Jean-Jacques Birgé

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vendredi 19 décembre 2014

Atom Egoyan captif de la critique


Après l'avoir encensé, la presse se déchaîne contre le cinéaste canadien Atom Egoyan sans que j'en comprenne les raisons. Reprocherait-on à l'indépendant d'avoir été récupéré par Hollywood ? La critique tant intello que populaire s'extasie pourtant devant les daubes on ne peut plus conventionnelles de Clint Eastwood ou Steven Spielberg. Après une huitaine de films quasi cultes (Next of Kin, Family Viewing, Speaking Parts, The Adjuster, Exotica, The Sweet Hereafter/De beaux lendemains, Felicia's Journey), Ararat avait marqué une charnière plus classique, défaut de presque tous les films revenant sur les origines arméniennes de leurs auteurs, avant qu'Atom Egoyan tourne des œuvres s'ouvrant au grand public. Where the Truth Lies/La Vérité nue, Adoration, Chloé, Devil's Knot ont subi un lynchage médiatique systématique, d'autant que les journalistes ont la fâcheuse tendance à se copier les uns les autres.
Pourtant on retrouve dans chacun les obsessions et fantasmes du réalisateur, des histoires glauques de famille qui ne ressemblent pas à l'homme charmant qui les réalise. Il nous renvoie ainsi à nos propres zones d'ombre que nous espérons maîtriser pour ne jamais céder au passage à l'acte. Le cinéma s'autorise la catastrophe dans ses projections identificatrices tandis que le réel est supposé respecter le cadre, moral et partagé. Les ressorts psychologiques ambigus, les jeux de miroir et les chausse-trapes qu'il cultive gênent forcément les consciences. Le seul élément qui me froisse dans tous ses films est la musique hollywoodienne illustrative qui les banalise alors que son absence ou un traitement sonore distancié renforceraient le style personnel de leur auteur ; mais cela personne ne l'évoque, vu que cette redondance balourde est justement le point commun, voire la signature, de tout le cinéma américain mainstream et de ses clones européens.
Where the Truth Lies/La Vérité nue est un excellent polar sulfureux où l'on retrouve le voyeurisme et la perversion avec une critique féroce du monde de la télévision. Adoration joue encore sur le mensonge. Autre piège, Chloe est un remake de Nathalie d'Anne Fontaine, pour une fois plus réussi que l'original, grâce à quantité de petits détails du scénario de cette œuvre de commande. Alors c'est peut-être là que va se nicher le quiproquo : Egoyan "cède" à la commande, fuite en avant de tous les artistes qui connaissent le prix de l'attente ou de l'absence. Il met encore en scène nombreux opéras sans prendre de pause. Egoyan s'accapare pourtant chaque fois le sujet en cherchant le bon angle, d'où il regarde le monde de faux-semblants qui nous anime, celui du quotidien que les us et coutumes nous imposent et, pire, celui du cinéma par excellence. Devil's Knot, sur le thème de l'enlèvement d'enfants, peut être regardé comme le coup d'essai de son suivant et dernier long métrage, Captives, plus massacré que jamais par la presse qui le compare bêtement à Prisoners de Denis Villeneuve. Mais cette fois aucun pathos ne vient encombrer le film. L'action est plus clinique que jamais, sans les alibis psychologiques qui justifieraient les actes les plus odieux. L'injustice est flagrante. Le film sort en France le 5 janvier 2015.


Contrairement à ce qui a été écrit, Captives n'a rien à voir non plus avec l'affaire Natascha Kampusch. Le thriller joue des strates du temps sans s'alourdir d'effets appuyés pour signifier les flashbacks ou forwards. Ces aller et retours nous perdent certes, mais on n'est pas dans un film français où tout est expliqué dès les premières images. Atom Egoyan nous évite les scènes pénibles dont le cinéma est aujourd'hui friand. S'il les suggère il n'en donne pas le moindre détail, pas la moindre piste que celle sur laquelle chaque spectateur glissera selon son niveau de conscience ou guidé par son inconscient. La machine perverse est parfaitement huilée, s'appuyant sur une technologie que le hacker de base saurait hélas faire fonctionner. Les justifications psychologiques évacuées, cela peut déplaire aux critiques lourdingues voulant trouver explication à tout. Une œuvre est pourtant déterminée par les questions qu'elle suscite. Dans ce paysage froid et enneigé seule la culpabilité a droit de cité, même si ceux qui la portent n'y sont pour rien. N'avez-vous jamais laissé votre enfant seul deux minutes sur la banquette arrière ? Encore une fois, si l'on pouvait regarder Captives sans le sirop symphonique qui le dilue je suis certain que son originalité sauterait au visage. Comme dans d'autres films d'Egoyan les écrans sont des fenêtres vers un ailleurs dont nous sommes incapables de voir qu'il est notre présent. Captives nous fait fondamentalement réfléchir aux mouchards que nous avons innocemment installés chez nous, à notre incapacité de comprendre le crime, à l'amour que nous portons aux êtres proches, à notre complicité avec ce que l'on nous sert comme immuable... De quoi déranger plus d'un critique qui ne peut comprendre que le dogme. Atom Egoyan, même dans ses films hollywoodiens, reste un hors-la-loi.

mardi 16 décembre 2014

Le cinéma forain, tradition séculaire


Quelle différence y a-t-il entre un film d'auteur (référence au 7ème Art) et un film de distraction (ce que les Américains appellent entertainment) ? Le premier se préoccupe essentiellement de traduire sa pensée pour réaliser une œuvre intègre, le second projette les attentes du public pour lui plaire. Entre ces deux extrêmes se déploient en éventail toutes les nuances, le cinéma étant un mode d'expression et une industrie extrêmement onéreuse. Un film comme Detetective Dee II, la légende du Dragon des mers ayant coûté un milliard à ses producteurs, comment imaginer ne pas rentrer dans ses fonds ? La question de l'argent est incontournable quel que soit le budget. Certains cinéastes ont choisi de tourner exclusivement avec des petits moyens pour rester libres sans trop de pressions économiques. Il n'empêche, ça coûte cher et plus ça coûte, plus les pressions sont fortes.

Il y a quarante ans cet enjeu m'a fait bifurquer vers la musique, mon indépendance me semblant alors la condition sine qua non pour que mes rêves prennent corps. Ma compagne cinéaste incarne ce que je voulais être lorsque je suis sorti de l'Idhec (reconditionnée en Femis par le pouvoir pour des raisons politiques et économiques !) et la raison pour laquelle je ne l'ai pas fait (elle tourne un long métrage tous les quatre ans, ce qui ne peut correspondre avec mes aspirations). Cet exemple est pour moi déterminant et j'y pense tous les matins en me levant avec entrain pour filer travailler. Même siffler sous la douche est jouer de la musique ! Mais au cinéma comme en architecture le plan n'est pas le territoire, et j'ai rencontré trop de réalisateurs malheureux, et non des moindres.

Ce n'est pas le cas de Tsui Hark qui a réussi à tourner une quarantaine de films répondant à l'attente d'un public avide de rêves et de sensations fortes. La série Il était une fois en Chine a remporté un succès considérable, et on lui doit aussi Shanghai Blues, Peking Opera Blues, Histoires de fantômes chinois, Le festin chinois et bien d'autres films où le cinéaste a toujours fait preuve d'invention et de virtuosité. Après une expérience aux États Unis qui ne lui a pas plu il est retourné à Hong Kong il y a quinze ans où il a réalisé Time and Tide... La suite explose sur l'écran avec à l'appui moult effets spéciaux et chorégraphies incroyables que seuls les Chinois savent maîtriser.


Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers, son dernier opus, sorti en DVD/Blu-Ray/3D chez Wild Side, préquelle du précédent Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme aussi flamboyant, est un conte taribiscoté, bourré d'intrigues, et dont le spectacle rivalise avec les meilleures attractions de foire. Car si le cinéma d'art et essai fait réfléchir celui de grand spectacle délasse et nous fait oublier les duretés du quotidien. En fonction des moments n'avons-nous pas besoin et de l'un et de l'autre ? La frontière n'est pas forcément si tranchée, mais il est intéressant de se souvenir que le cinéma est né dans les foires et qu'il est sain que parfois il y retourne. Un film comme celui-ci vaut toutes les montagnes russes, certes sans provoquer les mouvements intestinaux que recherchent les amateurs d'émotions fortes. Détective Dee 2 : La Légende du Dragon des mers nous renvoie à l'enfance où nous rêvions plaies et bosses, mais aussi romances à deux sous et énigmes policières. Calibré pour répondre à ces exigences délicieusement régressives, le film de Tsui Hark est un feu d'artifices où les monstres s'apprivoisent, un cheval galope sous la mer, les guerriers s'envolent, le tout avec une grâce de patineurs. Le cinéaste hong-kongais dessine et mime tous ses plans, imaginant de film en film de nouvelles figures. L'happy end est de rigueur, les gentils roturiers triomphant des vils revanchards, la noblesse restant épargnée malgré son cynisme calculateur et son pouvoir aveugle, car c'est tout de même bien l'argent qui règne ici en maître, sur l'écran et derrière.

mercredi 10 décembre 2014

En Blu-Ray : Welles, Godard, Cimino, Gans


J'avais reçu plusieurs films en Blu-Ray, mais la FreeBox refusait catégoriquement de les lire. Je me suis donc fendu d'une nouvelle platine qui lit aussi les DVD et que je pourrai à l'occasion faire dézoner pour regarder ceux achetés en Amérique ou en Asie. Cette opération ne fonctionne hélas pas pour les Blu-Ray, mais comme pour l'instant les miens viennent seulement d'éditeurs français le problème ne se pose pas encore. J'en ai profité pour changer d'ampli, toutes mes connexions se faisant dorénavant en HDMI, ce qui simplifie considérablement l'enchevêtrement de fils. Tout serait si simple si les fabricants de matériel annonçaient la couleur, celle de l'argent évidemment : un lecteur Blu-Ray connecté en HDMI ne peut lire que du 16/9, ce qui signifie que les DVD au format 4/3 sont anamorphosés et que le vidéoprojecteur refuse la commutation. Je suis donc obligé de conserver mon vieux lecteur DVD (connecté en Vidéo, S-Vidéo ou composite) si je veux continuer à regarder l'intégralité de ma cinémathèque, en particulier les films d'avant l'époque où le 16/9 s'est imposé comme unique standard... Je ne suis pas pour autant convaincu par le Blu-Ray lorsqu'il s'agit de films antérieurs à ce formatage commercial. Comme toujours la qualité d'un film ne dépend pas de la technique, et la technique dépend du soin qu'on y a mis. Les tests sont donc variables. Au moins, à défaut de vraiment mieux, ce n'est pas pire, c'est déjà ça ! Asseyons-nous donc confortablement pour admirer quelques perles reçues ces dernières semaines...


Carlotta réédite les chefs d'œuvre Macbeth et Othello d'Orson Welles dans des éditions généreuses. Le premier est un double Blu-Ray avec les versions originale de 1948 (119 mn) et remontée de 1950 (85 mn). L'accent écossais fut remplacé, les bruitages élagués, la musique coupaillée pour tenter de surmonter l'échec commercial de la sortie initiale. Rien n'y fit. Welles continuera à subir les camouflets toute sa vie. Seul Citizen Kane fut un réel succès. Les bonus sont exceptionnels : comparaison des deux versions, relation à Shakespeare, analyse du décor avec croquis et illustrations de Welles, de la musique de Jacques Ibert et du son, de l'image, entretien avec Stuart Seide, quelques minutes du Macbeth vaudou monté par le cinéaste avec des acteurs afro-américains, enregistrement discographique de 1940 avec les acteurs du Mercury Theatre, et un supplément absent de la version 3 DVD que je possédais déjà, une lecture personnelle et passionnée du film par Denis Lavant.

Même qualité de restauration pour Othello avec la version officielle de 1992 sortie également l'an passé au cinéma (article du blog). En bonus : entretien fleuve avec l'historien Joseph McBride et Return to Glennascaul court-métrage de 1951 de Hilton Edwards avec Welles. Dans les deux films d'Orson Welles, chaque cadre est pensé, cohérent avec le sens du récit. On est très loin des histoires platement racontées que le cinéma propose aujourd'hui, formaté par les conventions hollywoodiennes et faussement réalistes. Tout est à réinventer si l'exigence cinéphilique ne veut pas se dissoudre dans la banalité.


Il faut voir et entendre le travail expérimental de Jean-Luc Godard sur Adieu au langage pour comprendre que rien n'est figé, tout peut être remis en question. De la 3D au 5.1, Jean-Luc Godard interroge le médium et s'en moque, brisant les tabous techniques pour que d'autres cinéastes puissent s'en emparer. C'est superbe et cochon, parfois ennuyeux et toujours passionnant. L'octogénaire suisse a beau radoter, il est plus réveillé que la plupart de ses contemporains. À suivre, pour l'exemple... Donc surtout à ne pas suivre, mais s'en inspirer pour jeter aux orties les mauvaises habitudes des faiseurs de films qui rabâchent les logorrhées musicales pontifiantes et redondantes, les portraits convenus, les montages plan-plan et les images de cartes postales kitchissimes !

Toujours en Blu-Ray, même si tous ces films sont également disponibles en DVD, Thunderbolt and Lightfoot que la traduction française condamne en l'appelant Le canardeur. Thriller plein d'humour, road movie au travers des grands espaces du Montana, le premier film de Michael Cimino est une petite merveille de 1974 restaurée en 2K. Le cinéaste pastiche la renommée de Clint Eastwood qui vient de faire un carton avec Magnum Force et laisse faire ses premières armes à l'épatant Jeff Bridges. Là encore l'édition discographique offre des suppléments formidables invisibles en salles : entretien avec Cimino expliquant son intérêt primordial pour les personnages avant d'entamer la rédaction du récit et une analyse de Jean Douchet.


