70 Cinéma & DVD - Jean-Jacques Birgé

Jean-Jacques Birgé

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jeudi 11 décembre 2025

La leçon de piano et les films d'Edward Yang


J'attendais d'avoir vu l'intégralité des films du coffret Edward Yang pour en parler, d'autant que l'édition Prestige de Yiyi, qui n'en fait pas partie mais qui est sortie en même temps, est déjà épuisée. Or je n'ai encore eu le temps de regarder que Confusion chez Confucius et Mahjong qui m'ont emballé. Comme j'avais déjà projeté A Brighter Summer Day (mon préféré) et Taipei Story, précédemment publiés par Carlotta comme tous les autres, et lu l'excellent livre de Jean-Michel Frodon qui lui est consacré, je commence à avoir une petite idée du style et des propos de Yang ! Si son cinéma est absolument passionnant, son regard acéré sur la société taïwanaise ne me donne pas du tout envie d'y aller (mais comme le dit François Picard qui est à Taïwan, aurais-je envie d'aller en France au vu des films de Chabrol !). L'immaturité des protagonistes y est consternante, surtout les jeunes mâles. Au travers de récits complexes qui bousculent les personnages englués dans la ville, le cynisme et la vénalité de la nouvelle bourgeoisie y sont révélés avec férocité, comme la différence de classes ou d'origines historiques...


Ainsi j'ai déserté un temps le cinéma de Yang pour revoir La leçon de piano (The Piano) de la Néo-zélandaise Jane Campion. En 1993 j'avais trouvé le film trop beau, trop esthétique. Aujourd'hui je tombe sous le charme de cette histoire d'amour où l'irrépressibilité du désir sexuel défie les usages, où la seule échappatoire de la jungle inextricable est une plage bousculée par les vagues, où le silence et la musique se substituent à la parole, où l'écart des civilisations révèlent l'arbitraire des codes. La lumière froide de Stuart Dryburgh noie les corps dans l'épaisse végétation humide. Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill et la très jeune Anna Paquin dont c'est le premier rôle (future Sookie Stackhouse de la série True Blood) y sont exceptionnels, du moindre geste au plus bref regard. Tout est magnifiquement suggéré.

→ Jane Campion, La leçon de piano, coffret Carlotta Ultra Collector - UHD + Blu-ray + Livre, 55€. En plus des bonus (dont un court métrage de 2006, Le journal de l'eau) que l'éditeur Carlotta soigne toujours, le film, qui avait obtenu la Palme d'or à Cannes, trois Oscars et nombreuses autres récompenses, est accompagné d'un livre de 200 pages de Mélanie Boissonneau, Il y a un silence : la leçon de piano de Jane Campion.
→ Edward Yang, coffret de 4 films (In Our Time, The Terrorizers, Confusion chez Confucius, Mahjong), plus d'excellents suppléments avec Jean-Michel Frodon, Thierry de Peretti, Virginie Ledoyen, Blu-Ray Carlotta 50€
→ Jean-Michel Frodon, Le cinéma d'Edward Yang, 304 pages (inclus photos), ed. Carlotta 20€

lundi 8 décembre 2025

La Légende de Baahubali


Les films de S.S. Rajamouli sont absolument incroyables, fresques grandioses adaptant les grands mythes de l'Inde. Si, une demi-douzaine d'années plus tard, RRR transposera la saga de Rāma dans les années 1920 en révolte contre le colonialisme britannique, La Légende de Baahubali (2015-2017) épouse la fantasmagorie de la grande épopée hindoue du Mahabharata en un péplum époustouflant qui mêle les films de gladiateurs, du Seigneur des anneaux, les acrobaties du cinéma chinois, les chorégraphies à grand spectacle, la musique symphonique façon Star Wars et les effets spéciaux et pyrotechniques à la sauce curry. En rénovant ses mythes fondateurs, ces films de l'Inde du sud, Tollywood parlé et chanté en langue télougoue, revendiquent clairement un nationalisme exacerbé qui hante l'Inde d'aujourd'hui. Comme tout film populaire indien, le nombre de chansons et la chute sont fixés, et le manichéisme de Rajamouli oppose deux héros, le gentil et le méchant. Produit par un producteur hindi, Baahubali rencontre un succès phénoménal dans tout le pays avec plus de cent millions d'entrées. Il est certain qu'on imagine mal les séances où les spectateurs lancent des confetti et hurlent pendant les cinq heures et demie que durent en tout les deux parties ! Si le cinéma tamoul est plus axé sur l'expérimental, le cinéma télougou est carrément commercial, le cinéma hindi se trouvant entre les deux. Les dialogues ont d'ailleurs été tournés dans les trois langues ! Baahubali ou RRR rivalisent sans problème avec les films d'action américains auxquels ils rendent hommage tout en conservant les spécificités du cinéma populaire local. On en prend plein les yeux et les oreilles, fascinés par un voyage onirique qui fait abstraction de tout réalisme tout en s'appuyant sur une réalité ancestrale.


Remasterisée et remontée par le réalisateur, j'imagine que cette nouvelle version, un peu plus courte que l'originale, vise un public international qui devrait tomber sous le charme de cette saga pas plus naïve que les contes de notre enfance ou les blockbusters américains dont la cible a quinze ans d'âge culturel.

→ S.S. Rajamouli, La Légende de Baahubali, Édition Prestige Limitée Blu-ray + Memorabilia Carlotta, 45€

lundi 27 octobre 2025

Le Locataire de Roman Polanski


Contrairement à ce qui était annoncé, Le locataire est un film comique, du moins jusqu'à ce que la folie prenne le dessus. C'est son côté kafkaïen. Max Brod raconte qu’en lisant des passages du Procès à ses proches, Kafka, perché sur un tabouret, riait aux larmes. Logique aussi lorsqu'on connaît l'humour, certes noir, de Roland Topor qui avait écrit le livre d'où est tiré le scénario. Dernier volet de sa « Trilogie des appartements maudits », après Répulsion et Rosemary’s Baby, le film de Roman Polanski traite évidemment de la folie, celle d'une schizophrénie paranoïaque.
Longtemps mésestimé pour des raisons absurdes, boudé à Cannes en 1976, Le locataire est un film à découvrir. Les comédiens sont excellents, que ce soient les Américains (Mervyn Leroy, Shelly Winters, Jo Van Fleet...) qui incarnent les habitants (il y a aussi Claude Piéplu, Florence Blot...) de l'immeuble construit méticuleusement au Studio d'Épinay ou les Français qui évoluent dans les décors réels de Paris (Bernard Fresson, Jacques Monod, Romain Bouteille, Rufus, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Michel Blanc, Bernard-Pierre Donnadieu, Claude Dauphin.... ) dont la rudesse réputée des Parisiens est inénarrable. Le rôle tenu par Isabelle Adjani est aussi épisodique que tous les autres, sauf Polanski dans le rôle titre. Le film est connu pour avoir été le premier à utiliser une Louma, caméra sur grue commandée à distance, et pour le plan où la perspective est inversée grâce à la construction du décor. La lumière du chef opérateur Sven Nykvist qui a œuvré sur presque tous les Bergman, la musique très réussie de Philippe Sarde, la précision de Polanski participent au cauchemar du locataire. La chute est également mémorable, mais je ne veux pas divulgâcher le film.
Les suppléments sont comme d'habitude passionnants : entretien récent avec le réalisateur, avec François Catonné qui n'était alors qu'assistant-opérateur, avec la scripte Sylvette Baudrot, avec Topor et le coscénariste du film Gérard Brach, etc. Le coffret Prestige ajoute de nombreux memorabilia (fac-similé du dossier de presse avec toutes les bios, photos, marque-page, affiche) qui raviront les fétichistes et qui constituent toujours de beaux cadeaux quand Noël approche

