Jean-Jacques Birgé

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vendredi 14 juin 2019

Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer.


Chaque fois que je réécoute le premier disque de Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., j'ai la vertigineuse impression de le découvrir comme si je ne l'avais jamais entendu ! Peut-être y a-t-il une raison à cela ? La réédition vinyle du disque de 1971 réalisée par Le Souffle Continu bénéficie d'un nouveau mastering particulièrement soigné. Le second morceau a même été stéréophonisé, la mono ayant toujours contrarié Thollot qui avait souhaité régler cette question à l'occasion d'une éventuelle réédition sur le label d'origine, Futura Records, dont Gérard Terronès était l'astucieux producteur. Le magnifique livret de 16 pages est orné d'une photographie inédite pleine page 30x30cm et qui d'autre que Jean Rochard, qui produisit les derniers albums du compositeur-batteur, pouvait rédiger le très beau texte qui l'accompagne ?!
Ces petits détails sont de taille, car Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer. est un véritable chef d'œuvre, un bijou d'intelligence et de sensibilité comme il en existe peu. J'ai beaucoup écrit sur Jacques Thollot, à l'occasion de son décès le 2 octobre 2014, lors du concert d'hommages à la Java en janvier 2015 où je jouai avec Fantazio et Antonin-Tri Hoang, pour la réédition de l'album Tenga Niña, l'inédit Thollot In Extenso également chez nato où figure le long entretien que Raymond Vurluz et moi eûmes avec lui fin 2002 pour le Cours du Temps du Journal des Allumés du Jazz.
Dans cet album magique Thollot ne joue pas seulement de la batterie, il empile les pianos, monte des bandes électroniques, convoque un violoncelle, toujours avec la poésie inouïe qui le caractérisait. Car quoi qu'il fasse, Jacques Thollot était avant tout un poète, jouant des fûts et des cymbales comme on compose des vers, des vers étranges comme ceux d'Henri Michaux qu'il adorait au point d'y trouver le titre de cet album assemblé lorsqu'il n'avait que 24 ans. S'il est considéré comme un musicien de jazz ou de free jazz, on ferait mieux d'évoquer l'OVNI ou l'objet difficile à ramasser dont parlait Cocteau, car sa manière de jouer ne ressemble à celle d'aucun de ses maîtres, Max Roach ou Kenny Clarke, Donald Byrd ou Eric Dolphy. Il faut aller fouiner du côté des impressionnistes français, de Jean Barraqué ou Terry Riley pour comprendre de quelles sphères vient sa musique. Mon camarade Bernard Vitet avait été un des premiers à repérer à la fois la richesse du gamin et sa fragilité lorsqu'il avait commencé avec les grands alors qu'il portait encore des culottes courtes. Dans cet album étonnant au sens fort du terme il joue avec lui-même, arpentant la dizaine d'années qu'il a derrière lui, se servant du re-recording avec une simplicité de virtuose. Or toutes les notes construisent une évidence, d'une liberté totale, celle d'un artiste dont tout qualificatif ne pourrait que le réduire, ayant seulement choisi la musique comme vecteur à son imagination... On se surprend à rêver devant cette cathédrale engloutie dont les tours émergent chaque fois qu'on le réécoute...

→ Jacques Thollot, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer., LP Le souffle Continu, 22€ (il reste peut-être quelques uns des 111 exemplaires transparents de l'édition limitée à 111 avec un dessin original signé de Stéfan Thanneur...)

jeudi 13 juin 2019

China Gate


Si China Gate n'est pas mon Fuller préféré, j'ai eu beaucoup de plaisir à le revoir dans sa version restaurée, une première ! Son anti communisme primaire avait probablement valu à Samuel Fuller sa mauvaise réputation auprès de critiques de l'époque, mais ce film de guerre est surtout un pamphlet contre le racisme et la guerre, sujets qui ont toujours préoccupé le cinéaste indépendant. Même dessinés au couteau, les personnages ne sont jamais manichéens. Gene Barry qu'on retrouvera dans Forty Guns, Angie Dickinson qui était au début de sa carrière et Nat King Cole qui chante la merveilleuse chanson-titre forment un trio étonnant comme on en voyait peu en 1957. Dans le bonus Peace of Mind, la compagne et la fille de Fuller s'évertuent une fois de plus à redorer son blason, car il reste largement mésestimé alors que c'est un de mes cinéastes préférés pour ses directs et uppercuts cinématographiques, de Park Row à White Dog en passant par Pickup on South Street, House of Bamboo, Run of the Arrow, Verboten, Underworld U.S.A., Shock Corridor, The Naked Kiss, etc. Un bémol tout de même dont on a hélas l'habitude : il est dommage d'entendre des dialogues anglais alors que l'action se passant pendant la guerre d'Indochine la véracité à laquelle Fuller est très attaché devrait entraîner des échanges en français. Le montage de stockshots documentaires est d'ailleurs ici très intéressant dans la fiction dramatique. Enfin Lucky Legs est un rôle de femme forte comme Fuller les a souvent montrées, et le jeu réservé de Nat King Cole procure un recul critique déterminant dans le scénario...



