Par Jean-Jacques Birgé,
jeudi 11 mars 2010 à 00:00 ::Musique
Troisième contribution de Stéphane Ollivier à la collection "Découverte des musiciens" chez Gallimard-Jeunesse (16 euros, pour les 6-10 ans), son Django Reinhardt rend merveilleusement l'énergie du génial guitariste. Ayant déjà relaté le superbe travail sur Louis Armstrong avec les mêmes illustrateur Rémi Courgeon et narrateur Lemmy Constantine, je ne peux que réitérer mes louanges. Le petit livre de 32 pages est découpé en 11 tableaux, agrémenté de photographies historiques et accompagné d'un CD de 35 minutes où la musique produit de drôles d'impatiences dans les jambes. Les morceaux choisis accompagnent avec à propos l'étonnante saga de cette énigme de l'histoire de la musique qui enchante la jeunesse d'aujourd'hui comme elle fit tourner la tête de nos aïeux, vingt ans d'enregistrements de 1933 à 1953 que la narration n'occulte jamais. J'écoute avec ravissement les musiciens avec qui Bernard a joué dans ses jeunes années et qu'il évoque dans des entretiens encore jamais publiés, Stéphane Grapelli, Hubert Rostaing, Alix Combelle, Maurice Vander, Pierre Michelot et bien sûr Django lui-même. Le disque se conclut sur Night & Day et Nuages enregistrés à la guitare électrique le 10 mars 1953, marquant un tournant bouleversant de modernité deux mois avant la mort de celui qui incarne pour toujours le jazz manouche, tant imité ces temps derniers dans la chanson française et jamais égalé, même en y mettant tous les doigts. En fouinant, on peut trouver le coffret de 25 CD Manoir de ses rêves édité par Harmonia Mundi pour moins de 50 euros.
Par Jean-Jacques Birgé,
mercredi 10 mars 2010 à 07:25 ::Multimedia
Pas à pas nous mettons en place les protocoles de Mascarade. Pour la première fois, Antoine teste le dispositif d'interface qui nous permettra de contrôler l'instrument audiovisuel en bougeant les mains. Ni les effets sonores ni les représentations graphiques ne sont encore définis. Nous validons le système qui nous permettra de jouer ensemble, chacun avec son ordinateur portable et son projecteur. Pour en simplifier l'apprentissage et réaliser un instrument réellement jouable, un seul programme permettra de générer tous les effets. La main gauche agira sur le volume des différentes entrées, tel une enveloppe ADSR sur un VCA, tandis que la droite pourra transformer le timbre, la hauteur ou les effets avec un système de repères en 3D, un peu comme les interfaces du Theremin ou de l'AirFX.
Devant l'écran, on a vraiment l'impression de faire du Taï-chi-chuan, 太極拳 étymologiquement « boxe du faîte suprême » ou « boxe avec l'ombre ». Dans notre mise en scène des news, si le masque est le faux visage de « maschera », s'agit-il de celui du présentateur ou de sa représentation projetée ? Combattons-nous une ombre masquée ou le masque permet-il de combattre l'ombre ? Les métaphores poétiques sont toujours ambiguës. La première soulignerait notre geste critique tandis que la seconde insinuerait que les manipulateurs craignent les combattants de l'ombre. Les deux sont vraies. L'homme est un loup pour l'homme.
Par Jean-Jacques Birgé,
mardi 9 mars 2010 à 00:58 ::Humeur
C'est délicat. Par quel bout le prendre ? Par le début ou par la fin ? Si c'est la fin qui pose problème, tout avait commencé très tôt. En grandissant nous sommes confrontés à la vieillesse, d'abord celle de nos aïeux, puis de nos aînés, pour qu'un jour arrive notre tour. On peut être vieux à tout âge. Il y a des petits vieux de vingt ans et de jeunes adultes qui ont dépassé les quatre-vingt-dix. Pierre-Oscar me dit que l'autosatisfaction évite la sénilité précoce ou qu'en d'autres termes le regard plus ou moins positif que nous portons sur notre vie nous incite à continuer à nous battre ou à rendre les armes. Ce champ de bataille peut être celui de la tendresse, de la plénitude et de la sagesse comme celui de la résistance, de l'engagement et de la solidarité. La chose est complexe, car la mémoire n'est qu'une réécriture permanente de l'histoire. La psychanalyse ou d'autres systèmes thérapeutiques permettent souvent de faire remonter des traumatismes ensevelis et de comprendre nos orientations passées. Envisager l'avenir est une façon de se projeter dans le désir, de l'entrevoir, pas encore de le réaliser. Le va-et-vient entre le passé et le futur offre une vision mieux équilibrée permettant de réajuster le tir, de réviser nos a-priori ou de vérifier nos hypothèses. À tout âge il faudrait savoir vivre avec son corps et se souvenir de ses rêves d'enfant. Pour atteindre la cible, la quête du Graal est un vecteur visant l'à peu-près, une direction autorisant les incartades à condition de jeter régulièrement un œil sur la boussole. En regardant les personnes âgées, je sais que mon tour viendra dans vingt ans et je voudrais choisir auxquelles ressembler, soit apprendre à écouter mon temps, celui de chaque jour. Rien de pire que l'expression "de mon temps" ! Si la parole des aînés est précieuse, j'ai répété à Elsa qu'elle me rappelle d'écouter les jeunes si j'oubliais un jour... Mon temps durera jusqu'à ma mort. La suite n'est qu'un pari symbolique sur mon œuvre ou sur la transmission du savoir qui m'a été légué. Car c'est évidemment la mort qui nous interroge. On peut apprendre à s'économiser, à vivre avec des paramètres qui bougent sans cesse, à accepter ce mouvement constitué de pertes et de gains, mais la chute est la même pour tous. Arrivé au port, Adès nous délivre, laissant nos proches dans la souffrance. Comment négocier l'accompagnement sans perdre nos propres repères, sans oublier de vivre pour nous-mêmes ? Lorsque l'on est exigent, il faut toute une vie pour apprendre qui nous sommes et la réponse nous est soufflée au dernier soupir. D'ici là, nous devons composer. Les modèles qui nous sont jetés en pleine figure nous donnent d'excellents exemples de ce que nous voulons ou pas. Saurons-nous les décrypter pour éviter le sacrifice et l'égoïsme ? Dans tous les cas, si chaque chemin est différent, emprunté par tant d'autres il devient une promenade où il est bon de flâner à plusieurs.
