Jean-Jacques Birgé

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lundi 7 juillet 2014

Le Schpountz veille sur moi


En entrant dans ma chambre d'hôtes arlésienne je tombe nez à nez avec Fernandel accroché au-dessus du lit. Je connais pratiquement par cœur la scène de la corbeille de croissants sous le robinet du bidon de pétrole...


Et j'adore répéter sur tous les tons la phrase du Schpountz, "tout condamné à mort aura la tête tranchée". Le film de Marcel Pagnol m'a toujours fait pleurer de rire. Lors de ma courte carrière d'assistant-réalisateur je rencontrerai d'autres schpountz, figurants qui se croient irrésistibles et ne peuvent s'empêcher de rejouer des scènes entières de films popularisés par des comédiens célèbres. Ces moments pathétiques représentent le comble du phénomène d'identification au cinéma.


Pourtant chaque artiste à ses débuts tient du Schpountz. La plupart rêvent de devenir célèbres, du moins dans un premier temps. Le succès fausse ensuite les rapports et peut pourrir la vie quotidienne. L'échec et le succès sont deux poisons qui pulvérisent nos passions. L'échec rend aigri, le succès enferme. On critique parfois les artistes incapables de se renouveler, mais comment risquer de décevoir son public en faisant autre chose que ce qu'il attend, que ce soit par générosité ou peur de perdre ses acquis ? Il est alors indispensable de se rappeler ce qui nous a poussés la première fois, l'étincelle créatrice, démarche sans autre arrière-pensée que le désir ou le plaisir...

mercredi 25 juin 2014

Ivan Passer, l'amour des marginaux


Suite à la découverte de Cutter's Way (article de vendredi) qui ressort ce mercredi sur les écrans j'ai regardé deux autres films d'Ivan Passer réalisés après son exil aux États Unis. Tous ont en commun un regard critique sur le pays d'accueil loin du mythe américain, tel qu'il l'exerçait déjà sur sa Tchécoslovaquie natale (Éclairage intime, et scénarii des Amours d'une blonde et de Au feu, les pompiers de Miloš Forman). Quel que soit le système social il engendre des comportements déviants de la part de celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas s'y soumettre. Sans tomber dans le misérabilisme complaisant actuellement à la mode, Passer dresse un portrait bienveillant sur des personnages inadaptés au formatage de la société.


Born To Win (Né pour vaincre) (1971), mettant en scène un junkie joué par George Segal en but à une succession de magouilles, est aussi mésestimé que Banco à Las Vegas (Silver Bears) (1978), une comédie avec Michael Caine sur le système bancaire qui mérite fondamentalement d'être revue aujourd'hui. Si le premier est plus amer que le second, l'humour et l'amour ne sont jamais absents, pas plus qu'ils ne le seront pour les trois estropiés de la vie dans Cutter's Way. On retrouve la même originalité de regard que chez Forman qui, également en 1971, tourne Taking off mais se laissera happer par le système à partir du succès de Ragtime et Amadeus. Si Passer n'a aucune complaisance pour les conventions sociales, il aime fondamentalement les handicapés qui cherchent les failles du système pour s'en sortir vaille que vaille.


Petites ou grandes arnaques fabriquent dès lors de savoureux thrillers qui ne ressemblent à aucun autre. Les ellipses de Born To Win ont attiré les mauvaises critiques qui sont passées à côté d'un grand cinéaste et, malgré la présence de Louis Jourdan, Cybill Shepherd et Stéphane Audran Silver Bears est aussi méconnu que ses autres films que je vais m'empresser de rechercher !

N.B.: Born to Win, passé dans le domaine public aux USA, est intégralement en ligne, mais sans sous-titres !

vendredi 20 juin 2014

Cutter's Way d'Ivan Passer au cinéma


En 1981 Ivan Passer, réalisateur de la nouvelle vague tchèque immigré aux USA, réalisait son meilleur film, Cutter's Way (La blessure), thriller psychologique montrant les séquelles de la guerre du Vietnam sur trois marginaux dans une côte ouest loin de son image idyllique. Comme Miloš Forman dont il avait été plusieurs fois le scénariste à Prague il filme son nouveau pays d'adoption avec le regard critique des immigrés capables d'identifier ce qui cloche dans les détails de la vie quotidienne, symptômes d'une société en déliquescence.
La violence engendre la violence, on le savait. Ivan Passer insiste sur la paranoïa qui en découle, exutoire de ce que les victimes ont subi. Cette brutalité semblant faire fi des leçons de l'Histoire touche parfois des pays entiers. Ici Alex Cutter (John Heard), qui a perdu un œil, un bras et une jambe au Vietnam, ne se dépare pas d'une rage qui le pousse à se soûler au moindre désœuvrement et lui fait pousser des ailes démentes dans l'adversité. Je ne me souviens de pareille gambade que dans Mauvais sang de Carax lorsque Denis Lavant cabriole devant les palissades. Richard Bone interprété par Jeff Bridges, tout juste sorti des Portes du Paradis de Cimino, se dissout dans les conquêtes féminines, incapable de s'attacher à qui que ce soit, si ce n'est à son camarade qu'il tente en vain de protéger contre lui-même. Mo jouée par Lisa Eichhorn scelle leur virile amitié dans une triangulaire ambiguë où le renoncement tient lieu de verdict aux illusions perdues. Un subtil érotisme suinte des regards échangés et des sous-entendus, mais la fatalité semble plus forte que leurs désirs.


Ivan Passer montre Santa Barbara sous un angle inédit où l'opulence n'est qu'un vague décor derrière un rideau de fumée. Si l'enquête policière n'est qu'un prétexte à révéler la noirceur des âmes torturées, la modernité du scénario et le jeu des acteurs en font l'un des plus beaux thrillers californiens, chef d'œuvre méconnu de son auteur que Carlotta ressort au cinéma le 25 juin dans une version restaurée. Notons enfin la musique de Jack Nitzsche dont le glassharmonica et la cythare font flotter l'action dans une sorte de no man's land où aucun personnage n'est à sa place.

vendredi 6 juin 2014

Jean Epstein, bonjour cinéma !


En apprenant que Potemkine sort un coffret de 8 DVD des films de Jean Eptein je saute au plafond. Après avoir découvert les cinéastes de la Première Vague dans les années 70 grâce à Jean-André Fieschi et Noël Burch je jette mon dévolu sur La glace à trois faces (1927) et La chute de la Maison Usher (1928) d'Epstein, même si les films de Marcel L'Herbier comme L'inhumaine ou L'argent, ceux de Germaine Dulac, Louis Delluc, ainsi qu'Abel Gance que l'on peut rattacher à cette mouvance, nous interrogent également à distance sur l'état du cinéma contemporain au même titre que nombreuses œuvres inventives de l'époque du muet. Epstein est l'égal de Vertov ou d'Eisenstein, de Murnau ou Dreyer, mais nul n'est prophète en son pays. Il possède une sensibilité hors pair, un sens du rythme exceptionnel, une imagination pour traduire en images des scénarios qui, sous son objectif, deviennent bouleversants. Avec lui se révèle L'intelligence d'une machine, titre de l'un de ses Écrits sur le cinéma, littérature que je dévorerai lorsque paraîtront les deux gros volumes en 1974 où le cinéaste aborde ses concepts de lyrosophie, ses idées révolutionnaires sur le son, le montage rapide alterné et les superpositions, le panoramique inversé ou le gros plan. Une réédition est annoncée chez Independencia sous la direction de Nicole Brenez, Joël Daire et Cyril Neyrat, 9 volumes avec de nombreux inédits.

