Jean-Jacques Birgé

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mardi 9 février 2010

2025 ex machina


Le premier des six modules de 2025 Ex machina est mis en ligne aujourd'hui. "Serious game" à destination des 12-16 ans, ce jeu est censé les sensibiliser à comment leurs actes d'aujourd'hui sur Internet pourront influencer leur avenir. Sorte de thriller de science-fiction, il oscille entre deux périodes, 2010 et 2025. La découverte est également binaire avec l'histoire proprement dite suivie d'une enquête. De même, la narration peut être interactive ou linéaire, selon les supports utilisés. L'originalité de l'aventure commence par le choix audacieux de Nicolas Clauss dont l'univers graphique très personnel, sa noirceur dramatique, son goût pour l'interactivité contrastent forcément avec les jeux existants. Les personnages sont traités en ombres chinoises, les décors sont des à-plat sombres (2010) ou clairs (2025), mais nous sommes très loin des tons vifs qui ont fait longtemps la mode sur la Toile. Saluons l'équipe de Tralalère qui, dès le début du projet, sut lui apporter sa confiance.
Je suivis mon camarade en proposant un monde sonore, sans commentaire, où tout est musique. La partition rassemble des bruits organisés interactivement et des compositions plus classiques, le futur proche autorisant quelques hardiesses pour ce projet grand public. Dans l'introduction générale, le thème sifflé, personnifiant le joueur face à son clavier, surgit de la communauté en pleine fête et réapparaît dans le silence au moment de la réflexion à la fin de la séquence, annonçant le début de l'épisode. Entre temps, les images ont envahi l'écran. Pour le film du Chat démoniaque réalisé par les jeunes protagonistes j'ai composé un environnement symphonique quasi hollywoodien avec le logiciel GarageBand comme ils auraient pu eux-même le faire. Le reste de la partition, enregistré sur Cubase, a une couleur électro confectionnée avec mon V-Synth et toute ma panoplie de synthétiseurs vintage en dur. Je fais ce que je peux pour éviter les instruments virtuels dont les commandes sont toujours limitées, ce qui ne m'empêche pas de retraiter ensuite ce que j'ai joué en temps réel. La finalisation s'exécute en général sur Peak. J'ai également utilisé quelques rares bruitages et ma propre voix. J'apprécie également les silences qui laissent la place aux intertitres et permettent de tourner la page entre des passages très variés. L'unité s'imposera au fur et à mesure des épisodes.
Loin d'être un gamer, je suis plus gauche avec la partie "enquête" sur laquelle travaille la scénariste Anne Schiller. N'empêche que j'y suis arrivé du premier coup à ma grande surprise ! Mon inquiétude naturelle me fait craindre que les impatients zappent les passages interactifs qui ont fait la renommée de Nicolas, comme les mélodies que l'on compose soi-même en cliquant sur la scène à la montagne ou le mix de boucles symphoniques sur celle du Chat. Il me reste à rejouer et faire tout mon possible pour perdre afin d'admirer la séquence de fin qui se déclenche en cas d'échec.

lundi 8 février 2010

Ce Qu'il ne Fallait pas Démontrer


Catastrophé, je tente de m'accrocher désespérément au film qu'Alain Fleischer a le toupet de signer, aussi vain que vide, mais on finira par en avoir l'habitude. Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard est une monstrueuse arnaque où les protagonistes semblent sortis d'une maison de retraite pour vieux réalisateurs atteints d'Alzheimer. Godard ou Straub sont à côté de leurs pompes, rabâchant de vieux poncifs quand leur ennui de se retrouver dans cette galère n'éclate pas à l'écran. Tout est d'une paresse extrême, sorte de captation complaisante qui laisse craindre le pire opportunisme sous prétexte d'enseignement aux étudiants du Fresnoy. Comme le coffret édité par les éditions Montparnasse propose également une série d'entretiens intitulée Ensemble et séparés, sept rendez-vous avec Jean-Luc Godard, je compte sur ces bonus occupant trois des quatre DVD pour faire remonter le niveau de l'échange. C'est au mieux un portrait en creux. Godard n'a jamais été à l'aise dans le tête-à-tête. Quoi qu'on en dise, ses rencontres avec Fritz Lang (Le dinosaure et le bébé) ou Marguerite Duras (Océaniques) sont plus émouvants que passionnants. Il n'est pas à la hauteur de ses brillantissimes conférences de presse ni surtout de l'œuvre immense qu'il laissera, résumant à lui seul tout ce que fut le cinématographe depuis son invention. Dépouillés de la prétention usurpatrice d'en faire un film, la plupart des entretiens ajoutés plongent Godard dans une obscurité qui en dit long sur son implication dans cette affaire. Ses réponses sur Israël et les Juifs qui ont fait coulé beaucoup d'encre sont d'ailleurs assez fumeuses et ne peuvent convaincre aucun anti-sioniste, a fortiori ses détracteurs. Son esprit de contradiction a perdu son mordant, il esquive le plus souvent au lieu de faire front. Il est toujours meilleur dans la colère, lorsqu'il prêche le faux pour connaître le vrai, comme face à Jean-Michel Frodon. André S. Labarthe dans le "film" rame en pure perte pour le sortir de l'ornière. Si Dominique Païni monologue en toute fatuité, l'universitaire Jean-Claude Conesa renvoie la filmographie de Godard à ses balbutiements en l'autopsiant. Nicole Brenez a l'intelligence de proposer des images rares, mais trop courtes, sur lesquelles elle interroge humblement "Jean-Luc". Jean Douchet et Jean Narboni, insistant avec la plus grande tendresse, arrivent finalement à le faire parler en évoquant quelques anecdotes. Aucun interlocuteur n'étant à la hauteur, tant de choses ayant été dites sur lui et son œuvre, le cinéaste est renvoyé dans les cordes au lieu d'occuper le ring. Quelle posture emprunter lorsque l'on a déjà été réduit à s'auto-parodier ? En 9h30 les amateurs n'apprendront pourtant pas grand chose et pour une leçon de cinéma on repassera. Mieux vaut voir ou revoir n'importe quel film de Jean-Luc Godard et, si vous êtes courageux, l'incontournable Histoire(s) du cinéma, un monument, le film des films.

dimanche 7 février 2010

Dessein animé


Dimanche je suis flemmard. J'ai passé trop de temps à regarder l'excellente compilation de films d'animation illustrant l'article d'Annick Rivoire sur Poptronics où elle relate le Labo 2010 du 32ème Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand. Lorsque l'on s'intéresse aux œuvres audiovisuelles imaginatives, l'animation est un lieu de prédilection. Peu importe les techniques utilisées, la transposition du réel est autrement plus passionnante que les effets des superproductions hollywoodiennes. Le résultat demande souvent un travail acharné et laborieux. Manipuler des bouts de papier ou des marionnettes pendant des journées entières semble générer un humour grinçant ou une mélancolie poétique. C'est souvent drôle ou poignant. Je "fais court" pour vous laisser le temps d'admirer les films commentés par Annick Rivoire.
Le soir j'entame la liste des comédies transgressives américaines du livre de Jonathan Rosenbaum avec Avanti! de Billy Wilder. Certainement un peu trop long (2h18), le film est truffé d'allusions sexuelles et politiques, écornant le machisme et les différences de classes avec un humour qui n'a jamais quitté le réalisateur. Même si One, Two, Three, avec son anti-communisme primaire digne de Ninotschka, reste mon favori, Avanti! a été très mésestimé à sa sortie en 1972, le contexte de la libération sexuelle rendant peut-être la satire de Wilder un peu vieux jeu à l'époque. L'héritage de Lubitsch était pourtant aussi bien assumé que la révolution de mœurs qui suggérait alors qu'il fallait mieux être bien dans son corps plutôt qu'obéir aux critères de beauté et de sveltesse toujours en vogue aujourd'hui.