Par Jean-Jacques Birgé,
lundi 8 mars 2010 à 03:14 ::Fiction
Il y a des jours où j'aurais aimé avoir emporté un appareil-photo pour saisir sur le vif la crudité des choses. Nous n'avions pas choisi la crique où nous avions atterri. Atterri ou accosté ? Comment dit-on des rescapés qui s'échouent sur une plage après avoir traversé le détroit contre vents et marées ? Les corps étaient alignés bien proprement sur le sable. Trop bien rangés pour avoir été rejetés par les vagues. Nous n'avions pas marché sur la crête plus d'un quart d'heure lorsque nous vîmes les petites sardines en bas de la falaise. Le soleil tombait plus vite que nous nous y attendions. Nous nous sommes regardés avec la même insistance interrogatrice qui ne pouvait cacher notre détermination. Aucun rendez-vous nous appelait où que ce soit. Nous avancions en espérant des jours meilleurs, mais nous n'avions pas la moindre idée de ce que nous allions trouver. Rien ne résonnait comme avant. Le crépuscule avait un goût de première fois. Tout était pareil, c'était notre perception qui avait changé. Le ciel n'était éclairé que par la lune. Aucune agglomération venait gâcher l'obscurité. Papa a dévalé la pente le premier. Je n'ai pas pensé à l'appeler Max. Je n'ai pas prononcé "papa" depuis des lustres. J'ai crié : "Papa, fais attention aux pierres !". Heureusement que nous n'étions pas dessous. Il s'est retenu aux ronces pendant que les rochers dégringolaient sous ses pas. Ilona et moi nous sommes jetées en arrière en attendant que cela se calme. Quelle surprise de voir les corps allongés frétiller comme des poissons d'argent dans une baignoire vide et quel soulagement ! Pas encore habitués à notre nouvelle vie, nous avions envisagé le pire et dans nos trois têtes c'était plutôt gore. Les cailloux ne sont pas allés jusqu'à la mer, nous si. Nous y sommes descendus prudemment, sentant chez les gens d'en bas la même retenue, les mêmes doutes, les mêmes séquelles de chacun sait quoi mais personne n'est pareil. Lorsque nous fûmes assez proches nous avons vu leurs peaux brunes, leurs visages exprimant qui la crainte de pouvoir qui la joie de savoir lire dans nos yeux, peut-être parce que deux femmes composaient notre trio ! Ces côtes sont beaucoup trop éloignées de l'Afrique pour que leurs chaloupes aient pu dériver jusqu'ici. Mais quel genre de boat people sont-ils et sommes-nous là où nous croyons être ? Ils nous sautent dans les bras comme si nous étions de la famille, dansant sur place comme des diables, nous prenant les mains, plongeant leurs yeux brillants dans les nôtres. Certains, encore trop faibles pour se lever, engourdis par le sommeil, exténués par l'effort, amorphes, ont accroché à leurs deux oreilles un sourire banane qui nous réchauffe le cœur. Plus tard ils nous raconteront leur incroyable histoire. Échappés d'un cargo-usine ils dérivèrent des jours et des nuits à bord d'une embarcation volée avant de voir la Terre, et là encore, le courant les éloignait lorsqu'ils croyaient approcher. Ils ont attendu jusqu'à ce que ceux qui savaient nager se jettent à l'eau. Ils ignorent ce que sont devenus les autres. Il n'y eut aucun noyé, les plus faibles s'accrochant aux plus vigoureux. Sur la quinzaine de rescapés qui nous entourent je reconnais six jeunes femmes le crâne aussi rasé que les gars. Leurs voix sont curieusement plus graves que celles des mâles. L'ensemble compose une chorale merveilleuse où nos timbres ne font pas tâche. Max a toujours sonné comme une trompette bouchée, un kazoo grave et cuivré. Celle d'Ilona ressemble au velours, même quand elle rit. J'ai suffisamment travaillé la mienne pour savoir qu'elle est claire et limpide comme un torrent de montagne. Je ne l'ai pas inventé, je cite un ancien amoureux qui jouait du ukulélé dans un orchestre de punks. La question de l'eau et de la nourriture viennent vite sur le tapis. Nous n'avons d'autre choix que de suivre la côte par les crêtes, mais la nuit est tombée. Nous devrons attendre les premiers rayons demain matin pour nous mettre en marche. Pourtant le sort en décidera autrement.
Rappel : le premier chapitre a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction.
Par Jean-Jacques Birgé,
dimanche 7 mars 2010 à 01:00 ::Musique
Il y eut de nombreuses machines infernales avant Der Lauf der Dinge de Peter Fischli et David Weiss comme ces architectures de dominos qui s'abattent indéfiniment dans d'incroyables ballets. Le clip réalisé par James Frost appartient à cette tradition de la réaction en chaîne. Filmé dans un entrepôt sur deux niveaux à Echo Park près de Los Angeles, il accompagne la chanson This Too Shall Pass de l'album Of the Blue Colour of the Sky. L'installation a été conçue et construite par le groupe OK Go qui a mis plusieurs mois à construire la machine avec des membres de Syyn Labs. Même si les mouvements des objets sont synchronisés avec la chanson, je ne suis pas certain que cela apporte grand chose. Tout ce travail pour illustrer une chanson nulle, c'est dommage ! Le son des catastrophes aurait été plus approprié.
La musique n'est pas la panacée universelle. J'en ai fait les frais hier encore. Lorsque nous nous sommes retrouvés en mixage avec Pierre-Oscar Lévy les ambiances et les bruitages se sont imposés face au quatuor à cordes que j'avais composé sur Les noces de Cana. La musique était très bien, mais à quoi rime de placer de la musique sur un film ? L'orchestre présent à l'image se justifiait parfaitement, mais le réalisme montre ses limites lorsqu'il est question de narration ou de distance critique. Le tableau de Véronèse sonorisé avec les enregistrements que j'avais réalisés au Louvre dans la salle où il exposé devenait banal dès lors que la musique masquait les convives, y compris le perroquet (ajouté au son pour souligner sa présence fugace) et le chien (appuyé par un commentaire discret du public comme la découpe de la viande, l'assemblée des notables, la présence de Véronèse lui-même à la viole ou l'acte alchimique). Je synchronisai l'effet de transmutation en faisant couler du liquide dans une jarre et j'ajoutai un zeste de vaisselle pour parfaire l'illusion produite par les visiteurs du Louvre dans leurs langues respectives et la réverbération de l'immense salle.
Prêchant contre ma paroisse, je me demande souvent pourquoi ajouter de la musique à un film. Quelle tradition la suscite ? Quelle absence est-elle censée combler ? Quel est son propos ? C'est encore pire au théâtre où l'on sent le bouton Play du magnétophone. Je préfère souvent la musique in situ comme chez Renoir ou Demme, ou si elle apporte un complément réel et sensique à l'image ou à l'action. Considérer que tout est musique et que l'orchestre, réel ou virtuel, participe à la partition sonore générale évite de focaliser sur un fantasme dont la réalisation nuit le plus souvent à l'objet que l'on croit servir en arrondissant les angles quand il faudrait surtout savoir les choisir !
Lorsque je livre une musique à un réalisateur, je lui dis toujours qu'il peut en faire ce qu'il veut, la triturer comme il l'entend si le film l'exige. S'il le fait en dépit du bon sens, je ne retravaille pas avec lui (ou elle), voilà tout. Pierre-Oscar avait raison de vouloir réduire mon quatuor du XVIème comme on réduit une sauce. Le rôt s'en trouve grandi, donnant à mon travail sa véritable dimension évocatrice. Et la phrase de Cocteau de résonner toujours à mes oreilles, "Ne pas être admiré. Être cru."
Par Jean-Jacques Birgé,
samedi 6 mars 2010 à 00:53 ::Musique
Il risque d'y avoir un monde fou dimanche 21 mars à La Maison Rouge pour l'exposition Vinyl qui s'y tient jusqu'au 16 mai. D'abord c'est un dimanche. Ensuite, de 17h à 19h je commenterai en paroles et en musique avec le violoncelliste Vincent Ségal les pochettes et disques de la collection Guy Schraenen. Dans un précédent billet j'évoquai notre rencontre avec Vincent et le travail de Daniela Franco intitulé Face B. Pour préparer notre duo impromptu, Vincent et moi avons fait un saut au 19 boulevard de la Bastille où Paula Aisemberg et Stéphanie Molinard nous ont chaleureusement reçus.
Pendant deux heures et demie nous avons admiré l'important accrochage à la recherche de disques qui nous inspirent des commentaires, la musique coulant de source ! Nous avons bêtement commencé par des "Celui-ci je l'ai !", "Moi celui-là !" pour progressivement faire notre petit marché en commençant par la musique d'ameublement d'Erik Satie, bien à propos. Pourtant je ne peux m'empêcher de relever ici ceux que je fais aussi tourner sur ma platine. Le 45 tours souple de Salvador Dali m'a rappelé qu'Avida Dollars n'avait rien à faire des disques tant qu'ils ne seraient pas comestibles, ce qui leur conférerait pour lui un rôle liturgique et pour moi un attrait gastronomique supplémentaire ; or un Berlinois en a fait une de ses spécialités puisqu'il presse des "vinyles" en chocolat ! Plus loin je reconnais la pochette du Portal par Alechinsky, l'Eskimo des Residents auxquels on nous avait comparés alors sans que je sache exactement pourquoi, Footsteps de Christian Marclay que je compte piétiner avant de le jouer, le triple sillon Burroughs-Giorno-Anderson joué alternativement selon l'endroit où l'on pose l'aiguille grâce à la triple spirale, le Steve Reich dont la photographie est tirée de Wavelength de Michael Snow dont New York Eye and Ear Control et le double album sont également exposés, le John Cale par Warhol, des Beatles et des Stones légendaires, des Beefheart peints par l'auteur comme très nombreux de ces merveilles, et bien d'autres dont l'un des nôtres, le célèbre Rideau ! d'Un Drame Musical Instantané où figure ma main gauche photographiée par Horace et dont je compte apporter quelques exemplaires le 21 mars avec la droite ! Le catalogue est évidemment encore plus fourni, avec par exemple en plus notre À travail égal salaire égal illustré par la Rixe de musiciens de Georges de La Tour. J'aurais plutôt fait figurer la sublime pochette des Bons contes font les bons amis dûe à Vercors ou Carnage à Jacques Monory, mais les choix du collectionneur sont impénétrables. Les 274 pages du catalogue commencent par un glossaire critique avant d'attaquer chronologiquement la discographie où sont indexés tant de contributions d'artistes marquants de Dubuffet à tous les Fluxus, de Beuys à Opalka, de Haring à Laurie Anderson... Je regrette l'absence de la pochette du groupe Axolotl en papier de verre doré qui bousille celles des copains !
