Jean-Jacques Birgé

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mercredi 23 juillet 2014

Instruments de musique sur iPad


Après avoir investi les ordinateurs les instruments de musique virtuels se multiplient sur les tablettes. Mon iPad est ainsi rempli de petites applications légères et bon marché, clones de modèles physiques existants ou applications inventées sur mesures pour le portable.
J'ai commencé par acquérir les versions virtuelles des instruments que je possédais déjà, question de poids et d'encombrement, histoire aussi de les avoir toujours sous la main, tels le Tenori-on (TNR-i) et le Kaossilator (iKaossilator). Je possède deux exemplaires du premier que j'emporte pourtant partout avec moi comme j'adore jouer sur le petit jaune de Korg en glissant le doigt sur son pad. La programmation des virtuels et des physiques se ressemblent, mais il y a toujours des différences importantes. Le multitouch qui permet de jouer avec tous les doigts a un gros avantage sur les modèles embarqués sur ordinateur, la souris étant très limitée à moins d'ajouter une interface en dur.
J'ai également testé les gratuits, SynthStation, Alchemy, GlassPiano, etc., mais ils ne tiennent pas le choc devant les gros engins malins que m'indiquèrent les camarades. Par exemple, Edward Perraud utilise ThumbJam d'une manière parfaitement originale, ou Christian Taillemite me suggéra le Nave de chez Waldorf et l'iVCS3. La programmation et la sonorité du Nave me rappellent mes PPG et MicroWave dont je ne me sers plus qu'en studio et plutôt rarement, mais quelle joie quand l'occasion se présente ! Aucun synthétiseur ne possède la transparence du PPG, c'est hélas un meuble et il date d'avant la norme midi... Quant au clône du VCS3 (ou AKS) il est plus proche de mon premier synthé, un ARP 2600 que j'ai probablement eu tort de vendre en 1994 après vingt ans de bons et loyaux services, mais je ne reviens jamais en arrière sur les lieux de mes crimes. J'aime bien tester des petites applis originales comme Curtis ou DrawJong, tout dépend des projets en cours. S'ils décident de mes besoins, le temps de la découverte ne peut se faire que dans les temps de désœuvrement, façon de parler pour un workaholic ! Les vacances devraient me permettre d'expérimenter tout cela - cette dernière phrase validant la précédente ;-) - d'autant qu'avec mon adaptateur USB je peux brancher sur l'iPad le clavier DAW embarqué dans la Kangoo !

mardi 22 juillet 2014

Vol de chaises


Est-il normal que le portail de la maison soit resté ouvert toute la matinée ? C'est le sujet du message inquiet de Marie-Laure qui habite en face de chez nous. En notre absence personne n'a l'usage du garage et Jonathan me confirmera qu'il n'est jamais passé par là pour sortir les poubelles. Aucun signe d'effraction ni sur le garage ni sur la porte d'entrée. Sun Sun attache les deux battants avec de la ficelle en attendant le retour de notre ami américain. L'énigme persistera jusqu'au retour du soleil lui permettant de prendre enfin son petit déjeuner dehors. Il constate alors seulement que les quatre chaises et le fauteuil en bois exotique ravagés par le temps ont disparu. Les voleurs, certainement en camion et de nuit, ont enjambé le portail, enlevé la barre et poussé simplement la porte. La présence de Jonathan les aura dissuadés d'aller plus loin, sans compter caméra, alarme et tout l'attirail paranoïaque. Ils se sont donc rabattus sur cinq sièges pourris, rapine de la misère qui montre bien l'état de la pauvreté dans notre pays.

Photogramme Norman McLaren A Chairy Tale

lundi 21 juillet 2014

Devoir de mémoire


Il y a quatre ans sur mon statut FaceBook j'écrivais "La paranoïa est un suicide programmé". On me demanda de m'expliquer. Depuis 2006, j'avais écrit 4 articles :
Autodestruction
En Israël le communautarisme a enseveli la réflexion politique
Où fait-il bon vivre ?
Neige Nuit Sable Sang
Depuis j'en ai publié d'autres et 3 en particulier :
Ils diront qu'ils ne savaient pas (sur le film Jaffa, la mécanique de l'orange de Eyal Sivan)
Comment j'ai cessé d'être juif (sur le livre de Shlomo Sand)
Apartheid en Israël (sur le film de Emad Burnat, 5 caméras brisées).
J'aurais pu ajouter ceux de Simone Bitton que j'admire pour son engagement et la qualité de son œuvre.

Je me suis mobilisé pour le peuple palestinien il y a 47 ans lorsque j'ai compris que c'était la fin de tout ce que m'avaient appris mes parents, la fin de ma culture, mais pas de ma morale.
Mon père avait sauté du train qui l'emmenait vers la mort et mon grand-père avait été gazé à Auschwitz. La politique du gouvernement israélien mettait un terme à des siècles où les juifs avaient su résister sans jamais manier le bâton. Aujourd'hui je me sens moins seul tant les voix d'hommes et de femmes d'origine juive ou pas s'élèvent pour dénoncer l'horreur de la colonisation, la politique d'extrême-droite du gouvernement israélien, le soutien belliqueux et intéressé des USA, la complicité criminelle de notre président paillasson (les ministres qui ne démissionneront pas cette semaine sont bannis à jamais), la couardise de l'ONU, et cette paranoïa du "tuons-les tous avant qu'ils nous tuent !"...