Necronomicon de Christophe Gans, Shu Kaneko et Brian Yuzna justifie plus sûrement le nouveau support, à l'image de ce qui se tourne aujourd'hui. Ce film d'épouvante de 1993 présente trois histoires fantastiques de H.P. Lovecraft filmées par chacun des trois. Un DVD rempli à ras bord de suppléments accompagne le Blu-Ray. J'avais oublié que j'avais contribué à son film de promotion lorsque Christophe Gans était étudiant à l'IDHEC. Je joue en effet du synthétiseur sur Silver Slime et le livret de Necronomicon reproduit un petit texte que j'ai écrit en souvenir de ce jeune homme passionné, fondateur de HK Magazine, qui réussira à donner corps à ses rêves : « En sortant de l'Idhec, en 1975, je trouvai illico un poste de second assistant réalisateur sur un film de Jean Rollin, Lèvres de sang. J'ai une tendresse particulière pour ce film puisqu'il marqua mon entrée dans le métier et que j'y tiens un petit rôle, très chaste, le temps de deux plans. En 1979, à 27 ans, déjà enseignant à l’IDHEC, en charge de l'initiation à la partition sonore, je deviens responsable des étudiants de première année. Je me souviens avoir croisé Christophe Gans un jour dans les couloirs. Il me demande si c'est moi qui joue dans Suce-moi, vampire. Je reste interloqué car j'ignore tout de ce film. Il m'explique que c'est la version hard de Lèvres de sang. J'éclate de rire et je lui raconte mes aventures avec Jean Rollin. Christophe Gans me parle alors de son engouement pour les films de série B ou Z avec une telle passion que je le "protégerai" ensuite du monde un peu borné de l'IDHEC. Il était évidemment atypique parmi ses congénères plus portés sur les grands cinéastes ou la Nouvelle Vague. J'étais moi-même plus proche de Godard ou Buñuel que des films de kung-fu ou des peplums italiens ! Rien de surprenant donc à ce qu'il m'ait demandé de jouer du synthétiseur sur son film de promo, Christophe est probablement venu me voir chez moi pour que j'enregistre les coups de tonnerre au début et à la fin du film. Son film est nettement plus sympa que nombreux trucs prétentieux qui continuent à se tourner à la Femis. Il n'a pas essayé de composer une carte de visite, mais il s'en est simplement donné à cœur joie en faisant ce dont il rêvait. À la sortie de son premier long-métrage je me souviens avoir été heureux de constater qu'il avait continué dans la voie qu'il avait choisie depuis le début sans céder aux pressions formatives de la profession. Vivre sa passion, quoi de mieux ? Sauf que c'est un métier difficile où les cinéastes morflent toute leur vie ;-)

Macbeth et Othello, coffret Blu-Ray et DVD, ed. Carlotta, 40,11 €
Adieu au langage, Blu-Ray et DVD, ed. Wild Side, 19,99 €
Le canardeur, Blu-Ray et DVD, ed. Carlotta, 20,06 €
Necromicon, Blu-Ray, ed. Metropolitan, 19,71 €

jeudi 4 décembre 2014

A Hard Day's Night au cinéma, en Blu-ray, DVD et VOD


En filmant les Beatles pour A Hard Day's Night Richard Lester réalise un hommage au burlesque qui inaugurera toute une série de films incroyables. Il s'en donne à cœur joie avec ces quatre garçons dans le vent qui pastichent leurs propres rôles en se défoulant de la pression inimaginable que le succès leur impose. Lester multiplie les clins d'œil à Keaton, aux Marx Brothers, à Hellzapoppin et Peter Sellers avec qui il a déjà tourné. Sa docu-fiction possède la fraîcheur d'une fantaisie, entrecoupée de séquences musicales en play-back particulièrement exubérantes et entraînantes, les chansons lui conférant un statut de comédie musicale. La caméra danse dans un noir et blanc rock 'n roll que magnifie le montage rythmé à l'aube du Swinging London.
En plus d'une superbe restauration 4K et mixage 5.1, le DVD / BluRay que publie Carlotta offre 3 heures de suppléments passionnants : commentaires des Beatles eux-mêmes, making of, souvenirs de tournage, analyse du style, étonnante filmographie de Richard Lester, explications des références british qui nous échappent, séquence inédite de You Can't Do That, etc.


J'avais découvert A Hard Day's Night à sa sortie en 1964, dans une ville de province du sud de l'Angleterre, Salisbury. Dans la salle de cinéma bondée les filles hurlaient en s'arrachant les cheveux exactement comme dans le film, comme si les Beatles étaient là en chair et en os ! Fiction et documentaire s'interpénètrent jusqu'à déborder l'écran en envahissant l'orchestre et le balcon. Je n'ai jamais retrouvé une telle hystérie, sauf peut-être lorsque quelques années plus tard je fus en charge de George Harrison de passage à Paris après le concert auquel je participai avec lui chez Maxim's ! J'ai déjà raconté l'harmonium que l'on m'arracha des mains parce que je scandais Hare Krishna au lieu d'assurer sobrement le drône de rigueur, mais ce qui m'impressionna le plus vient des fans qui se couchèrent devant les quatre roues de la voiture pour empêcher le chauffeur de Harrison de démarrer. En Angleterre il y avait toujours deux longs métrages pour le prix d'un et ce n'est pas un hasard si le second film choisi en complément de programme était interprété par les délirants Three Stooges. L'humour anglais, absurde et corrosif, transformait John, Paul, George et Ringo en personnages de dessin animé. C'est ce qu'ils deviendront avec Yellow Submarine, mais avant cela, Lester avec Help continuera de filmer, en couleurs cette fois, les délires des quatre garçons de Liverpool. Mais pas seulement...
Car A Hard Day's Night donne furieusement envie de voir ou revoir les films de la première période, délirante voire psychédélique, de Richard Lester : Le knack ou comment l'avoir (The Knack... and How to Get It), Le Forum en folie (A Funny Thing Happened on the Way to the Forum), Comment j'ai gagné la guerre (How I Won the War), Petulia, The Bed Sitting Room, Les Trois Mousquetaires (The Three Musketeers).

Sortie au cinéma et en Blu-ray, DVD et VOD le 10 décembre 2014

mercredi 19 novembre 2014

Cutie and The Boxer


Après une projection devant les étudiants de Harvard de Baiser d'encre, le nouveau film de Françoise Romand, le festival Tribeca évoque un cousinage avec celui de Zachary Heinzerling consacré aux peintres Ushio Shinohara et sa femme Noriko Shinohara qui vivent à Brooklyn. La caméra suit trop près les deux protagonistes sans laisser d'air, mais Cutie and the Boxer sont aussi attachants que la famille d'Ella et Pitr. Au jeune couple d'artistes et leurs deux enfants répond celui âgé des deux Japonais (coïncidence des origines nippones de Loïc dans le film de Romand). Laissons de côté la fantaisie partagée de ces vies d'artistes et apprécions l'insatiable espièglerie de Cutie (Noriko) et Bullie (Ushio) qui continuent à tirer le diable par la queue.


Ushio, 82 ans, a beau être reconnu, il ne vend pas assez. Considéré comme un néo-dadaïste, influencé par le photographe Shōmei Tōmatsu, par les comics et le jazz, il réalise de grandes toiles en dansant avec des gants de boxe enduits de peinture. Noriko, son épouse, 61 ans, dessine leur quotidien new-yorkais avec beaucoup d'auto-dérision. Animés, ses croquis donnent au film son côté arty. Critique, elle se moque de son mari, alcoolique macho qui la considère trop souvent comme son assistante. Leur grand fils qui vit toujours avec eux peint également, mais l'univers familial semble avoir pesé lourdement sur lui. Face à leurs difficultés financières et à leur indéniable authenticité se révèlent le monde de la peinture, sa hiérarchie sexiste, sa superficialité mondaine, sa brutalité sociale. Qu'importe ! Passé les dures contraintes du quotidien dans leur maison louée qui prend l'eau, Cutie et The Boxer continuent de s'amuser comme des enfants, lui sculptant ses motos de rêve en carton, elle croquant sans pudeur leur intimité... Les images d'archives contribuent à plonger leur travail dans une perspective qui interroge la persévérance et la solidarité, qualités indispensables à la vie d'artiste.

