Jean-Jacques Birgé

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dimanche 14 février 2016

Sombre dimanche

Quelqu'un a déposé le corps raide d'Ulysse devant la maison. Probablement cogné par un fou du volant. Le petit chat était trop confiant, il n'avait peur de rien, visitait les voisins... C'est si douloureux, mais il a vécu libre. C'est irréel.

vendredi 12 février 2016

L'année du dragon (coffret collector)


Malgré le titre de mon article je sais tout de même reconnaître un dragon d'un singe, d'autant que je fais partie des natifs du signe brigué par quantité de Chinois. Il paraît pourtant qu'en cette année du singe de feu qui commence, tout peut arriver, du moins individuellement ! Le film de Michael Cimino date de 1985, année du buffle de bois. Moi qui suis dragon d'eau, je n'y entends pas grand chose, mais j'imagine que cela revêt une signification qui m'échappe dans la symbolique de cet épatant thriller. C'est surtout la mise en scène de l'intégrité absolue, qu'elle soit porteuse du mal ou du bien. Les deux protagonistes sont prêts à aller jusqu'au bout par tous les moyens pour assouvir leur ambition. Est-ce une métaphore de l'état de Cimino après l'échec de Heaven's Gate (La porte du paradis) ? Il joue là son va-tout.
On a souvent parlé d'une sorte de western pour un autre polar qui ressort en DVD/Blu-Ray au même moment, Desperate Hours tourné en 1990, mais déjà le duel est évident entre Mickey Rourke et John Lone dans L'année du dragon. Rien d'étonnant chez ce cinéaste qui dresse le portrait des États Unis dans tous ses films, fantasme de nombreux Américains. Des critiques l'ont taxé de racisme parce qu'il montre une communauté chinoise new-yorkaise corrompue et criminelle, mais faudrait-il que les personnages portent un masque neutre ne correspondant plus à rien pour éviter ces réflexions communautaristes ? Le racisme n'est-il pas souvent l'apanage de ceux qui l'imaginent chez les autres ? N'est-il pas simplement l'expression d'une haine de l'autre qui est en soi ? D'autre part il suffit de se promener dans le sud de Manhattan pour deviner que les triades ont remplacé la mafia italienne, considérablement affaiblie par la répression policière exercée pendant des décennies. Il est d'ailleurs étonnant qu'aucun d'entre eux n'ait pris la relève des Scorsese, Coppola, Cimino, De Niro, De Palma...


À l'occasion de la sortie remasterisée en HD de L'année du dragon, Carlotta édite un nouveau coffret ultra-collector après Body Double. Le film est accompagné d'un livre de 208 pages, L'ordre et le chaos, contenant le scénario écrit à quatre mains avec Oliver Stone, des analyses et entretiens avec Michael Cimino, Mickey Rourke et Robert Daley parus dans la presse française de l’époque, les notes de production originales, le tout agrémenté de 50 photos inédites issues des archives MGM et Warner Bros. C'est passionnant, comme cette référence à l'Exclusion Act interdisant aux Chinois de devenir Américains et qui rappelle douloureusement la dérive actuelle de notre gouvernement. Un bémol au milieu des excellents bonus, évitez les présentations avant le film qui le déflore bêtement !
D'habitude les extraits du film que l'on vient de voir m'insupportent également lorsqu'ils truffent les entretiens, mais cette fois tandis qu'ils accompagnent celui purement audio du réalisateur je découvre la profusion incroyable des détails de l'image que l'intrigue avait occultés. Cimino y regrette amèrement la phrase finale d'Au cœur du dragon censurée par les producteurs. Le film se termine par "Tu sais, tu avais raison et moi, tort. Je suis désolé. J'aimerais devenir un mec bien. Mais je ne sais pas comment faire." alors que Stone et Cimino avaient écrit "Quand on fait une guerre assez longtemps, on finit par épouser son ennemi.", ce qui aurait éclairé le film de manière éclatante. En se réclamant de Ford, Kurosawa et Visconti, Micheal Cimino ne se trompe pas de famille.

→ Michael Cimino, L'année du dragon (Year of the Dragon), coffret ultra-collector, édition limitée & numérotée, 3000 Exemplaires, DVD/Blu-Ray, Carlotta, 50 €, également disponible en Blu-Ray seul, sortie le 9 mars 2016
→ Michael Cimino, Desperate Hours (La maison des otages), DVD/Blu-Ray remasterisé HD, Carlotta, sortie le 9 mars 2016