Aujourd'hui, oui, l'espoir renaît en lisant les commentaires de tous les justes qui veulent pouvoir continuer à se regarder dans la glace sans avoir honte. Mais il reste encore du chemin pour libérer les Palestiniens du joug de l'occupant et qu'enfin la paix règne sur cette partie du monde.

vendredi 18 juillet 2014

Le virtuel et les pianos miracles


La publication d'un nouvel instrument virtuel de qualité est chaque fois une fête pour les claviéristes, compositeurs et musiciens qui en ont compris les qualités. Si ces instruments ressemblent de prime abord à des clones de leurs modèles physiques, les plus intéressants constituent une nouvelle lutherie offrant des possibilités de timbre et de jeu inédits. La société UVI vient de sortir ainsi l'EGP (pour Electric Grand Piano) dont les quelques 10 000 échantillons ont été enregistrés sur un Yamaha CP-70, le célèbre premier piano à queue électro-acoustique "portable", développé dans les années 70 pour les musiciens en tournée, même s'il pesait tout de même 136 kg ! Il employait une amplification électrique qui transitait par des micros piézo placés sous chaque corde. Très populaire il a marqué toute la pop et le rock progressif.
Si les amateurs de la sonorité du CP70 trouveront leur bonheur, surtout s'ils possèdent un clavier lourd permettant plus de nuances qu'un clavier synthé, je suis surtout excité par les préparations reproduisant les attaques des cordes avec baguettes, archets, archets électroniques, étouffoirs, balais, médiators, etc., sur son clavier habituel. Les préparations sont homogènes contrairement au piano préparé de l'Ircam, également produit par le français UVI, dont chaque note peut être affectée indépendamment par 2 préparations différentes, une merveille ! Testant les presets de l'EGP j'ai découvert quantité de programmes impossibles à jouer avec l'instrument physique original, comme par exemple les archets. On ne peut pas faire tout ce que faisait son modèle, mais à l'inverse on bénéficie de programmes impossibles à réaliser jusqu'ici. L'objet possède en outre suffisamment de réglages pour se l'approprier en fonction de ses goûts ou de ses besoins. En plus de la partie électrique on peut mixer à sa guise une paire de microphones Bruel and Kjaer à stéréo large, un Neumann U67 et un microphone Royer à ruban combinés pour un signal Mid-Side.


Comme les autres instruments de la marque, l'EGP nécessite de télécharger l'application gratuite UVIworkstation, moteur multitimbral sans limitation du nombre de pistes, avec arpégiateur et d'autres effets. Il peut être utile d'acquérir en plus une clé-dongle iLok servant à protéger l'application contre la piraterie, mais l'on peut éventuellement s'en passer...
L'EGP d'UVI rejoint donc dans ma panoplie pianistique déjantée leur piano préparé, ainsi que l'Xtended Piano, l'EP73 Deconstructed et tous les autres claviers parus chez SonicCouture, autre excellent luthier d'applications virtuelles fonctionnant, elles, sous moteur Kontakt, mais les deux applications peuvent très bien se superposer !
Dans tous les cas la qualité de reproduction sonore, l'ergonomie générale, la facilité de programmation, et le prix sans commune mesure avec les instruments vintage, offrent aux musiciens de jouer avec la plus grande sensibilité, voire une nouvelle inventivité.

jeudi 17 juillet 2014

Un rideau de méduses


Je n'en croyais pas mes yeux. Mardi soir se dressait devant moi un rideau de méduses. Depuis le bateau le banc urticant s'étalait sur la mer, mais sous l'eau il m'entourait de toutes parts. Nous étions partis pêcher à bord du pointu de Jean-Claude. La température de l'eau était remontée après la chute du mistral. Au large je saute à l'eau sans maillot et Françoise me tend le nouveau masque que je souhaite tester pour l'occasion.


L'impressionnant masque facial snorkeling Easybreath permet de respirer par la bouche et le nez, et il offre une vision panoramique exceptionnelle. Hélas je n'ai pas eu beaucoup le temps d'en profiter. Aussitôt enfilé, il me livre la vision impressionnante de milliers de méduses qui m'encerclent telle la projection 3D d'un film d'horreur ! Je panique un peu, me demandant comment me faire un chemin jusqu'à l'arbre de l'hélice sur lequel grimper pour remonter sur le bateau. Coup de chance incroyable, parce que j'y nage paniqué à l'aveuglette, mais aucune méduse, probablement des aurélies, ne me touche.


J'étais si excité de prendre mon premier bain méditerranéen de l'été, le soleil dans les yeux, je n'ai pas eu l'idée de regarder avant de sauter. De mémoire de Ciotaden, personne n'en a jamais vu autant. Je prends quantité de photos (voir reportage France 3) et Maurice nous montre comment les attraper à la main sans se piquer. Il les tient par l'ombrelle et explique qu'elles ne produisent aucun effet sur le dessus de la main. En rentrant je cherche comment cuisiner celles que Françoise a pêchées, en plus des oblades, des bogues et du bia qui feront notre dîner et le déjeuner de demain. Il est écrit qu'il faut les faire bouillir et les enfleurer avec de l'huile de sésame ! Peu sûr de mes capacités culinaires en matière de cnidaires je préfère me rabattre sur le sachet tout près acheté à Belleville.

