Jean-Jacques Birgé

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mercredi 24 avril 2019

Ruben Brandt réussit son art-thérapie !


Pour visionner quantité de films, cela fait du bien de tomber par hasard sur un chef d'œuvre. Autant vous prévenir tout de suite, j'ignore quand il sortira en France. Ruben Brandt, Collector est un long métrage d'animation hongrois réalisé et dessiné par un Serbe né en Slovénie, Milorad Krstić, né en 1952 et installé à Budapest depuis 1989. Également peintre, sculpteur, documentariste et artiste multimédia, Milorad Krstić, qui a l'habitude de travailler seul, conduit cette fois un orchestre d'une centaine de personnes pour captiver son public. Essentiellement dessiné à la main sur ordinateur avec TVPaint en cherchant à donner l'impression d'un monde en 2D, il fait aussi appel aux logiciels Anime Studio, After Effects, Maya et Blender. Ruben Brandt, collectionneur est un film d'action dans le monde de l'art en forme de thriller sur fond de psychanalyse ! Tout en préservant un style graphique extrêmement personnel, Krstić enchaîne les références picturales, tout autant que cinématographiques et musicales. Cette accumulation incroyable pourrait être vaine, or elle sert toujours l'intrigue d'une manière ou d'une autre. Parfois une phrase célèbre peut trouver son interprétation dans un accessoire. Parfois la musique se réfère au décor ou fait un clin d'œil aux érudits. Celle composée par Tibor Cárl joue le même rôle que le dessin de Krstić, enveloppant l'ensemble des citations dans la course folle des quatre voleurs dévoués à leur psychanalyste au point de sillonner le monde pour lui rapporter les 13 toiles qui le font cauchemarder. Et les images de se métamorphoser légèrement en Boticelli, Holbein, Gauguin, Van Gogh, Hopper, Magritte, Manet, Picasso, Velázquez, etc., quand les protagonistes ne se battent pas à coups de Warhol et de Spoerri ! Si l'action ne vous hypnotise pas, si les voix anglaises de Iván Kamarás, Gabriella Hámori, Zalán Makranczi ne vous envoutent pas, peut-être aurez-vous le temps d'apprécier les coups de chapeau à Bergman, Buñuel, Chaplin, Eisenstein, Fellini, Hitchcock, Huston, Kubrick, Kurosawa, Lumière, Méliès et bien d'autres... Ou vous comprendrez le sens des emprunts à Honegger, Penderecki, Stravinsky, Schubert, Puccini, Mozart ou Thom Yorke ! On n'est pas si loin du travail de digestion d'un Godard, car jamais on ne quitte le plateau qu'offre Krstić. Les références font partie de sa grammaire et de sa syntaxe.


Milorad Krstić n'avait réalisé aucun fil depuis 1995 où son court-métrage d'animation copulatoire My Baby Left Me avait gagné l'Ours d'argent à Berlin et le Prix du meilleur premier film à Annecy. Entre temps il avait créé le CD-Rom Das anatomische Theater, écrit des scénarios, conçu des décors de théâtre, publié des bandes dessinées. Vingt-cinq ans plus tard, chaque plan de Ruben Brandt, collectionneur fascine par le traitement des visages et des corps qui s'adaptent discrètement aux différentes scènes tout en conservant un cousinage avec Brauner et Picasso. Entre le thriller et le fond psychanalytique, avec son style graphique complètement barré et la fluidité de mouvements digne d'un blockbuster d'action, ce film marque une date dans l'histoire du cinéma d'animation.

mardi 23 avril 2019

After My Death, vague de suicides


Lors de mes séjours en Corée, invité pour des installations artistiques interactives, j'avais été surpris par la chape de plomb qui recouvrait la société et en particulier la jeunesse, plus lourde encore qu'au Japon. Partout des écrans diffusaient des soap operas lénifiants de jeunes gens en fleurs, plus cul-cul-la-praline tu meurs. Or, dans ce pays qui s'est héroïquement reconstruit après la guerre, le taux de suicides est énorme, la pression sociale le poussant à près de 40 par jour ! Le film After My Death met en scène ce fléau au travers d'un thriller aux rebondissements psychologiques où la culpabilité de chacun et chacune est le moteur de l'histoire. Ce n'est pas un hasard si les pays du nord de l'Europe partagent cette morbidité, le confucianisme et le protestantisme s'appuyant largement sur cette culpabilité. Dans le film, dont la traduction du titre coréen est une fille dans le péché, l'étudiante disparue écoutait d'ailleurs du black metal scandinave ! Le passionnant entretien en bonus avec Juliette Morillot précise les efforts de travail exigés aux Coréens poussés à leurs extrémités et la honte qui retombe potentiellement sur les familles.


La publicité du film de Kim Ui-seok insiste sur son cousinage avec Virgin Suicides de Sofia Coppola, mais les causes sont quelque peu différentes, même si elles conservent une part de mystère que le scénario révèle petit à petit. J'y décèle surtout une bonne dose de misogynie que la plupart des critiques semblent avoir escamotée. Au delà de l'ambiance lourde et nauséabonde que dégage l'absence de réelle solidarité entre les filles d'une part, et les adultes d'autre part, les ressorts de l'intrigue aiguillent chaque fois l'énigme vers une révélation qui, faute de reconnaître l'origine du mal, livre des indices sur les fausses routes qui demeurent toutes plausibles dans une sorte de puzzle où les faux-coupables portent tous et toutes la responsabilité du drame.

→ Kim Ui-seok, After My Death, dvd Capricci, 16€

jeudi 18 avril 2019

Dans l'immédiat, Jean-Luc Godard


Les entretiens dépendent souvent de la qualité des interviewers. Il est certain qu'Olivia Gesbert a une sensibilité, une intelligence ou un aplomb qui faisaient défaut à la plupart des interlocuteurs des Morceaux de conversation avec Jean-Luc Godard "réalisés" par Alain Fleischer et qui duraient 9h30. Pour l'émission La Grande Table elle est allée rencontrer Godard chez lui à Rolle en Suisse. France Culture le diffuse en deux parties de 27 et 39 minutes, Je suis un archéologue du cinéma et Godard ouvre le Livre d'image. À 88 ans le cinéaste semble ainsi plus vif qu'il y a quelques années, peut-être parce que c'est une jeune femme. À la lecture de sa biographie par Antoine de Baecque on sait qu'il n'y est pas insensible. Et Godard ne mâche pas ses mots, que ce soit sur ce que sont devenues les écoles de cinéma (les 3/4 des étudiants sont des jean-foutre), la notion d'auteur avec ses droits et ses devoirs (À l’époque, l’auteur était le scénariste, c’est-à-dire le fabriquant de texte. A Bout de souffle, je n’en suis pas l’auteur pour la loi. C’est Truffaut parce que j’avais repris un ancien scénario. A un moment, je lui ai demandé de me le redonner, et il ne pouvait pas : c’est inaliénable en France. Pour Le Livre d’image, il y a beaucoup d’auteurs qui sont réunis par un ami), sur sa Palme d'Or "spéciale" à Cannes qu'il considère avec mépris comme un prix de consolation, sur la langue et le langage, sur la politique, sur ses rêves, sur l'âge, etc.