Pour dialoguer avec Vincent qui a connu quantité des musiciens exposés, je devrai être électriquement autonome, aussi ai-je choisi une instrumentation qui marche sur piles. J'amplifierai donc le Tenori-on et le Kaossilator avec mes haut-parleurs miniatures. Mais l'un et l'autre réserverons d'autres surprises tandis que nos commentaires organiseront la partition nomade.
Par Jean-Jacques Birgé,
vendredi 5 mars 2010 à 00:35 ::Musique
Avant de publier les échantillons des instruments solo de l'Ircam, la société UltimateSoundBank nous avait déjà gratifié de jouets musicaux électriques, soit 97 synthétiseurs et boîtes à rythmes avec des sons corny et drôles de la collection d'Eric Schneider. Les combinaisons et sandwiches pouvaient donner des résultats tout à fait surprenants et parfaitement dans le ton des musiques minimales à la mode. Avec Acoustic Toy Museum (299 €), l'éditeur français lié à Univers-Sons comble mes vœux. Je vais pouvoir rejouer du génial piano-jouet enregistré dans Défense de, des boîtes à musique programmables, des activity-centers de ma fille envolés depuis longtemps, des tuyaux à percussion que je transposerai dans le grave pour me rapprocher du percuvent construit par Bernard, des claviers de cloches, des guitares pourries, des batteries en carton-pâte mais avec des rythmes super, des boîtes à musique, des hochets anciens de la collection du Musée des Arts Décoratifs, etc. Et quand je dis jouer, c'est vraiment jouer ! Car en échantillonnant ces 250 jouets, UltimateSoundBank a rendu jouables les plus biscornus avec une qualité de son telle que le travail est presque mâché. Chacun est agencé dans UVI, leur moteur en téléchargement gratuit, pour passer rapidement d'un style de jeu à un autre. Tous les petits bruits parasites ont été consciencieusement préservés ou nettoyés, à vous de choisir votre programme ; sous les notes, des choix aléatoires automatiques entre plusieurs prises donnent la vie à ces machines de notre enfance, de celle de nos parents ou de nos enfants. En plus, les 15 000 échantillons peuvent être triturés par UVI, à la fois éditeur, boîte à effets, arpégiateur, en un tour de main... Il suffit de brancher un clavier en midi ou usb sur votre ordinateur et passez muscade ! N'importe quel compositeur retrouvera son âme d'enfant, certains recommenceront à sucer leur pouce, d'autres inventeront des alliages inouïs en élargissant leur palette de timbres... On aura compris, j'adoooooooore !
Par Jean-Jacques Birgé,
jeudi 4 mars 2010 à 00:24 ::Cinéma & DVD
En suivant scrupuleusement la liste des comédies transgressives américaines indiquée par Jonathan Rosenbaum dans The Unquiet American, nous découvrons évidemment des joyaux que nous ignorions. Le dernier en date fut The Three Caballeros, un dessin animé de long métrage, réalisé par Norman Ferguson en 1944, un des meilleurs de chez Walt Disney, qui mélange prises de vue réelles, avec chanteurs et danseurs sud-américains, et les personnages de Donald Duck, Joe Carioca et Panchito Pistoles. Ce film expérimental est un cocktail explosif de kitsch et de psychédélisme débridé. On frise Tex Avery pour les gags absurdes et la scène éthylique imaginée par Salvador Dali dans Dumbo pour les traitements graphiques.
Les films de Lubitsch ne sont pas tous aussi drôles ou pétillants d'intelligence les uns que les autres : nous avons été emballés par Angel, un petit bijou avec Marlene Dietrich et Melvyn Douglas, et par La huitième femme de Barbe-Bleue avec Gary Cooper et Claudette Colbert. Les dialogues y sont étincelants, les situations jubilatoires, c'est du grand art. Trouble in Paradise (Haute pègre) et Cluny Brown (La folle ingénue) ne sont pas du même niveau, mais sont très plaisants ; par contre, nous avons été déçus par Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre). Ce sont toutes des comédies de mœurs où les femmes s'affranchissent de la condescendance masculine, où les allusions sexuelles sont légion et où les conventions bourgeoises volent en éclats. Je n'évoque ici que les films projetés ces dernières semaines, il nous reste quantité de Lubitsch muets à découvrir, périodes allemande et américaine, et je ne parle pas des merveilles que nous connaissons par cœur comme The Shop Around the Corner, Ninotschka, To be or not to be, voire Design For Living (Sérénade à trois) et That Uncertain Feeling (Illusions perdues)...
Nous ne connaissions Preston Sturges que de nom, mais The Palm Beach Story (Madame et ses flirts) est un chef d'œuvre lubitschien avec Claudette Colbert et Joel McCrea et Christmas in July (Le gros lot) une jolie fable sociale. Tous ces films sont des screwball comedies mettant la plupart du temps en scène des couples qui s'aiment et se cherchent des noises. Dans le genre, Adam's Rib (Madame porte la culotte) de George Cukor est probablement le meilleur de tous ceux interprétés par le tandem Katherine Hepburn - Spencer Tracy. Parmi les descendants du maître Lubisch dont il a été l'élève, Billy Wilder est un des plus représentatifs. Si mon préféré reste One Two Three, nous passons un agréable moment devant Avanti! et, plus encore, The Fortune Cookie (La grande combine) avec Jack Lemon et un Walter Matthau au meilleur de sa forme. Will Success Spoil Rock Hunter? (La blonde explosive) de Frank Tashlin, avec Jayne Mansfield, Tony Randall et Groucho Marx, ne vaut pas certains de ses films avec Jerry Lewis, mais il annonce l'univers de la pub de Mad Men et écorne avec humour l'univers de la communication comme le fait dramatiquement Wilder dans le remarquable Ace in the Hole (Le gouffre aux chimères), démonstration implacable de la manipulation de l'opinion à des fins mercantiles, cinquante ans avant notre ère. The Fountain of Youth est une curiosité télévisuelle où Orson Welles mélange prises de vue fixes et mobiles en mettant à profit ses talents de conteur. Il nous reste à voir pas mal de films de la liste ou ceux cités dans les articles publiés par Rosenbaum dans son livre-catalogue et dont j'ai scrupuleusement noté les titres. Mon billet ne fait que les survoler, livrant des pistes aux amateurs de comédies, genre que les filles réclament souvent en projection et que j'ai eu longtemps du mal à fournir ! J'ai gardé celles d'Albert Brooks et d'Elaine May pour la fin. Rosenbaum prétend que Brooks est dix fois plus drôle que Woody Allen, mais trop original pour avoir du succès. Real Life est un pastiche de télé-réalité de 1971 tordant et prémonitoire, intelligent et corrosif, tandis que, moins réussi, Lost in America attaque le mythe américain de la liberté en un double petit bourgeois d'Easy Rider ! De même, Elaine May réalise un pendant au Lauréat de Mike Nichols avec The Heartbreak Kid, une comédie noire avec le génial Charles Grodin, et Ishtar, une comédie ratée avec Warren Beatty Dustin Hoffman, Isabelle Adjani et Grodin, qui a le mérite d'aborder l'ingérence de la CIA à l'étranger au travers d'une loufoquerie où les deux principaux protagonistes incarnent un couple de chanteurs ringards envoyés à Marrakech pour un contrat miteux.
