Jean-Jacques Birgé

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mercredi 23 avril 2014

Les bestioles d'Atacama


Françoise m'a demandé de sonoriser trois petites séquences animalières qu'elle a tournées au début du mois à San Pedro dans le désert d'Atacama au Chili. Pas question d'illustrer platement les flamants roses. Quitte à rajouter une musique, autant qu'elle apporte du sens ! Toute référence à l'éléphant de Slon Tango était vouée à l'échec, le fabuleux court métrage de Chris Marker reposant sur le long plan séquence d'un animal dressé dont la mémoire chorégraphique exprime probablement le stress. J'ai bien essayé. Aucune danse ne collait au jeu de jambes des échassiers. Les illusionnistes savent que l'on ne recommence jamais deux fois le même tour. Il fallait mieux chercher quelque chose d'exogène, rencontre du troisième type, comme si les animaux venaient de la planète Mars. C'est d'ailleurs ici que la NASA teste ses véhicules extraterrestres.


Gloria des Them tournait sur la platine à l'étage du dessous. Nous aurions pu être tentés par du rock, mais j'ai collé un duo improvisé avec Hélène Sage en 1981. L'archet de sa contrebasse se fond à mon dispositif électro-acoustique comme une partie de ping-pong. Les évènements disparates participent au synchronisme accidentel en faisant ressortir quantité de détails discrets comme ces étranges petits reptiles qui se faufilent sur le salar, l'un des plus grands gisements de lithium du monde. La bluette des flamants devient une scène inquiétante où le danger est suggéré par le traitement dramatique de la partition sonore. Sur la fin, en observant la courte phrase mélodique d'un grand ensemble j'ai pensé au projet inabouti de Buñuel de placer un orchestre symphonique aux fenêtres d'un immeuble en construction dans Los Olvidados.


La séquence des becs, est plus mignonne. Je me suis contenté de traiter le son synchrone avec le H3000. Les percussions, étirées, deviennent une sorte de chœur à la seconde entrée de champ des moineaux, mais surtout, à la fin, les piaillements et les coups de becs des pique-assiettes de plus en plus synthétiques rappellent avec humour un caquetage humain. Picos et Atacama font écho à Portée, un autre film de Françoise avec des petits oiseaux sur des fils téléphoniques. Pour la troisième séquence intitulée Salar, qui tient plus des souvenirs de vacances, j'ai ajouté au son direct une version instrumentale de la chanson La peste et le choléra écrite avec Bernard Vitet en 1992 pour l'album Carton, rien de très original, juste une couleur sud-américaine... Trois manières de traiter le réel pour se rapprocher de la fiction : en prenant un contrepied radical, en soulignant une allusion, en collant du papier peint...

mardi 22 avril 2014

Musique(s), la revue de toutes les autres


Pour photographier le premier numéro j'ai retourné la nappe, une idée d'Olivia rapportée du Marché Saint-Pierre. D'un épais tissu d'ameublement elle balaie d'un revers la fadeur du quotidien en rehaussant la cuisine des couleurs du monde entier, de toutes les époques. Le choix de Jeff Mills en couverture n'est pas innocent, son Time Tunnel est emblématique de la démarche des rédacteurs en chef Jérémie Szpirglas et Raphaëlle Tchamitchian soutenus par Jean-Marc Adolphe, l'homme de Mouvement. Là où le bookzine Muziq revendique d'aimer les mêmes musiques que vous la revue Musique(s) explore celles dont on ne parle pas assez. Si la première est nostalgique la seconde s'inscrit dans une perspective de recherche visant l'espace de liberté qui amplifiera la vie sensible. Grand format, beau papier, mise en page soignée, on sait d'emblée avoir à faire à des esthètes. Christophe Hamery en assume la création graphique. C'est léché, parfois trop léché, les plumes trempées dans une encre de qualité semblent souvent sorties de la même veine. Comme une réaction érudite au vite torché de tant de torchons dont la critique culinaire escamote les saveurs. Si les sujets sont proprement abordés on peut imaginer que la passion de l'inédit ou l'indignation du méconnu motivent les écrits. Comme si les rédacteurs y allaient mollo pour ne froisser personne alors que leurs revendications sont légitimes et salutaires !

Car tout y est, et ce qui n'y est pas y sera probablement dans les prochains numéros, quatre pour 25 euros, l'offre de lancement vaut le réveil. Il ne manque que la musique tant l'on aimerait accompagner sa lecture des écoutes suscitées. L'équipe imagine probablement que les curieux qui la lisent sont des malins capables de continuer leur enquête sur le Net, les magasins de disques, les programmes de concerts (les dernières pages abritent un agenda) ou les médiathèques. Le tout est de donner le goût. Guillaume de Machaut (épeler) aime assez à chahuter. Le violoniste du Quatuor Béla déchiffre la partition de Black Angels de George Crumb. Le compositeur Philippe Hurel et l'écrivain Tanguy Viel font glisser l'opéra vers le polar. La comédienne Françoise Lebrun offre le monologue de La maman et la putain à Michel Cloup (Diabologum). La Nouvelle-Orléans groove des années 20 de Cocteau ou Jeanson à la série Tremé. Les crayonnages de Morton Feldman rivalise avec ceux de Cabu. Au détour d'un paragraphe on croise le cinéma de Norman McLaren ou Tango de Zbigniew Rybczyński. Gainsbourg pille Dvořák. On voit toutes sortes d'accents dans cette publication en couleurs. La Sahrawi Aziza Brahim et les Touaregs Tinariwen, les rappeurs Invincible et Waajeed, Roms et Inuits, des mécènes, Claudio Abbado et Chakaraka sont abordés par la vingtaine de têtes chercheuses qui se lancent au gré des 144 pages... Can rue dans les brancards. Rameau et Poulenc sont rappelés de justesse. Yusef Lateef renvoie la balle à Roland Kirk. Mais c'est souvent entre les lignes que l'avenir se dessine. Au détour d'une phrase. Par le biais d'une citation. Si cela part dans tous les sens, c'est tant mieux, les petits ruisseaux font les grandes rivières et tous les océans communiquent. Privilège de la musique, au singulier comme au pluriel.

lundi 21 avril 2014

The Lunchbox, une romance gastronomique


Pour sa délicatesse à donner toute leur importance aux choses infimes du quotidien, pour l'intensité de ses rendez-vous manqués, pour son traitement social de l'inconscient, pour son observation perspicace des femmes dans un monde dominé par les mâles, le film de Ritesh Batra me rappelle les romans d'Arthur Schnitzler. Filiation évidente, le cinéaste indien se réclame de Milan Kundera dans le passionnant entretien en bonus du DVD que Blaq Out vient de publier. L'originalité de The Lunchbox n'a pas empêché ce film indépendant de toucher un large public plus habitué au faste des comédies dramatiques bollywoodiennes.


