Jean-Jacques Birgé

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mardi 30 juin 2015

Le piano bien préparé d'Ève Risser


Depuis les Sonates et Interludes de John Cage composées entre 1946 et 1948, probablement sa seule œuvre grand public, le piano préparé m'a toujours fasciné pour son potentiel orchestral dont la variété de timbres explose le son classique du meuble bourgeois. Ayant découvert en 1977 le disque que François Tusques avait consacré à l'instrument dans le cadre de la série Spécial Instrumental du label Chant du Monde, je regrettai plus tard que le jazzman féru de blues l'ait abandonné lorsque je le fréquentai. Depuis récemment, quantité de musiciens de la scène improvisée se sont emparés de ses possibilités inouïes. Chacun a ses propres préparations : morceaux de bois, gommes, vis, pailles en plastique, papier, aimants, etc. glissés dans les cordes, balles de ping-pong rebondissantes, toutes sortes de baguettes, crins d'archet ; certains y mettent les doigts en étouffoir, d'autres pincent les cordes ; les pédales libèrent l'ensemble de la harpe... Le même principe a gagné la guitare et d'autres instruments à cordes. Le piano dévoile explicitement son rôle et sa technique percussive en se rapprochant du son du gamelan. Mais l'essentiel est la manière dont chaque musicien s'approprie le piano qu'il prépare en fonction de son monde, cet espace dramatique qui façonne le style.
Avec Des pas sur la neige la pianiste Ève Risser a enregistré une merveille de délicatesse, soundscape musical d'une beauté quasiment zen, désert blanc peuplé d'une foule d'objets animés, étymologiquement "qui ont une âme". Si les touches blanches laissent des traces noires sur la neige, les noires sont dessinées à l'encre de Chine, accumulation paradoxale d'haïkus graphiques formant un ruban de Möbius qui vous enveloppe comme une robe de Niki de Saint-Phalle chargée d'objets transitionnels. Ces grigris font le pont entre l'enfance de l'art et l'impossibilité du réel, un monde intime livré ici à l'écoute de tous, mélange de pudeur et d'exhibitionnisme dont les artistes jouent avec facétie. Mais ici la fantaisie de la randonneuse porte des accents graves. Les coups fouettent le visage, les archets électroniques laissent planer le doute, les flocons fondent sous la langue.

→ Ève Risser Des pas sur la neige, CD sur le label portugais Clean Feed

lundi 29 juin 2015

Racket éclair


Puisque l'on rit souvent de ses mésaventures passées, autant sauter les étapes aussi vite que possible ! Encore faut-il en avoir les moyens... La leçon m'a coûté 200 euros, mais j'ai appris la différence entre les différentes zones de livraison. Je pensais que l'on pouvait y garer sa voiture tous les jours entre 20h et 7h ainsi que les dimanches et les jours fériés. Or cette règle n'est valable que si la ligne au sol est pointillée. En cas de double ligne continue on risque tout simplement une mise à la fourrière.
Cela m'est arrivé alors que j'étais chargé de bagages, dans une petite rue sans aucun commerce à proximité. La vitesse de la manœuvre est redoutable. Les pandores sont passés avec la dépanneuse à 21h24 dans le sixième arrondissement et la Kangoo était à la fourrière Charlety près de la Porte de Gentilly à 21h50. Sur les 150 euros de transport j'ignore combien revient à l'État et combien à la société d'enlèvement, mais c'est une affaire rondement menée. Récupérer sa voiture va également très vite. Il suffit de passer un coup de fil à la fourrière et l'on vous répond illico que votre voiture a bien été enlevée. On passe à la caisse et nous voilà repartis vers de nouvelles aventures ! Il est encore possible que je reçoive en plus une amende de 35 euros.
Dans le sous-sol où sont parquées les automobiles, dont certaines hyper chères, il est ahurissant de voir combien sont recouvertes de tant de poussière qu'il n'y a plus de frontière entre le pare-brise et la carrosserie. Peut-être leurs propriétaires ont-ils préféré racheter une voiture plutôt que payer 25 euros par jour de frais de garde ? En discutant avec la préposée nous apprenons que l'amende, faisant partie des impôts indirects qui touchent les pauvres plus durement que les riches et qui représentent 60% des recettes fiscales de l’État, a été augmentée en début d'année et que toutes les autres contraventions seront très bientôt majorées. À défaut de taxer les banques et les grosses fortunes, il faut bien renflouer les caisses en faisant cracher la populace !
Alors, de même que par économie je préfère envoyer directement des sous à l'État plutôt que de glisser de l'argent dans le parc-mètre, en rentrant je m'offre quelques infractions au code de la route, histoire de rentabiliser la douloureuse, en criant à la cantonade "c'est offert par la maison Poulaga, j'emmerde la maréchaussée..."

vendredi 26 juin 2015

Vibrer des Watt, pister Gayffier


Des fourmis chatouillent le bout de mes doigts. Je sens les os de mon crâne entrer en vibration avec les anches des clarinettes. Ma tête penche inexorablement à droite. J'ouvre les yeux. Les spectateurs les ont presque tous fermés. Les musiciens aussi. Tous perdent la notion du temps. Nous sommes sur un nuage. Le drone produit une ample et lente respiration. La concentration détend les muscles, elle ouvre les chakras. La nuit tombe sur la Bibliothèque Sigmund Freud dont ce sont les derniers instants avant le déménagement de la Société Psychanalytique de Paris dans le treizième arrondissement. Sous les toiles de Marie-Christine Gayffier réalisées en accord avec le lieu, le quatuor Watt vibre comme un seul corps, à moins que ce ne soit pour tous les corps. Leurs souffles continus semblent aspirer l'univers. La fin de la pièce sonnera comme un trou noir. Mais d'ici là Julien Pontvianne, Antonin-Tri Hoang, Jean Dousteyssier, Jean-Brice Godet sentent leurs lèvres tendues, ils pensent à leurs doigts crispés sur les clefs, ils gonflent leurs joues, inspirent par le nez, ou bien ils ne pensent plus à rien. Une seule note. La note seule. Seule la note. Si le sommeil peut gagner des spectateurs, il arrive qu'un musicien s'endorme sur la coda. D'autres se laissent aller à la rêverie, d'autres encore seront récupérés plus tard. On a le temps pour soi.


Après leur premier album en vinyle, le quatuor de clarinettes, dont Hoang et Godet doublent à la clarinette basse, a couché sur un CD la pièce que nous écoutons. Nous perdons l'acoustique, mais nous pouvons emporter à la maison la musique ornée d'une superbe sérigraphie de 38Fillette. En sortant, la lumière de la vitrine éclaire une installation de Marie-Christine Gayffier, Je remballe ma bibliothèque. Ses autres tableaux saisissent des éléments clefs de la vie ou de l'œuvre de Freud. Au sol elle a inscrit les repères alphabétiques de l'organisation livresque. Devant nos yeux des mots raisonnent à nos oreilles comme une série d'énigmes dont chacune et chacun ne possède qu'un bout de la résolution. À l'image de Watt, il faut l'ensemble pour percevoir l'unité. Si l'inconscient est construit comme un langage, le corps exprime ses contradictions et ses paradoxes. Nous sortons régénérés de l'expérience.