→ Samuel Fuller, China Gate, DVD ou Blu-Ray Carlotta, 20,06€

mercredi 12 juin 2019

La voix de Loïs Le Van


Repérée sur le disque Murmures de Tom Bourgeois, la voix de Loïs Le Van est terriblement prenante, aussi envoûtante qu'aérienne. Pour l'album Vind, le chanteur est accompagné par la pianiste Sandrine Marchetti et le guitariste Paul Jarret. Tout n'y est que délicatesse. J'avais déjà cité Robert Wyatt en référence pour la tessiture et le timbre de Le Van, et la chanson Wind Song rappelle pas mal Yael Naïm. Après trois écoutes je n'ai toujours pas compris les paroles écrites par Laura Karst, mais les syllabes dessinent des nuages dont on se plaît à imaginer les figures. Quant au Vind, c'est effectivement un vent du nord, franchement scandinave. Je ne vais pas en écrire des tartines, mais cette musique douce et enveloppante accompagne aussi bien un petit-déjeuner en plein air qu'un dîner aux chandelles.

→ Loïs Le Van, Vind, cd Cristal Records, 13€, sortie le 30 août 2019
→ concert de sortie le 19 septembre au Studio L'Hermitage, Paris

mardi 11 juin 2019

Plage arrière


Même sans soleil, je n'en finis pas de rêver devant la translation du bleu du ciel. Les miroirs renvoient une image illusoire qui réchauffe le cœur. Voilà 20 ans que j'avais envie de donner des couleurs à la maison, mais je n'en avais pas les moyens. C'est dire si je suis heureux et comblé. Il restera évidemment le quatrième pignon à restaurer quand les foldingues qui m'empêchent d'accéder à mon mur auront été mises au pas. En attendant je voyage en pensée vers des contrées où les couleurs sont la norme. Le vert, le jaune et l'orange du jardin donnent à ma jungle parisienne des allures tropicales. Bambous, yuccas et palmier. Je vois la côte depuis mon île. Les accents circonflexes évoquent l'entretien dont a encore besoin le toit du studio. Chaque chose en son temps.
Le temps me manque pour rédiger des articles plus sérieux. Ne me demandez pas pourquoi. Je suis content du jingle que j'ai enregistré pour le podcast sur la cybercriminalité, mais je dois encore travailler les annonces vocales de chaque épisode et les virgules à insérer dans le texte que dit Sonia. Nous avons perdu l'appel d'offres de celui de l'INA à partir de leurs archives ; c'est dommage, je pense que nous aurions fait un truc vraiment original, mais la logique des concours m'a toujours échappé. Comme dit ma camarade, l'avantage est que nous pouvons partir tranquilles en vacances ! D'un autre côté je réfléchis à mes deux prochains disques, pour 2020 et 2021, ainsi qu'aux futurs albums virtuels dont un avec Jonathan Pontier et Christelle Séry, à mes concerts de l'été et de l'automne qui seront littéralement épatants, trop tôt pour tout révéler, mais je suis excité comme un pou. Par la vie aussi qui réserve tant de surprises, entre bonnes et mauvaises nouvelles, les premières faisant passer au second plan l'inquiétude générée par les secondes, "au final" (comme répètent inlassablement les djeunz) une manière positive d'appréhender ce délicat équilibre !

lundi 10 juin 2019

Pas que beau


Le niveau d'eau d'une mer d'huile trace l'horizontale d'une sieste majeure. L'idée fixe est encombrante. Je me noie dans un océan de feu. Mais c'est l'eau qui m'attire. S'il a toujours fallu me retenir, je m'en barbouillais les yeux. Que le ciel marin se sente. Vue de la terre j'avais les cartes en main, les cinq éléments en une seule image, le son dessinant le hors-champ. Or il n'est pas que beau de gâcher l'horizon de son arrogante silhouette. Qu'on le devine ou pas il n'est qu'un seul mirage, du latin miror signifiant s'étonner. Car j'ai quitté Paris en 1904 pour que le contrechant rime avec soleil couchant tandis que sur la platine je reposais Poulenc avant d'aller souper.

vendredi 7 juin 2019

La théorie du handicap


Dans le film 1+1 une histoire naturelle du sexe de Pierre Morize dont j'avais composé la musique, un biologiste rappelait la Théorie du handicap formulée par Amotz Zahavi en 1975. Dans la nature les mâles sont souvent très colorés alors que les femelles ont des robes plus ternes. Il s'agirait pour eux de les séduire en étant le plus flashy possible. L'opération est couronnée de succès lorsque les femelles se disent qu'en se signalant ainsi aux prédateurs les survivants doivent avoir de sacrés bons gènes. L'enjeu est tout de même pour chacune d'abandonner la moitié des siens pour perpétuer l'espèce en adoptant la moitié de ceux du mâle. Dans le film on pouvait constater que les hommes fonctionnent exactement comme n'importe quelle cellule mâle, à savoir que ce qui les caractérisent est de ne rien faire, mais ça c'est une autre histoire. Ayant moi-même une forte inclinaison pour les couleurs vives, que ce soit pour ma maison ou pour mon accoutrement quotidien, je me demande régulièrement si je ne participe pas moi-même à ce numéro de claquettes, en en sortant souvent gagnant malgré les bosses récoltées en marchant sur le fil. Se relever après chaque accident mène forcément à la chute, qui ne peut être alors que triomphale. Je mise donc sur l'attrait que peut représenter un type qui ne craint pas le ridicule en composant une musique de fada, en se livrant impudiquement dans ses articles ou en se vêtant d'habits qui se voient de loin ! Les claquettes en tennis sur galets ne sont qu'un indice de mon état d'Étretat ponctué par les cris des goélands sur fonds de sacs et ressacs.

