Jean-Jacques Birgé

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dimanche 6 juillet 2008

Un goût amer


J'ai réussi à faire le point. Le Diable est apparu tel que Murnau l'avait imaginé. C'est à cette figure que je me référais hier en cherchant dans la glace l'ombre fixée par la chaleur.
Le Faust de F.W.Murnau est le seul film muet que je regrette de n'avoir pas mis en musique à l'époque d'Un Drame Musical Instantané, d'autant que nous en avions composé toute la partition. Tout était prêt, et la chose devait être diffusée en direct à la télévision dans le cadre du Ciné-club de Claude-Jean Philippe. Nous venions de créer L'homme à la caméra de Dziga Vertov avec le grand orchestre du Drame qui avait obtenu un grand succès au Théâtre Déjazet. Mais René Koering qui dirigeait alors France Musique et avait depuis longtemps notre projet sous le coude, la chaîne musicale devant en être partenaire par la retransmission simultanée de la musique, s'est débrouillé pour nous damer le pion. Sa version fut si catastrophique que Claude-Jean Philippe fut contraint d'abandonner le projet de programmer d'autres ciné-concerts en direct. Nous ne jouerons jamais notre Faust, la télévision ne validera pas le travail accompli depuis de longues années. Nos espoirs s'envolaient. Après avoir relancé la mode du ciné-concert dès 1976, avec plus de vingt films au répertoire, nous montâmes encore L'argent de Marcel L'Herbier qui marqua certainement l'apothéose de notre travail cinéphilique et nous voguâmes vers d'autres tropiques. Nous eûmes beau exorciser le malfaisant sous la forme d'un anagramme dans les dernières secondes de La Bourse et la vie, créé dans l'enceinte même de la Maison de la Radio par le Nouvel Orchestre Philharmonique, Faust nous laissa un goût amer. Le Diable s'était joué de nous.

samedi 5 juillet 2008

Incendie volontaire


À la lumière du soir les arbres roussis se réfléchissent dans le pare-brise du 4x4 incendié. Les feuilles sont mortes, comme un automne précoce. Très précoce, ce début juillet ! Qui a fichu le feu aux deux bagnoles ? À l'une ou aux deux ? Effet de poudre ? C'est bizarre comme le fait que ce soit un 4x4 laisse supposer un règlement de comptes. L'incendie aurait pu mettre le feu à la maison de mon amie, mais à cet endroit seule la grille a cuit. Certainement pas l'inverse, ce ne peut en aucun cas être une simple cuite qui a grillé ce signe extérieur de richesse. Le fer forgé, c'est solide. L'arbre, c'est plus triste. Dans le verre sécurit, on voit l'œil du reptile, son noir désir, avec le Diable en sourcil.
En cette période estivale, lirais-je trop de romans policiers ? L'effet est certain, je me repose enfin. Après l'excellent Un lieu incertain de Fred Vargas, je me suis attelé au second volume de Millénium. Ce n'est pas très bien traduit, mais ça tient en haleine. La littérature policière a le mérite de réfléchir les mutations du monde dans lequel nous vivons avec particulièrement d'acuité. C'est le refuge de nombre de rebelles, comme les romans d'anticipation sont censés tirer les sonnettes d'alarme ou les autobiographies affirment de nouveaux pouvoirs.

vendredi 4 juillet 2008

Valse avec Bachir


Nous n'étions que deux dans la salle n°2 du Lumière à la séance du soir. Valse avec Bachir fait la une du programme de la salle d'art et essai, mais le public préfère aller voir Le monde de Narnia 2 ou Seuls Two. À côté de ces deux niaiseries, il y a aussi le film d'épouvante de Romero, Diary of the Dead, mais pas à cette heure-là. Le film de Ari Folman est à rapprocher du Tombeau des lucioles, l'animation produisant une distance avec l'évocation troublée de la mémoire et de l'oubli. Le réalisateur aborde le massacre de Sabra et Chatila sous l'angle du refoulement. Les images d'ombre et de Lumière enrobent le cauchemar. Cet incontournable documentaire d'animation n'a hélas rien ni de la fiction ni du rêve. On prend cette enquête en pleine figure, parce qu'elle chatouille nos propres traumas. J'ai vu Beyrouth dévasté, les immeubles grêlés de millions d'impacts, j'ai vu la mer imperturbable, le soleil et la nuit. Valse avec Bachir me fait découvrir ce que je pouvais deviner, le contre-champ.