→ Roman Polanski, Le Locataire, ed. Carlotta Blu-Ray 20€ / 4K UHD 25€ / Édition Prestige Limitée Blu-ray 4K Ultra HD inclus Blu-ray et Memorabilia 34,99€

mardi 21 octobre 2025

Hong Kong 1941 de Po-chih Leong


N'étant pas particulièrement fan de kung-fu ou de pochades graveleuses, j'y vais parfois à reculons avec le cinéma chinois lorsqu'il s'agit de films d'action ou de comédies burlesques. Comme j'essaie de tout voir en mettant mes préjugés de côté, j'ai regardé Hong Kong 1941, un film de Po-chih Leong, réalisateur, né en 1939, qui a abordé un peu tous les genres (drame, action, comédie, épouvante, satire, documentaire, etc.) et méconnu en France si on le compare à ses camarades Ann Hui, Tsui Hark ou John Woo qui ont marqué la Nouvelle vague hongkongaise. Ce n'est pas un hasard si Po-chih Leong mélange les genres, comme cela se pratique souvent en Chine, car il est en fait britannique, certes de parents originaires de Taishan, mais de plus marié à une anglaise, ce qui ne plut d'ailleurs à aucune des deux familles !
En 1967 il part pour Hong-Kong encore sous domination britannique. Or son film, qui se passe en 1941 au moment de l'invasion japonaise juste après Pearl Harbour, sort en 1984, date où Margaret Thatcher annonce justement sa rétrocession à la Chine qui adviendra définitivement en 1997. L'analogie est claire. La même année que le film de Po-chih Leong, sur la même toile de fond historique, Ann Hui vient de réaliser Love in a Fallen City avec également l'acteur charismatique Chow Yun-fat, l'un des trois rôles de Hong Kong 1941 avec les tout aussi irrésistibles Cecilia Yip et Alex Man. Commencé comme une comédie avec un trio d'amis où les deux garçons aiment la même jeune fille, le film devient une évocation de la guerre sino-japonaise où s'opposent collaborateurs et résistants. Si certaines scènes peuvent paraître brutales, l'ensemble garde un parfum de comédie d'aventure qui m'a fait penser à un mélange entre Jules et Jim et Viva Maria ! La mise en scène est enlevée et les autres acteurs sont aussi excellents (Wu Ma, Shih Kien, Paul Chun, Ku Feng, etc.). Ce genre de Blu-Ray, comme le pratique souvent l'éditeur Carlotta, est particulièrement intéressant par ses bonus, des entretiens récents avec Po-chih Leong ou l'historien Tony Rains, et d'autres plus anciens avec des comédiens du film. Cela permet de comprendre les conditions et les méthodes de filmer, de replonger l'intrigue et le tournage dans les conditions historiques, de mieux comprendre une culture éloignée de la nôtre.

→ Po-chih Leong, Hong Kong 1941, Blu-Ray Carlotta, 20€

mardi 7 octobre 2025

Ken Jacobs a passé la caméra à gauche


Ken Jacobs, dont le film expérimental Tom, Tom, The Piper's Son (1969) m'avait tant marqué pour son processus analytique dans une perspective de création, a passé la caméra à gauche à 92 ans.
En 2006 j'écrivis :
J'avais découvert Ken Jacobs en 1976 au CNAC rue Berryer avec Tom Tom The Piper's Son, film muet en noir et blanc de près de deux heures réalisé en 69-71 et édité en VHS par Re:Voir avec un livre bilingue de 214 pages, hors série d'Exploding. Tom Tom présente d'abord un petit film de dix minutes, poursuite burlesque tournée à Hollywood en 1905 par un futur technicien de D.W. Griffith, mais Jacobs recadre ensuite le film dans le détail allant jusqu'au grain de la pellicule. Il joue d'effets de cache et offre une des plus extraordinaires anlyses de film de l'histoire du cinéma. À la fin, le cinéaste montre à nouveau le petit film tel la première fois. Sa vision en est transformée, ce n'est plus le même film !

lundi 6 octobre 2025

Présentation de 200 Motels à Lille mercredi soir


J'avais été un fan, me voilà propulsé conférencier ! La découverte des Mothers of Invention à l'été 68 lors de mon voyage initiatique aux États-Unis me donna l'envie de faire de la musique. Frank Zappa était devenu mon nouveau gourou. J'avais 15 ans. Après le concert de l'Olympia quelques mois plus tard, j'enjambai les barrières du Festival d'Amougies pour l'abreuver de questions et enregistrai sa participation aux groupes avec lesquels il improvisa. Je lui donnerai ensuite un coup de main au Festival de Biot-Valbonne et le retrouverai au Gaumont-Palace cette fois avec les Mothers et de nouveau Jean-Luc Ponty. Zappa n'avait pas la réputation d'être facile d'accès, mais ma jeunesse enthousiaste avait raison des résistances de tous les musiciens que je rencontrais, sauf Captain Beefheart qui me traversa comme un ectoplasme et sans que je comprenne comment il avait réussi à m'éviter. Je possède l'intégralité de la discographie (augmentée) de Zappa, les films de lui ou sur lui, les livres qui le concernent, etc., même si la période qui suivit m'intéresse moins, mais je m'y replongeai avec délectation à la fin de sa vie. Je traçai donc mon propre chemin, en particulier grâce aux pistes qu'il avait suggérées dès Freak Out !, son premier album. Rares étaient les camarades qui partageaient mon engouement pour cette musique "de fous". Avec le temps, Zappa a acquis ses lettres de noblesse, et dans certains pays il est carrément adulé. En tant que compositeur, je n'ai jamais tenté de l'imiter, mais je suis resté fasciné par l'originalité de son œuvre, fut-elle influencée par Varèse, Stravinski, Webern, Bartók, le blues, le doo-wop, le jazz, le rock, et tutti quanti. Si j'étais épaté par son travail d'arrangeur et la complexité rythmique, j'avais du mal avec le côté potache des paroles qui correspondent à mon avis au niveau intellectuel de la plupart des ados américains. Par contre, en France on connaît mal ses implications politiques qui l'occupèrent dans son pays, contre la censure ou pour inciter les jeunes à voter. En 1993, j'ai failli réussir à tourner une émission de télévision avec lui, mais "La 7 sur la 2" répondit la phrase célèbre qu'il inscrit sur nombreuses de ses pochettes : "no commercial potential". Quoi qu'il en soit Frank Zappa représente ma référence absolue, avec Charles Ives, Edgard Varèse et John Cage (que j'eus la chance de rencontrer également).


