Jean-Jacques Birgé

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mercredi 3 février 2016

Grandma roule en Dodge


Lorsque l'on découvre une comédie originale et réussie, l'envie de vérifier si le réalisateur ou la réalisatrice en a commis d'autres est mon premier réflexe à l'issue de la projection. Je n'ai vu aucun autre film de Paul Weitz, mais après Grandma, ou plutôt avant puisque c'est son dernier long métrage, je vais m'y employer dare-dare.
Grandma est une sorte de road movie à Los Angeles intra-muros mettant en scène une jeune fille de 18 ans qui vient de tomber accidentellement enceinte et sa grand-mère appelée à la rescousse. Au cinéma comme dans la vie les vieilles dames indignes sont truculentes, et celle interprétée par Lily Tomlin est particulièrement corrosive. Lesbienne, féministe, faussement misanthrope face à l'irresponsabilité masculine, Grandma est jeune depuis beaucoup plus longtemps que les autres protagonistes de cette course qui s'étale sur une journée bien remplie. Au volant de sa superbe Dodge Royal de 1955 elle part donc en quête de 630 dollars pour payer l'avortement de la gamine.


La drôlerie du film doit beaucoup à la prestation de Lily Tomlin et à l'élégance crue des dialogues de Paul Weitz qui ne tombent jamais dans la mièvrerie. Tourné en 19 jours, Grandma réussit à tenir en haleine grâce à sa structure par étapes, autant d'épreuves que les trois générations de femmes doivent surmonter. Au fur et à mesure que l'on avance le passé se révèle, justifiant les comportements actuels de chacune ou chacun. Vivement que le film sorte bientôt en France !

mardi 26 janvier 2016

La nuit de carnaval


Sans soutien populaire les comédies ont peu d'avenir. Les responsables de festivals et la presse spécialisée, comme les organismes subventionneurs, préfèrent les histoires sinistres qui les soulagent de leur mauvaise conscience de classe. Les sujets à thèse mille fois ressassés font passer le cinéma pour un outil pédagogique et les films misérabilistes pour un acte militant. Or la comédie propose souvent une charge critique, légère et élégante de la société que le drame ne sait aborder que par des balourdises complaisantes qui surlignent l'action. Les universitaires qui ont pris le pouvoir sur la presse cinématographique ne valent guère mieux que les élèves des écoles de commerce qui ont remplacé les producteurs cinéphiles aux postes de pouvoir comme à la télévision. Ma réflexion porte évidemment sur le cinéma d'auteur, à savoir une manière de filmer en accord avec un regard réellement personnel du réalisateur, lorsque le fond et la forme trouvent leurs rimes.


La nuit de carnaval, film soviétique de 1956, n'échappe pas vraiment à cette petite réflexion, même si le contexte est fort différent. Sans son succès populaire à sa sortie, 48 millions d'entrées, le film d'Eldar Ryazanov ne jouissait pas de la meilleure réception des instances dirigeantes. Staline était mort seulement trois ans auparavant et l'humour qu'il déploie rappelle directement les plaisanteries anti-communistes que les intellectuels du PCF aimaient raconter avec délectation. Ce ne sont évidemment que des piques discrètement suggestives pour nous, mais qui réjouissaient totalement le public russe. On n'est jamais loin du Ninotschka de Lubitsch. Si la bureaucratie y est ridiculisée, Ryazanov y va tout de même avec des pincettes en ces débuts kroutchéviens de déstalinisation, ne se moquant en réalité que des sous-off en épargnant les hauts dirigeants. La jeunesse y apparaît pleine de fougue et de fantaisie, prête à relever le défi d'une nouvelle ère. J'ai aussi pensé à la séquence finale d'Hellzapoppin lorsque le spectacle de fin d'année déjante suite à un sabotage en règle qui lui accorde le succès, comédie musicale dont l'influence américaine est évidente. La résultante dévoile un ton unique où le jazz répond à la bureaucratie avec l'impudence de la jeunesse, humour particulier rappelant que nombreux clowns étaient d'origine russe.


Si elles sont considérées comme des chefs d'œuvre de l'autre côté du rideau de fer, même après la chute du Mur, notamment L'Ironie du sort sorti en 1975 et considéré comme le film culte par plusieurs générations de cinéphiles dans son pays, les comédies de Ryazanov sont quasiment inconnues en France. Les responsables du festival Quand les Russes... ont la bonne idée de publier en DVD La nuit de carnaval avec le soutien d'Arcades Films. C'est aussi le premier rôle de Lioudmila Gourtchenko que l'on retrouvera chez Nikita Mikhalkov, Guerman, Kira Muratova, Andreï Kontchalovski. En bonus, la comédienne Macha Méril, qui signe cette collection, commente le film avec l'historien du cinéma Jean Radjvanyi. DVD sortie le 25 février 2016.

lundi 11 janvier 2016

La langouste sauve la mise


Ayant déjà évoqué Carol, The Diary of a Teenage Girl, Chi-raq, Youth, Love & Mercy dans cette colonne, je fais un rapide petit tour d'horizon de films récents projetés en grand sur mon mur blanc.
Les blockbusters sentent le rance. Le western Les huit salopards, dont le titre anglais The Hateful Eight insinue que le huitième film de Quentin Tarantino est plein de haine, est un interminable huis clos machiste rappelant Reservoir Dogs. Seul sur Mars de Ridley Scott, variation cosmique moins ennuyeuse qu'Interstellar ou Gravity, comme Spectre, énième James Bond signé Sam Mendes, se regardent sans arrière-pensée, grave défaut du cinéma de masse américain. Dans le genre cinéma forain, les films de poursuite Mad Max: Fury Road de George Miller ou Fast & Furious 7 de James Wan sont totalement ridicules, mais leurs attractions de montagnes russes vous en mettent plein la vue. Je me demande si je n'ai pas préféré les effets spéciaux du super-héros Ant Man de Peyton Reed ? Idem avec Mission: Impossible - Rogue Nation de Christopher McQuarrie que j'ai déjà oublié ou Le pont des espions de Steven Spielberg dont l'exposition des faits ne laisse aucune place à la moindre réflexion sur la guerre froide.


L'homme irrationnel de Woody Allen est une nouvelle version tourmentée des amours entre un vieux et une jeune, pitoyable. Mistress America est une nouvelle variation insipide de Noah Baumbach autour de sa compagne Greta Gerwig, minauderie boboïsante new-yorkaise aux prétentions arty. Préférer la nouvelle comédie dramatique de Neil LaBute, Dirty Weekend avec Matthew Broderick et Alice Eve, autopsie des rapports homme-femme toujours aussi cruelle et méticuleuse. Côté porno arty on évitera soigneusement Love de Gaspar Noé dont le scénario indigent n'est que prétexte à des scènes de cul sans intérêt.