samedi 6 février 2010

Les lapins à toutes les sauces et le jardin des délices


Ayant reçu copie d'un reportage réalisé par Marc Helfer pour la télévision finlandaise autour de Nabaz'mob avec entretien au Studio GRRR et extrait du film de Françoise, je me promenais parmi nos bestioles lorsque j'aperçus un enregistrement vidéo en haute définition de notre opéra réalisé par Heinz Sambs (caméra) et Ramsy Gsenger (montage) à l'occasion de notre passage au Musée Lentos de Linz en Autriche pendant le Festival Ars Electronica qui venait de nous remettre l'Award of Distinction 2009 pour la musique numérique. Leur petit montage en fondus rend bien le spectacle que nous avions donné au musée d'art moderne et l'ambiance de la soirée. Il existe nombre de vidéos tournées ici et là, à New York ou Amsterdam, Paris ou Strasbourg (ci-dessus), sans compter les passages au Journal Télévisé et tous les extraits pirates capturés avec des téléphones portables. D'autres disparaissent, découverte beaucoup plus angoissante que les mises en ligne sauvages, comme le joli film tourné aux Arts Décoratifs, brutalement effacé sans que l'on ne nous en ait avertis ni que l'on sache pourquoi. YouTube permet pourtant de stocker tout ce que l'on souhaite sans coûter un centime ni occuper la moindre mémoire sur nos sites ou nos disques durs. L'éradication laisse un grand trou noir en illustration de mon article d'alors et une certaine amertume devant les usages cavaliers de personnes ou d'institutions avec qui nous avons collaboré. Internet n'est pas un modèle de courtoisie, porteur d'autant de de goujateries qu'ailleurs.


Comme je jetais un œil à ce qui est en ligne, je tombe avec surprise sur une captation linéaire d'une scène du Jardin des Délices que nous avions créé avec Frédéric Durieu et la graphiste Veronica Holguin. Le projet que j'avais initié à Hyptique était resté à l'état de pilote faute de subsides, l'éclatement de la bulle Internet en l'an 2000 ayant pulvérisé toutes nos ambitions dans ce domaine pour un moment. Cherchant une idée pour un CD-Rom adulte, j'en avais eu l'idée le soir-même où nous avions terminé Alphabet. Il s'agissait d'adapter librement le tryptique de Jérôme Bosch.
Nous avions terminé la grande introduction avec navigation parmi les étoiles et les planètes du système solaire (utilisant son système en 2D½, Fred avait poussé la précision jusqu'à les situer à leur endroit exact dans le cosmos !) pour arriver sur la Terre, un globe que les éléments naturels malmenaient brutalement sans atténuer l'effet poétique de ces boules de verre que l'on retourne pour faire tomber la neige. C'était ainsi que Bosch a peint le Jardin lorsque le tryptique est fermé. J'avais fait traduire dans toutes les langues la phrase inscrite tout en haut "Ipse dixit et facta sunt, ipse mandavit et creata sunt" en substituant le pronom personnel "il" par le "on" impersonnel qui correspondait à notre perception du monde à savoir que ce n'est pas Dieu qui crée les hommes, mais le contraire : "Comme on le décide les choses sont faites", les ambiguïtés du Hollandais permettant cette interprétation sacrilège ! Il reste une trace de l'avant-propos avec le module Big Bang où matière et anti-matière se frottent l'une à l'autre pour produire le résidu qui donna naissance à l'univers d'où nous sommes issus, poussières d'étoiles. Le tryptique s'ouvrait après que nous ayons reconstitué son cadre. Nous avions également réalisé la première des sept scènes du Paradis, Forever, qui produit une musique répétitive infinie, différente à chaque redémarrage. Les deux modules Shockwave furent plus tard recyclés avec PixelbyPixel pour former Time. La première scène de l'Enfer du Musicien ne fut jamais complètement terminée. Y défilait l’histoire de la musique pendant qu’un eugénisme imbécile et cruel résolvait avec terreur la question démographique.
Le tableau qui est montré ci-dessus est le seul réalisé du tryptique central dit le jardin des délices proprement dit. Y poussent plantes, fleurs et champignons aux formes plus que suggestives, vulves et phallus suggérés par ces photographies de nature prises en forêt et dans les champs. Le rythme varie chaque minute tandis que des flûtes mélodiques accompagnent les apparitions, on entend les herbes écartées, les caresses portées aux fleurs génèrent des râles de plaisir. Les rythmes de cette forêt d’émeraude y sont moites, les flûtes si calmes qu’elles nous laissent respirer à notre tour… J'ignore comment ce module a pu se retrouver sur YouTube. Il ne fonctionne qu'en OS9 et n'a jamais été commercialisé. Il s'agit probablement d'une personne à qui nous avions offert l'un des exemplaires du pilote... Quoi qu'il en soit, il est préférable que les œuvres circulent plutôt qu'elles disparaissent sous prétexte de protection !