Entendre Françoise pliée de rire deux soirs de suite mérite d'être souligné ! La comédie de science-fiction Innerspace (L'aventure intérieure) de Joe Dante nous a donné envie de voir ses autres films dont le succès n'a jamais égalé celui des Gremlins. Comme pour nombre de films choisis par Rosenbaum, cela s'explique par leur côté politiquement incorrect et leur originalité. Nous sommes montés d'un cran dans le délire avec la politique-fiction The Second Civil War où l'État d'Idaho, fermant ses frontières à des enfants réfugiés pakistanais après un conflit nucléaire avec l'Inde, déclenche une Seconde guerre de sécession, attisée par les médias télévisuels. Si cette satire hilarante et incisive renvoie furieusement aux présidents des États-Unis passés et à venir, ainsi qu'aux différentes guerres qu'ils n'ont cessé de mener, elle met en scène avec un humour dévastateur le spectacle qu'organise quotidiennement les médias qui nous gouvernent.
Pour ne pas rester scotchés uniquement sur les films américains, fussent-ils critiques, et désertant la liste Rosenbaum, nous avons regardé Le temps qu'il reste (DVD France Télévisions Distribution) du Palestinien Elia Suleiman, nettement moins drôle que les précédents ''Chronique d'une disparition'' et surtout ''Intervention divine''. Le film a beau être juste et personnel, il reste un gout de déjà vu qui sied peut-être aux gags répétitifs de Suleiman, mais déçoit au regard des inventions auxquelles il nous avait habitué. Évidemment satirique avec l'occupation israélienne, il a le mérite de savoir se moquer aussi bien de son peuple...
Sur les écrans, le blockbuster Precious est un film sympa et moins consensuel que les clichés dramatiques d'un Ken Loach. Lee Daniels sait filmer avec légèreté une situation tragique, même si les séquences glamour sont un peu lourdes. Il y a tout de même de jolies trouvailles comme lorsque Precious se voit en blonde dans le miroir ou qu'elle s'identifie physiquement avec les héros du petit écran. Arriver à réaliser une comédie dramatique sur le viol, l'inceste, l'obésité n'est pas une mince affaire. Dans ce pamphlet social, le casting essentiellement féminin et noir ainsi que les rebondissements du scénario donnent une bouffée d'air frais au cinéma américain contemporain.
Par Jean-Jacques Birgé,
mercredi 3 mars 2010 à 00:17 ::Humeur
Pour un billet souriant et plein de bonnes nouvelles sautez directement à demain. Car après avoir évoqué la barbarie intrinsèque des hommes j'interroge cette fois notre avenir politique à court terme. La Chine a tant investi aux États-Unis que cela ressemble à un achat pur et simple. Il lui suffirait de quelques jours pour mettre sur les genoux le pays présenté comme le plus puissant de la planète et faire s'écrouler toute l'économie mondiale. Ce n'est pas son intérêt. Si elle a tant investi, c'est bien pour réaliser des affaires, pas pour les faire capoter. Elle exporterait même très bien son modèle politique du parti unique. Le terrain est bien préparé, les Républicains et les Démocrates ne présentant qu'une apparence d'alternative ! N'allez pas croire que c'est mieux ici, nous avons les mêmes... La démocratie n'en a que le nom. Devant cette faillite idéologique que des décennies de stratégie électoraliste ont initiée, l'absence de conscience politique, la nausée qu'inspirent les élus et la misère pourraient accoucher d'une révolution en chemise brune. En attendant, on nous raconte des histoires, le désormais assumé "storytelling". Si le 11 septembre reste une énigme, qui peut encore croire en la figure de Ben Laden, un méchant de série B servant aussi bien la paranoïa étatsunienne que l'orgueil arabe ? Qui peut penser une seconde que Jérôme Kerviel est autre chose qu'un homme de paille ? Qui se souvient des armes de destruction massive irakiennes ? Je pourrais développer, mais à quoi bon ? Les news sont une mise en scène à petit budget de ce qu'on nous fait avaler à l'heure des repas. La société du spectacle n'a jamais si bien porté son nom. L'anecdote cache la gravité des faits. Les chiffres sont bidonnés. La langue de bois avec jeu de manches et révélations pitoyables est devenue un style partagé par tous, mieux, la forme a rejoint le fond ! Rares sont les Arundhati Roy et Naomi Klein. La Stratégie du choc (Ed. Actes Sud) décrit l'émergence de ce que Naomi Klein appelle le "capitalisme du désastre". Le capitalisme prospère de préférence dans les contextes les plus tourmentés. Un certain nombre de dirigeants politiques, économiques et d'intellectuels ont construit des marchés économiques prospères sur les ruines d'États et de sociétés frappées de traumatismes : le 11 Septembre, la Nouvelle-Orléans de l'après Katrina (expropriations massives, privatisations de services publics et de l’éducation, reconstructions privées, etc.), le tsunami de 2004 (expropriations massives de populations vivant sur les côtes d’Asie du Sud-est, libéralisations et dérégulations commerciales en échanges d’aides occidentales, constructions de complexes hôteliers occidentaux, etc.), l'Afrique du Sud d'après l'apartheid, la Russie d'après la fin du communisme. Jusqu'à parfois susciter ces "désastres" si nécessaires à leur fortune : de la dictature de Pinochet au Chili en 1973 à la guerre en Irak... En 1971 dans Capitalisme et liberté, Milton Friedman, chantre de l'ultralibéralisme, déclarait : "Seule une crise réelle ou imaginaire peut engendrer un changement profond". Quelques heures après le séisme à Haïti, The Heritage Foundation écrivait : "Au-delà de l’assistance humanitaire immédiate à apporter, les réponses américaines au terrible séisme de Haïti offrent d’importantes opportunités de reprise en main du long dysfonctionnement gouvernemental et économique haïtien, tout en améliorant l’image américaine dans la région". Sur le site Arrêt sur images Daniel Schneidermann remarquait "avec quelle rapidité l’image de Haïti se dégrade dans certains médias. Après la compassion avec les victimes, ce sont les « pillages » ou « vols de marchandises » qui sont souvent mis en avant dans la presse internationale. Cela pourrait être assez utile à ceux qui déclareront plus tard : « ils sont incapables et irresponsables »."
La démocratie sert de bouclier à la guerre que mène le capitalisme pour engranger toujours plus de profits le plus rapidement possible. Elle n'en a plus que le nom. La démocratie a été privatisée. Les médias d'information constituent l'un des plus puissants corps d'armée du capitalisme. La mondialisation empêche toute régulation des échanges. Les États subissent les pressions de maîtres-chanteurs (on l'a vu avec la véritable affaire Clearstream, pas le duel bidon entre Sarkozy et Villepin) et sont devenus impuissants. Si la grève devait être générale, il faudrait qu'elle touche toute la planète. D'un côté nous risquons un ras-le-bol poussant les classes laborieuses dépitées dans le lit d'une nouvelle forme de fascisme, de l'autre jamais le travail de proximité n'aura été aussi indispensable. Les associations peuvent se substituer aux syndicats affaiblis et dépassés, quitte à se regrouper pour faire front commun devant les assauts cyniques de la réaction. Cet accord devra se faire mondialement, car les clivages n'ont jamais été nationaux, raciaux ou religieux comme ont toujours voulu le faire croire les classes dirigeantes, mais sociales. Il est chaque jour plus urgent que les travailleurs exploités de tous les pays s'unissent pour résister au saccage systématique des ressources de la planète, humaines, mais aussi naturelles. Je fais attention de séparer les deux, puisque là où l'homme passe la nature trépasse.
Par Jean-Jacques Birgé,
mardi 2 mars 2010 à 00:04 ::Multimedia
"L'objet perdu" était le sujet de mon deuxième exercice cinématographique lors de mes études à l'Idhec en 1972. Comme je devais tenir la caméra et faire jouer un comédien épouvantable du cours Simon, j'avais écrit un scénario de filou en filmant l'histoire d'un garçon qui au réveil se regarde dans la glace, perd aussitôt ses lunettes et là tout devient flou ; comme il n'y voit plus rien, il se cogne dans les meubles et chute ; la suite qui se passe dans le noir est suggérée par une partition sonore abracadabrante. Mes choix étaient faits !
Hier midi j'ai perdu mes lunettes de presbyte sur la ligne 11 du métro. Mauvais plan, car j'étais parti pour faire des photos et enregistrer le son au Musée du Louvre. Heureusement, je conserve dans mon porte-feuilles une loupe en plastique mou de la taille d'une carte de crédit qui m'a permis, dans un premier temps chez Matsuda, de choisir un onctueux nattō (Foujita est fermé le lundi) pour me remettre de mes émotions. J'étais complètement désorienté de ne rien y voir, mais l'objet de fortune me permit tout de même de cadrer et de voir les vu-mètres.