Cette romance née de l'erreur réputée quasi impossible (1 sur 16 millions) d'un livreur de repas, un dabbawallah, a provoqué un succès inattendu en Inde. L'éloignement des deux correspondants épistolaires est magnifié par toute une série de hors-champs telle la voisine au dessus de chez Ila que l'on ne fait qu'entendre. Le parfum de la cuisine concoctée amoureusement par cette femme a priori dévouée à son mari distant a raison de la bougonnerie du récent retraité alors que le spectateur ne peut que rêver ces mets fins qui mettent l'eau à la bouche. Les personnages, tel le jeune assistant qui n'aspire toujours qu'à mieux faire, sont habités par une humanité méprisée par tant de films catastrophistes et dépressifs. The Lunchbox délivre une délicieuse impression d'espoir qui ne devrait jamais nous quitter...

vendredi 18 avril 2014

Vol en impesanteur et en musique

...
Nous sommes redescendus sur Terre ! 18 minutes 26 secondes sur le plancher des vaches contre 30 fois 25 secondes en état d'impesanteur pour Pierre Senges lors de son vol parabolique à bord de l'Airbus Zéro-G... Il était temps de mettre en ligne la rencontre littéraire et musicale réalisée avec l'écrivain le 23 mars dernier. Une partie de plaisir. Pour Remarques faites (ou subies) la tête en bas j'avais choisi des instruments appropriés au récit de l'expérience, ils se révélèrent symboliquement chroniques. La pomme d'Isaac Newton abrite un de mes plus beaux carillons, les billes qui tournent dans le bendir sont autant de planètes d'un système héliocentrique, mon clavier délivre des sons atmosphériques, les leds du Tenori-on représentent des galaxies lumineuses ou des mouvements gravitationnels, la baudruche n'est rien d'autre qu'un ballon, quant à la trompette à anche et la flûte en PVC repliée sur elle-même elles figurent mon idée de la machine aéronautique !


Comme je m'étais vêtu de ma salopette orange fluo en toile de parachute, l'équipe de l'Observatoire de l'Espace du CNES fournit à Pierre Senges la tenue officielle des vols Zéro-G. Nous avions été précédés des élucubrations de Grand Magasin en contact permanent avec une vraie Madame Fusée, suivis du trio Laborintus interprétant Bonjour comment ça va ? de Luc Ferrari pour clarinette basse, violoncelle et harpe, et d'une conférence hilarante de Frédéric Ferrer sur le sujet extrêmement sérieux de l'avenir limité de notre planète impliquant de trouver une autre où aller nous poser ! Plutôt dans l'après-midi j'avais révisé mon sujet grâce à la présentation du travail de la chorégraphe Kitsou Dubois. Le violoncelliste Didier Petit tenait le rôle de Monsieur Loyal de ce quatrième Festival Sidération dont le thème était cette année "Obsessions et fascinations" tandis que Sonia Cruchon, perchée au fond de la salle, nous immortalisait le temps que durera le système qui nous permet de vous envoyer ces réflexions de l'espace...

jeudi 17 avril 2014

Othello d'Orson Welles, au cinéma le 23 avril dans une version restaurée inédite


Si l'on me demandait ce qu'est le cinéma je montrerais sans hésiter l'Othello d'Orson Welles. Nul autre ne sait aussi bien exposer le travail d'illusionniste qu'exige le cinématographe, les sacrifices qu'il exige, la passion qu'il engendre. Après S.M. Eisenstein, Orson Welles est le maître du montage, art de l'ellipse et sens du rythme, et Othello (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice) ne compte pas moins de 2000 plans ! Au premier abord je suis subjugué par la beauté de la lumière, la photographie noir et blanc magnifiant les décors d'Alexandre Trauner et les lieux naturels avec lesquels Welles est obligé de jongler.


Réalisé sur quatre ans, de 1948 à 1952, tant les difficultés économiques furent terribles, le film n'existe que grâce à la vision intérieure de son auteur. Dans Filming Othello, indispensable documentaire qu'il réalise en 1978 sur son chef d'œuvre, Welles raconte : "Iago sort de l'église de Torcello - une île du lagon vénitien - pour entrer dans une citerne portugaise de la côte africaine. Il a traversé le monde et a changé de continent en plein milieu d'une phrase. Dans Othello, cela arrive tout le temps. Un escalier toscan se conjugue avec un rempart marocain pour constituer un lieu unique. Rodrigo frappe Cassio à Mazagan et Cassio lui rend son coup à Orvieto, à mille lieues de là. Les morceaux du puzzle étaient séparés non par de simples espaces mais par des coupures dans le temps ; rien n'était continu, je n'avais pas de script-girl. Il n'y avait pas de moyen de rassembler les images du puzzle, sauf dans ma tête..." Il tourne au Maroc dans la forteresse de Mogador (aujourd'hui Essaouira), à Safi, Agadir et dans cinq endroits en Italie dont Venise évidemment, Rome, Pérouse et Viterbe. Les costumes n'arrivant pas, faute d'un producteur en faillite, il tourne une scène dans les bains turcs avec des serviettes sur la tête et des plans au-dessus de la ceinture. Il cadre serré pour donner l'impression de foule. Ce sont d'abord les sublimes images inspirées par les tableaux de Carpaccio qui nous impressionnent.


La copie restaurée que sort Carlotta est magnifique, même si elle est en partie controversée, probablement avec raison, par le spécialiste Jonathan Rosenbaum. La nécessité de rendre la bande-son compréhensible trahit entre autres certains passages musicaux composés par Angelo Francesco Lavagnino. De sordides histoires de droits interdisent la comparaison avec la version historique qui valut au film la Palme d'or au Festival de Cannes, la troisième fille du réalisateur, Beatrice Welles-Smith, bloquant également Filming Othello (visible sur le Net !) où le couple de comédiens Michael McLiammoir (extraordinaire Iago) et Hilton Edwards (Brabantio, père de Desdemona) participent aux commentaires.


Passé l'inventivité de chaque plan, conçu dramatiquement pour en faire un véritable thriller, je finis par m'intéresser à la tragédie de Shakespeare. Les femmes y tiennent des rôles purs quand les hommes sont vils, veules et pitoyables. Le machisme aveugle d'Othello le jette dans les bras du manipulateur pervers Iago. La jalousie du serviteur, probablement dictée par son racisme envers le Maure, se propage au chef de guerre, être simple et impulsif, incapable de transposer la stratégie militaire aux affaires du cœur. Nul sentiment de culpabilité chrétienne n'encombre son déchirement. La mort encadre le film.