vendredi 5 février 2010

Epitaph, œuvre posthume de Charles Mingus pour un orchestre de 30 musiciens


Charles Mingus est l'un de mes compositeurs préférés, et certainement celui que je place en tête parmi les jazzmen, n'en déplaise à l'orthodoxie ellingtonienne. Je parle ici d'invention musicale, d'architecture, d'un monde à part, celui qu'il fait sien. Il fut le seul compositeur qu'Un Drame Musical Instantané se risqua à jouer pour un concert entier, faisant le pari fou d'adapter intégralement le sublime disque en grand orchestre Let My Children Hear Music pour notre trio (1 2 3) ! Les seuls autres exemples furent Henri Duparc, Hector Berlioz et John Cage, mais nous ne les jouâmes que le temps d'un unique morceau.
Découvrir une œuvre de Mingus de plus de deux heures pour un orchestre de 30 musiciens tient du miracle. Le contrebassiste l'avait intitulée Epitaph sachant qu'elle ne serait probablement pas jouée avant qu'on l'enterre. Il faudra même encore attendre dix ans après sa mort, qu'il appelait son illusion paranoïaque, pour l'entendre enfin. Si l'on en suit la genèse, une première tentative échoua lamentablement en 1962. À l'écoute des 18 mouvements de cette suite composée sur une très longue période qui se confond approximativement avec la vie même du musicien je ne peux m'empêcher de penser au Skies of America d'Ornette Coleman et surtout au père de la musique américaine, Charles Ives, mon compositeur de prédilection. Le début du concert au Lincoln Center de New York peut paraître un joyeux foutoir à qui ne connaît pas les expérimentations mingusiennes les plus échevelées, mais l'écriture est justement complexe et rassembler une pareille brochette de stars n'a pas dû être simple pour les répétitions. L'excellence des solistes n'en fait pas toujours les meilleurs musiciens de pupitre, mais la fougue est là, le souffle continue.
Appréciez la distribution égrainée comme un collier de perles précieuses : George Adams (sax ténor), Phil Bodner (hautbois, cor anglais, clarinette, sax ténor), John Handy (clarinet, saxophone alto), Dale Kleps (flute, contrabass clarinet), Michael Rabinowitz (bassoon, bass clarinet), Jerome Richardson (clarinette, alto saxophone), Roger Rosenberg (piccolo, flûte, clarinette, sax baryton), Gary Smulyan (clarinette, sax baryton), Bobby Watson (clarinette, flûte, sax soprano et alto)... Pour les trompettes : Randy Brecker, Wynton Marsalis, Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young... Aux trombones : Eddie Bert, Sam Burtis, Urbie Green, David Taylor, Britt Woodman, Paul Faulise (basse) et au tuba, Don Butterfield. La section rythmique comprend Karl Berger (vibraphone, cloche), John Abercrombie (guitare), Sir Roland Hanna et John Hicks (piano), Reggie Johnson et Ed Schuller (contrebasse), Victor Lewis (batterie), Daniel Druckman (percussion) et, last but not least, Gunther Schuller dirige cet All Stars !
Si les pièces sont variées, elle reflètent bien la musique de Mingus, son assomption de l'histoire du jazz comme ses visées expérimentales, lointaines cousines de Stravinsky et Varèse. Schuller est le garant de l'unité et nombreux des hommes qui l'ont secondé sont là pour payer leur tribut à un musicien qui en a bavé des ronds de chapeau toute sa vie et a su innover jusqu'au bout. Ils raniment la flamme le temps d'un mémorable concert qui ne sera pas facile de reproduire. On regrette seulement qu'il manqua toujours aux compositeurs afro-américains les moyens nécessaires à leur épanouissement. Rares encore sont ceux à qui l'on commande une œuvre pour orchestre. La musique contemporaine gagnerait à noircir ses rangs comme à les féminiser. Les révolutions musicales passent aussi par des bouleversements sociaux indispensables. Il ne suffit pas d'élire un Noir à la Maison Blanche pour que l'Amérique s'affranchisse de sa ségrégation. Epitaph est une petite victoire. Il en faudra encore beaucoup d'autres pour changer le monde.
Enregistrée en 1989, l'œuvre n'est sortie que récemment en DVD et en CD. N'ayant encore reçu que le premier j'ai regardé le concert en attendant de fermer les yeux avec le CD...

jeudi 4 février 2010

La Tentation d'Antoine


Antoine rêve du Grand Chelem : terrasse au soleil + vue sur l'océan + Wi-fi ! Nous nous promenons deux heures trente sur les rochers, sur les crêtes, dans le centre-ville qui ressemble au village du Prisonnier transformé en maison de retraite, nous arpentons les rues, nous montons les marches, descendons les pentes, pour atterrir enfin chez Dodin, le café attenant au Casino de Biarritz pour la totale. Devant nous, les vagues jouent la basse continue tandis que nos doigts rythment le chœur des passants. Le miracle ne dure pas, le soleil se cache derrière les hautes bâtisses qui surmontent la plage, le vent froid se relève de la sieste et l'heure de l'envol sonne au portable. Attention : "Sous le nom de Sciences, le démon dévoile à Antoine les secrets de l'univers..."
En quelques heures nous avions vu la montagne (neiges éternelles sur les Pyrénées), la campagne (sur la route), la mer (jusqu'au Pays Basque) et nous avions pris l'air (EasyJet). Si nous n'avions aimé ni les unes ni les autres, vous savez bien ce qu'il nous restait à faire !

mercredi 3 février 2010

Divagations paloises


Traverser héroïquement la route nationale pour acheter le journal ne laissait rien présager de la journée qui venait de commencer. L'installation de Nabaz'mob s'était passée comme une lettre à la poste. Équipe diligente et efficace. Intendance délicate et prévenante. Nous étions choyés. Installés dans les anciens abattoirs de Billère près de Pau, les lapins, pourtant peu friands de ce genre d'endroit, semblaient heureux de se retrouver tous ensemble après un mois d'hibernation. Nous les avions disposés cette fois en arc de cercle sur sept podiums en pyramide dans un espace acoustique pendrillonné agréable, face à des gradins en bois. Tout l'après-midi, nous enchaînâmes interview sur interview, presse papier, télévision, radio, webTV, etc. Les questions avaient beau être toutes aussi motivantes, je tentai d'éviter la répétition en inventant sans cesse de nouvelles facéties, jeux de mots lagomorphes et références philosophiques de plus en plus profondes. Entendre par là une plongée dans les abysses de la nature humaine. Car si notre opéra évoque le contrôle et le chaos, la parabole démocratique devenait de plus en plus épineuse, dévoyée de son sens par la manipulation médiatique. Je ne pouvais m'empêcher d'interroger la question du pouvoir et les abus inévitables qu'il engendre. Remontant jusqu'à des temps immémoriaux, j'évoquai la fâcheuse habitude de notre espèce à asservir toutes les autres. Notez au passage que chaque fois que l'un des cent lapins est tombé (momentanément !) en panne, le public pense que s'il ne fait rien, c'est qu'il doit être le chef d'orchestre, le patron !
La lecture de L'enquête, tome 2 de L'affaire des affaires, bande dessinée de Denis Robert scénarisée par Robert et Yan Lindingre et illustrée par Laurent Astier, a certainement aiguisé mon sens critique. Loin derrière l'écran de fumée des rivalités Sarkozy-Villepin que la presse nous vaporise en gaz anesthésiant, la BD me permet enfin de comprendre ce qu'est une chambre de compensation, depuis sa vitrine légale jusqu'à son rôle occulte de blanchisseur. Banque des banques, intermédiaire pour tractations secrètes, une société de transit comme Clearstream (son nom est explicite !) en sait plus que quiconque sur la marche des affaires et, plus grave, sur celle des États. Au faîte du marché de l'armement comme de celui de la drogue, deux commerces sans lesquels les États-Unis ou la France s'écrouleraient corps et biens, susceptible d'en révéler le pire, elle est quasi intouchable. Un journaliste pugnace vivra-t-il assez longtemps pour prouver l'escroquerie politique et sociale et acceptera-t-on de le croire tant le scandale bouleverserait l'équilibre du monde ? Si vingt personnes le contrôlent, ce ne sont pas des individus, mais des postes dont les titulaires sont remplaçables. Les véritables marionnettes ne se produisent pas sur Canal +, elles incarnent leurs propres rôles au plus haut sommet des États. Notre silence nous rend par ailleurs complices de ce qu'il est coutume d'appeler le complot, mais qui n'est rien d'autre qu'une gigantesque arnaque à l'échelle de la planète. Plus c'est gros, plus ça passe ! On comprendra donc que nos réponses débordèrent largement le cadre d'un spectacle dont le succès populaire ne faisant que grandir nous laisse pantois. Très jeune, j'avais bien imaginé que la notoriété et le propos de mon travail me permettraient de prendre la parole sur les sujets douloureux qui me révoltaient...
À peine notre dernière pirouette effectuée devant l'interviewer zélé que le public se pressait au vernissage organisé par le Pôle Culturel Intercommunal et Accès(s). Des jeunes filles qui avaient glissé leurs propres Nabaztag parmi notre centurie pour les prendre en photo nous demandaient de dédicacer leur animal de compagnie. Des amateurs d'art nous sollicitaient pour des soirées privées. Des élus évoquaient les projets en devenir. Des enfants gambadaient. Nous regardions et écoutions notre œuvre l'œil attendri, l'oreille dressée. Je me demandais bien de quoi j'allais parler, épuisé et frigorifié.

