Jean-Jacques Birgé

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samedi 4 juillet 2009

Filmographie de Jean-André Fieschi


L'héritage intellectuel de JAF fut si considérable que sa mort génère en moi un sentiment d'usurpation. Je n'y étais pas préparé. Cherchant à honorer ce que j'appelais ma "dette inextinguible" je plonge dans mes archives et compile une biographie curieusement absente du Web. Je retrouve des projets, des lettres, des articles, des entretiens, des films, des images dont cette photo que j'ai prise dans les années 70... Une biographie au carbone qu'il avait rédigée au début de notre collaboration sur Les nouveaux mystères de New York (1976-1981) nous donne de précieuses informations, quand j'aimerais reproduire certains de ses écrits, toujours remarquables.

Jean-André Fieschi
(5 mai 1942, Ajaccio, Corsica - 1er juillet 2009, Brésil)

1949 : Vision de Bambi au Rio Opéra.
1961 : Les Cahiers du Cinéma, époque Rohmer.
1963 : Réalisation, à Barcelone, de Cuixart, pour la Galerie Metras.
64/68 : Cahiers du Cinéma, époque Rivette. Secréatrait de rédaction de la revue, articles, entretiens, rencontres (Renoir, Bunuel, Sternberg, Rossellini, Pagnol, Visconti, Straub).
1966 : En plus des CdC, chronique hebdomadaire au Nouvel-Observateur.
Réalisation de L'accompagnement, écrit en collaboration avec Claude Ollier et Maurice Roche, et traversé par les mêmes + Edith Scob, Marcelin Pleynet, André Téchiné. Montage : Jean Eustache. Partition sonore : Michel Fano. Le film était dédié à Julio Cortazar, Prime du CNC (60 000F), ventes aux USA, Canada
(ligne illisible dûe de la pliure)
65/68 : Fonde et dirige avec Noël Burch, l'IFC (Institut de Formation Cinématographique), atelier un peu utopique où furent chargés de cours, de recherches ou de travaux pratiques W.Borowczyk, Marguerite Duras, Michel Fano, Jean-Luc Godard, Pierre Guyotat, Marcel Hanoun, André Hodeir, Robert Lapoujade, Christian Metz, Claude Ollier, Alain Resnais, Jean Ricardou, Jacques Rivette, Jean Rouch, Alain Robbe-Grillet, rien que du beau monde.
66/68 : Réalisation, dans la série (défunte) de Janine Bazin et André S.Labarthe "Cinéastes de notre temps" de :
Pasolini l'Enragé (1h40)...
Domaine italien 2 : Bertolucci (on pouvait avoir des excuses à ce moment-là), De Bosio, Bellochio ?
La Première Vague (Delluc, Dulac, Epstein, Young Mr L'Herbier), travail de recherche de montage, de teintage, et d'archivage de ce qui pouvait encore être archivé.(coréal: Noël Burch)
M.L'Herbier : une re-vision, réévaluation de l'œuvre muette de M.L'H.
Également, participation aux émissions sur Bunuel et Sternberg.
68/69 : Chronique régulière à "La Quinzaine Littéraire".
69/70 : Chargé de cours à Paris I (Histoire du cinéma).
Co-auteur, avec Claude Ollier, de textes radiophoniques, La Fugue et Cinématographe, dans le cadre de l'A.C.R. (Atelier de Création Radiophonique).
70/71 : Pratique intensive du cinéma d'intervention directe (film réalisés pour les municipalités d'Argenteuil, Bobigny, Sartrouville, pour la Confédération Génbérale du Travail, pour le Théâtre des Amadiers à Nanterre, etc.
L'histoire vivante, sur la mémoire du mouvement ouvrier, starring Jacques Duclos, vainqueur d'un cendrier de cristal (rose) au Fesrtival de Leipzig de l'année suivante. (coréal: Bernard Eisenschitz)
71/73 : Enseignement à l'IDHEC (Histoire du cinéma, travail sur le montage, direction de tournages).
Pratique de la vidéo d'animation, dans les entreprises de la Seine St Denis.
Participe à la rédaction d'une encyclopédie monumentale du Cinéma, dirigée par Richard Roud, en cours de publication à Londres et New York simultanément.
Textes sur Bunuel, Epstein, Hitchcock, Murnau, Rivette, Rouch, Sennett, Straub, Tati, Vertov.
73/75 : Directeur de production à Unicité (films, vidéos, disques, journaux muraux, etc.). Étude sur des terrains très diversifiés (entreprises, quartiers, municipalités, régions, etc.) des différents supports audiovisuels et de leus spécificités. Enquêtes, voyages.
Auteur d'émissions de télévision, dans la série (défunte) de Monique Assouline "Grand Écran" : Le film noir américain et Jean Renoir (Réal: Charles Bitsch), L'enfant et ses images (R: Pierre Beuchot). Également : Il était une fois la Comédie musicale (R: Raoul Sangla).
Parallèlement, découverte, expérimentation et pratique intensive de la Paluche, écriture de scénarii (pour Bernard Stora, Eduardo de Gregorio), interventions dans les pages "spectacles" du "Monde", réalisation d'une émission (FM) sur la musique traditionnelle corse, ainsi qu'un disque sur le même sujet.
1976 : Paluche encore, naissance d'un projet tout à fait spécial, double travail concernant le projet lui-même et les moyens de le faire aboutir.