mercredi 16 avril 2014

Birgé Hôtel, 1998


Numérisation des archives. Des dizaines de photographies sont publiées au compte-gouttes sur la page FaceBook d'Un Drame Musical Instantané. De nouvelles bandes magnétiques font sans cesse leur apparition sur le site drame.org, déjà 112 heures gratuites en écoute et téléchargement, réparties en 56 albums inédits (voir le catalogue complet).
En 1998 je bénéficiai d'une carte blanche aux Instants Chavirés de Montreuil. Birgé Hôtel était composé le premier soir d'improvisations musicales avec le trompettiste Bernard Vitet, le guitariste Philippe Deschepper et le batteur Steve Arguëlles sur des textes d'Alain Monvoisin. Lui ayant commandé quatre ans auparavant les dialogues de l'exposition Il était une fois la fête foraine, j'avais envie de l'entendre dans un registre littéraire différent de celui des bonimenteurs et des barons de la foire ! C'est aussi un témoignage de la dernière période en public de mon camarade Bernard Vitet. L'année suivante Arguëlles, qui remplaçait au pied levé Jacques Thollot initialement prévu et hospitalisé, participerait à l'album Machiavel avec Benoît Delbecq. J'avais laissé l'enregistrement du 12 mars de côté, car la batterie est sous-mixée, probablement parce qu'elle n'est pas reprise par les micros de la sono. C'eut été dommage. Philippe Deschepper fera ensuite partie de la dernière mouture d'Un Drame Musical Instantané avec Vitet et DJ Nem. Le Drame sera par ailleurs reformé en décembre prochain avec, entre autres, Hélène Sage et Francis Gorgé...
Le lendemain 13 mars c'était au tour d'un duo avec l'écrivain Michel Houellebecq suivi d'un quartet avec le violoniste Jean-François Vrod, de la contrebassiste Hélène Labarrière et du batteur Gérard Siracusa. Je n'ai pas publié la version live de Établissement d'un ciel d'alternance, moins bonne techniquement que le CD enregistré en 1996 avec Houellebecq et publié en 2006, mais la seconde partie, purement instrumentale, est tout à fait passionnante. Je joue rarement avec une section rythmique (relativement) traditionnelle et c'est la seule fois où je collaborai sur scène avec Vrod qui doublait au violon ténor. J'avais demandé à Siracusa d'apporter seulement des instruments de percussion et, têtu, il n'était venu qu'avec sa batterie ! Hélène Labarrière était, avec Agnès Desnos qui s'occupait des lumières, la seule fille de l'équipée, et sa basse fit merveille comme on pouvait s'y attendre. En fin de soirée, Vitet et Michel Houellebecq rejoignirent l'orchestre.
Pour illustrer le projet Birgé Hôtel je me suis souvenu du fabuleux et mythique Hôtel Atlanta à Bangkok dont j'avais pris quelques clichés, conservé dans son jus des années 50, un peu comme moi certains jours ! Deux longues suites et sept autres chambres structurent cet album de 3h15...

mardi 15 avril 2014

36 rue Vivienne


Je revenais de la Médecine du Travail rue Notre-Dame-des-Victoires. Apte. Déclaré apte. Apte à quoi ? Au travail. Quelle farce ! Je ne m'arrête jamais, j'y carbure. Même mon audiogramme est nickel chrome, comme si mes oreilles étaient toutes neuves. Encore une illusion. Comme le quartier. Centre lifté, débarrassé de son passé populaire. Les grands boulevards n'ont pourtant pas tant changé, si ce n'est les baraques installées coude à coude comme un jour de marché. On y vendait des pralines, on tirait sur des ours animés, ça faisait peur, les boniments des camelots se succédaient comme des pièces de musique... On contournait soigneusement les vespasiennes à cause de l'odeur acre et des mouillettes dégueulasses qui y trempaient... Durant mes premières cinq années j'habitais au 36 rue Vivienne. Sur chaque bout de trottoir s'inscrit un souvenir comme des empreintes de stars sur le Walk of Fame de mon enfance. La boutique à la vitrine entièrement fluo. Le cinéma d'en face. Passage du Panorama, un faux chien terrorisait ma sœur Agnès. À l'autre bout j'ai acheté ma première Dinky Toys, un camion porteur pour quatre voitures. Je recevais dix centimes en revenant du boulanger, "s'il-vous-plaît un pain moulé pas trop cuit !"


Tout est remonté lorsque j'ai vu le panneau de la rue Vivienne accroché à la façade de la BNP flambant neuve. Pas un, mais deux panneaux, l'un au-dessus de l'autre, deux styles, deux époques, le plus récent au look rétro, l'autre en métal ou plastique reproduisant la plaque émaillée originale disparue. Vendue à Drouot qui est deux pas ? Volée par des collectionneurs ? Remplacée pour raison d'État, entendre au profit d'un cousin qui aurait monté sa petite usine pour couvrir l'arrondissement ?


J'allais seul à l'école de l'autre côté de la Place de la Bourse. Il fallait la traverser. Aller. Retour. Je n'avais que cinq ans. Je prenais la main d'un monsieur pour traverser. Je la lui lâchais sur l'autre trottoir. Au-dessus de la porte de mon école maternelle flottait un drapeau bleu blanc rouge. Plus tard je renverrai le bleu au ciel et le blanc à l'absence, lui substituant le noir en ne conservant que le rouge. En 1958 les cars de CRS avaient envahi la Place devant le Palais Brongniart, mais c'était la guerre d'Algérie. Leur présence militaire affichait le racisme ambiant. Trente ans plus tard j'enregistrerai dans la corbeille pour sonoriser le film L'argent de Marcel L'Herbier avec Un drame musical instantané. Je l'ai retrouvé. Trois heures et quart en trio ! L'arnaque décrite par Zola se perpétue aujourd'hui. Ce n'est plus là que cela se passe, mais la Bourse reste l'art de voler aux petits porteurs. Je reprends la route vers l'Opéra, mais cette fois je trace vers Ace faire mes emplettes coréennes.

lundi 14 avril 2014

L'interprétation des rêves ce soir à La Java


Le chiffre 7 revient trop souvent ? Vous vous souvenez de votre naissance ? Quand avez-vous été poursuivi pour la dernière fois ? Avez-vous peur des lions ? Vous êtes-vous jamais promenés dans un tableau ? Chantez-vous pour vous endormir ? N'avez-vous jamais traversé le miroir ? Les morts reviennent-ils parfois ? Pensez-vous pouvoir remettre le compteur à zéro ? Comment vous débarrasser d'un cauchemar obsédant ? Comptez-vous les moutons ? Comment pouvez-vous vous souvenir d'autant de détails ? Vous ne rêvez jamais ? Si vous désirez tout savoir, ce soir à 20h30 l'orchestre répondra en musique aux questions les plus intimes !
Alexandra Grimal (sax soprano et ténor), Antonin-Tri Hoang (sax alto et clarinette basse), Fanny Lasfargues (basse électro-acoustique), Edward Perraud (batterie et électronique) et moi-même (clavier, Tenori-on, trompette à anche, etc.) improviserons également les rêves de quelques spectateurs !
Une première version de Rêves et cauchemars avait été enregistrée en trio au Triton par Messieurs Birgé, Hoang et Perraud en mars 2013. Un an a passé. Mesdemoiselles Grimal et Lasfargues se joignent à eux pour cette nouvelle aventure dans les méandres de l'inconscient.