mardi 18 novembre 2014

Outside, quand la photographie s'empare du cinéma


En 1953 un couple de photographes américains, Morris Engel et Ruth Orkin, rêve d'appliquer leurs méthodes de reportage à un tournage cinématographique de fiction. Pour ce faire, Engel commande à Charlie Woodruff une petite caméra 35mm discrète pour filmer sans être remarqué. Les passants deviennent les figurants involontaires et documentaires d'une histoire jouée par des comédiens amateurs. Engel et Orkin ont toujours aimé photographié des enfants. Little Fugitive (Le petit fugitif), également cosigné avec le scénariste Raymond Abrashkin dit Ray Ashley, conte l'aventure d'un garçon de sept ans errant seul tout un week-end à Cosney Island, parc d'attractions mythique au sud-ouest de Brooklyn. Sa fugue est le fruit d'un mauvais tour de son grand frère qui tente de le retrouver au milieu des manèges et sur la plage avant le retour de leur mère. Le système d'accroche de la caméra, préfigurant la steadicam, évite l'utilisation du pied et donne au tournage une fluidité qui inspirera John Cassavetes pour Shadows. Stanley Kubrick et Jean-Luc Godard essaieront sans succès d'acquérir l'objet, et François Truffaut déclarera que la Nouvelle vague n'aurait jamais eu lieu si Morris Engel ne leur avait pas montré la voie... De même que l'invention des tubes en plomb bouleversa l'histoire de la peinture en permettant de sortir peindre sur nature, la technique d'Engel révolutionna le cinéma indépendant des deux côtés de l'Atlantique. Le son était enregistré séparément. Avec On The Bowery de Lionel Rogosin qui a de nombreux points communs, Little Fugitive est le plus extraordinaire témoignage de la vie new-yorkaise des années 50. Engel tournera deux autres films selon les mêmes préceptes, Lovers and Lollipops (1956) que Ruth Orkin cosignera et montera également, et Weddings and Babies (1960). Son film en couleurs sur les hippies, I Need a Ride to California (1968), reste jusqu'ici inédit.
L'éditeur de DVD Carlotta publie un magnifique album bilingue de photographies, intitulé Outside, reprenant les images-clés du parcours photographique et cinématographique du couple Orkin-Engel. Stefan Cornic y montre l'influence de la street photography sur le cinéma. Tout au long des 214 pages grand format s'affichent les rues de New York, témoignage vivant d'une époque révolue. Les photographies du couple expriment une grande tendresse pour leurs modèles, personnages d'un monde en transition où les incertitudes se lisent sur les visages.

jeudi 6 novembre 2014

Epilogue


Il y a quelques jours j'évoquais La vieille dame indigne que René Allio réalisa en 1965 avec la comédienne Sylvie. Epilogue met en scène un couple d'octogénaires on ne peut plus dignes, confrontés à l'absurdité d'un monde qui a perdu tout sens des valeurs humaines. Berl et Hayuta qui ont participé à la fondation de l'État d'Israël ne reconnaissent plus le pays dont ils ont rêvé et qu'ils ont pensé avoir créé. Ils continuent de défendre leurs idées socialistes, de solidarité et de confiance mutuelle, face à l'individualisme et à l'égoïsme d'une société devenue autiste. Sans faire directement référence à la politique criminelle et suicidaire de son pays, le cinéaste Amir Manor en dresse un portrait kafkaïen qui ne laisse aucun espoir quant à l'avenir de ses deux héros.


Le romantisme des actes fondateurs est encore interrogé dans le moyen métrage qui figure également dans le DVD publié par Blaq out, mais le sang qui les a accompagnés n'offre pas plus d'avenir aux trois adolescents meurtriers de Ruin. Le rythme lent n'est plus celui de la vieillesse, mais celui d'une jeunesse qui teste ses limites et dont les repères ont été pulvérisés à force de mensonges. Faut-il voir dans ces deux films autre chose que la culpabilité d'avoir engendré un monstre sous prétexte d'en fuir un autre ? Au milieu de toute cette brutalité Amir Manor cherche à débusquer la tendresse, seule légitimité qu'il puisse cautionner pour espérer retrouver la lumière.

vendredi 31 octobre 2014

Too Late Blues


Pete Kelly's Blues m'a donné envie de revoir le second film de John Cassavetes, Too Late Blues, réalisé deux ans après Shadows, un chef d'œuvre où l'improvisation doit beaucoup au jazz, d'autant que la musique est signée Charles Mingus avec les solos de sax de Shafi Hadi. Il y a longtemps que je n'avais pas regardé de Cassavetes. J'avais oublié l'homosexualité latente qui se cache derrière l'amitié virile et un machisme assez ringard. Les filles jouent sublimement. Le rythme est épatant, mais je ressens un malaise devant les poncifs qui circulent de film en film. Les gars sont des losers. Too Late Blues. Y aurait-il une culpabilité chez les blancs à jouer du jazz ? On ne filme que ce que l'on aime. Cassavetes avait le swing, mais ses personnages sont pitoyables. Je n'ai jamais supporté l'odeur mâle des loges dans les boîtes de jazz avec leurs plaisanteries potaches de copains de régiment. Pour avoir un temps fréquenté les jazzmen afro-américains, je ne me souviens pas de cette ambiance glauque. J'étais si jeune avec Sidney et encore trop avec l'Arkestra de Sun Ra ; quant aux rushes que j'avais tournés avec l'Art Ensemble of Chicago j'ignore ce qu'ils sont devenus. Il suffit de la présence d'une seule fille pour que l'ambiance soit plus digne (je n'y avais jamais pensé, mais ces fois-là il y avait toujours une Agnès dans le champ). Quant à Too Late Blues, ce n'est pas le meilleur de son auteur, mais il a le mérite de représenter la tentative infidèle de Cassavetes de frayer avec Hollywood, ici la Paramount. À la fin du film, le héros joué par Bobby Darin, lâche et paumé, revient vers ses copains. Il ne lui reste plus qu'à s'excuser, à commencer par la fille, formidable Stella Stevens.

mercredi 29 octobre 2014

Pete Kelly's Blues


Il faut une loupe pour découvrir la distribution de ce film de jazz méconnu. Ella Fitgerald y interprète deux chansons dans un bouge au fin fond de la campagne du Kansas, Peggy Lee très peu vue à l'écran (la chanson de Johnny Guitar, c'est elle) est une chanteuse alcoolique qui finira à l'asile, Janet Leigh est plus séduisante que jamais, Jayne Mansfield a un petit rôle de vendeuse de cigarettes, Lee Marvin est le clarinettiste... Et l'homme de radio Jack Webb qui l'a réalisé s'est attribué le rôle titre, celui d'un cornettiste devant faire vivre son septet en 1927 au temps de la prohibition, coincé entre le syndicat des musiciens et les pressions brutales de la mafia locale.


Je n'aurais pas remarqué Pete Kelly's Blues sans l'article de Jonathan Rosenbaum, grand critique de cinéma et amateur de jazz. Il raconte que John Cassavetes s'en est inspiré pour son Too Late Blues que je vais revoir bientôt. Le personnage de Pete Kelly joué par Jack Webb à la Bogart est tendu comme un élastique qui ne claque jamais, on imagine un passé sévère qui ne sera jamais révélé : seule la musique arrondit ses angles cassants. Il ne fait pas partie des losers typiques des poncifs du jazz, quitte à ce que ses décisions demeurent ambiguës. Le passage à l'acte est l'ultime recours. La musique l'a habitué à chercher des compromis, mais pas dans sa vie. On n'est jamais seul dans l'improvisation, le moindre solo a besoin de l'orchestre. Pour l'instant le film, sorti en 1955 sous les titres Le gang du blues ou La peau d'un autre, n'existe en DVD qu'aux USA, mais il mériterait qu'un éditeur français s'en soucie...