Sur sa tombe il imagine qu'on pourrait écrire "Au contraire", sur celle d'Anne-Marie Miéville, sa compagne, "J'ai des doutes". Pour le titre de cet article j'aurais pu le singer en écrivant L'hymne aux média pour l'immédiat, c'est du moins ce que j'entends, une médiathèque de Babylone qui recracherait son contenu (j'arrête avec les jeux de mots ?) en musique, en vers et contre tout.



Lors de sa dernière conférence de presse à Cannes, transmise par Skype, il disait : "Aujourd’hui lors d’une conférence de presse, les trois-quarts des gens ont le courage de vivre leur vie, mais ils n’ont pas le courage de l’imaginer. J’ai de la peine à vivre ma vie mais j’ai le courage de l’imaginer".


Après "150 films en comptant les petits", Jean-Luc Godard a monté Le livre d'image que j'ai chroniqué dans cette colonne en décembre dernier, sorte d'épilogue à ses Histoire(s) du cinéma, de mon point de vue son chef d'œuvre, dont je possède les versions japonaise et française en DVD (la version japonaise en 5 DVD au lieu de 4 offre une nomenclature thématique interactive, encore faut-il savoir lire le japonais ! Il me semble qu'elle est plus complète, due à des questions de droits), la bande-son remixée pour le label ECM en 5 CD, et l'édition papier chez Gallimard/Gaumont. Ce n'est nullement du fétichisme, mais une manière d'appréhender une œuvre unique sous des angles différents.
Depuis hier Arte.tv diffuse gratuitement Le livre d'image et ce jusqu'au 22 juin, avec un passage TV le 24 avril, mais il ne sortira pas au cinéma. Godard préfère le montrer dans les musées et les théâtres dans son format audio original, un 7.1 plus polysémique qu'immersif ! En attendant, il faut absolument voir et entendre la réduction phonique de cette œuvre fondamentale toutes affaires cessantes. Il est difficile de l'évoquer pour elle-même, parce qu'elle suscite en chacun/e de nous un vertige, des interrogations, ouvrant des portes vers un après qui biologiquement se profile.

mardi 16 avril 2019

L'héritage des 500 000


En prologue à la rétrospective en salles de onze films d'Akira Kurosawa avec Toshirō Mifune (restaurés à l'origine par Wild Side à partir d'une numérisation HD de la Toho), Carlotta exhume l'unique film réalisé, produit et interprété par son acteur fétiche, L'héritage des 500 000, inédit en France. 500 000 est le nombre de soldats japonais victimes de la politique impériale dans le Pacifique. Après une première victoire en 1941-42 aux Philippines où l'action du film se déroule, ils seront décimés par la contre-offensive américaine et locale. Bien qu'il relate une aventurière chasse au trésor, pourquoi ce drame me rappelle-t-il Anatahan, le dernier chef d'œuvre de Josef von Sternberg ? D'une part, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale les Japonais ont du mal à faire une croix sur leur honteuse défaite. D'autre part, là où la seule femme sur une île était convoitée par tous les survivants, ici l'appât du gain joue le même rôle meurtrier. L'or a toujours été un révélateur des pires instincts humains. Dans le film de Mifune, auquel Kurosawa aurait donné moult conseils et confié une grande partie de son équipe habituelle (scénariste, chef op, compositeur, scripte...), l'expédition consiste à retrouver après la guerre un des trésors perdus par l'armée nippone. Si le suspense est fortement entretenu et les rebondissements comme il se doit, on sait évidemment d'avance comment tout finira pour ces hommes en quête des milliers de pièces d’or enfouis dans la jungle...


Le 17 avril ressortent donc en salles L'ange ivre, Chien enragé, Vivre dans la peur, La château de l'Araignée, Les bas-fonds, La forteresse cachée, les salauds dorment en paix, Yojimbo, Sanjuro, Entre le ciel et l'enfer, Barberousse, avec l'immense Toshirō Mifune. Ces fresques historiques et films noirs sont tous de magnifiques drames, authentiques héritiers d'une longue tradition, avant qu'Akira Kurosawa ne devienne le plus américain des cinéastes japonais, les films grandioses de sa dernière période, bien que fascinants, empruntant beaucoup aux sirènes hollywoodiennes !

jeudi 11 avril 2019

Perconte en DVD et Blu-Ray


Il y a dix ans j'écrivis mon premier article sur les films de Jacques Perconte : "Sous quel angle le prendre ? Par quel bout commencer ? Quelle route choisir ? Filmant les paysages en accéléré, à la campagne ou à Paris, en bus, en train ou en voiture, Jacques Perconte montre les changements de vitesse de nos vies. En faisant virer les couleurs, il leur trouve une âme, active des perceptions qui nous étaient interdites et nous offre une nouvelle vision du monde. Comme si nous étions quelque insecte lacanien pour qui le réel est tout autre, Perconte joue du cristal de l'œil pour retourner l'impossible. Parfois les pixels tordent la perspective. Le temps n'est pas le même pour tous, l'espace non plus. Les trajets deviennent des explorations où le quotidien prend un autre sens. Sur Viméo, le vidéaste propose 46 extraits de films qui nous font voyager en restant sur place. À moins qu'ils nous fassent prendre conscience de notre place, immuable, en nous faisant bouger ? En regardant par la fenêtre je vois les arbres se pencher vers moi, ils me parlent, les couleurs de l'automne virent aux flammes et je vais me passer un peu d'eau froide sur le visage."
En 2012 j'ajoutai Les erreurs font le style et Errare humanum est, puis je lui proposais qu'avec Antonin-Tri Hoang et Vincent Segal nous jouions sur ses images dont il improviserait comme nous les modifications en direct. Nous avons plusieurs fois renouvelé le spectacle Dépaysages. Il collaborera ensuite avec d'autres musiciens. En 2013 je composai la musique de son film L'arbre de vie pour un ensemble de cordes. J'ai continué à écrire des articles sur ses nouvelles expérimentations. Nicole Brenez s'est entichée de son travail, le présentant, entre autres, à Leos Carax et Jean-Luc Godard qui ont intégré chacun un court extrait à leur dernier ouvrage. Ce n'est pas tous les jours qu'un réalisateur de cinéma expérimental, de cinéma non narratif comme l'appellent plus justement les Américains, intègre les nouvelles technologies et surtout la matière qu'impose l'informatique. La plupart refusent même que leurs œuvres paraissent en DVD ! Jacques a voyagé, multipliant les points de vue, les palettes de couleurs, les mouvements, variant les compressions, faisant valser les pixels...