Watt, CD 77'06, Becoq Records
Marie-Christine Gayffier, exposition lisible/illisible, Bibliothèque Sigmund Freud, 15 rue Vauquelin, 75005 Paris, tél. 01.43.36.22.66, jusqu'au 30 juin (mercredi, le jeudi et le vendredi de 13h30 à 18h, entrée par la cour)

jeudi 25 juin 2015

"Tout va monter" déborde du cadre


En matière d'improvisation musicale la surprise cède trop souvent la place aux conventions, système réflexe et viral où la consanguinité favorise l'épidémie. La culture générale et l'exploration tous azimuts constituent un des remèdes à la bouillie sonore que les héritiers d'un free-jazz édulcoré, entendre coupé de ses racines, perpétuent en marge d'un quotidien que les médias alimentent jusqu'à l'étouffement. Si le flux tend à rendre anonyme ce que nous entendons il ouvre grand le robinet de la diversité. L'improvisation ne peut en aucun cas représenter un genre musical en s'interdisant la tonalité, la carrure et les citations. En théorie tous les styles de musique peuvent y recourir, car elle consiste essentiellement à réduire le temps au strict minimum entre la composition et l'exécution de la partition, et ce dans une éventuelle création collective fonctionnant comme un dialogue, avec comme gymnastique la particularité de devoir s'exprimer simultanément à l'écoute de ses partenaires. Que ce soit dans le cadre d'une fidélité quasi familiale ou par les ressorts d'une insatiable curiosité échangiste l'exercice consiste à se renouveler perpétuellement pour affiner sa pensée et comprendre celles de ses interlocuteurs. L'époque où n'existait que le papier pour faire voyager sa musique de manière ubiquitaire ne pouvait espérer que la perfection dans le respect de la partition. Or avant cette période et ailleurs qu'en occident la tradition orale offrait une liberté d'interprétation que les nouveaux classiques se chargèrent d'oublier pour affirmer la suprématie de leur classe sociale. Depuis quelques décennies la musique a d'autres façons de se propager sur la planète grâce à la reproduction mécanique et aujourd'hui Internet gagne encore en rayonnement géographique immédiat. Le concert offre néanmoins la possibilité d'écouter la musique dans des conditions acoustiques meilleures que le son filtré du mp3 dans des oreillettes bon marché. Et dans ce cadre, mais ce n'est pas le seul, l'improvisation pourrait promettre une expérience inouïe et irreproductible.
La qualité de l'album Tout va monter, produit par le label nato, tient beaucoup à la rencontre de trois musiciens exceptionnels évoluant habituellement dans des mondes très différents, même si la contrebassiste Joëlle Léandre et le pianiste Benoît Delbecq sont affiliés à des mouvances libertaires du jazz européen. L'apport de Carnage The Executioner, beatboxer autodidacte, est déterminant dans la réussite du concert enregistré en public le 10 février 2013 lors de la série Retour à la Case Dunois. Le rappeur minnesotien insuffle des rythmes soutenus qui invitent les deux jazz(wo)men à sortir de leurs habitudes, si tant est qu'ils en aient, la contrebassiste-performeuse ayant eu une carrière de soliste dans le contemporain, le pianiste-claviériste fréquentant la chanson française ou le rap avec le même entrain. Le mélange produit une musique inédite où la finesse du jeu pianistique de Delbecq se déploie dans des préparations percussives à base de petits bouts de bois, avec la collection philatélique en pizz ou à à l'archet de Léandre et les chaos qu'ils inspirent à Carnage, à son tour entrant dans leur jeu de matières rebondissantes. Ne vous étonnez pas si vous entendez des voix, si les basses sortent des subs, si la percussion devient réelle, si le blues et le rock se réconcilient avec le jazz et les musiques contemporaines, les écoutes sont ici plus sympathiques qu'en real politik, les échanges évitant tout protectionnisme et le mode TAFTA étant soigneusement évité.

mercredi 24 juin 2015

Utopian Wind de Pascal Contet


Il fut un temps où les accordéonistes rasaient les murs. L''industrie pop anglo-saxonne en avait fait le comble de la ringardise franchouillarde. C'était évidemment ignorer le swing musette, le cajun ou la richesse de nos terroirs alors toujours vivaces. Le tango laissait passer le bandonéon, mais la valse se cachait soigneusement sous des rythmes à trois temps, alors qu'il est difficile de trouver plus swing. Quant aux classiques, les accordéonistes étaient aussi compassés que leurs collègues guitaristes. Un soir que le producteur Jacques Bidou m'avait fait faux bond avec sa boîte à soufflet pour un concert au 28 rue Dunois, j'ai demandé à Michèle Buirette de le remplacer au pied levé. Le choc fut tel que j'épousai peu après cette fille ouverte au free jazz comme à la chanson française. Le mariage du synthétiseur, autre instrument ostracisé par la plupart des musiciens, et de l'accordéon tenait du cadavre exquis et de la sono mondiale en devenir. Michèle a suivi son chemin, moi le mien, mais je me suis dès lors intéressé à cet imposant instrument à bretelles (un accordéon avec basses chromatiques pèse facilement quinze kilos). De Gus Viseur, avec qui avait joué mon camarade Bernard Vitet, à Guy Klucevsek découvert auprès de John Zorn, l'éventail était assez large pour que je garde une tendresse particulière pour cet instrument complet, orchestre à lui tout seul comme le piano ou le synthétiseur.
Utopian Wind, le nouvel album de Pascal Contet ne pouvait me faire plus plaisir. Virtuose et esprit ouvert à tout ce qui se crée, Contet multiplie les rencontres avec la danse, la littérature, le cinéma, le théâtre, il improvise, les compositeurs contemporains lui écrivent des pièces sur mesure, il ne néglige pas pour autant le répertoire et il adore mélanger tous les styles dans ses concerts. Il joue ici en solo une douzaine de pièces de sa composition, utilisant toutes les ressources contemporaines, mécaniques et sensibles de son instrument. Minimalisme et maximalisme se rejoignent, du faux silence où l'air s'engouffre à la puissance d'un plein jeu dont les graves vous chatouillent l'estomac. L'arc-en-ciel qui se déplie laisse passer une gloire aussi tendre qu'étincelante, me donnant joyeusement envie de lui proposer de jouer ensemble à la première occasion ! Elle se présente aussitôt. Le 12 novembre nous serons donc en trio aux Lilas, dans la nouvelle salle du Triton, avec le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang. Youpi !

→ Pascal Contet Utopian Wind, label Plein Jeu, dist. physique Socadisc et dist. numérique Idol

mardi 23 juin 2015

Trop loin, trop proche


Pas la moindre idée de vacances. Cela me semble très loin. Changer d'air est pourtant nécessaire à la réinitialisation de mon système interne. De son côté, Françoise part quelques jours à La Ciotat où seront projetés jeudi et samedi ses deux longs métrages de fiction, la comédie Vice Vertu et Vice Versa et le polar Passé Composé, première partie de sa rétrospective qui se tiendra dans le plus vieux cinéma du monde, le mythique Eden des Frères Lumière. Son opération à l'œil gauche lui interdit de prendre l'avion ou d'aller à la montagne pour l'instant. Nous déciderons donc plus tard si et où nous bougeons pendant l'été...
Je travaille d'arrache-pied sur plusieurs projets dont certains doivent être bouclés avant mon départ pour Arles où j'accompagne le Prix Découverte le 8 juillet. Sous le grand écran du Théâtre Antique je jonglerai avec les sons sur mon clavier, ajoutant la trompette à anche, l'harmonica et un peu de percussion à mon incroyable panoplie.
Entre temps je sonorise un jeu de donjons et dragons avec des pions sur iPad selon le modèle de Spellshot et je termine le design sonore du Monde de Yo-Ho des Éditions Volumiques. La même fine équipe est également susceptible de terminer le jeu de la Famille Fantôme pour lequel Sacha Gattino et moi avons livré la musique il y a trois ans ! Tous les deux ayant récemment gagné l'appel d'offre de l'exposition Darwin qui se tiendra à l'automne à la Cité des Sciences et de l'Industrie, nous démarrons la production de la dizaine d'attractions que nous devons sonorisées. Au jour le jour je choisis aussi des musiques pour certaines projections des Rencontres d'Arles, et cet été l'étude du métro du Grand Paris sera enfin bouclée.
Beaucoup de travail, et pourtant j'ignore totalement quoi fabriquer à la rentrée. Aucun projet personnel d'envergure n'est encore défini. C'est à cela que servent les vacances. Prendre le recul nécessaire pour sortir des habitudes qui vous plaquent le nez contre la vitre.

