Jean-Jacques Birgé

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vendredi 6 mai 2016

Vers de nouvelles aventures


Tant d'années se sont écoulées depuis nos dernières vacances à l'étranger. Besoin de se changer les idées. Entendre une langue que je ne comprends pas ou un peu. Vivre au rythme du pays. S'adapter à ses codes. Changer d'angle en somme. Se reposer. Escalader des volcans. Remonter le temps. Rester béat devant l'horizon. Loin de la terre. Profiter de la nuit.
Ces derniers mois mes activités professionnelles ont été parisiennes. Le Louvre, la Cité des Sciences et de l'Industrie, le Grand Palais, bientôt le Panthéon et le Palais de Tokyo. "Vous me décorez !" clame Jules Berry sur Le chemin de Rio. Sa voix résonne à la fin de Trop d'adrénaline nuit, premier album du Drame. Ces monuments investis sont autant de médailles épinglées sur le poitrail d'un dignitaire de Pyongyang. S'enchaînent Le regard explorateur, Darwin l'original, Carambolages, les Monuments aux morts et Rester vivant. Je compose, sonorise, participe. Première personne, du singulier. Expérimente, enregistre, découpe, mixe et remixe.
Besoin de se perdre dans la foule. Respirer d'autres saveurs. J'emporte appareil-photo, magnéto et stylo, mais le blog marque une pause. Trois semaines sans tuyaux, sans perfusion. Ça sent déjà le soufre. Thermal. Incroyable. Le retour sera félin.

jeudi 5 mai 2016

Siné part en musique


Siné nous a quittés ce matin. En 2006 il était déjà mal en point et nous avions réalisé tous nos entretiens par mail pour la rubrique Le cours du temps dans la cadre du Journal des Allumés du Jazz... Parmi tous ses admirateurs, les musiciens pensent très fort à lui...
Le chapeau disait alors : " À 78 ans, Siné a cru en tout sauf en Dieu, tout ce qui nous a fait avancer ; tout ce qui nous a déçus aussi parfois. Et comme il a cru en tout, il a aussi défendu le jazz qu'il a aimé passionnément (et aime encore), qu'il a croqué, critiqué et associé à ses luttes nombreuses. Siné est de ceux qui ont fait avancer le monde, ceux qui ne l'ont pas trahi."

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In vino veritas


La cave est si sombre que j'ai du mal à lire les étiquettes. Avec une lampe frontale et mon iPhone qui supporte mieux l'absence de lumière que le Lumix je suis descendu faire mon Arman sans la casse. Deux fois par an je remplis les places vides avec du rouge et du blanc. En vieillissant le vin se bonifie, mais je le supporte de moins en moins bien. Après deux ou trois verres j'ai un point là, à droite sous le sternum. Nous n'achetons pourtant plus que des vins bio ou naturels. Petits buveurs, nous n'en consommons qu'avec les amis, ici ou ailleurs. C'est bon pour le cœur. C'est doux au palais. Comme je garde les meilleures pour de grandes occasions il arrive que ce soit trop tard et Françoise qui a un nez d'enfer renvoie les bouteilles en prétextant qu'elles sont bouchonnées ou madérisées. Cela me fend le cœur. J'aime bien le vin à table, mais je crois que j'ai toujours préféré les alcools forts. C'est comme le piment, un truc de défoncé. La cave est au sous-sol, le bar est en haut. Mon père qui avait été barman au Ritz, un de ses cent métiers, m'avait appris à composer des cocktails américains, mais plus personne n'y semble attaché. Les traditions se perdent. J'ai pourtant la panoplie complète. Je secoue le shaker pas plus de deux fois par an. La vodka et l'aquavit sont au congélo, mais ce sont les rhums qui descendent le plus vite. Sans compter le vin d'orange et la gentiane de Jean-Claude. Ma préférée, c'est sa liqueur de nèfles. 40 noyaux, 40 sucres, 40 jours à macérer dans un litre à 40°. La poussière recouvre la plupart des flacons. Le vin s'envole chaque fois que l'on va dîner chez des amis. Depuis des années je fais aveuglément confiance à Pierre pour choisir les vignobles. Je n'ai plus qu'à jouer des poids et des haltères pour regarnir les places vides et étancher ma soif... Et puis j'aime l'eau, l'eau fraîche, glacée. En vérité j'aime tout. Tout ce qui se boit, tout ce qui se mange, tout ce qui sent bon, qui sonne bien, tout ce qui est joli à voir et à toucher. Aimer. C'est bon.

mercredi 4 mai 2016

Un carton ?


Jeudi dernier je publiai la chanson Toï et Moï qui me valut tant de retours que je succombe aujourd'hui à la tentation de livrer un autre extrait de l'album Carton réalisé avec Bernard Vitet. Nous avions eu la prétention ou la naïveté de renouveler la chanson française, mais malgré les excellentes critiques qui accompagnèrent sa sortie en 1997 il n'y eut pas même de tempête dans mon verre d'eau, Bernard préférant de son côté un breuvage plus alcoolisé. De plus, les compliments s'adressaient essentiellement à la partie interactive de l'album, puisque c'était un des tous premiers CD-Rom d'artiste. Conçu à partir des étonnantes photographies de Michel Séméniako, je l'avais réalisé avec le graphiste Étienne Mineur et Antoine Schmitt à la direction technique.
J'avais écrit la chanson éponyme en utilisant des titres de films que j'aimais particulièrement. Les paroles se réfèrent entre autres à des œuvres d'Alfred Hitchcock, Elia Kazan, F.W. Murnau, Karl-Heinz Martin, Ferdinand Khittl, Luchino Visconti, Michael Snow, Ingmar Bergman, Jean Epstein, Pier Paolo Pasolini. Quant aux extraits sonores ils viennent de Max Ophüls, Jean Cocteau, John Huston, Fritz Lang, Alain Resnais... Je vous laisse deviner de quels films il s'agit, que ce soit les mots chantés par Bernard ou les bandes-sons originales. Avant la vidéo et les VHS, lorsque je voulais conserver la trace d'un film autrement que dans mon souvenir ou ma bibliothèque, je ne pouvais en enregistrer que le son. J'ai donc écrit une chanson d'amour, j'imagine mal de vivre avec quelqu'un qui ne partage pas ma passion, et aussi pour le cinématographe, en particulier pour la période muette qui paradoxalement m'apparaît comme la plus sonore. Car au début des années 30 le cinéma est surtout devenu parlant. C'est peut-être cette démarche réductrice, du moins d'un point de vue poétique, qui me fit initier le retour au ciné-concert avec Un Drame Musical Instantané dès 1976. Nous avons ainsi accompagné 26 films muets, fait le tour du monde grâce à ces spectacles, et lancé une mode qui fleurit depuis lors. Notre sens de la contradiction, notre peu d'appétence pour les affaires et notre soif d'invention nous firent abandonner le genre justement lorsque c'est devenu une mode, en 1985 après le Festival d'Avignon. Carton se réfère aux textes apparaissant sur l'écran, souvent intercalés entre les images.
La voix de Bernard me manque, comme son merveilleux sens mélodique, et lui-même plus que quiconque. Pour les refrains j'ai pitché la voix de ma fille Elsa lorsqu'elle avait 8 ans. En 2011 Françoise Romand a utilisé les chansons de l'album Carton, et celle-ci en particulier, dans son film Thème Je qui est aussi une histoire du cinéma, à sa manière, une histoire d'amour qui, pour une fois, finit bien, soit par où l'on a commencé.