Ayant souvent chroniqué les livres qui lui sont consacrés, et certaines rééditions augmentées de nombreux inédits, je suis resté malgré tout un spécialiste de son œuvre. Mes articles récents sur le livre de sa fille Moon Unit et il y a quelques semaines celui de Pauline Butcher, sa secrétaire particulière de 1968 à 1971, ont donné l'idée aux organisateurs du Festival Muzzix & Associés de m'inviter à Lille pour présenter son film 200 Motels au cinéma L'Univers mercredi soir 8 octobre à 20h. Pour me rafraîchir la mémoire j'ai revu le film ainsi que The True Story of Frank Zappa's 200 Motels que Zappa sortit en 1987 et des entretiens, j'ai repris le somptueux coffret de 6 CD publié en 2021, relu les passages des livres de Christophe Delbrouck et Guy Darol qui s'y connaissent certainement mieux que moi, et de Zappa lui-même. Je suis d'une part très honoré de cette invitation et d'autre part passionné par 200 Motels qui représente à mes yeux et mes oreilles l'apothéose de la première partie de son œuvre.

La seconde illustration est une petite pépite découverte au hasard de ma cinéphilie, l’affiche de 200 Motels dans une séquence de Un pigeon mort dans Beethovenstrasse (Tote Taube in der Beethovenstrasse) de Samuel Fuller en 1972, l’année suivant la sortie du film de Zappa et Tony Palmer. Et il se trouve que je suis aussi un fan des films de Fuller !

vendredi 19 septembre 2025

Café Flesh et Dr Caligari


J'ignorais tout du cinéma de l'Américain Stephen Sayadian lorsque j'ai lancé Café Flesh, son film tourné en 1980. Sur la jaquette du DVD, Carlotta annonce un "véritable OVNI cinématographique orchestrant une orgie aussi délirante que jouissive entre les performances ritualisées du Cabaret de Bob Fosse et l’humour subversif d’un John Waters ou l’univers troublant et capiteux de David Lynch". Il aurait même suscité l’enthousiasme de Frank Zappa à Hunter S. Thompson et Bertrand Mandico, de quoi exciter ma curiosité. J'assistai donc médusé à la projection d'un film explicitement pornographique, d'une époque où le X avait déjà été promulgué en France depuis cinq ans. En 1975 Jean-Luc Godard avait d'ailleurs regretté qu'il n'y aurait plus dorénavant que des films qui se passeraient au-dessus ou en dessous de la ceinture, ce qui condamnerait le genre à glisser lamentablement vers le gonzo et la banalité la plus trash pour des raisons économiques. Les films pornos avec scénario avaient connu leurs heures de gloire avec Derrière la porte verte, Le sexe qui parle, Deep Throat, The Devil in Miss Jones, les Vixen et autres films qui figuraient dans l'enfer VHS de mon père !
L'argument de science-fiction dystopique de Café Flesh donne tout son piment à la chose : "Après l'apocalypse nucléaire, l'humanité est partagée en deux groupes : les « positifs » qui ont conservé la faculté de faire l'amour et la grande majorité des « négatifs » qui sont devenus impuissants. Pour accéder à un succédané de plaisir, ces derniers n'ont plus d'alternative que de regarder les « positifs » se donner en spectacle sur des scènes de théâtre telles que celle du Café Flesh." Les situations incroyables, comme il en existait probablement dans les spectacles érotiques de la capitale (j'ignore si c'est toujours en vigueur) faisant la promotion dans Pariscope, par exemple, d'un couple faisant l'amour dans un filet au-dessus du public, sont quasiment surréalistes avec un humour décapant que le maître de cérémonie remarquablement interprété par Andy Nichols (Max Mélodramatique) excite avec cruauté. C'est drôle, cru et évidemment totalement kitsch. De quoi me donner envie de regarder l'autre film de Sayadian que sort en même temps Carlotta, Dr Caligari (1989), présenté comme un "film d'horreur érotique d'avant-garde".


Ces qualificatifs promotionnels me semblent là aussi à côté de la plaque. Dr Caligari (1989) est plutôt une pochade psychédélique dont les dialogues de Jerry Stahl ressemblent aux chansons graveleuses de Frank Zappa seconde période des Mothers of Invention (1970-72 avec Mark Volman & Howard Kaylan, cf. son film 200 Motels). Rien d'étonnant à ce qu'il encense ce drôle de truc ! La référence au film culte de Robert Wiene est évidemment un prétexte. Les décors pop et la musique de Mitchell Froom participent au délire d'un asile psychiatrique décalé, petit théâtre de la cruauté dont les personnages sont stylisés. Il faut être très perché pour y ressentir le moindre érotisme ou les frissons d'un film d'épouvante. On est plus proche d'élucubrations psychotropiques.



→ Stephen Sayadian, Café Flesh, édition Prestige Limitée UHD + Blu-ray + Memorabilia Carlotta, 35€ (avec denombreux entretiens sur le disque, plus un petit livre de 40 pages écrit par Lelo Jimmy Batista, un livret collectif exclusif de 44 pages, un jeu de 8 lobby cards, une planche de 7 autocollants et l'affiche, soit de quoi ravir tous les fétichistes !)
→ Stephen Sayadian, Dr Caligari, 4K UHD ou Blu-Ray Carlotta, 25€, avec toujours autant d'entretiens passionnants en suppléments


P.S.: La même semaine, en cherchant un film mis en musique par Pauline Oliveros (accordéon et jazzo-flûtes !), je tombe par hasard sur The Sluts and Goddesses Video Workshop – Or How To Be A Sex Goddess in 101 Easy Steps d'Annie Sprinkle et Maria Beatty. Décidément, ma cinéphilie est bien lacunaire, et j'en suis comme deux ronds de flan en regardant ce brûlot féministe, aussi trash que Café Flesh, expliquant comment jouir entre filles avec un humour décapant et des effets vidéo kitchissimes encore en vogue en 1989/90.

mercredi 18 juin 2025

À cause d'un assassinat (The Parallax View)