Complétons imparfaitement avec la filmographie publiée lors de sa rétrospective à la Galerie du Jeu de Paume en 1999 :
Permanencia del Barroco (1963)
Théâtre (1980), coréal. Jean-Pierre Mabille, avec Françoise Lebrun, Dominique Labourier, Jean-François Stévenin, Maurice Garrel, Jean-Claude Dreyfus, Jacques Lassalle
Bande Eustache (Jean qui pleure, Jean qui rit) (1982)
L'horreur de la lumière (1982, vidéo-paluche), 25', image-montage : JAF, avec Georges Didi Huberman
Les Monts Oural (1982, 5'), image-montage : JAF, avec Pascale Murtin et François Hiffler (Grand Magasin)
Les Dogons et Chamber Music (1983)
Baby Sitter (1984, 13') avec Anouck Grinberg
Un enfant au sommeil agité (1985, vidéo-paluche/UMT, 13') avec Grand Magasin
Le tueur assis (1985, 60'), scénario-dialogues JAF et Jean Echenoz d'après Patrick Manchette, avec Jean-Pierre Léaud, Roland Amstutz, Caroline Chaniolleau, Jean Dautremay, Michel Delahaye, David Gabison, Yann Collette, Hugues Massignat, Catherine Laulhère
Lettre à une jeune comédienne (40 ans d'Avignon : les acteurs) (1987, 26') avec Marioa Casarès, Alain Cuny, Ludmila Mikaël, Gérard Desarthe, Maurice Bénichou
L'idée perdue (1988, 21'), texte Jean Paulhan, avec Anouck Grinberg
Portrait imaginaire d'Alain Cuny (1986, 120') - 1re partie Le savon noir, 2e partie La jeune fille Violaine, image Jacques Bouquin et JAF, montage JAF, avec Alain Cuny, Anouck Grinberg
Chloé, bonne à Rome (1988, 5') avec Grand Magasin
Tomaso Landolfi (1986, 27'), image Luc Pagès et JAF, montage JAF, avec Olimpia Carlisi, Idolina Landolfi
Joë Bousquet (1990, 27'), id., avec Hélène Alexandridis et la voix du Poisson d'or
Pasolini l'enragé (1966-1993, 65'), image Georegs Lendi, avec Pier Paolo Pasolini, Franco Citti, Sergio Citti, Ninetto Davoli (photo ci-dessus)
Ramentevoir (1993, installation, Centre Pompidou, "Manifestes")
Que faire ? (bis) (1994, 59'), image/son/montage JAF, entretiens Jacques de Bonis, musique Jean Wiener, avec Jean Burles, Yves Clot
Ninetto le messager (1995, 28'), image Maurice Perrimond, montage Danielle Anezin, avec Ninetto Davoli
Le Talisman (1996, 4')
L'illusion (1997, 60') autour de L'illusion comique de Pierre Corneille montée par Jean-Marie Villéger, image JAF, montage Danielle Anezin
CinéMuse (1997, 13') avec Christine Hoffet
Mosso Mosso (Jean Rouch comme si...) (1998, 73'), image JAF et Gilberto Azevedo, Montage Danielle Anezin, avec Damouré Zika, Tallou Mouzourane, Hamidou Godye... et Jean Rouch
Le Commencement des lions (1998, 4') avec Martha Fieschi
Kaydia (Nouvelles impressions d'Afrique) (1998)
Le jeu des voyages (1987-2004)
La fabrique du "Conte d'été" (2005, 90'), coréal. Françoise Etchegaray

vendredi 3 juillet 2009

Jean-André Fieschi, le passeur a rejoint le Styx


Je suis abasourdi. Il y a une heure, dans le taxi qui nous ramenait vers l'est, je discutais de la vie avec ma fille Elsa dont nous venions de fêter l'anniversaire de 24 ans. Beaucoup de tendresse, la responsabilité du passage d'un homme mûr à une jeune adulte, la part des choses... Le recul nécessaire pour comprendre qui l'on est en se retournant sur nos passés nous permet d'envisager l'avenir comme une suite d'aventures extraordinaires. Oui, beaucoup de tendresse pour celles et ceux qui nous ont formés, même si les maladresses constituent souvent collection. Ne sachant pas par quel bout le prendre, je ne réaliserai l'annonce qu'après avoir dormi un peu. Le message de Jean-Patrick Lebel et Christiane Lack anticipe l'orage qui s'annonce et me foudroie : "Cher Jean-Jacques, pardon pour la brutalité de cette très triste nouvelle. Jean-André Fieschi, qui était au Brésil avec Émile Breton, Michel Marie et d'autres, est mort brusquement hier au moment de son intervention dans un colloque sur Jean Rouch. Nous sommes dans l'affliction et t'embrassons fort."
J'aurais pu titrer tout aussi bien "La mort d'un maître" et il fut le mien. Jean-André était mon troisième père, après mon géniteur dont le regard posé sur moi ne me quitte pas et Frank Zappa qui initia mon récit. Il est terrible de penser que Bernard Vitet dont la santé m'inquiète depuis plusieurs mois est le dernier survivant de cette bande des quatre. J'ai rencontré Jean-André lorsque j'avais 18 ans, jeune étudiant en première année de l'Idhec. Responsable de l'analyse de films, il nous initia au cinématographe dans ce qu'il a de plus beau, de plus intelligent, de plus magique surtout. J'évoquai longuement les merveilleuses années passées en sa compagnie dans mon billet intitulé "Remember My Forgotten Man". Je le prenais pour un génie, un génie suicidaire encombré par tant de mémoire et d'intuition, par ses trésors cachés acquis souvent dans des circonstances mystérieuses, ses silences qui nous auraient fait perdre patience si notre dette n'était inextinguible. Le cinéaste et critique était un passeur. Tous ceux et celles qu'il forma en gardent un souvenir indescriptible. En exergue de ses Nouveaux Mystères de New York il avait inscrit cette phrase de Paracelse : "Je vous apporte la peste, moi je ne crains rien, je l'ai déjà." Sa reconnaissance publique n'a jamais été à la hauteur de son enseignement, car la plupart de ce qu'il nous transmettait passait par l'oral et par les documents qu'il sortait comme des lapins ou des colombes de son chapeau-claque. Il avait connu les plus grands et savait leur rendre hommage. J'eus la chance de partager plus d'une tranche du gâteau pendant mes années de formation. L'entendre au sens où Jean Renoir les préférait à toute tranche de vie.
Comme je ne sais pas où trouver une photo de lui dans mes archives, je fais une capture écran de son rôle en Professeur Heckell dans Alphaville, derrière, à droite d'Eddy Constantine, Jean-Louis Comolli et Laszlo Szabo. Et j'appelle Elsa parce que, s'il m'arrive de donner des leçons, des conférences ou des conseils, c'est pour que ne s'éteigne jamais sa lumière. Les pierres précieuses dont il me fit cadeau et qui me brûlent les doigts m'aident à vivre depuis, sans discontinuité. JAF avait 67 ans. Je pense à ses trois enfants en entendant la voix de la mienne et je trouve enfin mes larmes.
Tu as rejoint la cohorte des fantômes qui ont peuplé ta vie. Mourir au Brésil, c'est bien un tour à ta façon. Si tu pouvais partager cet ultime rebondissement tu en rigolerais bien.