Rêves et cauchemars, concert organisé par les Disques Futura et Marge dans le cadre de la programmation mensuelle Jazz à LA JAVA, 105 rue du Faubourg-du-Temple 75010 Paris, 01 42 02 20 52 (Mo Belleville & Goncourt, Bus 46 & 75, Noctilien Belleville, Vélib 116 boulevard de Belleville & 2 rue du Buisson-Saint-Louis) - Entrées : 10 € & 7 € (en montrant la photo de l'évènement, également étudiants, chômeurs, parents ou amis des musiciens programmés, personnes âgées)...

vendredi 11 avril 2014

Brut de répondeur


En 1977 l'usage du répondeur téléphonique était peu répandu en France. Les premiers messages enregistrés sur le répondeur Sanyo rapporté des USA par Luc Barnier montrent comment les interlocuteurs, déstabilisés par la machine, sont dans l'obligation de l'apprivoiser.
L'ensemble, sauvé grâce au système d'enregistrement sur cassettes audio, une en boucle pour les annonces, l'autre de 30 ou 45 minutes pour les messages laissés, constitue un cut-up dramatique d'une force incroyable. En quelques secondes, parfois quelques minutes, la nécessité d'aller à l'essentiel provoque des saynètes documentaires produisant l'effet de la fiction. Certaines sont énigmatiques, d'autres triviales, de temps en temps un concert intime crée une pause...
À se confier seul dans l'urgence face à une machine sans état d'âme émerge la profondeur analytique. Que l'on identifie les voix n'a pas d'importance, sauf pour ceux qui connaissaient les nombreux disparus qui nous manquent cruellement. Le ton de la voix, un silence, un rire forcé, une confidence... Le divan machine. L'usage généralisé ne permettrait plus aujourd'hui une telle franchise. La puissance évocatrice de cette collection fabuleuse de témoignages où les protagonistes sont livrés au miroir de la parole rappelle à la fois les paysages sociaux des radiophonies que je composais dès 1973, les confrontations godardiennes des Histoire(s) du cinéma et mon goût pour les pièces courtes et dramatiques qu'en musique on appelle vulgairement des morceaux. L'album Saynètes est en écoute et téléchargement gratuits.

jeudi 10 avril 2014

Albert Marcœur bricoleur du dimanche


Cela se passe en banlieue ou à la campagne, dans une ferme ou un petit pavillon de province. Albert Marcœur raconte la France profonde des Français moyens avec un sens de l'observation à la Jacques Tati. Tendrement il débusque le cocasse dans le quotidien. Une veste marron à petits carreaux habille son corps voûté de petit retraité. Ses soubresauts quasi parkinsoniens s'évanouissent lorsqu'il rythme une bourrée sur la table qui lui tient lieu de pupitre. Pendant que je me remémore la soirée d'hier organisée au Cirque Électrique, Porte des Lilas, dans le cadre du festival Sonic Protest, j'écoute son premier album sorti en 1974. Je l'avais acheté parce qu'on racontait qu'il était le Frank Zappa français. C'était aussi bête que de comparer Un Drame Musical Instantané avec l'Art Ensemble, les Residents ou John Zorn, mais faute de n'y rien comprendre les marchands ont recours aux comparaisons éclairs. Marcœur faisait rire les copains, ses chansons étaient simples comme bonjour, avec des rythmes marteaux et des mélodies tournevis. Ce mercredi est comme un dimanche. Marcœur est resté fidèle à ses premiers émois comme en amitié. Pour le spectacle intitulé "Si oui, oui. Sinon non." le Quatuor Béla l'entoure avec beaucoup d'affection, enveloppant les chansons parlées d'un délicat nuage de cordes frottées. Peu de quatuors à cordes oseraient faire les chœurs d'un tel farceur, même s'ils le font avec cœur et la retenue qu'impose leur statut classique, costumes gris sur chemises noires. Le spectacle est si léger qu'aucune grossièreté ne saurait déparer l'élégance de l'ensemble. On les aurait vêtus de joggings que le spectacle n'eut pas été différent. La grande classe !


En première partie, L'Œillère (Nicolas Gardrat) gratte sa guitare acoustique barbare comme une mitraillette. Ses accords parallèles rappellent la détermination de Charlemagne Palestine, mais les arpèges claqués nous amènent vers des pauses où les frêles harmoniques forcent les spectateurs du bar au silence. Lui succède le chanteur bruitiste Phil Minton au meilleur de sa forme, attrapant le moindre soupir du public pour le tordre jusqu'au cri, le faire sourire aux anges ou l'enfoncer dans l'enfer. Zapping vocal permanent, borborygmes en phylactères, l'histoire qu'il raconte est de l'ordre de l'abstrait, auto-portrait à la manière de Francis Bacon, aussi incontournable qu'insaisissable. Si la soirée dure quatre heures chaque partie est suffisamment courte pour que j'en arrive presque à oublier la dureté du bois des bancs. Je rentre à pied.

mercredi 9 avril 2014

De la matérialisation des rêves


Rien à voir avec le concert de lundi prochain, même si le titre pourrait le laisser penser...
À 40 ans je pensais que j'aurais pu m'arrêter. Idée présomptueuse, j'avais besoin de me rassurer, de braver le sort, de me prouver que j'étais encore capable de renaître. Nous avions fait la une de grands quotidiens, nous avions été joués à l'Opéra, et l'œuvre du Drame était déjà considérable. J'avais composé plus de 1000 pièces, été lauréat de prix internationaux, rencontré les artistes que j'estimais le plus au monde, j'avais l'impression que ma vie avait été bien remplie, avec raison. Je pouvais tout autant remettre mon titre en jeu et continuer à faire des choses que je ne savais pas faire. Quiconque a suivi un cursus universitaire traditionnel ne peut imaginer le sentiment d'usurpation des autodidactes. Il m'aura fallu encore une quinzaine d'années pour m'en débarrasser, grâce aux générations suivantes qui se fichaient bien du chemin pour apprécier l'aboutissement. Aujourd'hui le bilan pourrait être le même si je n'étais monstrueusement curieux, sentiment que j'ai appelé la nostalgie du futur.
Mais revenons à la photo que Horace prit à notre demande pour illustrer le roman-photo ornant l'intérieur de l'album Rideau ! d'Un Drame Musical Instantané paru en 1980, une sorte de jeu de l'oie ou de Monopoly où Pierre Boulez incarnait à nos yeux le nouvel académisme institutionnel, la musique du pouvoir. Nous avancions en plein fantasme quand, quelques années plus tard, la chorégraphe Karine Saporta nous proposa de composer la partition de Manèges, commande du GRCOP (Groupe de Recherche Chorégraphique de l'Opéra de Paris). La probabilité d'être joués à l'Opéra de Paris était aussi forte que lorsque nous rêvâmes de composer pour un orchestre symphonique et qu'Alain Durel et Yves Prin, qui était alors à la tête du Nouvel Orchestre de Radio France, nous commandèrent La Bourse et la vie ! Les répétitions à l'Opéra nous permirent de visiter le sublime édifice baroque construit par Charles Garnier, certes pas aussi profondément qu'avec l'extraordinaire virtualité de Google qui nous promène du toit jusqu'au lac souterrain avec des vues à 360°, mais suffisamment pour nous faire voyager dans le passé imaginé par tous les trois alors plongés dans les opéras du XXème siècle. De Mélisande à Salomé et Elektra, de Louise à Wozzeck et Lulu, certains fantômes ne cesseront pourtant jamais de me hanter !

