Jean-Jacques Birgé

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lundi 22 février 2021

Pique-nique au labo sur Citizen Jazz


En mars je reprends les enregistrements conviviaux où nous jouons pour nous rencontrer, et non le contraire comme il est d'usage entre improvisateurs et improvisatrices. Mes prochain/e/s invité/e/s sont la flûtiste Naïssam Jalal et le violoniste Mathias Lévy, la chanteuse Élise Caron et le tromboniste Fidel Fourneyron.

Article de Franpi Barriaux dans Citizen Jazz
paru dimanche 21 février 2021


Ce n’est pas à Citizen Jazz qu’on vous dira le contraire : il faut toujours avoir un œil sur ce que fait Jean-Jacques Birgé. Que ce soit dans sa vision du futur ou dans ses projections du passé, il est une voix toujours très pertinente et inventive de nos musiques. Depuis des années, le musicien francilien propose sur son site internet drame.org des enregistrements disponibles gracieusement, sur la base de rencontres, de jeux communs et d’idées qui doivent autant au hasard qu’au plaisir partagé de l’improvisation. Nous avions évoqué ceux-ci dans ce choix tout autant artistique ici et , et c’est une saine discipline que d’aller se faire un drame de temps en temps. Ce qui n’empêche pas d’avoir un guide touristique pour redécouvrir le moelleux « Tapis Volant » de l’hôte du Studio GRRR avec Alexandra Grimal, ou « Acceptez un conseil » avec Médéric Collignon et Julien Desprez sur l’un des multiples Un coup de dés jamais n’abolira le hasard où Birgé mélange son électronique avec des baudruches. L’invention toujours, et un certain rapport à l’imprévisible.

Pique-nique au labo n’est pas seulement une compilation de ces moments de liberté. C’est un panorama des artistes prêts à lâcher la bride, de Sophie Bernado et Linda Edsjö sur le joyeux « Marron Marrant » à Christelle Séry et Jonathan Pontier et leur « Remember Those Quiet Evenings » sur le plus récent WD-40 qui permet de goûter, pour ceux qui n’en auraient pas eu l’occasion, au grand talent de la guitariste qu’on retrouvera dans le prochain programme de l’ONJ de Fred Maurin. C’est un peu le plaisir que Birgé prend et nous procure, celui d’aller à la rencontre de cette génération - dans son sens le plus large - de musiciens affranchis et fureteurs, et de leur proposer de gratter un peu plus loin, au-delà du vernis.

Dans le labo de ce sorcier de Jean-Jacques Birgé, on refait le monde et on s’amuse bien. Le pique-nique est un moment de partage. Chacun apporte ses plats, on mange avec les doigts. En général il fait beau, il fait chaud, et les nappes sont à carreaux. C’est précisément ce dont on a besoin en ce moment de froid et de distanciation. Quoi de mieux alors que ce « Toussaint Louverture » avec Hasse Poulsen et Wassim Halal qui danse en liberté et sans but dans un champ à défricher où les interférences électroniques se brisent une à une pour invoquer la chaleur de l’été ?


L'article est suivi d'un lien vers Bandcamp qui permet d'écouter in extenso Pique-nique au labo , mon dernier disque avec ses 28 invités...
Double CD GRRR, dist. Orkhêstra

mercredi 17 février 2021

Retour sur mon duo avec Nicolas Clauss


Il ne nous reste que des souvenirs, aujourd'hui un autre d'il y a treize ans.
Leur morne absurdité condamne des générations d'artistes, les plus jeunes plus fragiles que tous les autres. Notre création Perspectives du XXIIe siècle est ajournée sine die. Alors nous nous replions sur nos pénates. Notre force de résistance est intacte. Ils ont tout à craindre. Elle explosera. En attendant, dans le mois qui vient j'enregistrerai deux trios, le premier avec Naïssam Jalal et Mathias Lévy, le second avec Élise Caron et Fidel Fourneyron. C'est dire si je ne me laisse pas abattre !

Article du 18 mars 2008

Donc, le lendemain, pour mon duo avec Nicolas Clauss à L'Échangeur, je n'emporterai pas de clavier. Mon instrument principal devient mon micro devant lequel je chante, joue de la flûte et de la trompette à anche. Je transforme tous les sons en temps réel, les miens comme ceux que Nicolas produit en jouant de ses modules interactifs, avec mon Eventide (une sorte de synthétiseur d'effets que j'ai programmés) et mon AirFX que je module sans le toucher en faisant au dessus de lui des passes "magnétiques" (en fait, optiques, puisqu'il s'agit d'un rayon avec un système de repères en 3D). Jamais nous ne sommes parvenus à faire aussi bien ressortir l'humour grinçant de Jumeau Bar, les effets amplifiant les intentions critiques que véhicule ce petit bar de campagne. Après un White Rituals des plus SM, voix et flûte aidant, j'accompagne L'ardoise avec mon Tenori-on dont je joue ce soir pour la première fois. J'oscille entre le côté kawaï (mignon) des dessins d'enfants et les sujets graves qu'ils évoquent. Lorsque je n'installe pas le cadre, décor qui permettra tous les possibles et parfois même l'impossible, je cherche surtout la complémentarité avec les images projetées par Nicolas. Nous terminons notre petite prestation par de délicats et lugubres Dormeurs qui s'écroulent au combat comme des quilles s'affalant sous leur propre poids et font sonner leur marche ralentie au son d'une martiale trompette à anche. Rebelote. Nicolas et moi sommes aux anges, impatients de recommencer l'expérience du duo, et heureux d'avoir participé à une si belle soirée. Françoise Romand a réagencé quelques extraits de notre prestation pour le petit film qu'elle a réalisé.


Mirtha Pozzi et Pablo Cueco avaient ouvert le bal par leur duo de percussion, avec Étienne Bultingaire aux manettes. Grosse surprise du remarquable jeu théâtral de Didier Petit qui partage la scène avec son violoncelle et le chorégraphe Mic Guillaumes. Final avec Jean-François Pauvros transformant son instrument en vielle et revenant progressivement vers ce qu'elle est, une guitare électrique vrombissante.
Le surlendemain, je vais écouter Pascal Contet maltraitant délicatement son accordéon devant l'installation végétale de Johnny Lebigot, Lucia Recio donnant la réplique aux sculptures en bois que José Lepiez caresse astucieusement, et les WormHoles dirigés de main de maître à l'archet par l'ami Didier Petit, grand organisateur de ce somptueux et malin mini-festival, hôte parfait, qui sait mieux que personne ce que signifie la générosité... Lucia passe d'un registre à l'autre, tantôt grave et bruitiste, tantôt rock et coupant ; Camel Zekri à la guitare en demi-teintes et Edward Perraud au jeu inventif et grinçant, Bultingaire aux effets métropolitains complètent ce quintet original dont la clarinettiste Carol Robinson est l'invitée et que je n'avais pas revue depuis l'enregistrement de Sarajevo (Suite). À l'entrée (et à la sortie !), Théo Jarrier et Hervé Péjaudier tiennent la boutique de disques installée sur des tréteaux de fortune et ça marche. Lors du concert au Triton, les vinyles du Drame étaient partis comme des petits pains, les plus jeunes étant friands de 33 tours. [...]