Il y a 40 ans, par chance, sortant de l'Idhec, je dégotte à la librairie du Minotaure un dernier exemplaire de son petit fascicule Bonjour Cinéma, une merveille éditoriale et graphique publiée en 1921 par Blaise Cendrars aux Éditions de La Sirène. Très vite le trio et le grand orchestre d'Un Drame Musical instantané accompagneront La glace et Usher que nous projetterons dans le monde entier. À part ces deux films que je dois à Marie Epstein qui travaillait à la Cinémathèque, la sœur de Jean disparu en 1953, je ne connais alors rien d'autre que Finis Terrae et surtout Le Tempestaire où Epstein met en pratique sa théorie du gros plan sonore en ralentissant la pellicule. Mais ses écrits annoncent "la couleur" comme ceux d'Edgard Varèse pour la musique, l'un et l'autre précurseurs pour avoir agi, mais aussi énormément rêvé.


Les trois premiers DVD rassemblent Le lion des Mogols, Le double amour, Les aventures de Robert Macaire tournés pour les Studios de l'Albatros à Montreuil, siège de l'École russe, après ses débuts chez Pathé. Orientalisme de pacotille et mondanités parisiennes n'empêchent pas Le lion des Mogols de livrer, au milieu d'un scénario abracadabrant, des passages merveilleux comme les scènes automobiles, Montparnasse ou le bal masqué. Les costumes de Paul Poiret et les décors de Pierre Kéfer réalisés par Lazare Meerson font tout le charme du drame du Double amour. Robert Macaire est un feuilleton en cinq épisodes où les escrocs ressemblent à des marionnettes humaines comme les appelait Cocteau.

Deux DVD présentent la période des chefs d'œuvre du muet qui vont ruiner Epstein devenu son propre producteur, La glace à trois faces et La Chute de la Maison Usher, précédés de Mauprat et Six et demi, onze, tous très réussis dans des genres différents. Mauprat est une adaptation du roman de George Sand, film romantique en costumes où l'on reconnaît la force d'Epstein lorsqu'il filme la nature et partout une critique affirmée du machisme. Sa sensibilité exacerbée lui fait prendre le parti des femmes devant des hommes dont l'autorité cache la lâcheté et la faiblesse. L'homosexualité du cinéaste, révélée depuis peu par ses propres textes, est finement suggérée dans la manière de faire jouer ses comédiens, dans leur solitude aussi, face à une société qui en fera longtemps un tabou. Le mélodrame Six et demi, onze où se devine les inclinations d'Epstein, met en valeur décors et costumes d'une époque où la peinture moderne déteignait sur les arts appliqués. Quant aux deux chefs d'œuvre, sujets de fascination absolue, on se reportera à mon article de mars 2007 ou l'on s'y plongera aveuglément en me faisant confiance.


Deux autres DVD sont consacrés à la période bretonne avec Finis Terrae, L'or des mers, Les berceaux, Mor-Vran, Chanson d'Ar-Mor, Le Tempestaire, Les feux de la mer, poèmes documentaires ou fictions immergées dans le réel où le cinéaste ruiné retrouve sa liberté. Ses accélérés et ses ralentis vont influencer tout le cinéma expérimental, voire carrément commercial, jusqu'aux récentes compressions vidéographiques de Jacques Perconte. L'océan et la Bretagne sont devenues terres d'inspiration et d'expérience. Il préserve la langue bretonne et fait tourner des comédiens non professionnels, mais son montage, les images et les sons distillent la poésie des rêveurs. Le concept de partition sonore est directement issue du Tempestaire (1947), son réel retravaillé alors par le compositeur Yves Baudrier.

Jean Epstein, Young Oceans of Cinema de James June Schneider qui occupe le dernier DVD complète intelligemment cette somptueuse édition dont la plupart des films ont été restaurés par la Cinémathèque Française et reteintés selon les scènes comme les monochromes d'origine. Les autres bonus ne sont pas des modèles d'invention cinématographique comme l'avait été le numéro de Cinéastes de notre temps de Burch et Fieschi consacré à la Première Vague, mais tous les entretiens sont extrêmement passionnants et nous en apprennent largement plus que les présentations qui précèdent chaque film, spoilers que je vous déconseille d'écouter avant les projections.


De même, la plupart des illustrations musicales qui accompagnent les films muets sont absolument catastrophiques, scies répétitives au piano dont le formatage attendu et poussiéreux est indigne des inventions de Jean Epstein. On sent bien que les tapeurs n'ont pas lu les Écrits. Sur Usher "Joakim" Bouaziz est le seul à comprendre la variation de timbres et d'atmosphères qu'exige l'adaptation extraordinaire d'Edgar Poe tandis que la version de Gabriel Thibaudeau à la tête de l'Octuor de France développe un classicisme de bon ton ; sur Six et demi, onze Krikor prend le parti électro en jouant une suite de drônes minimalistes passe-partout ; quant au trio Aufgang sur La glace, il répète hélas les mêmes séquences inlassablement comme si le matériau manquait. Pour le reste je préfère couper la chique des pianistes "de style" pour ne pas subir leur logorrhée sonore trépanatrice au lieu de s'inspirer de la musique incroyable que produisent les images et le montage, fruits des théories du lyrosophe. Si les musiques composées dans les années 30 et 40, souvent imposées à Epstein contre son gré, restent très illustratives (les mauvaises habitudes ont la vie dure) on peut rêver de ce que aujourd'hui une véritable réflexion sur le son aurait pu apporter en écoutant les derniers films sonorisés par Epstein, ruptures de ton, son réel retravaillé, jeu sur le temps... Comment le cinéma contemporain a-t-il pu à ce point régresser depuis le muet d'abord, et sur le travail du son ensuite ? Le film de Schneider commandé par la Cinémathèque échappe à ces écueils, seul fidèle à son modèle. Le remarquable livret de 160 pages accompagnant cette édition indispensable se termine par deux facsimilés où la poésie et l'intelligence de Jean Epstein se lisent à chaque ligne.

mercredi 4 juin 2014

Bunny Lake a disparu


De quoi devenir folle si elle ne l'était déjà. Dans un thriller psychologique réglé comme du papier à musique Otto Preminger martyrise une jeune américaine dont la petite fille a disparu de manière incroyable. Il filme Londres en 1965, la nuit à Soho, une clinique de poupées, de hauts murs qui enferment le suspense, un jardin vénéneux... Est-ce pour la signification de leur nom qu'il choisit de faire jouer trois chansons aux Zombies présents à l'écran ? Qu'est-il donc arrivé à Bunny Lake ? Comme le lieutenant Newhouse interprété par Laurence Olivier on arrive à douter de son existence. Quel secret cache cette drôle de famille où le frère soutient la fille mère, situation encore suffisamment scandaleuse à l'époque pour que le doute nous étreigne ? Doit-on remonter à leur propre enfance pour comprendre ?


