trois filles. Tous les jeudis ma grand-mère me gardait avec mon cousin Serge, qui, quatre ans plus âgé que moi, se souvient de quantité de détails qui m'ont échappé. Grand-Papa était représentant en toiles de bâche pour les Établissements Jeanson à Armentières, il avait, entre autres, comme client Trigano dont le slogan au lancement du Club Méditerranée était "Le camping, c'est Trigano". Il aurait préféré faire une carrière militaire, mais sa famille l'en empêcha. Je me souviens qu'il avait connu Erik Satie et Max Jacob, mais je ne sais plus dans quelles circonstances. Grand-Papa avait la nostalgie de l'armée. Il racontait souvent comment il avait sauvé ses hommes dans les tranchées avec un petit coup de gnôle, la technique du tir au canon de 75 et au mortier, ou que sa jument s'appelait Arlette, prénom qu'il donna ensuite à son aînée ! J'aimais bien mon grand-père que mon père, son gendre, appelait Papa, peut-être pour avoir perdu le sien... C'était un homme gentil, un peu réservé, qui semblait vivre dans un autre monde. Comme à la fin de sa vie il conduisait pied au plancher jusqu'à couler une bielle, aucun de nous n'avait envie de l'accompagner, mais il en fallait toujours un qui se sacrifie. Les jours où c'est tombé sur moi, je n'en menais pas large. À la sortie du garage où il avait conduit sa 403 après un accident, il pouvait très bien emplafonner un autre véhicule et faire demi-tour aussi sec !
Écolier, puis lycéen, j'ai souvent fait des exposés sur Verdun où il avait été blessé et prisonnier en 1916 alors qu'il était officier aspirant ; j'emportais sa citation pour l'occasion, un casque de poilu et quelques médailles dont sa Légion d'Honneur. Grand-Papa la portait d'ailleurs à la boutonnière, une rosette rouge. Il avait participé aux deux guerres, été fait prisonnier à nouveau en juin 1940 dans le Cotentin, rapatrié comme chargé de famille avant de devenir chef du ravitaillement pour le Cantal, d'abord dans la Résistance (commandant dans les FFI), puis à la Libération. En fouillant dans les archives, mon cousin a trouvé une photo du Lieutenant Roland Bloch au 24ième Régiment d'Infanterie, qu'il pense avoir été prise entre 1924 et 1935. À l'époque les officiers étaient à cheval. On appréciera la longueur du sabre. Officier de réserve, il se tournera plus tard vers la Protection Civile. Il m'emmena chaque année revoir le Tombeau de Napoléon aux Invalides qui étaient proches de leur appartement de l'avenue Constant-Coquelin et à la Parade de la Garde Républicaine. Ce défilé de soldats en costumes à travers les siècles se terminait par les acrobaties de l'escadron motocycliste. Depuis, je n'ai jamais pu prendre vraiment au sérieux un motard de la police, me rappelant les figures incroyables qu'ils réalisaient debout sur leurs marche-pied. Quant à l'armée, j'ai préféré me faire réformer P5 plutôt que de perdre un an à jouer à la guerre. Il faut dire qu'à l'époque j'étais plutôt "Peace & Love" et qu'en 1975, sursitaire, je travaillais déjà comme compositeur dans le monde de l'audiovisuel.
Je ne possède presque aucun objet lui ayant appartenu. Ma jeune tante, qui vécut avec lui jusqu'à la fin de sa vie, s'est débarrassée de tant de souvenirs de famille qui auraient pu nous intéresser. Dont le piano, un crapaud qui trônait dans un coin du salon ! Quelques pipes dorment au fond d'un de mes tiroirs. Deux plateaux marocains en cuivre au grenier et deux vases réalisés à partir de culots d'obus. Je crois que c'est tout. De ma grand-mère, une sculpture représentant deux petits singes que j'aime énormément, un vase en verre vert Modern Style et quelques partitions. La dernière semaine de sa vie, comme le personnel hospitalier exhortait mon grand-père à se nourrir, il répondit qu'il ne comprenait pas pourquoi on l'ennuyait alors qu'il avait déjeuné le midi-même d'un homard à la crème au restaurant de la Tour Eiffel. Belle manière de tirer sa révérence !