mardi 2 février 2010

Un Américain pas tranquille


Jonathan Rosenbaum, ex-journaliste au Chicago Reader prétendument à la retraite, encensé par nombreux cinéastes comme Jean-Luc Godard, auteur entre autres du passionnant Mouvements : Une vie au cinéma (Moving Places: A Life in the Movies), dont le site est à la fois une mine d'archives de ses écrits et un blog dont l'actualité permet de découvrir sans cesse des perles anciennes ou contemporaines, en particulier en DVD, a récemment publié un livre broché sur la rétrospective de comédies américaines transgressives qu'il a présentée à la dernière Viennale, le Festival du Film International de Vienne en Autriche. Cet "Américain pas tranquille", qui lui a donné son titre éponyme, The Unquiet American, en référence au célèbre roman critique de Graham Greene, The Quiet American (Un Américain bien tranquille), ne mâche pas ses mots, ne fait jamais dans le "politiquement correct", creuse ses sujets dans des déserts inexplorés, remonte les chemins battus à rebrousse-poil et sait garder son indépendance de vue dans un paysage critique de plus en plus convenu.
Les 184 pages, agréablement illustrées, sont en anglais pour le programme des 55 films choisis dont il s'explique avec un humour caustique et une conscience politique sans ambiguïté, et bilingues (traduction allemande) pour les textes critiques repris, corrigés ou inédits. Si je suis ravi de partager une partie de ses goûts pour des œuvres mésestimées comme Hellzapoppin ou Les 5000 doigts du Dr T, je suis excité de découvrir des films dont j'ignore tout, soit parce que je suis passé à côté sans les voir, soit par leur absence de distribution en France. Rosenbaum se défend tout d'abord de participer lui aussi à la promotion de l'industrie du cinéma de la plus grande puissance mondiale, véritable ligne de front de l'impérialisme américain, alors qu'il existe tant des chefs d'œuvre inconnus partout ailleurs sur la planète. S'il finit par céder à la demande des organisateurs Hurch et Horwath, il pervertit le sujet en choisissant la transgression comme angle d'attaque.
Ainsi classe-t-il sa sélection en cinq catégories subjectives : les Américains à l'étranger (The Three Caballeros, un des Disney les plus expérimentaux avec la Danse des éléphants de Dumbo, The Fountain of Youth, rare comédie d'Orson Welles tournée pour la télévision, La huitième femme de Barbe-Bleue de Lubitsch, Avanti! de Billy Wilder, Les hommes préfèrent les blondes de Hawks, Ishtar d'Elaine May, réalisatrice de films dits commerciaux qu'il souhaite réhabiliter, Mr Freedom, bijou pop de William Klein, Matinee de Joe Dante), les rapports de classe et tensions ethniques (Christmas in July de Peston Sturges, la comédie musicale Hairspray de l'inénarrable John Waters, Laughter d'Harry d'Abadie d'Arrast, Joan Does Dynasty de Joan Braderman, Chameleon Street de Wendell B. Harris Jr, Rushmore de Wes Anderson, The Heartbreak Kid d'E.May, Lost in America d'Albert Brooks, Bulworth de Warren Beatty), les problèmes culturels (When The Clouds Roll By de Victor Fleming et Theodore Reed de 1919, Artistes et modèles de Tashlin, Down with Love de Peyton Reed, Kiss Me Stupid de Wilder, When Pigs Fly de Sara Driver, When It Rains de Charles Burnett, The King of Comedy de Scorcese, Idiocracy de Mike Judge, Flaming Creatures de Jack Smith...), l'anarchie déconstructive et romantique (1941 de Spielberg, Two Tars de James Parrott, Sherlock Jr. de Keaton et Arbuckle, Real Life d'Albert Brooks, Will Success Spoil Rock Hunter? de Tashlin, des dessins animés de Tex Avery et Chuck Jones, des courts métrages de Owen Land, Adaptation de Spike Jonze...), les dilemmes sexuels (Adam's Rib de Cukor, Hot Times de Jim McBride, The Ladies Man de Jerry Lewis, Turnabout de Hal Roach, Female Trouble de Waters, Lord Loves a Duck de George Axelrod, Monkey Business de Hawks, Seven Chances de Keaton...).
Si je me donne le mal de taper tous ces noms, c'est qu'ils représentent autant de pistes pour le cinéphile et l'amateur désespérément à la recherche de comédies de qualité, autant de biscuits pour l'hiver qui n'est pas près de finir. Suivant ses conseils à l'image près, je pars à la pêche aux inconnus, arpentant les arcanes du Web, fouillant dans les fonds de catalogue, demandant mon chemin à des figurants à la mine patibulaire qui portent bandeau sur l'œil, sabre au clair et fleur au fusil. C'est saignant comme un steak bleu, king size débordant de l'assiette étatsunienne, quand la fâcheuse coutume est de vous le servir trop cuit lorsqu'il atteint les écrans européens.

lundi 1 février 2010

Un livre dont les pages tournent toutes seules


Ce n'est plus un secret. Le 28 avril dernier, Étienne Mineur avait présenté son projet de livres interactifs au volume 8 de Pecha Kucha auquel je participais pour FluxTune. Depuis, j'étais allé lui rendre visite dans les nouveaux locaux des Éditions Volumiques qu'il a fondées avec Bertrand Duplat. Puisque les deux comparses ont des idées à revendre et que les prototypes s'accumulent en attendant que les investisseurs se décident, Étienne m'a demandé de m'occuper du design sonore de livres qui auront recours à l'ouïe. Cette fois je ne sais pas ce que je peux révéler, mais ça décoiffe ! Leur idée est de s'inspirer des nouvelles technologies et de les appliquer au livre, puisque leur première maxime est "In Paper We Trust" (en français, nous faisons confiance au papier). Pour fêter l'année qui s'annonce riche en projets hirsutes, Bertrand et Étienne ont confectionné une carte de vœux sur le modèle de leur livre qui tourne seul ses pages. Ce que vous entendrez en vous rendant sur leur site est le son de l'objet capté par le micro de la caméra d'Étienne, sa mise en branle, ses tournes, mais j'ai composé la sortie de champ en faisant passer une feuille de papier dans mon Eventide qui l'a traitée en temps réel, modeste contribution à un grand œuvre. Que vive l'Arduino ! Le petit film est suivi d'un making of et on peut aussi souscrire à la newsletter. Étienne a ajouté quelques images sur son blog...