jeudi 11 février 2016

Carambolages : 1. Le regard


Ce sont les yeux qui me posent le plus de problème dans mon interprétation sonore de l'exposition Carambolages que Jean Hubert Martin a conçu pour le Grand Palais. Entendre plusieurs représentations du regard au début de la galerie.
J'ai l'habitude de penser l'ensemble avant de m'intéresser aux détails, mais ce sont malgré tout les premières réponses qui révèlent le sens que prendra l'œuvre. Il n'y a pas de secret, la liberté qui m'est offerte me pousse à donner le meilleur de moi-même. Jean Hubert Martin lui-même insiste sur ce qu'il souhaite susciter auprès du "public le plus large, en particulier à ceux qui n’ont aucune connaissance en histoire de l’art : choc, rire et émotion." Grand amateur de dialectique, j'alterne tension et détente, ambiances sonores et musiques, évidences et énigmes. Jean Hubert Martin me précise qu'il s'agirait plutôt de trialectique puisque le carambolage est une figure du billard où une boule va en frapper deux autres, "tout de même plus intéressant que le ping-pong" ajoute-t-il avec malice ! Il faudra donc qu'au milieu de la scénographie basée sur Marabout, bout de ficelle... j'imagine une sorte de saute-mouton qui joue d'effets mnémotechniques entre les vingt-sept étapes qui composent le parcours. Le son ne renverra donc pas seulement à ce qu'on voit, mais à ce que l'on aura vu. J'allais écrire "voire à ce que l'on verra", mais le saut dans le futur n'est pas encore de notre âge. J'anticipe pourtant en connaissance de cause puisque je sais où je vais. Le visiteur qui aura suivi l'exposition équipé ou pas de son smartphone et d'un casque audio pourra toujours se rejouer les séquences rentré chez lui. S'il est en plus en possession du catalogue de dix-neuf mètres de long, il sera à même de prendre à nouveau son temps pour approfondir les occurrences choisies avec le commissaire de la première à la dernière œuvre exposée, plus de cent-quatre-vingt en tout !
Mais les yeux me regardent, arroseur arrosé, réflexions dans le miroir de l'art qui me poussent à jouer de ce renversement au risque de déstabiliser le public qui ne fait que se regarder dans cette humanité sublimée par les artistes de toutes les latitudes au cours de tous les siècles. Car au delà de l'appropriation qu'offre généreusement Jean Hubert Martin il nous montre simplement qui nous sommes, chacun et tous à la fois, sans aucun préjugé de classe ou de culture.

Illustration : École française, Un œil qui regarde, XVIIIe siècle, miniature sur tabatière en écaille ; note manuscrite à l’intérieur de la tabatière, à la plume et encre violette ; 10 x 6 cm. Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques. Photo © Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola

mercredi 10 février 2016

J'ai seulement froid, mais non


J'ai seulement froid. Mais non, je ne dois pas penser ainsi. Je respire profondément pour éviter à mes muscles de se contracter sous l'assaut du vent glacial qui vient lécher les jambes de mon jean trempé. Il pleut des hallebardes. Des gouttes moins grasses qu'en pleine mousson et sans la tiédeur asiatique, d'autant que nombreux restaurants sont fermés pour cause de nouvel an chinois. Il est de coutume de passer ces fêtes en famille. Les touristes éviteront donc de se trouver là-bas pendant cette semaine morte. Nous nous réfugions dans le premier restaurant ouvert, un libanais où je n'arrive pas à sécher. C'est en sortant que le froid me saisit. La pluie a fait chuter la température. Vêtu d'un simple anorak, je marche les bras ballants le long du corps en cherchant à ne pas me crisper, seule façon que je connaisse pour ne pas attraper la crève. Rentré à la maison, je me change et devant le feu que j'ai allumé dans la cheminée je tape ces lignes en alibi et chauds habits. Pour donner le change ? En réalité je fais semblant de ne pas travailler. Le soir, comme j'éternue malgré tout, je prends trois granules d'alium cepa 4CH. En principe, ça marche. Les dernières braises s'éteignent. Je m'enfouis sous la couette.

mardi 9 février 2016

Le flux et le fixe


Comme je planche sur le parcours musical de Carambolages, la prochaine exposition imaginée par Jean Hubert Martin au Grand Palais, je découvre le livre de Jean-Noël von der Weid sur l'influence réciproque des peintres et des musiciens. L'ouvrage est encyclopédique tant les références abondent. J'imagine qu'y revenir par l'index me sera plus utile que sa lecture in extenso. L'auteur a pourtant réduit son analyse à la peinture proprement dite et à la musique classique, entendre jusqu'à celle que l'on a coutume d'appeler contemporaine. Le flux et le fixe est une collection de portes qui ouvrent sur des champs d'investigation, des chants d'hiver que je me remémore au coin du feu tandis que les images défilent dans mon souvenir comme des ombres portées. Von der Weid a choisi d'écouter avec les yeux et de regarder avec les oreilles. Il révèle une gymnastique dialectique qui offre de changer d'angle pour découvrir le monde. Un de ses amis, Thierry Vagne, a eu la bonne idée de mettre en ligne une reproduction des tableaux évoqués dans le livre. Il ne vous manque plus qu'à aller piocher dans votre discothèque, à la médiathèque ou sur le Net les œuvres musicales, quantité de pistes que vous ne connaissez probablement pas, un autre intérêt du livre de von der Weid.
Je me suis souvent interrogé sur ma façon d'approcher la musique, en cinéaste, ma formation à l'Idhec et mon autodidactisme musical m'y ayant amené quasi naturellement. J'ai toujours composé de la musique pour les aveugles, voyez-vous cela ! Dans mon travail les intentions et les structures passent avant les notes et l'harmonie. J'ai l'impression de peser les choses, le pour du contre, tension détente, tendre et cruel, réel et surréel... La dialectique m'est constitutionnelle. Malgré mon approche scientifique les histoires que je me raconte impliquent les formes plastiques. Je dessine, mais seulement dans mon ciboulot. Cette liberté d'interprétation m'incite à me renouveler relativement facilement, parce que je ne suis attaché à aucun style. Un jour une comédie, le lendemain un drame, la semaine suivante un pamphlet politique ou une réflexion philosophique. À chaque projet correspond un support, et réciproquement. Il n'y a ni forme ancienne, ni forme nouvelle, mais seulement la forme appropriée. J'ignore la page blanche, mais pas le silence.