mercredi 16 juillet 2014

Hendrix et Ayler encadrés


Entrés par hasard dans un garage où se tenait un vernissage nous avons traversé une vieille maison arlésienne où sont exposés divers photographes. Chaque pièce a son style propre, de la cour encastrée à la cave parsemée de gravier, d'un salon bourgeois meublé à d'autres chambres vides. Toute la ville est ainsi sollicitée par les photographes, in ou off des Rencontres d'Arles. Surprise de découvrir de grands tirages d'Elliott Landy où je reconnais Ornette Coleman, Bob Dylan, Janis Joplin, Jim Morrison, Eric Clapton, Country Joe... Landy, photographe officiel du festival mythique, dédicace son livre Woodstock Vision, The Spirit of a Generation. Sur le mur s'affichent quantité de photographies prises essentiellement au Fillmore East de New York avec une pellicule infra-rouge, mais ce sont les deux grands portraits d'Albert Ayler, l'un au ténor, l'autre à la harpe (!) qui attirent mon attention à côté des nombreux clichés de Jimi Hendrix.
Les trentenaires me posent quantité de questions sur cette époque où nous pensions réinventer le monde, à coups de "Peace & Love" et d'une révolution qui fut essentiellement de mœurs. Si même le Nouvel Observateur titrait sur la société des loisirs la réaction fut plus puissante que nos espérances, violente, inique, cynique et destructrice. La libération sexuelle ne nous rendit pas plus heureux, mais elle facilitait les rapports. Notre romantisme juvénile permit à nombre d'entre nous de jouir toute notre vie d'une effervescence utopiste salutaire, mélange de résistance critique et de quotidien sybarite. Nous nous battions le plus souvent avec des fleurs. Celles et ceux qui ne désarmèrent jamais continuent de chevaucher la queue de la comète qui nous montrait le ciel avec les yeux de l'innocence. Nous n'en étions pas moins lucides, fuyant le formatage des ciboulots qui brise toute tentative d'indépendance et de solidarité.

mardi 15 juillet 2014

Du jour français au masque des éboueurs


Le "jour français" d'Olivier Monge est l'inverse d'une nuit américaine. Il prend la pose toute la nuit pour réaliser ses paysages des calanques marseillaises. Sur l'image de gauche s'étalent les phares d'un avion, la foudre zèbre le ciel et un feu d'artifices est tiré d'un yacht qui mouille. Lumière irréelle d'espaces secrets. Monge fait partie des nombreux photographes qui se sont engouffrés dans les longs temps de pose à la suite de Michel Séméniako.


À Arles les photographes de l'agence Myop ont passé au karcher un vieil immeuble de la rue de la Calade pour investir ses moindres recoins sur quatre étages. Les expositions muséographiques mériteraient aussi de bénéficier de scénographies appropriées, comme dans cette bâtisse où les images de la misère et de la tristesse, parias du monde contemporain, ont tout à gagner de ces murs suintant de vieilles histoires oubliées.
Aux anciens ateliers de la SNCF celle de Lucien Clergue représente, par exemple, un immense et étroit couloir où sa voix accompagne les visiteurs, avec son entretien vidéographique synchrone à l'entrée et une perspective lointaine qui se perd tout au long de sa chronologie.
La tour tarabiscotée de Frank Gehry ne remplacera pas la perte des bâtiments industriels, en partie détruits, ayant abrité les Rencontres de la Photographie ces dernières années. On ne peut s'empêcher de penser au saccage des Halles Baltard. Il faut de l'imagination pour rénover artistiquement un quartier sans tout raser. Qu'y a-t-il de plus beau que les strates du temps qui s'inscrivent dans l'espace ? Comme lorsque l'on regarde le ciel et que l'histoire de l'univers se lit en sautant d'étoile en étoile...


Au rez-de-chaussée de chez Myop les ramasseurs d'ordures masqués de Philippe Guionie accueillent le public transformé en voyeurs lorsqu'ils montent dans les étages, visitant les chambres vides où sont présentées photos et vidéos. De plus en plus de photographes ont recours au son, mais peu encore envisagent le hors-champ qui leur est offert, de même que le mouvement des images et leur montage font encore trop peu de cas de l'histoire du cinématographe et des techniques qu'il a développées. Mais ça bouge !

lundi 14 juillet 2014

Parades


À 4h34 j'ai momentanément résolu mon problème de sommeil. Après avoir allumé ma lampe de chevet je l'ai écrasé avec le doigt. Ensuite j'ai nettoyé la tâche rouge sur le mur blanc. Couverte de petites bosselettes l'aine gauche me démangeait encore, mais je me suis rendormi, rassuré. Le lendemain il était 7h37. Plus besoin d'allumer, il faisait jour et mon coude me grattait terriblement. Je suis allé chercher la tapette à mouches que Christiane avait eu la délicatesse de glisser dans le tiroir de la commode. La veille au soir j'avais raté le culicidae posé sur le clavier de mon ordi. Après ce second crime je me suis demandé si je ne devrais pas acquérir cette arme diabolique qui rallonge mon bras pour surprendre l'animal. Il m'est impossible de dormir en sa présence. Le bzzz qui résonne près de mon oreille provoque en moi une danse de Saint-Gui que seule l'approche du meurtre peut calmer. Si je finis par comprendre que ma respiration asthmatéiforme vrombit comme les ailes de la femelle en pleine parade nuptiale, il n'empêche que mon dioxyde de carbone l'attire redoutablement vers mon AB+. Me concentrant sur les surfaces claires je scrute la moindre tâche noire. Le calme succède à la tempête. La victoire me permettra de me rendormir. Je déteste tuer des bêtes, mais les moustiques qui me tournent autour sont incompatibles avec ma propre existence. Je tente toujours de les éloigner avec un répulsif, mais ils reviennent à la charge lorsque je baisse ma garde. Il paraît que les femelles sont particulièrement sensibles à la chair dont le propriétaire a consommé du fromage ou de la bière !