dimanche 31 janvier 2010

18 minutes pour Sun Sun Yip


Sun Sun Yip m'a demandé de sonoriser l'une de ses œuvres en 3D très haute définition dans sa version vidéographique. Il lui a fallu un an de calcul avec trois ordinateurs à raison de trente minutes par image pour en venir à bout. Jusqu'ici, je n'en connaissais qu'un agrandissement photographique d'un mètre cinquante de haut. J'ai composé une pièce de 18 minutes pour cordes transformées électro-acoustiquement qui rappelle les flux liquides qui s'échappent de l'objet impossible comme si c'était une fontaine, mais ce n'est pas de l'eau. L'œuvre rouge vif, G10 pour graine 2010, se réfère à la vie, à l'énergie, mais n'a rien à voir avec un cœur. Le choix des cordes a également pour mission d'empêcher toute interprétation hâtive de l'objet. J'ai enregistré cinq prises, les trois premières avec le frein, contrebasse électrique à tension variable construite par Bernard Vitet au début des années 70, les deux dernières avec un hou-k'in, violon vietnamien cousin du ehr-hu chinois dont l'archet est inséré entre deux cordes, et un violon tout ce qu'il y a de plus classique. J'ai transformé chaque instrument en temps réel grâce à mon Eventide H3000 programmé par un algorithme d'échos en escalier déphasés et renversés qui rallonge chaque note sur une vingtaine de secondes. Le mixage des cinq pistes produit des ambiances variées alors que l'objet se transforme en pivotant dans l'espace et que la musique s'échappe en sources jaillissantes.

samedi 30 janvier 2010

Accès(s) pour Nabaz'mob à Pau


Le clapier est arrivé sain et sauf après les habituels ratés des transporteurs. C'est probablement un métier où s'épanouit le désir de liberté, mais mieux vaudrait alors partir en vacances avec les chauffeurs que travailler avec eux ! Le Ring du Pôle Culturel des anciens abattoirs à Billère, limitrophe de Pau, accueille l'installation Nabaz'mob du 3 au 14 février du mercredi au dimanche, de 15h à 19h + nocturnes le samedi jusqu’à 22h (tous publics - entrée libre). L'invitation au vernissage de mardi prochain est parvenue chez ses destinataires. Chaque structure qui nous reçoit adapte à sa sauce nos lapins pour illustrer son menu. Antoine et moi nous nous demandons par exemple à quoi ressemblera l'affiche du FIMAV en mai au Québec. Michel Levasseur m'annonce que les lapins y envahissent Victoriaville. Dans les magazines de musique internationaux ce devrait être une de mes photos qui illustrera la pub du festival. Nous attendons de voir cela avec impatience et, plus encore, la programmation, toujours exceptionnelle, qui est dévoilée au compte-gouttes. Mais pour l'instant nous nous dirigeons vers le sud-ouest, région hautement gastronomique plutôt réputée pour ses canards !

vendredi 29 janvier 2010

Bob Dylan et Leonard Cohen reprennent des couleurs

((/blog/images/2010/Janvier 2010/Jef-Lee-Johnson-Fantastic-Merlins.jpg))%%%
Si Jean Rochard ne continuait pas à produire d'aussi beaux albums, ma vie de discophile et de chroniqueur occasionnel serait bien terne. Coup sur coup, il sort deux albums adaptant l'un Bob Dylan, l'autre Leonard Cohen. Ces disques Hope Street marquent-ils une nouvelle orientation pour le fondateur du label nato aujourd'hui distribué par L'autre Distribution ? Oui et non. Oui, parce que je ne lui connaissais pas autant d'attrait pour les folk singers engagés. Non, lorsque l'on connaît ses goûts pour les chansons qu'il aime entendre d'une autre oreille, avec des musiciens exprimant leur point de vue soliste comme le jazz leur a toujours permis de s'épanouir tant au sein du groupe qu'individuellement. La ligne politique exigeante, qui sous-tend toute sa production musicale et s'exprime régulièrement sous sa plume dans le Journal des Allumés du Jazz qu'il continue de porter quand je l'ai déserté, trouve son conte dans ses adaptations inspirées. La force poétique des distances prises avec les originaux est réfléchie chaque fois par un épais livret de 56 pages où le dessinateur Stéphane Levallois peint à l'aquarelle une émouvante histoire dont les zones d'ombre rappellent l'abstraction musicale. Rochard réalise ainsi un rêve de jeunesse en devenant accessoirement éditeur de bande dessinée. J'ai même cru un moment que l'auteur masqué Jean Simon était un de ses nombreux pseudonymes ! Dans un marché discographique qui préfère truquer les cartes en incriminant les jeunes pirates pour justifier son autodestruction programmée, on a rarement l'occasion d'acquérir d'aussi beaux objets, réalisés avec ferveur et passion.
Sur les traces de Jimi Hendrix qui avait lui-même repris All Along The Watchtower, Like a Rolling Stone, Drifter's Escape et Can You Please Crawl Out Your Window, Jef Lee Johnson, au mieux de sa forme, s'approprie à son tour onze chansons de Robert A. Zimmerman (I am a Lonesome Hobo, Highway 61 Revisted, Knocking on Heaven’s Door, etc.) avec la même formation guitare-basse-batterie. The Zimmerman Show (sortie le 8 février) est un exercice de haute volée, un brasier où se consument les fantômes, où les notes retrouvent le sens caché par les mots. La voix raconte le monde de Dylan, qui a grandi à Minneapolis où ont lieu les séances, retrouvant certaines inflexions qui forcent la musique elle-même.
Grand supporteur d'Ursus Minor et ayant moi-même participé à l'album Thisness de Jef Lee Johnson sur la reprise de Sorry Angel de Gainsbourg, la véritable révélation est pour moi How the Light Gets In (sortie le 8 mars) des Fantastic Merlins avec Kid Dakota. Composé de Nathan Hanson au sax ténor, Brian Roessler à la basse, Matt Turner au piano et surtout au violoncelle, Peter Hennig à la batterie, le groupe a invité le chanteur Kid Dakota pour les onze titres, et sur The Partisan Pascale Labbé et Florence Michon dirigent un chœur d'enfants. Jazzifiant sans perdre les intentions originales et assumant le lyrisme des chansons avec une orchestration décalée, l'équilibre chant-instrumentistes n'est pas sans rappeler un autre album de la collection Hope Street, Songs for Swans de Denis Colin avec Gwen Matthews. Ses cordes vocales vibrant en sympathie avec celles du violoncelle, Kid Dakota se rapproche plus de Paul Simon que de la basse du Canadien. Les tambours, les cymbales et la contrebasse scandent les mots du poète, faisant resurgir une sorte de rituel nord-américain depuis l'époque des grands espaces habités par les Indiens jusqu'aux répétitifs de la fin du XXème siècle en passant par les mouvements ouvriers des années 30 et les errances de la Beat Generation. Assumant leur douloureuse hérédité, les folk-singers ont toujours été contraints de choisir la résistance. Sanglots rageurs et critiques acérées sont les armes dont s'empare le public qui suit le cortège de pancartes et de banderoles dans la plus grande dignité, les deux albums se jouant debout même s'ils s'écoutent assis.

N.B. : dans le cadre de l'hommage nato a 30 ans, le Festival Sons d'Hiver programme le Jef Lee Johnson Band avec The Zimmerman Shadow ainsi que les Fantastic Merlins et Kid Dakota avec How the light gets in le 5 février à Choisy-le-Roi, et Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona le 11 février à Fontenay-sous-Bois.