L'énigme de Bunny Lake is Missing se cache comme ces petits bouts de papier déchirés dans le magnifique générique de Saul Bass qui a également réalisé l'affiche du film. Dans les années 60 la psychanalyse était un des éléments moteurs du cinématographe. Le film de Preminger se regarde avec les yeux de Psychose ou Lilith lorsque la frontière entre la folie et la poésie s'effaçait sous les coups de l'imagination (DVD Wild Side).

jeudi 29 mai 2014

Le couple en bataille


Some Velvet Morning, le dernier film de Neil LaBute est un huis-clos où s'affrontent un homme et une femme dans un rapport de perversité largement plus retors que La Vénus à fourrure de Roman Polansky. Neil LaBute filme la méchanceté des hommes comme personne, dressant toujours un parallèle avec la mise en scène, sorte de mise en abîme des manipulations dont ils sont les auteurs ou les pantins. En compagnie des hommes (In the Company of Men), Entre amis et voisins (Your Friends and Neighbors), Nurse Betty, Fausses Apparences (The Shape of Things), Harcelés (Lakeview Terrace), Panique aux funérailles (Death at a Funeral) sont des portraits grinçants de notre société moderne où les apparences sont le nerf du sujet. Le réalisateur affectionne les coups de théâtre qui font tomber les masques de ces pervers narcissiques dont les victimes sont la matière première de leurs œuvres diaboliques. Également homme de théâtre, il dirige remarquablement ses acteurs aux dialogues toujours acérés (DVD Zone 1, New Video Group).
Filmé entre autres le soir-même de la dernière élection présidentielle, La bataille de Solférino est un tour de force virevoltant où le jeu des comédiens et la caméra portée rappellent les films de Cassavetes sans perdre le style des comédies dramatiques françaises. Justine Triet, dont c'est le premier long métrage, tire un portrait de famille éclaté(e) où le couple en prend pour son grade, la folie de l'époque déstabilisant ces parents immatures avec, comme chez LaBute, un net penchant pour les femmes tout de même moins azimutées que la gente masculine. La réalisatrice manie un humour corrosif dans les situations qui pourraient tourner au vilain, mais sa tendresse évite les jugements manichéens, produisant une distance qui nous laisse libre de penser malgré la vitesse des répliques et une tension longtemps entretenue. L'immersion de la fiction dans des circonstances documentaires rappelle Lelouch sans le côté fleur bleu de l'anecdote. De plus le film bénéficie du recul historique après quelques mois passés, mettant en scène le réel dans des séquences qu'aucune équipe de reportage télé n'a jamais su capter. Habituellement seuls des documentaristes comme Depardon ou Wiseman savent filmer l'envers du décor. Avec le temps qu'exige l'analyse, Justine Triet dévoile les fantasmes des militants qui déchanteront aussi rapidement que le couple dont l'inconscient se devine derrière les corps et les cris (DVD Shellac Sud).

vendredi 16 mai 2014

Welcome to New York, un tour de passe-passe


Gros buzz orchestré par Vincent Maraval, producteur du film d'Abel Ferrara sur DSK rebaptisé Deveraux. Le film est au Festival de Cannes au marché du film et sort exclusivement en VoD demain samedi sans presque aucune projection de presse. En cette époque d'overdose d'informations le secret fonctionne à plein et les fantasmes vont bon train. Le risque est pourtant qu'on n'ait plus rien à dire lorsqu'on aura assisté aux multiples scènes d'orgie et à la reconstitution de l'affaire.
À l'annonce de l'affiche "Vous savez qui je suis ?" il conviendrait de répondre "un simple avatar", énième tour de passe-passe du storytelling qui cache les vrais enjeux... Car si la vie privée des personnages publics s'y réclame de la fiction, l'analyse politique du réalisateur colle forcément à une version officielle qui fait l'impasse sur la réalité du capitalisme et du néolibéralisme pour dessiner un portrait à charge d'un homme de pouvoir que les outrances connues de son entourage, même éloigné, font passer simplement pour un malade, obsédé sexuel qui ne reconnaît plus ses limites. Or le modèle, et il s'agit bien d'un modèle puisque DSK était sur la voie de la présidence de la République, n'est que celui d'une société qui a elle-même perdu ses repères en favorisant une poignée de puissants qui se pensent intouchables au détriment de presque toute la population.


Un soir que je dînais avec un commissaire aux comptes du gouvernement celui-ci nous expliqua que tous les hommes politiques, les députés, les maires, etc. commettent des irrégularités condamnables par la loi. Si la droite pratiquait l'enrichissement personnel, la gauche (pas son actuel semblant qui siège au gouvernement !) en faisait profiter le parti. Le pouvoir des commissaires aux comptes était limité à un coup de règle sur les doigts du contrevenant qui mettait la pédale douce pour trois ou quatre ans. Lorsque son arrogance lui laissait penser qu'il était au-dessus des lois, il tombait. Ils sont rares, mais ces cas sont célèbres. La proposition d'élections au tirage au sort (stochocratie) sera pour l'avenir à prendre avec le plus grand sérieux.


L'affaire du Sofitel est une anecdote scabreuse révélatrice de tout un monde, celui de la finance qui croit pouvoir tout se permettre. Dominique Strauss-Kahn défendait une politique identique à celle que le gouvernement prétendument socialiste nous inflige. Au moment des faits il est directeur général du Fonds monétaire international (FMI), rouage essentiel de l'escroquerie dont les peuples sont actuellement victimes, organisateur de ce qu'il est coutume d'appeler la crise. Ferrara rejoint néanmoins Scorsese et son Loup de Wall Street en mettant en scène le gâchis. Or ce gâchis fascine dangereusement les masses exploitées dont la revanche accoucha dans l'Histoire des pires cauchemars. La société du spectacle aveugle les victimes en leur faisant miroiter l'opulence des bourreaux au lieu de repenser le système sous un angle où le partage et la solidarité permettraient de nous sauver de la catastrophe annoncée.

mardi 29 avril 2014

Tel père, tel fils ?


Depuis le succès de Mix-Up ou Méli-Mélo (1985) de Françoise Romand qui précéda La vie est un long fleuve tranquille d'Étienne Chatilliez de trois ans j'exerce une attention particulière pour les films traitant d'un échange de bébés à la naissance. Ici aussi les deux familles mises en scène par Hirokazu Kore-eda dans Tel père, tel fils sont de milieux sociaux radicalement différents, fondement essentiel de chaque scénario. La terrible réalité de ce qui paraissait impensable nous oblige d'une part à imaginer nos propres réactions face à l'annonce de l'échange, d'autre part à exciter notre curiosité envers celles des protagonistes, qu'ils soient réels ou fictionnels.
Nous nous serions bien passé du piano lénifiant, catastrophique leitmotiv, scorie discréditant tant de films contemporains, mais heureusement ailleurs l'absence d'ambiance parasite qui accompagne de nombreuses scènes renvoie à la solitude du père interprété par le chanteur populaire Masaharu Fukuyama, sorte de monstre égoïste représentatif de la société machiste japonaise. Même si les mères finissent par s'exprimer il s'agit avant tout d'un film d'hommes, contrairement à Mix-Up où s'élabore le point de vue des femmes. La question de la reconnaissance nous est toujours moins évidente que pour celles qui ont porté l'enfant dans leur ventre. Le jeu des comédiens tout en retenue nous permet de participer intellectuellement et émotionnellement à l'action. Le réalisateur décrit une filiation qui va évidemment chercher son origine dans le passé : tel père, tel fils ! Être parent exacerbe les contradictions en faisant remonter ce que nous avons subi dans notre enfance. La loi du sang s'oppose à l'éducation et à la culture, et l'identification fait s'entrechoquer le désir des parents, origine de toutes les névroses, et la révolte indispensable des enfants. Dans le film, s'ils n'ont que six ans, les deux petits garçons, plus réservés que ceux qu'avait dirigé Hirokazu Kore-eda dans Nobody Knows, n'en sont pas moins conscients de ce qui se trame en secret. Comme dans Mix-Up la brutalité de la révélation et de ce qu'elle génère chez les parents met en évidence la manière dont chaque classe sociale considère sa progéniture. En interrogeant les motivations fondamentales qui nous poussent à vivre ou à le croire, Tel père, tel fils démasque l'absurdité du pouvoir et nous renvoie une image tendre et optimiste de la famille. (DVD Wild Side)