Comme j'enregistre la foule des visiteurs dans la salle de la Joconde, je suis surpris de constater qu'au bout d'une demi-heure les commentaires reviennent en boucle, comme si les tableaux suscitaient cycliquement les mêmes réactions, les mêmes mots. Les similitudes finissent par m'angoisser, jusqu'à ce que je comprenne que je suis passé en mode lecture et qu'en réalité j'écoute les voix captées il y a trente minutes et qui, par un semi-hasard, coïncident parfaitement avec les images qui se déroulent sous mes yeux. Je me suis aperçu du subterfuge car, si l'action des visiteurs colle, je ne trouve nulle part autour de moi les lèvres qui expriment synchroniquement leurs dialogues.
En rentrant je demande au guichet de la station Mairie des Lilas si quelqu'un a retrouvé ma paire verte et violette, mais je fais chou blanc. Une base de données peut y être interrogée jusqu'à 19h, ensuite on a encore 48 heures pour tenter les objets trouvés de la rue des Morillons, mais, dans mon cas, j'en serai réduit à en voir de toutes les couleurs, sauf celles-là. Le soir, je découvre mes photos et constate que mon enregistrement remplace magnifiquement le son des Noces de Cana comme l'a suggéré Pierre-Oscar et qu'il se mélange parfaitement avec la musique du XVIème siècle que j'ai composée pour quatuor à cordes la semaine dernière.
"L'objet perdu" et la disparition récente de Séverin Blanchet dans un attentat à Kaboul me font penser à un autre disparu. Le chef opérateur Dominique Chapuis m'avait demandé comment j'avais réussi à obtenir la lumière étonnante de mon film suivant, "Idhec 72, nouveau scandale financier", un reportage sur un pot où régnait l'ébriété, monté sur "America Drinks and Goes Home", le dernier morceau de l'album "Absolutely Free" des Mothers. J'avais avoué avoir confondu de la pellicule 4X avec de la PlusX, mais que le laboratoire avait rattrapé miraculeusement le coup en faisant une autre erreur ! Chapuis s'impatientant m'avait demandé ce qu'indiquait la cellule. Comme je le provoquai en répondant que la caméra était déjà assez lourde pour mes frêles épaules, pourquoi m'encombrer d'une cellule que j'aurais dû tenir avec l'autre main, je l'écœurai définitivement. L'année suivante je choisis l'option montage plutôt que lumière où nous étions deux fois plus nombreux. Nous comprenions mal pourquoi, sachant que le montage est l'école de la réalisation.
Par Jean-Jacques Birgé,
lundi 1 mars 2010 à 00:04 ::Musique
Freddie m'appelait Monsieur Tout-à-l'envers. En 1993, j'en avais fait une chanson. Comme je commence toujours la lecture des journaux par la dernière page, il n'y a rien de surprenant à ce que j'aborde l'exposition Vynil à La Maison Rouge par la Face B. Je n'ai pas encore eu le temps de faire un saut à la Bastille, mais le violoncelliste Vincent Ségal m'a invité à la commenter avec lui et en musique le 21 mars ! J'en suis extrêmement flatté, d'autant que Vincent découvrit notre trio en 1983 au festival Musiques de Traverses à Reims lorsqu'il était adolescent et qu'il me confie qu'Un Drame Musical Instantané influença les premiers pas de Bumcello.
Pour tempérer mon impatience de jouer avec lui en nous promenant parmi les disques du collectionneur, éditeur et commissaire d’exposition belge Guy Schraenen, où, paraît-il, mes disques sont bien représentés, je découvre Face B, le projet de Daniela Franco qui a demandé à des acteurs de la culture (arts plastiques, musique, littérature, design...) de lui fournir des listes d'albums en fonction de critères tels les dix disques qui illustrent une biographie, ceux sur les pochettes desquels on aimerait figurer, ceux dont la pochette est meilleure que le contenu musical, etc. J'ai répondu positivement à la requête transmise par Paula Aisemberg, directrice de La Maison Rouge, en envoyant "la liste des dix disques que j'ai achetés à cause de leurs pochettes et dont la musique ne m'a pas déçu, bien au contraire, puisqu'ils sont souvent à l'origine de ma vocation de compositeur". Toutes les pochettes sont consultables sur le site de Face B et sur les ordinateurs mis à disposition du public de La Maison Rouge. Les plus rares y sont accrochées jusqu'au 16 mai et l'ensemble fera prochainement l'objet d'une publication. Il paraît que le catalogue de l'exposition Vynil est aussi très beau...
En ligne, Face B permet d'admirer les pochettes choisies et d'en écouter quelques extraits, hélas pas les plus rares, mais retrouver les pochettes d'après leurs titres n'a déjà pas dû être une mince affaire pour Daniela Franco ! Les dix vinyles que j'ai achetés à la vue de leur pochette et qui augureraient de ma vie de compositeur sont donc :
The Rolling Stones - Their Satanic Majesties Request
The Mothers of Invention - We're Only In It For The Money
Silver Apples - (le premier album)
Captain Beefheart and His Magic Band - Strictly Personal
George Harrison - Electronic Music (pochette de G. Harrison)
The White Noise - An Electric Storm
Bonzo Dog Band - The Doughnut in Granny's House
John Cale - The Academy in Peril (pochette d'A. Warhol)
Michael Snow - Musics for Piano, Whistling, Microphone and Tape Recorder (pochette de M. Snow)
Albert Marcœur - (le premier album)
Je vous laisse découvrir les autres...
J'ai toujours été attaché aux disques dont le packaging était étudié pour coller au projet musical. La taille des 30 centimètres permettait un travail graphique que le timbre-poste du CD a réduit considérablement. Je ne suis pas du tout opposé à la dématérialisation du support s'il s'accompagne d'une création graphique et d'informations agréablement consultables. Machiavel, le dernier album majeur du Drame, rassemblait des pièces de 1980 à 1998 avec un très beau livret conçu par Étienne Auger. Parmi elles, 3/3 par 1/2 était composé à partir de la reconstitution d'un disque avec 3 tiers de différents vinyles découpés du Drame et l'œuvre interactive, réalisée avec Antoine Schmitt, qui complétait les dix titres vient d'être mise en ligne en téléchargement gratuit. Ce scratch vidéo interactif intitulé également Machiavel, est entièrement sonorisé avec les vinyles du groupe.
Par Jean-Jacques Birgé,
dimanche 28 février 2010 à 00:03 ::Humeur
Face aux perspectives historiques qui se profilent je ne cesse de m'interroger sur les racines du mal, que je pourrais aussi bien écrire avec un accent circonflexe. La question qui me taraude concernant l'exploitation de l'homme par l'homme, je ne peux me contenter de la lutte des classes pour expliquer le fléau. Aussi loin que remontent mes recherches, la bataille du pouvoir fait rage et cause commune avec la propriété. Avant de s'entretuer, les êtres humains ont conquis le territoire en asservissant les autres espèces ou en les cantonnant dans des réserves. Cet animal se pensant supérieur est incapable d'imaginer que ses facultés exceptionnelles portent en elles les germes de la destruction. Aussi loin que l'on remonte dans le passé l'homme est en guerre pour défendre sa propriété, individuelle ou collective, mais d'où lui vient-elle ? De qui prétend-il avoir hérité ? Si les riches possèdent les moyens de production, à qui les doivent-ils ? De tout temps furent inventés des stratagèmes pour faire croire aux populations ce qui serait bon pour elles, le goupillon et le glaive sauront faire passer le message. La propriété engendre la guerre. Si la préhistoire garde ses mystères, la conquête des Amériques montre bien comment on y accède. Comment les propriétaires nord-américains acquirent-ils leurs titres ? Comment furent décimés les empires aztèque et inca ? Comment disparurent les Caraïbes et les Arawaks ? Mais avant tous ces génocides, ces massacres et ces asservissements (les femmes, par exemple, semblent avoir toujours obéi à la tradition de l'esclavage) il s'est agi de défendre son territoire contre les autres bestioles. Les deux pratiques peuvent coexister : on peut très bien s'entretuer en agissant comme si nous étions la seule espèce digne de respect sur la planète. Ce qui n'est pas exploitable est détruit ou ignoré. En nous multipliant, nous bétonnons, polluons, détruisons, et ce de plus en plus vite, dans un mouvement entropique vertigineux. La préservation de l'espèce a fini par se retourner contre elle. Si de nouvelles utopies ont tant de mal à se formuler, est-ce le signe d'un profond blocage de l'inconscient collectif ou une lassitude passagère de la fibre révolutionnaire ? La fuite en avant est patente, le délire toujours vivace. Le crime de fait-divers est bien banal et insignifiant devant l'énormité de ceux perpétués socialement qui, à leur tour, peuvent sembler dérisoires à l'échelle de la vie au sens le plus large du terme. Perversion polymorphe, paranoïa, schizophrénie sont réunies dans le même corps, le corps humain. Va-t-on jusqu'à détruire l'objet du désir quand il s'avère inaccessible ? L'immaturité de l'homme n'a d'égal que sa brutalité.