lundi 22 juin 2015

Lettre ouverte au Maire de Bagnolet au sujet des Baras


Il est important d'agir avant l'été, période propice aux expulsions quand nombreux riverains solidaires sont en vacances ! L'année dernière c'est justement début août que les Baras avaient été chassés. Ils avaient trouvé refuge in extremis dans l'ancien local vide de Pôle-Emploi à Bagnolet...

Monsieur le Maire de Bagnolet,
Madame, Monsieur la Président(e) de groupe…
Comme vous le savez, un groupe de 160 personnes originaires d’Afrique occupent les anciens locaux de Pôle-Emploi. Tous doivent leur vie à leur départ précipité de Lybie où ils travaillaient et où la France avait engagé des hostilités pour lesquelles ils ne portaient aucune responsabilité. Les membres de ce collectif connu sous le nom des Baras ne sont pas des sans-papiers comme on a coutume de les qualifier. Ils ont des papiers de leurs pays respectifs ainsi que des papiers européens homologués en Italie qui ne sont hélas pas reconnus par notre pays, patrie des Droits de l’Homme !
L’an passé, ils ont été chassés de leur local précédent à la suite d’un incendie. Après une errance difficile ils ont abouti au 72 rue René Alazard à Bagnolet, propriété de Natixis, banque de financement, de gestion et de services financiers du groupe BPCE. La majorité municipale à la suite de cet événement avait pris des engagements. Depuis, ils ne cessent de venir au Conseil interpeller les élus de la majorité.
Il n’y a malheureusement rien de concret. Pire, la Mairie a signé un arrêt permettant à Véolia de leur couper l’eau, faisant peser un risque sanitaire grave aux occupants. Depuis peu, ce genre de manœuvre honteuse est heureusement devenue hors-la-loi.
La décision d’évacuation est aujourd’hui suspendue au dessus des têtes des 160 personnes résidant dans ces locaux.
Il est clair qu’une collectivité à elle seule ne peut résoudre toute les situations dramatiques. Mais elle se doit de montrer l’exemple et l’on voit dans plusieurs collectivités des initiatives positives permettant de régler ce genre de situations et démontrant qu’il est possible d’avoir d’autres choix que la répression et l’errance.
Il est indispensable que les membres du collectif des Baras obtiennent une domiciliation pour faire valoir leurs droits et permettre à terme le règlement de leurs situations administratives. Réaction totalement absurde de la part de la municipalité, cette domiciliation leur a été refusée encore récemment par le CCAS de notre ville. Sans cette domiciliation ils ne peuvent par exemple pas avoir de compte bancaire. Ce serait un pas vers une régularisation de leur statut. Sans, ils sont une main d’œuvre corvéable et exploitable à merci, favorisant le travail au noir qui profite essentiellement à des employeurs sans scrupules qui les rétribuent en dessous du SMIC et sans payer les charges sociales. Les Baras, terme qui signifie travailleur en langue bambara, sont avant tout des travailleurs.
Nous demandons donc aujourd’hui que tous ces travailleurs, dont le comportement civil est exemplaire dans le quartier, soient régularisés par la Préfecture et que la municipalité intervienne en ce sens par tous les moyens possibles. En attendant, et ce serait le début d’une solution nécessaire, nous demandons que la municipalité leur accorde la domiciliation dont ils ont besoin, décision qui incombe exclusivement à la municipalité.
Après un an d’engagements non tenus et de refus incompréhensibles, nous demandons à la municipalité des actes et que ceux-ci aillent dans le sens d’une reconnaissance indispensable qui mettent fin à une situation qui déshonore la République.

Les représentants du Collectif Citoyen de Bagnolet
Christophe Biet, Jean-Jacques Birgé, Pascal Delmont, Céline Gayon, André Maudet, Youenn Plouhinec, Françoise Romand…

P.S. : Réponse du Maire le 17 juin - "Cher Monsieur, Je prends connaissance de votre courrier auquel je vais répondre de manière précise et circonstanciée. Celui-ci contient en effet un certain nombre d'erreurs voire des passages totalement mensongers. Recevez mes salutations les meilleures. Tony Di Martino, Maire de Bagnolet."

P.P.S. : Aujourd'hui 22 juin, trois jours avant le prochain Conseil Municipal, nous attendons toujours la réponse du Maire de Bagnolet (Parti Socialiste !), tenant à sa disposition les preuves et témoignages de tout ce qui est avancé dans notre lettre !

vendredi 19 juin 2015

Comme dans un rêve


Il fait nuit. Les lampadaires éclairent le parvis d'une lumière orange. Partis assister à un spectacle dont je suis censé avoir composé la musique nous traversons l'immense parking qui longe le bâtiment moderne qui abrite la scène nationale. Ma fille et moi grimpons les escaliers roulants qui rappellent ceux de l'Opéra de Saint-Étienne. La salle est pleine à craquer. Je rejoins donc la cabine du projectionniste où notre client est dans tous ses états. Il m'explique que la musique du spectacle que Sacha a enregistrée en mon absence est parfaite, mais qu'il y a un problème avec celle qui accompagne le livre, c'est un CD glissé sous un revers de la couverture. Je n'ai pu réellement travailler au projet, accaparé par la fin de celui pour Orange. Je descends dans la salle discuter avec Sacha qui a raisonnablement fait sa part. Notre client tente de m'expliquer ce qu'il veut, une musique printanière, légère, charmante. Je comprends qu'il cherche tout simplement quelque chose du genre des Quatre Saisons de Vivaldi, c'est une tarte à la crème mille fois utilisée. En prononçant ces mots j'entends soudain dans ma tête une musique inouïe qui s'en inspire. Tout y est, la structure et l'instrumentation, les mélodies et l'harmonie renversante qui leur sied. Rien n'a jamais été aussi précis au commencement d'un travail. Je me réveille et je me souviens de tout, même de la musique dans ses moindres détails. Seul bémol, mon client est virtuel et je ne vois aucune raison de l'enregistrer sans une commande réelle ! Tout est si présent que j'ai du mal à me persuader que je rêve. Tout se dissipe d'habitude au réveil. C'était il y a trois jours, mais je continue d'entendre cette musique dont le processus compositionnel ressemble fort à une partition que j'ai écrite il y a quelques années pour un théâtre de marionnettes conçu par Raymond pour La Cité des Sciences. Faut-il considérer ce rêve comme un signe et m'y coller ? Ou renvoyer ces élucubrations dans les limbes, en attendant une opportunité, maintenant que la méthode est validée par les fantômes de la nuit.
Au fur et à mesure que je décris cette aventure se dévoilent des éléments de la veille. Cette fois le sens caché m'importe peu. Du moins dans un premier temps. La méthode de composition évoquée me poursuit et je sens que je vais devoir m'y plonger pour m'en débarrasser ! D'autant que, depuis, je commence à entendre des voix...
Là-dessus Étienne m'annonce qu'il finalise les Petits Fantômes, Tiemo émerge des profondeurs d'un métro qui n'existe pas encore, Olivier et Gila convoquent l'Arlésienne et Claire m'entraîne dans un nouveau donjon... La même journée ! On dit que la nuit porte conseil. Alors, je me rendors.

jeudi 18 juin 2015

Boum ! Ça y est...