Consécration de l'édition vidéographique, Re:voir édite un DVD d'œuvres de 2002-2003 et un Blu-ray pour celles de 2010-2012. Perconte a choisi le DVD pour les films tournés en basse-définition et le Blu-ray pour ceux en haute-définition. Cela m'apparaît assez conceptuel, car sur mon grand écran je ne distingue en général que difficilement la différence entre les deux supports quel que soit le film ! Peut-être est-ce ma vue qui a baissé, je m'interroge depuis des années. J'ai l'impression que la qualité dépend plus des films et de leur mastering que du support. Je ne perçois franchement la différence que sur les blockbusters. L'excessive netteté n'est pas toujours ce qu'il y a de plus poétique. Il n'empêche que revoir les films de Perconte chez soi sur grand écran c'est quelque chose, une sorte de trip psychédélique du XXIe siècle. Perconte profite de la notoriété de ses films récents (pas si récents puisqu'il aurait ensuite décidé d'arrêter d'éditer des films sous forme physique) pour remonter dix ans en arrière en montrant ses compressions et saturations assez roots sur le DVD Corps. Ils exposent néanmoins la démarche, d'ailleurs bien expliquée dans le petit supplément discrètement révélé à l'insertion des galettes. Mais c'est avec le Blu-ray Paysages que l'on est esbroufé par la peinture en mouvement de ce nouvel impressionniste. Perconte est bien le digne héritier d'une tradition du film expérimental non narratif qui joue sur la contemplation et l'hypnose. On peut se demander néanmoins comment son œuvre plastique qui d'année en année se multiplie sans à-coup évoluera dans le futur. S'attaquera-t-il au son comme il le fit pour l'image ? Les ambiances naturalistes ou les musiques qui accompagnent ses films sont hélas toutes illustratives et redondantes, les simili drones emphatiques finissant par tous se ressembler quel qu'en soit le compositeur, comme si Perconte craignait qu'elles fassent de l'ombre à ses sublimes lumières. L'absence de dialectique audio-visuelle me manque comme elle fait défaut à presque tout le cinéma narratif. Ici comme ailleurs, dans l'esprit des créateurs et du public, le son est en retard sur l'image. Justement, dans son récent Livre d'image, Jean-Luc Godard, cinéaste expérimental et narratif, reste un des rares à interroger cette partie négligée du support.

→ Jacques Perconte, DVD Corps, 77', contient 3 films (SNSZ, UAOEN, ISZ) et un livret de 44 pages, ed. Re:voir, 19,90€
→ Jacques Perconte, Blu-Ray Paysages, 77', contient 4 films (Uishet, Après le feu, Impressions, Chiuva) et le même livret de 44 pages, ed. Re:voir, 22,90€

mardi 9 avril 2019

Dernières séries avant l'autoroute


La colline aux lapins (Watership Down) est une mini-série d'animation de 4 épisodes au suspense aussi prenant qu'un thriller, sauf qu'ici les protagonistes sont des lapins de garenne ! Les images 3D sont très réussies, et d'autant pire car ce n'est pas pour les tout-petits, donc les autres se régaleront ! Préférez évidemment la version originale en anglais...


L'anthologie Love, Death & Robots comporte 18 courts métrages indépendants réalisés chacun par une équipe différente. Ces films d'animation, qui oscillent entre 10 et 16 minutes, sont pour certains beaucoup plus éprouvants que les histoires de clapiers, voire carrément gore. C'est inégal, mais toujours intéressant. Il y a tout de même peu d'amour, beaucoup de morts, pas mal de robots et cela se regarde sans faim.



De la science-fiction au fantastique, on passe à Russian Doll en soulignant que ces genres portent évidemment toujours une critique forte de notre société et des fantasmes qu'elle engendre. Cette série de 8 épisodes de 26 minutes, plus psychanalytique que fantastique, est une excellente surprise. À la fin du premier on se demande sérieusement si Nadia Vulvokov va répéter en boucle sa mort et sa renaissance, mais l'histoire évolue très bien jusqu'au bout...


Excellente série policière islandaise, Trapped mêle simultanément plusieurs intrigues policières à des enchevêtrements familiaux ou domestiques comme c'est souvent la règle, mais le froid, la nuit et la neige donne à ce huis-clos en extérieur une couleur personnelle dont j'ignore si la seconde série que je n'ai pas encore regardée saura aussi bien se servir...


Avec deux saisons, Happy Valley est une sympathique série policière par son intrigue, mais plus basique TV dans sa réalisation. Les rôles principaux tenus par des comédiennes en font l'un des intérêts majeurs comme pas mal de séries britanniques récentes.
Comme le disait Christophe "il faut vraiment aimer les histoires de super-héros pour apprécier Umbrella Academy" dont je me suis lassé aussi vite que des provocations potaches de Sex Education. Dans le genre et en plus abouti Elsa me suggère évidemment Girls. Quant à la troisième saison de True Detective, si les acteurs sont formidables l'intrigue est lente, poussive et prévisible.


Heureusement c'est le printemps et vont débouler quantité de séries attendues ou toutes nouvelles, à commencer par la saison 2 du totalement déjanté Happy ! (il faut avoir le cœur bien accroché tant c'est drôle et gore à la fois) et le faux-documentaire néo-zélandais sur les vampires What we do in the shadows de Jemaine Clement et Taika Waititiun qui fait suite à leur long métrage sorti en 2014. En tout cas les deux premiers épisodes de Happy ! décoiffent, ses auteurs décidés à aller toujours plus loin dans le délire...

mardi 26 mars 2019

Le cheval gagnant de Scott Walker


Dans un documentaire de la BBC de 1995 Scott Walker évoque un film anglais de 1949 qui l'a considérablement marqué enfant, The Rocking Horse Winner d'Anthony Pelissier d'après une nouvelle de D.H. Lawrence. Scott Walker, qui s'est éteint hier, a toujours exprimé l'influence du cinématographe sur ses œuvres. Comme j'avais écouté toute la journée ses disques j'ai pensé regarder ce "joyau méconnu", or s'y décèle probablement la clef du mystère qui entoure le chanteur. Je déteste gâcher le plaisir de la découverte ("spoiler" comme disent les Anglophones, et cela n'a rien à voir avec "se poiler", d'autant que la mort de Walker m'affecte particulièrement), mais les voix qui émanent de la maison susurrent une possibilité de trouver l'argent nécessaire à la famille dans le besoin quitte à en payer le prix fort. Le succès s'avère menaçant ! Lorsqu'on connaît l'histoire de ce génie on est forcément troublé par la possible analogie avec son abandon précoce de la scène en pleine gloire et les distances entretenues avec le business.


L'inspiration d'un artiste a quelque chose de mystérieux, presque mystique, irraisonnable même au plus matérialiste. Le succès va de paire. Scott Walker avait toute sa vie eu la chance du petit garçon du film de Pelissier et cela lui faisait peur. J'ai trouvé sur le Net une copie de ce film rare sous-titrée en espagnol. C'est déjà ça. Hier matin j'avais découvert l'article de juillet 2015 que j'avais écrit sur Scott Walker pour Le Monde Diplomatique lu à haute-voix par le comédien Arnaud Romain ! Cette histoire mystérieuse où se mêlent la chance, l'inspiration, l'inquiétude pécuniaire des parents, la confiance, le jeu, la générosité et l'amour filial a d'étranges résonances avec ma propre histoire, pas seulement la mienne, mais celle de nombreux artistes...

mercredi 6 mars 2019

Loro, triste et pitoyable pouvoir


Suis-je passé à côté ou la presse française a-t-elle fait l'impasse sur le dernier film de Paolo Sorrentino ? Les médias intellos ont pris l'habitude de lui cracher dessus sans que j'en comprenne la raison, un peu comme sur Yórgos Lánthimos dont La favorite ne casse pas trois pattes à un canard, mais dont Canine est un des meilleurs films des dix dernières années. Tenter de réconcilier cinéma populaire et l'art et essai est pourtant une démarche louable. Idem avec Sorrentino dont sa série sur un jeune pape m'avait plus qu'ennuyé alors que tous ses longs métrages m'ont passionné tant par la recherche plastique que par la manière d'aborder ses sujets, depuis L'uomo in più jusqu'à Youth, en passant par Les conséquences de l'amour, Il Divo, This Must Be The place et La Grande Bellezza. Surprise donc de découvrir que Loro, traduit en français Silvio et les autres, est sorti fin octobre sans que je m'en aperçoive ! Étais-je simplement trop occupé par des questions d'intendance ?