mardi 8 avril 2014

Arnaque contre arnaque


Fin 2010 j'avais bien travaillé, ou plus exactement "gagné ma vie" car les artistes savent faire la différence entre travail et salaire (mes activités me prennent en effet 15 heures par jour, mais rares celles qui sont rétribuées !). J'en ai donc profité pour acheter une voiture neuve. Âgée de 25 ans l'Espace est partie direct à la casse. Ainsi après étude appliquée et quarante ans de bonne conduite, tant la presse que les vendeurs automobiles m'ont prescrit ma première voiture au diesel en insistant sur son caractère économique et écologique. Lancé en 2007, le label eco², toujours affiché sur le pare-brise arrière, était censé définir trois critères écologiques en termes de fabrication, d’usage avec les émissions de CO2 et de recyclage.
Dès la prise en main nous eûmes quelques doutes en sentant les émanations de gaz qui s'échappaient à l'allumage. Depuis, le discours écologique s'est inversé. Hier le journal Libération titrait "Sus au diesel" en détaillant les inconvénients meurtriers de cette source d'énergie. Nous qui étions fiers de moins polluer rejoignions la foule des criminels. Comme si les laboratoires découvraient soudainement l'existence des particules fines qui participent à mes crises d'asthme ! L'industrie automobile étant un lobby hyper-puissant prêt à tous les mensonges comme celui du tabac, comment discerner le vrai du faux ?
Les règles de santé s'affinent-elles ou le parc automobile étant arrivé à saturation il est profitable de le changer pour que les usagers soient obligés de racheter une nouvelle voiture ? On va interdire les cheminées à bois et les barbecues, mais on laisse les diverses industries polluer dans les grandes largeurs. On nous a fait le coup plus d'une fois : les ampoules économiques dix fois plus chères que les ordinaires se sont avérées encore plus toxiques, irrecyclables, et pas plus durables, les CD étaient censés être inusables et dynamiques, les ordinateurs deviennent incompatibles à vitesse V, les médicaments se révèlent dangereux lorsque se pointent les génériques sur le marché, etc., sans compter les haros sur la viande, le poisson, les fruits, les légumes selon les époques ! L'intoxication n'est pas seulement dans l'air que nous respirons, elle est aussi dans l'air du temps. Lorsque la population est entièrement équipée d'une machine l'industrie lance aussitôt un nouveau produit, incompatible avec les précédents qu'elle se déclare incapable de réparer. Pour la plupart des matériels les lois européennes fixent à cinq ans l'obligation pour un constructeur de fournir les pièces de rechange ! De qui se moque-t-on ?
Comme l'obsolescence programmée la réglementation de nouvelles normes est affaire de marketing planifié de longue date. Où se situe l'arnaque ? Lorsque l'on m'a vendu mon véhicule au diesel écologique ou lorsque l'on m'intime l'ordre de revenir à l'essence ? Il est à craindre que les deux soient vrais. L'industrie automobile formate nos vies en façonnant nos villes et nos campagnes. Le bitume et le ciment sont les rois du pétrole. La nature dont nous faisions partie disparaît peu à peu. En privilégiant le véhicule individuel et la route à tout autre moyen de locomotion collectif le lobby automobile influe sur nos us et coutumes, sur nos manières de penser et d'être ensemble. On nous interdira le purin d'ortie, de planter des graines d'espèces rares ou de se faire griller un poulet à la broche dans son jardin, pendant que l'on nous fera changer encore combien de fois de polluant pour voyager ? On apprendra bientôt à la une des journaux comment le solaire, l'électricité ou les éoliennes n'ont pas que des avantages... Une seule solution, laisser le plus souvent sa voiture au garage et pour être certain de ne pas aller respirer les émanations toxiques des autres en pédalant dans le brouillard, rester chez soi, et pourquoi pas, s'enfermer dans sa bagnole, car il faut bien trouver un moyen de la rentabiliser en la recyclant...

lundi 7 avril 2014

Rêves et cauchemars, lundi 14 avril à La Java


J'ai demandé à chaque membre de l'orchestre de raconter deux rêves qui les ont particulièrement marqués. L'orchestre interprétera ensuite librement ces fantaisies ou drames qui en disent long sur notre art tant il est intimement lié à nos vies. La salle historique de La Java se prête merveilleusement à ces retours vertigineux dans le passé qui façonnent notre avenir. Lundi 14 avril à 20 h 30 Alexandra Grimal (sax soprano et ténor), Antonin-Tri Hoang (sax alto et clarinette basse), Fanny Lasfargues (basse électro-acoustique), Edward Perraud (batterie et électronique) et moi-même (clavier et divers) y improviserons également les rêves de quelques spectateurs !

Merci à Gérard Terronès et aux Disques Futura et Marge de nous inviter dans le cadre de sa programmation mensuelle Jazz à la Java, 105 rue du Faubourg-du-Temple 75010 Paris, 01 42 02 20 52 (Mo Belleville & Goncourt, Bus 46 & 75, Noctilien Belleville, Vélib 116 boulevard de Belleville & 2 rue du Buisson-Saint-Louis) - Entrées : 10 € & 7 € - Préventes disponibles sur Digitick & Fnac

BIRGÉ / GRIMAL / HOANG / LASFARGUES / PERRAUD "Rêves et cauchemars"

N.B.: détail d'importance - l'entrée est "gratuite (un petit verre au bar est apprécié) pour tous les musiciens (quels que soient leurs styles et leurs origines), ainsi que pour tous les acteurs du jazz reconnus (médias divers, journalistes spécialisés, organisateurs de concerts, festivals, jazz clubs, producteurs de disques, techniciens...)."
Sinon 7 euros (au lieu de 10) en montrant un des mails ou la photo de l'évènement...
Pour les photographes et vidéastes, Terronès est plus exigeant. Condition : laisser utiliser aux musiciens, à la Java ou lui une photo ou une copie du film... Il se trompe toujours sur l'expression "libre de droits", il s'agit seulement des blogs persos, pas de la donner aux journaux sans qu'ils rétribuent le photographe...