Tout arrive. Boum ! est enfin sorti, plein de fantaisie, d'imagination et de couleurs. Du moins dans sa version pour iPad, car la version Google Play (Androïd) va suivre incessamment. Le récit horizontal conçu et dessiné par Mikaël Cixous livre une approche nouvelle de la bande dessinée. Sans paroles, mais éminemment sonore puisque j'en ai composé la musique et tous les bruits, Boum ! se découvre en faisant glisser latéralement les images de gauche à droite. Rien ne vous empêche de remonter le temps et de repartir dans l'autre sens, car c'est bien un autre sens qui se révélera. Histoire plus évocatrice que narration imposée, l'imagination que j'évoquais plus haut est surtout celle des lecteurs qui se feront certainement leur propre cinéma.


Comme un livre traditionnel, mais contrairement au cinématographe et à ses déclinaisons audiovisuelles linéaires, Boum ! se lit à votre rythme. On peut le feuilleter à la va-vite ou prendre son temps, le son délivrant alors une prime à la lenteur et à la patience. Nous avions esquissé quelques démos avant que Mathias Franck ait terminé de programmer l'objet qui recèle quelques surprises. Entre autres, notre développeur chevronné ne peut s'empêcher de glisser un Easter Egg (œuf de Pâques), une animation ici interactive, cachée comme dans chacune des applications publiées par Les inéditeurs, vieille coutume qui remonte aux débuts de l'informatique !


Repensant à une définition du montage par Jean-Luc Godard (ce qui est important c'est ce que l'on enlève plus que ce que l'on conserve) j'ai conçu la partition sonore à partir des glissements d'une image à l'autre plutôt qu'en m'attachant aux somptueux tableaux de Mikaël Cixous. Cela n'a pas empêché mon camarade de me faire refaire certains sons lorsqu'il trouvait que je m'écartais trop de l'histoire de ce petit bonhomme qui part un matin au travail et qui prend soudain le chemin des écoliers lorsqu'un flocon de neige lui tombe sur le nez. Dans ce monde de fantaisie on verra que la réalité peut aussi le rattraper. Je me demande pourtant si cette aventure n'est pas un rêve qui se déroule entre l'instant où le réveil sonne et celui où l'on ouvre les yeux. La musique et les bruitages participent à ce vertige, glissements progressifs du sens selon la durée de visionnage des 104 plans qui composent le récit graphique qui passionnera petits et grands. Comme toutes les œuvres publiées par Les Inéditeurs il s'ouvre sur une "couverture" interactive où l'on doit incliner la tablette pour générer des animations et les notes de clarinette jouées par Antonin-Tri Hoang. Dans les derniers mètres du récit le violoncelliste Vincent Segal nous rejoint pour un trio soliste quasi symphonique.


Boum ! nous donne furieusement envie de continuer avec d'autres auteurs et dessinateurs dans cette collection que nous appelerons Bing Bang ! En attendant, Sonia Cruchon, quatrième membre de notre quatuor de choc, a réalisé un petit film pour montrer à quoi ressemble notre dernier né.

→ Mikaël Cixous, Boum !, Les inéditeurs avec le soutien du Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil et le CNL, iTunes 2,99€

mercredi 17 juin 2015

Du secret de l'accord imparfait


Aujourd'hui pas question d'écrire. Des piles de livres me tendent les bras. Je m'approche. Il y a de tout. Romans, pièces de théâtre, poésie, encyclopédies, journaux, magazines, lettres, courriels, tracts débordent de mes boîtes aux lettres et de mes étagères. Le survol des commentaires de mes récents billets polémiques me consterne. Rapidement ils ne se réfèrent plus à mes interrogations et tournent à une empoignade d'egos qui n'a plus grand chose à voir avec ce que je tentais d'approcher. Chacun et chacune lancent des affirmations péremptoires ou comminatoires après avoir lu en diagonale des phrases tapées à la va-vite, sans se relire. Le dialogue de sourds n'accouche que d'insultes et de sous-entendus pernicieux. Les commentaires sont jetés à la figure sans prendre le temps de la réflexion qu'impose la rédaction d'un billet.
Osons une comparaison. Dans un couple tenter de changer l'autre est peine perdue. Le travail consiste au contraire à l'accepter. Dans le premier cas on demande à l'autre un travail impossible, l'épreuve faisant fi de la névrose de chacun ; dans le second c'est à soi de bosser puisque que c'est soi qui exprime ce désir, parfois une souffrance, toujours une incompatibilité... Du moins à première vue. Dans les joutes oratoires la mauvaise foi est de mise, mais seulement à condition qu'elle porte ses effets. Lors d'un conflit on peut choisir de mentir : admettre que l'on a tort en sachant paradoxalement que la raison est avec soi. On évite ainsi quelques jours de tristesse qui de toute façon aboutiront au même résultat. Jouissez donc des différents au lieu d'encenser la sympathie. On n'obtient jamais d'accord dans le conflit, mais dans son dépassement.
Mieux vaut aller se promener, laisser reposer la colère, oublier ses rancœurs. On sait très bien qui sont ses amis, où l'amour fleurit. Ne vous inquiétez pas pour nous, ce n'est pas de circonstance. Il fait beau. Tout le monde se repose à la maison. Le chat a fini par s'enrouler sur lui-même, les pattes lui servant de volets. Il règne un doux parfum de vacances. Je ne voulais rien écrire. La rue du liseur m'a inspiré ces mots d'apaisement. Je m'étends sur le divan. Pour lire. Et je respire. Et le meilleur.

P.S. : on me demande de quelles polémiques il s'agit... Un exemple récent !

mardi 16 juin 2015

Essoufflement en fin de série


Tous les scénaristes ne sont pas Alan Ball ni David Simon, capables de conclure une série avant son essoufflement. On imagine les pressions subies de la part des chaînes TV devant la manne que représentent les séries à succès. Le dernier épisode de Six Feet Under marqua la démonstration éclatante du désir d'en finir une fois pour toutes pour passer à autre chose et The Wire aurait pu durer une éternité sans la détermination de son auteur. L'un et l'autre ont livrées cinq saisons sans fléchir, alors que leurs créations suivantes, respectivement True Blood ou Treme, ont du mal à tenir la distance.
Ainsi la septième saison de Mad Men aurait pu condenser ses quatorze épisodes en un seul au lieu de jouer les prolongations en délayant laborieusement un final que seul le clin d'œil Coca Cola de la dernière minute rehausse en ramenant la fiction vers une réalité imaginaire. Curieusement quantité de pistes n'auront pour autant pas été exploitées, abandonnées en cours de route sans que l'on en saisisse la raison, telles les allusions au passé de Don Draper ou l'avenir de chaque personnage... Avenir que seul Alan Ball sut donc magistralement dessiner dans le dernier épisode exemplaire de Six Feet Under, aussi brillant que sa première saison.
Les variations criminelles de Game of Thrones finissent également par lasser, les saisons semblant tenir essentiellement à la disparition tragique des protagonistes les uns après les autres. Une direction d'acteurs moins caricaturale aurait probablement apporté une finesse que le manichéisme général étouffe. Chaque comédien jouant imperturbablement toujours avec la même expression de visage, on imagine qu'à l'avenir les rôles pourront être tenus par des créatures de synthèse à l'image des décors.
J'ai regardé plus de la moitié de l'étrange Sense8 des Wachowski, mais ce n'est ni Matrix ni Cloud Atlas : tout est tiré en longueur, comme si les auteurs étaient payés à la minute... Les liens psychiques qui relient les personnages tissent une toile vaine rappelant la vacuité d'Internet, répétition des mêmes gestes d'épisode en épisode, comme autant d'impasses communicantes. Les huit personnages en quête du même auteur ne sont que les ambassadeurs des films mainstream de leurs pays respectifs, caricatures d'un cinéma de distraction dont les variations géographiques ne cachent pas l'uniformité.