CARTON

Elle habitait La Muette
Elle avait peur des mouettes
Il adorait le muet
Et rêvait d'un tramway,
A la Cinémathèque
Ils se sont rencontrés
Pour un film d'Hitchcock
Ils se sont rapprochés.

De l'autre côté du pont
Les fantômes vinrent à leur rencontre...

Il lui demanda son nom
Elle répondit Désir
Il en coupa le son
Ça s'appelait L'aurore,
Et de l'aube à minuit
Sur la route parallèle
Ils oubliaient le bruit
De leurs propres paroles.

De l'autre côté du pont
Les fantômes vinrent à leur rencontre...

Admirant les étoiles
Sans drap vague ma Grande Ourse
C'est la région centrale
Qui devenait leur source,
Dans la glace à trois faces
De ces deux cinéphages
Voyez-vous, s'ils s'embrassent,
Ce que sont les nuages.

mardi 3 mai 2016

Mauvaise langue de Bey Ler Bey


Les trois musiciens de Bey Ler Bey insistent bien : d'abord, le jazz n'a pas le monopole de l'improvisation. À qui le dites-vous ! L'improvisation consistant essentiellement à réduire le temps au minimum entre la composition et l'interprétation, elle n'est pas non plus un style où l'ont figé quelques ayatollahs prétendument libertaires, interdisant toute mélodie consonante et rythme soutenu. De par le monde certains improvisent d'après un thème, d'autres improvisent jusqu'au thème. Mais ce n'est pas tout, Florian Demonsant à l'accordéon, Laurent Clouet à la clarinette, Wassim Halal à la darbuka et au daf refusent le terme de folkeux ou de tradeux qu'on leur affecte sous prétexte que leur inspiration est balkanique. Les orientalistes risquent bien d'être désorientés ! Alors qu'est-ce que c'est ? A-t-on vraiment besoin de toujours coller une étiquette sur une musique pour pouvoir la vendre ? Certes les origines sont populaires, mais comment pourrait-il en être autrement ? Sauf à s'enfermer dans un ghetto élitaire que la bourgeoisie entretient pour jouer de pitoyables prérogatives hiérarchiques. Lorsqu'elles ne puisent pas leurs sources dans le creuset encyclopédique de la vie quotidienne où le corps et l'esprit s'ébrouent, les musiques savantes s'échouent dans la consanguinité et accouchent d'enfants idiots.
Bey Ler Bey sont donc de savants musiciens un pied dans la tradition, l'autre dans la modernité, le corps dansant, la tête dans les étoiles. Leurs quatre titres insinuent qu'ils ne manquent pas d'humour : Jacasseries, Bon sauvage, Aphone, Naufrage. La langue rouge du Bey se retrouve d'ailleurs servie sur un plateau avec le thé à la menthe au dos de la pochette, sorte de pastiche de Salomé en forme de corne de gazelle. J'avais bien aimé leur précédent album, vingt délicates miniatures au Mauvais œil. Cette fois leur Mauvaise langue est plus incisive, musique nerveuse, virtuose, impertinente. À force de nous faire tourner en bourrique, de nous faire tourner chèvre, tourner manège ou autour du pot, ces derviches laïques nous donnent le vertige sans que nous puissions nous arrêter jusqu'à la fin du disque qui lui aussi tourne, tourne sur la platine.

→ Bey Ler Bey, Mauvaise langue, Cok Malko, dist. Orkhêstra, sortie le 1er juin 2016 aux Instants Chavirés

P.S. : le collectif Cok Malko réunit des musiciens ayant pour inspiration commune les Balkans et la Méditerranée, tel le quintet à cordes Bumbac dirigé par David Brossier qui sort également un CD le 27 mai.

lundi 2 mai 2016

Les souffrances des jeunes vertèbres


Les copains me disaient que j'en avais plein le dos et me conseillaient de changer de vie. J'avais tout de même fait des radios en 1983 et quelques années plus tard je suis entré dans un tube qui ressemblait à un cercueil relooké 2001, l'odyssée de l'espace. Les machines ont beaucoup changé depuis, et l'aspect claustrophobe de l'IRM a presque disparu. On est allongé sur une table de kiné qui glisse sous un court tunnel ouvert aux deux extrémités. Un casque diffusant une musique sans style protège du bruit des bobines qui vibrent et produisent un rythme binaire de techno lourdingue. Une poire glissée dans la main vous permet d'éventuellement avertir le préposé du moindre désagrément. La séquence m'a semblé durer une dizaine de minutes.
Lorsque j'avais 20 ans je transportais seul mes enceintes amplifiées Yamaha de 1,80m de haut pesant 60 kg chaque lorsque je partais en concert. L'épreuve résidait à les enfiler dans la voiture par le haillon. À cet âge les tours de rein passent en deux ou trois jours. Lorsque j'eus 31 ans , terminant une séance d'enregistrement dans mon sous-sol avec Un Drame Musical Instantané vers 3 heures du matin et désirant débrancher mon synthétiseur PPG j'attrapai les câbles en torsion et me retrouvai à genoux avec un grand cri japonais. À cette époque on allait se faire décoincer chez un kinésithérapeute. Le bon Docteur Thébaut Place de la Concorde expérimentait toutes sortes de techniques comme la magnétothérapie. Plus tard je passai à l'ostéopathie crânienne, puis au massage chinois Tui Na An Mo, voire l'EMDR, et aujourd'hui lorsque je me coince j'oscille entre crac et la rééducation par la méthode Mézières. Récemment j'enchaînai un lumbago suivi de cruralgies dansant d'une jambe sur l'autre. Cette bascule instantanée des douleurs de l'aine droite et gauche justifia que je repasse une IRM, histoire de numéroter mes abattis.
Alors que les images d'il y a 25 ans montraient une hernie discale L5-S1 et trois disques écrabouillés, celle de la semaine dernière révèle que la hernie est rentrée (merci au Docteur Mussi qui me fit faire des exercices autodisciplinés pendant toutes ces années), mais que l'ensemble des disques lombaires sont pincés et en hyposignal sur la séquence sagittale T2 témoin d'une discopathie dégénérative étagée, signifiant que toute ma production discographique lombaire est raplapla. Mon kiné actuel m'annonce que lumbago, sciatiques et cruralgies sont des problèmes de jeunes et que cela passe en vieillissant, la bonne nouvelle ! Quant aux séances Mézières elles m'apprennent à respirer et à retrouver une posture qui devrait m'éviter tous les déboires dont je suis victime depuis 32 ans. J'aurais bien cité le nom de tous les praticiens qui m'ont aidé à vivre pendant tout ce temps-là, sans compter les prescriptions d'analgésiques et d'anti-inflammatoires, mais cela fait beaucoup de monde et je ne suis pas certain qu'ils aient l'envie ou les moyens de récupérer plus de patients qu'ils n'en ont déjà !
Si vous avez réussi à lire ce billet médical et paramédical jusqu'ici, je conseillerai simplement aux plus jeunes, qui se croient donc invincibles, de ne pas soulever de poids en torsion, de plier les genoux, de porter une gaine comme font les motards, d'éviter le métier de contorsionniste, de faire du sport mais sans jamais forcer et de vivre vieux pour apprécier le bien fondé de ces avertissements.