P.S. : cela n'a rien à voir, si ce n'est l'attachement de Rochard à cette haute figure de la résistance nord-américaine, mais Howard Zinn est décédé mercredi (Hommage d'Amy Goodman avec Noam Chomsky, Alice Walker, Naomi Klein et Anthony Arnove sur Democracy Now!). Pour l'instant je n'ai pas lu grand chose dans la presse française qui continue de faire le black out sur les manifestations protestataires étatsuniennes. J'avais récemment enregistré ses conférences en compagnie de Arundhati Roy (vidéo fortement recommandée).

jeudi 28 janvier 2010

Le souffle, le geste et l'œil


Le souffle et le geste est un magnifique trio réuni par la réalisatrice Mathilde Morières pour un court-métrage où se répondent astucieusement la peinture d'André-Pierre Arnal, la flûte zavrila de Jean Morières et la caméra. Cherchant des points d'accord entre les différentes disciplines, elle filme l'ombre à plat du musicien sur le mur en réponse au peintre du groupe Supports/Surfaces, puis semble capter le bruit trempé du pinceau ou laisse son objectif errer sur la toile. La musique hyper zen laisse le temps à la respiration, les gros plans des mains se répondent là où l'on ne les attend plus et les pistes de flûte de la coda rappellent les superpositions de papier découpé. Mathilde virevolte au milieu de ses plans rimés et l'absence de tout commentaire rend magnifiquement hommage à la création et à la rencontre des arts dans leur cousinage. Élégance et délicatesse se retrouvent dans un autre film, étonnamment court, intitulé avec justesse Un temps suspendu où cette fois la réalisatrice joue du flou pour capter l'inaccessible.

mercredi 27 janvier 2010

Grand-Papa et Grand-Maman


Oublier le client pénible que je ne connais pas et qui me prend pour de la terre glaise. Éviter de continuer à penser au travail même si les cordes pour Sun Sun Yip, les pages des Éditions volumiques ou les radiophonies de Mascarade me font sauter du lit ce matin. Hier soir nous avons regardé l'admirable Angel de Lubitsch avec Marlene Dietrich où les dialogues sont en permanence déplacés d'un personnage à l'autre, plus une géniale utilisation du hors-champ, et puis je me suis réfugié dans le passé en ravivant mes souvenirs.
Apercevant les deux cadres sur une étagère de ma tante Arlette je n'ai pas reconnu mes grands-parents. Avais-je seulement jamais vu cette photo prise à L'Isle-Adam à la fin des années 20 alors qu'ils étaient encore jeunes avec leur fille aînée à leurs côtés ? La naissance de ma mère, qui ne porte aucun intérêt au passé, ni au futur d'ailleurs, réduisant ainsi la conversation aux sujets d'actualité, suivrait probablement de peu ces portraits de famille. Il n'y a presqu'aucune trace généalogique dans ses placards. Sur les images mon grand-père, pas encore chauve, porte la moustache et ma grand-mère, si elle a perdu sa taille de guêpe, n'est pas encore la grosse dame de mon enfance qui portait chapeau avec épingles. La bonhommie de Roland, la clope au bec, contraste avec le sourire forcé de Madeleine. Sur les rares photos que j'ai faites de Grand-Maman, elle tire la langue. Papa, qui n'avait pas eu de mère et dont le père n'était pas revenu d'Auschwitz, les appelait Papa et Maman, ce qui ne l'empêchait pas de se chamailler avec Grand-Papa, gaulliste fidèle. Ma grand-mère, qui nous gardait le jeudi, se plaignait qu'avec mon taquin de cousin nous la fatiguions. Je revois Serge me promener en courant avenue Constant Coquelin avec la poussette en osier qui servait au marché ou lors de nos excursions au cinéma La Pagode. Lorsque Grand-Maman se réveillait de sa sieste, nous avions le droit à un bonbon, grande boîte ronde en métal cachée dans l'armoire au milieu des draps ou à une pastille Vichy dans la bonbonnière posée sur sa table de nuit. Plus tard j'aurai coutume de l'appeler pour lui annoncer le résultat de mes classements scolaires. Ses joues tendres rappelaient la guimauve et une odeur de poudre de riz s'envolait lorsque nous l'embrassions. Les deux photographies me font l'effet d'une découverte archéologique. J'y cherche la réponse aux énigmes de la famille, feuilletant mes souvenirs comme les pages jaunies d'un livre qui s'écrit paradoxalement au fur et à mesure que je grandis.

mardi 26 janvier 2010

Hendrix m'aide à remonter le temps


La mémoire varie selon les évènements et les rencontres. Au cours d'un dîner récent avec Paule Zajdermann, condisciple à l'Idhec, nous étions aussi à l'aise que 36 ans plus tôt lors de notre dernière entrevue. Le temps passe sans que nous ne soyons jamais capables de l'évaluer. Si l'ennui le rallonge à en mourir, l'excitation le contracte en sa plus simple expression. Notre comportement varie selon les âges de la vie au point de parfois nous parjurer en oubliant ce que nous avons été. Il est toujours fantastique de retomber en enfance, de retrouver des sensations perdues qui jaillissent en fulgurances aussitôt évanouies. Dimanche, la projection de Taking Woodstock d'Ang Lee, sorte de making of totalement raté sur le montage du festival mythique, provoqua néanmoins en moi quelques frissons à reconnaître l'air du temps soufflé sur ma nuque. Hier je découvrais un film bizarre de Mike Parkinson sur la mort de Jimi Hendrix. S'appuyant sur une prétendue déclassification de documents du FBI, Jimi-The Last 24 Hours avance l'hypothèse d'un assassinat pour raison politique, le guitar hero s'étant dangereusement rapproché des Black Panthers. Malgré d'intéressants témoignages et de douteuses reconstitutions la thèse du complot reste très improbable, mais un doute sérieux plane sur les agissements criminels de son manager Michael Jeffery. Si la gentillesse du musicien, sa faiblesse de caractère, son goût immodéré pour sex, drugs and rock'n roll ne sont plus un secret, l'espace d'un instant j'ai entendu la musique d'Hendrix dans l'état exact où je me trouvais début 1967. Elle sonnait à mes oreilles d'adolescent, évacuant toute familiarité acquise à force d'écoutes. Je ne percevais pas seulement le son du guitariste et de sa voix, mais le timbre brut et l'équilibre du trio formé avec Noel Redding et Mitch Mitchell tels qu'ils m'avaient sauté à la figure après les premiers enregistrements avec Curtis Knight. Je me revois plus tard retourner les pochettes des deux premiers 33 tours du trio comme si pouvait en tomber quelque indice, comme si un génie allait sortir de l'enveloppe pendant que la musique tourne inlassablement sur la platine. Je suis littéralement propulsé aux côtés de Michel Polizzi qui "avait ses entrées", je crois, à Lido Musique et nous faisait profiter de ses lumières ! En tapant ces lignes, je fais mon possible pour renouveler l'Experience, ce qui me demande un effort surhumain, conjugaison aussi savante que sensuelle de concentration et de lâcher-prise. Il ne s'agit pas d'une madeleine ou d'un effet facile à reproduire comme je le fais de manière quasi curative avec le premier mouvement de la première symphonie de Charles Ives par Eugene Ormandy ou de la seconde de Malher par Klemperer, des quatre derniers Lieder de Strauss par Lisa della Casa ou du We're Only In It For The Money des Mothers of Invention. C'est quelque chose qui m'échappe, qui n'a même probablement rien à voir avec la musique, une porte ouverte sur la quatrième dimension ?