Les occasions de se marrer ne sont pas courantes, aussi Les Minions de Kyle Balda et Pierre Coffin remporte la palme cette année, et au moins celui-là on peut le voir en famille puisque c'est un film d'animation pour les enfants. À noter qu'il a été réalisé essentiellement par une équipe technique française et que l'absurde de la langue cosmopolite des gélules jaunes sur pattes est à l'image du comique du film (ci-dessus quelques clips inédits, les Minions ont généré plus de variations marketing que le film lui-même). Dans la catégorie thriller on pourra voir Sicario du canadien Denis Villeneuve, mais dans le genre, franchement, le grand film de 2015 est la saison 2 de la série télévisée Fargo produite par les frères Coen. Scénario rebondissant et inattendu, acteurs fantastiques dont l'épatante Kirsten Dunst, musique d'accompagnement fabuleusement choisie, l'histoire est indépendante du film et de la saison 1 déjà formidable. Des personnages banals y sont confrontés accidentellement à une situation exceptionnelle qui les fait déjanter. Oubliez vos a priori sur la télé, c'est le cinéma adulte américain, le reste est conçu pour des adolescents de 15 ans.


Heureusement il y a The Lobster de Yórgos Lánthimos avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Léa Seydoux, seule œuvre radicalement différente parmi tous les films récents que j'ai pu voir ces derniers temps. On lui devait déjà Canine et Alps qui sortaient résolument de l'ordinaire. Le changement de repères sociaux qu'affectionne le cinéaste grec est cette fois encore plus explicite. À travers une histoire à dormir debout il interroge la cellule du couple et de la famille, la sexualité et ses tabous, le pouvoir et ses déviances abusives, l'organisation et l'anarchie, le sacrifice et la désobéissance, la vie et la mort. Ce n'est certainement pas un hasard si c'est en Grèce que l'impossible est mis à l'épreuve de la réalité. Lánthimos pulvérise le réel en lui conférant le statut d'un scénario parmi tant d'autres.


Le documentaire The Wolfpack de la jeune Crystal Moselle rappelle diablement la fiction Canine de Lánthimos, puisqu'il s'agit d'une fratrie de six garçons et une fille enfermés pendant quinze ans au seizième étage d'un immeuble du Lower East Side de New York par un père pensant épargner à sa progéniture les mauvaises influences de notre société. Les gamins rejouent intégralement les blockbusters de Tarantino en se confectionnant costumes et accessoires, et lorsqu'ils s'échappent enfin dans la rue ils portent l'uniforme des acteurs de Pulp Fiction ! Le glissement de repères est évidemment passionnant et l'interprétation psychanalytique terriblement concluante. Les documentaires étant presque exclusivement phagocytés par les drames, Amy de Asif Kapadia sur la chanteuse Amy Winehouse est une réussite, bouleversant et terriblement triste. J'en profite donc pour signaler la comédie documentaire de Françoise Romand, Baiser d'encre, dont j'ai composé la musique et qui cache un stimulant conte moral sur la famille autour des artistes Ella & Pitr.

mardi 5 janvier 2016

Révélation de la sexualité : Carol et The Diary of a Teenage Girl


Deux films très différents, regardés coup sur coup, évoquent l'éveil de la sexualité chez deux jeunes filles américaines. La première, la vingtaine à New York en 1952, est filmée par Todd Haynes ; la seconde, 15 ans à San Francisco en 1976, est l'héroïne du premier film de Marielle Heller. Carol (sortie française le 13 janvier) est un des meilleurs mélodrames sirkiens de son auteur tandis que The Diary of a Teenage Girl (sortie française le 24 janvier) est une comédie enjouée pleine de fantaisie, mais l'un comme l'autre mettent en scène des remarquables actrices dans un décorum qui sert parfaitement leur sujet. La lumière de Carol rappelle les images sombres et énigmatiques du peintre Edward Hopper, les animations incrustées pleines de couleurs de The Diary of a Teenage Girl font référence au monde psychédélique de la dessinatrice Aline Kominsky.


La jeune Therese Belivet interprétée par Rooney Mara tombe sous le charme de Carol, une bourgeoise évanescente jouée par une Cate Blanchett toujours aussi surprenante. La jeune Bel Powley incarne génialement Minnie, adolescente ne pensant qu'au sexe sans aucun tabou alors que l'homosexualité vingt cinq ans plus tôt en constituait un des plus puissants. Les deux scénarios sont des adaptations de semi-autobiographies : le premier est tiré du roman Le prix du sel de Patricia Highsmith, d'abord discrètement publié sous le pseudonyme de Claire Morgan, le second était une bande dessinée de Phoebe Gloeckner, déjà portée à la scène par Marielle Heller elle-même avant d'en faire un film avec le soutien du Sundance Festival. Là où le désir et le trouble de Therese incarne une fascination délicate pour une femme en instance de divorce qui va perdre la garde de sa fille, l'appétit et la curiosité adolescents de Minnie ne sont entachés d'aucun discours moral malgré son attirance pour l'amant de sa mère fêtarde. Si la culpabilité habite tous les protagonistes sauf elle, The Diary of a Teenage Girl reflète une époque de liberté qui faisait cruellement défaut aux années 50.


Le Summer of Love et l'année 1968 qui a suivi ont considérablement transformé les rapports intergénérationnels où il était normal de "vivre sans temps morts, jouir sans entraves", les pulsions sexuelles s'épanouissant dans une ambiance de créativité et d'expérimentation. En cela, le film de Marielle Heller nous surprend plus par sa fantaisie débridée que celui de Todd Haynes malgré sa maestria dans l'art de suggérer la moindre émotion, les deux films trouvant chacun dans leur esthétique une adéquation remarquable avec leur sujet.
Ils posent la question redoutable d'où nous en sommes aujourd'hui, coincés entre des revendications de normalisation et la peur de l'inconnu.

vendredi 1 janvier 2016

Avec "Chi-raq" Spike Lee retrouve le ton de ses débuts


Depuis que je connais Lysistrata je me suis toujours demandé pourquoi les femmes acceptaient la mort de leurs maris, fils, pères ou frères. Comment peuvent-elles être complices de la violence des hommes ? Quel pouvoir ont-elles oublié qui ne leur permettent pas d'enrayer la folie des brutes machistes qui ne trouvent jamais que la guerre pour (ne pas) régler leurs conflits ou asseoir leur emprise ? Est-ce que la mort est intrinsèquement liée au sexe ? Les explications psychanalytiques ne sont pas de mon ressort, mais Aristophane a su proposer une solution pacifique qui ne semble pas avoir convaincu puisque cela continue de plus belle !
Spike Lee s'empare donc de cette comédie pour dénoncer la violence qui s'exerce entre Afro-Américains. Il y a plus de morts à Chicago liés aux bagarres entre gangs qu'il n'y en eut en Iraq, d'où le surnom du quartier sud, contraction de Chicago et Irak. Comme dans la comédie grecque le réalisateur de Do The Right Thing, Mo Better Blues et Malcolm X emploie un langage direct qui sied à l'argot des rues, les acteurs s'exprimant en vers, rap nerveux de cette comédie musicale où l'on retrouve le ton de ses premiers films. Spike Lee n'évite pas quelques longueurs, mais le sujet est formidable et son adaptation parfaitement à propos.