Par Jean-Jacques Birgé,
samedi 27 février 2010 à 00:07 ::Pratique
Non, ce n'est pas la suite de ma fiction où les trois naufragés se retrouveront bientôt sur la plage en drôle de compagnie. Ce n'est pas non plus une façon de faire passer la pilule de mon faux suicide au pistolet intergalactique, ni même une pause me permettant de souffler après une semaine exténuante où les rendez-vous se sont succédés sans temps mort avec des individus plus agréables les uns que les autres. Quand j'aurai retrouvé mes sens et vaincu la grippe que je traite par le mépris qu'elle mérite, je prendrai soin de revenir sur chacun d'eux et sur chacune. Les projets s'amoncellent, certains se concrétisent, de nouveaux pointent leur museau. Au milieu de toute cette excitation, Pascale, avant d'attraper son TGV, enfourne des rochers à la noix de coco dans le four à 160°. À l'heure de mon sucre, j'ai une pensée émue pour ma camarade.
Elle a battu 125g de noix de coco rapée, 80g de sucre et un œuf. Elle a pris la cuillère à glace pour faire des petites boules avec la pâte obtenue qu'elle a déposées sur un papier sulfurisé. 20 minutes plus tard, il ne restait plus qu'à attendre qu'elles refroidissent. La prochaine fois j'essaie avec du sucre en poudre 100% non raffiné de cocotier que j'ai trouvé aux Nouveaux Robinson à Montreuil. Nous avons rapporté également des poireaux si sucrés que je n'ai pas souvenir d'en avoir mangés d'aussi bons. Idem pour les blettes.
J'adore les recettes rapides et simplissimes qui produisent un effet bœuf, comme ces rochers à la noix de coco, le pâté de foie ou le caviar d'aubergines. Bonne dégustation ! Vous nous en direz des nouvelles...
Par Jean-Jacques Birgé,
vendredi 26 février 2010 à 00:03 ::Pratique
S'ils appliquent les consignes mécaniquement, les salariés seront immanquablement remplacés à terme par des machines. Seuls leurs initiatives, leur bon sens et la relation humaine qu'ils entretiennent avec les usagers pourront sauver des milliers d'emplois de l'informatisation de la société. J'aurais pu aussi bien titrer "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?". Mon calme olympien m'aura-t-il permis de me sortir d'un nouvel imbroglio kafkaïen qui fait la renommée de notre pays ?
À l'origine le groupe de protection sociale chargé de ma future retraite (on ne rigole pas svp) me réclame l'ensemble des feuilles de salaire de 2006 remplies par une association pour qui je travaille depuis 1982 comme intermittent du spectacle. La quarantaine de cachets semble avoir été malencontreusement déclarée comme activité à temps plein, soit 365 jours par an, m'empêchant de bénéficier, lors de ma retraite, de points gratuits correspondant aux périodes de chômage indemnisées par Pôle Emploi. Il faut donc que j'envoie photocopies de mes bulletins de salaire de cette année-là. Comme j'insiste pour comprendre d'où vient l'erreur, je demande si d'autres années sont sujettes à la même erreur. En effet, elle s'est propagée depuis 1997 jusqu'en 2006. Avant et après, tout est correct. Mon interlocuteur finit par m'avouer qu'il faudra bien que j'envoie aussi celles des dix ans incriminés ! Je propose de venir avec une brouette, aussi me propose-il avec bienveillance que dans ce cas il se fera un plaisir de faire lui-même les photocopies ! J'allais m'exécuter lorsque je pense aux autres artistes salariés par la même association, tous et toutes probablement dans le même cas. Le préposé constate que certains ont en effet touché la somme dérisoire de 300 euros pour 365 jours d'activité déclarée, ce qui est bien entendu inconcevable. Comme mon sens de déduction est la hauteur de mon baccalauréat de matheux, je propose de régler le problème en amont avec l'association plutôt que d'exiger de chaque salarié la même épreuve que celle à laquelle je tente de me dérober ! Ne s'agit-il pas d'une simple case mal cochée par le comptable d'alors, voire d'une erreur informatique ?
L'employeur diligent contacte donc le service des entreprises qui cherche d'abord à le renvoyer vers le jeune homme de la matinée. Nooooooon ! Précisons que le parcours du salarié comme celui de l'entreprise est semée de culs-de-sac, d'impasses, de faux numéros, d'absences et que, contrairement à ce qui est annoncé par des humains ou des robots, personne ne vous rappelle jamais.
Dès 55 ou 57 ans, les organismes sociaux vous suggèrent de préparer les éléments qui serviront à calculer la retraite des salariés. Les intermittents du spectacle qui ont accumulé un nombre époustouflant d'employeurs ont un travail de titan sur le grill. Il leur faudra vérifier qu'aucun ne manque à la liste envoyée par la sécurité sociale ou, comme ici, que les déclarations ont été correctement remplies. J'ai une pensée affectueuse pour Louis Daquin qui, directeur des études de l'Idhec, m'exhorta à conserver précieusement toutes mes feuilles de salaire alors que je n'avais que 20 ans ! Grâce à lui, j'ai réussi à les rassembler et les ranger méthodiquement dans 37 enveloppes. Il me reste à comparer le listing dont la lecture n'est pas d'une clarté exemplaire avec des feuillets dont la lecture s'avère parfois difficile, l'encre s'étant partiellement effacée avec le temps. Cette opération peut paraître dérisoire, mais toucher sa retraite est un véritable travail, comme celui de pointer aux Assedic pour y faire valoir ses droits.
Tout cela me semble surréaliste, comme il y a deux ans lorsque la Sacem me proposa de percevoir désormais la retraite à laquelle mon rang hiérarchique dans la société d'auteurs me donnait droit. Les cotisations qu'elle prélève annuellement ne sont en effet effectives que si l'on a touché suffisamment de droits pendant trois ans consécutifs, vous faisant par exemple passer au rang de stagiaire définitif. Je me mélange peut-être les pinceaux dans les termes et les conditions, mais il est certain que seuls les adhérents les plus aisés seront secourus. Comme pour une partie des "irrépartissables" redistribués au prorata de ce que l'on a déjà touché ou la mutuelle prise en charge à 50% à partir d'un certain seuil, le système favorise toujours les mieux nantis au détriment des plus démunis. Cette iniquité vient d'une logique de cooptation du fait que les administrateurs qui rédigent les statuts le deviennent en montant en grade en fonction de leurs perceptions. Si l'adage dit que l'on ne prête qu'aux riches, on peut aussi ajouter que l'on ne donne qu'aux riches.