jeudi 6 juin 2019

Mon D-Day


Des bombardiers passent au-dessus de nos têtes. Hélices contre galets. Chacun son D-Day.

mercredi 5 juin 2019

Le calme avant et après la tempête


Juste besoin de vacances. Cela fait des mois et des mois que je n'ai pas pris l'air. L'air du temps. Tant qu'on a la santé. Té, là y a un blème. Je ne peux pas continuer mon marabout de ficelle comme si de rien n'était. Aux tests d'effort hier matin le cardiologue s'est inquiété. Rien de grave, mais tout de même... Comme je suis résident de la république, je tiendrai mes lecteurs/trices au courant après une série d'analyses plus ou moins sympas que le corps médical a commencé à m'infliger. Lorsque je cours comme un malade j'ai un étau dans la poitrine qui ne passe qu'au bout de trois heures. Alerte. Évidemment c'est "comme" un malade, méthode Stanislawski ! Pour l'instant je fais semblant. Pas la peine d'en faire des tonnes tant que le malaise coronarien n'est pas identifié.
Donc courtes vacances. Avoir une résidence secondaire ou du moins en profiter régulièrement (j'avais écrit légumérient) empêche de partir ailleurs, or c'est l'ailleurs qui m'a toujours attiré. Que ce soit une virée vers la mer la plus proche ou dans la jungle asiatique j'ai besoin de changer d'atmosphère, d'arpenter des pays dont je ne parle pas la langue, de vivre comme les autochtones, de couper la perfusion numérique... Aujourd'hui c'est plein ouest, les grands espaces ! Jonathan nourrira les chats qui font la gueule de n'être pas du voyage...

Joseph Mallord William Turner, Seascape with Buoy, c.1840

mardi 4 juin 2019

Demain dehors, hier dedans


Hier je postais un billet sur le futur de la maison. Aujourd'hui je reviens sur son passé. Dehors, dedans. C'est drôle de voir son domicile habité par une autre famille. Le décorateur de À cause des filles..?, le dernier film de Pascal Thomas, a conservé certains éléments d'origine et en a ajouté d'autres pour correspondre au scénario...


Devant mon imposante bibliothèque le réalisateur eut l'idée de transformer le personnage interprété par José Garcia en chauffeur de taxi poète.


Pascal Thomas aurait souhaité mettre en valeur le tableau où un garçon nage vers une fille qui dort dans son lit, mais je n'ai jamais pu retrouver le peintre qui l'a réalisé. De toute manière, cette allégorie a depuis quitté mon domicile et j'ai tourné la page de toute une époque...


Les amis reconnaîtront ici et là le salon ou la cuisine, les étagères couvertes de CD, les fauteuils orange, la cheminée...


Le synopsis est plutôt sympathique, mais je n'ai pas encore vu le film complet.


Depuis qu'il est sorti en DVD, la production n'a pas eu l'idée de m'envoyer un exemplaire de ce film à sketches relié par un fil. C'est dommage, j'aurais apprécié le geste, d'autant que pour un tournage cela s'était plutôt bien passé. Imaginez une équipe de quarante personnes qui débarque chez vous, fait valser les meubles, coupe le courant du réfrigérateur et de la boîte Internet sans prévenir, remplit les deux jardins de projecteurs et réflecteurs, transforme le garage en catering, etc. Ensuite j'avais tout de même dû repeindre par endroits le sol de la cuisine, mais tout cela avait été plutôt amusant...

lundi 3 juin 2019

Des bleus


Youpi ! Ma maison ressemble enfin à celles de Burano ou d'autres villages méditerranéens. Tous les artifices sont bons pour lutter contre la grisaille de la capitale polluée. "Bientôt", le personnage d'Ella & Pitr, ressort encore mieux sur le bleu du ciel. Les passants s'arrêtent pour nous féliciter, mais tout le monde n'est pas aussi bien intentionné...
L'épicier kabyle du quartier me raconte qu'au bled on dit qu'il vaut mieux une mauvaise année qu'un mauvais voisin. De ce côté je suis servi. Une folle agressive, bête et méchante prétend, sans fondement, qu'elle est propriétaire de l'allée privée qui longe ma maison. Depuis vingt ans que j'habite là ses victimes se comptent par dizaines... On raconte même qu'un cambrioleur surpris par elle et ses deux sœurs, aussi sympathiques qu'elle, aurait lui-même appelé le 17 pour que les policiers viennent le délivrer ! Jusque là je n'avais rien à faire de ses hurlements, insultes et invectives, n'ayant pas besoin d'avoir accès à cette impasse pour rentrer chez moi. Mais lorsqu'elle en a interdit l'accès aux techniciens Free et Orange venus installer la fibre, pour un autre voisin et moi, j'ai tenté de discuter. Pas moyen. Deux fois de suite elle a coupé le fil, installé par le génie civil, qui aurait permis de tirer le câble. Ils ont dû revenir défoncer le trottoir et je suis toujours handicapé d'Internet. En effet Free refuse de réparer mon ADSL en panne depuis novembre puisque je suis éligible pour la fibre, et Orange fait des promesses depuis un an qu'il ne tient pas, rejetant la responsabilité sur Sosh.