lundi 25 janvier 2010

Guimbarde virtuose


Sacha m'a prêté un étonnant DVD du guimbardier suisse Anton Bruhin filmé en 1999 par Iwan Schumacher. Trümpi est un road-movie sans commentaire depuis Stoos en Suisse jusqu'à Tokyo en passant par Sakha-Yakutia en Sibérie. Il rappelle le célèbre Step The Border par la beauté et l'intelligence des images, par la variété des musiques et le mixage de tous les éléments sonores. Anton Bruhin passe de la guimbarde traditionnelle à d'astucieuses constructions qui lui permettent de jouer sans y toucher, amplifiant l'instrument grâce à des tuyaux en PVC rotatifs. Il tient souvent trois guimbardes dans sa main pour pouvoir changer rapidement de timbre et de tonalité. Au gré du voyage on rencontre toute une ribambelle de musiciens, Markus Flückiger, Spiridon Shishigin, Fedora Gogoleva, Tadagawa Leo, Makigami Koichi. L'extrait de YouTube ne provient pas de Trümpi qui est un vrai film musical avec de nombreux contrepoints signifiants ; nous assistons ici à un concert de Max Lässer et l'Überlandorchester au Casino d'Herisau en 2008 qui donne un aperçu de l'art de Bruhin.
Moi qui m'étais pensé virtuose de l'instrument, je rabaisse mon caquet devant tant de maestria. Actuellement en rupture de stock chez Dan Moi où nous commandons souvent des instruments ethniques, le DVD doit pouvoir s'acquérir en fouinant un peu sur le Net...

dimanche 24 janvier 2010

Comment se débarrasser de la critique


La tyrannie succède au ridicule. Devant l'impossibilité des médias à revendiquer une énième fois l'objectivité des journalistes et des réalisateurs, la mode est à la controverse obligatoire. Formatage déguisé, il est exigé d'apporter des témoignages contradictoires dans le moindre documentaire économique, politique ou social. Le pouvoir, entendre la mainmise de l'État sur ses laquais apeurés, cherche à se débarrasser de la critique en convoquant le courant adverse. Quand on sait que la critique est une arme de gauche et que la langue de bois et la mauvaise foi cynique sont celles du Capital, on comprendra que cette prétendue exhaustivité égalitaire est une manière de faire taire tout parti-pris. Si l'on réalise un documentaire sur la crise, on se gardera bien de faire un film sur les chômeurs sans interviewer des traders. La procédure n'est pas forcément systématique, je ne suis pas certain qu'un film sur le racisme laisse s'exprimer quelque négationniste ou nazillon d'opérette, on interrogera tout au plus un raciste ordinaire pour montrer qu'il en existe une part en chacun de nous. L'important est de délicatement dynamiter toute radicalité avec l'habile prétexte d'une juste modération. Il ne s'agit pas ici de revendiquer quelque nouveau dogmatisme, mais d'insister sur le fait qu'il ne peut exister d'œuvre d'art que dans la radicalité. Ainsi le formatage sous couvert de justice et de pondération équivaut à rabaisser les œuvres au rang d'argumentaire. Si chacun a ses raisons, aussi pures soient-elles, et si tous les arguments sont bons, toute critique serait à prendre avec des pincettes, et l'art et la manière jetés aux oubliettes. L'important est de semer le doute chaque fois que la critique s'exprime pour ne laisser la place de l'évidence qu'à la loi, indiscutable.

samedi 23 janvier 2010

Happy End ?


Je ne sens plus mon pied gauche et je prends le droit. Tout s'arrange toujours avec un peu de patience, mais je m'inquiète facilement ! Le colis UPS est finalement arrivé à bon port après cinq jours de galère à ramer contre vents et marées. Vingt coups de fil, une affaire de sous-traitants, cela n'empêche qu'UPS prend l'eau et que je ne leur confierai jamais rien de mon côté. DHL et Fedex s'en frottent les nageoires... Au rayon de la mauvaise foi, la comptabilité aurait finalement envoyé le chèque. Je scrute l'horizon postal armé de ma paire de clefs... Les durées élastiques qu'implique une équipe de graphistes et développeurs me font reprendre la musique déjà enregistrée pour la troisième fois, mais je trouve de nouvelles idées dont je ne suis pas peu fier et qui, j'espère, emporteront tous les suffrages. Je trouve des solutions, l'une après l'autre, mais elles se tuilent comme un toit d'ardoises à m'en rendre cacahuète... Machiavel mis en ligne hier fait déjà des heureux... J'ai commencé à numériser mes radiophonies des années 70 pour recyclage en mashup plunderphonics... Je vais enfin pouvoir penser à la musique pour l'impossible objet en 3D de Sun Sun Yip avec le frein, contrebasse électrique à tension variable, que Bernard a construit il y a près de quarante ans. Pour cette pièce de 17 minutes toute en harmoniques et rémanences électroniques, je lui fais traverser l'Eventide H3000 avec un effet que j'ai programmé... Il ne faut pas crier trop vite victoire, j'ai accepté de faire une pub pour une bouchée de pain, histoire de faire plaisir, et j'en suis déjà à la troisième version. Les clients ne savent pas ce qu'ils veulent et ils fantasment, on peut refaire cinquante versions différentes sans ne jamais les satisfaire, ce qui explique pourquoi les tarifs sont élevés. Le problème, c'est qu'au bout du compte on ne sait plus pourquoi on est là, et le résultat sombre dans le n'importe quoi. Étienne Auger me répétait récemment : "On commence par donner le meilleur de soi-même et l'on finit par obtenir le pire des autres !". Mais une solution se profile, à condition que j'y passe tout le week-end évidemment...
Pour me remonter le moral et signe que ma santé s'améliore, je me délecte de crabe cru en saumure et d'abats laqués accompagnés de riz blanc dont je rappelle la recette : 1/3 de riz thaï long parfumé, 1/3 de riz rond japonais, 1/3 de riz gluant, de l'eau à peine une phalange au-dessus, à ébullition baisser le feu et couvrir dix minutes, hors feu remuer et attendre un peu avant de servir. Simple comme bonjour ! Pour le reste je passe aux Quatre Saisons 12 rue de Belleville, un magasin tout en longueur avec dans le fond un poissonnier, des légumes bizarres et tout ce qui est nécessaire au dépaysement. J'en avais besoin.