vendredi 4 avril 2014

La musique des archives de la planète


Pourquoi ma photographie d'une bobine de film posée sur la moquette rouge de la chambre rose fait-elle irrémédiablement penser à Méliès ? Il ne suffit pas que le vieil objectif, posé comme si de rien pour camoufler un larcin, rappelle l'obus du Voyage dans la lune. Savoir lire les lignes du dessin transformerait-il n'importe quel cinéphile en cartomancien ? À ce jeu le passé se devine mieux que l'avenir. Les archives révèlent les intentions des explorateurs. L'enregistrement des preuves sont les signes d'un destin prévu de longue date. Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Tiens, j'ai justement proposé de reprendre le titre de Mallarmé pour une éventuelle série de concerts servis sur le plateau de la rentrée. À suivre. L'oracle pourrait livrer ses partitions. Je parle à demi-mot, il faut creuser toujours plus profondément. Plus tard on dira que tout avait été dit.
Le grenier a donc recraché de nouveaux trésors. Cette fois quatre bandes originales de films, réalisés par Jocelyne Leclercq pour la Cinémathèque Albert Kahn, dont j'avais composé la musique entre 1986 et 1990. L'accordéoniste Michèle Buirette a cosigné le premier, Paris 09-31, archives de Paris filmé par les opérateurs Lumière qu'envoyait par le monde le banquier philanthrope. Bunraku, Shōwa Tennō et Deux fêtes au pays des Kami forment un triptyque japonais. Lorsque j'appris que toute l'ambassade serait présente à l'inauguration je craignis tout à coup que mes japonaiseries leur paraissent insultantes. Jocelyne et son compagnon et monteur Robert Weiss m'expliquèrent que mes intentions étaient restées abstraites pour le public japonais. En somme je fus sauvé par mon imagination ! Ma grand-mère m'ayant raconté notre cousinage maurimonastérien avec Albert Kahn je me souviens que Mademoiselle Beausoleil, directrice du Musée où figuraient les archives de la planète, m'appelait l'héritier. La famille ne possédait pas que des philanthropes puisque Marcel Bloch-Dassault créchait sur l'une de ses branches. Nous figurions la pauvre, révélation rassurante pour l'enfant que j'étais déjà.
Ma numérisation quasi systématique des bandes magnétiques en passe de disparition offrit d'autres surprises. Ainsi cette semaine je découvre et mets aussitôt en ligne un dialogue avec Bernard Vitet où nous posions pour France Musique en 1977 les principes d'Un Drame Musical Instantané moins d'un an après sa fondation (index 35). Un trio avec Francis Gorgé et Hélène Sage (index 11), la musique d'un audiovisuel de Michel Séméniako et Marie-Jésus Diaz composée en duo avec Hélène (index 17), le long jingle pour les représentations de L'homme à la caméra à Déjazet sur Radio Nova (index 32), l'annonce de l'émission USA le complot pour France Musique (index 33), le générique de ma série Improvisation Mode d'emploi pour France Culture (index 34) ferment le ban. Cette jolie moisson est couronnée par Les archives de la planète, filmographie partielle de mon apport musical aux inestimables documents cinématographiques conservés à Boulogne-Billancourt puisque j'y œuvrai pendant 20 ans de 1984 à 2004... En écoute et téléchargement gratuits.

jeudi 3 avril 2014

Magnitude 7.4


Depuis Santiago du Chili Françoise m'envoie quelques notes sur les films qu'elle a vus au festival auquel participait Baiser d'encre, son dernier long métrage (gros succès, mais ça c'est une autre histoire). Je me mets aussitôt en quête et projette Gabrielle, le nouveau film de Louise Archambault. C'est en effet un beau film. Une chorale constituée de handicapés mentaux répète en vue d'un concert où elle doit accompagner Robert Charlebois. La différence ou son absence est le sujet de ce tendre film québequois qui met en scène les émois de l'adolescence. La magie cinématographique doit beaucoup aux acteurs dont on ne sait s'ils sont sortis d'un documentaire ou entrés dans la fiction. Ce genre de film passe souvent inaperçu lors de l'exploitation en salles. Dommage ! La critique préfère nous bourrer le mou avec les attractions foraines et des histoires sordides. Heureusement des comédies comme Les Garçons et Guillaume, à table ! ou 9 mois ferme trouvent grâce aux yeux du public et de la profession. Succès mérité. Mais combien de petites merveilles passent à l'as faute d'un budget promo conséquent !?
Le festival est terminé. Sur la Cordillère des Andes les volcans crachent leur fumée noire. Françoise s'est envolée pour le désert d'Atacama où la nuit est si sombre que les astronomes y ont trouvé l'endroit idéal pour regarder les étoiles. Et puis mardi soir, pouf ! Tremblement de terre magnitude 7.4, épicentre à quatre heures de route de San Pedro. Il ne faudrait pas que ce soit plus fort. Pendant quelques minutes c'était très impressionnant. L'électricité est coupée. Dîner aux chandelles. Sans télé, sans musique. Enfin le silence !

mercredi 2 avril 2014

Cristobal Tapia de Veer, l'électro d'Utopia


Chose inhabituelle, après mon article sur la série britannique Utopia, j'ai acquis le CD de la musique composée par Cristobal Tapia de Veer. La partition électro tranche radicalement d'avec ce que les réalisateurs nous infligent le plus souvent, d'un côté un sirop piano et cordes lénifiant, de l'autre des pompes kitchissimes et grandiloquentes. Le contrepied musical humoristique offre la distance nécessaire qu'exige parfois la brutalité de l'action. La mécanique rythmée insiste sur les rouages de la machine infernale du complot. Les sons organiques tranchant avec l'électro popisante du laptop me rappellent le travail de mon camarade Sacha Gattino. Dans le livret on ne sera donc pas surpris que le réalisateur Mac Munden se réfère à Krystof Komeda, Stock Hausen & Walkman, et à Delia Derbyshire sur laquelle il réalisa un documentaire pour la BBC. Il y a en effet des réminiscences de White Noise en plus des drones et des rythmiques de tubo-percussions. Le Chilien émigré à Montréal souffle dans des os humains, tape sur une crotte de rhinocéros et enregistre les cris primaux d'un ami réalisateur lorsqu'il ne programme pas simplement son ordinateur portable. 75 minutes revigorantes !