mardi 12 janvier 2021

Joce Mienniel rêve la pop


The Dreamer n'est pas un disque de flûtiste, mais celui d'un compositeur qui rêve de pop. Par pop, entendre que le rock est une musique plus populaire que le jazz ou la musique improvisée. Il n'empêche que la flûte de Joce Mienniel tinte le son de son nouveau groupe d'une couleur céleste qui s'intègre merveilleusement au métal de ses influences pinkfloydiennes seconde manière. La première était plus psychédélique, mais là il y a le muscle de ce qui fit le succès du groupe anglais dont Joce reprend d'ailleurs le tube Money. Et puis il chante, il chante feutré, mais il chante, en anglais, des mots de tristesse. Ils s'évaporeront lorsqu'une femme lui prendra la main dans une inattendue mise à nu ; les photographies de Cédric Roulliat laissent pantois, entre Orphée, fidèle insouciant, et la trivialité d'Œdipe. Planante et affirmée, la musique s'envole en volutes répétitives jusqu'à la reprise du thème de Michel Nyman pour le film Meurtres dans un jardin anglais. Pas de crime ici, mais un hommage assumé à la puissance électrique de la pop. En ajoutant son synthétiseur Korg MS20 (comme on peut aussi l'entendre sur notre collaboration Game Bling avec Eve Risser et mon récent album Pique-nique au labo), en s'associant au claviériste Vincent Lafont (qu'il a longtemps cotoyé au sein de l'ONJ période Yvinec), au guitariste Maxime Delpierre et au batteur Sébastien Brun (tous deux entendus, entre autres, avec Jeanne Added), Joce Mienniel produit ce son de groupe qui fait la particularité du rock face aux discours solistes des jazzmen. En 2012 ses Paris Short Stories lui permettaient de s'approprier les standards de notre époque avec une originalité de timbres inédite. En 2016 sur Tilt, déjà avec Lafont et Brun, il continuait à jongler avec le rock et les trouvailles à la Morricone. Il est logique que, quatre nouvelles années plus tard, son style s'affirme encore une fois, un truc addictif, suffisamment riche pour tourner en boucle sur la platine.
Comme Sylvaine Hélary, Joce Mienniel dresse un pont entre ce qui est assimilé au jazz et la pop. Sur d'autres projets, comme pour Naïssam Jalal, les musiques extra-européennes lui rappellent les origines ancestrales de son instrument. Comme leurs homologues qui ont choisi les bois (clarinettes, basson), les cordes (violons, violoncelles) ou la percussion, ces virtuoses de la flûte précisent une caractéristique hexagonale qui se démarque des Anglo-saxons plus branchés par les saxophones, les guitares électriques ou la batterie. Mais quel que soit l'instrument, les nouvelles générations de musiciens français affirment de plus en plus un courant novateur et inventif, indéfinissable parce qu'ils réfléchissent la variété et la richesse de nos paysages continentaux, un œcuménisme qu'il s'agit de défendre contre les coups de butoir d'une industrie multinationale phagocytée par les États Unis. Aucun nationalisme évidemment dans mon propos, mais le désir de marier ses propres racines aux grands mouvements planétaires. La musique classique et la pop anglaise sont facilement décelables chez ce rêveur, travailleur acharné qui nous fait partager ses trépidants fantasmes oniriques.

→ Joce Mienniel, The Dreamer, CD Drugstore Malone, dist. L'autre distribution, sortie le 5 février 2021

mercredi 6 janvier 2021

Le temps de la musique, le temps du politique


Le numéro 40 du Journal des Allumés du Jazz est à la hauteur des précédents, toujours aussi riche et passionnant. Il est d’autant plus indispensable que l'ancestral Jazz Mag est dévoyé par un rédacteur-en-chef paranoïaque qui n’a rien trouvé de mieux que de censurer les labels, en l’occurrence GRRR et nato, dont les producteurs auraient eu l’outrecuidance de critiquer ses couves et articles vintage au détriment de la scène vivante. C'est cocasse lorsqu'on sait que son prochain numéro est censé évoquer la résistance ! Drôle de conception de la presse et belle manière d'enterrer une revue que plus grand monde ne lit, et pour cause. Époque pitoyable comparée à l'ouverture d'esprit de son ancien rédac'chef, Philippe Carles. Cela rappelle aussi les "canons" de Télérama à l'époque où Jean Wagner y sévissait, ils équivalaient à la consécration suprême... Quant à Jazz News, il semble emboîter le pas à Jazz Mag depuis qu’il a été racheté par le même propriétaire, Édouard Rencker, PDG du groupe Makheia. La presse musicale est véritablement sinistrée, tous genres confondus, et la presse généraliste a perdu presque toutes ses colonnes qui étaient dédiées à la musique. Il reste quelques journalistes qui savent écrire, mais leur espace d'expression est une peau de chagrin.

Allumez donc la mèche, et cette fois, la rubrique Encyclopédie d’Albert Lory analyse les termes résilience, présentiel, distanciel et process, illustrés par Matthias Lehmann, Edith, Julien Mariolle et Gabriel Rebuffelo. Rappelons que ce journal « gratuit, à la périodicité diablement aléatoire » sollicite la participation de nombreux auteurs de bandes dessinées. Suivent cinq pages et demie intitulées Le temps de la musique, le temps du politique, témoignages passionnants et réveillés recueillis par Pierre Tenne et Jean Rochard avec Éric Beynel, Billie Brelok, Jean-Louis Comolli, François Corneloup, Gilles Coronado, D’ de Kabal, Élise Dabrowski, Denis Fournier, Antonin-Tri Hoang, Naïssam Jalal, Caroline Lemière, Frédéric Maurin, Fanny Ménégoz, Jacky Molard Quartet (Hélène Labarrière, Yannick Jory, Janick Martin, Jacky Molard), Basile Naudet, Jean-François Pauvros, Nicolas Souchal, Yoram Rosilio, Christian Tarting, Léa Trommenschlager, illustrées par Emre Orhun, Sylvie Fontaine, Andy Singer, Zou et les photographies de Jean-Pierre Levaray et Guy Le Querrec. Serge Adam remet les concerts sans public en perspective, illustration de Rocco. En demandant "Faut-il aller plus vite que la musique ?", le communiqué des Allumés pose les questions que le Centre national de la Musique fraîchement créé évacue : disques, petites structures, numérisation à outrance, droits d'auteur, empreinte carbone... Partout Le Tamis de l'essentiel fait froid dans le dos. Thierry Alba dessine le vertige. Jean-Brice Godet aborde La musique au temps du corona et s'entretient avec Raphaëlle Tchamitchian, Matthieu Malgrange, Félicie Bazelaire, Alexandre Pierrepont, Nawel Benziane, Timothée Quost, Mathieu Schoenahl, Anouchka Charbey, Julien Courquin, illustrés par Johan De Moor. En intro, il rappelle un texte prémonitoire de Marc Moulin, Big Brother de 2003 ! Le premier confinement a mis le Système D à l'honneur, mais le second a mis à mal le volontarisme. Changer ses habitudes est une bonne chose pour un artiste, à condition qu'il puisse exercer son art du partage. Pour The Healing Force, Jean Mestinard interroge les doutes de Paul Wacrenier photographié par Philippe Clin. Jazz Police, un intermède (L)BD de Pic et JR qui rappelle que la confrontation ne date pas d'aujourd'hui. Efix tire le portrait du Gredin, neuf et fringant syndicat des disquaires indépendants avec Julie David, Christophe Ouali et Yves Plouhinec interrogés par Allumette. On est à la moitié du canard et on a déjà passé plusieurs heures à le décortiquer. Il reste pourtant plus de chair sur la carcasse que la somme des numéros de Jazz Magazine de l'année !