jeudi 2 juillet 2009

La grosse tête


Il y a peu je fustigeais les mauvaises manières des jeunes musiciens de jazz. C'était injuste à plus d'un titre. Ni les jeunes, ni les musiciens, ni les jazzmen n'en ont l'exclusivité. De plus, les conditions de tension et d'épuisement avaient fragilisé les membres de l'ONJ dont les consignes manquaient probablement de jugeote et de tact.
Lorsque l'on est artiste, "avoir la grosse tête" est somme toute assez courant, voire logique. Le plus important est de savoir séparer le privé du public, l'humain du monstre, fut-il sacré. Devenir professionnel, sortir du lot, exigent pour certains une résistance à l'adversité, une écoute sélective des critiques, entendre une surdité choisie qui permette de poursuivre sa course d'obstacles, incompatible avec une politesse civique et un échange équilibré. L'alternative à la grosse tête serait la dénégation, la dépression, allant souvent de paire avec une descente aux enfers que l'alcool ou la drogue n'arrangent guère, encore que cela revienne au même.
Dans une soirée, il est courant de s'intéresser aux autres sans que personne ne vous demande ce que vous-même devenez. Tandis que je retournais la phrase "et toi, comment vas-tu ?", le musicien pourtant bien en vue à qui je m'adressais me répondit : "Merci, voilà trois semaines que personne ne m'avait posé cette question !" Ce n'est pas que mon ego soit différent des autres, loin de là, mais j'essaie de faire attention à mes interlocuteurs, je me force à ne pas entretenir un rapport unilatéral. Ce n'est pas toujours facile tant la passion et l'enthousiasme nous animent. Il n'est pourtant de relation équilibrée que dans l'échange et le partage. De plus, ce petit exercice, qui peut paraître d'abord de simple politesse, est profitable à quiconque sur scène espère passer la rampe. Dans tous les cas, l'écoute des autres est instructive, même si l'on pense déjà connaître la réponse ou que l'on s'en fiche royalement. Cette politesse recèle plus d'une surprise, tant cette pratique est peu courante. La plupart des individus ont la fâcheuse tendance à développer des discours à sens unique sans s'intéresser à qui ils ont affaire. Le retour alimente pourtant notre perception du monde et nous nourrit.
Dès lors qu'il s'agit d'artistes qui font profession de se montrer devant des spectateurs, l'échange inégal se fait particulièrement sentir. La fascination qu'ils exercent sur leur public camoufle souvent ce rapport boiteux. Il n'est reste pas moins honteux et stupide, voire stérile et manqué. S'enquérir de son voisin avec la plus grande attention est une démarche salutaire qui, si elle ne fait pas dégonfler la tête, a le mérite de transformer les monstres en gentilles bêtes.

mercredi 1 juillet 2009

L'avance de l'ombre


De mon père j'ai hérité la première charade dont je me souvienne : " mon premier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon second est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon troisième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs (à cet endroit mon père ne faisait qu'accélerer son débit de paroles jusqu'à le rendre à la limite du compréhensible par un effet de vitesse et d'emballement), mon quatrième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon cinquième est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, mon dernier est un cul-de-jatte qui descend à toute vitesse la rue des Martyrs, (là mon père marquait une pause et concluait à bout de souffle et soulagé) et mon tout est une boisson rafraîchissante !? ". Pour l'anecdote, je suis né rue des Martyrs, ou plus précisément dans une impasse qui y prend sa source, Cité Malesherbes.
En dévalant le macadam comme un fou depuis la Porte des Lilas jusqu'à la Bastille, je vois mon ombre qui s'allonge devant moi comme si elle me précédait dans le temps. Elle arriverait plus vite que moi à mon rendez-vous si je n'entamais un virage déterminant Place Voltaire. Avant de reprendre le dessus, je saisis d'une main mon appareil dans le panier du Vélib et j'épingle l'arrogante qui me montre la route. Il ne me reste plus qu'à savourer la solution de ma charade, citron pressé, breuvage tout indiqué par cette température.

mardi 30 juin 2009

Drôles d'oiseaux


Si Antoine m'impose avec raison le silence sur notre prochain spectacle, que puis-je raconter de notre journée studieuse qui commença par une visite vétérinaire au Musée des Arts Décoratifs suivie d'une consultation hospitalière chez Violet ? La séance en chaises longues de l'après-midi s'avéra féconde. J'ai toujours adoré ce moment de la création où nous nous laissons aller à la rêverie, sans limite ni tabou, tempête sous nos crânes qui nous laisse exténués, mais gonflés à bloc. Si l'image du Judex de Franju illustrant ce billet est à porter au dossier, elle ouvre tant de possibles que dans le secret elle ne peut qu'indiquer une fausse piste. Ce qui est certain, c'est que cela nous change du lapin.
À ce propos, nous venons d'apprendre que Nabaz'mob sera programmé à la grande soirée d'Ars Electronica le 6 septembre et, pour les lève-tôt, je vous donne rendez-vous ce matin-même en direct après le journal de 8h sur TSF. Heureusement, la rue est en pente jusqu'au Faubourg Saint-Antoine...

lundi 29 juin 2009

À quelle sauce...


Pour honorer mes engagements quotidiens je fais parfois des pieds et des mains. Il ne suffit pas d'écrire chaque jour un article, il faut souvent répondre aux courriels et aux commentaires qui s'y rapportent, et ce sur tout le corpus du blog, sans parler de l'imposante correspondance qui n'y a pas trait et, petit détail de taille, continuer à faire mon travail qui est celui de compositeur ou plus généralement d'artiste, puisque je le fais.
Avant de ranger les courses japonaises que j'ai rapportées de chez Kioko, 46 rue des Petits-Champs dans le 2ème, je saisis mon appareil photo, je pousse le grill pain, et clic-clac merci la gnaque ! Depuis le magasin, j'appelle Sacha qui me rappelle le nom de la sauce de soja au cédrat, c'est le Yuzu (prononcer youzou). J'en profite pour acheter de la pâte et du jus de cédrat, agrume qui se conserve difficilement et pratiquement introuvable frais sous nos tropiques. Je ne dois d'ailleurs pas oublier d'avoir toujours un combava au frigidaire : quelques morceaux d'écorce suffisent à transmuter un plat. Impossible d'échapper à la vinaigrette à la Périlla de Nankin, ces feuilles dentelées, vertes et violacées, dont je raffole fraîches et que l'on appelle aussi Shiso. Quand je pense que j'en ai oublié un paquet entier façon kimchi dans le frigidaire de Séoul (voir billets d'octobre 2006) ça me rend malade ! Pour varier dans les couleurs, je choisis une autre vinaigrette, au sésame cette fois. Comme je suis courageux et que c'est en fin de journée, j'ajoute dans mon sac à dos de la sauce de soja sucrée, des feuilles de piment et de la pâte d'algues nori. C'est sublime en toasts apéritif, dans une omelette ou un œuf à la coque. Benoît achète là son nattō surgelé, mais pour le frais il faut que ce soit ma dernière halte avant de rentrer, ce qui n'était pas le cas, ni même un en-cas. En tout cas, faire provision de sauces est toujours une bonne idée parce que c'est un plaisir qui dure longtemps.

dimanche 28 juin 2009

Si je t'aime, prends garde à toi !