Chi-Raq est un film militant à la portée populaire. Il devrait être projeté dans les quartiers, là où l'esprit de clan a remplacé la solidarité de classe. Le prêche du pasteur Michael Pfleger interprété par John Cusack est explicite, la misère entretenue par le capitalisme et le chômage poussent ces jeunes à s'entretuer, ce dont profitent les marchands d'armes soutenus par la NRA, la criminelle National Rifle Association. Samuel L. Jackson joue le rôle du chœur commentant les péripéties de cette bande de filles qui décident de faire la grève du sexe tant que leurs mecs utiliseront leurs armes. Elles s'opposent aux gangsters et à la police, à l'armée et à la résistance de leurs sœurs. Dans cette South Side Story Wesley Snipes et le rappeur Nick Cannon sont les chefs des Spartans et des Trojans, Teyonah Parris est Lysistrata, Angela Bassett est Helen et Dave Chapelle fait partie de la bande. La musique nerveuse porte le film, les couleurs éclatent sur l'écran, orange et violet représentant celles des deux gangs. Des vers scandés s'affichent parfois en infographie, plus agit-prop que clip-vidéo. Chi-Raq est à la fois drôle et sérieux, swing et sexy.
Mais est-ce que cela changera grand chose à la violence absurde, criminelle et suicidaire des hommes ? Cette brutalité mortifère reste pour moi un mystère. À moins qu'elle ne s'explique par l'intérêt des pouvoirs en place, et ce depuis des millénaires (Aristophane a écrit sa pièce cinq siècles avant J-C), à exciter les pauvres les uns contre les autres pour mieux les contrôler et les opprimer ? Cette culture de la guerre est-elle inhérente à l'espèce, le fruit d'un calcul cynique ou de l'inconséquence des chefs ? Peace and Love revendique Lysistrata et à sa suite le réalisateur Spike Lee, fatigué de voir sa communauté s'entretuer. C'est ce que je vous souhaite pour cette nouvelle année en cette période qui pue le sang et les larmes, l'exploitation et le profit, la manipulation et l'aveuglement.
Paix et Amour pour 2016, que peut-on souhaiter d'autre ?

lundi 21 décembre 2015

Y aura-t-il de la neige à Noël ?


Carlotta publie en DVD et Blu-Ray le premier film de Sandrine Veysset dans une superbe copie restaurée en 4K qui magnifie le Super-16 d'origine. J'ignore ce qui m'avait retenu de voir Y aura-t-il de la neige à Noël ? il y a bientôt 20 ans, mais c'était une erreur de ma part. Parfois le titre ou l'affiche font fuir ; ici la question me fit peut-être penser à ces films misérabilistes qui plaisent tant aux bien-pensants programmateurs de festivals, critiques de cinéma, jurys du CNC, alors que la fantaisie est souvent assimilée à la grande consommation, vulgaire ou cul-cul-la praline. Comme si une comédie était incapable de réfléchir le réel... Pourtant, malgré la gravité du sujet, nous sommes plus en présence d'un conte de fées que d'un énième drame larmoyant. La résistance à l'absurdité et à la méchanceté tire vers le haut les histoires les plus dures, ici une femme élevant seule ses sept enfants face à un père tyrannique déjà marié à une autre famille.


Mais l'héroïne et ses sept "nains" partagent l'affiche avec la campagne. On n'a jamais aussi bien filmer le travail de la terre. Rien d'étonnant à ce que Sandrine Veysset ait été élevée dans une ferme provençale comme celle-ci où sont cultivées tomates, salades, persil, poireaux, navets, potirons... ! Dans l'excellent complément de programme (comme Carlotta nous en gratifie souvent sous la responsabilité de Nicolas Ripoche), la réalisatrice, accompagnée de sa chef-opératrice Hélène Louvart, raconte son mélange d'autobiographie et d'invention scénaristique. De même, la comédienne Dominique Reymond, dont c'était le premier grand rôle au cinéma, évoque sa découverte du monde rural, son formidable partenaire Daniel Duval et les enfants. La direction d'acteurs est encore là exceptionnelle. Les contes de fées ont souvent un fond terrible qu'il s'agit de surmonter. Y aura-t-il de la neige à Noël ? rejoint les grands films initiatiques comme La nuit du chasseur, Les contrebandiers de Moonfleet ou, plus près de nous, Spartacus et Cassandra.

→ Sandrine Veysset, Y aura-t-il de la neige à Noël ?, DVD/Blu-Ray (et VOD), Carlotta, 20,06€

mercredi 9 décembre 2015

Baiser d'encre en projection et DVD


D'abord l'affiche !
Celle de l'homme-tétons (84x60cm) est offerte avec l'achat du nouveau DVD de Françoise Romand, Baiser d'encre, une fantaisie documentaire sur les artistes Ella & Pitr. C'est un vrai film, un film de cinéma qui met du baume au cœur en cette période bien noire. Ici seule l'encre a cette couleur. Elle coule à flots sur le couple qui affiche leur amour et leurs histoires à dormir debout sur les murs du monde. Génération Y, la vie et l'œuvre intrinsèquement liées, ils puisent leur inspiration dans leur vie quotidienne dont les rêves composent une nouvelle réalité pleine d'humour et de tendresse. Ils sillonnent la planète avec leurs deux jeunes enfants, exposant leurs affiches dans les rues ou en galeries, manière généreuse de coller à tous leurs publics.
Ensuite la musique !
J'ai composé la partition sonore en m'inspirant des images, mais en évitant soigneusement l'illustration. Je préfère la complémentarité, base de la dialectique audiovisuelle. La musique étant plus drôle à jouer à plusieurs, la chanteuse Birgitte Lyregaard, le multi-instrumentiste Sacha Gattino, le saxophoniste Antonin-Tri Hoang, le violoncelliste Vincent Segal, l'ici-contrebassiste Hélène Sage et le batteur Edward Perraud m'ont prêté main forte. J'ai puisé parmi les pièces que nous avions enregistrées ensemble et ajouté des parties au clavier plus quantité de clins d'œil, ambiances immersives et un bestiaire imaginaire inspiré par Ella & Pitr aussi bien que par les bestioles saisies par Françoise. Le son jouant du hors-champ donne à voir des éléments invisibles qui participent à cette poésie du quotidien.
Le film enfin !
Baiser d'encre, projeté demain jeudi au Cin'Hoche à Bagnolet et mardi prochain au Triton aux Lilas en présence de la réalisatrice, sort en DVD avec en bonus Ta mère le loup, court métrage d'animation d'Ella & Pitr que j'accompagne par de sombres accords et une fantômatique mélodie au Novachord !

→ Jeudi 10 décembre 20h30 au Cin'Hoche (grande salle), 6 rue Hoche 93170 Bagnolet, M° Galieni (à côté de la mairie de Bagnolet) - Tarif unique 3€50
→ Mardi 15 décembre 19h30 au Triton (petite salle avec balcon), 11 bis rue du Coq français 93260 Les Lilas, M° Mairie des Lilas (en face de la maternité) - Entrée libre sous réserve des places disponibles
→ Prix de lancement : Baiser d'encre, DVD+affiche+port=18€ (16€ sur place) à commander par mail
→ Les DVD de Mix-Up, Appelez-moi Madame, Ciné-Romand, Gais Gay Games et Thème Je sont également disponibles sur romand.org

mercredi 18 novembre 2015

Body Double en coffret ultra collector


L'éditeur Carlotta continue de privilégier l'Histoire du cinéma aux sorties récentes en publiant DVD et Blu-Rays de films incontournables. Mine d'or pour étudiants et cinéphiles, en plus des bonus (témoignages sur les thèmes de la séduction, de la mise en scène, du mystère et de la polémique), un livre de 200 pages agrémenté de 50 photos inédites accompagne le coffret "ultra collector" de Body Double de Brian de Palma. Tirage unique limité à 3000 exemplaires, cette nouvelle collection proposera 4 coffrets par an. Le livre, très vivant, écrit par Susan Dworkin est bien documenté avec un point de vue intelligent.