Reprise de Jean-Brice Godet qui s'est intéressé au DOC, le Doigt dans l'Oreille du Chauve, un conglomérat d'activités résistantes en Normandie. La Bretagne n'est pas en reste, Gaby Kerdoncuff évoquant ses Échos-sillons, six maisons de disques et une ribambelle de musiciens et producteurs qui d'habitude "résisdansent" en se fichant du centralisme. Laurel fait sauter les disques comme des crêpes. Yec'hed mat ! Illustré par Anna Hymas, le texte de Jonathan Thomas, membre du CRAL (EHESS), évoque Des disques politiques historiques, avec la figure, inattendue pour certains, de Jean-Marie Le Pen ! Je précise que la SERP ne possédait pas que des enregistrements d'extrême-droite, mais aussi les droits des discours de Lénine, peut-être pour mieux faire passer la pilule ? Reprise de Pierre Tenne qui recense les encyclopédies du Net (Wikipedia, Discogs, Bandcamp...) pour un Saint Thomas Swing illustré par Nathalie Ferlut. L'inénarrable Pablo Cueco, soutenu par Johann de Moor, dévoile Les abîmes du complot ("Protégez-nous de ceux qui veulent nous sauver", Livre du Deuxième Confinement). Il est aussi l'auteur d'un rébus diabolique avec Denis Bourdaud. On retrouve le médecin-urgentiste Mohamed El Khebir, présent dans le numéro 39, évoquant le ras-le-bol du nouveau confinement, avec Zou se prenant pour Van Gogh. Terminons avec les nouveautés, parce que les Allumés ce sont aussi des centaines et des centaines de disques formidables vendus sur leur site. J'apprécie évidemment la chronique de mon Pique-nique au labo par un certain T.C. avant les dernières étincelles d'Allumette par Efix et Jiair et la photo de Le Querrec commentée cette fois par Antoine Péran.

Ce n'est pas tout ça, j'ai mon ménage à faire. J'espère ne pas vous avoir saoulés avec cette distribution digne d'un générique de film hollywoodien, mais il y a là plus qu'à boire et à manger. C'est du roboratif ! Alors d'ici le prochain numéro, abonnez-vous, c'est gratuit ! À moins que vous ne préfériez soutenir...

jeudi 10 décembre 2020

Naïssam Jalal, flûtiste et compositrice (2)


Le nouvel album de la flûtiste Naïssam Jalal est double. Double CD, double vue, double fond, double vitrage, double sens... Pour envisager Un autre monde aujourd'hui, il faut être doué/e de double vue. Si l'on désire faire traverser les frontières à nos désirs d'amour et de fraternité, les valises simples ne conviennent plus. Comme si ces sentiments étaient d'une époque révolue, la contrebande s'impose. Et je ne pense pas que le double vitrage suffise à contenir sa rage contre l'absurdité criminelle du Capital. La musique de Naïssam Jalal est à double sens. Côté face, le mélange de Moyen Orient et de jazz rappelle la transe mélodique de John Coltrane. De l'autre côté, les revendications s'empilent. Être une femme, d'origine syrienne, compositrice, engagée politiquement et refusant de céder à la banalité du décervelage programmé, exige une tenue de combat, une forme exceptionnelle si l'on veut garder le sourire. Parce que la vie est là, qui vous tend les bras, quand on a 36 ans.


La virtuose, à la traversière comme au nay, chante parfois en doublant un autre instrument, car elle est accompagnée par le groupe Rhythms of Resistance composé du saxophoniste Mehdi Chaïb, du violoncelliste Karsten Hochapfel qui tient souvent ici le rôle de guitariste, du contrebassiste Damien Varaillon, du batteur Arnaud Dolmen qui privilégie les peaux et, pour le second disque, de l'Orchestre National de Bretagne dirigé par Zahia Ziouani, une autre manière d'assumer la migration, même si les interprètes classiques sont lents à se mettre au diapason des métriques complexes. Les arabesques de la flûte, et du nay auquel je suis encore plus sensible, nous emmènent vers Un autre monde, celui où l'on se saoule de musique pour vivre au lieu de survivre.



→ Naïssam Jalal, Un autre monde, 2CD Les couleurs du son, dist. L'autre distribution, sortie le 5 février 2021

Cet article fait suite à l'article d'hier sur quatre autres disques de flûtistes et précède la chronique du Glowing Life de Sylvaine Hélary.

mercredi 9 décembre 2020

Flûte ! (1)


Mon premier instrument fut une flûte rapportée de Sicile en 1967. Je l'ai toujours, mais je crains souvent que les conditions hydrométriques fassent éclater le bambou. Depuis, j'en ai acquis des dizaines, en bois, en métal, en terre, en plastique, mais je joue toujours des mêmes : une roumaine très aiguë, deux fabriquées par Bernard Vitet (une en plexiglas qui sonne comme un shakuhachi, l'autre très basse en PVC), deux encore en PVC achetées à Nicolas Bras, une varinette (flûte de nez) et des harmoniques comme celles aperçues sur la photo. La semaine dernière, pour le disque de rock que nous enregistrons en ce moment, Nicolas Chedmail m'a emprunté ma flûte à bec ténor ! Longtemps la flûte traversière était vouée aux filles, préjugé absurde que ridiculisent les souffles actuels de Naïssam Jalal, Sylvaine Hélary, Eve Risser, Elise Caron et bien d'autres...
M'arrivent quatre disques dont vous aurez deviné l'instrumentation ! Les deux premiers viennent d'Inde du Nord, musique hindoustanie interprétée sur des flûtes en bambou bansurî (merci à Cyriaque Kempf). Si Hamsadhwani propose des pièces variées, raga pentatonique joué par Ravi Shankar Mishra sur des instruments qu'il fabrique lui-même dans son atelier-garage de Mysore en Inde du Sud, je suis particulièrement bouleversé par la lente progression du Raag Yaman de son maître Pandit Nityanand Haldipur, qui lui-même fut le disciple de l'extraordinaire Annapurna Devi. Celle-ci, fille du légendaire Ustad Baba Allauddin Khan, fut la première épouse du célèbre Ravi Shankar. En Inde, comme pour les autres musiques, la tradition du Maihar Gharana se transmet ainsi, formant des lignées. Les tablistes sont nommés sur les pochettes, le plus jeune, Pandit Ravindra Yavagal, et le plus âgé, Pandit Omkar Gulvady, mais il n'est pas fait mention des joueurs de tampura qui entretiennent la basse continue... Je ne m'attendais pas à être envouté à ce point. Comme avec les drones de La Monte Young, la musique envahit l'espace, puis le corps qui finit par se dématérialiser jusqu'à l'abstraction de soi-même !
C'est une autre tradition que perpétue le duo de flûtistes Isophone composé de Rosa Parlato et Claire Marchal, celle de la musique contemporaine improvisée faisant appel aux traversières, de la piccolo à la basse. L'album Bise est tout en retenues délicates, réminiscences effleurées, harmoniques retrouvées, recherchant l'écoute de l'autre du bout des lèvres.
Le dernier est encore un duo, mais si Miquèu Montanaro joue des flûtes dont la fujara et la dvojnica, du galoubet tambourin (sa spécialité) et de la guimbarde, il dialogue avec son fils, le violoniste baryton Baltazar Montanaro-Nagy. Les improvisations ont évidemment un goût provençal prononcé. Les rythmes sont enlevés, les timbres variés et la danse n'est jamais loin.