lundi 21 avril 2014

The Lunchbox, une romance gastronomique


Pour sa délicatesse à donner toute leur importance aux choses infimes du quotidien, pour l'intensité de ses rendez-vous manqués, pour son traitement social de l'inconscient, pour son observation perspicace des femmes dans un monde dominé par les mâles, le film de Ritesh Batra me rappelle les romans d'Arthur Schnitzler. Filiation évidente, le cinéaste indien se réclame de Milan Kundera dans le passionnant entretien en bonus du DVD que Blaq Out vient de publier. L'originalité de The Lunchbox n'a pas empêché ce film indépendant de toucher un large public plus habitué au faste des comédies dramatiques bollywoodiennes.


Cette romance née de l'erreur réputée quasi impossible (1 sur 16 millions) d'un livreur de repas, un dabbawallah, a provoqué un succès inattendu en Inde. L'éloignement des deux correspondants épistolaires est magnifié par toute une série de hors-champs telle la voisine au dessus de chez Ila que l'on ne fait qu'entendre. Le parfum de la cuisine concoctée amoureusement par cette femme a priori dévouée à son mari distant a raison de la bougonnerie du récent retraité alors que le spectateur ne peut que rêver ces mets fins qui mettent l'eau à la bouche. Les personnages, tel le jeune assistant qui n'aspire toujours qu'à mieux faire, sont habités par une humanité méprisée par tant de films catastrophistes et dépressifs. The Lunchbox délivre une délicieuse impression d'espoir qui ne devrait jamais nous quitter...

jeudi 17 avril 2014

Othello d'Orson Welles, au cinéma le 23 avril dans une version restaurée inédite


Si l'on me demandait ce qu'est le cinéma je montrerais sans hésiter l'Othello d'Orson Welles. Nul autre ne sait aussi bien exposer le travail d'illusionniste qu'exige le cinématographe, les sacrifices qu'il exige, la passion qu'il engendre. Après S.M. Eisenstein, Orson Welles est le maître du montage, art de l'ellipse et sens du rythme, et Othello (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice) ne compte pas moins de 2000 plans ! Au premier abord je suis subjugué par la beauté de la lumière, la photographie noir et blanc magnifiant les décors d'Alexandre Trauner et les lieux naturels avec lesquels Welles est obligé de jongler.


Réalisé sur quatre ans, de 1948 à 1952, tant les difficultés économiques furent terribles, le film n'existe que grâce à la vision intérieure de son auteur. Dans Filming Othello, indispensable documentaire qu'il réalise en 1978 sur son chef d'œuvre, Welles raconte : "Iago sort de l'église de Torcello - une île du lagon vénitien - pour entrer dans une citerne portugaise de la côte africaine. Il a traversé le monde et a changé de continent en plein milieu d'une phrase. Dans Othello, cela arrive tout le temps. Un escalier toscan se conjugue avec un rempart marocain pour constituer un lieu unique. Rodrigo frappe Cassio à Mazagan et Cassio lui rend son coup à Orvieto, à mille lieues de là. Les morceaux du puzzle étaient séparés non par de simples espaces mais par des coupures dans le temps ; rien n'était continu, je n'avais pas de script-girl. Il n'y avait pas de moyen de rassembler les images du puzzle, sauf dans ma tête..." Il tourne au Maroc dans la forteresse de Mogador (aujourd'hui Essaouira), à Safi, Agadir et dans cinq endroits en Italie dont Venise évidemment, Rome, Pérouse et Viterbe. Les costumes n'arrivant pas, faute d'un producteur en faillite, il tourne une scène dans les bains turcs avec des serviettes sur la tête et des plans au-dessus de la ceinture. Il cadre serré pour donner l'impression de foule. Ce sont d'abord les sublimes images inspirées par les tableaux de Carpaccio qui nous impressionnent.


La copie restaurée que sort Carlotta est magnifique, même si elle est en partie controversée, probablement avec raison, par le spécialiste Jonathan Rosenbaum. La nécessité de rendre la bande-son compréhensible trahit entre autres certains passages musicaux composés par Angelo Francesco Lavagnino. De sordides histoires de droits interdisent la comparaison avec la version historique qui valut au film la Palme d'or au Festival de Cannes, la troisième fille du réalisateur, Beatrice Welles-Smith, bloquant également Filming Othello (visible sur le Net !) où le couple de comédiens Michael McLiammoir (extraordinaire Iago) et Hilton Edwards (Brabantio, père de Desdemona) participent aux commentaires.


Passé l'inventivité de chaque plan, conçu dramatiquement pour en faire un véritable thriller, je finis par m'intéresser à la tragédie de Shakespeare. Les femmes y tiennent des rôles purs quand les hommes sont vils, veules et pitoyables. Le machisme aveugle d'Othello le jette dans les bras du manipulateur pervers Iago. La jalousie du serviteur, probablement dictée par son racisme envers le Maure, se propage au chef de guerre, être simple et impulsif, incapable de transposer la stratégie militaire aux affaires du cœur. Nul sentiment de culpabilité chrétienne n'encombre son déchirement. La mort encadre le film.

lundi 17 mars 2014

Utopia, la série qui tue


Couleurs éclatantes, musique électro pimpante, scénario extravagant, la série britannique Utopia devrait faire le buzz parmi les amateurs. Un complot eugéniste est caché dans un roman graphique recherchée par une puissante organisation prête à tout pour s'en emparer. Une petite bande d'internautes fans de BD tente de comprendre pourquoi Le Réseau les poursuit. Un tueur sans limites répète sans cesse la question "Où est Jessica Hyde ?". La violence de certaines scènes semble avoir été censurée pour la diffusion sur Canal+. La première scène n'est pourtant pas piquée des hannetons. On vogue dans le politiquement incorrect. Le monde est cruel et les enfants en font les frais. Et si toutes les théories conspirationnistes camouflaient quelque chose d'encore plus gros ? Utopia se range évidemment dans la grande tradition des fictions dystopiques avec Nous autres, Metropolis, Le Meilleur des mondes, 1984, Fahrenheit 451, Atlas Shrugged (La grève), La Planète des singes, Alphaville, Bienvenue à Gattaca ou Children of Men (Les fils de l'homme)... La science-fiction ne porte jamais aussi bien son nom que dans les œuvres d'anticipation !