À le revoir, le thriller de de Palma m'apparaît plein d'humour plus qu'il ne fait peur, et son érotisme masque la violence. J'ai longtemps pensé que le réalisateur était un pâle imitateur d'Alfred Hitchcock alors qu'il lui rend hommage en réinterprétant ses thèmes de prédilection et sa technique du suspense. Ici les clins d'œil à Vertigo (Sueurs froides) et Rear Window (Fenêtre sur cour) sont évidents, mais il se joue de notre reconnaissance pour nous attirer dans ses filets. Les références hitchcockiennes deviennent des éléments de l'énigme. Plutôt qu'un remake, de Palma compose un rethink, fantaisie palpitante en forme de variation.

→ Brian de Palma, Body Double, restauré 4K, coffret ultra collector Blu-ray + 2 DVD + Livre 200 pages, 50€ (également disponibles en éditions singles Blu-ray et DVD), à paraître le 2 décembre 2015

vendredi 13 novembre 2015

De la piété filiale


À regarder les films Garçon d'honneur (Xi Yan / The Wedding Banquet) et Salé, sucré (Yin Shi Nan Nu / Eat Drink Man Woman) on ne peut que s'interroger sur la piété filiale des Chinois face à l'individualisme des Occidentaux. Après ses débuts avec Pushing Hands, Ang Lee réalise les deuxième et troisième volets de sa trilogie Father Knows Best en 1993 et 1994. Le premier raconte l'impossibilité d'un jeune homme à annoncer à ses parents qu'il est homosexuel et ne leur donnera pas de petit-fils, le second met en scène la difficulté de trois filles à se marier en abandonnant leur père.
Lors de mes voyages en Asie j'avais été sidéré par l'importance de la famille où les personnes âgées étaient choyées contrairement à ce que nous vivons ici. Plusieurs générations y ont l'habitude de cohabiter sous le même toit et l'avis des aînés est prépondérant. Si vous connaissiez ma mère, cette situation vous paraîtrait, comme à moi, surréaliste, inconcevable ! Dans ces deux comédies dramatiques, Ang Lee, Taïwanais tôt émigré aux États-Unis, pointe les absurdités que la tradition engendre, plongeant douloureusement les jeunes adultes dans une culpabilité qui semble inextricable.
Dans Garçon d'honneur le trio new-yorkais invente un stratagème qui semble convenir à chacun pour noyer le poisson, mais le mensonge est compliqué à maintenir malgré les apparences. L'amour filial est incompatible avec les sentiments amoureux du couple tandis que l'amour paternel exige de sauvegarder les apparences. La scène du banquet tant redoutée est délirante de beauferie et farcie d'hypocrisie sociale alors que l'homosexualité y suinte discrètement.
En ce qui concerne l'exposition gourmande je préfère évidemment les scènes culinaires de Salé, sucré qui fascinent tous les grands chefs de la planète. Comment ne pas ne pas saliver et en baver de désir ? L'érotisme qui s'en dégage montre à quel point l'oralité est puissante dans les arts de la table. Feu d'artifice chorégraphique dont on sent les parfums, il évoque une rigueur qui, transposée à l'organisation familiale, devient une chape de plomb impossible à digérer. Les trois filles du vieux chef cuisinier sont en proie à des contradictions terribles, refoulant leurs sentiments tant dans la fuite que dans la responsabilité qu'elles pensent devoir assumer. L'habile scénario réserve heureusement des surprises, révélant le combat dialectique auquel chacune se livre pour composer avec le poids des traditions et l'évolution récente d'une société fascinée par les modèles occidentaux de libération individuelle. Le père incarne lui-même cette révolution des mœurs, choquante et provocante.
Ayant fait mes propres choix de vie en m'épanouissant sentimentalement après avoir réglé leur compte à mes aînés, il me reste à passer en cuisine, étape jamais résolue car se répétant délicieusement à chaque repas. J'aurais pu développer les avantages et inconvénients de la famille, mais Salé, sucré a excité mes papilles, me forçant à abréger illico cette chronique.

→ Carlotta sort ces deux comédies dramatiques en DVD et Blu-Ray remasterisées le 25 novembre, accompagnées de longues interviews avec Ang Lee, le producteur-scénariste, l'acteur .

mercredi 4 novembre 2015

OUT 1, des vies parallèles


Revoir en Blu-Ray les douze heures trente de OUT 1 plus de quarante ans après sa projection alors que j'étais étudiant à l'Idhec me renvoie à ma jeunesse, ou plutôt à une autre, une jeunesse que j'aurais fait semblant de vivre, en contrebande ou dans une quatrième dimension, comme si j'avais croisé les personnages de Jacques Rivette à d'autres moments de ma vie et qu'ils s'étaient finalement retrouvés plus tôt, en 1973, lorsque notre école hébergée par le Théâtre du Ranelagh avait brûlé et que nous nous étions réfugiés dans un ancien studio de photo rue de Boulainvilliers. Le metteur en scène était venu présenter son film fleuve et, probablement sur sa suggestion, Michael Lonsdale assura le cours de direction d'acteurs. L'avenir me permet de recomposer le film par une sorte de voyage dans le temps d'où émergent de nouveaux Treize d'après Balzac. Mon maître, Jean-André Fieschi, responsable de l'Histoire du cinéma à notre École, cultivait lui-même le thème du complot et je me souviens avoir dîné chez lui avec Rivette comme avec tant de passeurs qui m'initièrent au mystère ou à l'analyse.

Un soir où nous sortions de la Coupole, Jean-Pierre Léaud me susurra à l'oreille, l'index dressé devant ses lèvres, levant les sourcils vers un ciel noir, "chut, parce qu'il y a... les voix !". En 1985 j'engageai Lonsdale pour jouer Le K et Jeune fille qui tombe... tombe, deux nouvelles initiatiques de Dino Buzzati, avec Un Drame Musical Instantané. Immense régal. Dix ans plus tard je le dirigeai ainsi que Michel Berto pour ma partition sonore de l'exposition-spectacle Il était une fois la fête foraine. En 1976 Francis Gorgé et moi avions déjà joué Cool Sweety et Speedy Panik avec Hermine Karagheuz et Annick Mével. Chaque décennie semble se fondre dans les précédentes. En 1993 Bulle Ogier participait à Sarajevo Suite avec une fragilité qui me désarçonna. Je suis amusé de reconnaître ici ou là, le long des huit épisodes de OUT 1 Noli Me Tangere, Jean-Pierre Drouet (dont le zarb marque les points de suspension du récit), Jean-Pierre Bastid, Jacques Doniol-Valcroze, Bernard Eisenschitz, Bernadette Lafont, Eric Rohmer, Jean-François Stévenin... Rien d'étonnant : tous faisaient plus ou moins partie de la famille de mon précepteur, ou du moins de ce monde magique que je découvrais avec gourmandise. Je n'en étais pas moins furieux lorsque JAF me présenta un soir à Edouardo de Gregorio comme "son ombre" !