lundi 15 juin 2015

Deux superbes westerns de Delmer Daves


Si le western a accouché de quantité de poncifs du genre il existe nombreux films qui les dépassent et ne ressemblent à aucun autre. De John Ford à Monte Hellman en passant par William Wellman, Samuel Fuller, Fritz Lang, Nicholas Ray et bien d'autres, le western offre un cadre brutal aux aventures humaines ou il valorise ce que les États-Unis ont de plus beau, les grands espaces. L'humanité transpire des deux films de Delmer Daves que Carlotta publie dans de magnifiques versions restaurées en 2K ou 4K. Si 3h10 pour Yuma (1957) est considéré comme un chef d'œuvre, Cow-Boy (1958) mérite d'être redécouvert tout autant.
Les deux films mettent à l'épreuve un héros qui n'était pas destiné à le devenir. La peur est vaincue par la conscience morale, forcée dans 3h10 pour Yuma, recherchée dans Cow-Boy. Un fermier est confronté à une bande de hors-la-loi, un employé d'hôtel rêve de s'enrichir pour conquérir sa belle. Suspense dans le premier, mutation prévisible dans le second, mais pas le moindre manichéisme chez aucun des personnages, des principaux au plus insignifiants. Les qualités du "méchant" permettent au sans-grade d'effectuer sa mue et d'en sortir grandi. Les contradictions sont mises en scène, les circonstances forgeant les caractères et fléchissant le destin.
Ajoutez une photographie superbe de Charles Lawton Jr, noir et blanc somptueux pour le mélodrame 3h10, Technicolor et cinémascope éclatant pour le quotidien des cow-boys, des partitions de George Duning, le générique de Cow-Boy par Saul Bass, l'interprétation de Glenn Ford d'abord avec Van Heflin, ensuite avec Jack Lemmon, et vous obtiendrez deux films exceptionnels qui dépassent largement le genre.

3h10 pour Yuma et Cow-Boy - Sortie en Blu-ray et DVD le 24 juin 2015 chez Carlotta - 20 € chaque

vendredi 12 juin 2015

Décollement de la rétine


Commençons par les bonnes nouvelles ! Françoise se remet doucement, mais sûrement, de l'opération après son décollement de la rétine. C'est arrivé après des années d'embêtements suite à des négligences avec ses lentilles de contact, quantité de cicatrisations au laser et deux implants pour ses cataractes. Les céphalées auraient dû la pousser à aller plus tôt consulter, mais elle a attendu de ne plus voir que la moitié de l'image de l'œil gauche pour foncer aux urgences de la Fondation Rothschild, service public impeccable, équipe chirurgicale irréprochable du Dr Le Mer. Il avait même eu la curiosité d'aller voir son site romand.org. C'est au réveil que les choses se sont corsées...
Contrairement au reste de l'équipe, une caricature d'infirmière désagréable vire Françoise de son lit dès son réveil de l'anesthésie locale. Mais une douleur pharamineuse la pousse à nouveau vers les urgences deux jours plus tard, cette fois ambulance et brancard. Heureusement la dernière visite est rassurante, l'œil est stabilisé, même si une bulle de gaz a glissé sur la rétine. Interdiction de prendre l'avion ou d'aller en montagne. Sur son bracelet est écrit : "Risque de cécité, patient porteur de gaz ophtalmique, etc." Mais ce n'est pas tout...
Revenons en arrière. Au moment de se faire opérer, la carte vitale semble périmée et l'administration annonce qu'elle doit donc surseoir à l'opération. Françoise n'a jamais reçu d'avis de fin de prise en charge de la Sécurité Sociale. Une solution est trouvée avec un chèque de caution de 888,44 € que j'apporte à sa sortie. J'appelle la Sécu qui me confirme la non couverture depuis le 31 décembre dernier. J'inscris donc ma compagne sur ma carte illico, la prise en charge devant être rétroactive. Quelle angoisse pour les personnes qui ne sont plus prises en charge ! En gros, elles peuvent crever, même s'il existe la CMU, cela ne règle pas les questions d'urgence !


Avec tout cela Françoise rate le festival des Bobines Rebelles, en Limousin, dont son film Appelez-moi Madame a fait l'ouverture ce soir sous l'égide de Federico Rossin au Magasin Général de Tarnac !

jeudi 11 juin 2015

Il faut que la peur change de camp


Face à l'arrogance des puissants qui se sentent invulnérables se cristallise une radicalisation de plus en plus surprenante.
Dans toute l'Europe la bascule vers l'extrême-droite est une de ses formes les plus dangereuses, faute d'analyse conséquente permettant de comprendre ce qu'elle incarne pour les plus démunis. La démagogie consistant à reprendre les arguments de l'extrême-gauche en les dévoyant est une de ses techniques, offrant aux sociaux-démocrates de mettre tous les extrêmes dans le même sac pour opacifier les enjeux. L'islamisation est du même ordre, réaction épidermique à des lois débiles et des pratiques monstrueuses. Pour exemple à celles et ceux qui l'ignorent et à qui cela peut rappeler quelque chose, le Parti Communiste est interdit en Ukraine, mais le parti fachiste Svoboda est autorisé. Le tout avec la bénédiction de l'Europe.
D'autres acquièrent une conscience de classe et les idées révolutionnaires germent à nouveau. Qu'il s'agisse d'un individu ou d'une caste, lorsque les puissants agissent avec la plus grande arrogance et de manière la plus honteuse leur chute n'est pas loin. Voilà plusieurs fois ces derniers mois que j'entends dans la rue que des têtes doivent tomber. Un vent de révolution souffle dans les esprits critiques qui voient bien que la catastrophe se répand de façon exponentielle, tant politique qu'écologique, et que toute la planète est menacée par de grands criminels agissant plus ou moins dans le cadre de lois qu'ils ont dictées. Les États-Unis montrent l'exemple en termes de cynisme et de manipulation des consciences, mais les responsables se retrouvent partout aux commandes de l'économie, créant des famines et des génocides, fabriquant les armes qui les autorisent, développant des secteurs de recherche morbides en prévision d'une redistribution des cartes géopolitiques liées entre autres aux modifications du climat dont ils sont les auteurs.
J'ai été très surpris des propos récents d'un ami que j'ai longtemps considéré comme une personne modérée et qui s'est rapidement radicalisé au vu de son expérience professionnelle en milieu social. En opposition à l'aquoibonisme et à la démission de nombreux citoyens, il me souffla qu'il y avait une solution. J'ai immédiatement pensé à Slavoj Žižek qui commençait toutes ses conférences en se demandant pourquoi les Hommes envisagent la fin du monde et pas celle du capitalisme ! Cet ami m'expliqua qu'il fallait "que la peur change de camp" ! Il suggéra que des assassinats ciblés sur les grands responsables de l'industrie, surtout pas les politiques qui ne sont que leurs larbins, serait de la plus grande efficacité. Nestlé, Total, ça commence à sentir le roussi ! Cela ressemble évidemment aux activités de la Fraction Armée Rouge, des Brigades Rouges ou d'Action Directe, groupes tragiquement manipulés par des intérêts d'état, mais il insista qu'il ne fallait surtout publier aucune revendication pour que les cibles et les citoyens s'interrogent, démarche brechtienne s'il en est !
Aujourd'hui toutes les solutions sont envisageables face à la catastrophe humanitaire annoncée. En Europe les sociaux-démocrates sont en train de faire le lit des fachistes comme au début du siècle dernier. Le gouvernement français est un des plus réactionnaires que nous ayons eu depuis des décennies. Le dollar, auquel nous sommes inféodés, fait saigner la planète et personne ne sait si l'hémorragie est jugulable avant la catastrophe. S'il est une certitude, c'est que l'on ne peut pas attendre les bras croisés.

