L'île déserte
Par Jean-Jacques Birgé, vendredi 18 mai 2007 à 00:58 :: Cinéma & DVD :: #520 :: rss

Pourquoi emporter des films sur une île déserte ? Quelle drôle d'idée ! L'expérience nous débarrasserait d'un fatras de mémoire, d'une technologie handicapante qui pourrit nos week-ends, des contingences qui nous font oublier qui nous sommes et à quoi nous appartenons. Au lieu de cela, obsessionnels, nous dressons des listes qui nous poursuivent dans nos rêves. Nous fabriquons ces rêves de toutes pièces pour conjurer le réel, inconscient transposé dans une fiction somnambulique sans issue. L'enjeu serait-il le même avec des disques ou des livres ? Certains manuels de survie seraient plus utiles que de s'abstraire du train-train quotidien en s'aveuglant de bouts de ficelles en celluloïde. Mais non, on s'accroche à ses avoirs pour ne pas évoquer la difficulté d'être. On se moque de en faisant les yeux doux à Babylone. On fait les courses pour la semaine. On accumule des biscuits pour l'hiver, alors que déjà l'été approche avec l'avoir été.
N'empêche. J'ai pensé aux dix films, cédant aux sirènes des retrouvailles, mais pas à la nostalgie. J'ai misé sur l'avenir. Coup de théâtre : le premier sur mes lèvres est d' ; son sous-titre, le temps d'un retour, m'en dissuade aussitôt. De plus, je ne veux choisir que des films sortis en dvd : je n'ai pas encore reçu Hellzapoppin ( le début en images et la jam avec Slim Gaillard), commandé ce matin en Angleterre. C'est trop compliqué, il y en a trop. En parcourant les tranches des boîtiers classés par genre et chronologie sur les étagères, je tombe automatiquement sur les plus épaisses et décide ainsi de suggérer dix coffrets indispensables à mes yeux et à vos oreilles. Évidemment je triche en choisissant des coffrets plutôt que des films, ça laisse un poil plus de temps au naufragé, j'aurais pu choisir ceux de Michael Powell, Fritz Lang, Luc Moullet, Jacques Demy ou des anthologies de Gainsbourg, Brel ou Barbara... Mais aujourd'hui, c'est ainsi :
1. Je saisis l' qui vient de paraître parce que je n'ai vu qu'un seul des huit films qu'il réunit (TF1 Vidéo), et même cet , je veux le revoir avant de le chroniquer ici.
2. Criterion a rassemblé , et avec comme d'habitude d'excellents boni pour honorer l'injustement décrié . L'œuvre de ses détracteurs, homophobes nauséabonds, résiste moins bien au temps que celle du poète. Magie du cinématographe. Le parrain de la nouvelle vague. En France, Studio Canal a remplacé Orphée par , c'est bien aussi. Tout est bien chez Cocteau. J'attends que paraisse Les parents terribles.
3. Les offrent un pont vers . J'aurais opté pour ; le coffret Canal lui adjoignant et (les plus beaux rôles de Catherine Deneuve à part chez Demy) fait encore mieux l'affaire. Les absurdités de la religion et les mesquineries de la bourgeoisie me font rire toujours autant. Il existe un coffret encore plus gros de neuf films, c'est trois fois mieux, puisqu'il ajoute ("je suis pour l'amour, moi, Célestine, pour l'amour fou..."), ("le sergent a un rêve très sympathique à vous raconter"), ("mais qu'au moins les moines restent !"), , etc. Du pain béni !
4. Je vous ai déjà bâché et rabâché les oreilles avec l'Histoire (s) du cinéma de (G.C.T.H.V.). C'est tout de même beaucoup plus riche que le (G.C.T.H.V.), plus conceptuel que jouissif, et plus swing encore que de (Éd. Montparnasse).
5. Je n'avais pas le choix avec . Il en manque beaucoup trop. Warner a simplement collé ensemble et . C'est déjà ça. La précision du détail. L'universalité. Il met en scène ce qu'il connaît pour l'avoir vécu. Une histoire de famille. Renoir, Visconti, Mizoguchi, l'appareil critique au meilleur de sa forme.
6. N'importe quels donc. Ici , L'intendant Sansho, L'Impératrice Yang Kwei-Fei, Le Héros sacrilège (Opening). Le second volume est aussi formidable. Mais quid de La rue de la honte, le dernier, le plus puissant. Mizoguchi sait filmer les femmes, comme ou . Il a pourtant été poignardé un jour par une prostituée... Allez savoir...
7. , l'intégrale, tout est là, tout est montré, analysé, à savourer tel quel (G.C.T.H.V.). Dont le Cinéastes de notre temps réalisé par . Son aurait fait partie des dix films. Je ne me lasse d'aucune de ses réparties, d'aucun plan, d'aucune chanson. Le coffret Cinéma, de notre temps aurait pu aussi figurer ici si y étaient sélectionnés la Première vague, Samuel Fuller, Josef von Sternberg, John Ford... plutôt que quelques contemporains un peu barbants.
8. J'ai déjà évoqué ici Norman McLaren, une autre intégrale, le maître de l'animation...
9. Et le coffret métal bleu style boîte de biscuits (on y revient) de , qui ferait faire des économies considérables à la Sécurité Sociale s'il était remboursé plutôt que tous les anti-dépresseurs prescrits abusivement. Aucun effet secondaire !
10. Je termine avec la meilleure série télévisée de ces dernières années, , ici la première des cinq saisons, il faut bien commencer quelque part. Puisque tout finit un jour, et que nos rêves nous survivront peut-être. Peut-être ? Pouvoir être. Peu. T'être.
Commentaires
1. Le dimanche 20 mai 2007 à 20:02, par
2. Le dimanche 20 mai 2007 à 21:00, par Jean-Jacques Birgé
Ajouter un commentaire
Les commentaires ont été définitivement fermés pour cause de centaines de spams par jour. Vous pouvez néanmoins continuer à en écrire en les envoyant à info(at)drame.org et ils seront publiés en votre nom ou pseudo à l'avenir aussi rapidement que dans le passé.
Précisez COMMENT dans le titre de votre mail.
Cela fait toujours plaisir d'avoir des retours de temps en temps ;-)
Merci d'avance.