L'Orchestre National de Jazz sous l'égide de Daniel Yvinec inaugurait vendredi soir sa troisième création à l'Opéra Comique en accompagnant en direct le film muet Carmen de Cecil B. DeMille. La composition, confiée aux dix jeunes musiciens de l'ONJ, charge à chacun d'en écrire un chapitre, est étonnamment homogène, riche en couleurs, pleine de contrastes et d'une fougue propice au drame de Mérimée. Pour une fois, le film projeté au-dessus de l'orchestre n'était pas à la hauteur des inventions musicales dont firent preuve les dix compositeurs-interprètes épaulés par les improvisations électroniques de leur invité Benoît Delbecq. Son intérêt historique, il fut tourné en 1915, ne comble pas les faiblesses des scènes qui ne sont pas d'action. De la même époque, Griffith, Christensen, Pastrone, Rye ou Galeen m'épatent beaucoup plus et j'avoue plus d'une fois avoir déserté le film pour savourer la musique en fermant les yeux. C'est à se demander si une version de concert ou sa publication en disque ne profiteraient pas mieux à cette remarquable partition d'une heure. D'autant que les deux arrêts (numériques) sur image ne mettent pas vraiment en valeur les interventions chantées du guitariste Bernardo Sandoval, second invité de la soirée. On comprend ce qui les a motivées chez Yvinec, besoin de pause dans le continuum orchestral et référence hispanique, mais les images figées, fussent-elles au moment d'un baiser, ne sont pas du meilleur effet scénique et le flamenquiste tombe un peu comme un cheveu sur le gaspacho. La musique mériterait donc une écoute plus focalisée, pour pouvoir apprécier l'apport compositionnel de chacun des membres de l'orchestre. Celui d'Antonin-Tri Hoang structure et articule, par exemple, la scène de bagarre, profitant grandement au film, la fin d'Ève Risser avec guitare Barbie lui redonne une modernité, tout comme les effets joués tout le long en direct par Benoît Delbecq. Les clins d'œil effleurés à Ennio Morricone, la qualité de la section rythmique composée du bassiste Sylvain Daniel et du batteur Yoann Serra nous font voyager parmi les mythes qu'engendre le cinématographe mieux que sur la trame dramatique qui inspira Bizet dont l'œuvre fut créée dans cette même salle Favart le 3 mars 1875.
Espérons maintenant que le champagne servi par le directeur du théâtre, Jérôme Deschamps, à l'issue du ciné-concert ne monte pas à la tête des jeunes musiciens zélés qui l'ont déjà bien grosse. Il est toujours étonnant de constater comment les mauvaises habitudes de certaines professions se perpétuent de génération en génération, et l'excellence des plus récentes ne fait rien pour arranger les choses. J'en veux pour témoignage la manière dont l'orchestre soudé reçut ses deux invités lors des répétitions. Dans toute aventure, il n'est pas que l'art qui permette de durer, mais la façon de le vivre, dans le groupe et face aux autres. Nous avons tout à apprendre de la jeunesse, mais tout autant de nos aînés, et les jeunes musiciens devraient bénéficier au Conservatoire de leçons de maintien qui leur fait souvent cruellement défaut. Il ne suffit pas d'aimer les notes, il faut aussi savoir apprécier ceux qui les émettent, avis de professionnel et d'amateur qui n'engage que moi évidemment, hélas trop souvent !

samedi 27 juin 2009

Le fil magnétique


C'est dans le XVème arrondissement. "Descendre" jusque là m'apparaissait probablement une montagne. Me faisant une douce violence, j'enfourche un Velib' jusque la rue de Lourmel. L'engin roule bien, mais la selle est sévère. Il fait beau.
Il m'aura donc fallu un an pour répondre à l'invitation de Hugues Genevois de visiter le LAM (Laboratoire d'Acoustique Musicale ou encore Institut Jean Le Rond d'Alembert). Pourtant ce n'est pas l'envie qui me manque depuis que le Leipp fait partie de mes bibles. Acoustique et Musique est l'ouvrage de référence pour qui s'intéresse au sujet, une mine d'informations : Données physiques et technologiques, Problèmes de l'audition des sons musicaux, Principes de fonctionnement et signification acoustique des principaux archétypes d'instruments de musique, Les musiques expérimentales, L'acoustique des salles. Depuis sa réédition en 1976, j'y reviens chaque fois qu'une question physique se pose dans mon travail. L'ouvrage, simple et passionnant, se lit comme un livre policier. Je dis cela aussi de L'interprétation des rêves et des Cinq psychanalyses de Freud !


Le laboratoire, fondé par Émile Leipp en 1963, fourmille de physiciens-musiciens qui étudient tous les processus sonores, expérimentent des protocoles bizarres et fabriquent toutes sortes d'instruments acoustiques ou électroniques. Caroline Cance me fait passer des tests amusants et instructifs sur une interface gestuelle avec palette et stylet pour Puce Muse. En sortant, l'un des ingénieurs me montre sa collection d'appareils reproducteurs de son et en particulier un magnétophone à fil en état de marche. C'est l'ancêtre de la bande magnétique. Les premiers ont servi à l'armée, comme d'habitude. J'évoque la bobine qui trône sur une étagère de ma bibliothèque musicale et qui appartenait à mon père. N'ayant même jamais vu de lecteur, j'ignore tout de cet enregistrement. Je l'expose comme le rouleau de piano mécanique signé et numéroté de l'Étude n°7 que j'achetai un soir à Conlon Nancarrow, espérant rencontrer un jour quelqu'un qui possède l'instrument pour le lire. À ma prochaine visite j'apporterai la bobine de fil magnétique en même temps que je leur offrirai la paire de dictaphones Grundig qui appartenait à mon père. Mais il n'existe aucun enregistrement de sa voix plus fidèle que ma mémoire. J'entends son timbre quand il parle posément ou lorsqu'il pleure de rire, à la fois douce et articulée, un peu métallique. Vingt deux ans déjà...