En revoyant la version longue de OUT 1 je reconnais mon goût pour l'improvisation, et pour le cinéma des illusions au détriment du théâtre qui surjoue. D'un côté la longueur apprivoisée grâce à La région centrale de Michael Snow, de l'autre mon amour pour les ellipses que le montage de la version "courte" (4h15) de OUT 1 Spectre favorise. Dans son texte OUT 1 et son double figurant dans le passionnant livret du coffret DVD, Jonathan Rosenbaum a raison d'évoquer les séries TV pour signaler à quel point la durée n'est plus un problème pour les spectateurs d'aujourd'hui. À partir d'une certaine longueur les films vous absorbent, chute libre qu'Alice nous indique à suivre le lapin blanc en dévorant ces merveilleux biscuits. Sous le grand écran nous perdons la notion des dimensions comme celle du temps. Après l'effort des premières bobines où deux troupes de théâtre d'avant-garde répètent inlassablement et improvisent devant nous selon les canons explosifs de l'époque (Grotowski, le Living Theater, etc.), plus l'on s'enfonce plus le film devient passionnant. Ça se mérite ! N'est-ce pas le propre des sociétés secrètes ? Parallèlement Léaud, dans le rôle d'un faux sourd-muet, et Juliette Berto, paumée comme souvent, mènent leur barque, mais c'est nous qui allons en bateau dans ce film choral où les acteurs se croisent subrepticement au gré des flows. Chacun des huit épisodes, de la durée traditionnelle d'un long métrage, est une navette d'un personnage à un autre, formant une sorte d'anadiplose dramatique où, avec le recul, les entrées en scène surprennent comme des coups de théâtre.
Comme beaucoup, le film est un miroir de son temps, même si Rivette oppose son OUT à la mode du in de l'époque. Après 1968 le désir de faire "autrement" était la règle, ou du moins la question se posait. Or Noli me tangere (en latin "ne me touche pas", du Christ à Marie-Madeleine lors de sa résurrection !) est à la fois une charnière et la clef d'une époque qui allait pourtant se refermer.

Out 1, Jacques Rivette, coffret prestige en édition limitée en combo 6 Blu-ray + 7 DVD, Carlotta, 79€ en précommande jusqu'au 18 novembre, jour également de la sortie au cinéma, contenant les deux versions du film en restauration 2K, Out 1 : Noli me tangere (version intégrale de 12h30), Out 1 : Spectre (version de 4h), le livre Out 1 et son double (version bilingue français/anglais) avec un essai inédit de Jonathan Rosenbaum, un documentaire inédit de 90 mn, des cartes postales

mardi 27 octobre 2015

Résurrection de la femme-bourreau


Mais qui est Jean-Denis Bonan ? Un provocateur ? Un humoriste ? Un héraut de son temps (y aurait-il aussi un os dans l'air ?) ? Certainement tout cela et bien d'autres, mais d'abord cinéaste et plasticien dont les points d'interrogation trouvent leurs réponses dans le bonus En marge, entretien palpitant avec le réalisateur de La femme-bourreau figurant sur le DVD que publie enfin Luna Park Films accompagné de trois courts métrages aussi sulfureux que ce film mythique tourné au printemps 1968 et pendant les événements de mai. Là encore les questions se bousculent, les qualificatifs allant de thriller à surréaliste en passant par expressionniste et nouvelle vague. Ajoutons que sa réputation de film maudit précède cette sortie qui aura attendu 45 ans dans le noir.
Pourtant Jean-Denis Bonan est l'opposé d'un triste sire. Lutin facétieux, il tourna ces films un peu potaches de 1966 à 1968 avant de fonder le collectif Cinélutte en 1973, de créer Métropolis avec Pierre-André Boutang sur Arte, également en charge de divers magazines sur France 2 et France 3 dont Aléas, ainsi que Histoires d’Amour, Les Moments de la Folie et Traces qu'il initie.
Ma compagne, Françoise Romand, fut son assistante, et il fut mon professeur de montage et le responsable des études pour la première année lorsque je suis entré à l'Idhec en 1971 (il formait un triumvirat avec Richard Copans et Jean-André Fieschi à l'appel de Louis Daquin). Chaque matin, le sourire aux lèvres, il nous racontait le rêve incroyable qui avait meublé sa nuit, courts métrages imaginaires qui l'inspiraient probablement ensuite. Avec quelques années de décalage les coïncidences s'accumulent. Mon camarade Bernard Vitet compose la musique de La femme-bourreau et Daniel Laloux (qui sera le narrateur de notre K et de Jeune fille qui tombe... tombe pour Un drame musical instantané) les chansons ; il est l'ami de Jean Rollin, le pape du porno-vampire que j'assistai sur Lèvres de sang (vous n'êtes pas au bout de vos surprises !) et Nicolas Devil, l'illustrateur de Saga de Xam, bande dessinée culte et fondatrice qu'ils réalisèrent ensemble et dans laquelle figure Bonan, éclairant mon adolescence et m'initiant au genre, dessine l'affiche et le générique de son court métrage Tristesse des anthropophages.
C'est avec ce court métrage que les ennuis ont commencé ! Cette farce politique et sociale, plus scatologique qu'anthropophage, est interdite en 1966 par la censure gaulliste. Le film sera projeté au cinéma Les 3 Luxembourg occupé par les étudiants contestataires de mai 68. Le fast-food où l'on sert de la merde est tout à fait prémonitoire, "dans un monde où tout est interdit sauf ce qui est obligatoire". Dès La vie brève de Monsieur Meucieu en 1962, on reconnaît la fantaisie débridée de Bonan et Une saison chez les hommes, détournement d'images des Actualités cinématographiques, enfoncera le clou en 1967.


Dans La femme-bourreau les travellings en caméra portée profitent à l'enquête policière de cette histoire de tueur en série et au sentiment de poursuite hantant tous les films de Bonan qui a fui enfant la Tunisie. Les décalages entre le commentaire froidement informatif et les images souvent sensuelles renforcent la distance critique. Le montage explosé déglingue la continuité. L'invention musicale de Vitet, grinçante et tendue, répond aux chansons ironiques de Laloux et aux bruitages ostensiblement décalés. Claude Merlin (père de Blaise !) tient le rôle principal aux côtés de Solange Pradel, Myriam Mézières, Jackie Raynal, Jean Rollin... La variété de tons, policier, poétique, absurde, érotique, pamphlétaire, comique, genre, reportage, citations, empêche le film d'être catalogué dans aucun genre si ce n'est celui de l'hétéroclicité, caractéristique fondamentale de son époque où l'imagination prenait le pouvoir, mais que la réaction n'eut de cesse de brider ensuite.