vendredi 22 janvier 2010

Le scratch vidéo interactif MACHIAVEL en téléchargement gratuit sur OSX et PC


Très bonne nouvelle, Antoine a mis à jour le scratch vidéo interactif Machiavel pour les Mac OS X et les PC récents. L'application est offerte en téléchargement gratuit, avec tout de même un bouton PayPal si l'envie vous vient de soutenir nos efforts. Nous testons ainsi cette nouvelle pratique qui consiste à compter sur la solidarité des amateurs plutôt qu'une diffusion commerciale. À suivre... De la même manière, la refonte de mon propre site proposera une flopée de morceaux du Drame inédits en mp3, soit les 50 albums qui n'auraient jamais vu le jour autrement, répertoire mythique d'Un Drame Musical Instantané comme les manuscrits de Blaise Cendrars oubliés dans des banques sud-américaines ou le film de Josef von Sternberg, A Woman at the Sea (Sea Gulls), séquestré par Charlie Chaplin et probablement perdus à jamais !
Sorti en 1998 sous la forme d'un CD-Rom couplé avec un CD-audio d'Un Drame Musical Instantané, Machiavel, qui avait fait l'unanimité de la critique (revue de presse), n'a pas pris une ride. Bien au contraire, l'objet comportemental me semble n'avoir jamais été aussi réactif. Les versions successives du système OS m'avaient probablement fait oublier comment Machiavel réagit au plaisir et à l'ennui. Nous l'appelions "l'effet clébard" : lorsque l'on ne joue pas assez ou mollement, Machiavel vient mettre son museau sur votre cuisse et si cela ne suffit pas il ira vous lécher la figure ! Idem si l'on est excité comme un pou, réactions imprévisibles en perspective... J'ai vu des DJ scratcher sur les murs. Des virtuoses ! Passé les premiers contacts où vous pouvez zapper / scratcher parmi 111 très courtes boucles vidéo, je crois que la plupart tournent autour de 2 secondes, Machiavel prend la main et se joue de vous à son tour. Le son a été réalisé à partir des vinyles du Drame et à chaque séquence correspond un son propre, mais les images et les sons n'ayant pas la même durée des effets de sens apparaissent grâce aux répétitions successives qui rappellent le zoom du photographe du film d'Antonioni, Blow-Up. L'autre dédicataire est Ferdinand Khittl dont le film étonnant La route parallèle va enfin en sortir en DVD. Il a certainement inspiré les relations qu'entretiennent tous ces "très courts métrages" entre eux et leur rapport avec le "spectacteur".
Étienne Auger, qui avait à l'époque assuré la direction graphique de l'album, a repris le rouge sang pour la page Internet abritant l'application. Inspiré par une lecture poétique du Monde Diplomatique, Machiavel exerce un regard critique et sensible sur la planète et pour peu que l'on se laisse prendre au jeu il nous renvoie à nos propres fantasmes, nos espoirs et nos craintes ! Gérard Pangon dans Télérama avait su déceler l'objet freudien derrière la fantaisie technologique. Nabaz'mob (2006) et le futur Mascarade (2010) représentent deux autres chapitres de ma collaboration avec Antoine Schmitt. Sur le livret nous avions écrit Machiavel réagit très différemment à des gestes lents ou rapides, tendres ou brutaux. Certains comportements permettent de l’apprivoiser, d’autres le contrarient. Mais qui manipule qui ?

jeudi 21 janvier 2010

Le bureau des pleurs


J'aurais bien aimé écrire un article rigolo ou évoquer les films d'Albert Dupontel dont nous venons de voir le court-métrage et ses trois premiers longs métrages, mais j'ai du mal à me concentrer avec les tracas qui m'occupent depuis une semaine.
Tout a commencé par un impayé. Nous aurions dû toucher le solde de notre dernier spectacle à l'issue de la dernière représentation, fin décembre, mais on nous apprend ce soir-là que les chèques sont toujours postés pour le 10 de chaque mois. C'est pourtant notre client qui a rédigé les termes du contrat ! Comme je n'ai pas de nouvelles le 12, je tente de joindre la responsable qui est partie en vacances jusqu'au mois prochain. Qu'importe, il suffit de s'adresser à la comptabilité qui, tiens tiens, ne retrouve pas notre dossier. Depuis sa villégiature, notre correspondante a la gentillesse de nous rappeler, mais c'est pour nous annoncer que le chèque est parti le 4 et qu'il a été encaissé. Vérifications, suspicions, enquête. La comptabilité revient sur ses allégations en démentant l'encaissement et réclame une lettre de désistement de ma part. J'insiste pour recevoir un accusé de réception de cette missive, deux jours de plus ! Il faudra encore attendre je ne sais combien de temps pour que l'on nous envoie un "second" chèque. Ce sont déjà trois semaines gagnées pour notre débiteur !
Au bureau des pleurs, j'ajoute que je travaille sans contrat depuis trois mois sur un autre projet pour lequel j'ai peu de retour bien que des bruits circulent de la satisfaction qu'apporte ma musique. Je dois composer une nouvelle partition par manque de précision de la partie adverse alors que j'ai accepté un prix d'ami. Les fantasmes de mes interlocuteurs sont tels que je reste exceptionnellement bloqué devant la tâche. Il n'y a pas de situation plus démobilisante que la sensation que mon travail ne plaira pas. A contrario il n'est pas de meilleure exhortation à l'excellence qu'un environnement serein où je peux donner libre cours à mon imagination sans me poser d'autres questions que celles relatives à l'œuvre qui se construit.
Les délires kafkaïens d'UPS n'arrangent pas les choses. Bloqué en vain lundi, je reçois un message m'informant que je vais recevoir une carte postale parce que mon nom n'est pas précisé pour la livraison !!! Il faut 48 heures pour reprogrammer un nouveau passage, et rebelote, je reste aussi penaud mercredi malgré les promesses qui m'ont été faites. N'envoyez jamais rien par UPS, c'est chaque fois une énorme galère. Alors, que nous réserve aujourd'hui ? J'espère mieux commencer la journée qu'hier matin où j'ai heurté mon petit orteil pour la énième fois. Cela va pourtant déjà mieux de l'avoir écrit, et pardonnez si je vous barbe, mais tout cela flatte si bien mon côté obsessionnel.
Heureusement, j'ai composé un truc "world" assez monstrueux pour un projet post-colonialiste que nous essayons de sortir des ornières. Je continue à m'entendre à merveille avec Antoine qui planche sur le nouvel objet communicant de la sympathique équipe qui a inventé Nabaztag, ainsi que sur notre nouveau spectacle intitulé Mascarade... Étienne Auger vient de terminer la page web consacrée à la mise en ligne de notre scratch vidéo interactif Machiavel, j'en parle bientôt, promis... Nicolas est trop occupé pour attaquer le graphisme de mon nouveau site, mais je compte sur lui à la prochaine éclaircie ! J'ai donc enregistré hier l'introduction générale de 2025 à cloche-pied. La musique arrache bien. Ça décape. Monter le son à tue-tête me fait l'effet d'une purge intellectuelle.
Quant au cas Dupontel, sorte de Keaton contemporain qui aurait décidé de faire la peau des cinémas français et américain réunis par leurs tics en toc, il mériterait mieux qu'une conclusion. C'est drôle, intelligent, incisif, original, voire cinématographique, et cela fait oublier les journées de merde. Nous n'avons pas vu le dernier qui vient de sortir, Le vilain, mais de Bernie à Enfermés dehors en passant par Le créateur c'est de mieux en mieux. La fidélité d'une équipe montre qu'une aventure est aussi marquée par l'ambiance chaleureuse qui l'anime. Me viennent à l'esprit Cassavettes, Vecchiali, Lelouch, Straub et Huillet, Fassbinder, Sorrentino... Ici on repère Boukhrief dans la garde rapprochée (Dupontel joue le rôle principal de l'excellent Le convoyeur), plus Terry Gilliam et Terry Jones en guest stars ! Il y a une vie du cinéma après que les lumières se soient rallumées.