Michel m'en avait offert un verre après la Parade qui clôturait cette semaine de représentations au Théâtre antique d'Arles et dont il a dessiné l'affiche. La pleine lune éclairait Le Syndicat du Chrome au milieu des ruines. L'hommage à Lucien Clergue avait été particulièrement émouvant. Le souvenir de Bernard refaisait surface brusquement ; déjà un an. Le succès des Nuits des Rencontres de cette année gomme la fatigue qui m'assaille. J'avais choisi pas mal des musiques qui accompagnent les projections, avais traité quantité de fichiers imparfaits, choisi les musiciens qui interviennent en direct, joué le porte-paroles des intermittents et sonorisé l'exposition sur les monuments aux morts... Combien de fois ai-je arpenté les mêmes rues, dévoré les expos, cherché un resto correct, corrigé mes articles avant ou après parution ?


Le dernier son enregistré dans ma chambre d'hôte fut le premier diffusé, il accompagnait la photo de groupe de l'équipe des Rencontres. Reconnaîtrez-vous ces zombies dirigés par Joan Fontcuberta ? Le glissando de cordes menaçant se termine par un coup réverbéré tandis que la prise de vue sort du noir. Suit la sélection des meilleurs moments des douze années de la direction de François Hébel montrant la diversité des spectacles mis en forme par Coïncidence. L'humour y rivalise avec la passion. Sam Stourdzé, nouveau directeur dès la prochaine édition, imprimera à son tour sa marque sur les Rencontres qui nous réserveront d'autres surprises. Quant à moi je n'aspire aujourd'hui qu'à me reposer, si les moustiques me fichent la paix !

vendredi 11 juillet 2014

Willocq, Lacroix, Rouvre et l'appareil-photo


À Arles tout le monde semble porter un appareil-photo autour du cou. En leur absence un smartphone fait l'affaire. Je n'échappe pas à la règle pour illustrer mes articles et j'épingle Françoise devant un grand tirage de Patrick Willocq.
Au début des années 70, comme Captain Beefheart et son Magic Band arrivent à Orly sans passeports les douaniers les interrogent. "Nous sommes des pèlerins arrivés du XXIe siècle", répond Don Van Vliet. Le pandore pointe l'appareil-photo que porte autour du cou l'un des musiciens : "Ah oui ! Et ça, qu'est-ce que c'est ?". Et l'Américain de répondre que "ça, c'est un membre du groupe". Ils seront refoulés vers Londres d'où ils arrivent.
Retour à d'autres histoires, d'autres aventures. Dans les anciens ateliers de la SNCF, qui abritent entre autres les lauréats du Prix Découverte, Willocq revient au Congo où il a passé son enfance pour mettre en scène des tableaux vivants inspirés des rites pygmées Ekonda. L'intimité des femmes Walé lors de la naissance de leur premier enfant se retrouve transposer en images de bande dessinée, délicieusement impertinentes...


Pendant que nous visitons l'exposition Christian Lacroix sur l'Arlésienne une équipe de télévision s'apprête à interviewer le couturier. À peine une minute après le début de l'entretien, Lacroix, énervé, quitte le tournage. Le réalisateur ébahi nous explique qu'il a pourtant posé une question simple. Comme je lui demande laquelle, il m'explique qu'il lui a seulement demandé de parler de son exposition, sans se rendre compte de l'insulte que représente son ignorance. Les fantômes qui hantent la chapelle de la Charité devaient être outrés de tant d'insouciance et les Arlésiennes de disparaître plus vite que la légende. Dans ces cas-là Orson Welles avait coutume de partir d'un féroce éclat de rire : "Vous n'avez pas une plus petite question ?"


Juste au-dessus, dans l'église Saint-Blaise, Denis Rouvre interroge des Français et des Françaises d'origines extrêmement différentes sur leur identité nationale. Aucun d'entre nous n'échappe à cette perspective. "Qu'est-ce qu'être Français ?" La galerie de portraits éclairés qui se succèdent dans le noir dresse un plan philosophique de notre pays cosmopolite. Chaque réponse fait sens, transformant la brutalité de l'histoire en magnifique carte du tendre. Les voix font vivre les corps au delà de l'écran dont les bords se fondent avec l'obscurité. Lumineux.

jeudi 10 juillet 2014

Musiciens en direct avec photographies


Au Théâtre antique d'Arles faire jouer des musiciens en direct sur les photographies transforme les projections nocturnes en spectacle total. Minuscules sous l'écran de neuf mètres sur neuf, les instrumentistes accompagnent intelligemment les images montées par l'équipe de Coïncidence en servant le propos de chaque photographe ou orateur. Si les sons transforment leur sens, ils l'affinent et rythment la succession des plans devenus film dès lors qu'intervient le montage. Une image se suffit à elle-même, mais en les associant le réalisateur raconte une nouvelle histoire. La dramaturgie entre en scène. La projection implique une théâtralisation. Si une musique s'avère nécessaire, la jouer en direct répond à l'instantanéité de la photographie, tension magique d'un présent partagé.


Devant une foule si dense le silence n'existe pas. De nombreux orateurs savent tenir le public en haleine. D'autres profitent des ressources de la musique pour habiter les espaces muets. On évitera les redondances pour rechercher les complémentarités. Si l'illustration aplatit, l'analyse met en relief de nouvelles constructions. Rien n'est laissé au hasard dans l'inconnu. Impossible de plaquer non plus quoi que ce soit d'arbitraire sans casser l'ambiance. Rechercher toujours l'origine du monde. Chaque artiste a le sien. Le seul arbitre est le projet. Le sujet s'efface devant l'objet.


Hier soir l'agréable montage enregistré du Prix Leica Oskar Barnack ouvrait la deuxième Soirée des Rencontres de la Photographie. Suivaient les dix lauréats du Prix Découverte qu'accompagnait en direct Edward Perraud. Le percussionniste virtuose, qui avait moins de deux minutes pour encourager le travail de chacun, avait choisi de différencier chaque œuvre par une instrumentation ou un mode de jeu différent, avec l'obligation de les servir tous avec le même entrain. L'exercice de style faisait sens, magnifiant le propos de chaque photographe. Si samedi sera révélé le gagnant, celui de cette première partie était sans conteste le musicien !