vendredi 26 juin 2009

Usurpation d'identité


Puteaux, RN13, 77 km/h ? Si je ne m'étais pas trouvé en Bretagne et si je n'avais été certain que la voiture dormait bien au garage à cette date, j'aurais payé sans faire attention la contravention pour excès de vitesse que me réclame la Préfecture de Police. Ce n'aurait pas été une première. J'aurais perdu quelques points sur mon permis et je me serais dit qu'un jour peut-être je devrais me passer d'automobile. Heureusement, mon planning me met la puce à l'oreille et j'appelle aussitôt le service compétent qui m'apprend qu'il y a de plus en plus d'usurpations d'immatriculation. Je dois donc aller déposer plainte pour "usurpation d'identité par usage de fausse plaque" auprès du commissariat le plus proche avant d'en envoyer copie en A.R. avec demande de photo.
Cette aventure me rappelle quelques déconvenues dont ont été victimes divers amis. L'un est poursuivi pendant des années pour les dettes d'un homonyme, un autre porte le nom d'un dirigeant du Front Islamique et après intrusion domestique armée décide de changer de patronyme, un troisième subit interrogatoire sur interrogatoire après qu'une voiture avec son numéro d'immatriculation ait participé à un hold-up ! C'est dire qu'il m'est impossible de me dérober à la visite au commissariat.
L'expérience la plus terrible dont je me souvienne est celle d'un ami de mes parents dont on avait volé l'automobile et qui en avait fait état auprès de la police. Le lendemain matin, alors qu'il doit prendre le train pour Bruxelles il retrouve sa voiture devant chez lui. Comme il est pressé, il file directement vers la frontière. Se souvenant que la déclaration de vol n'a pas été supprimée, il a la sagesse de faire un détour par le commissariat de Lille avant de se présenter à la douane. Bien lui en a pris. Les képis lui demandant s'il ne manque rien, il répond qu'il n'y avait rien de valeur. Ils lui suggèrent malgré tout d'ouvrir son coffre et là ils se retrouvent face à un macchabée roulé en boule ! En imaginant le contrôle douanier sur lequel il aurait pu tomber, notre ami photographe faillit se trouver mal. Il n'en fut pas moins inquiété pendant les mois d'enquête qui s'en suivirent.
Quant à moi, sept kilomètres heure au-dessus de la limite autorisée révèlent la supercherie et me feront vivre une visite instructive à un bureau de police, lieu surréaliste s'il en est. Mais ça c'est une autre histoire, définitivement pas la mienne.

jeudi 25 juin 2009

Compositeurs pas sérieux ?


Pierre Bastien et Pascal Comelade auront souffert longtemps d'un ostracisme de leurs pairs que je connais trop bien pour l'avoir subi moi-même. Comment voulez-vous attirer le respect en composant toutes vos œuvres pour des instruments-jouets ou des machines construites avec du Meccano ? C'est comme jouer du synthétiseur dans les années 70 parmi les jazzmen ou de la guimbarde chez les contemporains ! Mais avec le temps et le succès on finit par "respecter la démarche", les détracteurs se disant que si nous vivons de nos musiques de dingues depuis trente-cinq ans c'est qu'il doit bien y avoir quelque chose dedans qui le justifie. Je suis donc très heureux de partager les honneurs de l'exposition Musique en Jouets avec mes camarades, musiciens iconoclastes notoires et inventeurs de mondes enchanteurs qui nous replongent dans le monde de l'enfance et du jeu. Je n'ai eu de cesse de répéter que les musiciens ont ce privilège avec les comédiens de continuer toute leur vie à "jouer". On ne joue pas un tableau ni un roman.
Bastien et Comelade ont mené leurs barques sans se préoccuper des styles ou des chapelles. Voyageant en solitaires, ils ont tracé des chemins que les jeunes musiciens ont suivis quand les bidouillages d'instruments, le tuning, les minimalismes divers et variés ont montré leur museau. De mon côté, la reconnaissance est venue d'autres milieux que celui auquel je croyais appartenir. Les rapports image-son ou l'interactivité m'ont permis de continuer les expérimentations engagées avec Un Drame Musical Instantané. Mon polyinstrumentisme est devenu une qualité là où certains considéraient le qualificatif de touche-à-tout comme péjoratif. Mon blog est à l'image de cet encyclopédisme qui s'exerce jusque dans mes œuvres. J'aime penser que mes outils ne sont pas définitifs. J'en change en fonction des projets, acquérant de nouvelles techniques pour pouvoir les oublier pour créer librement. L'inspiration exige une nouvelle fraîcheur, un retour aux sources de la passion qui nous fit un jour choisir notre art. Nous échappons ainsi aux aigreurs et au cynisme, au calcul et au métier.


En 1994, un soir de gala au Palais des Congrès, tandis que j'attends sans illusion le verdict des Victoires de la Musique, je me retourne sur mon fauteuil d'orchestre et j'aperçois Pascal Comelade assis juste derrière moi. En me reconnaissant son visage renfrogné s'illumine : il n'est plus seul, perdu, déplacé, dans ce traquenard. Ni l'un ni l'autre, pourtant nominés, ne gagneront ce jour-là. Dans la catégorie où je concoure, Crasse-Tignasse et Henri Dès s'effaceront devant Walt Disney !
Quant à Pierre Bastien, c'est une plus longue histoire. À l'été 1976, nous jouons ensemble dans Opération Rhino avec Jac Berrocal pour un concert de soutien à la clinique anti-psychiatrique de Laborde lorsque j'y rencontre Bernard Vitet avec qui je collaborerai jusqu'à aujourd'hui. Comme personne ne souhaite que je joue du synthétiseur assimilé alors exclusivement au rock allemand, Daunik Lazro a la gentillesse de me refiler quelques tuyaux pour améliorer mon jeu de saxophone alto. Bernard, que je connaissais évidemment pour son excellence à la trompette, explose systématiquement et rythmiquement des bouteilles de bière vides, agrandissant sans cesse le vide autour de lui. Lui à jardin, moi à cour, nous nous repérons instantanément. Quelque temps plus tard, au cours d'une mémorable Nuit des Solos au Théâtre Mouffetard, Pierre joue pour la première fois avec une de ses petites machines, celle qui est exposée dans la vitrine de Pascal puisqu'il lui en fit cadeau, et le Drame triche en incarnant un géant joueur d'un saxophone à rallonge qui impressionna beaucoup notre ami alors contrebassiste. Chaque fois que nous nous sommes croisés, à Morlaix ou au Triton, nous avons évoqué notre rencontre et les similitudes étonnantes de nos démarches si différentes. Il faut bien dire que le séjour à Laborde mériterait un billet à lui seul. Le plaisir est chaque fois le même, nous faisant oublier le temps qui passe et la lune qui se lève...