mercredi 10 juin 2015

Uber à l'aise


Depuis un mois j'ai eu recours plusieurs fois à Uber pour me déplacer. C'est un système de taxi dérégularisé qui concurrence redoutablement les taxis traditionnels. Il suffit de télécharger l'application sur son smartphone, donner son numéro de carte bleue une fois pour toutes et le tour est joué. À l'allumage l'appli vous localise et inscrit à combien de temps est la première voiture disponible. On commande. Le chauffeur est instantanément joignable par SMS ou téléphone. Vous pouvez suivre sa progression sur le plan. Il vous appelle lorsqu'il est à proximité. Le compteur ne fonctionne qu'à la prise en charge. Rien à payer sur le moment. Inutile d'avoir le moindre sou en poche ou de carte de paiement. Vous recevez la note sur votre mail ou sur l'appli dans les quelques minutes qui suivent.
Il existe différentes formules : UberX est un peu en dessous du tarif des taxis traditionnels, mais UberPop qui permet à des non-professionnels d'arrondir leur fin de mois est à moitié prix ! Uber Pool permet de partager une voiture, Berline et Van correspondent à des véhicules spécialisés. Contrairement à notre expérience avec les taxis appelés à une borne qui n'arrivent jamais et vous font manquer votre train, aux grandes compagnies qui surtaxent en venant de loin, à l'attente délirante à la sortie de l'aéroport, au refus d'être pris en charge parce que le trajet est trop court ou que ce n'est pas le leur, à la saleté et à la puanteur de certains habitacles, à l'arnaque dont ont été victimes certains amis étrangers qui ont fait du tourisme involontaire, à la rudesse de certains chauffeurs, l'expérience s'est avérée enthousiasmante. Une seule fois la conductrice semblait si novice que nous avons été transformés en moniteurs d'auto-école ! Quant aux cinq questions que pose le Figaro elles méritent réponses : Quel degré de formation du chauffeur ? Si je me réfère à mon expérience des taxis en général je ne vois hélas pas de différence. Quelles preuves de sa sobriété, de son sérieux, de ses «intentions», etc. ? Pour l'instant Uber est beaucoup plus rassurant et probant, on aurait même l'impression d'être un VIP. Quel degré d'entretien de son véhicule par opposition aux taxis et VTC ? Ici encore il n'y a pas photo, propreté exemplaire sur laquelle les taxis parisiens feraient bien de prendre modèle. Quelle couverture en termes d'assurance ? Je ne sais pas répondre à celle-ci, j'imagine qu'en tant que personnes transportées on est couverts... Comment éviter ce type de taxi clandestin hors toute déclaration contrôlable ? Là repose toute la problématique...
Plutôt que d'attaquer Uber qui court-circuite le système frauduleux de la licence monopoliste ne vaudrait-il pas mieux en profiter pour remettre à plat un mode scandaleux qui remonte au début du siècle dernier ? La responsabilité de l'État est entière. Une licence parisienne coûtant actuellement 240 000 euros et se repassant comme une charge de notaire, on comprend la colère des taxis. À noter que la plupart ne peuvent être indépendants, et sont salariés ou franchisés de sociétés qui les exploitent autant, si ce n'est plus, que les 20% de commission d'Uber (le groupe G7 affilie près de 11 000 des 17 000 taxis parisiens !). Cela me rappelle les critiques de certains graphistes reprochant son pouvoir à la Sacem au lieu de prendre modèle sur les musiciens pour défendre leur corporation. L'État limite également de manière absurde le nombre des taxis. À New York où il suffit de lever le bras pour obtenir un taxi jaune on peut constater que les problèmes de circulation liés aux véhicules individuels peuvent être réglés par le nombre de taxis et leur tarif, mis à part le réseau de transport collectif qui fonctionne là-bas 24 heures sur 24.
Quant aux attaques contre les dirigeants d'Uber qui délocalisent leurs profits pour ne pas payer d'impôts en France elles sont justifiées, mais elles concernent l'ultralibéralisme qui profite au capital sur le dos des citoyens et des états. Si l'on veut qu'Amazon, Google, Apple ou nombreuses sociétés et individus cessent de profiter des paradis fiscaux c'est un autre combat, autrement plus grave et plus sérieux que la guerre des taxis. Celui-ci nous verra prendre la rue et nous le ferons à pied !

mardi 9 juin 2015

La presse condamnée ?


Lorsqu'une chronique de disque est payée 5 euros le journaliste professionnel n'a d'autre solution que de bâcler pour gagner sa vie. Lorsque le blogueur bénévole s'attèle à la tâche il ne le fait que par passion et y passe le temps qu'il faut. Si en plus le pro voit son texte réécrit, coupé, agencé, défiguré par sa hiérarchie, la différence de 5 euros vaut-elle l'enjeu ? À de rares exceptions cette presse est condamnée.
Lorsque les revues spécialisées font leur une sur des stars disparues et négligent les jeunes artistes émergents elles se coupent du nouveau lectorat qui grandit avec les artistes de sa génération. Cette presse est condamnée.
Le papier coûte cher à fabriquer, distribuer, envoyer. Il n'a d'avantage que sa conservation. Internet offre une actualisation immédiate. Passé quelques jours, les quotidiens et les hebdomadaires qui collent à l'actualité font de bons allume-feu, au sens propre, encore que Le Monde prend moins bien que Libé. Cette presse est condamnée.
Les journaux appartiennent pour la plupart à des banquiers et des marchands d'armes, eux-mêmes liés au gouvernement qui leur fournit la plupart de leurs informations politiques et économiques. S'ils ruent dans les brancards on leur coupe les tuyaux qui les alimentent. Ils dépendent aussi des annonceurs par la publicité. Mêmes conséquences. L'information qu'ils délivrent est forcément gauchie par le système qui les tient en vie, sous perfusion. Cette presse est condamnée.
Seule pourra survivre et se développer une presse libre et indépendante, soutenue par son lectorat et par celles et ceux qui se sentent réellement investis dans leur action investigatrice, analytique ou critique. La participation des citoyens est également déterminante, on le constate dans des modèles tel Wikipédia qui a relégué l'Encyclopedia Universalis aux oubliettes. Dans ce cas particulier on pouvait trouver les articles passionnants lorsqu'on n'y connaissait rien, mais ils devenaient ridicules et truffés d'erreurs pour un spécialiste. Le participatif permet de corriger instantanément les à-peu-près, même s'il est perfectible. L'amateurisme, issu étymologiquement du verbe aimer, gagnera les professionnels qui retrouveront les raisons qui leur firent choisir cette voie lorsqu'ils débutèrent. Il faudra leur donner les moyens de travailler correctement en les rétribuant conformément à leur apport. L'investigation prend du temps, une bonne photo comme un bon article dépendent aussi du style. Formater les articles selon les règles apprises dans les écoles de journalisme ne produit pas toujours les meilleurs résultats. Cette presse est condamnée.
Tout reste à inventer, et la solution réside toujours dans l'énoncé de la question. Il faut remonter aux sources. Se souvenir du pourquoi et affiner le comment. Cette presse a de beaux jours devant elle.