dimanche 1 mai 2016

Le délit d'opinion est rétabli en France


INCROYABLE : Les flics avaient coupé la manif en deux par pure provocation. Au lieu de se disperser les manifestants ont occupé le boulevard Didierot une heure et demie jusqu'à ce que les négociations avec la Préfecture aboutissent. Ils ont réussi à rejoindre Nation, mais en la quittant par le faubourg Saint-Antoine Françoise s'est fait bloquer par un cordon de CRS qui ont refusé de la laisser passer si elle n'arrachait pas les deux autocollants sur sa poitrine pour aller les jeter dans la poubelle. Elle est repartie par Diderot plutôt qu'obéir à cet ordre inadmissible. Quand je pense qu'on trouvait que j'exagérais lorsque je disais que Valls avait tout d'un petit dictateur...
L'avenir est entre vos mains !

P.S. : le délit d'opinion ne peut pas exister dans le droit positif des pays comme la France où la Constitution garantit la liberté d'expression et d'opinion. Ainsi, en France, l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 pose que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » En la matière, Françoise souhaitait juste rentrer à la maison !

vendredi 29 avril 2016

Parigot, un disque papier d'Étienne Brunet


Je sors du bain. Encore un. Parigot. Le temps d'un livre. Pas très gros. Mais prenant. Brunet crache des phrases indépendantes. Un dé pendant. Entre les jambes, évident. Automatique. Des coups. Cinq à sept. Pas toujours de verbe. Mais du verbe. En veux-tu en voilà. 100 pages remplies de musique. Lue, chantée, instrumentalisée, jetée au hasard de la composition. Rigoureuse. Un dé, terminé. Circulez. Y a tout à voir. C'est du vécu. Du vrai. Du cul. Ou son absence. Jazz. T'es frit, dirait Kiki la Cookie. Allégories en pagaille. Remontées. Arrangées en mesures. Des barres. Des clefs. Des grappes de notes. Les notes. Trop de musiciens ne jouent que les notes. Comme on tape à la machine. Sans arrière-pensée. Ils récitent par cœur. Qu'en reste-t-il ? Brunet les vit dans son corps. Vibrantes dans son oreille droite. La gauche laissée aux acouphènes. Bruit blanc. Il cherche l'amour. Tarif, le sexe. Solitude. (In My) par le Duke, se souviendrait Ego l'auteur. Parigot est un opéra. Brunet publie paroles et musique. Il se souvient de ses disques chez Saravah. Multipolaire. Pourtant Brunet n'a qu'un style. Ses albums chacun le sien. Rock 'n roll. Un thème principal. Le monde. Impalpable. Vous glisse entre les doigts. Encore ne faut-il pas mettre de gants ! Pour chaque phrase il doit choisir. Direct, crochet, uppercut ou overhand-punch. Le sort s'en mêle. Il ne manque que les pinceaux. Voilà Cattaneo. Brunet génère ses codes. Pure Data. Le score, insiste Algo le Rythmo. Jeu de jambes en l'air. Sans en avoir. La mouise, répète Retro le virus. Écrit coincé entre Charlie et le Bataclan. Le Parigot investit Berlin, Barcelone, la Bulgarie, l'Afrique. Son sax bande devant chaque femme qui lui sourit. Trop d'avance. Il marche à reculons. Étienne pleure en rigolant. Il joue. On l'écoute. Parigot est un disque couché sur papier. Dans l'urgence. Authentique.

→ Étienne Brunet, Parigot, Ed. Longue Traîne Roll, 100 pages, format A5, avec liens Internet vers toute sa musique gratuite, 9,50€

jeudi 28 avril 2016

Toï ète Moï


En allant changer la bouteille de butane chez Ismaël, adorable épicier des Lilas/Bagnolet qui rend service à tout le quartier, je tombe sur un cageot d'oranges espagnoles Toi et Moi. Mon cœur se serre, car elles sont plus ou moins à l'origine de ma naissance ! Mon père en frimeur patenté, on se demande de qui je tiens, pérorant devant ses futurs beaux-parents et voyant arriver le dessert, nous sommes en 1951, avait voulu étaler sa culture gastronomique et ses dons pour les langues étrangères. Toi et Moi était ainsi devenu Toï ète Moï ! Dans les années 90 cette anecdote m'avait inspiré une chanson que nous avions mise en musique avec Bernard Vitet pour l'album Carton. L'accordéoniste Michèle Buirette, qui incarne ici ma mère, lui donne la réplique :



TOÏ ET MOÏ
(prononcer Toï ète Moï)

J't'ai présenté à mes parents
Qui t'ont trouvé plutôt frimeur
Lorsqu'est arrivé le dessert
Et que tu t'es exclaffamé
Huum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
Imprimé sur la pelure
De ces oranges : TOI ET MOI
Une promesse de vie commune
Mais sous l'écorce, fruit défendu

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons chantée comme au Bolchoï

Pressant le fruit, coiffant la fleur
J'eus les pépins de la famille
Les faims de moi étaient ta mère
Pour le fromage je fis tintin
Hum !
des TOÏ ET MOÏ ! des TOÏ ET MOÏ !
La marmelade où tu m'as mise
A tout connaître nous n'hûmes rien
Et si ce soir je mets les bouts
C'est bien sur l'air de la sanguine

TOÏ ET MOÏ c'est la frime
La frimousse enfarinée
TOÏ ET MOÏ c'est la crise
C'est l'Crésus des endettés
TOÏ ET MOÏ, TOÏ ET MOÏ
Prononçant le i très mal
Ah l'orange toi et moi
L'avons grillé comme au Monoï