jeudi 3 juillet 2008

Mascarade


Comme je suis totalement déconnecté des compétitions sportives que j'assimile à l'école de la guerre, j'ai cru que Jean-Claude avait accroché une banderole au cul de son camion pour exprimer son soulagement face à l'échec de "la France". Il suffit que l'équipe nationale soit disqualifiée pour que dans les salons comme dans la rue on parle d'autre chose et que la métonymie du "nous" se dissipe quelque temps. Ainsi, espère-je toujours la victoire de l'équipe adverse, histoire qu'on nous lâche avec les "on a gagné !" et les débordements hystériques nationalistes.
Je suis vraiment à côté de la plaque. Jean-Claude affiche simplement son désaccord avec la Constitution Européenne en clamant sa solidarité avec le résultat du référendum irlandais.
Mais la démocratie dévoile sa véritable nature. Lorsque le vote des électeurs s'avère négatif, on parle de recommencer toute la procédure ou l'on fait passer la loi à l'Assemblée sans se soucier du résultat des urnes.

mercredi 2 juillet 2008

L'Eden-Théâtre à La Ciotat, face à la mer


Entrée gratuite d'une petite exposition avec vue sur la salle mythique de 17h à 20h du lundi au samedi. On se demande ce qu'attendent la municipalité et le syndicat d'initiative. Pas une seule carte postale des frères Lumière, pas un objet dérivé. On croit rêver, ou plutôt, ici on ne rêve plus. La salle aurait bien besoin d'une rénovation et la ville de mettre l'accent sur son patrimoine (je me répète : précédents billets ici et ).


Rien non plus sur l'invention ciotadène de la pétanque telle qu'elle se pratique aujourd'hui, "les pieds tanqués". Pas grand chose sur le magnifique chantier naval... Parallèlement à cette absence, les projets immobiliers commencent à s'étendre de façon inquiétante dans cette ville épargnée par les barres de la Côte d'Azur. Le long de la plage, pas un immeuble ne dépasse trois étages.

mardi 1 juillet 2008

Le détail qui tue


Je n'ai pas vu tout de suite le détail qui tue. Le garde-manger était couronné d'un chapeau chinois rapporté par Anny pour que Jean-Claude se protège lorsqu'il passe des heures au soleil, assis à s'occuper du potager. Pendant qu'il arrose, il compte. Il compte jusqu'à cent, sans penser à autre chose. Dans une assiette, derrière la moustiquaire de métal, sèchent les œufs de poisson salés. Il devra les rincer deux fois au vinaigre blanc et en casser les poches. Dans la corbeille, ce ne sont pas des petits camemberts, mais des flotteurs pour la pêche. La paire de ciseaux pointus est posée là par hasard. Sous chaque pied du garde-manger, une coupelle remplie d'eau empêche les fourmis de grimper et de s'infiltrer entre les mailles fines du filet.

lundi 30 juin 2008

Friture d'oblades


Loin de mes archives, j'illustre mon billet paresseux avec la plage du dimanche soir.
Enfin les vacances. J'ai terminé hier dimanche ma conversation à deux sur le blog Tchatchhh après une douzaine de longs billets illustrés et souvent sonorisés, j'ai envoyé les derniers sons pour les Ptits Repères, réclamé l'argent qu'on nous doit... Indépendant, on passe plus de temps à régler des questions administratives qu'à faire son travail.
J'ai terminé le premier volume du bestseller suédois Millenium et me suis plongé dans Lignes de faille de Nancy Huston que m'ont conseillé chacune de leur côté Elsa et Françoise. Je comprends pourquoi ma fille tenait à ce que je le lise. De plus, je découvre que la romancière a dédicacé son livre à Tamia qui a enregistré une année entière avec le Drame. Nos archives sont pleines d'inédits où la chanteuse joue d'une foule de timbres surprenants. Un jour, je raconterai peut-être le stage auquel Bernard et moi avions participé et où tous les deux avons été en-dessous de tout, mais j'attends qu'il y ait prescription. De temps en temps, nous pensons avec tendresse à Tamia, et à Annick depuis longtemps disparue.
Fin 1976, Francis et moi avions composé et interprété pendant un mois en direct au Théâtre des Amandiers à Paris la musique de la pièce Cool Sweety et Speedy Panik écrite et jouée par Annick Mével et Hermine Karagheuz. C'était bien ringard et à la fois très sympa. Comme le public était clairsemé, je me souviens de deux spectateurs en particulier, le premier émouvant, Roger Blin, le second à gerber, André Glucksmann (non, il n'a pas changé !). C'est à cette époque que nous avons fondé Un Drame Musical Instantané...