Le scénariste Dennis Kelly jongle avec d'incessants rebondissements où les personnages jouent souvent double ou triple jeu comme dans les meilleurs romans d'espionnage. Le chef opérateur Ole Bratt Birkeland a soigné la lumière et le cadre pour chaque plan des six épisodes. Le compositeur Cristobal Tapia de Veer a imaginé une partition qui échappe aux conventions du genre en optant pour un contrepied humoristique qui nous autorise à prendre du recul face à l'action. J'en viendrais presque à commander le CD de la BO, sorte d'exotica moderne, ce qui n'est vraiment pas mon habitude. Le site de Channel 4 (à tester seulement après avoir vu la série) propose des tests (en anglais) pour évaluer notre potentiel à nous échapper si la société de contrôle qui nous surveille réellement venait à mettre en pratique ce que tous les lanceurs d'alerte n'arrêtent pas de dénoncer. Une question de minutes seulement... Entre mon blog et les réseaux sociaux que je fréquente je ne donne pas chère de ma peau ! Que nous réserve la saison 2 ? Et déjà, comme pour House of Cards dont la version initiale britannique était brillante, la chaîne américaine HBO a commandé un remake d'Utopia à David Fincher !

jeudi 13 mars 2014

Sur le front des séries TV


La série télévisée n'est devenue rien d'autre qu'un très long métrage, la mini-série se cantonnant à des durées un peu moins pharaoniques, découpé en épisodes comme il était coutume de publier les romans dans la presse du XIXème siècle et du début du XXème. Encore aujourd'hui rares sont les lecteurs à s'avaler un bouquin d'une traite ! Le découpage en chapitres structure la lecture comme les épisodes télévisés, qu'on les découvre un par un au gré de leur diffusion ou plusieurs coup sur coup si, impatient, l'on préfère concentrer son plaisir.
En attendant l'ultime saison de Mad Men qui débutera le 13 avril aux USA, la série dont on parle le plus actuellement est sans nul doute True Detective, produite par HBO et diffusée en France sur OCS City. Enquête policière torturée et poisseuse dans de magnifiques paysages de Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina, la première saison met en scène deux flics, écœurés par la bêtise de leur administration face au meurtre d'une jeune femme qui semble avoir été victime d'un culte satanique. L'action se situe en 1995 et 2012, tissant une trame complexe entre les deux époques, avec les deux protagonistes transformés par les coups durs de la vie. L'interprétation ténébreuse de Matthew McConaughey (héros du très beau film Dallas Buyers Club) est exceptionnelle et Woody Harrelson joue merveilleusement le faire-valoir buté. Si Nic Pizzolatto est en train d'écrire la prochaine saison, le casting sera chaque fois différent, et Cary Joji Fukunaga (Sin Nombre) n'en sera pas le seul réalisateur contrairement à la première constituée de huit épisodes.


La lenteur exigée par le naturalisme glauque du sud des États-Unis ne sied pas à tous les sujets. Agnieszka Holland (auteure d'une douzaine de longs métrages), qui avait réalisé plusieurs épisodes de The Wire, Treme et The Killing, se perd dans des détails domestiques peu signifiants lors de son évocation de la mort de l'étudiant tchèque Jan Palach qui s'était immolé par le feu en 1969 pour protester contre la présence des troupes soviétiques après le Printemps de Prague. Le réalisme devient alors un piège, diluant l'action et l'analyse dans un pathos qui fait probablement vibrer le peuple tchèque, mais nous endort au long des trois fois 80 minutes de Sacrifice, mini-série éditée en DVD par les Éditions Montparnasse. L'intrigue aurait pu ouvrir sur d'autres perspectives, fouiller plus sérieusement les motivations politiques des uns et des autres, car on ne peut pas appliquer les mêmes recettes à un polar, une enquête sociale ou un évènement historique (surtout lorsqu'on connaît l'Histoire).


La série britannique Hit and Miss créée par Paul Abbott met en scène une tueuse à gages transgenre interprétée par Chloë Sevigny devant jouer les mères de famille adoptive contre son gré. La fille en a, comme on dit vulgairement, rebelle provocant(e) à la double vie. Comme dans les deux autres séries citées plus haut, les paysages sont travaillés et la réalisation extrêmement soignée. Pourtant il n'y aura pas de suite. La loi de l'audimat est cruelle. Chaque série se doit de distiller une ambiance originale, sortir du cadre claustrophobique qu'imposait le petit écran (la taille des écrans plats et des vidéoprojections a changé la donne), et les meilleures n'ont rien à envier au cinéma hollywoodien. Quelques unes arrivent à imposer un style explosant le genre, mais rares sont les producteurs assez ambitieux pour marcher sur les pas du déjanté Twin Peaks. Pas de dynamitage des conventions cinématographiques traditionnelles, même chez Jane Campion, Todd Haynes, James Cameron, Alan Ball lorsqu'ils tournent Top of The Lake, Mildred Pierce, Dark Angel ou Six Feet Under... Au vu de la qualité des scénarios, de la réalisation, de l'interprétation, et des budgets qui leur sont alloués, on peut imaginer que certains cinéastes indépendants finiront par s'emparer du médium et inventer quelque chose qui n'a jamais existé, que ce soit dans l'économie de moyens ou dans une excellence qui gagnerait tous les ingrédients du film. À ce propos le travail de la bande-son reste entièrement à réfléchir, car même les meilleures séries sont aussi embourbées que les films dans une illustration musicale illustrative des plus conventionnelles, banalisant leurs efforts à se distinguer.

Des petites marguerites sur la tombe de Věra Chytilová


La mort hante mes rêves depuis deux nuits. Comme Muriel d'Alain Resnais, Les petites marguerites font partie de mes 10 films préférés. Deux des plus belles partitions sonores de l'Histoire du Cinéma. La cinéaste tchèque Věra Chytilová vient de mourir à 85 ans. Triste réveil.