mercredi 27 avril 2016

Martha Gellhorn, La guerre de face


J'ai enfin terminé le livre de Martha Gellhorn à raison d'un ou deux chapitres par bain. Risquant parfois de m'y endormir j'évite de prendre ma liseuse qui craint l'eau plus qu'un bouquin que l'on peut toujours faire sécher ; ainsi ai-je choisi La guerre de face qu'Anny m'avait offert pour Noël. Et jamais je n'ai piqué du nez !
Chaque chapitre pourrait être le synopsis d'un long métrage, mais ce recueil d'articles publiés de 1936 à 1992 est avant tout remarquablement écrit, une leçon pour tout journaliste qui se respecte, mais refuse le formatage imposé en général par la rédaction. De la Guerre d'Espagne à celle du Panama en 1990, Martha Gellhorn arpente la planète partout où les hommes s'entretuent et où les populations en font les frais. La correspondante de guerre saisit l'essence-même de chaque conflit au travers de sa propre expérience, aventure qu'elle partage en s'engageant corps et âme. Le récit de ce qu'elle découvre réfléchit les enjeux des belligérants. Si elle est extrêmement critique avec la politique impérialiste de son pays au Vietnam ou en Amérique du Sud, elle s'enthousiasme aveuglément pour Israël, comme nombreux intellectuels américains d'origine juive. Mais à part ce chapitre où ses critiques sont justes mais unilatérales, elle choisit son camp parmi les opprimés et les agressés. Car si Martha Gellhorn raconte la guerre, elle la déteste au plus haut point.
Elle a commencé sa carrière à Madrid en 1937 aux côtés d'Ernest Hemingway dont elle est la troisième épouse de 1940 à 1945. Parmi ses nombreuses publications, La guerre de face raconte aussi la Finlande attaquée par les Russes de 1937 à 1939, le Front de Canton entre Chinois et Japonais en 1941, la Seconde Guerre Mondiale depuis la Grande-Bretagne, à travers l'Italie, la Hollande, la Belgique, le Débarquement et Dachau, témoignage bouleversant qui s'attache aux hommes plutôt qu'aux faits d'armes, et puis Java, le Vietnam, la Guerre des Six Jours et l'Amérique Centrale. Gellhorn divorcera pour préserver son indépendance, car Hemingway est un macho qui supporte mal que sa femme soit autre part qu'au foyer !
Elle s'enorgueillira d'en avoir créé dix neuf en quarante ans, la globe-trotter refusant d'être une note en bas de page du célèbre écrivain. Femme libre dans sa vie professionnelle, elle entendait le rester dans sa vie privée. Il nous reste un style superbe, un agencement structurel chaque fois renouvelé en fonction du sujet et un témoignage exceptionnel sur la folie des hommes.

→ Martha Gellhorn, La guerre de face, 500 pages, Ed. Les Belles Lettres / Mémoires de guerre, 23€

mardi 26 avril 2016

Comment taire ?


Ma dernière réponse à Raymond Macherel, chargé de communication du film Comme des lions de Françoise Davisse, précise quelques faits et réflexions qui, même sortis du contexte, évoquent quelques remarques et sentiments que je ressasse depuis trop longtemps. Commencé sur FaceBook, continué sur Mediapart, cet "échange" voit probablement ici son terme, car il ne sert à rien d'insister lorsque c'est peine perdue. Par contre, à la relecture j'y décèle en filigranes quelques éléments de morale qui me sont chers. Les points abordés sont donc des réponses du tac au tac aux propos de mon interlocuteur.
1. La gauche n'est ni au pouvoir, ni au gouvernement. Je ne l'ai jamais cru, au grand jamais. Je ne suis pas non plus dupe des votes auxquels j'ai participé depuis que je suis en âge. Cinq minutes dans l'isoloir pour un résultat nul à chaque tirage de cette loterie pipée que l'on a encore le toupet d'appeler "démocratie". La bonne blague !
2. Mélenchon ne m'a jamais tiré de larmes. Il ne faut tout de même pas exagérer. J'ai apprécié son discours devant les associations LGBT et celui de Marseille où je n'étais pas, pas plus qu'à la Bastille.
3. Je ne comprends pas ton anti-mélenchonisme, après l'avoir adulé avec les mêmes excès romantiques de langage et les trémolos dans la voix que tu emploies aujourd'hui pour en encenser d'autres. De mon côté je n'ai jamais appartenu au PCF, ni au PG, ni d'ailleurs à aucun parti, mon engagement étant plus philosophique que politique, me retrouvant parfois sur le terrain dans des moments et des lieux en situation cruciale. Je fus compagnon de route des uns et des autres. J'ai ainsi soutenu (artistiquement) une campagne présidentielle par solidarité contre la droite officielle et celle prétendument socialiste. Je n'ai jamais été dupe de ce qui nous attendait. Donc aucune déception (ni en 1981 où je n'ai pas fait la fête, ni en votant contre Maastricht, ni aux dernières élections où j'ai fini par voter blanc parce que le noir, disait Monet, n'est pas une couleur, alors que le blanc est la somme de toutes, du moins quand on court vite). Déception tout de même de constater que lorsqu'il s'agit de culture, les "politiques" rejouent toujours le populaire contre l'imagination. Le style manque cruellement à l'idée, ici comme ailleurs. Et cela me rend triste quand Mediapart invite Zebda ou Les Yeux Dla Tête pour animer leur fête annuelle. C'est du même niveau que les manifs qui ressemblent à une promenade dominicale en famille.
Nuit Debout a au moins le mérite d'inventer autre chose... On évite ainsi le "tous pourris" et le "c'est trop compliqué", et l'on s'interroge sérieusement sur l'avenir, sans pour autant avoir la moindre idée de comment rassembler toutes ces fantastiques initiatives et énergies positives...
4. N'étant ni rentier, ni journaliste salarié, je ne vois pas comment je descendrai dans le Gard pour aller au cinéma, qu'elle qu'en soit la programmation, mais je m'en réjouis pour les habitants de là-bas. En dehors de cela je sors peu, car mes activités m'accaparent et mes loisirs s'épanouissent à des heures où tout est fermé!
5. Je n'ai jamais rencontré Ruffin, alors je vois mal comment il serait "mon ami", à moins que tu adoptes la terminologie de Zuckerman.
6. Tu continues à jouer l'opposition Ruffin/Davisse du plus mauvais goût. Cela transpire la jalousie et ne fera pas monter le nombre d'entrées d'un film pour lequel tu es payé pour le promouvoir.
7. Je continue à ne pas comprendre tes références aux films d'Orson Welles quant au monde qu'il aurait imaginé et que tu fustiges. De plus, les deux films militants dont tu parles et ceux dont tu t'es occupé précédemment n'ont hélas rien à gagner à être comparés avec ceux de Welles ou de cinéastes qui ont cherché la forme appropriée à ce qu'ils rêvaient d'exprimer. C'est bien ce qui m'ennuie dans la plupart des films politiques, qu'ils soient fiction ou documentaire. En général ils ne convainquent que celles et ceux qui sont déjà convaincus, et leur style est tout sauf inventif. Les vrais films politiques empruntent des chemins de traverse et nous poussent à la réflexion longtemps même après avoir été réalisés.
8. Quant on voit pour qui tu as travaillé et comment tu leur tailles en costard je ne sais pas comment le prennent ceux pour qui tu roules aujourd'hui lorsqu'ils te confient le soin de t'occuper d'eux ! Ton emballement d'hier et ta charge contre eux aujourd'hui frisent l'hystérie.
9. Je t'ai répondu du tac au tac, mais je me vois mal continuer à polémiquer en ce qui te concerne. Je le fais ici comme sur FB, pas forcément pour celles et ceux à qui je semble m'adresser, mais parce que j'imagine que nous sommes lus par d'autres qui préfèrent ne pas prendre part au débat, mais s'en imprègnent forcément.
Bien à toi,
jjb