N.B.: désolé pour l'anamorphose de la première bande-annonce, mais je n'arrive pas à corriger le film tel qu'il est publié sur YouTube... J'en ai ajouté une autre ci-dessus, plus courte, avec des différences notoires, mais dont le format est correct...

vendredi 17 octobre 2014

Misère du réel et fantaisie visionnaire


Pour vouloir obéir à ce que la morale officielle leur dicte les fictions cinématographiques diffusent le plus souvent des scénarios éculés où les effets de surprise sont rares. Luis Buñuel déjà avait inventé une grille où il pouvait deviner la chute d'après le caractère des principaux personnages. Les blockbusters américains, conçus pour des ados attardés, mettent en scène des super-héros assumant les rêves douteux des populations démissionnaires. Quant au cinéma français il se complaît dans un misérabilisme de bonne conscience où les personnages réfléchissent le quotidien banal de tout un chacun, hélas sans point de vue ni changement d'angle, dans des états stationnaires où la psychologie remplace l'action. Rares sont d'ailleurs les œuvres qui marient ces deux composantes.
Les documentaires obéissent à des règles équivalentes. Effets spéciaux outre-atlantique, misère du réel de notre côté. Les films joyeux semblent réservés au grand public consommateur de fast-food culturel. Les comédies intelligentes sont rares et l'on comprend le choc que procure P'tit Quinquin de Bruno Dumont et les perspectives qu'il ouvre si le succès se vérifie en salles.
Les préjugés sont encore pires du côté des documentaires. La fantaisie est stupidement taxée de légèreté. Il faut qu'un documentaire soit lugubre pour justifier de son statut de réel. De même que la fin du capitalisme semble une utopie à la plupart, le refus du misérabilisme ambiant est considéré comme une vue de bobos (comme si les autres réalisateurs étaient issus du monde ouvrier !). Le rôle prétendument pédagogique des documentaires les enferme dans un classicisme de la forme. La plupart sont des reportages sur des sujets sociaux, mais manquent au statut d'œuvre cinématographique, à savoir une vision d'auteur, à la fois politique et esthétique. La forme et le fond étant indissociables pour parvenir à l'excellence ou à l'originalité du propos, rares sont les films réputés du réel à effleurer cette forme ni ancienne, ni nouvelle, mais que Brecht appelait appropriée.
De même que l'utilisation générale de la musique formate les longs métrages actuels, celle du commentaire écrase les sujets. Les questions que devrait se poser tout réalisateur semblent hélas réglées une fois pour toutes dès lors que la caméra se met en marche. Idem au montage où l'absence flagrante d'imagination donne à la plupart des allures de magazine télé, ce qui est abusivement péjoratif pour les magazines de télévision où pouvaient œuvrer des cinéastes avant que les producteurs ne soient remplacés par des décideurs. Les premiers venaient du cinéma, les seconds ont été formés dans des écoles de commerce. On saisira la nuance et le marasme que cette déviance engendre.
D'autre part le documentaire devenant synonyme du réel, le concept de cinéma-vérité, qui se rapproche aujourd'hui de plus en plus de la télé-réalité, n'autorise pas la liberté d'interprétation du réalisateur, ses partis-pris. Il impose le plus souvent une prétendue objectivité, ou du moins la nécessité d'embrasser tous les points de vue au détriment d'une véritable vision, un point de vue documentaire (voire documenteur, comme le suggérait Agnès Varda !). Or dès lors que la présence d'une caméra est détectée les individus se mettent à jouer devant son objectif, pensant que c'est ce qui est attendu d'eux. Certains cinéastes résistent à cette mouvance fade en revendiquant l'héritage de Flaherty qui mettait en scène ses personnages. Ainsi, de même que je n'allume plus jamais la télé, je ne peux et ne veux plus regarder de documentaires dont le classicisme de la forme écrase le propos, où la morale s'efface devant les usages. Comme Cocteau disait qu'une œuvre est une morale, les films qui ne peuvent prétendre au statut d'œuvre ne peuvent se targuer de quelque morale que ce soit. Ils ne sont que des produits culturels voire promotionnels, quelle que soit l'idéologie ou les intentions qu'ils sous-tendent et qui les ont engendrés.

Capture-écran : DigDeep de Sonia Cruchon

mercredi 15 octobre 2014

Cybèle ou Les Dimanches de Ville d'Avray


Fabuleuse surprise de découvrir Cybèle ou Les dimanches de Ville d'Avray plus de cinquante ans après sa sortie. J'en avais un vague souvenir ; peut-être parce qu'un extrait était passé un dimanche à l'émission La séquence du spectateur ? Je n'avais que dix ans et j'ai toujours cru que c'était un mélo pour faire pleurer dans les chaumières. Erreur, fatale erreur. Le premier long métrage de Serge Bourguignon est une merveille d'intelligence et de poésie. La profondeur de l'âme y est sondée avec les yeux de l'enfance et la révolte contre notre société pleine de préjugés est plus actuelle que jamais.
La transparence du verre, l'épaisseur de l'air, les jeux de miroirs nous plongent dans un conte magique et cruel comme les fées savent les inventer. Rejeté par les cinéastes de la Nouvelle Vague le film se rapproche pourtant des premiers d'Alain Resnais, images embrumées de Henri Decaë, décors envoûtants de Bernard Evein (condisciple à l'Idhec et partenaire éternel de Jacques Demy), évocations subtiles de l'inconscient, jeu moderne des acteurs. La petite Patricia Gozzi, abandonnée par sa famille à une institution catholique, endosse un rôle d'une maturité incroyable pour ses douze ans tandis que Hardy Krüger, pilote amnésique rescapé de l'enfer indochinois, retrouve une innocence difficile à préserver. Leur amour ne peut être que suspect, sauf à ceux qui savent que l'art et l'amour ne peuvent appartenir au monde formaté des adultes. Daniel Ivernel et Nicole Courcel incarnent cette tendresse bienveillante et attentive qui s'oppose à l'esprit mal tourné des puritains. Avec Bernard Eschasseriaux qui adapta son roman sans tenter de le reproduire, Serge Bourguignon recomposa les images, les sons, les dialogues pour faire œuvre de cinéma.
Les dimanches de Ville d'Avray (1962) ressort augmenté d'un magnifique prénom qui ne se dira qu'en échange d'une folie. Il se perdra aussitôt, lorsque les lèvres ne pourront plus le prononcer. Oscar du meilleur film étranger en 1963, le film reçut un immense accueil aux États-Unis. En France il fut étonnamment oublié. Bourguignon, qui avait déjà été primé à Cannes avec la Palme d'Or pour son court-métrage Le sourire, présent en bonus sur le DVD publié par Wild Side à côté d'un passionnant entretien, ne retrouva jamais un tel succès, mais je suis curieux de découvrir ses autres longs métrages de fiction. Son western contemporain La Récompense (The Reward) tourné aux USA (1965) étant introuvable et la Warner lui ayant retiré le final cut de The Picasso Summer (1969) écrit par Ray Bradbury, je regarde À cœur joie (1967) avec Brigitte Bardot, Laurent Terzieff et Jean Rochefort. Le film est tendre, mais il ne distille pas le vertige de Cybèle.