mercredi 24 juin 2009

Les carottes sont cuites


C'est parti pour cinq mois. L'exposition Musique en Jouets au Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli à Paris, est inaugurée aujourd'hui pour ouvrir demain. Notre opéra Nabaz'mob y est exposé aux côtés des instruments de Pascal Comelade, des synthétiseurs d'Eric Schneider et des machines mécaniques de Pierre Bastien. Seuls Pierre et nous faisons du bruit. Certains me reprennent en disant que c'est de la musique, mais pour moi, depuis Varèse, toute organisation de bruits est musique. Autour de ces quatre grandes vitrines sont disposés les objets du Musée, hochets princiers, toupies, moulins à musique, culbutos sonores, livres-disques, etc. On peut d'ailleurs écouter une grande partie de ces jouets musicaux sur une borne interactive et sur le site de la galerie des jouets. Excellente idée qui tranche avec la plupart des musées de la musique où les instruments restent tragiquement muets faute de pouvoir y toucher ! J'ai prêté une demi-douzaine de 45 tours 17cm, chansons pour enfants qui ont bercé mes jeunes années, et le 33 tours 25cm de Pierre et le loup... Sur un cartel on peut lire aussi : Pâte à prout, banane harmonica, ballon couineur : collection Jean-Jacques Birgé. J'en suis très fier, pensez, ma propre pâte à prout, achetée à Londres chez Hamleys, est sous vitrine au Palais du Louvre !
Partageant l'exposition en deux, une troisième salle abrite des ordinateurs sur lesquels sont montrés des films et des jeux de tous les cinq. Antoine y propose ses Nanoensembles, machines hypnotiques techno-minimalistes. Tout près, on peut jouer avec le CD-Rom Alphabet ou la Pâte à Son dont la conception musicale est de mon fait, ou avec l'Electric Toy Museum pour lequel Univers-Sons a repris la collection de Schneider. Tout ce monde de rêve qui nous fait régresser joyeusement jouxte une salle inattendue où sont accrochées des toiles que Dubuffet a léguées au musée privé.


La vitre renvoyant des éclats de lumière malgré l'obscurité de notre théâtre noir m'empêche de photographier aisément les lapins. Je rentre dans la cage pour les prendre de profil. Chaque disposition est différente en fonction des lieux. Chaque représentation aussi. On en jugera d'autant plus facilement que l'opéra de 23 minutes se joue ici en boucle. Antoine a tout automatisé, horaires du musée en fonction des jours d'ouverture. À raison de 47 heures par semaine, c'est près de 2000 fois que les Nabaztag referont leur numéro de lapins savants jusqu'au 8 novembre !
Je me débrouille mal avec mon nouvel appareil, je reprends mon vieux Nikon pour capter la pause des rongeurs, mais leurs profils ne produisent pas les mêmes couleurs que d'habitude. On dirait de la porcelaine. J'ai oublié que c'était le nouveau clapier dont la matière plastique est brillante. Je n'ai que quatre fois deux secondes pour réussir l'effet que je cherche à produire. Si je bouge, je dois attendre le nouveau cycle. La musique m'envahit. Quelques nouvelles images viennent s'ajouter à la galerie du site Nabaz'mob. C'est pratique. Tout y est. Film, photos, émissions de télé et radio, presse écrite ou en ligne, fiche technique...
Antoine et moi avons décidé de passer à autre chose. L'opéra va voyager et nous planchons déjà sur une suite à Machiavel et Nabaz'mob, radicalement différente même si elle en est la continuité logique. Comme ceux qui nous connaissent auraient pu s'en douter, nous avons choisi de ne pas réaliser d'autres œuvres avec les lapins, bien que nous ayons exploité dans ce cadre qu'une toute petite partie des possibilités de Nabaztag. Savoir nos lapins trépigner aux Arts Décos pendant que nous imaginons quelque chose d'encore plus délirant m'excite au plus haut point...

mardi 23 juin 2009

La mélodie du malheur (pour de rire)


Ayant découvert The Hapiness of the Katakuris (Katakuri-ke no kōfuku), traduit en français La mélodie du malheur en référence au film de Robert Wise qu'il pastiche allègrement, je me jette sur la production hétéroclite de Takashi Miike. Le réalisateur japonais change de style d'un film à l'autre, et plus étonnamment à l'intérieur d'un même film, avec beaucoup de talent et un toupet rare, car il ne prépare que rarement le public à ses volte-face époustouflantes. Sacha m'avait bien averti du côté délirant de Miike, mais je ne m'attendais pas à tant d'invention et d'iconoclastie, animation et effets spéciaux à la clé !
La mélodie du malheur est une comédie musicale qui tient à la fois de Buñuel, du film d'horreur et du slapstick. La liberté de ton que le cinéaste se permet est rare dans le cinéma d'aujourd'hui et le mélange des genres n'est pas toujours apprécié de la critique. Plus connu pour ses films de yakuzas (trilogie Dead or Alive) ou gore (Audition), il signe aussi bien des films de science-fiction (Andromedia, Gods Puzzle) que le road-movie (même si la route laisse vite la place à la rivière) The Bird People in China dont le climat réalistico-poétique tranche avec les pétarades du western lamen Sukiyaki Western Django.


Ne manquez surtout pas celui-ci, en salle ou DVD, si vous aimez les films culte et inclassables qui secouent les neurones. Remake du coréen The Quiet Family de Kim Jee-woon, La mélodie du malheur rappelle aussi L'auberge rouge de Claude Autant-Lara, version nippone ! Les 70 films de Miike ne sont pourtant pas tous du même acabit, chacun y trouvant son bonheur selon ses goûts... Et pour les couleurs, Miike s'y entend !

lundi 22 juin 2009

La vie des bêtes


Après l'amas de Bigoudennes et celui de lapins, c'est une invasion de fourmis qui nous a occupés hier dimanche. Je n'ai pas compris pourquoi les plombs avaient sauté, mais après avoir reconnecté le disjoncteur j'ai dû grimper sur un tabouret pour remettre le four et le micro-ondes à l'heure. Et là, que vois-je ? Des centaines de fourmis qui s'agitent dans tous les sens, probablement paniquées par la lumière lorsque j'ouvre les portes du placard. Comme je soulève les ustensiles rangés là parce qu'on ne s'en sert pas souvent, je découvre des milliers d'œufs ou de larves. On dirait qu'ils ont un œil au bout de la queue. Chaque fourmi s'empare d'un cocon pour le déménager aussitôt. C'est la grande débandade. Je commets un massacre pour nettoyer l'étagère. Sur la photo, on sent s'approcher l'ombre menaçante des Doigts. J'ignore si je peux me fier à ce que j'ai appris dans les livres de Werber pendant nos trajets aériens. Je pense aux serres chaudes de Maeterlinck, le père de Pelléas et Mélisande. Le monde s'offre à moi tel une fleur de l'aube et se referme aussitôt en fânerie crépusculaire. Week-end champêtre !