Dès son ouverture buñuelienne il est clair que le film de Sorrentino sur Silvio Berlusconi n'est pas un biopic plan-plan, pâle reconstitution fantasmée d'une réalité simplifiée. Un agneau pénètre dans le salon d'une villa luxueuse, hypnotisé par ce qui ressemble à une machine à air conditionné dont la température tomberait à 0°, stupeur et tremblements... Loro est un portrait en creux, d'abord parce que c'est le regard des autres qui fait question, ensuite parce qu'on a rarement vu au cinéma un personnage aussi triste et pitoyable que ce séducteur qui ne rêve que de pouvoir. Nos représentants de commerce qui font office de présidents de la République comme Sarkozy ou Macron ne lui arrivent pas à la cheville lorsqu'il s'agit de faire illusion. Pendant cette période entre deux mandats où "Il Cavaliere" s'ennuie à mourir, Loro apparaît comme une sorte de cocktail mêlant Fellini, Antonioni et Rosi. Autant dire que Sorrentino, as du montage avec illustrations musicales toujours aussi remarquables, est le digne héritier d'une époque où le cinéma italien était florissant.
Il choisit de montrer la vacuité du pouvoir au travers des soirées bunga bunga dont le sexe est le moteur, obsession partagée par quantité de personnalités politiques. Le président-entrepreneur, devenu le plus riche d'Italie, n'est qu'un pauvre type comme les personnages de la jeunesse dorée américaine que dessine Bret Easton Ellis dans ses romans. Deux fois dans le film un proche lui dit ses quatre vérités. Au lieu de montrer un démiurge arrogant et terrible, Sorrentino révèle un être misérable, éternel insatisfait, comme le sont la plupart des malades qui nous gouvernent. Le cinéaste souligne les motivations minables de ces hommes assoiffés de pouvoir qui partagent les mêmes fantasmes et les mêmes méthodes pour les réaliser, plus ou moins bien. C'est là que Berlusconi les supplante, car nos représentants hexagonaux ne sont que des marionnettes entre les mains des riches financiers ; ce ne sont que des hommes de main alors qu'il s'est construit un empire grâce à l'immobilier et la société du spectacle portée à son comble.
Si la version diffusée en France dure deux heures et demie, que représentent les trois quarts d'heure coupés dans la version italienne en deux parties ? Toni Servillo interprète parfaitement ce sourire figé par la chirurgie esthétique. Tout n'est que de surface. Le luxe qui s'étale sur l'écran en devient irrémédiablement pornographique, adjectif qui sied parfaitement aux pratiques obscènes de nos pseudos démocraties.

mercredi 20 février 2019

Les funérailles des roses


Enfants, nous rêvions de devenir explorateurs pour découvrir des tribus inconnues, des territoires perdus ou des coffres au trésor. Nos héros, Jules Verne ou Stevenson, sont du passé. Le monde a changé et il est hélas devenu très rare que ce vœu soit exaucé sinon dans la fiction. Le cosmos offre encore quelques espérances, mais il faut aller chercher si loin que cette rêverie se dissipe dans les limbes du temps. Il n'y a plus que les terrains militaires qui échappent à Google ! Il est pourtant un domaine où j'ai l'impression de faire des découvertes, la cinéphilie. Des chefs d'œuvre refont régulièrement surface, comme s'ils s'étaient égarés dans un labyrinthe et qu'il fallait l'opiniâtreté de quelque chercheur pour les exhumer du cercueil où l'Histoire les avait enterrés vivants.
Si j'emprunte ce chemin sinueux pour évoquer Les funérailles des roses de Toshio Matsumoto, c'est pour éviter de vous gâcher le plaisir de la découverte, car ce film rebondit de surprise en surprise tout au long de ses 108 minutes. Il fait partie des bijoux des années 60 auxquels l'édition vidéographique offre une seconde chance, comme La route parallèle de Ferdinand Khittl, The Savage Eye de Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick, Closed Vision de Marc'O, Le petit fugitif de Raymond Abrashkin, Ruth Orkin et Morris Engel, et je continue à chercher par exemple les films de Robert Lapoujade... Films expérimentaux de fiction, ils sont sortis dans le circuit traditionnel, mais ne sont pas restés longtemps à l'écran et n'ont pas bénéficié de l'engouement des amateurs de cinéma expérimental non narratif. On peut imaginer qu'un nouveau Jean-Luc Godard aurait aujourd'hui bien du mal à être vu.


Ainsi Les funérailles des roses est une sorte de Petites marguerites homosexuel japonais ! Inédit en France, le film sort en salles et vous ne regretterez pas le déplacement (regardez la bande-annonce !). Le mythe d'Œdipe est réinterprété dans le milieu des drag queens tokyoïtes, entre fiction et documentaire, jeu de l'oie baroque où l'on saute de case en case au gré de la fantaisie cinématographique. Dans ce film pop en noir et blanc qui rend hommage à Jean Genet on rencontre aussi les situationnistes et les militants de 68 (le film est sorti en 1969), immersion totale dans une époque et un environnement culturel extrêmement inventif. Matsumoto utilise les accélérés, la surexposition, les bulles de bande dessinée, le mélange des genres et donc les effets de montage et de photographie les plus variés, affirmant son appartenance à la Nouvelle Vague japonaise dont Ōshima fut un des rares à être reconnu, avec peut-être Yoshida et Shinoda.

→ Toshio Matsumoto, Les funérailles des roses, en salles à partir d'aujourd'hui en version restaurée 4K, dist. Carlotta

mercredi 6 février 2019

Dave Made a Maze, un film en carton-pâte


En découvrant le labyrinthe de Dave Made a Maze, je n'ai pu m'empêcher de penser à Étienne Mineur, Raymond Sarti et Christine Buri-Herscher. Avec les Éditions Volumiques, le graphiste Étienne Mineur s'est inspiré des médias numériques pour imaginer des livres en papier délirants comme celui dont les pages s'effacent au fur et à mesure de la lecture, celui dont les pages tournent toutes seules, des systèmes de pliage proposant divers chemins ou des code-barres cachés dans le décor. Le scénographe Raymond Sarti adore se servir de matériaux bruts pour certaines de ses expositions comme Kréyol Factory ou Méditerranées, des grandes cités d’hier aux hommes d’aujourd’hui pour Marseille Provence 2013, rouleaux de carton, tôle ondulée ou containers. Quant à la plasticienne Christine Buri-Herscher, elle travaille le papier pour en faire des costumes ou des décors éphémères.