jeudi 7 juillet 2022

Rochers à la noix de coco


Le virus m'ayant chipé 5 kg, je préférerais les lui laisser, mais la gourmandise me laisse craindre que certains vont repointer leur museau. J'ai ainsi retrouvé cette recette du 27 février 2010 dictée par ma camarade Pascale avant qu'elle n'attrape le TGV pour rejoindre sa garrigue. Elle avait eu le temps d'enfourner des rochers à la noix de coco dans le four à 160°...
Elle avait donc battu 125g de noix de coco râpée, 80g de sucre et un œuf. Elle avait pris la cuillère à glace pour faire des petites boules avec la pâte obtenue qu'elle avait déposées sur un papier sulfurisé. 20 minutes plus tard, il ne restait plus qu'à attendre qu'elles refroidissent. La fois suivante j'essayai avec du sucre en poudre 100% non raffiné de cocotier trouvé aux Nouveaux Robinson à Montreuil.
J'adore les recettes rapides et simplissimes qui produisent un effet bœuf, comme ces rochers à la noix de coco, le pâté de foie ou le caviar d'aubergines. Bonne dégustation ! Vous m'en direz des nouvelles...

mercredi 6 juillet 2022

Pouce !


Le chirurgien spécialiste de la main m'a répondu que j'avais évité les infiltrations, et a fortiori l'opération, en utilisant le pistolet masseur ! L'objet ne me quitte plus. À la moindre crampe, courbature, douleur physique, je fais marcher le marteau piqueur. Le résultat est instantané.
Ayant recommencé à découper et traiter plus de six cents fichiers son, j'ai compris pourquoi c'était le pouce gauche qui à son tour me faisait mal. Dans le studio, actuellement, à la main droite j'utilise une souris, mais ayant acquis un automatisme des gestes je force en torsion sur une articulation de l'autre main. Tous les trente fichiers je fais une pause pour ne pas devenir toqué ni me crisper, épargnant toute la chaîne qui va des poignets jusqu'aux cervicales. Je récupère petit à petit des jours sous l'emprise du virus, mais je suis encore très fatigué et tousser m'irrite péniblement la gorge. J'y vais doucement, changeant souvent de position, y compris en allant m'allonger de temps en temps, parce que je dors en confetti.


Nous complétons l'application sur tablette Un sommeil de marmotte dédiée à l'apnée du sommeil chez les enfants, entreprise il y a quatre ans et interrompue par la crise sanitaire. Je craignais que les jeunes comédiennes aient changé de voix, mais les tests sont rassurants. Lorsque j'aurai traité tous les fichiers américains je serai en vacances. Je passerai une dizaine de jours en Bretagne. Après je ne sais pas. Je suis invité à Köln (Cologne), dans le Massif Central, dans la garrigue nîmoise... Mais la vie réserve tant de surprises...