L'image et le son ne collent pas. Le calme du jardin tranche avec le raffut de la plage située trois cents mètres plus bas. C'est l'heure de la sieste. Nous n'avons plus l'habitude de telles chaleurs. Au casque, on entend parfaitement le continuum des cigales sur lequel vient se percher une fauvette. Dans les haut-parleurs de mon ordi, on dirait de la friture d'oblades. En testant mon Korg MR-1, je comprends qu'il faudrait que j'acquière des microphones plus adaptés à l'effet de spatialisation recherché. Deux omnis à accrocher sur chacune des branches de mes lunettes ou à cheval sur mes oreilles ?

dimanche 29 juin 2008

À porter au crédit d'un motocycliste condamné récemment pour conduite en état d'ivresse


Il est trois heures du matin. Nous sommes à Pigalle en 1994, grande époque du vol à l'arraché de sacs de dames. Françoise avait laissé le sien sur le siège arrière de sa voiture. Deux gars ouvrent la portière, s'en emparent et remontent en courant la rue Germain Pilon. Françoise a beau faire des signes désespérés aux passants qui les croisent et crier "Au voleur !", aucun ne bronche. Une Vespa qui descendait la rue s'arrête à sa hauteur. "Vite, vite, ils m'ont volé mon sac et sont partis par la rue Véron". Comme le galant fait un demi-tour chevaleresque, elle veut monter à l'arrière de son scooter, mais il refuse parce que ça peut être dangereux. Elle continue de grimper à pieds tandis qu'il disparaît à la poursuite des deux voleurs. Avant qu'il ne parte, elle a le temps de lui crier d'au moins récupérer ses clefs et ses papiers. Dix minutes plus tard, le voilà qui revient et sort de sa poche le trousseau de clefs. C'est génial, s'exclame-t-elle, elle est sauvée, elle peut au moins rentrer chez elle. Mais ce n'est pas terminé, il est en négociation avec les deux junkies qui veulent bien rendre le sac à condition de conserver le liquide. Elle sait qu'elle ne possède que 50 francs : "qu'ils gardent le fric !". Lorsque le petit gars revient avec le sac, elle lui propose, pour le remercier, un coup à boire comme elle n'habite pas loin. Il a un petit côté étudiant en droit ou en médecine avec ses lunettes rondes et l'air sympa. Ce soir, il n'a pas le temps, mais comme il travaille au Théâtre de l'Atelier, il propose à Françoise de passer le voir. Elle imagine qu'il déchire les billets à l'entrée. Là-dessus, le courageux jeune homme enlève son casque et, coup de théâtre, elle reconnaît Guillaume Depardieu qui n'est évidemment pas du tout ouvreur, mais joue à l'Atelier. "Incroyable", fait-elle, "je suis réalisatrice et c'était justement ce soir la première de mon film" (Passé-Composé) ! C'est la raison pour laquelle elle était un peu dans la lune et n'a pas senti venir les deux voleurs. Françoise se rendra compte qu'ils ont aussi piqué sa montre Swatch dont elle voulait justement se débarrasser parce qu'elle faisait trop de bruit pendant les projections. L'aventure coûta le prix d'une place de théâtre ! Pour remercier Guillaume Depardieu, elle lui enverra Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis.
N.B. : petit détail amusant en ce qui me concerne, sa traduction est l'œuvre de Vercors et de sa compagne Rita Barisse.
P.S. : Guillaume Depardieu vient d'être condamé par le tribunal de Versailles à deux mois de prison ferme pour conduite en état d'ivresse au volant de son deux roues.