Avant-hier le délire est monté d'un cran lorsque l'horrible dame a empêché les ouvriers de ravaler mon pignon qui donne sur l'allée, or les fissures doivent être rapidement comblées pour empêcher les infiltrations. Légalement cette impasse n'existe pas, elle est constituée de fonds de parcelles, dont la mienne. Je lui dois le passage, mais je n'ai évidemment pas à lui demander d'autorisation écrite d'autant qu'elle habite toute au fond de cette allée maudite. Elle a installé un portail, au niveau de la rue, qu'elle ferme à clef. J'en possède un double grâce à la gentillesse de tous les autres propriétaires qui sont obligés de passer par là pour rentrer chez eux. Si l'absurde n'est pas fait pour me déplaire, cette histoire m'affecte considérablement car je ne supporte ni la mauvaise foi, ni la bêtise, ni la violence. En plein délire elle a en effet agressé physiquement un de ses voisins de l'impasse. En attendant que la Justice s'en mêle sérieusement, j'ai choisi de ne faire ravaler que les 3 autres pignons. Je me souviens de la morale que me raconta un metteur en scène bosniaque pendant le Siège de Sarajevo : "Lorsque tu arriveras au ciel, Dieu te demandera ce qu'il en était de ton voisin et de ton chat". Si les chats plaideront aisément en ma faveur, je crains que l'horrible sorcière fasse baisser ma cotte malgré tous mes efforts pacificateurs !
Heureusement je ne serai pas étonné que dans le quartier d'autres sourires colorés viennent bientôt répondre au mien...

vendredi 31 mai 2019

Quand la musique prend son temps


Quand la musique prend son temps. Le temps de goûter chaque note, chaque accord, le temps de préparer les oreilles à l’écoute. Lenteur et délicatesse. Jozef Dumoulin assura la première partie du quartet Slow avec la plus grande tendresse sans craindre les dissonances soudaines. Les murmures arpégés de l’intro identifient le silence (nous sommes dans celui du Studio de l'Ermitage) et l'impose au public. Une forêt de pédales est posée sur le coffre de son Fender Rhodes et forme carrelage à ses pieds. Le comédien Denis Lavant, rencontré avec Nicolas Clauss qui en avait fait son portrait mouvant, me demande comment on appelle cette musique ? Il s’est lui-même déjà produit avec le percussionniste Laurent Paris qu’on entendra en seconde partie. Si la question est banale, la réponse l’est tout autant. Expérimentale ? Electro ? Aujourd'hui les étiquettes valsent plus que jamais.


La musique du projet Slow est plus évidemment jazz, mais la lenteur des tempi lui donne une allure d’éternité. Il y a longtemps que je n’avais pas entendu un aussi beau timbre de trompette ou de bugle, le son rond de Yoann Loustalot me rappelant celui de mon camarade Bernard Vitet, a fortiori celui de Miles ! Ceux des trois autres sont aussi veloutés, Éric Surmenian en pizz ou à l’archet, Julien Touery frôlant les touches du piano, Laurent Paris variant ses timbres malgré une batterie réduite à une grosse caisse posée horizontalement sur pieds, une caisse claire et quelques cymbales. L’évidence des thèmes mélodiques est surprenante. À mon goût, j'aimerais juste un peu plus de grincements sur peau ou métal, Paris s'y entendant à merveille pour en varier les formes et les couleurs. ..


À l'entr'acte je croise le violoniste Lucien Alfonso qui organise ce vendredi soir la soirée du label Wopela sur la Péniche Anako. De 20h à minuit s'y succéderont Giuoco Piano, la Cosmologie de la Poire, Odeia (dont Elsa est la chanteuse) et Monsieur Lulu.

jeudi 30 mai 2019

Nabaztag, le retour


Ce n'est pas une blague. Le lapin connecté renaît de ses cendres. Pour Antoine Schmitt et pour moi, Nabaztag était resté d'actualité avec notre opéra Nabaz'mob pour cent de ces bestioles. Et pour les 150 000 acquéreurs du premier objet connecté destiné au grand public, né en 2005, l'icône de l'Internet des objets peut retrouver ses couleurs en 2019 grâce à un kit installable sur les anciens rongeurs. Olivier Mével, maman en chef de cette tribu lagomorphe, secondé par des anciens de Violet comme Maÿlis Puyfaucher (auteur des textes et la voix française) et les indépendants qui avaient travaillé sur l'original comme Antoine qui en était le designer comportemental, ou moi-même le designer sonore, réveille le clapier en novembre 2018 à l’occasion de Maker Faire Paris (le salon dédié aux “makers”). Une nouvelle architecture technique permet à Nabaztag de ne plus être dépendant de serveurs externes et donne la possibilité à toutes les personnes intéressées de contribuer à de nouvelles fonctionnalités, car l’ensemble du projet est Open Source.