Je reviens vers les écrits de Jean Hubert Martin et feuillète quelques catalogues de ses précédentes expositions. Il fut le commissaire des Magiciens de la Terre, de La mort n'en saura rien, d'Une image peut en cacher une autre, du Théâtre du Monde, du Maroc contemporain et tant d'autres. J'y reviendrai ces prochains jours, d'autant que je dois composer le parcours musical et sonore de Carambolages, soit 27 étapes sur deux niveaux en passant par le grand escalier. Si l'on possède un smartphone il ne faudra pas oublier son casque pour profiter de cette dimension poétique qui accompagnera les 185 œuvres en jouant sur la complémentarité plutôt que sur l'illustration. Jean Hubert Martin a remplacé les audioguides souvent très scolaires en me confiant d'évoquer par le son ce parcours ludique qu'il a construit sur le modèle du Marabout-Bout de ficelle-Selle de cheval... L'imagination est mise à contribution, les visiteurs renvoyés à leur propre sensibilité. Le son est le médium idéal pour évoquer sans imposer. Si certains de mes choix s'expliquent d'eux-mêmes, d'autres doivent rester énigmatiques. Je suis aux anges...

→ Jean-Noël Von Der Weid, Le flux et le fixe, Ed. Fayard, 18 €
→ Jean Hubert Martin, L'art au large, Ed. Flammarion, 29 €
Carambolages, exposition au Grand Palais, du 2 mars au 4 juillet 2016

lundi 8 février 2016

La symphonie de l'univers


Non, ce ne sont pas les oreilles des cent lapins de notre opéra Nabazmob, mais 9oualab, une installation du Collectif Pixylone composé de Younes Atbane, Zouhair Atbane et Omar Sabrou, exposée en 2014 à l'Institut du Monde Arabe dans le cadre du Maroc Contemporain dont le commissaire était Jean Hubert Martin. C'est incroyable comme les six cents pains de sucre (l'équivalent de 300 paires d'oreilles de Nabaztag !), éclairés en 3D et sonorisés, m'ont immédiatement fait penser à notre opéra, deux regards parallèles sur nos sociétés, même si les intentions des uns et des autres sont très différentes.


Mais si je l'évoque aujourd'hui, c'est pour une autre coïncidence, musicale cette fois. En créant Nabazmob nous avions inexplicablement oublié le Poème symphonique pour 100 métronomes de Ligeti de 1962. L'hommage aurait pourtant été clair. La surprise vient de ma réécoute de la Symphonie de l'Univers de Charles Ives, œuvre inachevée mais libre de la continuer si de futurs compositeurs voulaient s'y atteler. Cette "sixième" symphonie de mon compositeur de prédilection est probablement sa plus ambitieuse. Conçue de 1911 à 1928 pour plusieurs orchestres elle présente trois parties sans pause : Le passé (du chaos à la formation des eaux et des montagnes), Le présent (la Terre et le firmament, évolution de la nature et de l'humanité) et L'avenir (le paradis, l'élévation de tout vers la spiritualité). Or, en écoutant les vingt percussionnistes de la version complétée par Larry Austin, j'ai cru reconnaître les prémisses du premier mouvement de notre opéra !


Je me suis souvent demandé comment nous en étions arrivés là avec Antoine Schmitt. À quoi pouvait ressembler cette musique composée pour 100 synthétiseurs midi de pacotille hébergés dans les estomacs de nos rongeurs wi-fi ? Je suis aux anges de constater aujourd'hui ce cousinage involontaire ou inconscient avec Ligeti et Ives. De quels ancêtres pouvais-je rêver de mieux ?! Si l'indétermination de l'ensemble doit beaucoup à John Cage, le second mouvement, glissement d'accords tuilés, se réfère forcément à Ligeti et le troisième, citations d'extraits opératiques se superposant, explicitement à Ives. Mais je n'aurais jamais imaginé cette coïncidence incroyable du premier mouvement, voire du 2bis, un petit plus rythmique que nous jouons parfois en concert lorsque l'envie nous prend ! De même, l'œuvre collective des artistes marocains m'apparaît comme une suite improbable. Je ne sais pas si les lapins aiment le sucre, mais cela ne m'étonnerait pas !