lundi 8 juin 2015

Edward Perraud, séducteur patenté


Chez un artiste la reconnaissance vient rarement d'où on l'attend. On a probablement commencé par ses parents, mais aucun enfant ne répond jamais à leurs aspirations. Il faut du moins l'espérer, même si la névrose s'alimente de cet écart. La création artistique permet de contourner l'obstacle en se servant de ses faiblesses, équivalent intellectuel de l'aïkido ! Mais l'équilibre reste précaire. Il suffit d'un papillon pour faire chuter le fildefériste. Le miracle tient au fait que rien n'est jamais définitivement joué jusqu'à l'ultime saut où tous se retrouvent égaux, quel qu'il ou elle soit. S'il n'a pas eu l'orgueil de faire ôter le filet, l'acrobate remonte sur le fil, comme il est possible de reconsidérer sa vie à chaque instant. Il suffit parfois d'une rencontre, d'un trop plein, d'un vide cruel, d'un accident, d'une thérapie ou d'un bon copain. Mais l'ambition est tenace et son manque tout autant. À vouloir trop gagner on peut tout perdre. Au risque de tout perdre la réussite n'en sera que plus glorieuse.
Reprise. Miles Davis voulait la reconnaissance du Great Black People, mais elle se portait sur James Brown. Seule la bourgeoisie blanche allait aux concerts de celui qui inventa deux fois le jazz. Du point de vue de Miles, il vivait un échec. Edward Perraud voudrait être un grand batteur de jazz alors qu'il est Edward Perraud. Son jeu ne ressemble à aucun autre. Il jongle avec ses instruments comme avec les sonorités inouïes qu'il en extrait. Grand improvisateur, il compose aussi d'exquises petites mélodies. Mais dès lors qu'il se conforme au moule des usages il ne fait que grossir la queue des prétendants qui partagent le même fantasme alors que la distribution des prix est terminée depuis le siècle dernier.
La légitime nécessité de remplir son frigo pousse la plupart des professionnels à des compromis. L'essence même du succès est de se partager, mais ce partage s'effectue avec toute une faune d'intermédiaires, organisateurs de spectacle, producteurs, subventionneurs, journalistes, qui décident de ce qui est bon ou pas pour le public. Ils inventent des catégories ; aux musiciens de s'y conformer. Les dés sont pipés pour celles et ceux qui sortent des sentiers battus. La tentation devient forte de rejoindre les grandes allées. Nombreux y perdent leur âme. Les résistants prennent le risque de l'isolement, fut-il splendide.


Synaesthetic Trip, le quartet d'Edward Perraud, est constitué de virtuoses exceptionnels parmi les meilleurs instrumentistes chacun dans son domaine, soit Benoît Delbecq au piano et au synthé, Bart Maris à la trompette, bugle et trompette piccolo, Arnault Cuisinier à la contrebasse et le maître jongleur à la batterie et effets électroniques. Les mélodies sont belles et simples, autant que possible. Alors pourquoi toutes ces tergiversations devant un disque somptueux qui enthousiasmera inconditionnellement la critique ? Parce qu'à désirer la reconnaissance du milieu du jazz Edward Perraud se fourvoie en banalisant son art ! Chaque fois qu'il échappe au genre il rehausse ses couleurs, comme sur Entrailles qui ouvre la marche comme jadis Xiasmes, ou sur Nun Komm, interprétation brillante de J.S. Bach qui rappelle le travail de Carla Bley à la meilleure époque ou Uri Caine (clin d'œil mahlerien de Maris sur Te Koop Te Huur). Tout est parfait, trop parfait justement pour me plaire. Or c'est dans les maladresses que le style se forge. À force d'accepter toutes les propositions en accumulant les rôles de mercenaire, Edward Perraud apprend à tout jouer, mais finit par faire du "à la manière de" alors qu'il n'est jamais aussi extraordinaire que lorsqu'il oublie le reste du monde pour se concentrer sur le sien (écoutez Bitter Sweets, duo fabuleux avec la chanteuse Élise Caron).
Le concert de lancement de Beyond The Predictable Touch à l'Ermitage égratigne heureusement la perfection de l'enregistrement. L'ajout des saxophonistes Thomas de Pourquery et Daniel Erdmann apporte une nouvelle dimension, particulièrement en live, où l'altiste sonne paradoxalement comme un ténor aylerien et le ténor comme un altiste West Coast ! Le trompettiste Fabrice Martinez les rejoint pour clore en fanfare une très belle soirée malgré les bémols que je n'ai pu m'empêcher de proférer en pensant à tous les musiciens sincères qui risquent leur âme à vouloir trop séduire. Comme écrivait Jean Cocteau en exergue d'une Histoire féline dans le Journal d'un inconnu : "ne pas être admiré, être cru".

vendredi 5 juin 2015

L’extra ordinaire


Pour La Revue du Cube j'ai cette fois rédigé une petite fiction, une des "presque fictions" comme les appelle Nils Aziosmanoff qui signe l'édito de ce numéro 8. Le thème de La révolution positive semble avoir inspiré les rédacteurs et rédactrices qui se sont attelés aux perspectives (Joël de Rosnay, Maëva Tordo, Bénédicte Manier, Isabelle Lefort, Guillaume Villemot, Mathieu Baudin, Carine Dartiguepeyrou), points de vue (Carlos Moreno, Dominique Sciamma, Ariel Kyrou, Yacine Aït Kaci, Hugo Verlinde, Flavien Bazenet, Philippe Boisnard, Etienne Krieger, Maxime Gueugneau, Étienne Armand Amato, Marie-Anne Mariot, Janique Laudouar, Emmanuel Ferrand, Véronique Anger-de Friberg, Franck Ancel, Hervé Azoulay, Éric Legale), presque fictions (Yann Minh, Joël Valendoff, Marta Grech, Philippe Cayol), plus la rencontre avec Francis Demoz et le débat télévisé ! Ils sont si nombreux et mon travail reprenant le dessus que je garde pour plus tard leur lecture assidue.