lundi 25 avril 2016

Élise Caron, entre Oscar Wilde et Victor Hugo


Élise Caron est belle. Élise Caron est drôle. Sa voix est douce comme le miel. Élise Caron est toujours belle. Drôle et spirituelle. Sa voix toujours comme le miel. Mais c'est le fond qui manque le moins. Pas le fond de teint, mais le ton de fin. Élise chante la nostalgie du temps qui passe et repasse selon les plis. Elle incarne la jeune fille qui ne vieillit pas, l'éternelle jeunesse, préparant son avenir avec délicatesse. Si la généalogie occupe ses chansons, la transmission d'une mère camoufle sa dystopie derrière la nature qu'elle rêve immuable. Les six musiciennes de Las Malenas qui l'accompagnent tanguent et fleurissent, bestiaire et jardin. Le sien des délices est peuplé d'animaux veillant soir et matin sur la bête humaine qui s'éteint, mais que l'amour chaque fois ressuscite. Le cours de l'histoire est bouleversé par les enfants. Sa fille, Gala Collette, lui a tressé une couronne de fleurs, roses de toutes les couleurs. L'un après l'autre, des hommes ont planté le décor, arrangeant les airs comme des maîtres sauciers. Andy Emler au nom prédestiné, Denis Chouillet éternel complice, Michel Musseau l'autre clown triste, Thomas de Pourquery comme si tous jouaient sur les mots, Sarah Murcia la huitième femme de cette bonne aventure ont adoubé les deux violons, violoncelle, contrebasse, bandonéon, piano, les éloignant un temps de leur tango d'antan, cordes et lames ciselant les textes d'Élise.


Enregistré live au Triton, ce nouvel album a le son de la vie. Oscillant souvent entre la tendresse de l'amour, ici quatorze chansons, et l'humour, ailleurs elle joue la comédie et se livre à des improvisations débridées, Élise Caron marie cette fois Le portrait de Dorian Gray et L'art d'être grand-père, berceuses pimpantes pour des enfants qui n'ont pas d'âge.

→ Élise Caron, Orchestrales, cd Le Triton, 12 €

vendredi 22 avril 2016

Les animaux dénaturés contre l'humanité


Il y a dix ans je dessinai un petit portrait illustré de l'écrivain Vercors. Je suis tenté de le rééditer aujourd'hui, confronté à des réflexions que me dictent des discussions sur l'avenir menées récemment avec des jeunes gens inquiets du leur ou de celui de leurs enfants. À l'étude de l'Histoire comment espérer que les choses s'améliorent un jour ? Un jour peut-être, une nuit debout, mais l'état de grâce semble éphémère face à l'appétit suicidaire et criminel des plus gourmands. Il suffit d'en abattre un pour qu'un autre se sente investi de la place libérée. Les révolutions sont des cycles qui repassent systématiquement par les mêmes points sur l'axe des abscisses. L'arrogance des puissants nous mène chaque fois à la catastrophe. Qu'en est-il de l'évolution de l'espèce ? Tant qu'il restera des historiens, notre époque apparaîtra certainement comme l'une des plus cruelles de l'Histoire de l'humanité, et des plus absurdes. La course au progrès sonne la mort de la planète. Nous allons vite, nous nous chauffons et nous nous éclairons grâce aux énergies fossiles qui polluent l'air que nous respirons, nous jouons les apprentis-sorciers du nucléaire, notre alimentation carnée affame le tiers monde (pour fabriquer un kilo de protéine animale il en faut sept de végétales). Et quelques petits malins ne trouvent rien de mieux que d'exploiter la force de travail de leurs congénères pour se goinfrer, aller encore plus vite, dans un mouvement mortifère exponentiel.
En regardant le film Le fils de Saul on peut comprendre que les Juifs ne furent que les boucs-émissaires d'une haine viscérale de l'humanité tout entière, le refoulement de l'autre qui est en soi devenu insupportable. Ils n'étaient pas les seules victimes de la folie nazie, les communistes avaient subi les premiers ce "crime contre l'humanité" qui porte bien son nom, y succombèrent les improductifs pensionnaires des asiles pour vieux ou d'aliénés, les homosexuels, les Tziganes, etc., toutes celles et tous ceux qui ne rentraient pas dans le moule de cette nouvelle société. Celle-là fut arrêtée, mais qu'en est-il réellement de la nôtre qui fomente partout des guerres, sauf chez nous, sous des prétextes fallacieux ? Elles cachent simplement nos besoins d'énergie, d'alimentation, de nouvelles technologies, notre soif de dominer le monde et la matière, toutes les autres espèces, tout ce qui vit, soit l'intégralité du monde que nous sommes capables d'appréhender et d'atteindre de l'infiniment grand à l'infiniment petit. Ce ne sont pas six millions de victimes, ou même onze millions si l'on intègre toutes celles du nazisme, mais des centaines de millions que nous affamons, détruisons par les armes que nos États fabriquent, asservissons en les payant une broutille et en leur faisant croire à l'inéluctabilité de leur condition d'exploités. Leur démission, savamment inculquée par les médias relayant les lois inventées par les maîtres d'un monde qui se servent aujourd'hui des images comme ils l'ont toujours fait à grand renfort de religion et de patriotisme, du concept familial ou du fantasme de la propriété, est la condition indispensable pour que le système perdure. Ce sont les questions que se posent les tenants de la décroissance, les réflexions de certaines Nuit Debout, les citoyens qui ne veulent plus qu'on leur bourre le mou avec une démocratie qui n'en a que le nom... Pour comprendre cette organisation diabolique on peut avoir recours à la psychanalyse et au matérialisme historique, mais on oublie trop souvent que nous sommes aussi des mammifères qui avons pris le pouvoir sur toutes les autres espèces animales, que nous les avons assujetties, exploitées en bonne conscience en décidant qu'elles n'avaient pas d'âme, que nous avons coupé le cordon ombilical qui nous rattachait à la nature, et que nous en subissons les conséquences comme tous les colonialistes, coincés entre détruire les peuples qu'ils volent ou les exploiter productivement. Nous avons ainsi cette attitude envers tout ce qui n'est pas nous-mêmes, et la nature entière en fait les frais. Nous oublions que c'est elle qui nous a fait et nous a permis de survivre jusqu'ici. Combien sommes-nous seulement à vouloir vivre ?

Suit le texte publié le 8 juillet 2006 (et augmenté de quelques liens) sur Vercors, écrivain incontournable et pourtant mésestimé, qui me semble le plus proche des interrogations de mon nouvel article...

Les dessins de Vercors


Heureusement qu'approchent les vacances. Il y a des matins où il est difficile de rédiger mon article. Je ne sais pas toujours par quel bout commencer. Souvent le sujet s'impose de lui-même. Parfois une image m'entraîne. Ce matin, j'ai pensé proposer les incunables qui hantent ma bibliothèque : Cover to Cover de Michael Snow, Bonjour Cinéma de Jean Epstein, Essays before a Sonata de Charles Ives, un rouleau de piano mécanique de Conlon Nancarrow, des partitions des années 20 magnifiquement illustrées, des 33 tours devenus introuvables... Je me suis arrêté sur deux livres de Jean Bruller dit Vercors, hérités de mon père et dont j'ignore le cheminement. Silences date de 1937, les vingt aquarelles de La nouvelle clé des songes de 1934.