P.S.: J'ignore où en est Joce Mienniel, mais je reçois à l'instant les disques de Sylvaine Hélary (avec Antonin Rayon, Benjamin Gilbert, Christophe Lavergne et Mark Tompkins) et de Naïssam Jalal (avec le groupe Rhythms of Resistance et le Nouvel Orchestre de Bretagne) que je suis impatient de découvrir et que je n'ai évidemment pas eu le temps d'écouter... À suivre !

→ Ravi Shankar Mishra, Hamsadhwani, CD Bansuriworld
→ Pandit Nityanand Haldipur, Raag Yaman, CD Bansuriworld
→ Isophone (Rosa Parlato & Claire Marchal), Bise - Improvisations aux flûtes traversières, CD Setola Di Maiale
→ Duo Montanaro, Be, CD Compagnie Montanaro

lundi 16 novembre 2020

Musiques du monde arabe


Je ne me suis rarement senti aussi ignare en abordant un continent musical comme celui que Coline Houssais nous fait découvrir dans l'anthologie des Musiques du monde arabe qui vient de paraître. L'éditeur Le Mot et Le Reste s'est fait une spécialité d'ouvrages musicaux de référence(s) comme celui-ci. Si j'attends d'avoir tout lu pour en parler, cela risque de nous emmener loin. Chacun des 100 articles relatifs à un artiste mériterait qu'il soit connecté à une base de données sonores nous offrant d'en écouter quelques extraits. Cela reste assez abstrait au vu de l'éventail qui ne se contente pas de la musique strictement arabe, mais aborde les domaines berbère, kurde, nubien, libanais, etc., donc le Moyen Orient et l'Afrique du Nord. Les textes introductifs sont déjà passionnants, en termes d'histoire et de géographie, cherchant ce qu'il y a de commun à ces musiques si diverses. D'origine traditionnelle, elles évoluent aussi avec le temps, passant des campagnes à la ville, traditions orales et musique savante se retrouvant dans un panarabisme aux parfums très variés. Elles nous sont parvenues grâce à des passeurs qui ont voué une partie de leur vie à les faire connaître, particulièrement en France, conséquence critique du colonialisme. Depuis les années 50, les disques (et les cassettes, très en vogue dans leurs pays) leur ont permis de voyager. Coline Houssais préfère le concept de florilège à celui d'anthologie, et son approche sociohistorique n'est pas pour me déplaire, bien au contraire. Tant d'articles évitent de replacer les œuvres dans leur contexte qu'on n'y comprend rien du tout.
Je suis allé jeter un œil à ma vidéothèque (le cinéma égyptien, par exemple, fourmille de comédies et drames musicaux, sans compter Oum Kalsoum, Natacha Atlas et Transes de Nass El Ghiwane) ainsi qu'à ma discothèque, mieux fournie que je ne pensais : Fayrouz, Marcel Khalifé, Nassir Shamma, Mohammed Abdu, Kazem El Saher, Mohammed Abdel, Wahab, Asalah, Nagat, Abboud Abdel 'Ral, Abdel Kalim Hafez, Idir (sur lequel j'ai réalisé un film), Lili Boniche, Line Monty, Reinette L'Oranaise, Amina Alaoui, Laayoun El Kouchi, Dahmane El Harachi, Ahallil de Gouraba, Hasna El Becharia, Cheikha Rimitti, Khaled, Cheb Mami, Sofiane Saidi, Omar El Maghribi, Cirrus, Amazigh, Tartit, des compilations algériennes, mauritaniennes, soudanaises, éthiopiennes, de très vieilles archives et de jeunes musicien/ne/s comme Wassim Halal, Naïssam Jalal ou le Fanfaraï Big Band... D'autant que c'est la musique qu'écoutent mes chats lorsque je suis absent !
Je n'en reconnais qu'une dizaine dans le choix de Coline Houssais. C'est dire que je n'ai plus qu'à lire une fiche de temps en temps, puis googliser chaque artiste pour l'entendre si je veux faire mon chemin parmi l'immense nébuleuse qui se déploie devant mes yeux, et bientôt mes oreilles. Je vais évidemment commencer par sélectionner celles et ceux dont la description semble s'approcher de mes goûts. Mais cet ouvrage risque fort de m'en faire changer au fur et à mesure de la découverte...

→ Coline Houssais, Musiques du monde arabe, ed. Le Mot et le Reste, 22€

lundi 25 février 2019

Naïssam Jalal et Nicole Mitchell à Sons d'Hiver


J'ai avoué à Naïssam Jalal que j'étais allée à son concert à reculons. Pensez, une flûtiste seule en scène, certes avec une comédienne qui récitait en arabe ancien, celui de l'Égypte, des poèmes d'Amal Donkol disparu en 1983 à l'âge de 43 ans, mais c'était à Choisy-le-Roi dans le cadre de Sons d'Hiver. La dernière fois que j'ai joué à ce festival c'était il y a 25 ans, du temps où Michel Thion le dirigeait, lui qui l'avait fondé sous le nom de Futurs/Musiques, lui-même devenu aujourd'hui poète après avoir été barman, déménageur, fabricant de bougies, agent de planning en compagnie aérienne, dessinateur en béton armé, puis analyste informaticien durant huit ans, et même professeur de judo diplômé ! Je parle de Thion parce qu'il avait cherché à faire venir le public local et que ses successeurs ont continué à s'y employer. Je me souviens qu'il y avait alors toujours un groupe amateur en première partie des luxueuses soirées. Figurait cette fois le nonette de Nicole Mitchell en seconde partie, mais j'étais encore un peu cassé par le décès maternel survenu lundi matin. J'ai pensé que cela me ferait du bien de sortir et j'ai emmené Éric et Michèle qui avait de son côté gardé Eliott toute la journée. C'est dire si nous étions frais ! La musique a le pouvoir de nous faire oublier la tristesse et la fatigue, qu'on l'écoute ou, mieux, qu'on la joue. Comme j'avais trouvé formidable la quête d'invisible de Naïssam Jalal au travers de son récent double album et que la présence en France de l'ancienne présidente de l'AACM est une chose rare, j'ai pris mon volant à deux mains et j'ai filé par des chemins détournés que Waze m'indiqua subtilement.
Le sens des mots étant capital, un joli petit livret avec les textes d'Amal Donkol nous fut remis avant le début du spectacle. Ensuite j'ai préféré me laisser bercer par la voix de Nanda Mohammad et les flûtes incroyables de Naïsam Jalal. Lire les traductions projetées en surtitres cassait l'évocation. Que ce soit à la flûte traversière ou au nay, Naïssam rivalise de virtuosité lyrique avec une variété de timbres et d'attaques époustouflantes. Elle chante aussi, sans la flûte, dans la flûte, à côté de la flûte. Nous étions transportés par la magie de son jeu tandis que les poèmes choisis par le metteur-en scène/écrivain Ahmed El Attar chantaient calmement, mais de manière déterminée, une colère qui semblait cibler le régime syrien alors qu'elle remontait aux catastrophiques Accords de Camp David qui isoleraient dramatiquement le peuple palestinien. La poésie est éternelle. Même pas millésimée. Éternelle. Comme la musique. Parce qu'elles tournent autour des choses sans les nommer précisément. Elles y révèlent pourtant l'essence de la vie, justement. Des Fragments du Livre de la Mort aux Dernières paroles de Spartacus, impossible de se réconcilier lorsqu'on a subi l'outrage, la lâcheté et la violence.