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L'extra ordinaire

Je suis un gars ordinaire. Je me lève le matin sans réveil, content de me mettre au travail. Depuis que nous sommes passés au salaire universel tout le monde est au même tarif. On s’ennuierait de ne rien faire. Il a fallu légiférer évidemment pour que certaines tâches trouvent des volontaires et automatiser les moins intéressantes. Et comme il faut de tout pour faire un monde chacun a miraculeusement trouvé sa place. Une fille est venue déposer la traditionnelle baguette de pain dans la boîte pour le petit déjeuner. Après la douche j’ai pris le bus qui passe toutes les cinq minutes en bas de chez moi. Depuis qu’on a limité les transports individuels et développé les collectifs il n’y a plus d’embouteillages et l’air a retrouvé sa transparence printanière. Au ministère je dois boucler mon bilan des quatre années pour lesquelles j’ai été tiré au sort parmi les citoyens intéressés à assumer cette responsabilité. Mon prédécesseur avait bien fait le boulot, félicité par les contrôleurs, eux-mêmes remplacés systématiquement à chaque mi-mandat. Ce n’est pas comme aux Sports où le ministre s’est retrouvé mis à l’index pour avoir favorisé ses petits copains. Ce sont des choses qui ne se font plus. On l'a casé dans un deux pièces minable avec sa photo en une sur tous les écrans du quartier.
Avant le déjeuner je suis allé faire du qi-gong dans un des parcs exotiques qui ont été ouverts dans les ruelles qui donnent sur les grandes artères. Le pâté d’algues de l’île de Sein m’a donné l’impression de prendre un bain de mer au soleil de Bretagne et le ragoût de champignons et fourmis rouges avait un fumet censé sublimer l’époque où l’on mangeait de la viande à tous les repas. Avant de regagner mon bureau je me suis allongé dans l’herbe pour écouter les oiseaux. Une mésange jouait avec son reflet dans un des miroirs plantés parmi les massifs de fleurs sauvages. Place de la République j’ai failli me faire écraser par un autobus. Je ne comprends pas pourquoi ils ont changé de musique pour avertir du passage des véhicules depuis qu’ils sont passés de l’électricité à l’auto-alimentation. Comme j’étais contrarié j’ai préféré travailler dehors puisque ma tablette était de toute manière connectée à l’ensemble des données du réseau. Lorsqu’il fait froid je me réfugie dans les centres de confort, mais avec les beaux jours autant profiter du climat et de l’air pur. Le soir nous avons projeté un de ces vieux films comme on n’en fait plus. Le noir et blanc insuffle une poésie incroyable que l’hyper-représentativité a consumée. Retirer seulement un seul paramètre à la réalité et l’imagination s’épanouit comme une fleur de jasmin dans une théière transparente. On la voit s’ouvrir comme un ballet nautique de Busby Berkeley. Mais là je m’emporte en citant les voisins qui étaient venus profiter du spectacle. Une des filles est la formatrice des petits qui vont encore à l’école. C’est formidable comme ils poussent vite depuis qu’a été lancé le programme du pourquoi généralisé. On ne leur impose plus aucune réponse avant qu’ils aient eu le temps de poser leurs questions. À onze ans ils parlent déjà plusieurs langues et sont capables de tenir leur place dans la société. Dès qu’ils ont le temps les plus grands font les courses des vieux qui ne peuvent plus se déplacer. En échange les anciens leur racontent leur vie, histoire de ne pas commettre les mêmes erreurs. Il y en a tant de possibles, autant en tester de nouvelles ! Odile m’a raconté qu’elle avait rendez-vous dimanche avec un beau gars qu’elle avait dragué au concert météo. Les choses sont tellement plus simples depuis qu’on s’est débarrassés des financiers qui asphyxiaient la planète. Les femmes ont pris le pouvoir le temps de résorber tous les conflits dont ces salauds profitaient. Les usines d’armement ont été recyclées pour fabriquer des machines à progrès. Les tâches les moins épanouissantes ont été ainsi entièrement robotisées. Quand une personne a la mauvaise idée de se comporter comme avant la révolution positive elle se retrouve toute seule dans son lit, sans câlin, et elle doit retourner à ces rendez-vous pénibles où l’analyse n’en finit pas, du moins tant que les causes n’ont pas été identifiées et l’imbécillité réformée. Il y a encore du travail à faire, mais d’autres gars et d’autres filles ordinaires se sentent une vocation pour soulager celles et ceux qui souffrent. Beaucoup de gens vivent mieux depuis que le partage est devenu institutionnel.
Mais il est déjà minuit et je n’ai pas écrit une ligne de l’article que je me suis fixé d’envoyer chaque jour à mes abonnés. C’est une sorte de blog où je cherche à dénicher des expressions artistiques personnelles qui ouvrent l’esprit de mes contemporains, en commençant par ma pomme. L’ordinaire devient vraiment extra.

jeudi 4 juin 2015

Babx, Cristal automatique #1


En chantant Rimbaud, Baudelaire, Genet, Artaud, Kerouac, Césaire, le Québécois Gaston Miron ou l'Américain Tom Waits, le compositeur Babx ne fait pas semblant d'imiter les plus grands. Il plonge aux sources du romantisme moderne, avalant ces grands crus en ne recrachant que l'ivresse qu'ils procurent. Il frappe les touches de son piano comme on se tape la tête contre les murs pour soulager la difficulté d'être ou caresse celles de son Chamberlin, clavier orchestral ancêtre du Mellotron, pour remplir l'espace qui se dérobe immanquablement sous les pieds des poètes et des amoureux. Babx témoigne. Violoncelle, guitare, percussion renforcent le vertige. Si l'album Cristal automatique #1 rappelle Claude Nougaro, Léo Ferré, Philippe Léotard ou Noir Désir, c'est qu'ils nous manquent tous cruellement. La musique tranche avec la variété formatée que l'industrie délivre aujourd'hui, distributrice de Kleenex dont l'insipidité n'irrite pas que les oreilles. Du Bal des pendus aux Armes miraculeuses en passant par La mort des amants, Le condamné à mort, L'ombilic des limbes et La marche à l'amour, les mots inusables deviennent de sombres mélopées qui virevoltent sur l'oreiller étoilé. L'album porte le chiffre 1 : on en redemande. Qu'il nous surprenne !

→ Babx, Cristal automatique #1, livret magnifiquement illustré par Laurent Allaire (Alix), CD digipack BisonBison, dist. L'autre distribution, sortie officielle le 25 juin 2015 (350 exemplaires signés et numérotés déjà publiés le 22 avril dernier lors d'un concert à La Maison de la Poésie)

mercredi 3 juin 2015

Suspension


Les séjours tunisien et breton ont parfaitement joué leur rôle de trait d'union. Le jour j'enregistrais d'autres manières de vivre. La nuit je me gavais de musique. Pendant quinze jours les projets en rade se sont fait oublier, le temps que toutes les équipes rattrapent mon avance. Le mois de juin est encore flou. Où en sont les bateaux pirates, le futur métro ou la célèbre Arlésienne ? J'ignore tout de l'été. Les grands projets sont repoussés à la rentrée. L'opération de Françoise interdit l'avion et la montagne. Elle porte au poignet un bracelet vert indiquant la présence de gaz ophtalmique.
Nous passons un temps fou à jouer avec Ulysse, très dégourdi pour son âge. Il n'a pas trois mois et grimpe déjà à la cime des arbres, obéit lorsqu'on lui dit non, fait ses besoins dans le jardin... Oups, accident sur couette ce matin. Tous ceux qui l'ont précédé sont passés par là ! Rapide comme l'éclair, il est curieux de tout et disparaît dans des cachettes introuvables. Je lui ai téléchargé plusieurs applications sur iPad, mais il ne comprend pas où passent les bestioles qui sortent du champ. Quant à la souris en tissu qui pousse des cris quand on la touche, je pense que l'on s'en lassera avant lui !