La femme-boureau, Jean-Denis Bonan, avec en bonus En marge, Tristesse des anthropophages, Une saison chez les hommes, La vie brève de Monsieur Meucieu, Un crime d'amour..., tous remarquablement restaurés, DVD Luna Park Films (à paraître le 18 novembre)

vendredi 25 septembre 2015

Spartacus et Cassandra


Théo est en seconde en section cinéma. C'est chouette ces spécialisations qui ne sont pas téléguidées par le monde de l'entreprise ! À son âge ma fille avait carrément choisi de changer de lycée pour suivre "cirque et études" à Georges Brassens, cirque le matin, lycée l'après-midi, mais avec le même programme que les élèves des autres établissements. On pouvait donc y passer moins de temps pour se livrer à des activités plus épanouissantes ? Après 1968 il y avait juste une fille parmi des milliers de garçons à Claude Bernard parce qu'elle faisait dessin, et un seul garçon à Lafontaine parce qu'il avait choisi musique ! Cela marquait le début de la mixité. Pour les activités extra-scolaires on ne pouvait compter que sur soi. J'allai à la Maison des Jeunes écouter des conférences, des copains avaient créé un ciné-club au lycée, j'y avais organisé le premier concert de rock... Après le bac j'étais rentré à l'Idhec un peu par hasard, réussissant le concours contre toute attente et surtout la mienne. Je ne réalise pas souvent de films, mais le cinéma exerce une influence considérable sur tous mes travaux. Théo m'a donc conseillé de regarder Spartacus et Cassandra qui lui avait beaucoup plu. Le film vient de sortir en DVD.


Spartacus et Cassandra est un vrai documentaire, pas un reportage télé comme on nous en sert trop souvent, de la radio projetée sur grand écran. La banalité donne une image exécrable du documentaire. Pourtant lorsque le sujet suggère sa forme ou qu'un cinéaste, comme ici Ioanis Nuguet, soigne autant le style que le récit le documentaire acquiert ses lettres de noblesse.
Spartacus et Cassandra est un film sur l'enfance et l'adolescence, de celles qui nous habitent et nous font vivre, ou qui nous échappent et nous figent dans des rituels de mort prématurée. Le réalisateur a choisi de ne rien livrer d'autre que ce qui est perçu par son personnage principal, un gamin Rom, retiré à ses parents par la justice et confié avec sa petite sœur à une bonne fée, jeune et dégourdie. Les zones de mystère ne manquent pas de nous interroger, mais l'on sait bien que ces questions viennent nous tarabuster plus tard. Spartacus a déjà fort à faire avec son père à la rue et sa mère complètement paumée. La circassienne Camille dresse un pont entre les gens du voyage et le monde des rêves, offrant aux deux petits Roumains la possibilité d'échapper à la misère et à la délinquance. Nuguet, que l'on suppose intime de la trapéziste, jongle avec sa caméra pour trouver des angles où la fantaisie et l'imagination réfléchissent le réel. Il soulage les moments difficiles où la tristesse et la révolte s'emparent de Spartacus pour fabriquer un conte dont les enfants sont les premiers auteurs, paradoxalement plus sages que leurs deux parents. Tels Les contrebandiers de Moonfleet ou La nuit du chasseur, ce film initiatique apporte aux enfants la lumière en chassant les ombres maléfiques que les adultes agitent en toute inconscience.

→ Ioanis Nuguet, Spartacus et Cassandra, DVD blaq out avec en bonus un entretien avec le réalisateur, l'atelier slam, un cours de trapèze, la poule trapéziste, etc., 18,90€

mardi 22 septembre 2015

Mr. Robot hacke jusqu'à sa propre vie


Sur le thème du hacker en révolte contre la société libérale, les trois premiers épisodes de Mr. Robot laissent espérer une série rêvée pour les geeks et les nerds fans d'informatique. Le jeune autiste sniffeur se retrouve prêt à supprimer toute trace de dettes dans une gigantesque entreprise qui tient tout du monstre bancaire. Les trois épisodes suivants glissent hélas vers un thriller banal quand les quatre derniers de cette première saison reprennent des couleurs grâce à un abîme psychanalytique inattendu.


Ces trois tonalités successives s'essoufflent parfois faute de creuser l'anarchie politique que l'équipe de la Fsociety promeut et l'égocentrisme du personnage principal rend superficiel les caractères qui gravitent autour de sa paranoïa. Trouver le ton d'une série n'est pas toujours facile et le conserver est à double tranchant. On s'en lasse autant que l'on s'y habitue. La réussite tient dans un savant équilibre entre l'addiction et le renouvellement, les conventions et les surprises. Cette nouvelle série TV reste néanmoins intéressante grâce au personnage principal interprété par Rami Malek, zorro des zéros et des uns, et un Christian Slater dont la distance évasive se comprend tardivement.

lundi 21 septembre 2015

Les good vibrations de Love & Mercy


Amateur des Beach Boys, mais peu friand des biopics romançant la vie d'artistes, j'ai été bouleversé par Love & Mercy, le film de Bill Pohlad, producteur à succès (Brokeback Mountain, Fur, Into The Wild, Fair game, The Tree of Life, 12 Years a Slave, Wild) dont c'est le second comme réalisateur vingt-cinq ans après Old Explorers. Si l'histoire de Brian Wilson est étonnante et pathétique, j'ai été happé par l'invention de la bande-son, tant par les idées d'arrangement du leader des Beach Boys, que je connaissais déjà, que par la concrétisation 5.1 de ses hallucinations vocales qui le hantent et l'assomment. Les aller et retours entre deux époques de sa vie sont interprétés par John Cusack et, plus jeune, par Paul Dano qui l'incarne de manière fascinante. Sortis des séances de studio (Brian Wilson craignait les tournées) et de ses périodes de dépression qui le torturent jusqu'à le clouer au lit pendant trois ans, nous assistons au duel de sa future (seconde) femme interprétée par Elizabeth Banks et du terrible Dr Landy dont Paul Giamatti endosse parfaitement le rôle de pervers narcissique plus fou et dangereux que son patient.


Brian Wilson est sourd d'une oreille depuis que son père, sévère figure de l'éternel rival incapable de donner l'amour que son fils lui réclame, l'a jeté contre un mur. Son désintérêt pour la stéréo s'en explique très bien. Or la réussite du film tient justement à la personnalité musicale de Brian Wilson, au son qui l'entoure et à celui qu'il entend malgré tout dans sa tête et le fait souffrir. Oreille absolue, précision quasi maladive du détail, recherche de sonorités inouïes, goût pour des instruments peu usités, voire des bruits et cris d'animaux intégrés dans les enregistrements, les sons le font vivre et l'épuisent. Les drogues participant au dérèglement de tous les sens ont aussi leur part dans le délire qui lui fera accoucher du chef d'œuvre des Beach Boys, l'album Pet Sounds. Le film Love & Mercy me donne envie d'écouter The Smile Sessions (5 CD), l'album solo dont il a rêvé longtemps et qu'il n'a finalement publié qu'en 2011, empêché par les rivalités internes au groupe, ainsi que les Pet Sound Sessions (encore 4 CD !), matériel exceptionnel qui a grandement motivé Bill Pohlad. La personnalité complexe de Brian Wilson est à l'image de ses inventions musicales, loin de celle de surfers de la côte ouest que cherchaient à donner ses camarades.