"En retard, en retard, en retard..." répète le lapin d'Alice. Dans Muriel d'Alain Resnais, un de mes films préférés, Ernest (Jean Champion) fredonne : Y a aussi le temps qui file, c' qu'il est pressé, c'est insensé ; doucement, doucement, Monsieur le Temps, vite, ralentissez au tournant ; hier, je n'étais qu'un enfant et déjà j'ai des cheveux blancs...". Ne me parlez pas de la retraite, ce n'est qu'un statut, pas une réalité, du moins pour moi, comme jadis l'intermittence n'était qu'un statut, je travaille toujours autant, rien à voir avec les dividendes. Hier j'enregistrais Claire Marchal et Raphaël Godeau, demain mixage, on en reparlera. Mais ce sont les mille et une choses qui s'amoncellent, m'absorbent et m'avalent. Le soir je sors au concert, je regarde un film à la maison ou je vois des amis, histoire de me déconnecter absolument.
Ainsi il y a quelques jours j'ai revu un film d'Alan J. Pakula sorti en 1974, À cause d'un assassinat (The Parallax View), dans une magnifique version restaurée et agrémentée d'une superbe présentation comme Carlotta aime toujours en proposer, suppléments passionnants, livre de 160 pages, graphisme magnifique, etcétéra. Le rappel de la paranoïa des années 70 colle hélas parfaitement avec les manipulations politiques et médiatiques qui ne font que s'amplifier, d'une part à cause du contexte actuel où la dictature n'est même plus une tentation, d'autre part pour des raisons techniques. Pascal est justement passé avec un livre de Daniel Schneidermann intitulé Berlin, 1933 qui fait terriblement penser à l'époque actuelle, en particulier le rôle de la presse internationale face au génocide en cours à Gaza. C'est même pire aujourd'hui, car s'ajoutent la télévision et la bombe atomique. En 1974 on aurait classé le film de Pakula en politique-fiction, mais c'est devenu bien réel cinquante ans plus tard. Des sociétés privées règlent les affaires sales des prétendues démocraties. Les assassinats des frères Kennedy ont évidemment servi de modèles, mais le réalisateur ne nomme personne, s'attachant simplement au mécanisme incontournable du complot.
Warren Beatty, qui joue le rôle du journaliste investigateur, passera plus tard à la réalisation de deux films américains majeurs qu'on appelait engagés, Reds et Bulworth. Quant à Pakula il signera deux ans plus tard Les hommes du président (All the President's Men) sur le scandale du Watergate. La France n'est pas en reste, le colonialisme et l'ingérence ont généré plus d'un assassinat de président, de Sankara à Khadafi, et les manipulations médiatiques sont aussi efficaces qu'ailleurs, les fake news étant avant tout l'œuvre des états et de leurs services de renseignements et de communication. Sans culture et sans compréhension des enjeux économiques, l'Intelligence Artificielle nous fera avaler n'importe quoi sous couvert de guerre de religion ou de leçon de savoir vivre. Et les populations d'en crever.
À cause d'un assassinat est aussi un excellent thriller qui tient en haleine, superbement interprété et éclairé.

mercredi 7 mai 2025

Sept psychopathes et un bipolaire


Deux films qui m'avaient plu, mais que j'avais oublié depuis cet article du 30 janvier 2013 !...

Il était une fois... Un thriller hors du commun où le scénario mêle la fiction avec la fiction, celui du film s'écrivant au jour le jour sans que l'on sache ce qui est de l'ordre de l'imagination ou pas. Brouiller les cartes, ici de saignants valets de carreau, permet à l'histoire tordue de se construire et au spectateur de s'amuser de cette farce abracadabrante et hilarante contée par le réalisateur de In Bruges (Bons baisers de Bruges), film qui nous avait déjà surpris par son ton original et insolent. 7 psychopathes, le second long métrage de Martin McDonagh possède un humour noir british encore plus décapant que le précédent. Son architecture, sorte de film dans le film à la sauce peyotl et fausse mise en abîme, est un modèle du genre. De plus, la distribution permet de savourer cette fois le jeu ébouriffant de Colin Farrell (déjà excellent dans In Bruges), Sam Rockwell, Woody Harrelson, Tom Waits, Harry Dean Stanton et, last but not least, le "danseur" Christopher Walken. L'un des meilleurs films de ce début 2013 !


N'en restons pas là, lorsque sortent des films vraiment réjouissants qui nous réconcilient avec le cinéma quand la presse tant spécialisée que généraliste continue de se gargariser avec les pan-pan-boum-boum de Tarantino, Bigelow, Affleck, les exercices de nostalgie moderne de Ferrara, Gomes et consorts, ou le verbeux et laborieux Lincoln... On devait à David O. Russell un film dont l'affiche nous avait fuir, mais dont les dialogues et la réalisation nous avait épatés, Three Kings (Les rois du désert), chasse au trésor en pleine guerre d'Irak avec Clooney, Jonze, Wahlberg et Ice Cube. Le revoici avec une nouvelle comédie dramatique, Happiness Therapy, parfois présentée sous le titre Silver Linings Playbook. Histoire de fous également, mettant en scène un prof dont la bipolarité a fait tout perdre, mais qu'une rencontre va transformer. Si Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert De Niro et toute la distribution sont là encore remarquables, c'est au montage que l'on peut immédiatement repérer les films qui sortent de l'ordinaire. La succession des plans n'y illustre pas la progression du scénario, mais crée des émotions, leur rythme s'appuyant sur les ellipses générées par les coupes. Si les conventions musicales ne viennent pas tout saccager on a des chances de tomber sur l'oiseau rare... À l'opposé, de belles images font rarement un bon film, même si cela ne gâche pas le reste ! Happiness Therapy réussit à montrer avec beaucoup d'humour la folie ordinaire, là où la plupart des cinéastes tracent une ligne caricaturale entre les souffrants et les bien portants. Le happy end attendu n'est hélas pas du niveau de la première heure [...].

mercredi 30 avril 2025

La Passion selon Béatrice


Je ne m'y attendais pas, n'étant ni spécialement fan de Béatrice Dalle ni amateur de ce genre de documentaire, mais je regarde tout, du moins j'essaie, la quantité de disques et de films à écouter et regarder ne doit pas m'empêcher de travailler à mes propres œuvres. Fabrice du Welz, dépité de ne pouvoir réaliser un film de fiction avec la comédienne faute de budget conséquent, transforme son projet en un documentaire où elle marche sur les traces de son héros, Pier Paolo Pasolini. Le noir et blanc, les effets de pellicule propres au cinéma d'avant-garde, les longs plans sur le visage en larmes de Béatrice Dalle, le choix de ne pas sous-titrer les intervenants parlant anglais ou italien, mais d'en laisser le soin à Clément Roussier qui traduit au fur et à mesure à l'image, les extraits de films, en font un objet extraordinairement poétique et probablement l'un des plus beaux films sur le cinéaste assassiné. Radicalement différent, je le mettrai sur un pied d'égalité avec Pasolini l'enragé qu'avait tourné Jean-André Fieschi en 1966 pour la série Cinéastes de notre temps où Pasolini s'exprime en français. Soixante ans plus tard, Fabrice du Welz accompagne Béatrice Dalle sur les traces de L'Évangile selon saint Matthieu, à la rencontre des lieux, Bologne, Venise, Matera, Ginosa, Ostia, et de personnes qui ont connu Pasolini, un restaurateur, le gardien d'une ville désertée ou Abel Ferrara. Au travers du portrait de la comédienne, trash et sans fioriture, nature et pleine d'humour, La Passion selon Béatrice dessine celui du cinéaste martyr, insufflant un sens du sacré qui me surprend.


Dans les bonus, dont l'éditeur Carlotta est toujours maître, Fabrice du Welz donne quelques clefs de ce mystère, plus un long podcast exalté consacré à Pasolini en compagnie de l'historien du cinéma Fathi Beddiar et Béatrice Dalle. Il y a aussi la bande-annonce, mais il faut se méfier de bandes-annonces, comme des critiques !