Après l'entr'acte Jean-Noël Jeanneney présenta les archives du journal L'Excelsior sur la guerre de 14. Magnifiques clichés loin des tranchées, privilégiant le contexte et l'arrière. L'accordéoniste Michèle Buirette soutint l'orateur avec une sensibilité rare, tout en nuances. Elle le suivait, anticipant parfois les mouvements du récit, le dynamisant par des montées discrètes de l'intensité, s'effaçant sous des effets de matière. Pour répondre à la précision des légendes énoncées ou aux traits d'humour spirituels de l'historien la musicienne choisit tantôt le rythme, tantôt une mélodie, voire le silence quand l'heure était trop grave.
Du jongleur ou de l'orfèvre le public sut saisir les facéties et les nuances qui servent avant tout les images, recréées par la magie des associations.

mercredi 9 juillet 2014

Intermittents d'Arles


Ils le traquèrent avec des gobelets ils le traquèrent avec soin
Ils le poursuivirent avec des fourches et de l'espoir
Ils menacèrent sa vie avec une action de chemin de fer
Ils le charmèrent avec des sourires et du savon
(Lewis Carroll, La chasse au Snark)

Charles a dessiné le tampon des intermittents il y a déjà quelques années lorsqu'il se battait à Marseille. Les techniciens d'Arles l'ont adopté cette année tandis que la révolte gronde contre le gouvernement qui n'a évidemment pas tenu ses promesses, signant un protocole honteux avec le Medef, et qu'il n'est pas prêt du tout à reconsidérer à la rentrée, ne nous laissons pas abuser. En ne bloquant pas le festival qu'ils soutiennent par leur travail et leur passion, les intermittents savent qu'ils amenuisent leur force dans les négociations à venir, mais la grève n'est pas la seule arme dont ils disposent. Tout reste à inventer. Dans un premier temps, chaîne humaine, vidage de la fontaine Place de la République avec des gobelets, textes projetés en ouverture des Soirées et d'autres interventions ont été préférés ici plutôt que le blocage qui divise les travailleurs et rend impopulaire le mouvement de protestation. Nous avons fondamentalement besoin d'expliquer notre lutte. D'autant que débrayer une journée par ci par là ne touche pas le porte-feuilles des commerçants qui pourraient faire levier sur le gouvernement et le patronat si leurs réactions n'étaient pas si poujadistes et s'ils comprenaient qu'ils seront les prochains touchés. La solidarité interprofessionnelle est plus que jamais indispensable. Nous faisons donc la queue aux ateliers pour faire customiser nos T-Shirts des Rencontres de la Photographie, dont les images officielles ont été dessinées comme chaque année par Michel Bouvet, cette fois un élan violet à bois roses, mais avec en plus la tête de mort à nez rouge imprimée à l'acrylique sur son dos noir. La lutte continue, elle sera longue et difficile, mais la vie d'un artiste ou d'un technicien du spectacle est la lutte de toute une vie, comme celle des photographes dont le statut, hormis quelques rares stars privilégiées, est aussi précaire, sans soutien de nulle part. Les intermittents se battent aussi pour eux.


P.S. : Bonus de la matinée, le reportage de Laurence Peuron auquel je participe d'une part en portant la parole des intermittents d'Arles comme je l'avais fait à leur demande lors de l'inauguration, d'autre part en fond sonore de l'interview de Raymond Depardon aux Prêcheurs, sonnerie aux morts et cloche, hautement symboliques déplacées de leur contexte de 14-18 et propulsées dans la lutte sociale de 2014 !


Et comme cela se passe partout et que cela se prolongera au-delà de l'été, ci-dessus une magnifique intervention des acteurs samedi soir, à Avignon, au Palais des Papes, avant la représentation du prince de Hombourg (la veille la 1° avait été annulée)...

mardi 8 juillet 2014

Le son des monuments aux morts


À Arles lorsque l'on pénètre dans l'église des Frères Prêcheurs l'on entend déjà au lointain l'autre monde que j'ai créé pour l'exposition sur les Monuments aux morts. Tandis que l'on admire les grands tirages de Raymond Depardon, photographies inédites de Présence d'une génération perdue, le hors-champ joue comme une mémoire lointaine derrière l'immense rideau noir, borgnolle où s'enfonce un boyau courbe et sombre, plan incliné descendant vers les 8 écrans où sont projetées 8000 photos de monuments aux morts de la guerre de 14.
Pour ce projet à l'échelle d'un pays auquel ont contribué 5000 amateurs et professionnels, Raymond Depardon a initié un protocole de prise de vue offrant à tout photographe d'y participer quel que soit son niveau photographique :
A. Prendre une première photo du monument sur son socle ou support.
B. S'approcher. Prendre une deuxième photo sans le socle, gros plan du monument lui-même. Si possible en "contre-plongée" (du bas vers le haut avec le ciel ou le plafond en toile de fond).
C. Prendre une troisième photo plus libre et plus distante afin de situer le contexte dans lequel est installé le monument.
Pour contrebalancer le poids des monuments aux morts, tant ce qu'ils représentent de la guerre que de son souvenir, j'ai choisi de composer une partition sonore qui se réfère aux lieux où ils sont érigés. Le calme sied au recueillement et à la commémoration. Il s'agit de rendre légère la visite immersive pour que le public se sente vraiment bien aux Prêcheurs, envie d'y rester le plus longtemps possible, fraîcheur contrastant avec la chaleur estivale. Pour ce faire, l'univers réaliste est plus poétique que fidèle. Des ambiances paysagères habitent les hautes voûtes. Chants d'oiseaux, grillons du sud, souffles du vent, villes silencieuses sont rehaussés de passages de charrettes, sonneries aux morts enregistrées à divers points de l'hexagone et cloches sonnant tout en haut (tocsin, glas et église arlésienne). Les espaces extérieurs envahissent l'intérieur de l'église. Tout cela est rare, dosé pour que les visiteurs soient transportés dans un ailleurs tant géographique que historique.