vendredi 11 septembre 2015

TV, chap.2 : Cinéastes de notre temps


Cinéastes de notre temps (1964-1972) produite par Janine Bazin et André S. Labarthe offrait la meilleure des émissions jamais réalisées sur la cinéma, avec en réalisateurs Jacques Rozier (pour Vigo), Eric Rohmer (pour Dreyer et Le celluloïd et le marbre), Jacques Rivette (pour Renoir avec Eustache au montage), Claude de Givray (pour Jacques Becker et Guitry), Jean-Louis Comolli (sur les cinémas québécois et hongrois, pour Perrault avec Labarthe), Noël Burch et Jean-André Fieschi (La Première Vague, Delluc et Cie, L'Herbier), Fieschi solo (pour Pasolini l'enragé, Rouch), Labarthe lui-même (pour Pagnol, Ford, von Sternberg, Jerry Lewis, Melville, Autant-Lara, McLaren, Le dinosaure et le bébé avec Godard face à Fritz Lang, pour King Vidor, Cassavetes, Cukor, Berkeley avec Hubert Knapp, pour Robbe-Grillet et Shirley Clarke avec Burch), Michel Mitrani (pour Ophüls), François Weyergans (pour Bresson), Jean Douchet (pour Astruc) et Astruc (pour Murnau), Jacques Baratier (pour René Clair), etc., la liste complète compte 45 épisodes dont Buñuel, Gance, Stroheim, Truffaut, Walsh, Hitchcock
La sélection de la seconde saison (1989-2001) intitulée Cinéma de notre temps ne m'enthousiasma pas autant, même si les réalisateurs sont Claire Denis (pour Rivette), Ackerman (sur elle-même), Assayas (pour Hou Hsiao-Hsien), Marker (pour Tarkovski), Limosin (pour Cavalier), Pedro Costa (pour Straub et Huillet), Julie Bertucelli (pour Iosseliani), etc., collection néanmoins aussi exceptionnelle et absolument indispensable (un coffret DVD est paru, mais la plupart des films sont bloqués pour des raisons de droits, car ils abritent quantité d'extraits). Y figurent encore Lynch, Scorsese, Kiarostrami, Cissé, Chabrol, Oliveira, Loach, Cronenberg, Moullet… Alors commencez par suivre les liens ;-)
Le principe initial était de réaliser les sujets dans le style des cinéastes abordés, et des auteurs comme Labarthe faisait preuve d'une imagination incroyable, qui n'existe plus aujourd'hui que sur une petite chaîne confidentielle (où enfin des femmes réalisent !). Son Bleu comme une orange aborde la question de la couleur face au noir et blanc avec en solistes Soulage, Franju, Averty, Warhol, Brassaï, Charbonnier, Trauner, Varda et Klein, excusez du peu ! Pour illustrer le son dans son Samuel Fuller il termine avec 1'30 d'une fusillade où l'image n'affiche qu'un carton : "le son".
L'INA numérise ses archives à tours de bras, mais sans en regarder sérieusement le contenu ! L'Institut National de l'Audiovisuel dort sur un trésor. La plupart des 70 documentalistes travaillent machinalement, désinvestis par une hiérarchie absurde. Pendant ce temps et tandis que le numérique (pratique, mais fragile) envahit tous les secteurs audiovisuels les studios américains sauvent leur patrimoine sur une pellicule argentique 35 mm Kodak spéciale. Ce n'est pas une blague, mais la longévité du vieux support est le seul garanti !

jeudi 10 septembre 2015

TV, chap.1 : Quand la pluralité appauvrit le paysage


Du temps où n'existait en France qu'une seule chaîne, les téléspectateurs assistaient à une programmation extrêmement variée qui ne méprisait pas son public, ne reléguant pas les uns au sport et aux divertissements, les autres aux magazines d'actualité ou aux rediffusions répétitives des mêmes films. Le pouvoir ne contrôlait effectivement que les informations, laissant les dramatiques aux cinéastes souvent de gauche, communistes pour la plupart. En 1981 les socialistes prenant les rênes du pays et connaissant la puissance de la culture mettent fin à cette période faste. Mitterrand ira jusqu'à vendre La 5 à Berlusconi. La seule frontière était celle du carré blanc, logo indiquant les programmes susceptibles de choquer les enfants (nos parents étaient plus choqués par le carré blanc que par ce qu'il stigmatisait, donc on avait le droit de tout voir !). L'offre se multipliant avec l'avènement du satellite les chaînes deviennent de plus en plus spécialisées, cantonnant le public dans des cases ciblées.
En revoyant quantité d'émissions des années glorieuses de la télévision française on sera surpris de leur qualité exceptionnelle. Des cinéastes comme William Klein ou Michel Mitrani participaient au magazine de référence 5 colonnes à la une… Jean-Daniel Pollet, Ange Casta, Claude Goretta signaient des sujets incroyables de Dim Dam DomLes Shadoks passaient juste avant le Journal de 2O heures. Il faudrait absolument rééditer les films de José Maria Berzosa, Roger Leenhardt, Noël Burch, etc. Des téléastes comme Jean-Christophe Averty, Raoul Sangla, Claude Santelli… mériteraient que l'INA se bouge pour rediffuser leurs œuvres plutôt que les chaînes nationales ressassent toujours les mêmes films. L'idéal serait de dispatcher le fonds historique exceptionnel sur toutes les chaînes thématiques et généralistes, ou au pire créer une chaîne spécialisée dans la télévision du passé, du temps où elle était vraiment créative, car aujourd'hui même Arte obéit au diktat de l'audimat, réduisant considérablement ses ambitions.

vendredi 4 septembre 2015

Show Me A Hero, mini-série du créateur de The Wire


Bien qu'elle relate un événement historique Show Me A Hero, la nouvelle mini-série de David Simon, est d'une actualité brûlante, tant aux États-Unis qu'en Europe, puisqu'elle met en scène le racisme ordinaire. Dans un quartier nord de New York un jeune maire doit appliquer la loi en faisant construire 200 logements HLM répartis dans une communauté blanche de classe très moyenne. La levée de boucliers débouchera sur une situation absurde : la municipalité, étranglée par des amendes énormes pour ne pas suivre les arrêtés de la Justice, est menacée de banqueroute. Les tractations et les coups bas rappellent furieusement ce dont j'ai été témoin pendant les dernières élections municipales où nous nous étions investis Françoise et moi ! Si les plus honnêtes y laissent des plumes, les egos dirigent le jeu. La vie des habitants de la cité en est considérablement affectée. Comme précédemment pour The Wire (Sur écoute), Generation Kill et Treme, l'étude de caractères vériste, le respect des accents, le moindre détail sont si bien analysés que les différences de classe éclatent sur l'écran en une leçon politique, suffisamment fine pour échapper aux balourdises explicatives du cinéma où seuls adhèrent ceux et celles qui sont déjà convaincus.