→ Fabrice du Welz, La Passion selon Béatrice, Blu-Ray Carlotta, sortie le 6 mai 2025

mardi 15 avril 2025

Le cinquième plan de La Jetée de Dominique Cabrera


En réalisant Le cinquième plan de La Jetée Dominique Cabrera signe un film réellement markerien. Le réel n'est pourtant pas ce qui a jamais passionné Chris Marker ou s'il s'appuie dessus c'est toujours pour le projeter dans une dimension poétique où le faux-semblant lui donne sa véritable dimension documentaire. Marker est un transpositeur, un illusionniste qui révèle ses tours de passe-passe sans baisser le masque. On sait bien que lors de la projection de son film le plus célèbre, La jetée, filmé en 1962, de nombreux spectateurs ne s'aperçoivent pas que c'est un montage de vues fixes, à un plan près. Cette science-fiction dystopique, qui joue sur le temps et la mémoire, est emblématique de tout son cinéma. Le faisceau d'accidents que certains appelleraient des coïncidences a touché Dominique Cabrera, comme un effet de contagion féérique. La phrase de Marker « Le hasard a des intuitions qu’il ne faut pas prendre pour des coïncidences » a contaminé Cabrera lorsqu'elle apprend que son cousin se reconnaît enfant dans le cinquième plan de La jetée alors qu'il est allé voir le film avec sa fille à la Cinémathèque. La réalisatrice enquête. Cette année-là, une année fatale pour la famille Cabrera, le jeune Jean-Henri accompagne souvent ses parents le dimanche à Orly pour tenter de reconnaître d'autres pieds noirs débarquant d'une Algérie qui vient de conquérir son indépendance.


Cabrera jongle entre la mémoire du film de Marker et les souvenirs de sa propre famille, construisant un écheveau étonnant, chaîne et trame, où le passé est construit par le futur. Elle fouille, fait rejouer la scène, interroge les témoins des deux histoires, le tournage de Marker qu'elle a croisé dans les locaux de la société de production Iskra et l'histoire douloureuse des rapatriés qu'elle avait abordée dès 1996 avec L’Autre Côté de la mer. Quatre ans plus tôt j'avais composé la musique de son Chroniques d'une banlieue ordinaire dont on retrouve la mélodie dans son court métrage Traverser le jardin. Le cinquième plan de La jetée est à la fois une fiction et un documentaire, un thriller et une comédie dramatique, le reflet de plusieurs époques qui se télescopent tandis qu'elle déroule son fil d'Ariane.

→ Dominique Cabrera, Le cinquième plan de La Jetée, en accès libre sur Arte.tv

mercredi 26 mars 2025

Full River Red de Zhang Yimou


Oubliant mon article du 2 mai 2023, je revois Full River Red du Chinois Zhang Yimou, grâce au nouveau master HD distribué par Carlotta. J'aurais pu espérer mieux comprendre l'intrigue à l'image du labyrinthe qui ponctue le film comme des têtes de chapitre, mais les références historiques, politiques et poétiques me manquent. Si certains de mes lecteurs ou lectrices sont à la fois cinéphiles et sinophones, j'aimerais savoir ce que clament les raps hystériques géniaux qui accompagnent les courses dans les couloirs labyrinthiques, et dont les sous-titres sont étrangement absents. Ont-ils à voir avec le poème final, connu de tous les Chinois ? La diction théâtrale soulignée par les percussions, le scénario avec meurtres en cascade, le rythme général entretiennent pourtant un mystère engendré par la musique d'une langue inconnue dont on ne saisit que le ton sans en comprendre les ramifications. La partition sonore reste néanmoins ce qui m'a le plus plu, encore cette fois.

Zhang Yimou enfonce le clou


J'ai beau avoir tenu les 2h38 du nouveau film de Zhang Yimou et lu ensuite plusieurs résumés je n'ai pas compris grand chose à ce labyrinthe de trahisons à tiroirs. Mais peut-être me manque-t-il les connaissances historiques ? Comme pour Everything Everywhere All at Once dont Sonia me dit qu'il est truffé de références au Bouddhisme qui rendent le film particulièrement drôle, ce qui m'échappe. Full River Red est une sorte de peplum chinois dont la majorité des scènes sont plutôt intimistes, sorte de thriller humoristique à l'ère de la dynastie des Song du sud (1127–1279). L'intrigue se passe quatre ans après la mort du général Yue Fei, suite à la trahison du premier ministre Qin Hui qui ne semble pas en être resté là. Ce n'est donc pas ce qui m'a le plus intéressé dans ce flux un peu indigeste et répétitif, pas plus que la propagande sous-jacente concernant Taïwan, sujet épineux et bombe à retardement, mais l'utilisation du son dans certaines scènes. Le film se termine explicitement sur le célèbre poème Man Jiang Hong souvent attribué au général Yue Fei : « Ce n’est qu’en récupérant les territoires perdus que nous répondrons à la demande du peuple ». Effet plaqué, mais résumant bien le film qui évoque essentiellement la loyauté et la trahison.


L'utilisation des instruments de percussion de l'orchestre traditionnel chinois m'a par contre énormément plu, voire m'a donné des idées ou les a confortées. Ils soulignent ou remplacent des bruitages au point de composer une sorte de musique varésienne aux timbres riches et variés. Les intermèdes récurrents accompagnant les déambulations dans le corridor extérieur sont particulièrement épatants, un rap chinois hystérique hurlé dans une haute tessiture, soutenu par les percussions, une basse électrique et, de temps en temps, des instruments traditionnels à cordes. En dehors de cela, malgré son immense succès en Chine, il ne me semble pas que ce soit le meilleur film du réalisateur des films à grand spectacle que sont Épouses et concubines, Hero ou Le secret des poignards volants...

Full River Red, Blu-Ray Carlotta, sortie le 1er avril 2025

lundi 24 mars 2025

D'actualité, Canadian Bacon de Michael Moore


Face aux pires absurdités et aux criminels contre l'humanité qui se reproduisent comme des gremlins, l'humour reste un rempart contre la peur qu'ils inspirent à la majorité. Le dictateur de Charles Chaplin ou To Be or Not To Be d'Ernst Lubitsch en sont d'excellents exemples. Par contre, les films à message m'ennuient, ne convaincant que celles et ceux qui veulent être convaincus. Il n'est pas toujours indispensable de comprendre la folie de ceux qui dirigent le monde. L'arrogance et le sentiment d'impunité les perdent le plus souvent, mais ils font hélas des millions de morts entre temps. On peut toujours espérer survivre à Trump, Musk, Poutine, Nétanyahou, el-Hassad, etc., même si cette satisfaction est bien vaine puisque tout le monde finit dans le trou. En regardant Canadian Bacon on appréciera la perspicacité de Michael Moore quant à son analyse critique de la politique étatsunienne. On peut pourtant penser qu'il était loin d'imaginer en 1995 que trente ans plus tard un président américain prônerait l'annexion de son voisin canadien. C'est un peu comme pour Woody Allen, ses premiers films sont les plus réussis, leurs systèmes perdant progressivement la fraîcheur de leurs jeunes années rebelles. Le futur réalisateur de Bowling For Columbine et Fahrenheit 9/11 n'avait encore commis que Roger and Me qui inspirera d'aiileurs le Merci Patron ! de François Ruffin.