L'ensemble des 8 paires de haut-parleurs compose un environnement jouant sur les perspectives sonores, effets de proximité et d'éloignement donnant sa dimension à l'évènement, mais chaque visiteur réalise son mix personnel, déambulant jusqu'à la présentation des autochromes de Léon Gimpel intitulée La guerre des gosses. Les 8 boucles sonores n'ayant pas la même durée (de 47 à 64 minutes), elles se désynchronisent au fur et à mesure de la journée, constituant une partition aléatoire vivante ne se répétant jamais. Parfois le silence envahit l'expo, ne laissant entendre que le léger souffle des vidéoprojecteurs enchaînant les photos des monuments. L'équipe de Coïncidence a choisi la couleur grise pour faire disparaître les écrans. Les images se succédant toutes les dix secondes il faudrait environ trois heures pour tout voir, à condition d'avoir des yeux derrière la tête ou qu'elle embrasse un angle de 360° ! De temps en temps s'envole une colombe.
Les Rencontres de la Photographie se déroulent jusqu'au 21 septembre.

lundi 7 juillet 2014

Le Schpountz veille sur moi


En entrant dans ma chambre d'hôtes arlésienne je tombe nez à nez avec Fernandel accroché au-dessus du lit. Je connais pratiquement par cœur la scène de la corbeille de croissants sous le robinet du bidon de pétrole...


Et j'adore répéter sur tous les tons la phrase du Schpountz, "tout condamné à mort aura la tête tranchée". Le film de Marcel Pagnol m'a toujours fait pleurer de rire. Lors de ma courte carrière d'assistant-réalisateur je rencontrerai d'autres schpountz, figurants qui se croient irrésistibles et ne peuvent s'empêcher de rejouer des scènes entières de films popularisés par des comédiens célèbres. Ces moments pathétiques représentent le comble du phénomène d'identification au cinéma.


Pourtant chaque artiste à ses débuts tient du Schpountz. La plupart rêvent de devenir célèbres, du moins dans un premier temps. Le succès fausse ensuite les rapports et peut pourrir la vie quotidienne. L'échec et le succès sont deux poisons qui pulvérisent nos passions. L'échec rend aigri, le succès enferme. On critique parfois les artistes incapables de se renouveler, mais comment risquer de décevoir son public en faisant autre chose que ce qu'il attend, que ce soit par générosité ou peur de perdre ses acquis ? Il est alors indispensable de se rappeler ce qui nous a poussés la première fois, l'étincelle créatrice, démarche sans autre arrière-pensée que le désir ou le plaisir...

vendredi 4 juillet 2014

Arles râle à son tour


À Arles aux Rencontres de la Photographie les intermittents ont voté de ne pas bloquer les expositions ni l'inauguration de lundi, mais de créer des interventions multiples tout au long de cette journée, et probablement pendant toute la semaine. Comme partout cet été ils sont partagés entre tout bloquer ou inventer des actions qui sensibilisent le public, la presse, les pouvoirs publics et tous ceux qui ne comprennent pas ou disent ne pas comprendre leur lutte. Au delà de ce qui semble se jouer là, il devrait s'agir d'étendre ce statut à tous les précaires, voire à tous les chômeurs, et plus encore imaginer un revenu de base pour toutes et tous. Mais en voyant les radicaux d'un côté et les frileux de l'autre, la question de ce qu'est devenue notre société est préoccupante.
D'un côté les plus radicaux ont la nécessité de sentir qu'ils peuvent faire quelque chose, même si c'est purement symbolique, car pour que ce soit efficace il faudrait toucher le capital au porte-feuilles donc tout bloquer, et pas seulement une journée ; de plus cette action sonne négative auprès de bon nombre de la population et de leurs propres camarades qui désespèrent d'enterrer leur passion en rangeant dans un placard leur outil de travail. De l'autre, les frileux sont tout aussi démunis pour trouver une alternative à la grève, méthode de revendication qui a fait long feu, mais l'un des rares recours légaux...
On peut regretter les votes à l'unanimité où la solidarité s'exprimait tous azimuts, et la grève générale qui nous rassemblait, mais les temps ont changé. La grève telle qu'elle se pratique n'est plus appropriée aux luttes actuelles. Les manifs sont devenues des promenades familiales et les grèves des jours non payés. Le pouvoir se moque des hurlements de la rue tant qu'ils ne le mettent pas réellement en difficulté. Rappelez-vous que nous avons voté majoritairement contre la Constitution Européenne pour qu'on nous l'impose tout de même. Belle démonstration de démocratie totalitaire ! De son côté la coordination des intermittents n'a pas chômé, proposant des solutions que ni le Medef ni le gouvernement n'ont daigné étudier et discuter, préférant agréer un système de plus en plus inique avec la bénédiction d'un président et de son premier ministre que l'on aurait pu croire seulement sociaux-démocrates, mais qu'à la réflexion l'on pourrait imaginer "infiltrés" par la droite explicite ! Rien n'est jamais absurde lorsque l'on a affaire à l'absurdité.
Ma crainte la plus terrible est que le pouvoir se moque de toutes nos actions, grève ou pas, et qu'il faille que nous en fassions tellement plus pour donner à tous et toutes le courage de changer, de changer de vie, de changer de vie ensemble. L'urgence est là. Quelles que soient les décisions que nous prendrons il est indispensable que toutes et tous se serrent les coudes et se creusent les méninges pour inventer des moyens efficaces de se faire entendre et d'empêcher la catastrophe programmée.
Au Théâtre antique la scène accueillera probablement les intermittents avant chacune des soirées du 9 au 12 que nous concoctons avec amour... À suivre.