Le rôle principal est tenu par Oscar Isaac déjà apprécié dans le formidable polar The Most Violent Year et la distribution comprend aussi Bob Balaban (en outre réalisateur de l'excellent et méconnu Parents), Jim Belushi, Catherine Keener, Wynona Ryder, etc. Les chansons de Bruce Springsteen et le rap qui accompagnent la mini-série sont la plupart du temps diffusées in situ, elles ne viennent pas des cintres ! Au moment où l'État français bloque les réfugiés qu'il appelle sans papiers pour ne pas accepter de leur en délivrer, les empêchant ainsi de vivre dans des endroits décents (sans papiers, pas de feuilles de salaire - sans feuilles de salaire, pas de logement), la projection de ces six épisodes est salutaire.

jeudi 3 septembre 2015

Transparent


Le préfixe trans permet quantité de jeux de mots depuis que le mouvement LGBT a fait son coming out. Les titres pulluleront probablement à l'instar de l'excellent film Transamerica réalisé il y a déjà dix ans par Duncan Tucker avec Felicity Huffman. Cette fois la nouvelle série télévisée, fine et caustique, se nomme Transparent en référence à la saga familiale dont le patriarche change de sexe dès le premier épisode. Ses trois enfants ont des vies bien barrées, mais en y réfléchissant sérieusement ne sommes-nous pas tous et toutes dans ce cas ? La famille (et j'm la faille) est une source intarissable de névroses que l'on réussit plus ou moins bien à gérer.


La première saison de 10 épisodes de 26 minutes est drôle, provocante et donne vraiment envie de voir la prochaine. Jill Soloway, sa scénariste et réalisatrice féministe qui a fait ses armes entre autres avec Six Feet Under, s'est inspirée de la vie de son propre père, mais je ne peux m'empêcher de comparer le pitch avec Appelez-moi Madame, le savoureux documentaire réalisé par Françoise Romand en 1986 et qui connut un succès considérable aux États-Unis. Au thème du genre particulièrement en vogue, l'humour juif rajoute une couche de comédie qui ravira les amateurs.

Diffusion en France sur OCS City.

vendredi 17 juillet 2015

The Honourable Woman, série politique et thriller d'espionnage


"À qui faire confiance ? Comment décider ? À leur apparence ? Par ce qu'ils font ? Nous avons tous des secrets. Nous mentons tous. Pour se protéger des autres, et de nous-même. Mais parfois il arrive quelque chose qui ne vous laisse aucun choix, si ce n'est les révéler. Pour montrer au monde qui vous êtes vraiment. Votre identité secrète. Mais la plupart du temps on ment. On cache nos secrets, aux autres, à nous-même. Quand on y pense sous cet angle, c'est fabuleux que l'on ait confiance en qui ce soit." Ainsi commence chacun des huit épisodes de la (mini)série The Honourable Woman. La voix off de Maggie Gyllenhal, comédienne formidable toute en retenue, sœur de l'acteur Jake Gyllenhaal vu récemment dans un autre excellent film, Night Call (Nightcrawler), se mêle au résumé de l'épisode précédent.


Les récits d'espionnage révèlent les manipulations des gouvernements, leurs choix inattendus qui peuvent sembler absurdes à qui ignore les ressorts du pouvoir et de la realpolitik. The Honourable Woman est un thriller politique d'une qualité exceptionnelle comme les Britanniques savent en composer. Les acteurs, la lumière, le son, les décors sont travaillés aux petits oignons. Jusqu'à la fin on ne sait jamais qui tire vraiment les ficelles, mais le dénouement surprenant est parfaitement crédible, voire prophétique. Maggie Gyllenhaal incarne une chef d'entreprise persuadée que la pauvreté des Palestiniens n'autorise aucun processus de réconciliation. Pour ce faire, elle entend tirer des câbles Internet jusqu'en Cisjordanie. Elle aura fort à faire entre Israéliens et Palestiniens, Anglais et Américains. Les enjeux sont tels que la mort n'est plus qu'une statistique.

La plupart des personnages principaux sont des femmes, ce qui change des films d'action où elles n'ont généralement que des rôles de potiches. C'est peut-être le point faible de The Shadow Line, précédente série réalisée par le même Hugo Blick. Les machos mènent la danse. Comme dans les meilleurs romans policiers, le récit est truffé de fausses pistes, d'un nombre invraisemblable de personnages tous aussi inquiétants. Les victimes ne sont que des accidents de parcours. Durant sept épisodes la police et les criminels cherchent à résoudre la même énigme, avec évidemment des moyens différents. La ligne sombre qui les sépare semble poreuse, mais l'énigme est autrement plus complexe et vicieuse. La vision politique de The Honourable Woman exerce un intérêt qui va bien au delà du suspense de The Shadow Line.

→ Hugo Blick The Honourable Woman, 2014, 416 mn, DVD/Blu-Ray France Television Distribution
→ Hugo Blick The Shadow Line, 2011, 399 mn, DVD/Blu-Ray import anglais 2entertain

mardi 16 juin 2015

Essoufflement en fin de série


Tous les scénaristes ne sont pas Alan Ball ni David Simon, capables de conclure une série avant son essoufflement. On imagine les pressions subies de la part des chaînes TV devant la manne que représentent les séries à succès. Le dernier épisode de Six Feet Under marqua la démonstration éclatante du désir d'en finir une fois pour toutes pour passer à autre chose et The Wire aurait pu durer une éternité sans la détermination de son auteur. L'un et l'autre ont livrées cinq saisons sans fléchir, alors que leurs créations suivantes, respectivement True Blood ou Treme, ont du mal à tenir la distance.
Ainsi la septième saison de Mad Men aurait pu condenser ses quatorze épisodes en un seul au lieu de jouer les prolongations en délayant laborieusement un final que seul le clin d'œil Coca Cola de la dernière minute rehausse en ramenant la fiction vers une réalité imaginaire. Curieusement quantité de pistes n'auront pour autant pas été exploitées, abandonnées en cours de route sans que l'on en saisisse la raison, telles les allusions au passé de Don Draper ou l'avenir de chaque personnage... Avenir que seul Alan Ball sut donc magistralement dessiner dans le dernier épisode exemplaire de Six Feet Under, aussi brillant que sa première saison.
Les variations criminelles de Game of Thrones finissent également par lasser, les saisons semblant tenir essentiellement à la disparition tragique des protagonistes les uns après les autres. Une direction d'acteurs moins caricaturale aurait probablement apporté une finesse que le manichéisme général étouffe. Chaque comédien jouant imperturbablement toujours avec la même expression de visage, on imagine qu'à l'avenir les rôles pourront être tenus par des créatures de synthèse à l'image des décors.
J'ai regardé plus de la moitié de l'étrange Sense8 des Wachowski, mais ce n'est ni Matrix ni Cloud Atlas : tout est tiré en longueur, comme si les auteurs étaient payés à la minute... Les liens psychiques qui relient les personnages tissent une toile vaine rappelant la vacuité d'Internet, répétition des mêmes gestes d'épisode en épisode, comme autant d'impasses communicantes. Les huit personnages en quête du même auteur ne sont que les ambassadeurs des films mainstream de leurs pays respectifs, caricatures d'un cinéma de distraction dont les variations géographiques ne cachent pas l'uniformité.
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