jeudi 27 février 2014

House of Cards, l'original


Comparons la récente série House of Cards créée et écrite par Beau Willimon, commencée et coproduite par David Fincher, et l'originale britannique réalisée par Andrew Davies de 1990 à 1995. Celle de la BBC était composée de 3 saisons de 4 épisodes chacune, House of Cards, To Play The King, The Final Cut, quand chaque saison (dont on ignore le nombre, mais probablement 5 ou 6 !) de son remake américain diffusé par Netfix en comprend 13. C'est dire qu'évidemment la version actuelle en expansion figure quantité de nouveaux personnages et de séquences remis au goût du jour.
L'original et sa copie mettent en scène un dirigeant politique avide de pouvoir, prêt à tout pour le conquérir et le conserver, sa femme l'y poussant sans remord malgré les moyens criminels expéditifs qu'il emploie. La presse tient un rôle décisif, manipulée ou complice de la corruption et du jeu de go in vivo. Que le sexe y soit représenté comme un mobile ou un extra, il est aussi provocateur que les révélations relativement fidèles au monde politique qui nous gouverne. Les commentaires de Mediapart au sujet de mon article sur ce tout-à-l'ego représentent un éventail qui va du "tous pourris" jusqu'à se rassurer que "heureusement c'est exagéré". La comparaison entre les deux adaptations du roman de Michael Dobbs prend alors tout son sens, loin des détails techniques que d'autres s'amuseront à noter scrupuleusement !
Si la version américaine montre un univers où tous les politiciens sont corrompus, prêts à vendre père et mère pour arriver à leurs fins, avec aucun personnage positif puisque même les journalistes indépendants sont prêts à toutes les bassesses pour relater le scoop du siècle, l'anglaise est fondamentalement plus juste, car elle n'évacue pas l'aspect politique quand son remake ne se consacre qu'aux querelles de palais. Entendre que cette version initiale ne se cantonne pas de s'immerger dans le milieu puant du pouvoir, mais qu'elle y oppose au moins la misère de la rue, résultat des magouilles des nantis qui en veulent toujours plus. Que l'Américain d'aujourd'hui Frank Underwood est un démocrate de droite alors que le Britannique d'hier Francis Urquhart était un conservateur montre la différence fondamentale entre les deux pays, le potentiel de révolte étouffé aux USA, la lutte des classes toujours vive en Grande-Bretagne. Le rôle grandissant de la télévision est aussi en grande partie responsable des différences à vingt ans d'écart. Dans la version de 1990-1995 on reconnaît les visions humanistes de certains membres de la Couronne Britannique, rappel que l'aristocratie se devait de faire alliance avec les pauvres face à la bourgeoisie dont l'arrogance est sans limites. Les plans de coupe sur la misère manquent cruellement à la nouvelle adaptation, comme le rat londonien qui revient régulièrement en amorce pour nous signaler qu'un décor a toujours deux faces, fut-il inhumain de part et d'autre, mais pas pour les mêmes motifs !
Dans la version anglaise les a-parte sont beaucoup plus présents que les petits sourires en coin. Urquhart, remarquablement interprété par Ian Richardson, s'adresse régulièrement au spectateur pour exprimer le fond de sa pensée alors qu'Underwood jette plus souvent un coup d'œil de complicité de manière à rendre sympathique son personnage de méchant. La sexualité, si elle est moins exhibitionniste dans la version anglaise, n'en est pas moins perverse. Les références freudiennes y sont plus explicites tandis que le recours à la psychanalyse reste de vitrine dans la nouvelle version, comme si l'évolution des mœurs justifiait les outrances actuelles. Spacey n'en est pas moins shakespearien, mais Richardson renvoie au théâtre grec originel.
Pour en revenir aux commentaires de Mediapart il n'y a hélas aucune exagération dans les portraits des hommes qui nous gouvernent ; j'en veux pour preuves les affaires Ben Barka, Bérégovoy, Boulin, les assassinats politiques, les effacements staliniens, les mensonges des États-Unis sur l'Irak ou l'Afghanistan, etc., et surtout les millions de morts de chaque guerre qui se sont battus pour qui et pour quoi, les sacrifiés du tiers-monde, la famine qui tue 30 000 enfants par jour, on n'a que l'embarras du choix face à ces sacrifiés sur l'autel du profit... La liste de ces crimes est infinie, vertigineuse, comme les grands paranoïaques qui dirigent le monde depuis des siècles. Quant aux "tous pourris", cette exagération ne peut servir que les intérêts de l'extrême-droite. Même si le pouvoir corrompt, il existe des hommes et des femmes de bonne volonté. Il faut absolument changer le système pour en éviter les abus : tirage au hasard, mandat limité dans le temps, responsabilité des actes...
L'auteur du roman étant lui-même un dirigeant du Parti Conservateur, on constatera que l'humour anglais, cynique pince-sans-rire, correspond bien à la phrase récurrente du héros machiavélique : "You might very well think that; I couldn't possibly comment." Alors si vous vous demandez si l'original est meilleure que la copie je répondrai : "Vous pouvez très bien le penser et je ne pourrais le commenter."

mercredi 19 février 2014

House of Cards 2 ou le tout à l'ego


Le succès de la série House of Cards est très ambigu. Si le scénario politique est celui d'un thriller à rebondissements la dénonciation de ce monde sans pitié, peuplé de paranoïaques avides de pouvoir, est à double tranchant. Comme dans le dernier film de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street, la fascination pour son héros peut être extrêmement pernicieuse. Dans House of Cards les acteurs incarnant tous des personnages détestables on ne peut s'identifier qu'au gagnant, plus malin que les autres dans l'exercice de manipulation des masses et de leurs dirigeants, élus ou pas. Pire, la dénonciation de ce monde sans foi ni loi, ou plus exactement apte à forger des lois qui assouvissent leurs désirs de puissance, par tous les moyens, banalise la corruption et les pires magouilles politiciennes. On arrive vite au "tous pourris" qui ne servira qu'à démobiliser les citoyens, et en bout de course à favoriser l'extrême-droite.
Passé ces considérations capitales, la saison 2, dont Netflix a mis en ligne les 13 épisodes d'un seul coup et qui sera diffusée par Canal Plus à partir du 13 mars, est encore plus meurtrière que la première, plus tordue aussi. Les clins d'œil que Kevin Spacey jette au spectateur ne font que renforcer la connivence et la sympathie pour son personnage d'intrigant prêt à tout pour arriver au plus haut sommet de l'État. « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film » clamait Alfred Hitchcock. Nous voilà servis ! Seul le Président semble exempt d'arrières-pensées, marionnette encore plus vulnérable que les pions qui servent les pires desseins des hommes d'affaires et des pouvoirs qu'ils financent en sous-main. On préférera la série danoise Borgen qui avait au moins le mérite de mettre en scène des personnages qui croyaient en leur mission.
Pour m'être récemment impliqué dans les élections municipales de ma ville je me rends compte à quel point House of Cards est proche de la réalité. J'en ai froid dans le dos. Les candidats sont capables de glisser d'un parti à un autre si la place d'adjoint au maire est plus alléchante. On est plus proche d'entretiens d'embauche que de dévouements citoyens... Mon amie Élisabeth appelle ces tractations le tout-à-l'ego ! Le parti qui règne sur tout le département peut financer discrètement des partis d'opposition pour affaiblir la liste la plus gênante, celle qui, historiquement la plus légitime, défend le programme le plus consistant. Diviser pour régner. Si les tractations sont particulièrement aberrantes, pour ne pas dire écœurantes, il existe pourtant des hommes et des femmes qui désirent réellement s'impliquer pour changer le quotidien de tous, en commençant par les plus démunis. Le candidat de la liste que nous soutenons propose d'ailleurs le vote des étrangers aux décisions municipales, la prise en compte des pétitions au conseil municipal dès lors qu'elles représentent au moins 600 signatures, etc. Et surtout de s'appuyer sur les citoyens, qu'ils soient encartés ou pas. Non, tout n'est pas pourri au Royaume de Danemark, et si les méchants imaginés par David Fincher sont légion, nous sommes nombreux et nombreuses à souhaiter que ça change et à retrousser les manches pour que la politique ne soit pas qu'une affaire de spécialistes. Ce serait là véritable démocratie et non la mascarade des urnes qui ressemble plus à une démission qu'à un engagement.

lundi 17 février 2014

Lilith et Mickey One en DVD


Les films Lilith (1964) de Robert Rossen et Mickey One (1965) d’Arthur Penn sont deux chefs d'œuvre absolus où la folie se fond avec la magie du cinéma. Pas encore la star d'Holywood qu'il deviendra à partir de Bonnie and Clyde, Warren Beatty y incarne deux personnages fragiles et attachants. Presque autant que la sublime Jean Seberg dont Lilith est probablement le plus beau rôle. L'éditeur Wild Side sort en même temps en DVD ces deux joyaux méconnus qui ont pour cadre l'un la schizophrénie, l'autre la paranoïa. Tout en nuances, la folie prend le spectateur dans ses filets contrairement à son rôle symbolique de McGuffin chez Alfred Hitchcock ou voyeuriste comme dans Vol au-dessus d'un nid de coucous. Le pouvoir de fascination et d'attraction est tel qu'il interroge chacun d'entre nous sur la ligne étroite qui dans certaines circonstances nous sépare de la folie.