Puis se fut l'entr'acte où nous nous rassasiâmes au bar d'une soupe de châtaignes. La prestation de Nicole Mitchell était intéressante, mais écrasée par le son des retours qui brouillait la spatialisation des musiciennes et musiciens organisés en arc de cercle. Les improvisations de la violoncelliste Tomeka Reid semblaient super, mais son instrument en plastique ou résine avait une sonorité sourde et étouffée qui n'arrangeait pas les choses. On entendait difficilement la harpe d'Hélène Breschand, pourtant heureuse de participer à cette "belle aventure humaine" dirigée par la flûtiste américaine. L'ambiance du Black Earth Ensemble composé également d'un excellent joueur de shakuhachi et d'un autre Japonais qui jouait du shamisen, de la contrebasse et du taiko, d'une violoniste et d'un guitariste, était chaleureuse, mais les mises en place approximatives, probablement dues à une percussionniste bien lourde qui suivait plutôt qu'elle ne guidait, ramollissaient l'ensemble jusqu'à ce qu'un type dont on se demandait ce qu'il faisait là intervienne...


Quand un chanteur se sert du sens pour choisir ses intonations, tout devient lumineux. Avery R. Young nous gratifia d'une prestation exceptionnelle, retenant ses effets, éclatant, se tordant, se redressant comme les meilleurs interprètes de soul. L'orchestre trouva là sa forme, emporté par le feeling d'un artiste vivant son rôle de tous ses muscles, électrisé de la tête aux pieds. J'ai cru comprendre qu'il était question de transmission. Dans ses performances Young révèle le racisme et la misogynie qui étaient toujours à l'œuvre derrière les paravents obamesques. On voit bien ici aussi où nous mène notre pseudo démocratie.

mercredi 30 janvier 2019

En peu de mots


Les disques ont beau être excellents, je ne trouve pas toujours les mots. Avant de les ranger, je les écoute plusieurs fois, mais sans un point de vue personnel je passe mon tour. Écrire quotidiennement exige que mes doigts soient guidés par une force irrépressible qui les fait danser sur le clavier sans qu'aucune résistance vienne freiner mon élan. Dans mon travail non plus, le syndrome de la page blanche n'existe pas. J'ai suffisamment de projets sur le feu pour qu'il y en ait toujours un qui me sourit...
Quest of The Invisible de Naïssam Jalal accompagnée par le pianiste Leonardo Montana, le contrebassiste Claude Tchamitchian et Hamid Drake au daf est un petit bijou d'une évidence désarmante ; s'il pouvait désarmer les brutes qui s'entretuent la flûtiste dont le chant est aussi envoûtant pourrait se consacrer plus souvent à cette superbe méditation introspective.
Un autre flûtiste, Gurvant Le Gac, guide les Bretons de Charkha dans les zones humides où Faustine Audebert chante La colère de la boue sur des textes poétiques d'Édouard Glissant, Monchoachi, Léon Gontran Damas, Cécile Even, Bertrand Dupont, Erik Premel et Antonin Artaud. Entre le jazz, le rock et les improvisations qu'ils suscitent, les terroirs rappellent qu'une autre humanité est possible. Le sextet est aussi composé de Florian Baron au oud, du sax ténor Timothée Le Bour, du contrebassiste Jonathan Caserta et du percussionniste Gaëtan Samson.
Autour de l'accordéon de Christophe Girard, les Chroniques de Mélusine dessinent des paysages évocateurs qu'interprètent Anthony Caillet à l'euphonium, William Rollin à la guitare électrique, Simon Tailleu à la contrebasse et Stan Delannoy à la batterie.
Gumbo Kings du chanteur Matthieu Boré m'a fait penser à un Van Dyke Parks jazzy de la Louisianne tandis que Pearl Diver de la chanteuse Himiko (Paganotti) appartient à ce qu'il est coutume d'appeler rock progressif, une tendresse mélodique aérienne dans un univers enveloppant où excellent Emmanuel Borghi aux claviers, Bernard Paganotti à la basse et son frère Antoine à la batterie et électronique, une branche de la famille Magma en somme. Avec Jeanne Added ou Claudia Solal, la batteuse Anne Paceo confirme la tendance des musiciennes de jazz à lorgner du côté de la pop anglo-saxonne ; elle est secondée par les chanteurs Ann Sharley et Florent Mateo, le guitariste Pierre Perchaud, le saxophoniste-clarinettiste Christophe Panzani et le claviériste Tony Paeleman. Bright Shadows est très agréable, mais elles ont pourtant toutes autant à perdre qu'à gagner si elles ne trouvent pas une manière de se démarquer des Anglaises et des Américaines. L'audience s'élargit considérablement, mais le danger du formatage les guette au coin du studio et de la scène. Tout Bleu, le projet solo de Simone Aubert, chanteuse et batteuse du duo Hyperculte et guitariste du groupe Massicot, est plus expérimental ; des boucles sombres et lancinantes soutiennent des psalmodies répétitives où le rock affirme une manière de vivre, assumant explicitement la difficulté d'être.
Dans le genre expérimental, la palme revient au clarinettiste Joris Rühl qui produit lui-même un superbe disque solo extrêmement délicat où les sons multiphoniques proviennent de doigtés inusités laissant filtrer l'air des tampons à peine fermés ou de façons perverses de faire vibrer l'anche. Si la grande Toile est écrite, les petites Étoiles sont improvisées. Cette "poésie de la technique" s'est étendue à la fabrication de 40 exemplaires numérotés de la pochette réalisés à la main par son père, Wolfgang Rühl, toile rugueuse, caractères en plomb, reliure et dorure...
Avec le minimalisme de Kepler on retrouve la lenteur et la "beauté froide" offrant de la musique une écoute totalement différente de tout le reste. Le saxophoniste-clarinettiste Julien Pontvianne, habitué à ce retour aux sources vitales proche des transcendantalistes de Concord, Alcott, Emerson, Hawthorne et Thoreau, qui inspirèrent tant Charles Ives, a rejoint les deux frères Maxime Sanchez au piano et l'autre ténor, Adrien Sanchez, pour une plongée introspective vertigineuse.
Je réécoute deux disques très agréables, 4è jour Kan Ya Ma kan du duo Interzone composé par le guitariste Serge Teyssot-Gay et du oudiste syrien Khaled Aljaramani, qui chantent tous deux, et Uña y carne du guitariste Chicuelo. L'un et l'autre font voyager, le premier sur la route des caravanes, le second sur celle d'un flamenco aux accents jazz et aux orchestrations délicates, ajoutant ici ou là une trompette ou un violon.
Je termine ce petit tour qui m'aura pris un temps fou avec les très belles Pictures for orchestra de Jean-Marie Machado qui a composé pour l'orchestre Danzas (ici saxophone, clarinette, deux violons altos, violoncelle, accordéon, flûte et tuba) offrant de belles plages à chaque soliste dont il s'est inspiré. J'aime énormément que l'on imagine sa musique pour des hommes et des femmes, et non pour des instruments. Le pianiste s'éloigne du jazz en assumant sa passion pour le tango, la musique romantique ou celle des Balkans, générant ainsi de magnifiques couleurs...