N.B. : pour plus d'infos, lire ici et .

jeudi 3 juillet 2014

Petit déj stéphanois vu de nuit


Le soir, Ella et Loïc préparent le petit déjeuner des enfants. Toute la famille s'est attelée à dessiner sur la table de la cuisine. Passé minuit il y a peu de lumière, mais demain matin il fera jour lorsqu'Äki et Piel trouveront demie banane, grains de raisins, petit gâteau et verre de lait disposés tel offrandes au peuple de la cuisine.


Et puis c'est l'anniversaire de Scotch aujourd'hui. Nous reprenons la route. Il ira se blottir dans le coffre et nous n'entendrons plus parler de lui avant l'arrivée à l'étape. Du côté des arènes...

mercredi 2 juillet 2014

Cap vers le sud


Jonathan Buchsbaum ayant terminé son livre sur l'exception culturelle française après douze ans de labeur et autant de visites aux archives du CNC, le voilà à Paris les mains dans les poches. Ou presque. Difficile de s'arrêter quand le monde est en marche. Il souhaite prouver aux Américains qu'un autre système que le "leurre" est possible ! Nous lui laissons les clefs et filons vers le sud avec armes et bagages.
Première étape Saint-Étienne avant de rejoindre Arles où je dois installer 15 haut-parleurs pour ma création sonore à l'Église des Frères Prêcheurs où se tiendra l'exposition sur les monuments aux morts sous le parrainage de Raymond Depardon. Je m'attèlerai ensuite à la direction artistique des Soirées au Théâtre Antique où Michèle Buirette et Edward Perraud joueront live le mercredi 9...
Françoise redevenue momentanément ciotadène me rejoindra pour l'inauguration si les intermittents ne la mangent pas. Ils auraient pourtant d'excellentes raisons d'agir d'une façon ou d'une autre !

mardi 1 juillet 2014

Les Beatles par le menu


Il y a un avant et un après les Beatles. Plus qu'aucun autre groupe les quatre de Liverpool ont symbolisé les années 60, sortes de zazous modernes desserrant leurs nœuds de cravate pour sauter dans la rue et galvaniser la révolte de toute une jeunesse avide de sensations nouvelles. J'avais entendu parler de leurs cheveux qui n'étaient pourtant pas si longs lorsque quelques mois plus tard, en 1964, j'assistai à A Hard Day's Night dans un cinéma de Salisbury. Les filles hurlaient dans la salle comme si c'était un concert en public, s'évanouissant littéralement pendant la séance. Il était précédé de Bedlam in Paradise avec les Three Stooges, un autre trio de farfelus ! De retour en France j'achetai leur 14 plus grands succès... Et puis Help ! l'été suivant. Je suis donc retourné au cinéma. Mon père m'envoyait chaque année apprendre l'anglais dans un environnement propice, Greenways School ou une famille londonienne. Même si j'ai gagné une place pour les Rolling Stones à l'Olympia l'année suivante, la musique était entrée chez moi par la fenêtre du grand écran. Les mélodies des Beatles ne m'ont plus quitté, encore que Revolution n°9 soit le morceau qui m'aura certainement le plus influencé. Le 26 août 1968 j'achetai à New York le 45 tours de Hey Jude, mais dans mon Panthéon Frank Zappa avait déjà détrôné ceux qui allaient bientôt se séparer.


Jalon essentiel de l'Histoire de la Musique, les Beatles étaient de remarquables mélodistes que les idées d'arrangements de George Martin magnifièrent encore. Si les filles s'écharpaient pour savoir qui de John ou Paul était le plus sexy, je préférais l'hippysme de George Harrison, encore plus exotique à mes oreilles que les deux autres. Ringo servait surtout de faire-valoir. En 1971 j'eus aussi la chance de jouer avec Harrison, que j'avais rencontré grâce à Lennon, lors d'une mémorable soirée chez Maxim's avec les dévôts de Krishna. La cosignature Lennon-McCartney me servit de modèle lorsqu'il fut question de composition collective. Pendant plus de trente ans nous cosignerons ainsi toutes les œuvres d'Un Drame Musical Instantané, que les uns ou les autres y aient ou non participé, pratique peu courante à l'époque dans notre milieu et nous valant la plus grande suspicion de nos collègues.


La question de qui a fait quoi nous importait peu, seul le résultat nous passionnait. C'est pourtant la petite et la grande cuisine qu'aborde Ian McDonald dans l'ouvrage de référence Revolution in The Head. Trouvé chez Foyle dans sa version originale en 1995, je suis heureux de pouvoir m'y replonger dans la traduction d'Aymeric Leroy parue aux Éditions du Mot et le Reste. Cet éditeur devient le grand spécialiste de tout ce qui se publie sur la musique savante populaire. Chacune des 241 chansons est chronologiquement détaillée, personnel, instrumentation, analyse critique, etc., et ce des premiers enregistrements amateurs de 1957 à la "reformation" de 1994-95. Soixante pages du tableau chronologique de ma version Pimlico ont été remplacées par une synthèse des versions anglaises ultérieures à l'original et par des photos couleurs de pochettes. Les six cents pages remplies d'informations, de détails croustillants et d'intelligents commentaires représentent le livret idéal à la discographie complète des Beatles, permettant que l'on s'y replonge une fois encore, puisque leurs chansons se repassent à chaque nouvelle génération.