Cela n'a absolument rien à voir, mais j'ai pensé au 49e Parallèle, le film de Michael Powell, et à Passeport pour Pimlico de Henry Cornelius, association d'idées que peut-être quelques cinéphiles comprendront. En tout cas, j'ai bien ri devant cette comédie satirique, rire jaune évidemment, comme avec Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Si l'un de ces grands paranoïaques avaient l'idée ou la maladresse d'appuyer sur le bouton, espérons qu'il mouillera son doigt juste avant pour constater d'où vient le vent. Quant au bacon, ce n'est en effet pas tout à fait le même de chaque côté de la frontière, et le terme énerve certains nationalistes étatsuniens quand vient la comparaison.

mardi 18 mars 2025

Les garçons de la bande


Il fallait être gonflé pour réaliser en 1970 un film sans tabou sur le milieu homosexuel à New York. Adapté d'une pièce de Broadway au succès imprévisible, Les garçons de la bande (Boys in the band) reprend la distribution de la pièce dont les comédiens sont tous exceptionnels. Produit par son auteur Mart Crowley, le film est un tour de force cinématographique pour le jeune William Friedkin qui tournera French Connection l'année suivante. Mise à part l'introduction présentant rapidement chaque personnage dans les rues de l'Upper East Side et que l'on ne résistera pas à revoir dès la projection terminée, l'action se passe en temps réel dans l'appartement d'un des neuf garçons. Le découpage est à la hauteur des dialogues ciselés et de la qualité de l'interprétation. Une merveille !
Si les personnages pourraient être les mêmes aujourd'hui, les conditions sociales ont changé depuis quarante ans. Il faut imaginer ce que cela signifiait d'être homosexuel en 1967, date où la pièce fut écrite par Crowley. Si cette sortie en DVD [aujourd'hui épuisé] par Carlotta [tombait] au moment du débat sur le mariage pour tous et toutes, les réactions de l'époque étaient autrement plus brutales, au mieux une incompréhension totale. La sexualité des garçons passe au-dessus des clivages religieux, sociaux ou raciaux. Encore que sur ce dernier point le rappel à l'ordre sera particulièrement douloureux. Commencé comme une comédie exubérante, le film glisse doucement vers le drame psychologique, les visages fondant sous la chaleur de l'orage. La critique sentimentale dépasse largement l'inclination sexuelle des boys, même si on a rarement déployé au cinéma autant d'intelligence et de sensibilité sur le sujet. Le film n'a pas toujours été bien perçu, accusé d'Uncle Tomisme ou de stéréotype par les uns, de perversion par les autres. Sa découverte est aujourd'hui époustoufante. Ce film du réalisateur de Killer Joe est un chef d'œuvre qui ravira les amateurs de comédie, queer ou pas.

Depuis cet article du 13 février 2013 j'ai revu ou découvert tous les films de Friedkin, dont Sorcerer, Cruising, To live and die in L.A., Killer Joe figurent parmi mes préférés...

mardi 4 mars 2025

Interrogations cinéphiliques


Je me demande ce que les jurys des festivals ont dans la tête lorsqu'ils accordent la Palme d'or à Anora de Sean Baker ou quatre Oscars, le Lion d'argent, plus quelques BAFTA et Golden Globes à The Brutalist de Brady Corbet. On peut comprendre l'enthousiasme pour Emilia Perez de Jacques Audiard sans le partager pour autant, ou s'emballer pour Miséricorde d'Alain Guiraudie, scandaleusement oublié des Césars, L'histoire de Souleymane de Boris Lojkine ou Le roman de Jim des frères Larrieu dont la tendre interprétation de Karim Leklou lui évite de sombrer dans le mélo, mais là ? Le film de Guiraudie met bien une heure à poser le décor avant de déjanter sévèrement, c'est nécessaire, avec un humour quasi buñuélien et une élégante propension aux suggestions. Celui de Lojkine est franchement déprimant, entretenant une tension permanente, parce que son sujet l'exige. Celui des Larrieu tient du feel good movie alors que le sujet pourrait être tout aussi déprimant. Mais l'hystérie répétitive d'Anora est d'un ennui pervers, si l'on se fiche du cynisme des riches oligarques russes et de l'arrogance imbécile du fric fêtard.
Quant à The Brutalist, on peut espérer le meilleur quand ça commence, mais après l'entr'acte on se rend compte que le comédien principal a un jeu tristement monotone, que les autres personnages ne sont absolument pas fouillés, que rien n'est développé, ni justifié ; plus on avance, plus son scénario est bâclé, avec des ellipses ridicules ou absconses. Dans la première partie, j'avais bien saisi les allusions au sublime The Foutainhead (Le rebelle) de King Vidor (un architecte visionnaire incompris et trahi, s'étant retrouvé manœuvre sur un chantier, construit un mausolée), mais à quoi servent les scènes de drogue, la séquence à Carrare, les paysages touristiques, le mutisme de la nièce qui retrouve la parole, son compagnon sorti d'un chapeau, la disparition énigmatique du milliardaire qui n'est pas celle de Louis II de Bavière, la révélation qui tombe comme un cheveu sur la soupe, quid du brutalisme, etc. Les références sont autant de croche-pieds qui font chuter Corbet et si tout le film n'est qu'une métaphore du camp de concentration, c'est tout aussi raté et on en prend pour 3h35. Et une grande partie de la critique de se gargariser. Mama mia.
Il est certain que j'ai regardé pas mal de daubes ces derniers temps. J'ai même eu du plaisir à The Gorge de Scott Derrickson, SF gore avec des monstres très réussis. J'ai aussi ri au charmant Un p'tit truc en plus d'Artus, on en a besoin de temps en temps. A Complete Unknown (Un parfait inconnu) de James Mangold (surtout le début avec Dylan, Seeger et Guthrie, très émouvant) ou The Room Next Door (La chambre d'à côté) de Pedro Almodovar furent de bonnes surprises, parce que les biopics sont rarement réussis (catastrophique Maria, encore une fois malgré les encensoirs) et que les meilleurs films d'Almodovar datent d'il y a longtemps. Ces films tiennent évidemment sur la qualité de l'interprétation. Bird d'Andrea Arnold est chouette aussi. Donc Miséricorde, Le roman de Jim, L'histoire de Souleymane, oui. Probablement pas encore vu ceux qui ne sont pas listés dans ce compte-rendu un peu foutraque ou bien je les ai déjà oubliés !

mercredi 12 février 2025

Soundtrack to a coup d'état


Le documentaire Soundtrack to a Coup d'Etat du cinéaste belge Johan Grimonprez accumule les prix internationaux à la taille de sa distribution : d'un côté les jazzmen & women Louis Armstrong, Dizzy Gillespie, Abbey Lincoln, Max Roach, Nina Simone, Miriam Makeba, John Coltrane, Duke Ellington, Melba Liston, Eric Dolphy, Charles Mingus, Thelonious Monk, Ornette Coleman, les musiciens et musicienne de rumba africaine Grand Kallé, Rock-a-Mambo, Docteur Nico, Grand Kallé, Marie Daulne "Zap Mama", de l'autre Patrice Lumumba, Nikita Khrouchtchev, Fidel Castro, Malcolm X, Allen Dulles (directeur de la CIA de 1953 à 1961), John F. Dulles (secrétaire d’état américain de 1953 à 1959), Willis Connover (La Voix de l'Amérique), Dag Hammarskjöld (secrétaire général de l’ONU), le peintre René Magritte, le chanteur belge Eddy Wally, l'activiste Andrée Blouin, l'écrivain kino-congolais In Koli Jean Bofane, le diplomate irlandais Conor Cruise O'Brien, etc. Le film est de la trempe de ceux d'Adam Curtis (pour le montage, la musique et ses archives incroyables), Raoul Peck (qui avait consacré deux films à Lumumba) ou Jaffa, la mécanique de l'orange d'Eyal Sivan (pour son utilisation des chansons dans un documentaire politique).