→ Naïssam Jalal, Quest of The Invisible, 2CD Les Couleurs du Son, dist. L'autre distribution, sortie le 1er mars 2019
→ Charkha, La colère de la boue, CD Innacor, dist. L'autre distribution
→ Mélusine, Chroniques, CD Babil, dist. Inouïes
→ Matthieu Boré, Gumbo Kings, CD Bonsaï, sortie le 1er mars 2019
→ Himiko, Pearl Diver, CD Le Triton, dist. L'autre distribution
→ Anne Paceo, Bright Shadows, CD Laborie Jazz Records, dist. Socadisc
Tout Bleu, CD Bongo Joe, dist. L'autre distribution
→ Joris Rühl, Toile Étoiles, CD Umlaut
→ Kepler, CD Onze Heures Onze, dist. Absilone, sortie le 22 mars 2019
→ Interzone (Serge Teyssot-Gay et Khaled Aljaramani), 4è jour Kan Ya Ma Kan, CD Intervalle Triton, dist. L'autre distribution, sortie le 1er février 2019
→ Chicuelo, Uña y carne, CD Accords croisés, dist. Pias, sortie le 8 février 2019
→ Jean-Marie Machado, Pictures for orchestra, CD La Buissonne, sortie le 8 mars 2019

jeudi 15 février 2018

Les autres, par un rappeur palestinien et une flûtiste d'origine syrienne


Trop de disques de rap américain sont frustrants lorsque leurs livrets ne divulguent pas les paroles de leur flow. Les commerçants inondent le globe de leurs produits comme si le monde entier comprenait leur langue. L'impérialisme s'infiltre insidieusement dans toutes les couches de la société. Pour Al Akhareen (Les autres), Osloob, rappeur, chanteur, beatboxer et producteur palestinien, et la flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal ont traduit ou fait traduire les textes arabes en français et en anglais. On perd sur le papier le rythme de la poésie qui s'écoute, mais l'on peut au moins savoir contre quoi ils protestent. Osloob, qui est né dans un camp de réfugiés au Liban, a retrouvé en France Naïssam Jalal, fille d'immigrés syriens. Ensemble ils hurlent leur colère contre le régime de Bachar el-Assad, contre l'occupation israélienne de la Palestine, contre la guerre qu'ils n'ont pas connue, mais dont ils subissent les effets, contre les religieux de tous bords, contre les marchands qui se gavent sur la misère des peuples, contre les médias corrompus qui trafiquent la réalité du terrain...


En passant du trio avec Dj Junkaz Lou au sextet en s'adjoignant le saxophoniste castelroussin Mehdi Chaïb, le bassiste sénégalais Alune Wade et le batteur guadeloupéen Arnaud Dolmen, Osloob et Naïssam Jalal allient le hip hop au jazz instrumental, les racines populaires du rap aux recherches lyriques cantonnées à un petit milieu élitaire. Comme les flûtistes Joce Mienniel et Sylvaine Hélary elle offre une nouvelle voie à son instrument. À Tunis lors du festival La Voix Est Libre j'avais été impressionné par les improvisations de Naïssam au ney et à la flûte traversière, entre la rage du ghetto et une poésie kirkienne. On la connaissait avec son groupe Rhythms of Resistance. Elle s'envole et entraîne ses camarades dans un groove qui sort le rap de sa monotonie instrumentale tandis qu'Osloob trouve dans cet orchestre une machine puissante qui porte ses mots de colère et ses vers d'espoir.

→ Osloob & Naïssam Jalal, Al Akhareen, cd Les couleurs du son, dist. L'autre distribution, sortie le 2 mars 2018

jeudi 21 mai 2015

Le Kef, une ouverture


Ayant quitté Tunis le matin, notre bus est escorté par la police à l'entrée dans la province du Kef. Pour une fois sa présence rassure plutôt qu'elle n'inquiète. Gros dispositif autour du théâtre où s'est replié le Festival El Chanti / la Voix Est Libre à cause de la pluie. Il y a deux ans les Salafistes qui avaient tenté de l'incendier ont cassé les dents de son principal responsable et l'ont roué de coups. Ils se cachent dans la montagne près de la frontière algérienne, mais personne ne sait ici quelle idée idiote peut les traverser. Que les concerts se passent dans la joie et l'allégresse est une grande victoire pour les organisateurs locaux qui montrent à la population que la culture est toujours la bienvenue dans leur ville et que la liberté d'expression est un combat de tous les jours !


Nous visitons la Kasbah où devait se dérouler l'ensemble des festivités, mais où seul se tient le concert acoustique en plein air à la basilique. Éclaircie. Les oiseaux qui ouvrent la cérémonie ne lâcheront plus les artistes jusqu'à ce que la nuit tombe. Aux tubes volants que le jongleur Jörg Muller a installés dans le trou à ciel ouvert qui tient lieu de toit répondent les chanteuses Violaine Lochu et Alia Sellami. Elles commencent par imiter les harmoniques de l'aluminium avant d'aller projeter leurs voix contre les colonnes du temple. Le saxophoniste Peter Corser prend le relais de ce rituel païen en soufflant continu dans son ténor tandis que l'émotion nous submerge.


Au théâtre le chanteur Mounir Troudi et le percussionniste Wassim Halal ont cette fois invité Zied Zouari, violoniste classique très influencé par la musique d'Inde du Sud. Le temps d'un morceau, la Mayennaise Violaine Lochu les rejoint pour l'un de leurs ragas maghrébins, et ça prend ! Duo vocal, plaintes du soufflet, envolées de l'archet, rebonds des peaux totalement différents du concert de Tunis avec Erwan Keravec...


Quand le Stambali de Chedli Bidali se déploie avec en plus Amazigh Kateb au gumbri, Dgiz à la contrebasse, Naïssam Jalal à la flûte, Philippe Gleizes à la batterie, le public se lève et danse, danse, danse au milieu des fauteuils, saisis par les rythmes des karkabas. J'ai sorti mon Tenori-on et quelques guimbardes. Avec Médéric Collignon au clavier, Djiz, Gleizes et Corser, nous fermons le bal, clôture d'un festival exceptionnel qui montre que les mélanges produisent les plus beaux enfants. Ceux de Tunisie le savent bien. Tous les participants, artistes et public, organisateurs et journalistes, techniciens et bénévoles ont partagé des moments inouïs dont il s'agit maintenant de prolonger les effets...

mercredi 20 mai 2015

Le Stambali au Café Ellouh / Whatever Saloon


La jeunesse tunisienne s'est déplacée pour le Stambali dont Amazigh Kateb de Gnawa Diffusion et le slameur Dgiz tiennent le rôle de Masters of Ceremony. Arrivé du Niger, du Tchad et du Mali par la route des esclaves, le Stambali est le cousin tunisien des Gnaoui. Musique de transe, il fut l'occasion d'improvisations débridées, donnant au Festival El Chanti / La Voix Est Libre sa véritable dimension. Au Café Ellouh / Whatever Saloon les jeunes sautent sur place, excités par les chansons de Kateb et les paroles de Dgiz. Certains convives commencent d'ailleurs à entrer dangereusement en symbiose avec la musique. La flûtiste Naïssam Jalal et le batteur Philippe Gleizes s'intègrent parfaitement aux gumbris de Kateb et Chedli Bidali et aux karkabas du reste de l'orchestre.


Un vent de fête souffle sur Tunis. Les visages rayonnent. Les musiciens venus de France retrouvent leurs racines par la magie du soufisme subsaharien. Les rives de la Méditerranée se touchent. La tête nous tourne.