N.B. : sortie DVD/Blu-Ray restauré en HD (2K) le 22 octobre.

vendredi 10 octobre 2014

Bande de filles


Après La naissance des pieuvres et Tomboy, Céline Sciamma réussit encore son troisième long métrage en filmant les jeunes filles noires des quartiers en proie au machisme. Si la réalisatrice choisit des sujets rarement montrés au cinéma elle n'en a pas moins une vision ouverte laissant les spectateurs libres d'imaginer leur propre interprétation, même si elles collent hélas toutes à la réalité du terrain. Quelles perspectives ont ces jeunes filles entre devenir femme de ménage, mère de famille obéissante, pute ou dealeuse ? La réponse à cette douloureuse question diffère selon l'humeur et l'expérience de chacun ou chacune.


Les actrices et acteurs de Bande de filles sont épatants, dirigés avec le tact qui sied à ce genre d'immersion dans une communauté fragile et parfois brutale. La complicité des quatre héroïnes rappelle la tendresse d'un Cassavetes, les portraits de tous les protagonistes proposant un éventail des possibles un peu plus ambigu que les poncifs en vigueur, même si les dialogues restent trop superficiels. Les silences sont aussi éloquents et productifs que dans les précédents films de Sciamma. La musique répétitive fortement inspirée de Steve Reich joue d'un habile crescendo, passant progressivement de la mono au 5.1. Les cartons noirs de plusieurs secondes qui ponctuent le montage sont à la fois des ellipses, des temps de réflexion, qui rappellent le découpage des séries télé articulant l'action en scènes parfaitement identifiables. Cette référence se remarque dès l'ouverture où deux équipes féminines de football américain s'affrontent, presque toutes des filles noires, sans que cette scène ait directement à voir avec le reste du film si ce n'est métaphoriquement. Et le film de se refermer sur une question comme si la suite appartenait à une nouvelle saison, celle de la maturité.
Sortie en salles le 22 octobre.

mardi 30 septembre 2014

Dumont, Jodorowsky, Wiseman...


Septembre se termine bien. Il fait beau. Et les films me sourient. J'en ai choisi trois, mais j'aurais pu en évoquer quelques autres comme le délicat Tryptique de Robert Lepage et Pedro Pires (2014) sorti seulement au Québec, le provoquant Daddy de Niki de Saint-Phalle et Peter Whitehead (1973) projeté dans le cadre de l'exposition actuelle mais non édité, les sixties filmées en musique par le même Whitehead (Benefit of The Doubt, The Fall, Tonite Let's All Make Love in London, 1965-1969) introuvables en France mais visibles sur le Net, l'intégrale Sidney Lumet vue à la maison (1957-2007), l'étonnant Wolfen de Michael Wadleigh (1981), la somptueuse remasterisation de Lord Jim de Richard Brooks (1963)... J'y reviendrai peut-être, mais les boîtiers s'amoncellent sur le lecteur sans que j'ai le temps de regarder tout ce que je voudrais, car dans le même temps le travail revient et je dois composer quantité de musiques pour l'image... Donc voici trois nouveautés...


J'ai enchaîné les quatre épisodes de la série de Bruno Dumont dans une saine hilarité à laquelle le cinéaste ne m'avait pas habitué. P'tit Quinquin est une comédie policière interprétée par des comédiens amateurs plus loufoques les uns que les autres. Une comparaison abusive pourrait rappeler le meilleur Mocky ou Twin Peaks, mais Dumont réussit à marier une fantaisie débridée à son goût pour les beaux cadrages, paysages féériques du nord de la France, et les échanges de regards à la fois énigmatiques et profonds, réalisant ainsi un long métrage de 3h20 des plus originaux et des plus drôles de ces dernières années. Il aurait d'ailleurs l'intention de continuer dans cette veine comique qui n'empêche jamais d'aborder des sujets critiques malgré l'apparente légèreté de ton. Ce film pourrait également redorer le blason de la comédie dans les festivals qui programment essentiellement des drames sociaux aux sujets bien pensants des plus conventionnels. P'tit Quinquin diffuse de plus une grande tendresse pour tous ces personnages de la "France profonde", laissés pour compte de la fiction traditionnelle, pourtant plus vrais que nature, quitte à froisser les Ch'tis caricaturés par Dany Boon qui n'auront pas compris que la fable n'a rien de local. (Arte TV / DVD & Blu-Ray Blaq out)


Autre film déjanté, La danza de la realidad est le dernier film d'Alejandro Jodorowsky, autobiographie romancée de sa jeunesse, farcie de références psychanalytiques plus surréalistes qu'analytiques, sorte de pont psychédélique entre Fellini et Buñuel. La symbolique mystique de ses films cultes El Topo ou La montagne sacrée laisse la place à une sérénité mordante où le cinéaste chilien octogénaire règle ses comptes avec sa brute stalinienne de père en offrant à ses trois fils de jouer la comédie. La danse de la réalité est une affaire de famille où le fils aîné incarne le père de l'artiste et dont le cadet compose la musique pendant que sa femme fabrique les costumes, le tout filmé dans son village natal. Là encore on s'amuse beaucoup des galipettes de l'illusionniste et des provocations d'un des fondateurs du groupe Panique. (DVD Pathé)


À l'opposé de Dumont et Jodorowky, Frederik Wiseman aborde avec le plus grand sérieux son enquête sur l'université publique de Berkeley, classée troisième au rang mondial pour la qualité de son enseignement, mais en butte à des réductions drastiques de budget opérées par l'État de Californie. Quatre heures documentaires sans commentaire, interview ni musique venue du ciel, c'est dense et intelligent. At Berkeley devrait intéresser tous les étudiants de France et de Navarre, histoire de comparer leur vécu avec les héritiers d'un campus historique qui a connu ses heures de gloire dans les années 60 au moment de la contestation étudiante. Les questions fondamentales sont posées sur l'accès au savoir et l'avenir de la planète aux mains de ses élites. (DVD Blaq out)

mercredi 24 septembre 2014

Shirley Clarke, réalisatrice majeure de l'avant-garde


La réalisatrice Shirley Clarke est une figure majeure du cinéma d'avant-garde américain. Deux de ses films principaux ressortent aujourd'hui en DVD, remasterisés par Milestone et publiés en France par Potemkine.
Unité de temps, unité de lieu, The Connection fut en 1959 le premier succès du Living Theater avant que Shirley Clarke s'empare de la pièce de Jack Gelber pour réaliser deux ans plus tard le faux documentaire d'un cinéaste imaginaire qui entre de temps en temps dans le cadre. Les comédiens s'adressent souvent à la caméra pour jouer leur rôle de junkies en manque attendant leur dealer. La mise en scène et leur jeu un peu théâtral, la plupart étaient présents dans la version originale, confèrent à ce concentré de vie new-yorkaise branchée et sordide la distance de la fiction. Quatre d'entre eux accompagnent l'action en jouant en direct des morceaux hard bop, le jazz étant à l'époque souvent associé à l'héroïne. Le compositeur Freddie Redd est au piano, Jackie McLean au sax alto, Michael Mattos à la basse et Larry Ritchie à la batterie. The Connection est probablement un des films les plus jazz de l'histoire du cinéma. Tourné sur vingt ans, le dernier film de Shirley Clarke sorti en 1985 sera d'ailleurs Ornette Coleman: Made in America.
Troisième d'une sorte de trilogie dont le second est The Cool World (musique originale composée par Mal Waldron et interprétée par le Dizzy Gillespie Quintet en 1963), Portrait of Jason doit beaucoup à la personnalité d'Aaron Payne dit Jason Holliday, artiste de cabaret noir et prostitué gay particulièrement extraverti. Filmé durant une nuit de décembre 1966 dans le salon de la suite du Chelsea Hotel de Shirley Clarke, le documentaire souligne cette fois encore la mécanique du tournage. La présence hors-champ de la réalisatrice et de Carl Lee (le dealer de The Connection) est explicite, contrariant le concept de cinéma-vérité auquel on l'associe abusivement et dont le sens est absurde car le cinématographe s'affranchit du réel dès que "ça tourne". Au montage la réalisatrice comprendra qu'elle doit conserver la présence de l'équipe et les aléas du tournage. Au travers du long monologue autobiographique qu'il met lui-même en scène Jason, ivre, raconte sa vie en faisant son numéro, opportuniste décidé à s'intégrer d'une manière ou d'une autre à la société blanche de son époque. L'essence-même de la fiction et du documentaire se révèlent à l'écran dans une confrontation de fantasmes et de mensonges où la réalité quotidienne émerge sous ses appâts les plus crus.
Les deux DVD sont accompagnés de divers bonus : photos de tournage, interview de Shirley Clarke de 1956 et trois courts métrages chorégraphiques : Bullfight (1955), Buttefly (1967), Trans (1978, sur une musique de Morton Subotnick).
On peut regretter que Rome is Burning, le Cinéastes de notre temps enregistré à Paris en janvier 1968 avec Shirley Clarke et réalisé par Noël Burch et André S. Labarthe n'ait pas été réédité alors qu'une VHS était sortie en 1996. Filmés avec la perche dans le champ (l'esprit était là !), figuraient autour d'elle Burch, Rivette, Jen-Jacques Lebel et Yoko Ono allongés dans des coussins profonds...