Mickey One est une sorte de polar déjanté où les improvisations du saxophoniste Stan Getz sur les cordes d'Eddie Sauter soulignent le noir et blanc très jazz du film kafkaïen. La séquence où l'artiste muet joué par Kamatari Fujiwara rend hommage à Jean Tinguely, avec la sculpture monumentale Yes qui s'autodétruit, me fait l'effet d'un solo de batterie où les cymbales explosent comme le personnage part en morceaux à force de courir sans savoir pourquoi. Ce troisième film d'Arthur Penn est un échec comme Lilith, le dernier de Robert Rossen, cinéaste communiste blacklisté par le maccarthysme.


Lilith est un film à part, un film de somnambule où la poésie qui s'en dégage nous fait basculer dans une zone que nous ne faisons qu'appréhender, l'inconscient. Jean Seberg n'y est pas qu'une sorcière érotomane, c'est une femme dont la liberté est incompatible avec la société. Son rôle rappelle douloureusement sa propre vie que Mark Rappaport a su magnifiquement mettre en scène dans l'étonnant From the Journals of Jean Seberg, un autre film injustement méconnu. Là où la nature semble apaisante et merveilleuse les êtres humains y évoluent avec difficulté, en proie à des démons que la psychanalyse ne sait qu'effleurer. Les autres acteurs sont fantastiques, Warren Beatty en infirmier influençable, Peter Fonda en pensionnaire de l'institut psychiatrique. La lumière d'Eugen Schüfftan a la magie des contes de fée, noir et blanc diabolique comme celui de Ghislain Cloquet dans Mickey One. Que les deux films soient associés ne tient pas qu'à la présence de Warren Beatty, ils ont été tournés à la même époque, réponse de Penn à la Nouvelle Vague, chant du cygne de Rossen, hommage sublime au cinématographe, un art entièrement basé sur le système d'identification où la fascination reste inexplicable sans s'enfoncer dans les zones sombres de notre psyché.

jeudi 6 février 2014

In a world, la voix off force l'écoute

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Si j'évite voire exècre la voix off omniprésente sur les documentaires cinématographiques, les transformant en banal reportage, j'apprécie la qualité des comédiens qui se prêtent au jeu lorsqu'elle est indispensable. Le rôle du narrateur réclame un casting sévère en fonction de l'émotion ou du sens que l'on souhaite produire. Certaines voix doivent incarner Monsieur Tout-le-monde, d'autres rassurer, convaincre, inquiéter, amuser, etc., et certaines incarnent des personnages identifiés. D'avoir eu la chance de travailler avec des comédiens comme André Dussollier, Claude Piéplu, Michael Lonsdale, Daniel Laloux ou Dominique Fonfrède me rend exigeant lorsqu'il s'agit de distribuer des rôles. Toute création radiophonique réclame un casting rigoureux pour que les images mentales se construisent et fassent exister les corps. Il ne suffit pas de les choisir, il faut aussi savoir les diriger. Trop souvent les acteurs sont livrés à eux-mêmes et s'ennuient.
L'actrice Lake Bell a écrit et réalisé une intéressante comédie sur le monde du voice-over, la voix off qui vient se poser par dessus les bandes-annonces des films. Reste à régler le sort de la musique, ici encore hélas au régime habituel.


In a World... confronte un père machiste, avec une voix de basse comme j'aurais rêvé d'en posséder une, à sa fille qui souhaite quitter ses imitations vocales pour marcher sur les traces paternelles. Avec humour et tendresse Lake Bell réussit son pari et dresse un portrait de l'Amérique en filigranes, puisque les névroses familiales s'étalent sans complexes sur l'écran. Dans un monde dominé par les hommes, des femmes décident de prendre le pouvoir.
Qu'est-ce que le pouvoir si ce n'est être capable ? Les médias, les us et coutumes, les habitudes tendent à nous dissuader de changer le monde. Pourtant tout est possible. Il suffit d'arrêter d'écouter les sornettes et de s'y coller.

mardi 4 février 2014

Raconte-moi des mensonges

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Tell Me Lies de Peter Brook n'avait pas été projeté depuis 1968 ! Il est formidable de découvrir 45 ans plus tard le pamphlet contre la guerre du Viêt Nam que ce célèbre metteur en scène croyait perdu. Le film, pas la guerre ! Encore que toutes les guerres sont perdues du point de vue des morts et même des autres, de tous les autres. Et Peter Brook de suggérer que la remasterisation du film coïncidant avec la boucherie en Syrie lui confère une actualité (que l'on voudrait nous faire croire) éternelle.
Tell Me Lies tente d'ouvrir les yeux de celles et ceux qui ne veulent pas voir. L'image de départ d'un enfant brûlé au napalm justifie que la troupe de théâtre dirigée par Brook à New York monte US. Son adaptation cinématographique tournée dans le Swinging London de 1967 n'en conserve que les chansons qu'il monte en contrepoint d'un mélange vivifiant où les frontières entre documentaire et fiction sont effacées. Les trois jeunes comédiens, parmi lesquels Glenda Jackson, les interprètent face caméra avec un mordant inhabituel sur des paroles satiriques d'Adrian Mitchell qui échappent au message formaté du genre. Leurs improvisations, déjà à l'origine de la pièce américaine, dynamise le propos, à l'instar de cette party organisée par l'équipe où de vrais politiciens sont invités. La musique jazzy très Broadway composée par Richard Peaslee renforce également la critique, absurdité des conflits dont les véritables enjeux ne sont jamais révélés, complicité des masses face aux crimes perpétués en leurs noms. Le style inventif du film le rapproche de ceux de Dziga Vertov, ciné-tracts qui swinguent et réfléchissent la vie mieux que toutes les démonstrations dogmatiques et le côté bien-pensant appelé aujourd'hui "politiquement correct". J'y pense en ce moment où les affiches pour la campagne électorale des municipales à laquelle je participe sont vraiment trop tartignoles.