samedi 28 juin 2008

De la bouche des enfants


Complètement craquant, le discours à l'ONU de cette jeune canadienne de 13 ans date de 1992 lors du sommet de Rio. Que sont devenues Severn Cullis Suzuki et ses camarades de l'E.C.O., l'organisation des Enfants pour la Défense de l'Environnement, Vanessa Suttie, Morgan Geisler, Michelle Quigg ? Rien n'a changé depuis, ou sinon, en pire. L'oratrice pose une question récurrente qui m'a toujours taraudé : comment peut-on avoir une politique à court terme lorsqu'on a des enfants ? Cynisme, imbécillité, suicide, perversité ? Les puissants ont probablement l'arrogance de penser qu'ils s'en sortiront toujours, même si les places sont de plus en plus chères. Severn a continué son combat. Pas besoin d'être écolo pour comprendre de quoi elle parle et ce qui l'anime. Pas nécessaire d'être cynique devant le show médiatique pour réfléchir à chacun de nos gestes. Pas trop tard pour agir si l'on veut que ça bouge. Je me suis battu pour changer le monde, l'améliorer, réduire les inégalités, et nous avons perdu la première manche. Nous n'avons même pas su laisser les lieux dans l'état où nous les avions trouvés. Même en ce qui concerne ce que nous pourrions faire, nous sommes manipulés par le marketing verdoyant. Le bio est un marché dont on connaît déjà les limites, biologiques, mercantiles et politiques. Effets d'annonce, une catastrophe chasse l'autre, vite oubliée, il faut que ça se vende à ceux qui en ont les moyens. Pour réinventer la résistance, il va falloir payer de sa personne, abandonner une grande partie de nos privilèges. Jusqu'où sommes-nous prêts à aller pour que cesse le massacre ?
Merci à Pierre-Oscar de m'avoir signalé cette vidéo.

vendredi 27 juin 2008

Un pont sur la toile


Comme je viens de l'écrire sur tchatchhh à la fin de mon billet sur Rossini, j'ai réussi à me connecter au Net depuis le TGV qui nous emportait vers Marseille grâce à la clé USB 3G+ dans laquelle j'ai glissé la puce de mon iPhone. Pas besoin de wi-fi ni de quoi que ce soit d'autre. Mon MacBook peut fonctionner sur la Toile même en rase campagne, et pour pas un rond puisque mon abonnement Internet est illimité en ce qui concerne la navigation et les mails. Quand je l'ai achetée, la clé était en promo chez Orange à 30 euros. Un miracle ! Chaque "avancée" technologique m'épate. Nous marinons dans Jules Verne. Mes rêves d'enfant prennent corps. Comment voulez-vous grandir avec ça !
J'ai donc aussi délocalisé mon blog depuis le début de la semaine dernière et ce jusqu'à dimanche pour pouvoir converser avec Karine Lebrun sur le blog à deux dont elle a eu l'initiative. J'y ai parlé du son et de l'image, du voyeurisme, du Drame, du chanteur Franck Royon Le Mée, des droits d'auteur, du sampling, de la création musicale, de la difficulté d'être et du choix, de la Pompafleurs des Ptits Repères et j'ai digressé allègrement comme d'habitude ! Karine a évoqué Marcel Duchamp, Victor Marzouk, Daniel Spoerri, Benoît Le Guein, Joël Hubaut (Put Put à l'écoute), Makigami Koichi (aussi), Christian Marclay, Marcel Broodthaers (entretien radiophonique avec chat )... Et tous les deux d'étranges gastronomies...
De mon côté j'ai donné à entendre Radio Silence (du cd "Carton"), Pas de cadeau (un trio du Drame sur le vinyle "18 surprises pour Noël"), Le poil et la plume (du cd "L'hallali") et surtout le premier mouvement d'une radiophonie inédite de 1976 intitulée Elfes' Symphonie.
Il suffit de cliquer sur Tchatchhh et vous y êtes (si vous lisez ce billet dans quelques temps, il faudra simplement y choisir mon nom parmi les invités ou bien juin 2008). Comme ici, il n'y a plus qu'à remonter le temps. Les blogs se lisent bizarrement par bonds de bas en haut, mais heureusement de haut en bas, et de gauche à droite !
Je ne dors toujours pas. Il fait très chaud. J'ai le vertige et un peu mal au dos. Le chat Scotch m'en a encore fait voir de toutes les couleurs pendant le voyage, façon de parler, il stresse quand on le trimbale dans son panier et s'oublie, c'est comme ça qu'on dit lorsqu'il se rappelle à notre bon souvenir par un parfum qui me fait me précipiter pour ne pas incommoder le wagon. Je m'enferme dans les toilettes de l'IDzen pour tout nettoyer, la caisse et le matou.
Pour celles et ceux qui s'inquiètent de la santé de Françoise, elle doit être prudente, mais, sur la voie de la guérison, elle échappe pour l'instant à l'opération. Tout va bien. Elle revit. Le bougainvillier explose. Les potimarrons pullulent. Les abricots mûrissent. Les poissons se multiplient. Nous marchons sur l'eau.