Or Dave Made a Maze est un film totalement délirant, sorte d'élucubration potache inspirée des jeux vidéos, pastiche d'un film d'épouvante, entièrement tourné dans un labyrinthe de carton-pâte à grands renforts d'effets spéciaux qui semblent amoureusement bricolés. La partition sonore, éclatée grâce au 5.1, est soigneusement travaillée comme on aimerait plus souvent l'entendre au cinéma, brisant les conventions avec par exemple les voix dans les haut-parleurs arrière et les effets bruités en façade. Tout est fait pour nous perdre et nous déstabiliser ! Le film de Bill Watterson tient à la fois de Being John Malkovich de Spike Jonze et de The Hole de Joe Dante, qui sont déjà passablement allumés. Il était donc logique que je pense à ces trois amis, fans de créations de papier, alors que leur art n'est pas prédisposé à accueillir ce matériau fragile, pourtant plus pérenne que nombreux supports modernes.

mardi 29 janvier 2019

Banalité des blockbusters


J'ai regardé quelques blockbusters comme la comédie policière A Simple Favor moins plan-plan que le début ne le laisse penser, le féministe The Wife ou le politiquement correct Green Book dont on devine les ressorts sympathiques aussitôt la présentation des personnages, les navets First Man et Roma encensés par la critique, le fadasse western The Sisters Brothers, la bluette A Star is Born, le barjo Bad Times at the El Royale qui ne tient pas la distance, la pochade macho Polar, Black'47 sempiternel film historique irlandais contre la colonisation britannique, et puis je me suis énervé contre A Private War, catéchisme politique des guerres que les États Unis livrent contre les régimes qui lui résistent.
Sous prétexte de faire le portrait de la journaliste Marie Colvin morte à Homs en 2012, le réalisateur caricature les Tigres tamouls du Sri Lanka, Khadafi ou le conflit syrien. Pire, il fait des héros des correspondants de guerre dont la mentalité est en réalité proche des soldats qui les entourent, pire, des têtes brûlées suicidaires. C'est en général de quoi sont faits les héros. Je n'ai jamais compris la guerre, si ce n'est celles de libération évidemment. L'avidité des envahisseurs m'a toujours paru absurde et criminelle. Pendant le Siège de Sarajevo les journalistes qui se pointaient sur la ligne de front étaient de véritables dangers publics. Sous prétexte de voir ce qui se passait de l'autre côté, ils faisaient repérer ceux qui les protégeaient. J'y ai croisé un grand Américain qui portait deux gilets pare-balles l'un sur l'autre. La production m'avait déconseillé cette protection qui nous signalait comme cible privilégiée.








J'avais adoré le livre de Slavoj Žižek, Bienvenue dans le désert du réel, qui s'appuie sur les blockbusters pour analyser les investissements pulsionnels et idéologiques qui ont façonné notre nouvel ordre mondial depuis le 11 septembre 2001. Les films hollywoodiens sont de plus en plus formatés. La plupart sont destinés à un public américain de 15 ans. Ils flattent ce que les décideurs pensent être l'attente du public. De temps en temps émerge un long métrage un peu moins convenu. White Boy Rick ou The Hate U Give ont des sujets intéressants et leurs acteurs sont excellents comme dans presque tous les films que j'ai dégommés dans mon premier paragraphe, mais cela ne suffit pas pour laisser un souvenir impérissable. The Favourite n'est pas le meilleur Lánthimos, Widows est un polar assez personnel, ils sont au dessus de la mêlée, mais leurs réalisateurs ne sont pas américains. En intégrant les bandes-annonces je me rends compte que trois sur les quatre ont des femmes comme personnages principaux et qu'aussi trois sur quatre évoquent le racisme aux USA. Par contre les camarades new-yorkais m'écrivent que jamais un film aussi raciste que Intouchables, sorti récemment aux USA, n'aurait pu y être réalisé.
Heureusement les films étrangers et ma cinéphilie me sauvent, mais ça c'est une autre histoire... Le sujet d'autres articles, passés et à venir !

Illustration : Nils Westergard

samedi 15 décembre 2018

Roma Cata


Gros battage autour de Roma, le nouveau film d'Alfonso Cuarón sorti en exclusivité sur Netflix après avoir reçu le Lion d'Or à Venise. Après la déception de Gravity (2013) au vide intersidéral, le réalisateur mexicain des remarquables Y tu mamá también (2001) et Children of Men (2006) sombre avec un mélo convenu et manichéen. Honte au jury de Venise, honte à ce réalisateur autrefois inventif, honte aux critiques qui encenseront cette bouse bien pensante après avoir manqué ses premiers films.
Si l'on compare l'histoire de cette famille bourgeoise et de leur bonne à tout faire avec celle de l'épatant Que Horas Ela Volta? (Une seconde mère, 2015) de la Brésilienne Anna Muylaert, le camouflet est cinglant. Ici un pamphlet éculé sur la médiocrité des hommes alors que Muylaert signait l'un des meilleurs films sur la différence de classes, drôle en plus et avec un scénario riche d'une rare finesse...
Je préfère toujours évoquer ce que j'aime plutôt que ce qui m'a déçu, à commencer pour ne pas déprimer les auteurs malchanceux, mais lorsque je taille un costard à Scorsese, Eastwood ou Cuarón je ne crains pas que cela les affecte ! Je me fais juste incendier par les gobeurs de trucs qu'il est de bon ton d'aimer sans penser par soi-même... Je suis juste énervé par l'opportunisme de Cuarón, pseudo féministe d'un autre âge, évoquant également de manière racoleuse le massacre de la manif étudiante en 1971 à Mexico sans aucune critique sérieuse du système qui les a engendrés. À réfléchir sur causes sociales et effets politiques, toute comparaison avec notre actualité hexagonale serait d'ailleurs purement fortuite.

mercredi 5 décembre 2018

Le livre d'image de Jean-Luc Godard


Tout est saturé. Du sens à l'image. À ne pas croire. Le vieux maître fait comme tout le monde. Il sort les bribes de leur contexte. Sauf que, contrairement aux journalistes, ses mensonges disent la vérité. Sel des poètes. Le jeu en main. Cinq doigts pour comment c'est. Le pouce préhenseur et l'encéphalogramme hautement développé. L'homme. Sanguinaire. Seul le fou. Et les enfants. Mais la Terre ? Nœud. Passe. Taire. Première musique : Scott Walker. The Drift. La dérive. Comme toutes ses Histoire(s). Du cinéma. Chacune est une entrée vers notre subconscient. Il suffit de reconnaître. Pour s'y reconnaître. Autant de fils d'Ariane à dérouler. O temps ! Ses fils. Nicole Brenez l'archéologue. Pas étonnant d'y retrouver Perconte. Après le feu. La liste est longue. Ils seront tous sauvés. Les espérances. Tout est saturé. Question de droits. C'est autre chose. La couleur. Vive. Le cinéma. Vif. Le silence. Coupez. Action. Moteur. Il doit y avoir une révolution. Godard termine par Le plaisir. Le masque. Tout est dit.


"Te souviens-tu encore comment nous entraînions autrefois notre pensée ?
Le plus souvent nous partions d’un rêve…
Nous nous demandions comment dans l’obscurité totale
Peuvent surgir en nous des couleurs d’une telle intensité
D’une voix douce et faible
Disant de grandes choses
D’importantes, étonnantes, de profondes et justes choses
Image et parole
On dirait un mauvais rêve écrit dans une nuit d’orage
Sous les yeux de l’Occident
Les paradis perdus
La guerre est là…"


Le livre d'image a reçu une Palme d'or spéciale au Festival de Cannes 2018.
84 minutes qui changent de tout ce qu'on peut voir et entendre.
C'est de la dynamite (vieille pub pour le chocolat suisse) !
Resté chez lui, à Rolle en Suisse, le cinéaste avait donné sa conférence de presse en répondant aux questions sur FaceTime.

jeudi 29 novembre 2018

La petite fille au bout du chemin


Je n'avais aucune idée préconçue avant de lancer le film The Little Girl Who Lives Down the Lane (La petite fille au bout du chemin) que les Éditions Montparnasse viennent de publier en DVD. Je savais seulement que c'était le premier rôle principal pour la jeune Jodie Foster qui, cette même année de 1976, avait joué entre autres dans Taxi Driver et Bugsy Malone. Dès les premières images je suis intrigué par cette petite fille qui semble vivre seule dans une grande maison louée par son père. Le film de Nicolas Gessner, tourné au Québec avec un petit budget, est pour les uns un thriller, pour d'autres une romance entre deux adolescents, voire un film d'épouvante, ce qui m'épate un peu au vu de ce qui se pratique aujourd'hui. Il est certain que les énigmes sont nombreuses et le suspense sévèrement entretenu. J'y ai lu une bonne dose d'humour noir qui tranche avec le politiquement correct de tant de films actuels.