mardi 1 avril 2014

Je ne comprends rien à la politique


Je ne comprendrai probablement jamais rien à la politique, entendre aux choix de ceux et celles qui nous gouvernent et nous envoient régulièrement dans le mur. Lorsque la droite menace, pourquoi la gauche va-t-elle dans son sens au lieu de prendre la tangente ? Comme les Communistes avaient dissous leur idéologie dans le Programme Commun, à leur tour le Parti Socialiste se fond dans des revirements sécuritaires et austéritaires. Or jamais ils n'arriveront à battre la droite sur leur terrain. Ils leur courent lamentablement après au lieu de proposer des alternatives intelligentes. Essayez donc de vous débarrasser de la stupidité en devenant stupide ! N'avoir fait ni l'ENA ni Sciences Po me rend idiot devant l'absurdité des hommes.
Je n'imagine évidemment pas que les membres du PS soient des gens de gauche, mais ils ont au moins parfois mauvaise conscience à poursuivre des politiques de droite. Manuel Valls n'aura probablement pas ce cas de conscience, le président l'engageant pour qu'il fasse ce que les Français attendent, du moins tel que les médias leur suggèrent de penser. Le spectacle commence à 20 heures. Nous vivons dans un monde S.M. où les électeurs se déguisent en lapins et où il suffit aux dominants de simuler pour que tout le monde y trouve son compte. Comme si perdre était un luxe !
Je suis un peu triste, mais n'allez pas croire que je sois catastrophé de voir ma ville en proie à des serres aussi acérées que celles du maire sortant, j'ai toujours perdu au jeu de la démocratie, pitoyable mascarade qui laisserait penser que nous choisissons nos représentants. Je pense seulement aux couillons qui n'ont pas bougé leurs fesses pour empêcher les partisans de l'austérité de prendre leur cité d'assaut et risquent de le regretter lorsqu'ils devront quitter leur HLM cette fois avec leurs meubles. Comment pourront-ils honorer l'offre qui leur sera faite d'acheter leur appartement de 50 m² qu'ils louaient jusqu'ici 500 euros lorsqu'il sera vendu au privé pour résorber les dettes municipales ?
Rien d'étonnant à ce que Bagnolet passe entre les mains d'un baron de Bartolone, ils ont suffisamment arrosé le terrain pour que ça paie. Il est instructif de regarder quelles associations furent "subventionnées" par la réserve parlementaire du député Razzy Hammadi, c'est officiellement publié. Mais il y a pire. Tous les partis ont participé à l'hallali lancé contre les communistes en commençant par leur ancien dirigeant, le maire sortant qui se frotte les mains d'avoir barré la route à son ancien premier adjoint, revanche minable d'un malade consistant à faire tomber la ville dans l'opposition. Après moi le déluge... Les voix non reportées de Lutte Ouvrière et du Parti Ouvrier Indépendant auraient évité le casse-pipe. Qui parmi tous les candidats se préoccupait réellement du sort de la population ? Pas compliqué, le seul qui n'avait pas rêvé de l'être. À quoi rime de faire bande à part si c'est pour laisser la ville entre les mains d'un nouvel Everbecq ? L'ambition personnelle de la candidate Vert qui se rêvait mairesse et rien d'autre ("on n'est tout de même pas du même niveau !") a empêché la moindre discussion avec la liste PCF-PG alors qu'elle ne s'interdisait pas les contacts avec le PS et, pire que tout, avec les social-traîtres de la liste de Mohamed Hakem qui ont rejoint les socialistes au second tour alors que leurs engagements étaient diamétralement opposés. À quoi rime de jouer les révolutionnaires si c'est pour s'associer au parti de l'austérité ? Tous portent la responsabilité du sort que di Martino réserve à nos concitoyens. Conservez précieusement son programme que l'on aille bientôt en débattre devant le Conseil Municipal, car comment peut-on croire une seconde à son application ? Même nous avions des traîtres jusque dans nos rangs, mais peut-être l'ignoraient-ils eux-mêmes ? Pendant cette campagne j'ai aussi rencontré des personnes formidables, des êtres moraux dont je ne partage pas forcément les idées, de vrais amis. La ville est une fractale de la nation, elle-même aussi absurde que ce qui se trame à l'échelle de la planète. Je ne comprendrai jamais rien à la politique. Nous allons droit dans le mur, socialement, humainement, écologiquement, et tous regardent passer les trains sans moufeter. Pourquoi la plupart des gens votent-ils contre leurs intérêts de classe ? Quelle culpabilité les guide ? Irons-nous nous noyer tous ensemble avec les lemmings ? Quelle terrible catastrophe attendons-nous pour nous élever contre les puissants qui nous manipulent ?
Poisson d'avril ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et ce grâce à nous, à chacune et chacun d'entre nous. Car tous ensemble nous accomplissons des miracles. C'était une blague. Je me réveille et la planète est comme je l'avais rêvée à la fin des années 60, pleine de fleurs et d'amour, de justice sociale, d'égalité, de fraternité et de liberté, une époque révolutionnaire où tout semble possible. Peu importe que je ne comprenne rien à la politique. Ah que la vie est belle !

lundi 31 mars 2014

La vie de chien de Moondog


Si j'avais acheté à sa sortie en 1969 l'album qui l'a révélé au grand public j'ignorais presque tout de la vie de Louis Thomas Harlin dit Moondog dit The Bridge dit le Viking de la 6ème Avenue dit le clochard céleste... Avec Young Dynamite je lui avais rendu hommage en participant à la compilation de 2005 que lui avait consacrée Trace Label, évoquant l'explosion du bâton de dynamite qui l'avait rendu aveugle à 16 ans. L'année dernière Sylvain Rifflet proposait à son tour un spectacle fabuleux autour de sa musique, convoquant entre autres un chœur d'une quarantaine d'enfants. J'avais écouté la discographie de Moondog quasi intégrale, soit une vingtaine d'albums sans compter les interprétations diverses de Janis Joplin au Kronos Quartet en passant par sa collaboration avec Julie Andrews, étudiant les influences de Bach, Stravinsky ou Charlie Parker, mais le personnage lui-même restait un mystère. Commencée dans le métro, j'ai terminé d'une traite son incroyable biographie qu'Amaury Cornut vient de publier aux éditions Le Mot et le Reste. Le site de ce fan dévoué est d'ailleurs une mine pour quiconque s'intéresse au compositeur que beaucoup considèrent à son corps défendant comme le premier minimaliste, ayant influencé Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass et tant d'autres. On peut y entendre les instruments à cordes et à percussion qu'il inventa tels les dents du dragon, le Hüs, le Oo, le trimba et le Uni !
La vie de Moondog est une tragédie au cours de laquelle l'homme vivra longtemps dans la rue, coupé de sa famille, des femmes qu'il a aimées et de ses filles, vagabond errant bénéficiant ça et là du soutien d'un admirateur qui le sauvera plus d'une fois de la mélancolie, se raccrochant chaque fois à la musique. Il ne serait pas étonnant qu'apparaisse un de ces jours un biopic mettant en scène la poésie de cette solitude qui contraste tant avec l'excitation irrépressible que produisent ses rythmes en 5/4, 5/2, 7/2, 5/8, 9/8 avec la maraca ou la grosse caisse symphonique au cœur battant. De même on découvrira probablement des pièces inédites dans les temps à venir, mais la musique de Moondog est encore mal connue, seules quelques pièces comme Bird's Lament traversant l'obscurité qui l'entoure. Inventeur d'instruments comme Harry Partch, intégrant du field recording (reportage en extérieur) dès 1956, retrouvant dans l'écriture le précieux swing des jazzmen, s'appuyant sur la musique des Indiens d'Amérique, développant le contrepoint que l'atonalité a dissous dans une nouvelle harmonie, adepte du recyclage en faisant du neuf avec du vieux, s'emparant du re-recording pour enregistrer lui-même des dizaines de pistes, composant des madrigaux ou improvisant, Moondog restera un compositeur inclassable, à la fois simple et complexe, que les générations futures découvriront malgré ou grâce aux modes qui se succèdent et s'épuisent les unes après les autres. La dernière partie du livre d'Amaury Cornut suit la chronologie des disques parus, nous permettant ainsi de relire son histoire à la lumière de la musique, comme si nous comprenions le braille.