vendredi 5 février 2016

Julien Pontvianne retrouve l'éternité


Le compositeur et musicien Julien Pontvianne n'est pas le premier à avoir été subjugué par la pensée de Henry David Thoreau, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain (1817-1862). De Walden ou la vie dans les bois à La désobéissance civile, l'essayiste a influencé des hommes politiques comme Gandhi et Martin Luther King, des écrivains comme Yeats, Romain Rolland, Giono, Jim Harrison, des compositeurs comme Charles Ives et John Cage, et nombre d'écologistes ou adeptes de la décroissance... Je possède un exemplaire original des Essays Before A Sonata que Ives a publié à compte d'auteur en 1920, complément indispensable de la Concord Sonata, entièrement dévoués à Thoreau et ses amis transcendantalistes, Emerson, Hawthorne et les Alcotts.
Déjà avec son projet pour orchestre Aum Pontvianne faisait chanter les textes de Thoreau qui donnaient du relief à ses grands espaces paysagers. Avec Abhra, qui signifie l'atmosphère ou le vide en sanskrit, il se rapproche du soleil en mettant en musique des extraits des textes de l'Américain qu'il fait accompagner par un orchestre planant au dessus des collines. Consciente ou inconsciente, l'influence de Ives est flagrante, sérénité d'une nature retrouvée à laquelle la voix de l'Anglaise Lauren Kinsella confère une sensualité vertigineuse. Parlé ou chanté importe peu. Le style et l'idée se confondent. L'écoute du CD nous plonge dans un abîme de perplexité tout en nous faisant voyager. L'orchestre passe les cols en se moquant des frontières. La violoncelliste Hannah Marshall, le guitariste Francesco Diodati et le contrebassiste Matteo Bortone, le claviériste Alexandre Herer et Pontvianne au ténor, à la clarinette et à l'harmonium prennent le temps de respirer l'air pur. Ils nous montrent le chemin. Comme dans tous les projets de Pontvianne le temps n'a pas la même durée qu'ailleurs, le changement de repères s'opérant magiquement sans que nous y soyons préparés. Les siècles ne changent rien à l'affaire. Les couleurs les plus délicates affichent mille nuances. Les nuages forment sans cesse de nouveaux dessins. Chaque saison exhale la beauté de la vie. S'approcherait-on de la musique des sphères ?

→ CD Abhra, label Onze Heures Onze, dist. Socadisc, sortie le 11 mars 2016

jeudi 4 février 2016

Anita Gallego en ligne de mire


À force de suivre les réseaux sociaux et leurs déclinaisons blogueuses ou magazines, fruits de l'immédiateté et de l'éphémère, on en oublierait presque les sites des artistes qui s'exposent sur le Net, biographies illustrées pointées par des liens hypertexte que peu de lecteurs semblent utiliser. On découvre ainsi quantité d'artistes qui n'ont pas toujours pignon sur rue, surtout lorsqu'il s'agit de femmes artistes. Si elles sont, par exemple, largement majoritaires et brillantes pendant leurs études d'art, le pourcentage s'inverse scandaleusement à l'entrée dans la vie active. Certaines s'accrochent heureusement et livrent une œuvre dense et passionnante comme Anita Gallego qui vient de mettre en ligne son nouveau site web.
La photographie est souvent à l'origine de son travail, qu'elle peigne, dessine ou construise des installations. De la mémoire elle extrait des images réalistes passées au crible de l'émotion picturale. Les modèles du passé deviennent ainsi des acteurs du présent. Elle attrape aussi au lasso des formes du quotidien comme ses arts ménagers (ustensiles, tabliers, fruits du marché, etc.) ou ses traces de café donnant naissance à des paysages, personnages ou animaux que l'on reconnaît comme lorsque l'on est allongé sur l'herbe et que l'on devine ce que sont les nuages, manière humoristique de rappeler à quoi la société relègue les femmes ! Elle aime aussi recycler des objets et photographies que leurs ombres poursuivent comme les traces du souvenir chaque jour recomposé.

mercredi 3 février 2016

Grandma roule en Dodge


Lorsque l'on découvre une comédie originale et réussie, l'envie de vérifier si le réalisateur ou la réalisatrice en a commis d'autres est mon premier réflexe à l'issue de la projection. Je n'ai vu aucun autre film de Paul Weitz, mais après Grandma, ou plutôt avant puisque c'est son dernier long métrage, je vais m'y employer dare-dare.
Grandma est une sorte de road movie à Los Angeles intra-muros mettant en scène une jeune fille de 18 ans qui vient de tomber accidentellement enceinte et sa grand-mère appelée à la rescousse. Au cinéma comme dans la vie les vieilles dames indignes sont truculentes, et celle interprétée par Lily Tomlin est particulièrement corrosive. Lesbienne, féministe, faussement misanthrope face à l'irresponsabilité masculine, Grandma est jeune depuis beaucoup plus longtemps que les autres protagonistes de cette course qui s'étale sur une journée bien remplie. Au volant de sa superbe Dodge Royal de 1955 elle part donc en quête de 630 dollars pour payer l'avortement de la gamine.


La drôlerie du film doit beaucoup à la prestation de Lily Tomlin et à l'élégance crue des dialogues de Paul Weitz qui ne tombent jamais dans la mièvrerie. Tourné en 19 jours, Grandma réussit à tenir en haleine grâce à sa structure par étapes, autant d'épreuves que les trois générations de femmes doivent surmonter. Au fur et à mesure que l'on avance le passé se révèle, justifiant les comportements actuels de chacune ou chacun. Vivement que le film sorte bientôt en France !