"Un kit facile à installer sur un Nabaztag ou un Nabaztag:tag a été créé avec l'aide de la société Enero avec l'objectif de redonner vie à son lapin. Il permet de remplacer l’électronique de l’époque par une nouvelle carte qui utilise un Raspberry Pi (un petit ordinateur très populaire auprès des “makers”). Cette nouvelle architecture rend le lapin totalement indépendant. Il ne dépend plus de serveurs externes. Si l'Internet venait à disparaitre (remplacé par Facebook ou Compuserve par exemple), il continuerait à donner l'heure, faire son taïchi, dire des bétises et dispenser de précieux conseils de vie. Les services les plus emblématiques ont été re-développés par Paul Guyot (l’ancien Directeur Technique de Violet, fondateur de la société Semiocast) et une reconnaissance vocale effectuée sans serveur distant a été ajoutée. Beaucoup d'autres informations sont livrées sur le site de crowdfunding Ulule. Scrunch crunch !

mercredi 29 mai 2019

Ravalement


Réveillé à 4h30, j'étais allé travailler avant de me recoucher pour un petit somme si jamais... Mais j'avais oublié la visite du ramoneur qui a sonné à l'instant-même où je piquais du nez. Deux cheminées. La chaudière qui me coûte les yeux de la tête en fioul et l'âtre dans lequel je peux cuire des sardines sans qu'aucune odeur ne pénètre dans la maison. À peine était il parti que le couvreur rapplique avec son fils pour le ravalement. Eux aussi je les avais zappés. À moins qu'ils ne m'aient pas confirmé quel jour ils débarqueraient. Serais-je quelque peu distrait ces jours-ci ? Pendant qu'ils attaquent les quatre faces de la maison au Kärcher je tâtonne parmi les couleurs du jardin, nuancier Chromatic. J'ai pensé qu'un bleu ciel irait bien avec la fresque d'Ella & Pitr. Bientôt, c'est le nom de leur musicien sans tête qui s'envole, a un short orange comme le mur d'enceinte, souligné d'un trait noir. La grille du château est bleue tirant sur le Klein. Prenant modèle sur le ciel authentique, j'hésite entre le bleu Malte, le bleu Midouze, le bleu Tinos et le bleu Célèbes. Le mieux est d'en parler avec la voisine d'en face qui l'aura sous le nez toute la journée et qui, de plus, est scénographe. Donc voilà, nous tombons d'accord sur le Célèbes, ni trop sombre, ni trop clair, ni trop violet... Les fenêtres resteront blanches comme le corps de l'ange aux ongles rouges. Son clairon est une feuille de cuivre. Les peintres tourneront donc minutieusement autour... De mon côté j'ai passé deux heures à débroussailler pour que le mur soit accessible. À midi la pluie et la grêle avaient descendu le parasol végétal de vingt centimètres. J'ai coupé ce qui dépassait. Quand ils auront terminé il ne restera plus qu'à relaver les carreaux ! En attendant je m'endors sur mon clavier...

mardi 28 mai 2019

Parler pour ne rien dire


Certains jours j'imagine que ce sera le premier où je ne publierai aucun article, au risque d'inquiéter celles ou ceux qui me suivent quotidiennement, parfois depuis 14 ans. Cela arrive aussi à celles ou ceux qui savent lire entre les lignes. La plupart du temps un évènement inattendu ou une idée de dernière minute vient me sauver d'un silence que j'aurais pourtant bien mérité ! Si je n'ai jamais rien à dire, je ne peux pas non plus tout dire. Des amis me confient parfois quelque bouleversant secret qu'il est évidemment hors de question de partager. Il m'arrive moi-même de me livrer à certaines occupations qu'il serait déplacé de rendre publiques. Je n'ai pas regardé une seule statistique de fréquentation depuis des années, mais les retours qui m'atteignent m'encouragent à continuer contre vents et marées. Question d'orgueil probablement, souci de me rendre utile plus certainement, le manque d'inspiration ou l'impossibilité de raconter décemment ce qui me touche sont astucieusement court-circuités par un signe ambigu, un clin d'œil amical, un sous-entendu que seul/e/s quelques personnes saisiront, et pas forcément des intimes. Écrivant aussi sur d'autres supports, je peux avoir du mal à me disperser ces jours-là, particulièrement lorsque ce sont des vers, pour une chanson par exemple. J'espère donc que le texte de demain sera moins allusif et plus circonstancié...