Après l'entr'acte, le jongleur Jörg Muller fait à son tour tourner ses tubes de métal dans le ciel couvert du Café Ellouh. Dans le silence retrouvé, les tiges accrochées au plafond filent telles les lames d'un lanceur de couteaux. Au doigt et à l'œil sonnent les cloches tubulaires. Et Muller de danser au milieu de ses tubes apprivoisés qui virevoltent au dessus du public comme des libellules en laisse laissant la foule en liesse.


Le saxophoniste anglais Peter Corser fait descendre son souffle continu du haut d'un escalier en hélice aux fragiles marches de bois. Musique répétitive qui prolonge le stambali et ses castagnettes en métal comme le ballet des tubes.


Une scène impro très funky clôture les quatre jours du festival à Tunis avant de se transporter au Kef où la plupart des artistes réinterpréteront le lendemain certaines scènes de cette étonnante caravane. Médéric Collignon au clavier, Dgiz à la contrebasse, Gleizes derrière ses fûts, Peter Corser au ténor, Naïssam Jalal à la flûte, le percussionniste Jihed Khmiri sont rejoints le temps d'un échange par le violoniste Zied Zouari, les chanteuses Alia Sellami et Violaine Lochu, les rappeurs Katybon et Vippa, le slameur Anis Chouchene... À suivre.

lundi 18 mai 2015

La Voix Est Libre à Tunis, un vent de liberté


En prologue à la seconde soirée du Festival El Chanti / La Voix est Libre Dgiz fait monter sur la scène de l'Institut Français, fraîchement inauguré de la veille, cinq slameurs dont c'est pour certains le baptême du feu. Les jeunes Tunisiens et Tunisiennes montrent que leur engagement met leur cœur et leur corps, leur sens critique et leur émotion au service d'une révolution qui ne se fera pas en un jour. Que leurs récits soient légendes merveilleuses ou dur retour à une réalité l'urgence et la sincérité suent de leurs lèvres même si un vent frais s'est levé sur Tunis.
Dgiz embraye avec une contrebasse de fortune, épaulé par le batteur Philippe Gleizes dont les tambours chantent l'Afrique, le saxophoniste Peter Corser trafiquant sa voix électroniquement, Blaise Merlin ayant troqué son costume de directeur du festival contre un violon, et l'extraordinaire Naïssam JaJal dont la flûte traversière et le ney swinguent avec des accents kirkiens et les cris du désert.


Dgiz slamant sur les mots du public, réagissant au quart de tour à tout ce qu'offre l'instant, entraîne tout ce petit monde dans une course folle qui donne envie de danser. L'humour du provocateur patenté transforme ses flèches en crève-cœur, les rythmes survoltés ne pouvant cacher sa tendresse pour le peuple tunisien.


Après l'entr'acte, le chanteur Mounir Troudi rejoint l'Electro Mezoued pour clore la soirée en beauté. Le quintet rassemblant Mehdi Haddab au oud électrique, le DJ electro Skander Besbes, le bassiste Pasco Teillet, le percussionniste Jihed Khmiri et le joueur de cornemuse Lotfi Gerbi rappelle étonnamment les grandes heures du rock celtique. L'histoire des musiques traditionnelles recèle plus d'un secret que les voyageurs ont adopté comme à mon tour je m'imprègne probablement de tout ce que j'entends au cours de mon voyage. Le mezoued, musique populaire des bas-fonds dont les paroles argotiques choquaient au point d'être interdites pendant la dictature de Ben Ali, revient sur le devant de la scène.


Son nom lui vient de la cornemuse bédouine issue des campements nomades, puis des campagnes investissant la ville. Sa sonorité aigre et puissante sort de deux cornes de veau, propulsée par le réservoir en peau de chèvre.


Mehdi Haddab, surnommé le Jimi Hendrix du oud, électrise le groupe. Son complice, le bassiste avec qui il travaille depuis quinze ans, livre un groove puissant sur lequel la voix peut improviser en toute liberté. Car l'improvisation marque tout le festival. L'Electro Mezoued et le Stamboli (prochain article !) seront hélas absents de l'édition parisienne du Festival qui se tiendra à la Maison de la Poésie, au Cirque Électrique et aux Bouffes du Nord du 26 au 30 mai, mais quantité de surprises nous attendent la semaine prochaine.

vendredi 23 août 2013

Les affranchis


Un mouvement exceptionnel se dégage enfin parmi les jeunes musiciens vivant en France. On attendait depuis longtemps qu'une musique inventive naisse de ce territoire historique, carrefour géographique où se croisent toutes les influences. Si le jazz, le rock, les musiques traditionnelles, la chanson, l'électronique, le minimalisme, le classique pouvaient se sentir chez les uns et les autres il manquait encore à la plupart de s'affranchir du modèle anglo-saxon ou américain. Depuis quelque temps la surprise va grandissant. Ces jeunes musiciens et musiciennes, car il y a de nombreuses filles dans ce mouvement et ce n'est pas la moindre de ses caractéristiques, ont pour beaucoup suivi des études classiques. Ils sortent souvent du CNSM, le Conservatoire, même si ce sont forcément les plus rebelles qui nous intéressent ici. Non contents d'être des virtuoses sur leur instrument ils composent et improvisent, entendre là que la composition soit préalable ou instantanée n'a pas d'importance. Leur univers assume l'héritage de la musique savante du XXe siècle et de la musique populaire, chanson française et rythmes afro-américains, structures complexes et simplicité de l'émission. Le blues et ses ramifications jazz et rock les ont amenés à se démarquer du ghetto dans lequel s'est enfermée la musique contemporaine. La tradition de la chanson française leur offre un nouveau répertoire de standards. La connaissance des maîtres les a armés. L'improvisation libre leur ouvre les portes du direct.

Leurs sources sont trop vastes pour être citées, mais les différentes formes que le jazz a empruntées au cours du siècle précédent les ont fortement marqués. Pour s'en affranchir ils l'ont croisé avec la musique savante, privilégiant les marginaux aux nouveaux académiques, revalorisant le rock et toutes les musiques du monde. On retrouve souvent Debussy, Satie, Stravinski, Cage, Ligeti, Monk, Hendrix, Miles, Reich, Zappa, Wyatt dans leur discours. Beaucoup d'hommes encore, mais leur féminité est de plus en plus assumée, et tant de filles peuvent enfin s'épanouir aujourd'hui sans devoir imiter le jeu des machos. Même si certains de leurs aînés ont préparé le terrain, ces "jeunes" musiciennes et musiciens ne sont pas dans la concurrence, mais dans une solidarité qui fait chaud au cœur. Encore faut-il maintenant qu'ils et elles s'organisent ! Leur culture musicale, et plus encore extra-musicale, soit ce que l'on appelle la culture générale faite de littérature, de cinéma, de spectacles en tous genres, de voyages, gastronomiques et fraternels, de conscience politique ou écologique, etc., leur confère à chacun et chacune une indépendance de création. Leur imagination accouche de mondes très variés, inventifs, surprenants, porteurs d'espoir dans l'univers formaté que les financiers et censeurs veulent nous imposer. J'ai longtemps cherché un terme à proposer pour caractériser ce mouvement exceptionnel. LES AFFRANCHIS correspond bien à ce qu'ils et elles représentent.

Pour terminer ce petit manifeste je livre une première liste. Ajoutez-y tous les autres que j'ignore et que je sais nombreux, en envoyant un mail à info(at)drame.org. Je les signalerai avec joie. Plus on est de fous plus on rit !