Le DVD publié par Blaq out propose deux entretiens passionnants, le premier avec le réalisateur, également producteur, dont le style a changé à partir de ce moment, le second avec Séverine Wemaere et Gilles Duval qui ont exhumé ce brûlot indispensable, pépite dont l'éclat devrait guider les jeunes créateurs dans notre époque de démence où la révolte est bien molle et les films trop souvent à son image.

lundi 27 janvier 2014

Her, le grand retour de Spike Jonze

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Les médias ne manqueront pas de déflorer le sujet de Her, le nouveau film de Spike Jonze, aussi oserai-je à mon tour relater le coup de foudre de cet homme pour son Système d'Exploitation. Face à son ordinateur, le personnage joué par Joachin Phoenix, n'est pas différent de beaucoup d'entre nous et ce récit de science-fiction probable dans un futur proche. De ce que nous vivons à ce qu'invente Jonze réside probablement un temps aussi ténu qu'entre avant et après l'avènement du téléphone portable.
En 1989 Luc Courchesne avait réalisé une installation devenue CD-Rom puis module Internet intitulée Portrait n°1 où une belle jeune femme répondait à nos questions de manière interactive. Nous étions tous amoureux de la Québecoise Paule Ducharme. Quelques années plus tard j'avais raté le rendez-vous lors de son passage à Paris chez Pierre Lavoie. Son visage et surtout sa voix restent fixés dans ma mémoire comme Faustine de L'invention de Morel, le fabuleux roman d'Adolfo Bioy Casares.


En faisant doucement glisser le réel vers une fantaisie critique de notre monde de plus en plus virtualisé Spike Jonze réussit son meilleur film depuis Being John Malkovich. La réussite d'une histoire d'amour tient dans de petits détails. Jonze sait identifier nos trébuchements internes comme les aléas de notre relation aux machines pensantes que sont devenus les ordinateurs. Son humour a raison de la perte dont nous risquons de faire les frais si nous n'y prenons pas garde. Le manque à soi renvoie l'amour à cet obscur objet du désir qui nous fait perdre pied, créant un équilibre éphémère qu'il nous faudrait sans cesse remettre en question pour ne pas sombrer dans une histoire qui ne serait plus la nôtre. Fantasme et réalité sont les deux côtés de la même pièce. Alors, pile ou face ? (sortie le 19 mars)

P.S. : Quel drôle de nom que le Système d'Exploitation (duquel sommes-nous les victimes ?), traduction française d'Operating System (O.S. comme ouvrier spécialisé !)... L'article aurait pu porter sur les faux-semblants au milieu desquels nous évoluons, du moins celles et ceux qui sont en mesure de lire ces lignes.

lundi 20 janvier 2014

Retour cinématographique sur la politique française


Il n'y a pas que le cinéma américain pour dévoiler les coulisses du pouvoir en mettant en scène les acteurs politiques au sein d'affaires historiques qui ne font pas forcément honneur au pays. Guillaume Nicloux, Matthieu Kassovitz, Raoul Peck, entre autres, ont réalisé des films montrant comment les gouvernements français successifs dirigent les affaires de l'État indépendamment des citoyens qui les ont élus. Prétextant l'intérêt suprême de l'État le pouvoir exerce une manipulation totale, privilégiant des intérêts économiques ou personnels en faisant fi des conséquences sur la population. Grâce au téléviseur, fenêtre ouverte sur un passé décliné au présent, Nicloux et Peck mêlent les documents d'archives aux comédiens qui rejouent ou réinventent l'action. Le film de Kassovitz est un thriller qui emprunte les ressources du cinéma de divertissement sans sombrer dans les exercices démonstratifs stériles. Le travail d'enquête et l'intégrité face à l'Histoire sont à souligner dans tous les cas. La qualité de l'interprétation également ! L'école du pouvoir de Raoul Peck court de 1977 à 1986 quand commence L'affaire Gordji de Guillaume Nicloux, qui se termine lui-même en 1988, juste avant L'ordre et la morale de Matthieu Kassovitz !

En 2009 Guillaume Nicloux réalise donc L'affaire Gordji qui retrace l'histoire des attentats parisiens de février 1985 à septembre 1986. À l'époque la population ignore que l'Iran a déclaré clandestinement la guerre à la France. Le gouvernement Chirac sait parfaitement que l'État n'a pas payé la dette Eurodif ; l'Iran réclame en plus qu'on lui vende des armes comme à l'Irak et que soit libéré Anis Naccache, condamné à perpétuité pour la tentative d'assassinat sur l'ancien premier ministre du Chah, Shapour Bakhtiar. En pleine cohabitation, le duel entre le président François Mitterrand et Jacques Chirac, alors premier ministre, se joue sur la libération des otages au Liban et l'arrêt des attentats meurtriers attribués au FARL dirigées par Georges Ibrahim Abdallah. Charles Pasqua réussira à juguler la crise, à laquelle il n'est pas étranger, en échangeant les otages Roger Auque et Jean-Louis Normandin détenus par le Hezbollah contre Wahid Gordji, traducteur à l'Ambassade d'Iran à Paris, soupçonné d'avoir commandité les attentats. Après un débat historique contre Chirac qui dément les allégations de Mitterrand, celui-ci sera malgré tout réélu, mais le juge Boulouque, chargé de l'affaire, se suicidera suite aux insinuations sur son absence d'indépendance. Les comédiens, ressemblant seulement de loin aux personnages qu'ils incarnent, transforment l'Histoire en fable ou en leçon de realpolitik.


Quant à cette réélection de Mitterrand en 1988 il faut absolument réhabiliter le passionnant film de Matthieu Kassovitz, L'ordre et la morale, sur le sanglant règlement de la prise d'otages de la grotte d'Ouvéa qui eut lieu entre les deux tours des élections. En voyant le film on comprend les difficultés et obstacles que les institutions infligèrent à Kassovitz pour l'empêcher de tourner en Nouvelle Calédonie, et la colère du cinéaste après sa déprogrammation de la compétition au Festival de Cannes. Son film, digne et précis, ne respecte évidemment pas la version officielle totalement mensongère et gêne beaucoup de monde, l'armée en prenant pour son grade.


Puisqu'ils en sont à révéler le dessous des cartes, saluons également L'école du pouvoir de Raoul Peck, tourné pour la télévision comme celui de Nicloux. En 2012, Peck réalise un film de quatre heures sur la promotion Voltaire de l'ENA (1977-1980). Faisant la synthèse de différents personnages, en particulier de certaines intimités, Peck ne peut livrer les noms des protagonistes qui l'ont inspiré, mais on sait que les condisciples étaient François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin, Renaud Donnedieu de Vabres, Michel Sapin, Henri de Castries (PDG d'Axa), Jean-Pierre Jouyet (ex-ministre, directeur général de la Caisse des dépôts), Pierre-René Lemas (secrétaire général de l'Élysée), Raymond-Max Aubert (prédécesseur UMP de Hollande à la mairie de Tulle)... Le film montre l'écueil entre les aspirations de cette jeunesse et les compromissions qu'impose la raison d'État. Dans le film on sent poindre dès le début l'évolution probable de chacun. Les figures de Ségolène Royal et François Hollande sont particulièrement bien croquées, et le personnage joué par Robinson Stévenin incarne brillamment la rigueur morale et la difficulté de rester fidèle à ses convictions.

Comprendra-t-on qu'il faut peut-être remettre en cause les accès au pouvoir et ce qu'il engendre. La démocratie montre ses limites tant et si bien que, par exemple, les propositions d'élections par tirage au sort commencent à être prises au sérieux comme celles limitant à un seul mandat, et sans cumul, ceux qui représentent le peuple et dirigent la nation.
Si L'affaire Gordji et L'ordre et la morale existent en DVD, L'école du pouvoir n'est accessible qu'en VOD sur Arte.
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