lundi 27 mai 2019

Azeotropes, collectif festif


Si Loris Binot en est le chef d'orchestre, Azeotropes est un collectif de musiciens capables de transmettre leur joie de vivre en jouant ensemble un mélange de ses compositions et improvisations. Fanfare grand luxe avec cordes, guitare et accordéon, cet orphéon mêle toutes les musiques qui ont passionné Binot depuis plus de trente ans, du rock au jazz en passant par les musiques contemporaines et le mode festif, tout en en proposant une relecture personnelle privilégiant le son d'ensemble tout en offrant aux solistes de belles plages d'eau turquoise. Il y a évidemment un petit côté zappien dans cette explosion de rythmes et de timbres, ce qui n'est pas fait pour me déplaire tant que ça prend la tangente ! Azeotropes en prend tant qu'on dirait une roue de vélo dont les rayons seraient passés de l'autre côté du pneu, autant dire un soleil ! Le disque commence par un pétage de piano préparé en bonne et due forme, mais très vite rejoint par le trompettiste Joseph Ramacci, l'altiste Antoine Arlot, le ténor Christophe Castel, le batteur Michel Deltruc, la violoniste alto Annabelle Dodane, le contrebassiste Louis-Michel Marion, la violoniste Madeleine Lefebvre, le guitariste Denis Jarosinski et l'accordéoniste Emilie Škrijelj. Loris Binot joue donc du piano ainsi que du Fender Rhodes et du Moog. Ce genre de projet sympathique fête bien le printemps en offrant aux petites fleurs d'ouvrir leurs corolles.

Azeotropes, cd CCAM

vendredi 24 mai 2019

Tant de bons disques et si peu d'espace


Il y a tant de bons disques que j'aimerais évoquer, mais sans un angle personnel pour les aborder je reste incapable d'écrire. Je souhaiterais faire plaisir à leurs auteurs en trouvant les mots, mais je suis ailleurs, dans leurs sons ou dans l'espace où ils s'écoulent les uns après les autres, décor sonore de mon quotidien ou écoute attentive comme lorsque l'on est au cinéma. Les rubriques musicales de la presse disparaissent les unes après les autres. Le milieu est sinistré. Dans les îlots de résistance le salaire des piges est pitoyable, cinq euros pour une chronique de disque dans un journal de jazz qui a pignon sur rue, vous le croyez, ça ? Avec quelques journalistes pugnaces qui d'ailleurs jouent, comme moi, le rôle de vigies, les blogueurs sont les derniers remparts contre l'anonymat du flux et les blockbusters kleenex. Avec Louis-Julien Nicolaou à Télérama, Jacques Denis à Libération, Franpi Barriaux sur Citizen Jazz et quelques autres qui m'en voudront de ne pas les citer, nous sommes souvent les premiers à souligner l'intérêt de tel ou tel album, à nous enflammer... Ces trois-là sont hebdomadaires et proches de mes goûts en général. Quotidien, sans rédaction en chef ni ligne éditoriale imposée, je peux réagir au jour le jour. Mais là je sèche et cela me rend triste. Aucun de nous fait vendre. Aucun artiste ne vend plus de disques, si ce n'est à la fin des concerts, à condition que ce soit le même répertoire. Par contre, cela remplit un dossier de presse qui pourra convaincre un organisateur ou simplement fait chaud au cœur si le chroniqueur est séduit. Par exemple, la couverture médiatique de mon Centenaire m'a identifié comme compositeur auprès de quelques jeunes musiciens qui me prenaient pour un journaliste, et elle m'a aidé à traverser un moment difficile de ma vie, de ma vie de centenaire, s'entend !
J'aurais tant aimé vous parler de la fougue du violoncelliste Matthias Bartolomey et du violoniste Klemens Bittmann pour leur Dynamo chez ACT ou de la délicatesse inventive des Episodes de Spring Roll chez Clean Feed avec la flûtiste Sylvaine Hélary, le ténor Hugues Mayot, les deux pianistes Antonin Rayon et Kris Davis, le percussionniste Sylvain Lemêtre. De même l'électro funk puissant de Seb El Zin sur BZZ Records, le swing très lent et tendre de Slow par le trompettiste Yoann Loustalot, le pianiste Julien Touéry, le contrebassiste Éric Surménian et le batteur Laurent Paris sur le label Bruit Chic, ou celui de Kepler avec le pianiste Maxime Sanchez, les ténors Adrien Sanchez et Julien Pontvianne sur Onze Heures Onze, ou encore en un peu plus énervé The Lost Animals d'Oxyd avec le pianiste Alexandre Herer, le trompettiste Olivier Laisney, le bassiste Olivier Gabriele, la batteur Thibaut Perriard et à nouveau le ténor Julien Pontvianne sur le même label, mais aussi le rock essentiel de Massif Occidental par le duo Hyperculte sur Bongo Joe, le jazz puissant flirtant avec le rock de Frizione du ténor Romano Pratesi avec le tromboniste Glenn Ferris, le guitariste Hasse Poulsen, le pianiste Stéphan Oliva, le contrebassiste Claude Tchamitchian, le batteur Christophe Marguet, autant dire un all stars, sur Das Kapital, et pour terminer le dernier album du poète Steve Dalachinsky avec The Snobs, superbe Pretty In The Morning sur Bisou Records... Peut-être reviendrai-je sur l'un d'eux si je trouve une manière d'en parler qui me soit propre. Ou bien aucun d'eux, pourtant tous excellents, ne m'évoque la révolution après laquelle je cours sans cesse. Rares sont les artistes dont je surveille les sorties comme je le faisais avec Scott Walker, qui, le lâcheur, vient de mourir et ne m'offrira plus ce plaisir. Combien sont-ils ceux que je diffuse en boucle sur la platine jusqu'à l'invasion totale de mon univers spatio-temporel ? Que cela ne vous retienne pas ! Tous ceux que j'ai cités méritent qu'on s'y arrête et qu'on s'en délecte. Ce n'est pour moi qu'une question d'identification. Ma plus récente émotion, je l'ai ressentie sur Internet en découvrant le travail orchestral de Jonathan Pontier...

jeudi 23 mai 2019

Nigrum allium sativum L.