vendredi 19 septembre 2014

Le prête-nom de Martin Ritt


Sur la Liste noire du Maccarthysme : Martin Ritt, réalisateur de The Front (Le Prête-Nom), son scénariste Walter Bernstein, les comédiens Zero Mostel, Herschel Bernardi, Lloyd Gough... Comme Nicholas Ray, Elia Kazan et Joseph Losey ils furent interdits de travailler pendant les années 50 quand régnait sur Hollywood la Comission des Activités Anti-Américaines. Chaplin s'envola pour l'Europe et se vengea avec A King in New York, Kazan trahit en dénonçant ses camarades, nombreux continuèrent sous de fausses identités. C'est ce rôle qu'endosse Woody Allen en 1976, à la charnière de ses films à sketches et de sa carrière internationale. Caissier de bistro, son personnage rend service à un copain scénariste blacklisté en signant à sa place, mais il se retrouve coincé entre cette supercherie et la chasse aux sorcières contre les supposés communistes. Bien qu'elle soit hélas rarement en odeur de critique la comédie est une arme redoutable contre l'absurdité du monde. La légèreté de ton rend le pamphlet encore plus virulent. Woody Allen est étonnamment sobre, Zero Mostel génial en en faisant des tonnes. Le Prête-Nom est un film méconnu qui dresse un portrait d'une Amérique qui n'aura jamais cessé d'être paranoïaque. (DVD Wild Side)

jeudi 18 septembre 2014

Fargo, série policière plus folle que l'original


Quelle drôle d'idée nous a pris de revoir le film de Joel et Ethan Coen de 1996 après avoir regardé la série qui s'en inspire et dont les deux frères sont producteurs exécutifs ? L'adaptation en série réalisée par Noah Hawley est beaucoup plus excitante que l'original, poussant plus loin l'humour et le délire. Ici et là on reconnaît des points de concordance et les références abondent autant que les clins d'œil à maints autres films. Les paysages enneigés du Minnesota sont plus blancs et plus froids, le scénario plus déjanté, les surprises plus nombreuses d'autant que les dix épisodes constituent un très long métrage de neuf heures dont on comprend qu'il commence là ou se terminait celui des frères Coen. La seconde saison se passerait huit ans encore avant avec de nouveaux personnages sur le même principe que True Detective, l'autre série américaine dont la qualité aura marqué l'année.


Au début de chaque épisode le générique se déroule sur des images différentes, mais avec le même texte en transparence, le même que celui des frères Coen : "Ceci est une histoire vraie. Les évènements décrits eurent lieu au Minnesota en 2006. À la demande des survivants les noms ont été modifiés. Sans aucun respect pour les morts, le reste est raconté exactement comme cela s'est passé." Tous les artifices sont évidemment autorisés par la fiction, si abracadabrante que l'humour tinte l'hémoglobine d'une couleur inédite que l'on aura peine à décrire. Les personnages féminins sont beaucoup plus présents et intéressants que dans la version d'il y a dix huit ans avec la shérif interprétée par Allison Tolman aussi maline que les machos sont déconcertants d'idiotie. Le flegme énigmatique de Billy Bob Thornton répond à la fébrilité nerveuse et maladroite de Martin Freeman et tous les comédiens sont formidables. L'absurdité des situations nous rapproche parfois de Lynch, mais Noah Hawley réussit à trouver un ton personnel qui sied parfaitement à cette comédie noire.

jeudi 11 septembre 2014

Les anonymes de Pierre Schoeller en DVD


Les Anonymes – Un' pienghjite micca est le dernier film de Pierre Schoeller après L'exercice de l'État. Il met méticuleusement en scène les quatre-vingt-seize heures de garde à vue qui suivent l'assassinat du Préfet Claude Érignac à Ajaccio le 6 février 1998 après un an d'enquête. Diffusé sur Canal + en mars 2013, le téléfilm est ensuite passé en octobre-novembre le dimanche matin au cinéma du Panthéon. Le DVD lui offre une nouvelle sortie.
Après ces deux heures de huis-clos j'ai l'impression d'avoir été passé moi-même à tabac par les policiers de la Division nationale anti-terroriste (DNAT). Schoeller filme leurs méthodes musclées, les récupérations politiques des uns et des autres en restant toujours factuel. Les références historiques sont relativement maigres à part un subtil mélange d'archives et de reconstitution fictionnelle ne faisant que resituer l'action dans la chronologie. Seul du groupe des Anonymes, Alain Ferrandi interprété par Didier Ferrari finira par exprimer ses motivations contre l'État français. L'opacité qui accompagne depuis des décennies les actions des mouvements nationalistes corses ne sera pas dissipée. Schoeller soigne essentiellement le climat, laissant ses acteurs improviser les scènes d'interrogatoire devant la caméra, mélangeant la langue corse au français pour s'approcher d'une vérité qui n'est que celle de chacun, jouant du montage pour dynamiser les dialogues et donner à la fiction des allures de documentaire. Avec sa pâle imitation d'accent corse Mathieu Amalric est-il à côté de la plaque ou est-ce un effet de style pour jouer justement d'une distanciation insistant sur l'interprétation du réalisateur ? Car tous les autres comédiens sont remarquables, véritables Corses ou acteurs du continent. Les Anonymes – Un' pienghjite micca me rappelle L.627, le meilleur film de Bertrand Tavernier, pour son rapport au quotidien, fut-il ici strictement opérationnel. Plutôt qu'un thriller à rebondissements, Schoeller livre un film de situation comme la dernière fantaisie de Guillaume Nicloux, L'enlèvement de Michel Houellebecq passée récemment sur Arte. Sauf qu'ici le crime est sérieux, l'affaire toujours pas résolue (Yvan Colonna a saisi la Cour européenne des droits de l'homme, estimant qu'il n'a pas eu le droit à un procès équitable) sans parler du statut de la Corse toujours en but à des vendettas dont on ne sait si elles sont maffieuses ou indépendantistes.