Si le montage rythmique tient de l'agit-prop poétique, comme chez Adam Curtis, les citations affichées sont toutes sourcées. L'exportation du jazz participe à la fois au soft power et à la résistance anti-coloniale. Abbey et Max chantent la We Insist!: Freedom Now Suite. Dizzy se présente à la présidence. L'opposition poreuse entre le jazz et l'impérialisme américains souligne l'ambiguïté du lien entre l'Afrique et les États Unis, même si l'émancipation concerne évidemment tous les pays colonisés. Ce jazz montre que le choix de la musique dans n'importe quel film n'est jamais innocent. Le titre en atteste.
L'Afrique est riche de ses minerais, mais les Africains sont toujours pauvres. Le film tourne autour du Congo qui déclare son indépendance contre la Belgique, exemple dangereux s'il se répand sur le continent. Le fantôme du communisme a bonne mine. La C.I.A. est sur tous les fronts. Le Congo, c'est l'Union Minière. Lumumba est assassiné par les services secrets belges. Les discours et les témoignages se contredisent, évidemment. Les États Unis d'Afrique ne verront jamais le jour. Le film évoque discrètement, avec des spots de publicité pour Tesla ou l'iPhone, que le schéma n'a pas changé. Chaque fois qu'un dirigeant africain risque de mettre en péril la mainmise sur les matières premières de son pays, par exemple les terres rares ou le cacao, il est "mystérieusement" assassiné (vingt-trois depuis 1963 !), quand ce ne sont pas des peuples entiers qui sont poussés à s'entretuer par les forces colonialistes en présence, que ce soit la France, les États Unis, la Russie ou la Chine.

→ Johan Grimonprez, Soundtrack to a Coup d'Etat, 2h30

jeudi 6 février 2025

Beauté de la beauté


Beauté de la beauté est une gigantesque série sur la peinture réalisée par Kijû Yoshida, l'auteur de Eros+Massacre, équivalent japonais de la Nouvelle Vague. Le dispositif répétitif du tournage et la voix monocorde du réalisateur interdisent de regarder les épisodes à la suite les uns des autres. La magie du feuilleton provient de sa régularité, mais aussi de son espacement dans le temps. Chacun provoque alors une découverte, soutenue par la musique contemporaine de Toshi Ichiyanagi et une remarquable partition sonore où les ambiances enveloppent les œuvres d'un halo à la fois magique et réel. En trois DVD, Carlotta propose 20 épisodes de vingt-quatre minutes parmi les 94 tournés au gré des années, de 1974 à 1978, où Yoshida arpente la planète à la recherche de la beauté en prenant garde de ne jamais la nommer. Si son approche des peintres est d'abord géographique et historique, elle est surtout sociale et politique. Il plonge dans l'Histoire, resituant ce qui a poussé les artistes à se distinguer de leur époque. Toute œuvre est critique. À son tour Yoshida revisite la peinture avec le regard distancié de son île et de son esprit frondeur. Sa présence de visiteur étranger hante les lieux où sont exposées les œuvres. Imperceptiblement il s'identifie aux plasticiens qui furent d'abord des hommes avant de transposer sur la toile ce qu'ils voyaient et entendaient, ce qu'ils vivaient et ressentaient. Les titres et sous-titres en disent long :
- Bosch, le peintre du fantastique : L'hérésie de la naissance du nord, La descente aux enfers, Le rêve d'un royaume millénaire
- Bruegel, quand le peintre est témoin de la ruine de son pays : La mise en perspective de la foule, La beauté violée du paysage
- Les crimes du peintre Caravage : Le réalisme ou l'aboutissement du crime, La fuite vers la Sicile et l'île de Malte
- Goya, le magicien de l'Espagne : L'apparition d'un peintre de cour maléfique, Avec lui commence le chaos moderne, Le sommeil de la raison engendre des monstres
- Delacroix ou le paradoxe du romantisme : Un jeune homme venu trop tard, De l'aristocratie de l'âme
- Le scandale sacré : le peintre Manet : Olympia un sentiment d'obscénité, Le dandysme est un soleil couchant
- Cézanne, le regard d'un solitaire : Qu'elle est loin la jeunesse, L'orage du midi
- Van Gogh : Le prédicateur, Celui qui perdit son pays natal, L'autodestructeur, Le suicide

Article du 23 janvier 2013

lundi 27 janvier 2025

Le BachFilm des Straub


Avec Le BachFilm [aujourd'hui épuisé, mais trouvable en occasion] les Éditions Montparnasse [continuèrent] de publier leur incroyable intégrale des films de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Après déjà sept volumes nous [était] proposée la célèbre Chronique d'Anna Magdalena Bach dans cinq versions qui diffèrent par la langue, allemande, française, anglaise, italienne, néerlandaise, toutes originales, tant le couple de réalisateurs tient à l'authenticité de tout ce qu'ils filment. Ainsi toutes les œuvres interprétées par Gustav Leonhardt qui joue le rôle du compositeur, par Christina Lang-Drewanz qui joue celui de sa femme, par Nikolaus Harnoncourt à la tête du Concentus musicus, Ensemble fûr alte Musik de Vienne, par August Wenzinger à celle du Konzert-gruppe des Schola Cantorum de Bâle, par Heinz Henning à celle du Knabenchor de Hanovre, etc. sont intégralement enregistrées en direct. Il est peu probable que vous regardiez et écoutiez les cinq versions, mais le jusqu'au-boutisme d'une intégrale doublé de l'exigence straubienne imposent cette exposition quasi encyclopédique.
Chronique d'Anna Magdalena Bach (1967) est certainement leur film le plus évidemment accessible au grand public qui devrait être fasciné par l'authenticité de l'entreprise. J'ai un petit faible également pour l'opéra Moïse et Aaron de Schönberg tourné sept ans plus tard, référence fondatrice de mon propre travail. Pris entre le spectacle de la vie réelle et le travail critique sur les conditions sociales où s'exerçait l'œuvre de Bach la magie vous entraîne dans des mondes insoupçonnés, expérience unique dans l'histoire du cinéma. Les rapports que Bach entretient avec ses commanditaires montrent que rien n'a vraiment changé depuis cette époque !
Le second DVD propose un documentaire de 1968 de Henk de By sur les trois premiers films des Straub, les témoignages de Gustav Leonhardt lors du tournage de la Chronique, plus récemment de Christina Lang-Drewanz et Nikolaus Harnoncourt, un extrait d'une conférence de Gilles Deleuze intitulée Qu'est-ce l'acte de création ?, ainsi que des photos et documents inédits sur la partie Rom du DVD, plus un livre de 160 pages incluant le découpage précis du film avec toutes les références musicales, cela va de soi ! Le film est un des must absolus en matière de musique au cinéma, il n'y en a pas tant que cela, tout aussi indispensable aux amateurs de Jean-Sébastien Bach, alors que Gustav Leonhardt était encore à ses débuts, comme à toutes celles et ceux qui se demandent à quoi rime le cinématographe.