Martin Sheen incarne un pédophile agressif, le chanteur Mort Schuman a l'exquise bonhommie du flic de service et tous les autres acteurs jouent parfaitement leur rôle, du jeune prestidigitateur boiteux à l'odieuse propriétaire, tous dessinant un portrait terrible d'une petite ville de province où un couvercle est sévèrement vissé sur les agissements hypocrites de cette bourgeoisie mesquine. Le personnage joué par Jodie Foster, 13 ans dans le film, a suscité maints débats sur les droits de l'enfant, soulevant la question de la maturité, variable selon les individus. Suspense, érotisme, humour et tendresse font de ce film un objet unique que beaucoup ont considéré immoral à sa sortie. Mais qui de la gamine ou de la société qu'elle réfute est la plus immorale ?

→ Nicolas Gessner, La petite fille au bout du chemin, DVD Éditions Montparnasse, 15€

mercredi 21 novembre 2018

Le coffret au trésor du cinéaste Charles Matton


Admirateur des maisons de poupée du Rijksmuseum d'Amsterdam et des dioramas en général, j'étais déjà totalement fasciné par les Boîtes de Charles Matton sans en connaître l'origine exacte. Au départ l'artiste avait construit ces décors miniatures pour les photographier, parce que c'était plus simple que grandeur nature ! Il les module en fonction de la lumière du jour désirée, transforme tel ou tel accessoire, etc. Or Charles Matton est d'abord un peintre, un maître de l'illusion. Le film réalisé sur lui par son épouse et collaboratrice, Sylvie Matton, montre l'étonnante maîtrise de cet homme capable de saisir la réalité en préservant le recul nécessaire à tout artiste digne de ce nom. La démonstration est époustouflante, qu'il dessine (illustrateur pour le magazine Esquire sous le pseudonyme Gabriel Pasqualini pour raison alimentaire), et surtout qu'il peigne, sculpte, photographie ou qu'il filme !


Le magnifique livre publié sous la direction de Sylvie Matton se focalise sur les réalisations cinématographiques de Charles Matton, d'autant qu'il est accompagné de 4 DVD avec la quasi intégralité de ses films, soit quatre longs métrages et trois courts. S'ils sont extrêmement différents les uns des autres, ils obéissent tous au regard aiguisé d'un homme en quête de la beauté, d'une exigence absolue lorsqu'il s'agit de son art. La pomme ou l'histoire d'une histoire est un court métrage sur son travail pictural et sur sa vie, comme l'on sait qu'une œuvre est presque toujours un autoportrait, fut-il bien maquillé. Matton est d'ailleurs un figuratif, comme Francis Bacon avec qui il y a un certain cousinage.
En 1973, son premier long, L'Italien des Roses, rencontre un succès d'estime colossal. Tourné en noir et blanc, il pointe l'absurdité de notre société du spectacle en filmant les réactions schizophrènes de la foule devant le jeune Richard Bohringer sur le point de sauter d'un toit pour se suicider. Point de flashbacks, mais un mille-feuilles temporel où les scènes s'expliquent d'elles-mêmes en sons et en images. Matton veut exploiter chaque médium pour ses qualités propres. Il ne fait pas de films de peintre, il détourne les outils pour inventer son récit. En 1976, il rate Spermula qui aurait dû s'appeler L'amour n'est qu'un fleuve en Russie. Trop d'argent, pas assez, trop de compromis et de pressions certainement pour un film qui apparaît aujourd'hui comme un érotique rose sous emballage fantastique, la grande mode de l'époque (Le dernier Tango à Paris, Les valseuses, Emmanuelle, etc.) pour braver la loi du classement X dont Godard dit que dorénavant il y aura les films au-dessus et ceux en-dessous de la ceinture. Les décors et les costumes de ce film quasiment féministe sont incroyables. Comme toujours Matton joue des ombres et de la lumière. Il fustige la brutalité machiste, interroge l'amour et les rapports de pouvoir. En 1994 sort un second chef d'œuvre, La lumière des étoiles mortes, inspiré par l'histoire de sa famille au début de l'Occupation allemande. Cette fois l'autobiographie est explicite. Son fils joue le rôle du cinéaste lorsqu'il était enfant, Jean-François Balmer son père persuadé de découvrir une martingale à la roulette, Caroline Sihol sa mère rêvant les événements à venir. C'est un film sur l'innocence de l'enfance, sur les souvenirs qui s'effacent avec le temps, sur la mort comme moment poétique de la vie... Chez Matton les miroirs ne réfléchissent pas toujours, grâce aux illusions des doubles chambres et des glaces sans tain ils prennent leurs aises. Si la réalité existe, elle se tord, elle fond, dégouline et se perd dans la nuit. En 1998 son dernier long est l'histoire de Rembrandt, de son arrivée à Amsterdam à sa mort, comme un miroir aux interrogations du cinéaste, que ce soit dans sa peinture ou dans ses difficultés professionnelles pour être reconnu à sa juste valeur. Le monde de l'art et des collectionneurs ne semble pas avoir beaucoup changé depuis le XVIIe siècle. Ajouter les courts métrages Mai 68 ou les violences policières et Activités vinicoles dans le Vouvray pour compléter ce portrait quasi exhaustif de l'artiste en cinéaste avec, en plus, l'indispensable Charles Matton, visiblement de son épouse et collaboratrice Sylvie Matton qui fait le tour de son œuvre protéiforme.
Le livre qui recueille les quatre galettes argentées est le petit trésor qu'elle a confectionné avec passion, magnifiquement illustré de documents, photographies, croquis, trucages, témoignages dont celui de son acteur fétiche qu'il aura révélé, Richard Bohringer (avec qui nous enregistrâmes Le K de Buzzati en 1992, nous valant une nomination aux Victoires de la Musique !). C'est le genre d'objet que j'adore, où il y a à boire et à manger dans le meilleur sens des termes, comme les films qui donnent aussi à entendre, car Matton comprenait chaque fois ce que les supports qu'il choisissait lui offraient.

coffret Charles Matton cinéaste, livre de 300 pages + 4 DVD, ed. Carlotta, 60€

mercredi 7 novembre 2018

Une femme est une femme


En 1961 Jean-Luc Godard enregistre un disque 33 tours pour promouvoir son nouveau film, Une femme est une femme, une comédie musicale pétillante. C'est un mixage de la bande-son avec les dialogues et la musique de Michel Legrand, plus les commentaires toujours aussi subtils du cinéaste, ce qui en fait le principal intérêt, et l'ensemble, sorte de création radiophonique, se tient remarquablement bien, presqu'un manifeste du cinéma de Godard de l'époque. De 1960 à 1968, Legrand compose justement ses meilleures partitions, entre sa collaboration avec Jacques Demy et L'affaire Thomas Crown.