mardi 2 février 2016

Compost 93


Le journal de la communauté d'agglomération Est Ensemble proposait de donner le matériel de compostage contre une participation de 10 euros à condition de suivre un petit stage pour apprendre à se servir d'un compost si l'on possède un jardin. Françoise est donc allée passer deux heures au terme desquelles lui fut remis un polycopié, charge à elle d'aller récupérer à Bobigny la caisse en bois ou en plastique à monter soi-même. Elle a donc choisi le bois de la taille intermédiaire, soit 74x83cm équivalent à 400 litres. Les participants à l'opération étaient très majoritairement des femmes.
Jusqu'ici nous allions porter nos épluchures au jardin Guinguette à Bagnolet ou à celui du Pinacle géré par l'association Bagnolet Ville Fleurie où elle partage 40 m2 avec Alex. Le premier est un jardin écologique de permaculture convivial où les adhérents aiment se retrouver, par exemple le samedi midi pour déjeuner. Le second offre des surfaces permettant réellement de cultiver un petit lopin de terre, et des ruches occupent le bas du terrain.
L'utilisation de composts permet de limiter considérablement les ordures ménagères en recyclant productivement la sorte de terreau qui s'y développe, riche en humus et minéraux. Il faut alterner les couches de matières brunes (feuilles, papier journal...) et vertes (épluchures, marc de café, sachets de thé, restes alimentaires, coquilles d'œufs broyées...) et éviter poisson, viande, os et fromage pour ne pas attirer les rats ! On a gratouillé la terre avant de poser la caisse. Ensuite on retournera, aérera sans tasser les déchets, en surveillant l'humidité et la température qui peut atteindre 70°. Nous avons convié nos voisins à alimenter le nouveau compost. Rendez-vous dans quelques mois pour en apprécier le résultat !

lundi 1 février 2016

La boule à zéro


À la veille de mon concert avec Bumcello, Françoise m'a proposé de me couper les cheveux. Idée aussi sotte que grenue, car je me suis retrouvé avec la tête pleine de trous, certes amoureux, mais d'une esthétique qui frisait la maladie ou la collaboration à la Libération ! Je suis donc allé demander du secours à mon ami Sun Sun qui possède une tondeuse. Le sculpteur n'eut d'autre choix que de se baser sur les plus petits brins pour égaliser ma coiffure grisonnante. Sous cette météo froide et humide je n'ai d'autre solution qu'enfiler un galure. Heureusement j'en ai quelques uns très fantaisie, comme celui avec de longues oreilles d'âne ou de zèbre que je coiffai pour le concert de la semaine dernière...

Photo © Gérard Touren

vendredi 29 janvier 2016

En trio ce soir avec Bumcello pour Entrechats


À l'origine le spectacle s'appelait Danser sans écran, d'une part pour suggérer le dance-floor, et d'autre part parce que Vincent Segal m'avait demandé de n'apporter aucun écran. La particularité de Bumcello est en effet de faire danser leur public sans avoir recours au sempiternel ordinateur avec son autiste pousse-bouton. La seule incartade qu'ils commettent dans ce choix du geste instrumental est l'usage des boucles qu'ils contrôlent en maîtres avec leurs pieds. Le geste ayant toujours été à la base de mon jeu instrumental, j'emporte certains de mes claviers vintage, le Theremin, le Tenori-on, le Kaossilator, ou des instruments acoustiques comme la trompette à anche, des guimbardes, ballons de baudruche, flûtes, harmonicas, hou-kin, etc. Le défi m'excite, sachant qu'avec le violoncelliste et Cyril Atef à la batterie je devrai jouer sur du velours, que l'on veut lourd.
Vincent étant en tournée aux Antilles, il était impossible de nous réunir pour la photo du programme ! De plus, il n'avait sous la main qu'un cliché avec son chat... Après un moment de perplexité, je demandai à Cyril, puisqu'il avait aussi un matou, d'imiter la pose de son camarade. S'il avait fallu se faire rencontrer Garfield, Jazz et Ulysse, imaginez le boxon ! Je me souviens d'ailleurs d'une monstrueuse scène de débâcle féline racontée par Hitchcock à Truffaut dans ses entretiens. Lorsque nos trois frimousses se retrouvèrent associées, le titre me sauta d'un bond à la figure : Entrechats ! Pour un concert de "dance" (ou de trance ?) que pouvais-je mieux espérer ?!
J'ignore tout du concert de ce soir si ce n'est qu'il est 100% improvisé, que l'orchestre de la nouvelle salle du Triton est transformé en dance-floor, mais que de bons fauteuils équipent le balcon qui surplombe la scène. Le reste est à vivre !

Entrechats, Jean-Jacques Birgé invite Bumcello, vendredi 29 janvier 2016 à 20h au Triton, Métro Mairie des Lilas
avec Cyril ATEF (batterie, percussion, voix), Vincent SEGAL (violoncelle, percussion), Jean-Jacques BIRGÉ (instruments électroniques et acoustiques)

jeudi 28 janvier 2016

La Horde Catalytique Pour La Fin en vinyle


L'organisation des sons est imprévisible. Face A. Symphonie d'une nature reconstituée en studio. Jungle remplie de petits animaux au coucher du soleil, mélange d'oiseaux virevoltant de branche en branche, batraciens les pattes dans le marais, le bois craque sans que l'on sache qui se cache dans le fourré, menaces sans visage... Les quatre musiciens de la Horde Catalytique Pour La Fin jouent-ils aux Indiens avec leurs instruments ? Richard Accart souffle dans les voiles de ce radeau de fortune, Francky Bourlier joue à saute-mouton sur les touches, Jacques Fassola pince les cordages, Gil Sterg frappe les mâts, quand Georges Alloro était d'un autre voyage. Ils appellent "gestations sonores" leurs compositions enregistrées le 26 février 1971 au Théâtre de Nice. Face B. Dans la vallée les humains s'excitent. Ils crient, ils pleurent, ils donnent naissance à un univers de bruits dont les couleurs sont des timbres de collection. Sur le balcon qui surplombe la forêt les rituels de chacun se croisent pour créer de nouveaux mythes. La version colorée du vinyle, épuisée dès sa sortie, est rouge-sang ou framboise, que l'on soit carnivore ou végétarien.