jeudi 26 juin 2008

Sec


Avant d'arriver à la mer, il y a le train. Trois heures pour Marseille. Rosette vient nous chercher à la gare Saint Charles. Françoise n'a le droit à aucun effort. Elle ne peut pas se pencher en avant sans risquer un décollement de la rétine. À l'arrivée, nous filons directement chez l'ophtalmologiste qui lui révèlera les modalités de ses vacances ! C'est sec. La mer attendra encore un peu.

mercredi 25 juin 2008

Dilatation


Nous quittons Paris demain pour La Ciotat, laissant la garde de la maison à Jonathan et aux amis, malgré les problèmes occulaires de Françoise qui devra peut-être se faire opérer là-bas. J'emporte tout ce qu'il faut pour travailler, même si j'espère me la couler douce. Cette fois, Scotch est du voyage. Je compte me refaire une santé et revenir un homme neuf. Je ne sais pas encore si je serai capable de continuer le blog tous les jours. Peut-être qu'un peu de vacances me feraient du bien de ce côté-là aussi. Voilà bientôt trois ans que je blogue 7 jours sur 7, j'ai donc dépassé les mille articles. Jusqu'à dimanche inclus, je suis aussi toujours sur tchatchhh. Mais je vous retrouve au bord de la mer. Tchao !

mardi 24 juin 2008

I know where I'm going


Après le billet d'hier lundi intitulé "la septième porte"
j'ai tiré six photos au hasard.
La bourrache correspondait à la seule direction possible.
Tout est clair.
En plus, ça se mange et ça ne fait pas grossir.
La mer.

P.S. : si vous trouvez mes derniers billets un peu courts, allez donc voir tchatchhh (du 14 au 29 juin), le blog-conversation avec Karine Lebrun qui se terminera dimanche. En plus, il y a de quoi écouter, tant mes sons (dont d'étonnants inédits) que les surprenantes suggestions de mon hôtesse.

lundi 23 juin 2008

La septième porte


Toutes les portes ouvrent sur d'autres mondes. À moins que ce ne soit qu'une impression et qu'elles ne donnent que sur un mur peint... Suffira-t-il d'entrer dans l'image, dans une autre image ? Je vais voir ce que peux faire d'ici demain, mais je ne garantis rien.

Le parlement Européen s'apprête à légiférer pour interdire la libre expression des blogueurs

Au moment où la Suède, qui a toujours préfiguré les décisions européennes en matière de "démocratie" (phrase ironique, je tiens à le souligner), a voté une nouvelle loi autorisant un organisme civil, chapeauté par le ministère de la Défense, à mettre en place de grandes écoutes des communications de tous ses citoyens, au nom, bien entendu, de la sécurité du pays, au moment où la France, sous prétexte de défendre les droits d'auteur contre le piratage sur Internet va légiférer en empiétant considérablement sur la liberté des internautes avec sa loi Hadopi, rassemblant des informations sur chacun et chacune comme aux pires périodes de l'Histoire, la Commission de la culture et de l'éducation (rapporteuse : Marianne Mikko) à Bruxelles publie un projet de rapport sur la concentration et le pluralisme dans les médias dans l'Union européenne (en pdf) (2007/2253(INI))

Ce projet sent l'attaque contre tous les blogueurs en créant les conditions d'une maitrise par les pouvoirs idéologiques de la bourgeoisie, écrit Niurka Règle. Les milliardaires qui possèdent les médias télé-audio-visuels et la plupart des titres de la presse écrite veulent maintenant interdire l'expression libre à travers les blogs.

Quelques extraits de la proposition :

V. considérant que les cas de conflits touchant à la liberté d'expression en ce qui concerne le respect de croyances religieuses et autres ont récemment pris une importance accrue,
W. considérant que le niveau d'éducation aux médias des citoyens de l'Union européenne est inférieur à ce qui est souhaitable et que la prise de conscience de la nécessité d'une instruction aux médias est faible,