J'avais eu la bonne idée de faire une copie de l'un des cent exemplaires que possédait Jean-André Fieschi. Dans son édition DVD le label de référence Criterion livre ce petit bijou, mais sa copie du disque est vraiment pourrie : le disque est rayé, bourré de scratches, faisant sauter certains bouts de phrases de Godard, et le son est nasillard. C'est étonnant pour une édition aussi luxueuse, mais j'imagine qu'ils n'avaient pas trouvé mieux. Ainsi aujourd'hui je vous livre cet enchantement auquel participaient Anna Karina, Jean-Claude Brialy et Jean-Paul Belmondo... J'en ai profité pour nettoyer le fichier et améliorer le son. Durée : 34'05.

Si vous avez du mal à l'écouter sur cette page, vous pouvez cliquer ICI.

lundi 5 novembre 2018

Signer se décline en toutes les langues


J'ai toujours regretté d'avoir la flemme d'apprendre le langage des signes qu'utilise les sourds. D'un côté je pensais y trouver une sorte d'espéranto me permettant de converser dans le monde entier (comme la musique pour les entendants !), de l'autre je n'ai presque jamais été confronté à mon handicap. Or Signer, le documentaire de Nurith Aviv, m'apprend qu'il existe autant de langages des signes qu'il existe de langues. Chaque culture a sa manière de signer. Le bonus développe la séquence d'introduction avec Emmanuelle Laborit qui montre les différences d'une quinzaine de langues des signes du monde entier sur des mots attractifs comme "faire l'amour", "homosexuel" ou plus simplement "bleu". Le reste du film compare trois langues pratiquées en Israël, l'ISL, langue officielle rattachée à l'hébreu, et deux autres nées à la campagne. J'ai mis un peu de temps à comprendre qu'elles pouvaient être d'origine palestinienne et que leur interdiction avait été forcément politique. Il est passionnant de comprendre comment naît une langue, comment elle acquiert grammaire et syntaxe au fur et à mesure qu'elle est transmise de génération en génération. On apprend que signer ne se fait pas seulement avec les mains, mais aussi en s'aidant des yeux et du corps. Le film d'une heure fut largement salué par la critique à sa sortie en salles. Je n'ai pas compris pourquoi presser 2 DVD pour livrer des sous-titres français, anglais et hébreu au film annoncé en français (alors que c'est seulement le commentaire de la réalisatrice). Ces sous-titres sont intelligemment répartis sur la surface de l'écran en fonction des intervenants parmi lesquels des entendants. Nurit Aviv continue ainsi sa recherche "sur la langue maternelle, la traduction et la transmission."



→ Nurith Aviv, Signer, DVD ed. Montparnasse, 20€

lundi 29 octobre 2018

Feuilletons du jour... et de la nuit


Qu'elles soient prenantes ou que l'on ait envie d'en finir, les séries vont emmènent jusque trop tard dans la nuit, du moins lorsqu'on les découvre intégralement accessibles. Le principe du feuilleton hebdomadaire a l'avantage de cultiver l'impatience incontrôlable. J'aurais alors tendance d'en regarder juste un épisode avant de projeter un long métrage, rappelant ainsi les séances d'antan. Quand j'étais petit, les cinémas proposaient toujours des actualités, et un court-métrage, fiction, documentaire ou animation, avant le film. L'entr'acte nous faisait courir acheter un La télévision n'existait pas encore. Lorsqu'elle est arrivée chez nous, longtemps louée avant que mes parents achètent un poste, le premier feuilleton dont je me souvienne est Janique Aimée en 1963. Suivit assez vite Thierry-la-Fronde, mais c'est Le prisonnier qui provoqua réellement mon intérêt pour les feuilletons que j'avais d'abord connus à la radio (Ça va bouillir, Signé Furax puis Bons baisers de partout), et par les livres (Arsène Lupin, Rouletabille...).
Je n'ai pas accroché à Maniac ni à Killing Eve, mais peut-être étais-je dans de mauvaises dispositions. La quatrième saison du Bureau des légendes m'a semblé fade et bavarde en comparaison de la précédente. J'ai enchaîné les quatre saisons de Black Sails, l'histoire des pirates à Nassau mélangeant personnages historiques (Jack Rackham, Anne Bonny, Charles Vane, Woodes Rogers, Barbe-Noire) et romanesques (Capitaine Flint, Long John Silver). Le jeu des alliances y occulte hélas trop souvent la révolte anarchiste contre la patrie anglaise. Cela m'a donné envie de revoir le mésestimé Cut Throat Island (L'île aux pirates) de Renny Harlin où Geena Davis est aussi savoureuse que dans son thriller The Long Kiss Goodnight (Au revoir à jamais), qui l'un et l'autre jouent sur le registre décalé de la comédie.


L'espagnole La casa de papel tient en haleine avec son suspense en milieu clos. Petite mécanique bien réglée à laquelle il manque une dimension sociale seulement esquissée. Dans Pose, au moins, les rapports de classe, de sexe, de "race" ne sont pas des alibis. L'univers transgenre des années 80 y est montré avec panache sans perdre de vue l'analyse critique de notre société dont les laissés-pour-compte soulignent ici les aberrations et les dysfonctionnements. La plupart des comédiennes sont de véritables transgenres. Inspirés par Paris is burning, Ryan Murphy, Brad Falchuk et Steven Canals révèlent les "maisons (houses)" où des "mamans" accueillent des jeunes transgenres qui n'avaient d'autres ressources que la rue. Le milieu underground, décimé par le Sida, trouve son exutoire dans les compétitions de mode extravagantes entre maisons. Si la série n'évite pas certains passages mélodramatiques un peu convenus, chaque épisode commence brillamment par l'un de ces défilés thématiques où s'éclatent les drag queens...