mardi 9 septembre 2014

Dreamscape, si la télépathie colonisait les rêves


Les individus sujets à des perceptions considérées comme paranormales ont tendance à rejeter leurs dons médiumniques, assimilant leur hypersensibilité à un handicap pour avancer sereinement dans la vie. Certains s'en accommodent en choisissant un métier leur permettant de canaliser ce sixième sens, sciences cognitives, psychologie, carrières artistiques, etc. Quelques uns monnayent cette aptitude à utiliser une partie du cerveau que l'on sait majoritairement inexploré pour aider leurs congénères. Le symptôme de ces manifestations tient de l'intuition, mais en travaillant son psychisme il est possible d'aller beaucoup plus loin dans les méandres de la perception.
L'armée s'est toujours intéressée à ces possibilités et le film réalisé par Joseph Ruben en 1984 s'en inspire pour créer une œuvre tenant à la fois du thriller politique et de la science-fiction qui influencera évidemment Inception de Christopher Nolan. Dans Dreamscape des télépathes pénètrent dans les rêves d'individus victimes de violents cauchemars afin de combattre leurs angoisses. Comme toutes les recherches scientifiques l'expérience intéresse énormément les services secrets qui fomentent un complot contre un Président des États Unis décidé à stopper la guerre des étoiles en signant un pacte de non-prolifération des armes nucléaires. L'aventure menée par Dennis Quaid avec Max von Sydow et Kate Capshaw contre Christopher Plummer est une fantaisie savamment structurée avec effets psychédéliques à la clef, allusions délicieusement freudiennes et une belle composition musicale de Maurice Jarre à base de synthétiseur. Étrangement méconnu, Dreamscape nous interroge sur notre rapport à nos rêves. (DVD, Blu-Ray et VOD Carlotta)

lundi 8 septembre 2014

Dialogues avec des compositeurs et des cinéastes


Étant le plus souvent catastrophé par l'utilisation de la musique au cinéma j'ai pensé que ces dialogues coordonnés par N.T. Binh, José Moure et Frédéric Sojcher pourraient peut-être éclairer ma lanterne magique sur les raisons qui poussent les cinéastes à souligner pléonastiquement leurs effets avec des marqueurs fluos. Les orchestrations originales d'Ennio Morricone ne pouvaient qu'augurer ses réflexions passionnantes recueillies en 1979. Les autres entretiens datant tous de l'an passé nous apprennent comment travaillent les uns et les autres. Nombre d'entre eux insistent pour la complémentarité des images et des sons, fuyant la plate illustration à la manière holywoodienne en vigueur. Les compositeurs Vladimir Cosma, Carter Burwell, Alberto Iglesias évoquent les éternelles questions : faut-il composer en amont ou en aval du tournage ? L'utilisation de musiques préexistantes. Les thèmes récurrents. La nécessité ou non de musique. Sa justification dans le plan (exemple, in situ). La chanson sur toutes les lèvres. Le risque d'entendre conserver les maquettes temporaires. La gestion artistique du budget... La liberté octroyée par le réalisateur est également abordée par les duos compositeurs/cinéastes, ici Jean-Claude Petit et Jean-Paul Rappeneau, Bruno Coulais et Benoit Jacquot, Atom Egoyan et Mychael Danna. Certains ne craignent pas les pléonasmes ou ressassent des formules éculées, d'autres se renouvèlent sans cesse en fonction des émotions à susciter ou du sens à affiner. Claire Denis et Stephen Frears closent le débat sur des positions fortes, de contrôle pour l'une, de distance pour l'autre.
En lisant Cinéma et Musique : Accords Parfaits (ed. Les Impressions Nouvelles) au début de l'été j'avais noté avec intérêt les positions variées de chacun, mais deux mois plus tard je mélange tout et ne me souviens plus de rien. Chacun a sa manière de faire. Lorsque je compose la musique d'un film je laisse le monteur ou la monteuse libre de faire ce qu'ils veulent de mon travail. Si je trouve le résultat nul je ne retravaille plus avec le réalisateur ou la réalisatrice, un point c'est tout. Je gagne beaucoup de temps lorsque le décideur est dans le studio pendant l'enregistrement. Comme pour tout je prépare énormément, mais fabrique vite. La première prise est souvent la bonne. Je me méfie des musiques de placement, dites provisoires, comme de la peste. Je ne livre donc jamais de maquettes, mais du définitif provisoire. Entendre qu'il faut avoir la foi, être passionné pour bien travailler, mais comme je suis un bon gars il m'arrive tout de même de faire des corrections, voire tout reprendre si j'ai mal compris quelque chose. Je déteste aussi faire écouter la musique d'un autre projet pour convaincre, car cela n'a strictement rien à voir. Libre au réalisateur ou au producteur de juger de l'adéquation de mes travaux antécédents en rapports avec les films qu'ils accompagnent. Dans tous les cas je cherche à être utile, complémentaire plutôt qu'illustratif. Les idées d'instrumentation sont issues de l'ambiance générale, du découpage, de l'unité et de la confrontation. Les plus réussies ont été faites en confiance dans la plus grande liberté, surtout si les discussions avec le réalisateur ont été précoces, parfois au stade du scénario. Il m'est aussi arrivé de recycler des compositions anciennes pour retrouver un parfum d'antan, mais en général je préfère innover. Le plus intéressant est de considérer la musique comme partie intégrante de la partition sonore, de travailler les bruitages ou de composer en fonction de ceux-ci. Le choix des collaborateurs est aussi crucial.
Les compositeurs et réalisateurs interviewés ne livrent donc pas de recettes, mais leur expérience à chacun intéressera plus d'un jeune musicien ou cinéaste, leurs commentaires se complétant ou se contredisant astucieusement.

mercredi 3 septembre 2014

Klondike


Le premier roman que mon aventurier de père me donna à lire fut L'or de Blaise Cendrars. Comme le Général Suter il ne fit jamais fortune, mais il me transmit le goût des voyages, de ceux qui forment la jeunesse. À la fin du XIXe siècle la ruée vers l'or du Klondike inspira Jules Verne pour Le Volcan d'Or, Charles Chaplin pour La Ruée vers l'or, l'oncle Picsou qui y commença sa fortune et Jack London qui y avait participé et que l'on retrouve dans la mini-série réalisée par Simon Cellan Jones d'après le roman Gold Diggers: Striking It Rich in the Klondike de Charlotte Gray pour Discovery Channel.
Dans de sublimes paysages de montagne canadienne à la frontière de l'Alaska les chercheurs d'or vivent d'espoir lorsqu'ils ne s'étripent pas. La fièvre de l'or rivalise avec celle du typhus si la glace ne vient pas geler les enthousiasmes. Western de 4h30 découpé en 6 épisodes, Klondike est une fresque somptueuse où Sam Sheppard joue un prêtre qui doit composer avec le réel et Tim Roth une crapule qui incarne le mal. Le moral et séduisant héros, puisqu'il en faut un dans ce genre d'épopée hollywoodienne dont Ridley Scott est le producteur exécutif, est interprété par Richard Madden, le Robb Stark de Game of Thrones. La plupart des personnages sont inspirés de ceux et celles qui ont véritablement vécu le Klondike Gold Rush comme Belinda Mulrooney, le superintendant Sam Steele, Father Judge, Soapy Smith ou London. Mais c'est la matière qui a le plus beau rôle, paysages à couper le souffle et l'or qui fait briller les yeux des orpailleurs et continue de fasciner les gredins d'aujourd'hui. (DVD/BluRay Wild Side)
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