1. demande instamment à la Commission et aux États membres de préserver le pluralisme des médias, d'assurer que tous les citoyens de l'UE peuvent avoir accès à des médias libres et diversifiés dans tous les États membres, et de recommander des améliorations là où elles sont nécessaires ;
2. suggère à cet égard l'institution d'un médiateur indépendant des médias dans les États membres ; et souhaite son acceptation dans toute l'Europe ;
3. se félicite des efforts accomplis en vue de créer une Charte de la liberté des médias
4. souligne la nécessité d'instituer des systèmes de contrôle et de mise en œuvre du pluralisme des médias, fondés sur des indicateurs fiables et impartiaux ;
5. convient que le niveau de référence pour la mesure du pluralisme des médias devrait être fixé par chaque État membre individuellement ;
6. souligne la nécessité pour l'UE et les autorités des États membres d'assurer l'indépendance des journalistes et des éditeurs par des garanties spécifiques juridiques et sociales appropriées, ainsi que le respect des meilleures pratiques par les propriétaires des médias dans chaque marché où ils opèrent ;
7. propose l'introduction de redevances adaptées à la valeur commerciale du contenu généré par des utilisateurs ainsi que de codes d'éthique et de règles d'utilisation pour les contenus générés par les utilisateurs dans les publications commerciales ;
8. se félicite de la dynamique et de la diversité qu'ont apporté au paysage médiatique les nouveaux médias et encourage une utilisation responsable de nouveaux canaux comme la télévision numérique mobile ;
9. suggère – que ce soit par le biais d'une législation ou autrement – de clarifier le statut des blogs et encourage leur labellisation en fonction des responsabilités professionnelles et financières et des intérêts de leurs auteurs et éditeurs ;
10. recommande l'inclusion de l'apprentissage des médias parmi les neuf compétences de base et encourage le développement d'un programme d'enseignement de base pour l'éducation aux médias ;
11. encourage la divulgation de la propriété des médias afin de contribuer à la compréhension des objectifs et de l'identité du diffuseur ;
12. encourage les États membres à veiller à ce que l'application de la législation communautaire relative à la concurrence, aux médias ainsi qu'à Internet et au secteur des technologies de la communication facilite et encourage le pluralisme des médias, et à prendre des mesures adéquates lorsque la concentration de la propriété a un impact négatif sur le pluralisme des médias ;
13 recommande que les dispositions réglementant les aides d'État soient appliquées de façon à permettre aux médias de service public de remplir leur rôle dans un environnement dynamique, tout en évitant une concurrence déloyale qui entraînerait l'appauvrissement du paysage médiatique ;
14. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission ainsi qu'aux gouvernements et aux parlements des États membres.

Ce texte, sous le prétexte de protection, cache, écrit Niurka, toute une future législation autour de la concurrence libre et non faussée et qui visera en particulier le simple blogueur astreint à des règles qui seront tellement dissuasives sur le plan individuel qu'elles entraîneront à faire des fournisseurs d'accès des gendarmes du net de l'idéologie bourgeoise.

dimanche 22 juin 2008

Capacité mémoire


"Parce que la mémoire est courte, les hommes accumulent d'innombrables pense-bêtes..." C'est ainsi que commence l'admirable film d'Alain Resnais, Toute la mémoire du monde sur l'ancienne Bibliothèque Nationale en 1956. Conçu par Rémo Forlani, musique de Maurice Jarre, le court-métrage est un petit chef d'œuvre. Aujourd'hui la BNF propose aussi en consultation les archives de l'Internet, 13 milliards de fichiers du domaine français pour un volume de 120 Téraoctects dont les plus anciens remontent à 1996. De son côté, Internet Archive annonce un système de stockage de 1,5 Po (Pétaoctet), soit 1 500 000 Go (1 500 To), pour un stockage actuel de 40 milliards de pages Web du monde entier.
Notre mémoire interne est limitée. Au fur et à mesure que nous grandissons, les souvenirs s'accumulent dans notre cerveau. S'il fallait se souvenir de toute notre vie, il en faudrait une seconde pour se remémorer la première. Un pari stupide. Nous effaçons des pans entiers de notre histoire, et pas seulement des détails, pour faire de la place aux nouvelles aventures. À côté de cela, nous stockons ce que nous pouvons dans nos tiroirs, sur des étagères, dans des placards, et il suffit parfois de les rouvrir pour que se déploient les scènes oubliées comme par enchantement, pour que les nœuds se défassent et révèlent les secrets enfouis. Raviver, revivre. Le monde s'arrête à l'instant où l'on s'y plonge. Plus l'espace de stockage est vaste, plus on le remplit. Nos greniers encombrés sont autant de chausse-trappes où l'oubli se répand, où la névrose prend ses racines. Catastrophes, révolutions, moments de désespoir ou de colère effacent à jamais ce qui s'est produit pour réinventer l'Histoire, la réécrire. De toutes manières, elle n'existe pas dans son unicité, il y a autant de versions que d'individus, d'où la nécessité des uns ou des autres de faire disparaître ce qui nous arrange ou nous dérange.
Le cerveau a une capacité limitée.
Je prends des notes, des photographies, je filme, j'enregistre, je classe, je fiche, je fouille enfin pour faire remonter à la surface des pans insoupçonnés du passé, recopiant momentanément dans ma mémoire centrale les informations archivées sur les supports externes.
30 000 diapositives du light-show, des milliers de photographies du Drame ou personnelles, autant de disques, de films, de livres, des lettres, des carnets, des objets, etc. J'hésite parfois à faire le tri, mais seul l'avenir peut décider de ce qui est à conserver ou pas. Un ami me dit que je pourrais avoir accès au dossier sur mon père que détiennent les Renseignements Généraux... Le mien, je le connais, il m'habite. Mais le plus important, l'aurai-je forcément oublié ?