Article du 21 janvier 2013

vendredi 17 janvier 2025

Des familles comme les nôtres


Je pensais que la série danoise Families like Ours traitait du dérèglement climatique, mais la submersion du Danemark n'est qu'un McGuffin, prétexte à une sorte de soap opera, un mélodrame familial où des bourgeois européens remplacent les pauvres migrants d'Asie centrale ou d'Afrique. Cela part d'un bon sentiment : cela pourrait nous arriver à tous. Mais c'est faire abstraction de la réalité sociale de nombreux réfugiés climatiques ou politiques qui ne sont pas forcément des paysans ou des prolétaires dépenaillés comme on les présente trop souvent. On peut voir cela comme un aspect positif de cette mini-série en sept épisodes. Mais le scénario de Thomas Vinterberg, réalisateur de Festen, La Chasse (Jagten), Drunk (Druk), etc., est truffé de morale chrétienne, sempiternels regrets qui suivent les mauvais choix, du manichéisme qui divise le monde en gentils idiots et méchants idiots (non, Les idiots est un film de Lars von Trier, un autre Danois porté sur l'allégorie christique !), et de références bibliques grosses comme les somptueuses demeures que ces nantis doivent abandonner avant qu'elles aient les pieds dans l'eau.



Je préfère mille fois le dernier long métrage de la polonaise Agnieszka Holland, La frontière verte (Zielona granica), que j'évoquais l'an passé en ces termes :

Si La frontière verte (Zielona granica) d'Agnieszka Holland est indispensable, c'est un film très dur (mais je suis une petite nature). Le sort des migrants violemment bringuebalés entre la Biélorussie et la Pologne est insupportable. D'un côté le dictateur Alexandre Loukachenko les pousse vers l'Union Européenne pour l'affaiblir après les sanctions dont la Biélorussie est victime, de l'autre les Polonais les repoussent, motivés par un racisme historique ou mandatés par une Europe barbelée. Ces familles viennent d'Irak, d'Afghanistan, d'Afrique et espèrent trouver refuge en Suède ou ailleurs, dans une Europe fantasmée, prétendument protectrice des Droits de l'Homme. Depuis quarante ans, nous avons tout perdu, en France évidemment, mais nos voisins ne valent guère mieux.
Agnieszka Holland est attaquée par le ministre polonais de la justice, Zbigniew Ziobro, qui a comparé son film, instrumentalisé par le parti d'extrême droite PiS lors de la campagne électorales de 2023, à de la propagande nazie, comme du temps où « les Allemands, durant le IIIe Reich, produisaient des films de propagande montrant les Polonais comme des bandits et des meurtriers ». Polonaise en partie d'origine juive, Holland n'a jamais laissé son pays oublier ses exactions passées. Lors de ses précédents films elle n'a pas été plus tendre envers le régime nazi ou les exactions staliniennes. Avec son dernier film, qui a reçu le Prix spécial du Jury à la Mostra de Venise, forcément dérangeant pour la Pologne, la Biélorussie, mais fondamentalement pour l'Europe, elle attise envers elle une haine antisémite ou anticommuniste. Elle ne fait qu'annoncer ce qui se prépare face à une crise migratoire inévitable qui ne fera qu'augmenter et dans des proportions autrement plus importantes, que ce soit pour des raisons politiques ou climatiques. 30 000 ont déjà péri en cherchant la liberté, sur terre, sur mer et dans la forêt où l'on meurt toujours tandis que je tape ces mots. Ce qui se profile fait froid dans le dos et devrait nous révolter. Le monde part à vau l'eau. Comme toujours et partout il y a des résistants, des activistes, et face à eux l'absurdité et la violence de polices plus sauvages les unes que les autres, obéissant aveuglément aux ordres avec délectation. J'ai souvent l'impression que dans ce genre de situation ou de période, il y a 5% de salauds, 5% de résistants et le reste qui fait semblant de ne pas savoir.


Agnieszka Holland renvoie la Pologne à son hypocrisie catholique et l'Europe à son inutilité, si ce n'est dans sa politique dictée par des intérêts strictement économiques, donc mortifères. Son film est très fort. Il met en scène des êtres humains, aux langues si différentes les unes des autres, heureusement pas que dans l'immonderie, mais dans leur beauté et leur solidarité. Si la forêt verte tourne dès les premières secondes au noir et blanc, c'est à la fois pour lui donner une impression d'actualités et parce qu'une mise en couleurs risquerait d'en faire un spectacle, tant le cinéma de divertissement rend l'horreur fictionnellle, voire fictive. Comme Cocteau le proclamait dans une Histoire féline, magnifique chapitre du Journal d'un inconnu évoquant les poètes témoins de l'impossible : "ne pas être admiré, être cru." La frontière verte est un no man's land, la terre d'aucun homme, une zone invivable où s'embourbent les réfugiés, mais surtout l'humanité tout entière.

mardi 31 décembre 2024

Les films du dimanche soir


De temps en temps, plutôt que de tenter de découvrir de nouvelles perles rares, je reviens vers des films qui m'ont marqué et que je pourrais affubler du terme de chef d'œuvre. Ils ne le méritent pas tous, mais ils correspondent bien à ce que nous appelons les films du dimanche soir (cela marche aussi pour les réveillons sous la couette !). Ce sont parfois des films passés un peu inaperçus à leur sortie, parfois leur succès n'a pas duré, parfois ce sont des tubes. Ainsi récemment j'ai sorti de mon chapeau les formidables Eo de Jerzy Skolimowski (2022) et White God de Kornél Mundruczó (2014), les films d'animation Watership Down (La colline aux lapins) de Noam Murro (2018), Ruben Brandt, collector de Milorad Krstić (2018) et Paprika de Satoshi Kon (2006), les documentaires expérimentaux The Savage Eye de Ben Maddow, Sidney Meyers et Joseph Strick (1960) et La Route parallèle de Ferdinand Khittl (1962), Falbalas et Le trou de Jacques Becker (1945,1960), Colonel Blimp et I Know Where I'm Going de Michael Powell... Mais aussi Trois enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada) de Tommy Lee Jones (2005), 7 Women de John Ford (1966) et Convoi de femmes (Westward the Women) de William A. Wellman (1951), Le petit fugitif de Morris Engel et Ruth Orkin (1953) et Tamara Drewe de Stephan Frears (2010), Le chant du loup d'Antonin Baudry (2019) et Diamant noir de Arthur Harari (2015), To Kill a Mocking Bird de Robert Mulligan (1962), Ball of Fire et The Big Sleep de Howard Hawkes (1941, 1946), Tout ça pour ça de Claude Lelouch (1993) et Un singe en hiver de Henri Verneuil (1962), je ne suis pas sectaire, Nurse Betty et Fausses Apparences (The Shape of Things) de Neil LaBute (2000, 2003), Strange Days de Kathryn Bigelow (1995) et Les Fils de l'homme (Children of Men) d'Alfonso Cuarón (2006), et même les miens The Sniper, Idir et Johnny Clegg a capella et La nuit du phoque, ou un coup d'œil en arrière vers les séries Six Feet Under, BrainDead, Utopia, Happy!, Downton Abbey, The Americans... J'indique quelques liens vers des articles que j'ai écrits sur ces films lorsque c'est le cas... J'en oublie forcément, mais ce n'est pas non plus la liste de l'île déserte, il ne faut pas tout confondre.