mardi 5 juillet 2022

La bienveillance


Dès lors qu'une remarque ou une critique est émise par un/e proche dont la bienveillance est absolue, comment ne pas la prendre en toute tendresse ? On peut ne pas être d'accord, voire se rebeller, mais si les faits sont indubitables il faut bien accepter que celles et ceux qui nous aiment ont le devoir de nous prévenir lorsqu'ils/elles pensent que nous prenons la mauvaise voie. Si l'on se braque, tout dialogue est impossible. N'est-ce pas le rôle de nos ami/e/s de nous éviter certains écueils en nous tendant la main ? Cette réflexion peut sembler évidente, mais j'ai été plusieurs fois confronté à un refus total de se reconnaître imparfait/e. Tout le monde se souvient de la tirade finale du film de Billy Wilder, nobody's perfect ! Cette constatation provient essentiellement de certaines expériences de ma vie conjugale, mais je connais tant d'hommes qui n'y échappent pas. S'agit-il d'une culpabilité refoulée ? En tout cas une sacrée régression lorsque la réponse avance une équivalence réciproque sur le mode de çui qui dit c'est çui qui y est. C'est pourtant en reconnaissant mes erreurs que j'ai pu grandir, en tout cas un petit peu, mais chaque fois un peu mieux. Il ne s'agit pas de faire des reproches, ce qui reviendrait à produire de la culpabilité, mais d'éviter de reproduire une erreur, ce qui convoque la responsabilité. La première est tournée vers le passé, la seconde vers l'avenir. C'est avant tout une question de confiance. Celles et ceux qui ont ce pouvoir sur moi n'en jouissent d'aucune manière, leur seule motivation est que j'aille mieux. Je n'imagine pas leur démarche autrement que totalement désintéressée, induite par leur bienveillance, même si leur propre imperfection peut les entraîner à des interprétations erronées ! Et cela, je peux leur sussurer sans qu'ils/elles le prennent mal, puisque cet aveu n'est motivé que par la plus grande bienveillance.

lundi 4 juillet 2022

Triste(sse) nécessaire


Petit moment de faiblesse dans une vie bien remplie. Je dois tant de bonheur à celles et ceux qui m'ont accompagné. À la musique aussi. Ma tristesse passagère a laissé le virus s'infiltrer dans mon bel équilibre. À son tour la fatigue physique a affaibli mes défenses psychologiques. Drôle de manière de terminer une histoire en tablant sur les gestes barrières. Le verdict était tombé : positif. J'erre d'étage en étage, m'arrêtant régulièrement au premier pour une sieste rarement réussie. Pas cette habitude. Selon les heures de l'insomnie, me coucher sur le dos semblait plus efficace que la position fœtale, mais la toux m'étouffe et des lames de rasoir labourent ma gorge. Ne pouvant rien avaler, j'ai déjà perdu cinq kilos. Il faut voir le bon côté des choses.
L'allegro de la première symphonie de Charles Ives ne fait plus son effet. Le ré mineur m'embarquait dans le sens du courant, mais je ne suis plus le même homme. C'est la résistance au mouvement qui rend malade. M'agrippant au clavier du piano, j'ai ressassé la même litanie. J'aurais pu faire tourner la seconde de Mahler. Résurrection porte bien son nom. Là encore ce n'est plus ça. Je tente le dernier Kendrick Lamar. Se livrer impudiquement fait vibrer les cœurs qui ne savent plus à qui s'adresser ou ruent dans leurs brancards. Trop sont anesthésiés. Nous vivons dans un monde soporifique.
Les questions existentielles sont reléguées à un égocentrisme que les croyants pensent éviter en consultant des professionnels tarifés. Comme s'il n'existait qu'une seule voie et ses variations, alors qu'on n'est pas plus mal portant sur les autres continents. À chacun/e sa solution. Pourquoi vouloir rendre la démarche incontournable ? Je me cabre. On peut avoir des convictions sans être un homme de foi. Ce sont les questions qui me meuvent, pas les réponses.
Ma détermination est souvent interprétée comme une précipitation. Pourtant rien ne se serait jamais concrétisé si j'avais respecté le planning des sentiments que la plupart s'imposent. Me jeter à l'eau m'a permis de court-circuiter ma timidité originelle. Ne croyez pas que ce soit simple. Combien de fois ai-je pris mon élan avant de sauter ? Combien de fois ai-je pris un râteau ? Mais combien de fois ai-je vécu de longues périodes de bonheur, très longues parfois !
La création m'offrait de devenir extraverti. L'inconscient ignore les contraires. Cette phrase lacanienne m'a permis de comprendre que tout est dans la syntaxe, mais que les nœuds sont les substantifs. En art comme au quotidien, l'interprétation est la clef du mystère. On ne peut pas remplacer un mot par un autre. Les résumés trahissent la pensée, mais j'aime tellement les ellipses que le montage cinématographique a apporté. À chaque cut, dans Présence de la mort, une histoire de fin du monde écrite en 1922, Ramuz proclame "c'est supprimé". Et Godard, qui s'est tant inspiré de cet autre Vaudois, de rappeler que ce qui est important c'est ce qu'on enlève, pas ce qu'on garde. Ce qu'il y a entre les plans. Dans ma propre histoire, qu'est-ce que je n'ai pas dit, suggérant, évitant, occultant ? La vie est énigmatique. C'est merveilleux. Reste à tourner la page, tomber le masque et vivre la cassure comme de l'histoire ancienne. Pour se faire, il faudra retrouver mes forces. Bien que multitâches, on ne peut pas se battre sur plusieurs fronts à la fois.