dimanche 21 juin 2009

J'ai coupé un arbre


J'ai coupé un arbre. Cela me rend tout chose. Chaque arbre a son histoire. Le photunia était de la première plante, à la création du jardin il y a dix ans. Ses feuilles persistantes nous protégeaient d'un vis à vis quasi inexistant lorsque l'automne dépouillait l'orme devant le mur du fond. Ses fleurs blanches avaient une drôle d'odeur de sperme pas vraiment agréable. Tombées, elles formaient un tapis brun pénible à balayer. J'appréciais qu'il cache la végétation derrière l'allée de cailloux, entretenant le mystère sur la profondeur de la petite jungle. Les bambous ont eu raison de sa vigueur. Ils l'ont étouffé, épargnant pour l'instant le palmier qui s'est épanoui d'un coup, en quelques secondes, et le bouleau pleureur qui n'a jamais grandi d'un pouce, probablement une greffe, je ne décolère pas. Il faudrait que j'aille acheter quelques fleurs, histoire de varier les couleurs, et des tomates pour l'été s'il n'est pas trop tard. La mort du photunia est une page qui se tourne. Depuis l'endroit d'où je tape le plus souvent mes billets, la vue n'est plus la même. Les fougères n'ont pas bougé, un petit buisson rachitique marque la place où l'arbre avait poussé. Le ciel se réfléchit dans la table en verre avec la cîme des bambous qui oscille dans le vent. Chaque plante occupe sa nouvelle place, ouvrant une perspective inédite. Pourtant je suis triste. Le photunia a disparu.
Je reprends ma lecture et tombe sur un article remarquable de Yildune Lévy dans Le Monde. La fiancée de Tarnac a plus d'instruction que toute la ribambelle de juges qui en ont le nom. Un arbre meurt, le paysage se transforme et une jeune pousse fleurit, semant à tous vents ses paroles de révolte et de tendresse...

samedi 20 juin 2009

Nabaz'mob à Musique en Jouets


Comme on pouvait s'y attendre, faire jouer nos 100 lapins dans un vivarium rectangulaire ne pouvait qu'exagérer les effets de réverbération et de délai qui profitent merveilleusement à la partition de Nabaz'mob. À l'intérieur de la gigantesque boîte hermétique, le son est grandiose. La musique rebondit sur les parois de verre parallèles comme la lumière se réfléchit en multipliant le nombre de sources. Cela conforte notre opinion que, pour les petites salles, rien ne vaudra jamais le son des 100 petits haut-parleurs sans aucune autre amplification. Au Musée des Arts Décoratifs nous n'avons pas ce choix car les vitres sont inamovibles, aussi avons-nous accroché quatre microphones sensibles au plafond et caché quatre enceintes sous la jupe de la vitrine. Le volume sonore est ainsi parfaitement dosable et l'effet quadriphonique redonne sa dimension spatiale à l'œuvre sans que nous en soyons contrariés. Cela nous permet de trouver un équilibre agréable avec Play Meccano Play, l'installation très percussive de l'ami Pierre Bastien dans l'autre salle, on y reviendra. J'ai panoramiqué les quatre voies de façon à ce que les sons s'étalent de cour à jardin en relation directe avec les lapins qui les produisent, prenant soin de régler un peu différemment le timbre des deux couples stéréo afin de privilégier telles ou telles fréquences. Le résultat nous enchante.
Passé la blancheur des rongeurs, l'obscurité fait ressortir les couleurs lumineuses des museaux et des bedons. Les deux banquettes qui ferment le petit théâtre noir invitent les visiteurs à s'assoir devant le castelet pour assister au spectacle de 23 minutes... Camouflés en carotte et bâton, Antoine et moi avons risqué nos vies en entrant dans la cage pour réaliser une série de photographies étonnantes avec le concours de Leslie Veyrat (aide précieuse à plus d'un titre) et d'Olivier Souchard (qui a réalisé les petits films pour le site des Arts Décos), mais nous sommes ressortis aussitôt alors que les Nabaztag y rôtiront jusqu'au 8 novembre !
Dorothée Charles, tout sourire, virevolte au milieu de la Galerie des jouets dont elle est la conservatrice zélée, secondée par Anaïs David et Anne Monier, toutes aussi efficaces que diligentes. Quel plaisir de travailler dans ces conditions ! Un petit salut au passage à toutes les équipes qui nous ont reçus cette année avec le même entrain.
L'inauguration aura lieu le 24 et l'ouverture le lendemain, jeudi prochain...

vendredi 19 juin 2009

Un sandwich bien bourratif


Par beau temps, les marches de l'église sont prises d'assaut par les pique-niqueurs des quartiers d'affaires. La reconversion des lieux de culte m'apparaît chaque fois une excellente idée. Leur désertion les transforme en havre de fraîcheur l'été, mais en attrape-la-mort l'hiver, façon douce de se suicider sans mettre en retard les usagers du métro.
Tandis que l'Église de Scientologie est justement jugée pompe à fric arnaqueuse de gogos en mal de vivre, on peut se poser la question de l'histoire du catholicisme, religion quasi nationale qui ne fut jamais exempte ni de bourrage de crânes ni de dépenses somptueuses au-delà de ce que le luxe ne pourra jamais représenter pour n'importe quel richard de la planète. Expliquez-nous la différence!
Les églises, 40 000 en France, pourraient astucieusement être reconverties en centres d'art, d'hébergement, de relaxation, salles de sport, que sais-je, toutes les propositions seront les bienvenues...
Pour information, ce sont les communes qui sont propriétaires des églises, sauf les cathédrales qui appartiennent à l’Etat. Chaque commune assure le clos et le couvert, voire l’électricité et parfois le chauffage... Contribuables, nous finançons donc tous l'Église comme nous savions déjà le faire pour l'Armée, autre exemple vivement contrariant.
Passant du coq à l'âne, je tiens à rappeler que la France est le troisième fournisseur d'armes de la planète avec 9% des crimes à son actif, il est vrai loin derrière la Russie et les États-Unis.

jeudi 18 juin 2009

L'iPhone en arnaque légale chez Orange


L'iPhone v.3 est arrivé. C'est un 3G super rapide avec vidéo et tutti quanti. J'étais assez naïf pour penser qu'Orange favoriserait ses anciens clients désireux d'acheter le nouveau modèle d'Apple, mais c'était sans compter les petites lignes et avant que ne soient publiées les conditions honteuses de sa commercialisation. 149 euros pour un 16Go certes, à condition de posséder 2400 points, sinon l'iPhone vous coûtera 540 euros ! Les détails : si vous avez déjà changé votre v.1 pour un v.2 et que vous possédez un forfait 2h+2h, vous plafonnez difficilement à 700 points / si vous avez souscrit un nouveau forfait obligatoire 24 mois lors de cette mise à jour, votre abonnement peut courir jusqu'à septembre 2010... Vous avez enfin compris : il est impossible de quitter l'opérateur avant plus d'un an et donc pas moyen d'aller chez la concurrence avant ce délai. Donc, si vous rêviez de vous offrir le nouvel iPhone et que vous êtes chez Orange, il vous en coûtera bien la somme exhorbitante de 540,03 euros. Savourez les 3 centimes. Aussi avant de vous précipiter, comparez bien les offres de ses concurrents, SFR et Bouygues, qui ont tout intérêt à contrer l'exclusif absolu devenu seulement l'exclusif de quelques jours après délibération juridique... Orange ne changera donc jamais avec ses mesquineries commerciales qui ont fait sa légende. Il n'est jamais certain que ce genre de pratique soit bénéfique à terme. Ainsi j'avais déserté France Telecom et Wanadoo au profit de Free lorsque j'avais compris leurs pratiques déloyales et anti-commerciales au possible. Je ficherai le camp dès que j'en aurai l'occasion cette fois encore...