Devant le succès que remporte mon ail noir, les amis cherchent évidemment à en savoir plus sur ses propriétés. Ainsi Marie-Christine s'inquiétait de la réaction de Maillard, cuisson réputée pour ses dangers cancérigènes. Elle m'indique le site Néo-nutrition qui explique que la caramélisation de l'ail noir arrête le processus à l'étape Amadori/Heyns, soit avant son terme pour n'en conserver que les bénéfices, contrairement aux frites, par exemple. Il fait ainsi considérablement croître la quantité d’antioxydants, 25 fois plus que l'ail blanc, contenant quantité d'oligo-éléments (850mg de S-allyl-cystéine par tête d’ail, magnésium, phosphore, sélénium, vitamines B6 et C). Si la médecine traditionnelle chinoise le préconisait contre l’arthrose, le diabète et les maladies infectieuses (rhume, tuberculose, malaria...), il est aujourd'hui recommandé contre le stress, la mauvaise alimentation, l'abus d'alcool et de tabac, les perturbateurs endocriniens contenus dans les savons, produits de beauté, emballages, il renforce le système immunitaire, atténue les allergies, combat les tumeurs cancéreuses, régénère les cellules de la peau, lutte contre l'obésité, réduit l'hypertension artérielle et le cholestérol... En gros c'est le remède miracle, le tout en un, l'élixir de jouvence par excellence !
Mais je ne me suis pas arrêté là. La revue anglophone ScienceDirect livre une analyse critique poussée passionnante, comparant la composition de l'ail frais et celle de l'ail noir. Selon la température (entre 60° et 90°), la durée de maturation, l'humidité, les résultats diffèrent. Chaque bienfait y est détaillé chimiquement. C'est un peu calé pour moi, mais j'entrevois la méticulosité de l'étude de Shunsuke Kimura, Yen-Chen Tung, Min-Hsiung Pan, Nan-Wei Su, Ying-Jang Lai et Kuan-Chen Cheng, soutenus par la National Science Council de Taiwan ! L'usage quotidien du sauna m'avait fait baisser incroyablement mes taux de cholestérol et de sucre, comme si on avait coupé le câble de l'ascenseur. Dans quelques mois je me demande si je serai capable de constater les effets sur ma santé de ce mets délicieux à la saveur umami prononcée.

mercredi 22 mai 2019

Une miinnnuuuuutttttteeeeeee !


Les choses se précipitent. Je n'arrive pas à prendre une minute pour écrire. Je parle, je parle, je parle, et l'heure tourne. J'ai beau être bavard, j'ai envie d'écouter. Qu'évoquer sinon ? Il paraît qu'en quittant la fête j'aurais dit : "Moi aussi j’aimerais qu'on me parle !" C'était il y a trois ans. Je ne me souviens pas non plus d'avoir un manteau jaune. Pourtant cela a commencé ainsi, par un départ. Que s'est-il passé depuis ? D'autres départs, d'autres arrivées. J'ai beau courir, on me rattrape. Au vol ou par le col, nigaud vertigo. Je revois le film des évènements. Les évidences se bousculent au portillon. Dans tous les sens, comme dans une serre à papillons. Je veux toujours aller trop vite. La radio : "c'est comment qu'on freine ?". J'enfourche la petite reine. Direction l'étoile. Je la garde dans ma poche depuis l'enfance. Elle est là pour si jamais je me perdais. Un vieil héritage. Du temps où il n'y avait encore personne. Ni ici ni nulle part. Et puis tout à coup. Les arbres s'embrassent. Ils communiquent. Tout s'éclaire. Je vois la route. Avec tout au bout la lune qui grossit dangereusement. Plus aucune couleur n'est pareille. "Tu déménages Titine ? Non je change de rue !" Je suis suivi. On me veut à bon port. J'apprécie l'attention. Un miaulement. C'est bon signe. J'avale ma salive. Régler les battements sur le rythme des vagues. Ça soulage. Du calme. J'ai trouvé la minute. Je la recopie. Sur la plage la mer recopie cent fois le verbe... Je le savais. Encore fallait-il. Les yeux fermés. Je savoure.