lundi 30 juin 2014

La grève, point G du rêve


J'ai raté l'entrée en scène d'André Minvielle avec le panneau "La grève, point G du rêve" suivie de la lecture intégrale du remarquable texte d'Edwy Plenel sur le modèle du statut des intermittents qu'en firent avec lui Babx et Thomas de Pourquery. Dans le foyer du Theâtre Sorano un couillon hurle pour se faire rembourser. Dans la salle le public venu assister à l'Hommage à Claude Nougaro concocté par le trio est partagé. Raison de plus pour prendre le temps d'expliquer pourquoi il est si important de défendre cette lutte qui préfigure ce qui nous attend avec le honteux et catastrophique Traité Transatlantique.


J'ai raté ça, mais pas le concert. Avec Hélène Sage venue m'écouter évoquer les rapports de la poésie et de la musique chez Michel Houellebecq sur le plateau de France Culture dressé dans l'église Saint-Pierre des Cuisines, nous avons enfourché deux velibs pour rejoindre cet autre événement du Marathon des Mots organisé à Toulouse. Le direct où Marianne Denicourt avait su insuffler leur rythme aux alexandrins sensibles du poète m'avait donné des ailes. J'avais reconnu chez elle la musique d'Établissement d'un ciel d'alternance que Houellebecq avait enveloppé de sa voix chaude et envoûtante. Rien à voir avec les tentatives de les transformer en chansonnettes pour midinets.

Au Sorano, Babx au piano, Dédé Minvielle à la percussion, Thomas de Pourquery au sax alto ont donc choisi la veine rose de Nougaro, la couleur de Toulouse qu'ils ont rougie au feu de l'actualité. La révolte n'a jamais quitté celui qu'ils surent s'approprier, évitant de sombrer dans une adaptation trop révérencieuse. À bout de souffle chanté dans le noir a capella, Paris mai mixé avec Locomotive d'or, la Dépêche du Midi lue en diagonale, le jazz rencontrant la java, les trois gars étaient faits pour cela. Et Dédé de souffler dans sa varinette ou une drôle de bouteille comme Thomas dans son bec lyrique, et Babx de plaquer ses accords dans cette merveilleuse mêlée.

Photo n°2 © Hélène Sage

vendredi 27 juin 2014

Marathon radiophonique Michel Houellebecq


Demain samedi je participe au marathon radiophonique Michel Houellebecq en direct sur France Culture à 17h depuis Toulouse où se déroule Le Marathon des Mots. De 14h à 19h à l'Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, l'émission réalisée par Nathalie Salles et présentée par Sylvain Bourmeau alterne des lectures de textes par Jacques Bonnafé, Dominique Pinon, Marianne Denicourt, Michel Vuillermoz et des tables rondes. J'y suis évidemment pour les deux albums enregistrés avec Michel Houellebecq et particulièrement pour Établissement d'un ciel d'alternance que j'ai produit en 2007, mais qui avait été enregistré en 1996 à l'occasion du 10e anniversaire des Inrockuptibles à la Fondation Cartier. Le plateau auquel je participe est axé sur paroles (poétiques) et musique. Dans le livret du CD, Michel avait écrit que c'est sa "seule collaboration réussie avec un musicien". La soirée au TNT avec Jean-Louis Aubert a été annulée par les techniciens permanents en solidarité avec les intermittents.

jeudi 26 juin 2014

Fantazio rubato


Dimanche dernier l'association BaLiPa qui organise des évènements à l'intersection de Bagnolet, Les Lilas et Paris, avait installé le soleil pour réchauffer les nombreux musiciens venus jouer en after de la Fête de la Musique. Fantazio qui habite le quartier était accompagné par la batteuse japonaise Kumiko et deux Tamouls, le guitariste Paul Jacob et la chanteuse Kavitha Gopi. Chansons traditionnelles japonaises et airs de Bollywood étaient passés à la moulinette d'un rock à Billy, punk et pounk, joyeuse musique approximative qu'un attachant chef d'orchestre trisomique avait du mal à suivre. Ces Indus Bandits zappaient les langues, les rythmes, les mélodies qui me rappelaient tantôt Tony Tani, tantôt Captain Beefheart, tantôt Lata Mangeshkar, mais n'appartenaient qu'à eux. Le public ravi, assis sur des chaises au milieu de la rue, écoutait les orchestres de jazz, de hard rock ou classique avec le même intérêt. Le quartier apprenait à se connaître. On serrait des pognes. Il faisait beau. Même dans les cœurs.
Fantazio pense que l'on devrait recommencer ce type de concert toutes les semaines. Il a une longue pratique des squats où les gigs s'improvisent. Énervé par les journalistes qui n'y mettent jamais les pieds, il continue de fréquenter ces lieux vivants comme il en avait l'habitude à Berlin. Nous partageons le même sentiment sur la plupart des "professionnels de la profession" qui ne se bougent que pour les trucs convenus. Tristes tropismes. Les annonceurs et le réseautage font la loi. La médiocrité leur embraye le pas, l'arrogance, fruit de leur ignorance, assassinant les artistes les plus fragiles. Quelle curiosité résiste à la paresse ? La solidarité va devoir s'exercer au delà des luttes intermittentes, les coudes se serrer au lieu de jouer perso, les chapelles s'ouvrir, apprendre à écouter si l'on veut changer le monde. Quel autre propos aurait l'artiste, amateur ou passé pro ? Quel avenir envisageons-nous pour demain matin ?