jeudi 25 octobre 2018

Home Cinéma


Comme je regarde et écoute les films chez moi plutôt qu'en salles, une amie suggérait que je ratais "l'émotion du partage en public". C'est une critique récurrente que j'essuie de temps en temps. Il est certain qu'il est agréable de rire ensemble devant un film comique, ou d'avoir peur ensemble, mais cela n'arrive pas souvent. Cette amie participe aux rencontres organisées par le Méliès à Montreuil et c'est évidemment passionnant de profiter des témoignages des auteurs qui s'y déplacent. Pourtant, franchement, je rate autant que j'engrange. J'ai vu des milliers de films en salles, j'en ai vu des milliers chez moi. Jeune homme j'ai eu la chance de côtoyer nombreux cinéastes et historiens du cinéma, ce qui m'arrive encore de temps en temps dans la sphère privée. Il y a un temps pour tout. Ma bibliothèque ciblée croule sous le poids de tant de témoignages. D'ailleurs je souhaite vendre ma collection des Cahiers de 1974 à nos jours. Je ne les ouvre plus et cela occupe tout de même deux mètres de linéaire sur mes étagères chargées à craquer.
Entre la vibration du public et le champ de recherche que j'effectue en découvrant des films méconnus, je n'hésite pas une seconde. De plus, je chronique plutôt des DVD et Blu-Ray dont les bonus sont des pépites pour l'ancien étudiant de l'Idhec que je fus. Une nouvelle chance aussi pour des films oubliés. L'âge du film n'est pas un critère de qualité. Je suis ouvert à toutes les formes depuis les films expérimentaux non narratifs aux blockbusters pour adolescents attardés en passant par les films d'auteur, l'animation, les documentaires, la musique, etc. J'ai pour ce faire accès à des sources quatre fois plus dotées que la Cinémathèque Française. Je me programme ainsi des festivals domestiques pour lesquels je projette régulièrement des intégrales. Des amis se joignent à moi régulièrement. Et puis je me souviens. Chaque salle de cinéma est associée pour moi à certains films, certaines personnes. Je me souviens de Henri Langlois qui faisait l'ouvreur, des séances à minuit au Napoléon où la salle hurlait pour se rassurer, des salles de quartier vides certains après-midi, des cinémas quand ils étaient permanents, de Sergio Leone et Shūji Terayama à Cannes en 1972, de la première fois où le public a applaudi à un film sur les Champs Élysées, de la salle en sous-sol du Ranelagh où un film nous était projeté chaque matin à 10h, des fauteuils en cuir du Club 13 auquel Claude Lelouch nous avait offert l'accès le week-end, de l'écran géant à New York où j'assistai à la première de 2001 ou des trois écrans du Cinérama avenue de Wagram, des drive-ins américains dans les années 60 quand les voitures étaient encore immenses, des salles disparues de mon enfance, de l'exotisme de La Pagode ou de l'orgue du Gaumont Palace, du cinéma de Sarajevo pendant le Siège, des 26 muets que j'ai accompagnés avec mon orchestre... Il m'arrive encore d'aller à une première comme cette semaine au Cinéma des Cinéastes ou de descendre au Cin'Hoche qui est tout près. Et puis je n'aime plus faire la queue, avoir des voisins qui chuchotent ou qui cachent les sous-titres, des papiers de bonbons, du son trop fort, etc. Alors non, je ne rate rien, du moins pas plus que quiconque assumant ses choix. Il s'agit seulement de gérer son temps en fonction de ses priorités. Je regarde/écoute en moyenne un film par jour, les séries m'entraînant aussi parfois très tard dans la nuit. Comme je dors peu, il m'en reste pour écrire, composer, rêver, lire, me promener, aimer... et regarder/écouter aussi les gens, les bestioles et les étoiles...

mardi 23 octobre 2018

Peter Bogdanovich en films et en livres


La cinéphilie est une coqueluche pérenne. On a beau croire que l'on en connaît les principales lignes directrices, on passe son temps à faire des découvertes, incroyablement évidentes pour certains ou totalement secrètes pour la plupart. Les fouilles font remonter du passé des archives dont on ignorait l'existence ou que l'on pensait perdues. Et plus le temps va, plus l'Histoire du cinéma s'étoffe, débordant la mémoire. Car il y a 50 ans le cinéma était seulement âgé de la moitié de son âge actuel. Si l'on imagine la profusion d'images depuis l'avènement du numérique, c'est un tsunami qui nous submerge !
Ainsi j'avais survolé le travail critique de Peter Bogdanovich sur John Ford ou Orson Welles sans avoir vu aucun de ses films de fiction. Or Carlotta publie d'un coup deux longs métrages et deux livres passionnants. The Last Picture Show (La dernière séance) est une perle de 1971 dont le noir et blanc réfléchit le froid de canard du Texas en hiver. Le vent et la poussière rappellent les films de Ford et Howard Hawks qu'adore Bogdanovich. La mode n'était pas encore aux films sur la jeunesse désœuvrée des petites villes de l'ouest. Le réalisateur passera six mois à choisir ses acteurs. Tant de cinéastes oublient l'importance du casting, faisant trop souvent rejouer les mêmes rôles aux mêmes acteurs. Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Timothy Bottoms, Ellen Burstyn y font pratiquement leurs débuts, Ben Johnson en personnage nostalgique renvoie aux films de Ford, Cloris Leachman y interprète génialement une desperatly housewife adultère. Tous sont époustouflants, parfaitement à leur place, fragiles. L'action se déroulant entre fin 51 et fin 52, la guerre de Corée ouvrait des perspectives de fuite à ces garçons enfermés dans leur préoccupation de grandir. Ils ne connaissaient jusque là que la salle de cinéma locale pour s'évader. Le tabou de la sexualité commence à sauter. Comme dans tous les films de Bogdanovich la mort qui rôde soulève la question du temps qui passe et des époques révolues. Ce director's cut magnifiquement restauré me donne envie d'enchaîner aussitôt avec l'autre coffret DVD, mais avant cela je profite de l'entretien avec le réalisateur...
Saint Jack, tourné en 1979, ressemble à un film de John Cassavetes, d'abord pour Ben Gazzara au jeu d'un naturel fabuleux, ensuite parce que le scénario ne justifie jamais les actes des personnages, contrairement aux réalisateurs français qui ont la fâcheuse manie de vouloir tout expliquer. Les comédiens non professionnels donnent un côté documentaire à ce thriller se passant dans le monde de la prostitution à Singapour. Gazzara nous fait accepter que les choses sont comme elles sont. Elles ont leur raison d'être, même si souvent elles nous échappent.
Jean-Baptiste Thoret, spécialiste entre autres du Nouvel Hollywood, évoque parfaitement le monde de Bogdanovich dans la préface du très beau livre Le cinéma comme élégie qui reproduit leurs conversations. Je viens seulement de commencer à les lire, mais j'ai hâte de m'y replonger, le cinéaste racontant sa passion pour le cinéma de ses aînés comme sa propre aventure. De même, dans son "roman" La mise à mort de la licorne, l'évocation de la jeune comédienne Dorothy Stratten, "playmate de l'année" de la revue Playboy en 1980, avec qui il eut une liaison passionnée et qui fut torturée et assassinée par son ex mari est écrite sur le mode d'une enquête révélant les fantasmes machistes persistants. Il fustige la révolution sexuelle commencée dans les années 50 qu'il considère comme une révolte des hommes contre les femmes sous couvert de libéralisme, d'égalité et de libération. Dans ses entretiens comme dans son récit, on retrouve la précision de ses films. Du moins, ces deux-là, mais ils m'ont donné l'irrésistible envie de voir les autres... A suivre donc !

→ Peter Bogdanovich, The Last Picture Show (La dernière séance), DVD DVD avec en bonus entretien avec Peter Bogdanovich, The Mast Picture Show, souvenirs de tournage, featurette d'époque, bande-annonce, 20,06€ / Version Luxe avec Blu-Ray en plus et memorablia (8 photos instantanées, 1 bloc-notes 50 pages, 5 cartes-postales, 1 affiche), ed. Carlotta, 28,08€
→ Peter Bogdanovich, Saint Jack (Jack le magnifique), DVD avec en bonus entretien avec Peter Bogdanovich, Souvenirs de Saint Jack par l'équipe du film, Splendeurs dormantes à l'aube sur les lieux du tournage à Singapour entre 1978 et 2016, bandes-annonces, 20,06€ / Version Luxe avec Blu-Ray en plus et memorablia (8 photos instantanées, 5 planches-contact, 5 cartes-postales, 1 affiche), ed. Carlotta, 28,08€
→ Jean-Baptiste Thoret, Le cinéma comme élégie, 256 pages avec plus de 250 photos + DVD inédit avec le film de Bill Teck One Day Since Yesterday, Peter Bogdanovich et le film perdu, GM Editions-Carlotta Films, 50€
→ Peter Bogdanovich, La mise à mort de la licorne (Dorothy Stratten, 1960-1980), livre broché, 264 pages, GM Editions-Carlotta Films, 19€
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