En illustrations, la photo avec Bernard (prise par Horace) qui a suscité ce billet et la place du lecteur d'archives (système numérique du bureau des Rencontres d'Arles de la Photographie)...

samedi 21 juin 2008

...


J'ai d'abord pensé aux trois singes, mais les mains n'occultent ni les oreilles ni les yeux. Seulement la bouche. Comme une impossibilité, un empêchement de parler. À vous couper le souffle. Ou la chique. Fatigue de n'avoir plus la force d'écrire ni de penser, même de dormir. Je me suis dit que j'allais publier une photo, un point c'est tout. J'en ai mis trois en guise de titre. Suspension. Quelle absence de mot pourrait signifier le silence ?

P.S. : à l'inverse, en attendant le retour de Karine, on pourra écouter Le poil et la plume sur tchatchhh, ce qui marque la fin de la première mi-temps de notre blog-conversation...

vendredi 20 juin 2008

The Bank Job = Cambriolage


Voilà longtemps que je n'avais vu un si bon polar ! Le film affirme que c'est une histoire vraie, mais il y a évidemment des éléments romancés rajoutés. Une des plus célèbres figures de la famille royale anglaise étant mouillée jusqu'au cou dans l'affaire, je me demande si un film comme The Bank Job pourrait se faire en France, sur un membre du gouvernement par exemple, comme les frasques d'un ancien Président de la République ? L'intrigue construite comme des poupées gigognes (on dit aussi des poupées russes, mais là elles sont presque toutes anglaises avec un éventail d'accents british extraordinaire, impossible à comprendre sans sous-titres) justifie les nombreux personnages, tous magnifiquement joués, c'est la force des acteurs anglais. Drogue, pornographie, enjeux politiques, Black Power (ça se passe en 1971), rapports de classe, services secrets, corruption, scandales, les ramifications de ce cambriolage sont épatantes tant tout est imbriqué. Lorsqu'on apprend que toute cette histoire est (plus ou moins) vraie, on en reste encore plus époustouflés. Comme d'habitude, j'évite de raconter le film, même si ça me tente.


Attention, la bande-annonce pourrait déflorer un peu du film, mais comme il ne sort en France que le 23 juillet, vous avez le temps de l'oublier...
Je pensais que son titre signifiait travailler dans le secteur bancaire ou que c'était littéralement L'affaire de la banque, mais Jonathan m'explique que l'on appelle comme cela un cambriolage. Pas mal ! Même si ce sont des correspondances de traduction qui n'ont pas de rapport direct, le secteur bancaire équivaut donc à un cambriolage ! Je m'en doutais.