→ Horde Catalytique Pour La Fin, Gestation sonore, Souffle Continu, réédition LP d'un album initialement produit par Futura, 16,50€

mercredi 27 janvier 2016

Nacer Blanco de Borja Flames


À l'écoute de musiques inclassables le réflexe naturel est de chercher des points d'appui. À défaut de leur coller une étiquette on leur devine des cousinages. Lorsqu'on a retrouvé l'équilibre l'on se laisse porter par le courant et notre rafiot de papier glisse joyeusement tout au long du ruisseau. Il faut l'attraper avant qu'il ne soit dévoré par l'une des bouches de l'égout, le déplier pour en découvrir sa gamme de couleurs vives. Les mots griffonnés sur la face cachée de la feuille s'entendent comme les paroles d'une chanson. Ne comprenant pas l'espagnol je me rapproche comme prévu de rivages plus familiers.
Nacer Blanco, l'album solo de Borja Flames, a le parfum des premiers disques de Brigitte Fontaine et Jacques Higelin, la folie douce du Brésilien Tom Zé, l'entrain hispanophone de Manu Chao, la nonchalance catalane de Pascal Comelade, mais ce ne sont que des liens de famille. Sa compagne, la chanteuse Marion Cousin, avec qui il forme habituellement le duo June et Jim prête sa voix sur quelques morceaux. Marions les cousins pour que brûle la flamme !
Le laboratoire de Borja Flames est un grenier plein de souvenirs, la tanière d'un ours qui apprend si vite ses tours qu'elle en devient méconnaissable, un art de la fugue qui colmate les fuites, une accumulation d'instruments légers comme le coq secouant l'arc-en-ciel de ses plumes, un nouveau passage.

Borja Flames, Nacer Blanco, Marxophone Records / Label Le Saule, sortie le 5 février 2016

mardi 26 janvier 2016

La nuit de carnaval


Sans soutien populaire les comédies ont peu d'avenir. Les responsables de festivals et la presse spécialisée, comme les organismes subventionneurs, préfèrent les histoires sinistres qui les soulagent de leur mauvaise conscience de classe. Les sujets à thèse mille fois ressassés font passer le cinéma pour un outil pédagogique et les films misérabilistes pour un acte militant. Or la comédie propose souvent une charge critique, légère et élégante de la société que le drame ne sait aborder que par des balourdises complaisantes qui surlignent l'action. Les universitaires qui ont pris le pouvoir sur la presse cinématographique ne valent guère mieux que les élèves des écoles de commerce qui ont remplacé les producteurs cinéphiles aux postes de pouvoir comme à la télévision. Ma réflexion porte évidemment sur le cinéma d'auteur, à savoir une manière de filmer en accord avec un regard réellement personnel du réalisateur, lorsque le fond et la forme trouvent leurs rimes.


La nuit de carnaval, film soviétique de 1956, n'échappe pas vraiment à cette petite réflexion, même si le contexte est fort différent. Sans son succès populaire à sa sortie, 48 millions d'entrées, le film d'Eldar Ryazanov ne jouissait pas de la meilleure réception des instances dirigeantes. Staline était mort seulement trois ans auparavant et l'humour qu'il déploie rappelle directement les plaisanteries anti-communistes que les intellectuels du PCF aimaient raconter avec délectation. Ce ne sont évidemment que des piques discrètement suggestives pour nous, mais qui réjouissaient totalement le public russe. On n'est jamais loin du Ninotschka de Lubitsch. Si la bureaucratie y est ridiculisée, Ryazanov y va tout de même avec des pincettes en ces débuts kroutchéviens de déstalinisation, ne se moquant en réalité que des sous-off en épargnant les hauts dirigeants. La jeunesse y apparaît pleine de fougue et de fantaisie, prête à relever le défi d'une nouvelle ère. J'ai aussi pensé à la séquence finale d'Hellzapoppin lorsque le spectacle de fin d'année déjante suite à un sabotage en règle qui lui accorde le succès, comédie musicale dont l'influence américaine est évidente. La résultante dévoile un ton unique où le jazz répond à la bureaucratie avec l'impudence de la jeunesse, humour particulier rappelant que nombreux clowns étaient d'origine russe.