Par Jean-Jacques Birgé,
jeudi 25 février 2010 à 05:42 ::Fiction
L'eau était le meilleur moyen d'échapper à la brûlure du temps. Elle avait fendu le flot comme une torpille. Sa peau semblait huilée par la sueur. Une impression d'apesanteur. Animaux, végétaux, minéraux se confondent en une géométrie qui tient tant de l'ordre que du chaos. Un jardin sous-marin comme il existe des jardins de pierre, des jardins zen. Le paysage se projette en petit derrière le temple pour laisser place à la rêverie, pour que le vide nous envahisse, pour l'habiller des oripeaux du futur, pour que les perspectives s'inversent, pour que, pour que, pourquoi ? Voir autrement laisse l'esprit libre de réinventer le cadre, de retrouver son propre corps, encore. Ilona voit parfaitement sans masque. Ses yeux ont changé. Elle cabriole, attendant les deux autres. Elle descend, remonte. En plongeant les grands oiseaux retrouvent leurs nageoires. Ils glissent sans cette lourdeur de battoirs qui les empêchent de marcher. Vivre double. Être triple. Jamais la nature n'avait été si belle. Aujourd'hui la machine à laver a la forme d'un globe. Ilona se frotte aux molécules d'hydrogène et d'oxygène comme si elle se faisait masser avec des billes de mousse. Au fond, elle devine des barrières, des clôtures, des alignements, des herbes folles et des clowns jouant à cache-cache ou à chat parce qu'ici il n'y a pas de vitrine, pas de cage, ni d'autre prison que le bout du monde et la surface, interdite. Comme elle, ils veulent connaître l'envers du décor, apprendre à nager là où règne la sécheresse, sentir autrement. Les expériences peuvent devenir fatales. Il n'y a que l'autre qui permette de savoir qui l'on est ou qui l'on est supposé être. Ilona connaît ses classiques, pas les poissons. Sans cette soupape, ce subalterne qui nous gouverne, on s'infligerait à soi-même les épreuves pour effleurer du bout des nageoires les limites du monde. Dans sa geôle le détenu danse avec lui-même. Il croise ses bras sur sa poitrine, les mains sur les épaules, et il danse. Il peut bouger ainsi, léger, aérien, sensuel ; de l'autre côté de la cloison il sent l'autre esquisser d'autres pas en pensant à lui ou à quelque friture à se mettre sous la dent. Il fait faim. Ça creuse.
Quatre pieds font exploser la surface. Les poissons affolés reviennent aussitôt pour tâter le liège de la bouée de leurs lèvres babouines. Qui craint de goûter ne saura jamais qu'il existe d'autres passages. Ilona vient chercher l'air qui les berce. Étrange comme on oublie vite ses blessures, comme la mémoire reconstruit le passé selon ses inclinations au bonheur ou au regret. Certains nagent sur le dos feignant ne pas savoir où ils vont. D'autres coulent et remontent, oscillant comme le chien sur la planche à chapeaux les jours de grand départ. Si seule la tête dépasse, ils brassent à fleur de peau. À l'horizon n'émerge aucun sportif à ramper dans les vagues pensant fendre les flots quand la lame s'aiguise pour leur trancher le cou s'ils s'éloignent trop des côtes. Le dénuement favorise la renaissance. Les instruments du bord étaient bloqués sur le zéro. Comment vivre heureux quand les noyés referont surface, quand les naufragés les rejoindront sur la plage ? Les uns espèrent une nouvelle vie quand les autres ont perdu la seule qui leur a jamais été permise. Oserai-je encore contempler mon visage dans le miroir au clair de lune ? Est-il possible dans le même temps de jouir et résister ? Il n'y a de solution que dans le partage. Se taisant désormais pour conserver leur souffle, ils sentent qu'enfin la plage se rapproche.
Par Jean-Jacques Birgé,
mercredi 24 février 2010 à 00:19 ::Fiction
Les deux autres formaient la seule preuve du réel. Aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer qu'ils se retrouveraient libres, ensemble avec le ciel comme unique perspective. Plate et courbe à la fois. Les ondes sinusoïdales, les triangles et les dents de scie de la chorale monotone des gabians produit un chaud vertige qui les cloue sur le pont. Hébétés, ils se relèvent doucement dans l'effort conjugué de leurs membres ankylosés. Comme on relit ses abattis autrefois méticuleusement numérotés, sans n'oublier personne. Mon pied, ma jambe, mon ventre, mon bras, ma main, mes doigts, ma tête, mes lèvres, mes yeux... La terre est toute proche. Ils ne sont pas pressés. L'étendue amniotique les protège. Mare nostrum. Comment s'y faire ? Renaître. Ils apprendront que deux mois ont passé sans qu'aucun souvenir ne remonte jamais en surface. Pour l'instant ils veulent respirer. À plein poumons. L'air du large. Le vent de la liberté. Un mirage, mais c'est bon. Le vacarme les saoûle. Il sont ivres de soleil, heureux que cela existe encore. S'ils savaient ! Ils l'ont su. Ont oublié l'aimant qui les attire et les dévore. La présence de la mort. La fusion. Eux ne connaîtront jamais le terme. Ni même les enfants des enfants de leurs enfants. Il est inutile d'appuyer sur le champignon. Le mouvement inexorable qui nous rapproche de l'étoile se moque de nos folies d'espèce. Ils n'y pensent pas. Après avoir frotté leurs doigts avec leurs pouces comme pour reconnaître leurs empreintes, pour s'assurer qu'ils sont bien eux, ce sont les embrassades. Après les effusions on saute sur place, on danse avec les oiseaux toujours plus excités qui tournent autour du rafiot empestant le poisson. Faire une ronde à trois, c'est un peu court, mais il faut bien en convenir, ils sont seuls à bord. Stella baissera les bras devant le contact qui ne se fait pas. Max découvrira que le réservoir est à sec. Ilona, déjà nue, sera la première à se jeter à l'eau. Les poches des autres sont vides. Chacun fait un paquet avec ses affaires et l'on emballe le tout dans un bout de bâche qu'on fera flotter sur une bouée du Lucifer. C'est le nom du bateau. Cela ne s'invente pas.
Rappel : le premier chapitre a été mis en ligne le 9 août 2009, inaugurant la rubrique Fiction.
Par Jean-Jacques Birgé,
mardi 23 février 2010 à 00:43 ::Cinéma & DVD
Dimanche Pauline Fort filme José Berzosa commentant Thème Je, le quatrième film de Françoise Romand qui sortira cette année en DVD, après Mix-Up ou Méli Mélo, Appelez-moi Madame et Ciné-Romand (dist. Lowave). En plus de Rencontres, tourné à l'Idhec en 1977 et retrouvé récemment dans les archives de Harvard à Boston, Françoise a décidé d'ajouter cet entretien amusant où son ancien maître espagnol critique les scènes qui le choque dans l'autofiction qu'elle a réalisée de 1999 à 2004. Elle remonte le volume d'un coup de téléphone occulté dans le mixage initial. On revoit le plan litigieux... Ce n'est pas la seule séquence qui dérange dans Thème Je. Le film fait beaucoup rire en projection publique, il met parfois mal à l'aise en comité restreint. Passé ses énormes qualités cinématographiques, sa réputation de "film maudit" justifie largement sa publication en DVD. C'est à mon avis le meilleur de Françoise depuis ses deux premiers, celui qui éclaire l'ensemble de son œuvre.
À table, j'interroge José sur Luis Buñuel qu'il a connu à Paris et Mexico. Comme Frédéric Rossif lui avait demandé de tourner un sujet sur Buñuel, Don Luis accepte à condition que José joue le rôle du premier diacre de Priscillien dans La Voie Lactée et de ne jamais apercevoir sa caméra. Lorsqu'il entend le mot "Moteur !", notre ami reste pétrifié de devoir réciter son long monologue en latin ! Le premier assistant, Pierre Lary, l'emmènera boire un café pour le détendre pendant qu'une centaine de personnes attendent dans la forêt éclairée en nuit américaine... Qu'il raconte son tournage au Vatican avec Françoise ou qu'il commente avec élégance les couleurs que j'arbore, José, qui pour venir nous voir a enfilé des lacets oranges à ses souliers, ne manque jamais d'un humour pince-sans-rire que l'autre Espagnol n'aurait pas désapprouvé. J'ai toujours beaucoup ri à La voie lactée, surtout après avoir lu dans L'avant-Scène Cinéma les explications de Buñuel sur les hérésies. Ça tombe bien, Thème Je est un film hérétique dans l'histoire du cinéma.
Par Jean-Jacques Birgé,
lundi 22 février 2010 à 00:00 ::Cinéma & DVD
En prime time, Arte continue de diffuser des films étrangers en version française (ou allemande) plutôt qu'en version originale. Quelle honte pour une chaîne prétendument culturelle ! Nous avons tenté de regarder la première enquête de Wallander, production anglaise adaptée des romans suédois d'Henning Mankell, mais le doublage est insupportable. Les comédiens français jouent comme s'ils étaient dans une série américaine de l'après-midi. C'est déjà bizarre d'entendre parler anglais plutôt que suédois, mais Kenneth Branagh, excellent dans le rôle de l'inspecteur Wallander, comme la plupart des acteurs anglais y entretient un accent du nord de l'Angleterre. Les somptueux paysages d'Ystad sont les mêmes que dans la série suédoise tournée simultanément, production totalement indépendante de celle de la BBC.