mercredi 17 juin 2009

Un nouveau mystère au Louvre


En réalité, aussi invraisemblable soit-elle, la chose ne s'est pas produite au Louvre, mais dans une aile du Palais bâti par Philippe Auguste, la plus proche des Tuileries rue de Rivoli, celle qui héberge le Musée des Arts Décoratifs. La journée avait commencé d'une drôle de manière. Tandis que je réclamai un badge du jour à l'agent de sécurité qui gardait la galerie des jouets, celui-ci me répondit avec un ton de conspirateur : "Ce n'est pas très agréable ici, nous sommes surveillés." Je lui fis aussitôt remarquer que c'était justement sa fonction, mais il insista : "Je suis agent d'accueil, accessoirement de sécurité... Et je ne surveille pas les gens, mais seulement les objets !". Je l'aidai à trouver mon nom sur la liste, mais comme je le quittais il me demanda tout de même comment je m'appelais après s'être présenté par son prénom et insista pour me serrer la main en regardant tout autour par-dessus mon épaule.
L'endroit était désert, toute l'équipe étant partie déjeuner. Je me concentrai sur l'installation du système d'amplification de nos lapins sages comme des images, ce qui ne me rassurait qu'à moitié, lorsque je fus rejoint par Leslie qui me donna heureusement un coup de main, façon de parler puisqu'elle rampa sous la vitrine pour passer les câbles et les enceintes. La chose n'était pas aisée, d'autant que, toute spécialiste des socles qu'elle est, elle s'était abîmée le petit orteil gauche en nettoyant mes traces de pas car, probablement troublé par l'atmosphère qui régnait déjà dans l'obscurité, j'avais oublié d'ôter mes chaussures avant de grimper parmi le clapier. Mes lecteurs assidus saisiront la coïncidence car la jeune fille ne s'esquinte jamais que le petit orteil gauche et ce n'est pas la première fois !
En se faufilant sous les filins tendus au sol, Leslie aperçut un objet glissé à un endroit où nul n'aurait jamais été censé l'apercevoir. La plaque de cuivre d'une douzaine de centimètres de diamètre était gravée d'étranges inscriptions cabalistiques recto verso et recouverte d'un vernis bon marché. Aucun des membres de l'équipe fut capable de déchiffrer le message, mais je m'empressai de photographier l'objet, des fois qu'il disparaisse pendant la nuit. Sommes-nous sur les traces de Belphégor ou est-ce un signe de piste des fondus du Da Vinci Code ? Le disque a-t-il été déposé par les ouvriers italiens lors de la construction du monstrueux aquarium ou était-ce un détracteur du sulfureux Blanquet qui y avait exposé des poupées nues pour Toy Comix, comment le savoir ? Si l'un ou l'une de mes lecteurs peut nous mettre sur quelque piste, nous lui en serons grandement gré. En attendant, personne ne sait quoi faire de cet objet ésotérique que nous n'avons su que dissimuler à notre tour aux yeux des visiteurs de passage...

mardi 16 juin 2009

Fenêtre dans la fenêtre


Lorsque je suis tenu au secret pour ne pas ébruiter ce qui se trame dans l'ombre avant les annonces officielles, lorsque mes journées commencent à 4h30 pour se terminer vers minuit passé, que voulez-vous que j'écrive ? Je peux tout juste rêver devant une image prise il y a quelques jours, mais réduite, à l'heure qu'il est, à un banal fond d'écran. C'est tout de même une fenêtre vers un autre temps, pas encore véritablement vécu parce que celui de presser sur un bouton ne permet pas de s'y plonger corps et âme. C'est un réflexe de survie, un truc à consommer plus tard, qui, sorti de son contexte, ravive les odeurs végétales excitées par le vent que les embruns citadins étouffent sous l'affairement. Patatras. À quoi servent les souvenirs ? À quoi servent les souvenirs quand on n'a pas su les vivre pleinement dans leur primeur ? Il reste la mémoire et l'imagination. Ça sent bon, mais il est déjà tard.

lundi 15 juin 2009

Quand baroque et jazz mènent à l'impro


Pour fêter les 20 ans d'Antonin, le bon docteur Hoang avait invité quelques amis à un concert en appartement comme il les affectionne. Le fiston, Antonin-Tri, improvisa donc au saxophone alto en trio avec Youen Cadiou à la contrebasse et Gulrim "Gus" Choi au violoncelle devant un auditoire concentré. Pour cette première, rencontre impromptue, que les deux instrumentistes à archet jouent sur des instruments baroques força Antonin-Tri a trouvé des timbres originaux se fondant au moëlleux velouté des cordes en boyaux.
Marie-Christine Gayffier, c'est la maman du héros de la fête (né le même jour que son père !), me rappela comment à L'Île-Tudy je montrai à Antonin enfant la technique de la respiration continue qu'il exploita ici sans en faire toute une montagne. Je tenais moi-même cet enseignement de Bernard Vitet qui m'initia à la paille dans le verre d'eau. Je continue à relever le défi d'initier quiconque en dix minutes à cette pratique permettant de structurer ses phrases sans être victime d'un quelconque essoufflement. Même si c'est ensuite une question de pratique et d'intelligence compositionnelle, nous sommes loin de "l'aspiro-technie" enseignée "jadis" dans les lieux cultes de la musique contemporaine académique.
Après chouquettes et avant gâteaux, nous ne sommes pas restés pour le lapin et cela sans relation aucune avec le fait que je doive en installer cent ce matin-même au Musée des Arts décoratifs, nous nous sommes donc laissés aller à la rêverie, sur des paysages philosophiques peints à coups de notes et de silences, mélange savant de tendresse et d'écoute attentive, sans négliger la fougue d'une jeunesse qui nous laisse enfin nous reposer quelques minutes pour savourer ce que nous réserve l'avenir.