Si elles sont considérées comme des chefs d'œuvre de l'autre côté du rideau de fer, même après la chute du Mur, notamment L'Ironie du sort sorti en 1975 et considéré comme le film culte par plusieurs générations de cinéphiles dans son pays, les comédies de Ryazanov sont quasiment inconnues en France. Les responsables du festival Quand les Russes... ont la bonne idée de publier en DVD La nuit de carnaval avec le soutien d'Arcades Films. C'est aussi le premier rôle de Lioudmila Gourtchenko que l'on retrouvera chez Nikita Mikhalkov, Guerman, Kira Muratova, Andreï Kontchalovski. En bonus, la comédienne Macha Méril, qui signe cette collection, commente le film avec l'historien du cinéma Jean Radjvanyi. DVD sortie le 25 février 2016.

lundi 25 janvier 2016

La cornemuse contemporaine d'Erwan Keravec


Lorsqu'ils ne font pas déjà partie de ma panoplie d'expérimentateur, les instruments de musique qui sortent de l'ordinaire attirent toute ma curiosité. Ainsi j'ai toujours été séduit par la cornemuse, qu'elle soit bretonne comme du temps où Youenn Le Berre sonnait Sacra Matao avec Un drame musical instantané, irlandaise avec Ronan Le Bars pour le clip du centenaire de l'Europe composé avec Bernard Vitet, ou internationalement free avec Étienne Brunet pour un de mes concerts Somnambules. Si j'ai souvent eu l'impression que le Bagad faisait sortir de terre les anciens comme dans une bande dessinée de Bilal, la cornemuse écossaise d'Erwann Keravec est résolument contemporaine, entendre ici, intemporelle.
Sur son nouvel album, Vox, il a commandé quatre pièces à des compositeurs très différents, Oscar Bianchi, Philippe Leroux, José-Manuel López-López, Oscar Strasnoy, en leur demandant d'écrire pour la voix alliée à son instrument. Il choisit ainsi la soprano Donatienne Michel-Dansac et le baryton Vincent Bouchot pour leur éventuelle proximité respective avec le "chanteur" (le hautbois mélodique) ou les bourdons. La cornemuse en musique contemporaine tenant du mariage de la carpe et du lapin le résultat des courses est forcément improbable, ce qui donne tout leur suc à ces initiatives. Le mélange devient organique chez Bianchi ou Leroux, dramatique chez López-López ou carrément comique chez Strasnoy. Fidèle à ses improvisations en public avec Beñat Achiary, Keravec invite le chanteur basque pour deux conversations en duo où les anches et les cordes vocales peuvent s'exprimer en toute liberté, apportant un éclairage plus ostensible sur la personnalité du sonneur. L'excellence de tous les interprètes composent un hommage étonnant à un instrument populaire qu'Erwan Keravec aime faire voyager hors de son terroir. Je l'avais découvert avec le chanteur tunisien Mounir Troudi et le percussionniste franco-libanais Wassim Hallal. Désert ou des airs, hors d'œuvre ou dessert, avec sa poche pleine d'air, il est passé par ici, il repassera par là. Sur quel chemin courra le furet à notre prochaine rencontre ?

Erwan Keravec, Vox, Buda Musique, dist. Socadisc, 16,05€

vendredi 22 janvier 2016

Soupe cosmique contre méchant virus


Françoise, Anna et moi sortons lentement du trou noir dans lequel nous avait précipités la vilaine grippe. Notre amie allemande avait eu l'heureuse idée de concocter un congee, bouillie de riz recommandée aux malades en Asie. Facile à digérer la soupe cosmique nous a redonné l'appétit et nous a permis d'apercevoir la lumière au bout du tunnel. Nous avons fait bouillir du riz à feu doux pendant une dizaine d'heures à raison de douze mesures d'eau pour une de riz. Anna, qui fut la dernière touchée, eut le temps d'y ajouter poireaux, carottes, panais et ail coupés en petits morceaux. Elle aurait souhaité y faire cuire un peu de poulet bio, mais le magasin des Lilas ne proposait que des volailles entières. Comme j'immergeai le premier, j'assaisonnai le tout de vinaigre de riz et d'une sauce de soja aux algues kombu. Un délice ! Et en plus le congee nous redonne des forces. Comme on en a fait pour un régiment, nous en mangeons à tous les repas, remontant doucement à la surface, tandis que les brouillards de fièvre se dissipent et que les quintes de toux gutturales se raréfient au profit d'une tendre torpeur qui laisse à distance le givre qui a recouvert le paysage.

jeudi 21 janvier 2016

Le Dandy des Gadoues


La mort de Michel Tournier fait remonter celle de Frank Royon Le Mée. Je reproduis ici un texte que j'avais écrit pour Tchatchhh, conversation à deux sous forme de blog initiée par Karine Lebrun.

À notre premier rendez-vous, Frank Royon Le Mée porte son caractéristique costume de clergyman et des lentilles de contact en miroir où nos trois figures amusées se réfléchissent. Royaliste, il ne travaille jamais le 21 janvier, jour de la mort du roi, qu'il appelle une journée blanche. Cela tranche avec le rouge de nos convictions. Il a trois octaves et demie de tessiture, du baryton au haute-contre, remplace des stars de la chanson sur une syllabe défaillante, a côtoyé les Mothers of Invention, monté un spectacle sur le martyre de Saint-Sébastien en s'accompagnant d'un orgue positif, dirige des spectacles collaboratifs avec plus de 600 exécutants. À Garnier, je l'ai vu jouer le rôle d'une femme en hauts talons dans l'opéra de Luciano Berio, La Vera Storia, aux côtés de Milva, d'après Italo Calvino...