jeudi 19 juin 2008

Bon débarras


Les seules activités de bricolage que je supporte sont celles qui ne salissent pas trop. Je hais la peinture et tout ce qui s'y rapporte et je tolère seulement de me dégueulasser les genoux de pantalon que j'use de toute manière je ne sais comment, de m'écorcher les mains jusqu'à les faire saigner, d'accumuler la sueur et la soif tant j'essaie de me débarrasser de ces tâches ménagères le plus rapidement possible. Évidemment, comme je bâcle, les étagères sont toujours un peu de guingois, mais le seul fait d'en arriver à bout équivaut à une victoire sur la nature, une sorte d'aventures de l'arche perdue à mon petit niveau. Pour celui à bulles, Françoise est obligée de me le mettre sous le nez, sinon je m'en passe, utilisant par exemple un des petits cylindres des étagères Ivar d'Ikéa pour vérifier au pifomètre l'horizontalité de mon œuvre. Donc, après une visite à l'enseigne suédoise où j'en ai profité pour acheter quelques produits gastronomiques aseptisés, je me mets au turbin pour monter les étagères du garage. Françoise et Jonathan ont terminé la peinture blanche de la nouvelle cloison et l'état de ma compagne ne lui permettra de passer la couche de rouge à l'extérieur probablement qu'à la rentrée. En attendant les bûches du tas de bois resteront sous la flotte dans le jardin de devant. C'est marrant comme je me crois obligé d'utiliser un langage plus populaire lorsque je parle bricolage. J'assume mes racines d'intello jusqu'au bout de mes brindilles. Nous avons vendu l'ancienne porte battante sur eBay et la nouvelle cloison va permettre de stocker le bois à l'abri et soulager la cave, les archives et le réduit du jardin. Mais c'est pas tout ça , je dois maintenant écrire un billet qui m'excite beaucoup plus sur tchatchhh puisqu'il va concerner la gastronomie, un sport plus dans mes cordes !

mercredi 18 juin 2008

Histoire de l'œil


La veille, nous avions regardé La mort de Dante Lazarescu du Roumain Cristi Puiu, l'histoire terrible d'un type qui ne sent pas bien, appelle une ambulance et se retrouve trimballé d'hôpital en hôpital en allant évidemment de plus en plus mal... Filmé comme un reportage, le film est remarquablement bien joué, mais bien trop sinistre à mon goût, d'autant que je supporte très mal l'univers hospitalier, même si je n'y ai jamais eu recours. Cela me donne le cafard et je préfère franchement les cimetières et les enterrements aux visites formolées. La critique du système de santé est féroce et nous nous faisions la remarque que l'action a beau se passer en Roumanie, cela ne doit pas être si différent chez nous. Le film est localisé, mais l'histoire est universelle. Je repense à la phrase d'André Ricros : "Pour être de partout, il faut être de quelque part".
Lundi après-midi, Françoise avait pris rendez-vous chez l'ophtalmologiste parce qu'elle sentait une gêne à l'œil droit. La voilà expédiée direct aux urgences de l'Hôtel Dieu pour deux petits trous et un début de décollement de la rétine. Vingt-cinq personnes attendent devant elle ! Certains ont une compresse sur l'œil, un gamin déchire tous les journaux qu'il trouve sous le regard de sa mère qui ne bronche pas, des pompiers ont les yeux rouges, tout respire le vieux, le vétuste et la maladie... Quelques heures plus tard, lorsque le nombre s'est réduit à onze, une infirmière dit que le médecin a dû filer au bloc opératoire, mais une autre susurre qu'il est probablement parti dîner mais que ça ne se dit pas. Françoise espère que c'est vrai, parce que s'il doit lui cautériser les lésions au laser, autant qu'il soit en forme ! Elle décide néanmoins de tenter sa chance en reprenant imprudemment sa bicyclette pour se présenter aux Quinze-Vingt derrière la Bastille. Il y a encore plus de monde, c'est complètement dingue. Une nouvelle infirmière lui raconte le scandale des urgences qui manquent cruellement de personnel. Françoise suggère de faire grève. Elle répond qu'ils sont déjà en grève et lui conseille un troisième hôpital, le Rotschild près des Buttes Chaumont ! On se serait vraiment crus dans le film de la veille. C'était pénible en fiction, mais cela devient carrément drôle à le revivre le lendemain malgré les inquiétudes. Et nous voilà repédalant vers les hauteurs pour enfin trouver une oreille attentive à son histoire d'œil. Il est minuit, l'interne lui fixe un rendez-vous pour le lendemain matin première heure en lui interdisant tout effort. Laser. Immobilisation totale pendant huit jours. Nous ajournons notre départ, décommandons nos engagements et regardons l'avenir avec patience. Françoise en profite pour téléphoner, une des seules activités praticables dans sa position. Mon œil ! Non, le sien, mais la dilatation s'est déjà résorbée lorsque je pense à le prendre en photo...

Rappel : jusqu'au 29 juin, je mène deux blogs de front, le second est une conversation avec Karine Lebrun sur tchatchhh.