Avant d'entrer en résistance et de publier clandestinement Le silence de la mer en 42, écrit l'année précédente, Vercors était le caricaturiste Jean Bruller. Je ne l'ai appris qu'en 1983 lorsque nous avons choisi le Rêve de l'incompétence inopportune (ci-dessous) comme pochette du deuxième disque du grand orchestre d'Un Drame Musical Instantané, Les bons contes font les bons amis. Recherchant l'autorisation de Jean Bruller, je tombai sur Vercors ! Symbole de la résistance à l'occupation nazie, pacifiste prônant la résistance civile, compagnon de route du Parti Communiste jusqu'à l'invasion de la Hongrie en 1956 (nationalité de son père), cofondateur des Éditions de Minuit alors clandestines, Vercors avait eu une autre vie, avant. La guerre a tout changé, son mode de vie, sa conscience, son métier. Il est devenu écrivain. Et là encore, il y a deux Vercors, le résistant (Le piège à loup, Armes de la nuit, La puissance du jour, Les yeux et la lumière, La bataille du silence) et l'humaniste (Les animaux dénaturés, Sylva, la traduction de Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis...). En 1990, Rita Vercors m'écrivait en parlant de lui, « mon mari - Vercors et Jean Bruller », et lui signait simplement Bruller. Il mourra un an plus tard à l'âge de 89 ans.


Invité à l'émission Apostrophes, comme Bernard Pivot lui demande pourquoi il n'est jamais passé à la télévision depuis trente ans, Vercors lui retourne ironiquement la question. C'est un homme intègre, un philosophe qui défend ses idées par le biais de la littérature. Chargé d’établir la « liste noire » des écrivains collaborateurs, il plaide pour la responsabilité de l’écrivain. N’acceptant pas l’intransigeance partisane d’Aragon et ne voulant plus jouer le rôle de la « potiche d’honneur », il démissionne de la présidence du Comité National des Écrivains. Il s’éloignera de toute participation à la vie publique tout en restant fidèle à ses idéaux, s’engageant contre la guerre du Vietnam. Il avait déjà été l'un des signataires de l’Appel des 121 réclamant le droit à l’insoumission pendant la guerre d’Algérie.


La qualité des gravures est exceptionnelle, les couleurs tranchent avec les impressions habituelles. Bruller les réalise chez lui, à Villiers-sur-Morin au cours de l'été 1937, et précise que « le tirage, dépendant des loisirs de l'artiste et de son courage, s'est fait par tranches... » Un dernier détail dont je me souviens, c'est la taille de ses oreilles, je n'en ai jamais vu d'aussi grandes.

jeudi 21 avril 2016

L'oracle DigDeep à La gaîté Lyrique pour Dizaïn


La semaine dernière, Sonia Cruchon présentait à la 27e séance de dizaïn, organisée à la Gaîté Lyrique par les Designers Interactifs, l'oracle qu'elle a imaginé pour iPad. Il suffit de penser une question qui nous préoccupe sérieusement, de l'enregistrer vocalement ou de l'écrire sur la tablette, pour que DigDeep nous susurre une suggestion. Les réponses apparaissent sous la forme d'un extrait cinématographique muet très court, issu des Archives Prelinger. Il ne s'agit nullement de divination, mais d'un système proposant un autre angle d'analyse, sollicitant l'interprétation quasi jungienne de celle ou celui qui y a recours. Toute proportion gardée, on se rapproche du Yi-King ou des Oblique Strategies. Les films muets étant bouclés, les réponses à nos interrogations sont souvent à chercher dans les détails que la répétition fait remonter au premier plan, comme nous l'avions constaté avec Antoine Schmitt pour Machiavel. L'application DigDeep, totalement gratuite, offre divers services comme l'archivage des tirages, l'envoi par mail, etc.


Les archives sont devenues pléthoriques. Dès que nous participons à un évènement public nous en accumulons les traces, graphiques (photo- ou vidéo-), sonores, écrites, etc. Les modes de recherche, qu'ils soient personnels ou publics, permettent de les retrouver alors même que certaines semblaient avoir disparu depuis des lustres. Cette force devient une faiblesse, dès lors que le système s'enraye. Le grand incendie nous menace. Un crash peut tout faire disparaître si l'on n'effectue pas des sauvegardes de sécurité. Leur multiplication, parfois au détriment de la légalité anti-piratage, devrait permettre de l'éviter. Du moins tant que l'on a accès au Web et que l'électricité fonctionne ! Ici nous est par exemple proposé le récit de la soirée en tweets et en images réalisé par Gayané Adourian pour l'Agence Ondine, le replay en vidéo de toute la soirée sur le site de la Gaîté Lyrique, les photos des invités prises par Arthur Enard... De notre côté nous avons extrait la présentation de DigDeep réalisée avec Sonia Cruchon, treize minutes en compagnie de Geoffrey Dorne qui jouait le meneur de jeu, Marina Wainer qui organisait l'évènement et toute l'équipe de dizaïn. Ce genre d'initiatives est formidable, offrant de présenter les idées et objets que génère l'avancée des nouvelles technologies...