Dans cette improvisation réalisée par Un Drame Musical Instantané pour le cd L'hallali la partition de Frank Royon Le Mée ressemble plutôt à du sprechgesang. Francis Gorgé est à la guitare et aux synthétiseurs, Bernard Vitet à la trompette à anche et je joue de mon échantillonneur d'alors, un Akaï S1000.
Le poil et la plume fut enregistré le 22 janvier 1987 (donc le lendemain de la mort du roi !) lors de nos premiers essais en vue de monter Les Météores de Michel Tournier avec Frank dans le rôle du Dandy des Gadoues. Bien que l'écrivain nous donna l'autorisation, nous ne trouvâmes jamais les crédits suffisants, mais nous créâmes plus tard Le Château des Carpathes d'après Jules Verne avec un énorme feu d'artifice en guise de décor et enregistrâmes Comedia dell'amore 121 sur le cd Opération Blow Up en 1992. Frank mêle la virtuosité vocale à un sens dramatique exceptionnel, plus des facultés d'improvisation hors normes. Hélas le Sida l'emporta l'année suivante à l'âge de 41 ans. Nous n'avons jamais retrouvé un chanteur aussi à l'aise et en harmonie avec nos élucubrations. Un régal !

Depuis que j'ai écrit ces mots en 2008 de l'eau a coulé sous les ponts. Le Drame a fait long feu. J'ai eu la chance de rencontrer la chanteuse danoise Birgitte Lyregaard qui hélas est repartie vivre à Copenhague, mais les avions sont rapides et nous enregistrons ou jouons en concert aussi souvent que possible ! J'ai également retrouvé deux autres extraits avec Frank improvisés le même jour que Le poil et la plume.



Sur le premier, je suis au piano, Bernard au violon, Francis au synthé, et Frank Royon Le Mée bien entendu !



Sur le second, je tiens à la fois le synthétiseur, l'échantillonneur et j'harmonise ma voix, Bernard et Francis ont retrouvé leurs instruments de prédilection, respectivement la trompette et la guitare électrique. J'ai beaucoup de mal à trouver des disques avec Frank. À part les deux qu'il a signés sous son nom je possède un exemplaire de l'excellent Comité des fêtes, fondé avec le saxophoniste Daniel Kientzy et le synthésiste György Kurtag, assez proche du Drame.

mercredi 20 janvier 2016

Spirale


Rien à raconter parce que je ne peux rien écouter, rien voir, rien lire, rien dire, même pas regarder les mouches voler. D'abord à cette époque il n'y a pas de mouches, ensuite je reste dans le noir les yeux fermés. La fièvre ne baisse pas. J'ai réussi à avaler une tranche de jambon blanc. J'ai annulé mes rendez-vous. Ulysse est probablement trop jeune pour comprendre qu'il devrait venir me câliner en s'allongeant sur la couette. Pris d'une quinte de toux toutes les demi-heures il m'est impossible de dormir. Je ne m'ennuie même pas. Si je n'avais le soupçon que les végétaux sont aussi vivants que les animaux je dirais que je suis un légume. Les végétariens manquent d'imagination, ils ignorent le cri de la carotte qu'on arrache de la terre. Je suis un légume pris dans une spirale bouillante avec au-dessus un couvercle qui maintient la pression.

Le troisième jour je remonte doucement à la surface. Le mal s'est déplacé vers le ventre, le dos et la gorge. Grosse fatigue. Je vois le bout du tunnel. Il n'y a pas de lézards, mais un vilain virus qui mord ma barbaque et en a déjà avalé quatre kilos. J'espère inverser la spirale comme on retourne un gant ou une chaussette. On peut remplacer l'un par l'autre, mais pas le contraire. Lorsque je ne marinerai plus dans la chaleur de la maladie j'enfilerai ma nouvelle doudoune à damier multicolore pour affronter le froid. Pour l'instant je m'éteins dans le noir...

Illustration de Jean Bruller dit Vercors

mardi 19 janvier 2016

Grippal ?


Je suis rarement malade, mais alors là c'est le pompon. J'ai une enclume à la place du crâne, mal aux oreilles, de la fièvre, la toux me casse le dos, je ne tiens pas sur mes jambes et la position couchée me fait tousser. Je vois les lettres que je tape danser devant mes yeux fatigués, je n'ai plus de souffle et mon nez coule. Comme si toutes mes défenses immunitaires lâchaient en même temps ! J'espère que mon état va s'améliorer, parce qu'à cette heure c'est à peine supportable. J'identifie très bien les raisons du moment et les causes, mais cela me fait une belle jambe.
J'adorerais utiliser une ou plusieurs enclumes dans ma musique, mais pas aujourd'hui. La première utilisation remonterait à l'opéra d'Auber, Le maçon, en 1825, suivi par Hector Berlioz dans Benvenuto Cellini en 1838. Giuseppe Verdi en a deux dans Le trouvère en 1853, Richard Wagner monte à dix-huit pour L'or du Rhin en 1869, mais une seule dans Siegfried en 1876. C'est évidemment toujours justifié par les situations dramatiques. Carl Orff, Benjamin Britten, Gustav Holst, Aaron Copland et tant d'autres s'en empareront au risque de se coltiner un lumbago ! La première fois que j'en ai entendu une c'était dans Ionisation d'Edgard Varèse dans la version Robert Craft.
La mienne est nulle, elle ne fait aucun bruit, et pourtant ça cogne.