Les premiers auxquels j'ai pensé pour les avoir entendus et puisqu'ils ont suscité ma réflexion (par ordre alphabétique) : Jeanne Added, Lucien Alfonso, Aymeric Avice, Sylvain Bardiau, Antoine Berjeaut, Antoine Berland, Sophie Bernado, Lisa Cat-Berro, Thibaut Cellier, Cédric Chatelain, Romain Clerc-Renaud, Sylvain Darrifourcq, Maxime Delpierre, Julien Desprez, Héloise Divilly, Benjamin Dousteyssier, Benjamin Duboc, Jozef Dumoulin, Élie Duris, Benjamin Flament, Fred Gastard, Sacha Gattino, Baptiste Germser, Jean-Brice Godet, Phil Gordiani, Alexandra Grimal, Sylvaine Hélary, Clément Himbert, Antonin-Tri Hoang, Karsten Hochapfel, Naïssam Jalal, Fanny Lasfargues, Louis Laurain, Sylvain Lemêtre, Émilie Lesbros, Antonin Leymarie, Rodolphe Loubatière, Matthias Mahler, Matthieu Metzger, Jocelyn Mienniel, Yuko Oshima, Émile Parisien, Edward Perraud, Julien Pontvianne, Thomas de Pourquery, Antonin Rayon, Sylvain Rifflet, Rafaelle Rinaudo, Ève Risser, Ravi Shardja... Des camarades m'en susurrent d'autres : Pierre-Antoine Badaroux, Marc Baron, Félicie Bazelaire, Sébastien Beliah, Florian Bergmann, Pierre Borel, Seb Brun, Cyprien Busolini, Sylvain Choinier, Ronan Courty, Élise Dabrowski, Jean Dousteyssier, Yoan Durant, Clément Édouard, Joachim Florent, Fidel Forneyron, Élodie Gaudet, Antonin Gerbal, Quentin Ghomari, Yan Joussain, Xavier López, Julien Loutelier, Guillaume Magne, Hugues Maillot, Frédéric Marty, François Michel, Roméo Monteiro, Roberto Negro, Sébastien Palis, Laurent Pascal, Francesco Pastacaldi, Jérémie Piazza, Brice Pichard, Raphaël Quenehen, Arnaud Roullin, Joris Ruhl, Emmanuel Scarpa, Kevin Seddiki, Alvise Sinivia, Dafne Vicente-Sandoval, Deborah Walker... Il faudrait aussi citer les groupes car les démarches collectives sont de plus en plus courantes, se démarquant de la compétition individuelle façon struggle for life : Actuum, Alphabet, Big, DDJ, Dedalus, Donkey Monkey, DPZ, Ensemble Art Sonic, Ensemble Hodos, Irène, Jean-Louis, Journal intime, Kumquat, Le Cabaret Contemporain, Le Sacre du Tympan, Les Vibrants Défricheurs, Limousine, Magnetic Ensemble, Metallophone, Novembre, Nuage Magique, Ok, ONCEIM, OrTie, Oui Monsieur, Papanosh, Peeping Tom, Petite Vengeance, Ping Machine, Plaistow, Q, Surnatural Orchestra, The Fish, The New Song, The Silencers, Theverybigexperimental Toubifriorchestra, Tricollectif, Umlaut, Viking, Watt, etc. Ce ne sont ici que des pistes offertes à votre curiosité. Libre à vous que cette liste s'allonge, s'allonge...

P.S.: ci-dessous la nouvelle liste (par ordre alphabétique) inclut tous ceux et toutes celles cités dans les commentaires, qui se reconnaissent dans Les affranchis. Certains ont tout de même près de 50 ans, ce qui, à mes yeux, n'en fait plus des p'tits jeunes, mais je n'ai pas voulu censurer les suggestions qui m'étaient envoyées. De mon côté j'ai sciemment omis les aînés qui leur ont préparé le terrain et ouvert la voie, et qui mériteraient de figurer plus qu'aucun autre dans ce mouvement ;-)

Jeanne Added, Lucien Alfonso, Aymeric Avice, Pierre-Antoine Badaroux, Sylvain Bardiau, Marc Baron, Jérémie Bastard, Félicie Bazelaire, Sébastien Beliah, Florian Bergmann, Antoine Berjeaut, Antoine Berland, Sophie Bernado, Quentin Biardeau, Fred Blondy, Jean Bordé, Pierre Borel, Sébastien Bouhana, Sébastien Branche, Seb Brun, Cyprien Busolini, Lisa Cat-Berro, les frères Ceccaldi, Thibaut Cellier, Cédric Chatelain, Gérald Chevillon, Sylvain Choinier, Romain Clerc-Renaud, Manu Codjia, Ronan Courty, Élise Dabrowski, Sylvain Darrifourcq, Maxime Delpierre, Julien Desprez, Héloise Divilly, Benjamin Dousteyssier, Jean Dousteyssier, Benjamin Duboc, Romain Dugelay, Léo Dumont, Jozef Dumoulin, Yoan Durant, Élie Duris, Clément Édouard, Julien Eil, Benjamin Flament, Joachim Florent, Fidel Fourneyron, Fred Gastard, Sacha Gattino, Élodie Gaudet, Antonin Gerbal, Baptiste Germser, Quentin Ghomari, Jean-Brice Godet, Phil Gordiani, Alexandra Grimal, Johan Guidou, Jean-Luc Guionnet, Sylvaine Hélary, Cathy Heyden, Clément Himbert, Antonin-Tri Hoang, Karsten Hochapfel, Naïssam Jalal, Jean Joly, Yan Joussain, Fanny Lasfargues, Louis Laurain, Sylvain Lemêtre, Émilie Lesbros, Antonin Leymarie, Xavier López, Rodolphe Loubatière, Julien Loutelier, Guillaume Magne, Matthias Mahler, Hugues Maillot, Frédéric Marty, Matthieu Metzger, François Michel, Jocelyn Mienniel, Anton Mobin, Roméo Monteiro, Roberto Negro, Yuko Oshima, Anne Pacéo, Sébastien Palis, Émile Parisien, Laurent Pascal, Francesco Pastacaldi, Marine Pellegrini, Edward Perraud, Alice Perret, Jérémie Piazza, Brice Pichard, Julien Pontvianne, Thomas de Pourquery, Raphaël Quenehen, Antonin Rayon, Jean-François Riffaud, Sylvain Rifflet, Rafaelle Rinaudo, Ève Risser, Arnaud Roullin, Joris Ruhl, Damien Sabatier, Florian Satche, Emmanuel Scarpa, Kevin Seddiki, Alvise Sinivia, Franck Vaillant, Dafne Vicente-Sandoval, Deborah Walker, Lawrence Williams...

Les groupes : Actuum, Alphabet, Big, DDJ, Dedalus, Donkey Monkey, DPZ, Ensemble Art Sonic, Ensemble Hodos, Impérial Quartet, Irène, Jean-Louis, Journal intime, Kouma, Kumquat, Le Cabaret Contemporain, Le Sacre du Tympan, Les Vibrants Défricheurs, Limousine, Lunatic Toys, Magnetic Ensemble, Metallophone, Novembre, Nuage Magique, Ok, ONCEIM, OrTie, Oui Monsieur, Papanosh, pearl&john, Peeping Tom, Petite Vengeance, Ping Machine, Plaistow, Polymorphie, Q, SnAp, Surnatural Orchestra, The Fish, The New Song, The Silencers, Theverybigexperimental Toubifriorchestra, Tricollectif, Umlaut, Viking, Watt...