mercredi 20 avril 2016

L'École de Canterbury


Fort de ses 736 pages le livre d'Aymeric Leroy sur l'École de Canterbury est une précieuse compilation chronologique des histoires de famille d'une bande de musiciens pop fascinés par le jazz, avec le groupe Soft Machine en locomotive. L'auteur remonte à leur scolarité géographique qui permettra au guitariste australien déjanté Daevid Allen, au crooner Kevin Ayers, au chercheur tourmenté Robert Wyatt, à l'organiste intello Mike Ratledge, au roadie Hugh Hopper devenu bassiste de se rencontrer. Les Wilde Flowers intégreront également Richard et David Sinclair, Pye Hastings, Brian Hopper et quelques autres. Leroy privilégie néanmoins le rock progressif, trop unisoniste à mon goût, de groupes somme toute mineurs comme Caravan, Egg, National Health, voire les plus récentes moutures de Soft Machine face aux recherches inventives que le compositeur-batteur Robert Wyatt ne cessera jamais de mener, dans ses élucubrations pataphysiques en solo comme dans ses tentatives collectivistes telle Matching Mole ou dans les chansons qui le hisseront au rang d'artiste culte (Leroy n'en salue pas moins Rock Bottom, le chef d'œuvre de Wyatt sorti en 1975, mais il passe à côté de sa démarche fondamentale où chaque étape fait sens). La lecture du détail des associations qui se font et se défont au fil des concerts et des disques de tous ces groupes rend indispensable l'écoute ou la réécoute des enregistrements évoqués (P.S.: j'avais d'ailleurs été injuste avec Hatfield and The North lors de cet article). C'est ainsi que le rubato des uns renvoie le swing des autres au papier à musique alors que ce sont les improvisations et les expérimentations qui influenceront radicalement des centaines de musiciens européens sans qu'ils suivent pour autant les traces de ces précurseurs britanniques. Les débuts de Soft Machine furent surtout déterminants parce qu'ils permirent à des musiciens issus du rock de se servir des manières du jazz sans tenter d'en imiter le style.
À la fin du XXe siècle, le Californien Frank Zappa fut l'autre passeur qui gomma les frontières entre les styles et les conventions, de l'écrit à l'instantané, mettant en scène l'interprétation de partitions complexes, fondant l'engagement politique dans le pop art et l'humour, s'inspirant du classique et de la musique contemporaine, du rock et du jazz, du free, du doo wop ou du blues... La caractéristique des Européens fut justement de se passer du blues, insistant plutôt sur leurs racines symphoniques. Après les longues suites instrumentales de la période du troisième album de Soft Machine et leur introduction flamboyante des cuivres, Robert Wyatt, résolument minimaliste, maria humour non-sensique et pensée révolutionnaire, sa voix unique, blanche et fragile, haut perchée et zozotante, en devenant le vecteur. On remarquera que la voix de Zappa, chaude et séductrice, ironique et professorale, fut tout aussi déterminante pour passer la barre de l'expérimental et toucher un public toujours plus large.
À privilégier et donc à détailler le côté carré (même si les mesures sont impaires !) du rock progressif face aux expérimentations originales, Leroy passe à côté de l'importance que représente par exemple The End of An Ear de Wyatt ou les variations improvisées d'un concert à l'autre de Soft Machine à la meilleure époque. Je me souviens que chacun recélait toujours des surprises. Je fournis d'ailleurs à Leroy en 2005 l'enregistrement intégral que j'en réalisai à Amougies, ainsi que celui de Caravan, entre autres. Ce sont toutes les bandes qui circulent sur Internet et qui se sont parfois retrouvées publiées commercialement par des individus peu scrupuleux. Ce n'est évidemment pas le cas de l'auteur dont la rigueur est un des fers de lance, même si je ne partage pas toujours ses avis sur la scène de Canterbury. Ces divergences sont probablement dues à la différence de générations, que l'on ait vécu ce mouvement in vivo ou in vitro au travers des enregistrements et des rétrospectives. Leroy néglige ainsi l'importance qu'eut Chrysler Rose de Dashiell Hedayat sur nos soirées lysergiques, ou l'incroyable délire des concerts de Gong dont j'assurai souvent le light-show, comme je le fis sur Kevin Ayers avec Lol Coxhill, David Bedford, Mike Oldfield, etc. à la Roundhouse en 1971 pour Krishna Lights. Mais le manque de cette somme érudite réside surtout dans l'absence d'analyse du contexte social. Or il influence pourtant fondamentalement les rebellions artistiques, l'Histoire des prolos ou petits bourgeois blancs du Kent étant radicalement différente de celle des Afro-Américains. Mettre encore en perspective ce qui se passait hors cette petite famille eut éclairé autrement leur mouvement et l'influence énorme qu'il eut sur la génération suivante. La profusion des anecdotes et la chronologie des faits finissent pas occulter les motivations, conscientes ou inconscientes, des protagonistes. En cela le livre d'Aymeric Leroy favorise le savoir encyclopédique au détriment de l'analyse.
Il n'empêche que c'est une mine d'informations jamais compilées jusqu'ici. Dans cette perspective on peut regretter qu'il n'y ait pas plus d'entrées, entendre divers systèmes de recherche, plus thématiques que les classiques index de groupes, musiciens et albums. Aborder en quelques lignes un ouvrage aussi compact et laborieux est néanmoins très injuste.

→ Aymeric Leroy, L'École de Canterbury, 736 pages, Ed. Le Mot et le Reste, 33€

mardi 19 avril 2016

Meet The Patels, une comédie documentaire


Les bonnes comédies sont rares. Les bons documentaires aussi. Les bonnes comédies documentaires, n'en parlons pas. Ou plutôt si, parlons de Meet the Patels, Prix du Public dans différents festivals dont celui de Los Angeles. Les parents de Ravi V. Patel, il a bientôt trente ans, souhaitent qu'il se marie, mais à une Patel (les Patel en Inde ce sont les Smith aux USA), du moins à une indienne, hindoue comme lui. Sa sœur, Geeta V. Patel tient la caméra. Le film, tourné volontairement chaotiquement, bénéficie d'un montage extrêmement soigné et d'une mise en scène astucieuse où nombreux passages sont en dessins animés. Le personnage de Ravi rappelle Woody Allen ou Albert Brooks, version indienne, sauf qu'il a grandi à Los Angeles. L'humour, omniprésent, n'efface pas les contradictions culturelles et communautaires, bien au contraire, il leur tord le cou avec une sensibilité bienveillante.


Les coutumes doivent faire face aux migrations. Les ségrégations cèdent devant les mœurs du pays d'accueil. La famille passe à la question. C'est un peu The Wedding Banquet (Salé Sucré) d'Ang Lee, façon Indian cooking avec l'ambiguïté d'un documentaire extrêmement dirigé. Portrait croisé de l'Inde et des USA, des nouvelles générations qui tentent de préserver leur culture en adoptant celle de leur nouveau pays, Meet the Patels soulève les questions de la fidélité et du mensonge, du désir et de son inaccessibilité, de la famille et de son affranchissement.

Disponible sur Netflix avec sous-titres français. Pas de sortie prévue en salles ? On se demande comment les distributeurs font leur travail...

lundi 18 avril 2016

Un violon peut en cacher un autre

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La semaine dernière j'évoquais l'adaptation contemporaine du swing des années 20-30 sous la direction de Jean Dousteyssier. Cette fois la compilation Jazz Violin Legends concoctée par Noël Balen et Claude Carrière rassemble des violonistes de jazz de 1927 à 1960, tels quels dans leur jus. L'instrument est plutôt rare dans ce style de musique. Des vint-et-un présents dans l'album, seul Stéphane Grappelli est connu du grand public. C'est donc un florilège inattendu de virtuoses sensibles qui se succèdent sur la galette.
Elle commence avec Darnell Howard chez Earl Hines et se termine avec Joe Kennedy Jr chez Ahmad Jamal. Entre temps on aura entendu Emilio Carreres, la star Joe Venuti, Juice Wilson, Eddie South surnommé L'ange noir du violon tant l'instrument était l'apanage des Blancs (en duo avec Django Reinhardt), Edgar Sampson, Grappelli, Michel Warlop (en trio avec Django et Louis Vola, auquel s'ajoutent Grappelli et South pour Oh! Lady Be Good), Stuff Smith (sublime The Man I Love avec Shirley Horn), étonnant Georges Effrosse avec les trois frères Ferret qui sonne comme des ondes Martenot, Svend Asmussen, Ginger Smock seule fille de la sélection... Mais ce qui m'étonne, probablement parce que je ne suis pas un aficionado, ce sont les musiciens connus pour jouer d'autres instruments et que l'on entend ici au violon, à commencer par Django lui-même accompagné au piano par Ivon de Bie. Ainsi s'emparent de l'archet le guitariste Claude Williams avec l'orchestre de Count Basie, le trompettiste Ray Nance avec celui de Duke Ellington, le saxophoniste Ray Perry dans le sextet hyper swing de Lionel Hampton, le contrebassiste John Frigo, le pianiste Claude Laurence (pseudo d'André Hodeir avec au piano Léon Chauliac dont me parlait mon camarade Bernard Vitet !) ! Autre curiosité de 1955, Harry Lookofsky enregistre en re-recording trois violons, deux altos dont un en solo tandis qu'Oscar Pettiford tient le violoncelle et la contrebasse.
Surprenant par la différence des phrasés et des sensibilités, j'ai adoré préparer le dîner en l'écoutant.