vendredi 1 juillet 2022

Le scratch vidéo interactif MACHIAVEL en téléchargement gratuit sur OSX et PC


Le 22 janvier 2010 j'annonçai qu'Antoine Schmitt avait mis à jour le scratch vidéo interactif Machiavel pour les Mac OS X et les PC récents. L'application est offerte en téléchargement gratuit, avec tout de même un bouton PayPal si l'envie [vous en prenait] de soutenir nos efforts. Nous testions ainsi [avec très peu de succès] cette nouvelle pratique qui [consistait] à compter sur la solidarité des amateurs plutôt qu'une diffusion commerciale. [...] De la même manière, la refonte de mon propre site propose une flopée de morceaux du Drame inédits en mp3, soit les [90] albums qui n'auraient jamais vu le jour autrement, répertoire mythique d'Un Drame Musical Instantané comme les manuscrits de Blaise Cendrars oubliés dans des banques sud-américaines ou le film de Josef von Sternberg, A Woman at the Sea (Sea Gulls), séquestré par Charlie Chaplin et probablement perdus à jamais !
Sorti en 1998 sous la forme d'un CD-Rom couplé avec un CD-audio d'Un Drame Musical Instantané, Machiavel, qui avait fait l'unanimité de la critique (revue de presse), n'a pas pris une ride. Bien au contraire, l'objet comportemental me semble n'avoir jamais été aussi réactif. Les versions successives du système OS m'avaient probablement fait oublier comment Machiavel réagit au plaisir et à l'ennui. Nous l'appelions "l'effet clébard" : lorsque l'on ne joue pas assez ou mollement, Machiavel vient mettre son museau sur votre cuisse et si cela ne suffit pas il ira vous lécher la figure ! Idem si l'on est excité comme un pou, réactions imprévisibles en perspective... J'ai vu des DJ scratcher sur les murs. Des virtuoses ! Passé les premiers contacts où vous pouvez zapper / scratcher parmi 111 très courtes boucles vidéo, je crois que la plupart tournent autour de 2 secondes, Machiavel prend la main et se joue de vous à son tour. Le son a été réalisé à partir des vinyles du Drame et à chaque séquence correspond un son propre, mais les images et les sons n'ayant pas la même durée des effets de sens apparaissent grâce aux répétitions successives qui rappellent le zoom du photographe du film d'Antonioni, Blow-Up. L'autre dédicataire est Ferdinand Khittl dont le film étonnant La route parallèle [est enfin sorti] en DVD. Il a certainement inspiré les relations qu'entretiennent tous ces "très courts métrages" entre eux et leur rapport avec le "spectacteur".
Étienne Auger, qui avait à l'époque assuré la direction graphique de l'album, a repris le rouge sang pour la page Internet abritant l'application. Inspiré par une lecture poétique du Monde Diplomatique, Machiavel exerce un regard critique et sensible sur la planète et pour peu que l'on se laisse prendre au jeu il nous renvoie à nos propres fantasmes, nos espoirs et nos craintes ! Gérard Pangon dans Télérama avait su déceler l'objet freudien derrière la fantaisie technologique. Nabaz'mob (2006) et [...] Mascarade (2010) représentent deux autres chapitres de ma collaboration avec Antoine. Sur le livret nous avions écrit Machiavel réagit très différemment à des gestes lents ou rapides, tendres ou brutaux. Certains comportements permettent de l’apprivoiser, d’autres le contrarient. Mais qui manipule qui ?