vendredi 28 mars 2014

L'auto-défense en libre-service


La pub virale qui tombe dans ma boîte mail fait froid dans le dos. Un site français propose toute une gamme d'armes autorisées sous la dénomination "auto-défense". Du paralyseur à 3 200 000 volts (79 euros port inclus) aux bombes lacrymogènes "pour toute la famille" (39,90 euros le pack de 4) vous voilà parés contre toutes les agressions ! Et si cela ne suffit pas vous pouvez toujours vous rabattre sur les revolvers à gaz comprimé avec de vraies balles de 6mm ou sur des arbalètes avec portée de 100 mètres. Si votre budget ne le permet pas, optez pour des lance-pierres sophistiqués dits de compétition. On peut se demander en quoi la cagoule d'intervention 3 trous à 6,90 euros fait partie des vêtements de sécurité et à quoi servent les pelles pliables ou démontables ? Mais c'est surtout les tasers qui me sidèrent. Vous me direz, nous ne vivons pas aux États-Unis où le port d'arme est autorisé voire encouragé, on connaît les dégâts que cela engendre, mais tout de même la législation française laisse passer de drôles d'objets.



En 1983 le Drame avait composé une pièce à partir de témoignages radiophoniques pour nous moquer des fachos qui jouent sur la peur de l'autre, cet autre qui n'est qu'un autre soi-même, l'horreur absolue ! Bernard Vitet était au violon (sous surveillance), Francis Gorgé maniait la guitare électrique et un instrument électronique peu recommandable, en plus de taper ma déposition sur un Bösendorfer je diffusais le son des paranos. Légitime défense faisait partie d'une émission de création de plus de 3 heures commandée par France Musique.
Rien n'a changé. Il y a toujours autant de malades. La brutalité des hommes a toujours été pour moi une énigme. La France joue les redresseurs de tords, mais reste le troisième exportateur d'armes dans le monde, certes loin derrière la Russie et les États-Unis, mais pour 9%. Qui sont les véritables criminels ? Les assassins ou ceux qui les y incitent ? Le capitalisme est d'une rare hypocrisie. Le goût du profit pousse aux pires exactions. La paranoïa s'empare des hommes pour justifier leurs crimes. Il est minuit, bonnes gens, dormez en paix !

jeudi 27 mars 2014

Quand le monde rêvait son avenir


Comment le monde a-t-il pu se dissoudre à ce point ? Comment les peuples ont-ils pu oublier que l'avenir serait révolutionnaire ou ne serait pas ? Qui avait intérêt à les monter les uns contre les autres ? Comme partout 1969 fut une année pleine de promesses. L'Afrique aussi était au diapason de la révolution qui secouait la planète. Le Festival Panafricain d'Alger rassembla tous les pays du continent, du Maghreb à l'Afrique du Sud, du Tchad au Sénégal, du Mali à l'Angola. Musique, théâtre, conférences, spectacles, défilés, affirment que la culture est l'élément primordial de la révolution. Chaque nation envoie à Alger ses artistes et ses intellectuels. Les couleurs explosent sur l'écran. Les costumes ancestraux apparaissent futuristes, les traditions africaines inspireront les nouvelles musiques occidentales tandis que les discours politiques mettent en garde la population contre le colonialisme et le néocolonialisme. Des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues d'Alger pour fêter la future Afrique, une et solidaire. Les mouvements sud-africains et rhodésiens (futur Zimbabwe) dénoncent l'apartheid. Participent à cette première édition du festival Miriam Makeba, Choukri Mesli, Barry White, Manu Dibango, Nina Simone, Ousmane Sembène, Aminata Fall André Salifou... Parmi les jazzmen Chicago Beau, Lester Bowie, Julio Finn, Malachi Flavors, Burton Greene, Philly Joe Jones, Jeanne Lee, Hank Mobley, Grachan Moncur III, Randy Weston… Mais je ne me souvenais que d'Archie Shepp grâce au disque paru chez Byg, concert de free jazz héroïque du 29 juillet 1969 avec pléthore de musiciens algériens ainsi que Dave Burrell, Clifford Thortorn, Alan Silva, Sunny Murray et le poète Ted Joans scandant "We are still back, and we have come back. Nous sommes revenus ! Jazz is a Black Power. Jazz is an African Power. Jazz is an African music !" Il faudra attendre quarante ans pour que le Festival renaisse en 2009, mais William Klein n'est pas là cette fois pour l'immortaliser. Si l'apartheid a été vaincu, l'Angola et le Mozambique libérés du joug portugais, les révolutions ont tourné court. La colonisation à l'ancienne a laissé la place au capitalisme international soutenu par des gouvernements corrompus. Les tentatives de libération ont chaque fois été assassinées comme Thomas Sankara au Burkina Faso.


William Klein est un immense réalisateur, mésestimé, probablement trop inventif. Fiction ou documentaire, chacun de ses films fait preuve d'une indépendance qui continue à coûter cher aux artistes que les marchands ne savent pas ranger dans leurs petites boîtes étriquées. Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (1966), Muhammad Ali, the Greatest (1969), Mister Freedom (1969), Le Couple témoin (1977), Grands soirs & petits matins (1978), The French (1982), la série Contacts (1983) dont il a l'initiative, sont autant d'œuvres à redécouvrir comme ses photographies exemplaires. Chacun de ses mouvements sont des coups de poing assénés à la banalité, des cris de révolte contre la stupidité des hommes, des chants d'espoir aussi où le style effilé et revendicatif tranche avec la mollesse de ceux qui pensent que le moindre sujet polémique est compliqué. Ses images sont cadrées, leur assemblage monté, on appelle cela du cinéma. Les documents d'archives replacent l'actualité dans le sens de l'Histoire. Et William Klein tourne ce Festival Panafricain d'Alger 1969 comme un grand film politique, on l'appellera un "opéra du tiers-monde". Il est plus proche de Jean-Luc Godard que maint cinéaste de la Nouvelle Vague qui renièrent vite leur révolte adolescente. Les cartons rouge et noir interrogent plein cadre : Qu'est-ce que l'Afrique ? Qu'est-ce que le Festival ? Qu'est-ce que la culture ? Le film se clôt avec La culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas. Cette affirmation n'est-elle pas la clé de toute civilisation ? L'oublier, c'est verser dans la barbarie. Nous n'en sommes pas loin.

Arte a édité le film en DVD, disponible également en VOD, en même temps qu'un autre film de William Klein avec Eldridge Cleaver, Black Panther exilé à Alger.