Jazz Violin Legends, coll. Original Sound Deluxe, Cristal, dist. Harmonia Mundi, sortie le 13 mai 2016

dimanche 17 avril 2016

Le podcast du duo avec Amandine Casadamont est déjà en ligne


"Un duo est né, rapidement, quasiment en l'espace d'une journée. D'un côté Amandine Casadamont, artiste, créatrice sonore, platiniste. De l'autre, Jean-Jacques Birgé, compositeur amoureux du son autant que des notes, co-fondateur du légendaire groupe Un Drame Musical Instantané. Birgé devant son clavier à synthèses, Casadamont jonglant sur trois platines vinyles. Il est sorti de leur dialogue sonore tout un album improvisé : Harpon. Jean-Jacques Birgé a proposé à Amandine Casadamont d'utiliser sa collection de disques de fictions sonores. Il en est sorti des morceaux sous-marins, qui nous font vivre des bulles de dialogues, et crée une histoire dont chacun choisit les images. L'esthétique vintage et clin d'œil par moments, mais le dialogue sonore est tout en cohérence. Harpon, c'est drôle, Harpon ça nous parle, Harpon ça fait des bonds. Le duo Birgé-Casadamont est là ce soir, et nous offre un live inédit, intitulé 47 mars."


Comme Harpon en ligne le jour de son enregistrement, le podcast de l'émission Supersonic de Thomas Baumgartner diffusé hier soir sur France Culture est déjà en ligne.
Contrairement à ce qui est dit plus haut je ne suis pas amoureux des notes ! Ce ne sont que les clous sur lesquels je tape avec mes instruments que je considère comme des outils, rien de plus. Les machines sont des entités qu'il faut dompter et pervertir pour se les approprier. J'aime seulement les rêves que la musique me procure et ceux qu'elle inspire aux auditeurs. Le reste tient d'une cuisine quasi alchimique que j'aime partager en discourant sur la méthode. L'autre aspect de la musique que j'adore est le fait de la pratiquer à plusieurs. L'improvisation est un sport d'équipe où l'on doit en même temps inventer, écouter et produire.
Le duo avec Amandine coule de source. Si nos références sont radicalement différentes nous avons la même approche de la fiction radiophonique, un cinéma pour les oreilles où la suggestion tient lieu de fil rouge. Lorsqu'il s'agit de mettre en musique nos sentiments ou nos points de vue documentés nous sommes étonnamment toujours sur la même longueur d'ondes.

vendredi 15 avril 2016

Birgé et Casadamont célèbrent le 47 mars sur France Culture, samedi 23h


Aussitôt l'album HARPON en ligne sur drame.org, Thomas Baumgartner nous propose de participer à son émission Supersonic. C'est donc à Radio France qu'a lieu notre premier live. Il choisit de diffuser La patience de la dame et nous invite à improviser une nouvelle pièce, tout à fait dans l'esprit de l'album, mais que nous intitulons 47 mars en référence à la datation de La Nuit Debout. Il est facile de s'en souvenir : on ajoute 31 au jour d'avril puisque ce mouvement a commencé Place de la République à Paris ce jour-là.
Amandine Casadamont mixe vinyles et disques souples, y puisant fiction et documentaire, tandis que je pianote ou que j'incline mon iPad avec des applications interactives que j'ai conçues pour d'autres propos. Tout va très vite depuis le 29 mars dernier. Dans nos têtes nous sommes déjà ailleurs, travaillant sur nos prochains concerts.
En attendant, ce nouvel épisode est à découvrir demain samedi à 23h sur France Culture.

jeudi 14 avril 2016

Avec "Post K" Jean Dousteyssier remet les années 20 au goût du jour


J'ai titré Avec "Post K" le clarinettiste Jean Dousteyssier remet les années 20 au goût du jour, mais qu'est-ce que le goût du jour ? Et puis les années 20, c'était quoi ? On imagine forcément qu'il s'agit du début du XXe siècle, l'arrivée du jazz coïncidant avec la fin de la Première Guerre Mondiale, les Américains en profitant aussitôt pour investir les territoires libérés, mais aussitôt conquis. Le soft power est déjà à l'œuvre ! Ils recommenceront le même tour à la fin de la Seconde...
Brusquement, le cake-walk vint disperser et décolorer tout. Les projecteurs jaillirent des cintres du Nouveau-Cirque, des oriflammes de soie aux couleurs américaines se déployèrent à gauche et à droite des portes, les premiers nègres (on ne connaissait que le pauvre Chocolat) apportèrent le Cake solennel, une vague d'élégance remplit les gradins de femmes couvertes de perles et de plumes, d'hommes à monocle, à chevelure en brosse ou à crâne étincelant, les cuivres et les tambours de l'orchestre attaquèrent une musique inconnue dont le rythme évoquait les marches que Souza dirigeait et ponctuait de coups de feu, les projecteurs, comme des ballerines, vinrent se réunir entre la haie des écuyers bleus, et les Elks apparurent. Jamais le premier jazz au Casino de Paris accompagnant la danse de Gaby Deslys et de Pilcer, jamais le nègre à blouse océane des Black Birds, jamais la danseuse à roulettes, jamais les matches de pancrace, jamais aucun spectacle de mode et de salpêtre ne fut comparable à cette apparition... (les Elks étaient des danseurs, comme ceux qui les imitent quand s'épanouit l'Umlaut Big Band auquel participe Jean Dousteyssier)... Cocteau continue plus loin : Et, à leur exemple, le rythme s'emparait du nouveau monde et après le nouveau monde du vieux monde et ce rythme se communiquait aux machines et des machines retournait aux hommes et cela ne devait plus s'arrêter et les Elks sont morts (...), mort le Nouveau-Cirque et mort ou vif le cortège continue sa danse...
Quant au goût du jour il est devenu multiple, se dispersant communautairement, par catégories de personnel, de revivals en opérations Kleenex, éclaté en petites chapelles. Mais le jazz perdure et celui de Jean Dousteyssier déconstruit le passé et le reconstruit sans cesse, aller-retours entre la tradition et le glitch du moment, free jazz qui n'aurait pas oublié la leçon des anciens, sorte d'Art Ensemble of Paris Today mêlant l'Histoire (les années 20-30, mais aussi le free des Afro-Américains des années 60-70) et l'actualité (nouvelles traditions européennes) en une danse euphorique et communicative. Avec son frère Benjamin Dousteyssier (pilier de l'Umlaut B. B.) aux sax alto et ténor, le pianiste Matthieu Naulleau (entendu également dans l'Umlaut B. B.) et le batteur Elie Duris (entendu dans Novembre) il dépoussière Jelly Roll Morton, Fats Waller, Willie "The Lion" Smith, Louis Armstrong, Red Nichols, Eubie Blake et quelques autres champions du swing ou de la jungle. On sautille sur place. Le titre de l'album Post K se réfère à l'après ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle Orléans il y a dix ans. S'il me semble logique d'improviser comme de regarder notre univers avec des yeux neufs, ce quartet virtuose accouche d'une musique populaire inventive qui fait plaisir à tous les sens.
Sur leur site ils ont la générosité de nous offrir plusieurs de leurs petites pièces délicieuses...

→ Jean Dousteyssier, Post K, CD ONJ Records, dist. L'autre distribution, sortie le 29 avril 2016