mardi 21 mai 2019

La révolte des carrés


Comme promis, l'album La révolte des carrés est en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org ! C'est le 78e album à paraître exclusivement en ligne sur le site du label GRRR qui totalise 1025 pièces. Sur la page d'accueil la radio aléatoire diffuse ainsi 153 heures de musique inédite, parallèlement à une trentaine de disques physiques que l'on peut acquérir en fouillant dans son porte-feuilles ou simplement découvrir sur Bandcamp. La liste de toutes celles et tous ceux à qui je dois près de 50 ans de bonheur en musique est sur la page Crédits du site, mais cette fois-ci c'est au tour du guitariste Hasse Poulsen et du percussionniste Wassim Halal de faire la une avec un album de free rock zarbi inattendu.
En proposant son titre à l'album rassemblant 13 portraits de révolutionnaires improvisés le 13 mai dernier pour fêter un autre lundi 13 mai, celui de 1968, qui fut ma seconde grande manifestation et qui marqua l'unification de la lutte entre les étudiants et les travailleurs, Wassim a mimé un carré qui avance en se déhanchant. Hasse et moi cherchions quelque chose de plus prosaïque, mais tous ceux que nous avancions sonnaient velléitaires : Pour un 13 mai révolutionnaire, Figures de la révolution, Portraits de famille, Le poing levé, Révolution tentation et perpétuation, (Les) enfants des fleurs, Mai 68-19, Dans la famille Fleurs la révolution…, Révolus scions, Sans fleurs ni couronnes, 100 fleurs ni couronnes, etc. Vraiment trop ringards ! Le 13 mai 1940 Churchill a prononcé son Blood, Sweat and Tears, le 13 mai 1958 fut mis en place le comité de salut public en Algérie, celui de 68, et puis, coup de chance, de journée internationale officielle répertoriée pour cette date ! Et puis Wassim a lancé "La révolte des carrés" en faisant le pitre et nous l'avons tous instantanément adopté. Quelques jours plus tard j'ai trouvé une image de carrés bringuebalants dans les lumières mouvantes d'Anne-Sarah Le Meur. Ce rouge à venir remue ciel et terre et fait bouger mes lignes. Tout le monde sait que j'aime les couleurs vives, comme les émotions vives, enfin... Tout ce qui est vif !


Hasse est arrivé un tout petit peu en retard, parce que le matin-même il a composé une chanson de circonstance, This Is Always The First Time ! Oui, ce doit être toujours la première fois. Pour les artistes comme pour les amoureux. Paradoxalement, Bernard Vitet me conseillait de toujours jouer comme si c'était la dernière. La première et la dernière se confondent. Je déteste refaire deux fois le même tour et je veux chaque matin reprendre tout à zéro. Voir la vie avec un œil neuf. C'est ce qui arrive lorsqu'on est amoureux. On peut l'être d'une personne, de la vie, de la musique ou de bien des choses. La ville semble alors éclairée de couleurs inédites, on a la tête à l'envers, on ne contrôle plus rien, guidé par une force sublime qui nous transporte. L'ici devient l'ailleurs. J'ai souvent cette sensation lorsque j'organise les sons, composition préalable ou instantanée, action directe du jeu, révélation de l'écoute... Dans Les Demoiselles de Rochefort, une fille dit à Gene Kelly "Vous avez de la chance !", et lui de lui répondre :"Je fais ce que je peux !"...

→ Birgé Halal Poulsen, La révolte des carrés, GRRR, 82 minutes

lundi 20 mai 2019

Continuum de Thurston Moore


Musique répétitive, drone, noise, arpèges, larsens, Thurston Moore, ex-Sonic Youth, a joué une pièce extrêmement prenante vendredi soir sur la scène du Silencio. Ce flux à rebondissements réclamait l'usage de pédales d'effets dont le guitariste préfère généralement se passer, et pour cause, car l'une d'elle tomba en rade à la fin du morceau, l'obligeant à improviser une coda inédite. Nous nous connaissons depuis trente ans, mais nous ne nous étions jamais rencontrés. Il y a exactement 20 ans Thurston avait enregistré un remix d'Un Drame Musical Instantané que l'on peut écouter sur drame.org. Il l'avait appelé 7/11, du nom d'une chaîne de commerces de proximité américains ouverts de 7h à 23h, probablement pratique lorsqu'on est musicien !
Comme nous discutions à bâtons rompus après son concert, Thurston me dit qu'il n'a pas reconnu ce qu'il avait composé sur le disque de remix qui accompagne parfois le vinyle de L'homme à la caméra... Par acquis de conscience je compare le CDR qu'il m'avait envoyé avec le disque transparent qu'a pressé DDD. Horreur et honte de ma part, ce n'est pas la pièce de Thurston ! J'avertis aussitôt Xavier Ehretsmann qui me dit qu'on trouvera une solution, le nom de Thurston n'apparaissant que sur un sticker. Je me fais un devoir de rectifier partout la mauvaise information, renvoyant les curieux au seul endroit où l'on peut écouter 7/11, le site du label GRRR...



Vous pouvez croiser Thurston Moore ce soir lundi à 18h30 au Souffle Continu où, avec Brunhild Ferrari, Eva Prinz et Catherine Marcangeli, il signera le livre Complete Works de Luc Ferrari dont j'ai parlé ici aussi et j'apprends à l'instant qu'il jouera un petit morceau !

P.S.: pour réparer ma bévue Thurston me propose d'enregistrer en duo et de sortir un 17 cm avec les 2 morceaux. Ah, si tous les musiciens avaient cette élégance...