Dans les films correctement doublés avec de bons comédiens bien dirigés, le malaise persiste pourtant. Le test est facile à faire avec un dvd en plusieurs langues. D'une part les voix y sont mixées plus fort, d'autre part l'ambiance qui les entoure n'est jamais soignée comme dans l'original. L'espace dans lequel évoluent les personnages rend plausible la reconstitution. Si la scène se passe en extérieur ou en intérieur, si la pièce est grande ou petite, meublée ou vide, la réverbération n'est pas la même. Dans un film doublé, tout est aplati, au même niveau. Question de budget évidemment. Il est aussi un fait dramatique, ou du moins déterminant, pour comprendre la logique des chaînes de télévision. L'âge moyen d'un téléspectateur d'Arte est passé de 55 à 58 ans, quand sur France 2 on arrive à 64 ans de moyenne ! La nouvelle m'a époustouflé. Les jeunes ne regardent plus la télé, mais ça c'est une autre histoire...
Il reste que voir un film qui se passe en France ou en Suède avec des acteurs américains parlant anglais peut paraître absurde. Cette convention peut néanmoins se laisser accepter si la qualité de la production est à la hauteur, et puis là, par contre, on n'a pas le choix ! Regarder Wallander en doublage français relève du massacre quand la BBC diffuse les six épisodes, trois par saison, en streaming et déjà en DVD. Attention, ceux vendus actuellement en France ne sont pas ceux avec Branagh, mais la production suédoise qui n'a rien à voir.
Après dix minutes du supplice infligé par la version française j'ai donc décidé d'acquérir la version originale anglaise. La qualité de la réalisation de ces premières minutes (ci-dessus la scène d'ouverture) avaient au moins suscité le désir. Tournées avec une caméra Red One, les images somptueuses du sud de la Suède donnent l'impression d'avoir été filmées en 35mm. C'est beau l'image de la Red ! Le premier épisode signé Philip Martin vaut surtout par l'intelligence des plans, leur rythme échappant au découpage frénétique à la mode qui camoufle l'absence de vision ; les angles font sens, les flous entretiennent le climat, les arrière-plans en disent long sur la société, les sous-entendus psychologiques ne nécessitent pas d'être appuyés...
On est loin des séries françaises où la moitié des plans ne servent à rien d'autre qu'à rallonger la durée. Le remarquable travail de Martin qui a chapeauté la série est difficile à suivre par les réalisateurs et réalisatrices qui assurent sa succession. La musique, aussi banale dans sa facture que dans son utilisation, n'est pas non plus à la hauteur. Mais les polars suédois savent entretenir le suspens sans perdre de vue la réalité sociale qui sert de terreau aux affaires criminelles. Les comédiens anglo-saxons travaillent leurs rôles, loin de la paresse hexagonale la plus courante. Il y a une différence énorme entre un cinéaste qui prend parti et les tâcherons qui accumulent les plans. La télévision n'est plus le parent pauvre du cinéma dès lors qu'on laisse le champ libre à l'imagination.
Par Jean-Jacques Birgé,
dimanche 21 février 2010 à 01:10 ::Multimedia
" Mascarade est une performance audio-visuelle live dans laquelle deux performers sur scène utilisent le flux audio provenant en temps réel des chaînes d'information continue pour construire un drame musical instantané d'environ 30 minutes. Détournant la scénographie des journaux télévisés contemporains, les bustes-troncs des deux newsmen apparaissent en vidéo sur grand écran en fond de scène. Grâce à un logiciel développé spécifiquement pour l'occasion, ces mêmes bustes, que l'on voit retraités et analysés dans leurs formes et leurs mouvements, servent d'instruments de musique, déclenchant boucles, filtres, mémoires de samples, etc. selon des modalités de mashup et de plunderphonics. Avec la concentration des vrais directs, les deux newsmen transforment les flux d'information, leur contenu, leur musicalité, leurs timbres, leurs rythmes, pour leur donner une forme neuve, une nouvelle dramaturgie musicale. Mascarade porte un regard distancié, critique, joyeux et désespéré sur les médias comme instruments de manipulation. "
Voilà, on a tout dit, on n'a rien dit. Lors des tests la musique se précise. Le flux submerge l'auditeur. Sa densité impose des choix, une certaine forme de dialogue entre Antoine Schmitt et moi. Présenter Mascarade à Victoriaville en première partie de Nabaz'mob, notre opéra pour 100 lapins, oblige à une certaine retenue dans les dernières mesures. Nous imaginons trois mouvements dont celui du milieu est le seul en véritable tension. Les radiophonies sont tellement chargées de sens que le cerveau produit d'innombrables connexions qui nous échappent. Le trafic du flux me pousse vers une musique à laquelle je ne m'attendais pas plus que lors de la composition de Nabaz'mob. Le sujet impose sa forme. Je me découvre un autre visage. La mutation m'est apparue lors de l'enregistrement de G10 pour Sun Sun Yip. Si le puzzle et le drone ont toujours été présents dans mes travaux je n'imaginais pas que le temps les révélerait comme une évidence. Je redécouvre par hasard le travail de Charlemagne Palestine qui est également programmé au Festival de Victoriaville où nous créerons l'œuvre. Tout a un temps et il y a un temps pour tout. Si nous avons travaillé ensemble sur différents projets depuis 1995, la collaboration artistique avec Antoine prend tout son sens dans la durée, depuis Machiavel en 1998 jusqu'au futur Mascarade en passant par Nabaz'mob.
Par Jean-Jacques Birgé,
samedi 20 février 2010 à 00:38 ::Humeur
Amusant comme une image peut donner une impression très différente selon le contexte ou l'époque... Sans nous en informer, Ars Electronica utilise une des photos de notre opéra de lapins, prise par mes soins, comme identifiant de leur appel à nomination pour le Prix 2010. Antoine et moi en sommes très flattés, c'est bon pour le buzz, je sens le wasabi monter délicieusement à mes narines, mais l'an passé nous avions plutôt eu l'impression, malgré notre Award of Distinction for Digital Musics, d'être accueillis sur un strapontin. Peu de presse et de communication, peu d'acheteurs conviés à notre prestation dont nous avions dû faire cadeau au festival, ce qui couvrait à peu près le montant du Prix qui nous était octroyé, salle excentrée (malgré sa proximité géographique) avec difficultés extrêmes quant à l'intendance, un seul catalogue pour nous deux, bataille pour que ma compagne réalisatrice ne paye pas son entrée, pratiquement aucun contact avec la direction, une somme de petites contrariétés qui font toute la différence entre les festivals qui vous valorisent et ceux où l'on se sent à peine tolérés... Était-ce notre nationalité sous-représentée au profit des anglo-saxons ? Tous les efforts étaient-ils concentrés sur les Golden Nicas ? Les coutumes autrichiennes nous échappaient-elles malgré notre germanophonie ? Sommes-nous mal tombés ? Tout s'est pourtant bien passé. La petite salle du Musée Lentos était comble lors de l'unique représentation où nous avons dû refuser une foule de spectateurs alors que nous aurions très bien pu interpréter plusieurs fois l'opéra pour contenter tout le monde ou bien jouer sur la scène de la Brucknerhaus plus adaptée à nos cent petits rongeurs. Nous avons même remporté quelques contrats. Les Français sont vraiment des râleurs ! Sérieusement, c'était bien les seuls à critiquer la programmation et l'organisation. On en riait chaque fois que l'on en croisait un. Nous avons donc passé un excellent séjour car rien ne vaut la révolte pour entretenir le moral. Et puis voilà ! Cette année, les lapins se retrouvent virtuellement invités dans les pages du site d'Ars Electronica. Ça leur fait une belle jambe, à eux qui n'ont pas de pattes ! Serait-ce le secret de l'énigme ? C'est la patte qui porte chance, pas les oreilles ! Pour un opéra, c'est cuit...
Créé en août 2005
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Événements
21/03 - Visite de Vinyl (Maison
Rouge) avec Vincent Ségal
17/04 - Mascarade
(avant-première à Paris, IRL)
25/04 - Nabaz'mob à Bucarest
20/05 - Mascarade + Nabaz'mob
à Victoriaville (FIMAV, Québec)
Août - Nabaz'mob à Montpellier
Nov. - Nabaz'mob à Augsburg
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